I. C.\T.\COMBES DE S.iNT.4. MUSTIOL.^ ET DE S.^l^T
Cat.\rin.\. — En 1633, le forage d'un puits dans le cloître attenant à l'église de Santa Mustiola amena la découverte d'une catacombe -, Ce ne fut toutefois que deux siècles plus tard, en 1830, qu'on entreprit le déblaiement. J.-B. Pasquini écrivait dans sa Relazione di un antico. ces paroles : ;!<■/ giorno 24 aprile incomincio il lavoro delh spurgo del nostro cimitero ed ha continuato fino al 21 maggio del seguehtc anno '. Au contraire, la catacombe de Santa Catarina fut, coup sur coup, découverte, explorée, restaurée et livrée aux savants et aux fidèles entre 1848 et 1853(fig. 2806-2807). Cette deuxième découverte provoqua les travaux de Bartolini et de Cavedoni. Le premier, à qui les invraisemblances ne répugnaient pas, expliqua docle-
' O. Marucchi, MonumctUi del nuiseo cristiano Lutcranense, in-Iol.,Uoma, Hlll.pl. Lix.n. 22. — = Cette catacombe est située à un millier de pas à l'est de la ville, depuis la porte di Ihicciaiio, jadis di .Sunla ^{usliola. L'église fut détruite vers la fui du .xyiii"^ siècle, ainsi que le cou\'ent de relif^icux de saint l'rançojs. (',. (Cavedoni, Ho<jtjiiafjlio storico archeolugico di due antichi ciniilcri crist iuni delta ciltà di Chiiisi, dans Mcmorie di relig. arle e di lellendiuu, 1853, t. .\iv, p. 43. Les restes de sainte Mustiola, retrouvés ime première fois en 1 174, firent on 1784 l'objet d'iuie reconnaissance
solennelle; ils reposent aujourd'hui dans l'autel majeur de la catliédrale. ,\. Ciofi, Ccnni hiogra/ici di Mons. Paniiitiiti, p. 36 Cf. C. Cavedoni, op cil., p. 41. La date de la trouvaille de la catacombe e>t-clle 1033 ou 1031? Gigli, Diario Saiicsc, part. II, p. Itî. donne cette dernière date, mais il se trompe, puisque l'évêque Pelrucci mourut en 1033 (C'ghelli, Itaîia sacra, t. m, p. <i54>, et c'est sous son épiseopat qu'eut lieu la dêcoa\'erte. — ' ,I.-B. Pasquini, Relazione di un antico cimitero, ISIÎlt, p. 11. Boldctti. en 1717. y avait fait quelques \isites a\ec ses dévastateurs attitrés.
CHIUSI
ment que la catacombc nouvellement tlécouverte remontait à l'époque apostolique. Cavedoni démontra rigoureusement que la fréquence des gentilices Vlpi, Aiireli, Fnustina sur les inscri])tions équivalait à un indice chronologique invitant à faire dater la catacombe de l'époque des Antonins (9S-180). Il est bon de remarquer cependant que. depuis les fondations alini'Mitaires de Trajan, ces i;entilices étaient innombrables, parce que les enfants élevés grâce aux ressources de la munificence impériale prenaient le nom du fondateur de l'institution à laquelle ils devaient la vie. C'est en effet approximativement à l'époque des Antonins qu'appartiennent les deux catacombes de
détachés et dont la destination demeure incertaine. Ils ont pu remplir leur oflice architectoniquc ', de même cju'ils ont pu être transportes dans ce souterrain pour y servir de sièges aux clercs. Près de la porte on tiouva un fragment de travertin creusé et sculpté. Ce fragment, intentionnellement mutilé, devait repri^senter une figure virile vêtue de la toge avec les insignes consulaires ou municipaux -.
La catacombe de Santa Mustiola possédait également dans sa chapelle un siège épiscopal, une table d'autel qui fut trouvée renversée etunecolonnette qui aura pu servir soit à soutenir la table d'autel soit à tenir lieu de crédence '. Là furent rencontrées les
2ScC. — Catacombe de Sainle-Musiiola, à Chiusi. D'après Liverani, Le calacombe... de Chiusi. 1. Entrée nouvette. — 2. Entrée primitive. — 3. Oratoire. — 4. Cubicule funéraire. — 5. Colonn£tte de la mensa
de l'-incien autel. ^ 6. Cippe de travertin portant l'épigraphe de Marais.
Puits creusé vers 1634. — 8-1.^. Ambulacres.
Chiusi,'vers[le commencement plutôt que vers le déclin de cette époque.
Une catacombe est, ordinairement, un ouvrage de longue haleine dont le noyau central peut appartenir à une antiquité beaucoup plus haute que le réseau des galeries. A Chiusi, les indices architectoniques et épigraphiques se confirment réciproquement. A l'entrée primitive on a substitué une nouvelle entrée; cependant, à Santa Mustiola, on relève encore les vestiges de la porte antique. Les ambulacres sont étroits, flanqués à droite et à gauche d'arcosolia et de sépultures. Les arcosolia sont ici plus nombreux que dans les catacombes romaines; au contraire, les loculiy sont plus rares. Les deux catacombes possèdent encore chacune leur chapelle. Dans la chapelle de la catacombe de Sainte-Catherine se trouvait un autel dont la table reposait sur un bloc de travertin; du côté de l'évangile,quelques vestiges subsistaient delà chaire épiscopale. Près de là. quelques chapiteaux entièrement
' Liverani, op. cit., p. (it. — - Bartolinî, op. cit., p. 14-15. — ^ .\ijisi que nous en a\'ons eu un exemple dans la catacombe d'Abou-eI-.\chem,à Alexandrie, voir Dic/(onn., 1. 1, col. 114.5, fig. *291. — * .J.-B. Pasquini, Brève raggiiaglio, p. 11. — *On
Sépultures de deux évêques, Marcus Juvenlus Dionysius et Lucius Petronius Dexter. Devant les Inciili et dans les ambulacres, des lampes en terre gisaient sur le sol. L'éboulement de la voûte en luf a pu détruire bien des particularités qu'il eut été intéressant de connaître; toutefois, il est permis de penser que ce ne sont que de simples détails qui nous manquent, tout ce qui est caractéristique et essentiel nous est connu. Dans la catacombe de Santa Mustiola, une grande salle indépendante de la catacombe était toute percée de loculi recouverts de tuiles plates et conservant encore des squelettes '. Exception faite de cette salle, les deux catacombes offrent des dispositions identiques en tous points. Les parois sont pourvues de tombes. Sur les paliers, on rencontre des luculi pouvant recevoir deux, trois cadavres ou même plus. Rarement on emploie la tablette de marbre en guise de fermeture, on lui préfère les tuiles bien liées entre elles au moyen du ciment ^
trouva beaucoup de lampes en terre cuite, attaciiées aux loculi ou tombées sur le sol, toutes étaient enf lunées par l'usage. L'ime d'elles porte le chrismon, d'autres ont à la partie inférieure une croix, la plupart portent l'estampille mbi.ix.
Les épitaplies sont tracées soit au milieu soit sur un oôté, quelques graffites peuvent se lire dans le tuf, sur le boni ou sur l'arête des iiicosolia. Dans la catacoiube de Sainte-Catherine on a signalé une épitaplie écrite avec de l'encre noire. Aucune fresque, aucune i>einture quelconque n'a été rencontrée, aucune sculpture, aucune monnaie n'a été trouvée dans un tableau ou sur la chaux qui a servi à le clore. 11 est possible que cette indigence soit volontaire, c'est en tous cas l'ostentation de la pauvreté: cependant nous ne nous hâterons pas d'en juger. Les religieux de Saint-François et Ughelli, qui nous l'apprennent, ont parcouru ces .imbulacres: la tentation devait être grande d'emporter un souvenir et, plus et mieux qu'eux tous, le grand, l'impitoyable dévastateur Boldetti a passé par là.
Les restes d'une chrétienne ont été trouvés dans une
contrée. Les mots cum intellixisset, quod civilas Tiiscana (Tttscia', Surius) chrisliana relujionc /Jorerel, pourraient bien viser directement Chiusi qui, au iv^ siècle et probablement plus tôt, était dénommée 7"»scm -. Après avoir condamné Félix, iirêtre à Falerii ', Turcius vint à Chiusi où il prononça beaucoup de condamnations sur les fidèles prisonniers, finalement 11 lit expirer dans les tourments Irénéc et Mustiola, coupables surtout du crime de christianisme et de visiter les confesseurs dans leurs prisons. Mustiola fut condamnée, disent les Actes, per inscriplionem, particularité qui se retrouve dans le martyre de saint Cyprien où le juge decrelum ex labella recilavil, c'est-à-dire qu'il lut la sentence rédigée suivant un formulaire transcrit probablement sur une tablette. Mustiola était morte sous les coups du fouet plombé, son corps fut recueilli
Kntrée nouvelle sur la
route de Cilt.i délia
Pieve.
Ambulacie.
Oratoire.
.\utel.
Siège épiscopal.
ICntrée primitive et
traces d'anciens murs.
Arcosolium cuntenant
la sépulture de Nura-
nius.
... dePhelonicettus.
... d'.Aurelius Fioren-
tinus.
. ... de Merania .lulia-
nina.
, ... de Gapellinus.
, ... de Nonius Venu-
slîanus.
... de Trebonius.
. ... de tiellius Victori-
nus.
. ... d'Aurelius Alexan-
der.
. ... d'Ulpîa Victoria.
. ... d'Allius .Iulianus.
. ... de Gellia .\sina.
. ... de Gellius Capito-
linus.
-"23. .\mbulacres.
Catacombe de Sainte-Catherine. D'aprè;
urne en terre cuite. Dans l'oratoire du cimetière de Sainte-Catherine, quelques locuti étaient pourvus de récipients en verre ou en terre du type de ceux qu'on a si longtemps et si gratuitement qualifiés d'ampollr di sanguine. Le principal intérêt que présentent ces vases est dans leur forme, ils offrent un utile renseignement sur l'industrie locale. Un crochet et un clou, dont on s'est hâté de faire des instruments de torture, sont beaucoup plus probablement des outils d'artisan, peut-être des amulettes (lli;. 2808).
C'est incontestablement l'éiiigraphie qui donne aux catacombes de Chiusi leur véritable intérêt; c'est elle qui nous introduit au cœur du sujet.
IL Smnte Miistiol.\. — Les Actes de saint Irénée, diacre, et de sainte Mustiola nous disent que, sous Aurélien, en 27.5, Turcius 'fut envoyé,avec le litre de vicarius et l'autorité d'un préfet, en Toscane, pour y faire une enquête sur la secte des chrétiens dans cette
' Vicarius dicitttr is, qui ordine codiciUorum vices agit amplissimœ prsejectnne- Quant à Turcius, c'est l'aïeul ou le bisaïeul de L. Turcius Aprouianus .\sterius, corrector do Toscane et d'Ouibrie en :îH», préfet de Rome en 3G;i.
B. Borghesi, Dichitirazione di una lapid. Grut., p. 47. Cf
C. Cavedoni, dans Memorie di religione, 1S53, t. xiv, p. .11 Sar les Actes, cf. Liverani, op. cit., p. 28-50, 267-270. —
et enterré près de la ville; il est tout à fait probable, d'après ce qui s'est fait ailleurs, qu'après la paix de l'Église, une basilique fut élevée en ce lieu '.
La construction d'une basilique (constantinienne'?) à Chiusi est confirmée par trois inscriptions aujourd'hui conservées dans la cathédrale de Chiusi avec les reliques de sainte Mustiola; on y lit trois épigrammes relatives à la restauration du somptueux eiboriiim de marbre que fit exécuter Grégoire, duc de Chiusi, sous l'épiscopat d'Arcadius et le règne de Liutprand °. Une tentative critique assez maladroite voulut déposséder Chiusi, au profit de Sutri.de sa patronne martyre. Les .\ctes disaient que Turcius. partant de Colonia Faliscorum, ambulavit in Eiisindin civitulcm; or certains manuscrits, sur le mérite desquels on ne s'expliquait pas, donnaient, paraît-il : Elusinam, Scliiainam, Seleiisinam civitatcm, mais le ms. de Saint-Maximien de Trêves, qui avait servi à l'établissement du
'Paul Orosc, llisloriii, 1. II, c. xix. — 'Appelée depuis Ctthnia Ftiliscorum et aujourd'hui Ciuita Casteltana n'eu est qu'i'i quatre milles. — * Pasquini, Relazione di un ont. ciinit di Chiusi, p. 8, *.l; C. Cavedoni, op. cit., p. 42. — ^ Pas<iuiui, o/>. cit.; Uîihelli, Ilulia sacra, t. m, p. 591, 647; Gori, Inscript, ant. Etruriœ, t. il, p. 422-424; Lupi, Epilnphium Scverœ inartyris, in-4<', Panormi, 1734, p. 183.
CHIUSI
texte de la Passio dans les Acta sonr/on/m ', portait : in CUisinam civUalem et son témoignage pouvait primer tous les autres. Bien plus. Lupi avait publié l'épitaphe trouvée à Chiusi tl'une certaine Julia Asinia l'elicissima qui se gloriliait d'appartenir à la famille du sainte Mustiola - :
B IVLIAE M
SANCTISSIME EX GENE RE MVSTIOLE SANCTAE ASINIAE FELICISSIME QVE 5 VIXIT ANNIS XXXVII • POMPO NIVS FELICISSIMVS CONIV Gl INCONPARABILI DEPOSI TA XIII KAL lANVARIAS D SOLIS
La jeune femme mourut un 19 de novemlire. un dimanche; on n'a pas manqué de rappeler sa parenté L^lorieuse : f.r génère Mustiole sanctœ, rejetant suivant l'usage antique l'adjectif sanclus après le nom propre '.
et encore celle-ci ' :
HAMARINA DEPOSITA EST enfin, il se trouve de simples fragments dont il ne semble pas qu'on puisse tirer un sens quelconque '".
Une inscription plus longue a stimulé l'imaginationde Vermiglioli :
MM GE Ml NO AV RE Ll A TIMO CRA Tl A CON IV Gl 5 INCONPARABILI