III
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conslniction. Une simple observation sufFirait à prescrire cette direction à ceux qui recherchent la véritable solution du problème. « Pour pouvoir, en eflet, soutenir avec quelque vraisemblance que la déviation de l'axe avait pour objet de rappeler l'attitude que la tradition prête au Christ expirant, il faudrait que l'inclinaison du chevet fût toujours dirigée dans le même sens que la tête du Christ sur le crucifix. Or il n'en est pas ainsi. Tout le monde sait qu'il est de règle de figurer le Christ expirant sur la croix, la tête penchée sur l'épaule droite, c'est-à-dire du côté gauche par rapport au spectateur qui regarde la croix. C'est donc à gauche, ou vers le nord, dans les églises régulièrement orientées, que l'axe du chevet devrait toujours incliner pour que l'idée de voir dans cette déviation une préoccupation symbolique fût le moins du monde plausible. Or il est facile de prouver que la déviation de l'axe est loin de se produire toujours du même côté '. EUe a lieu à droite aussi souvent qu'à gauche, au sud aussi bien qu'au nord. Ce fait seul suffirait à montrer combien l'interprétation symbolique qu'on a prétendu donner de cette p;u-ticularité est peu fondée -. » Jusqu'au xu^ siècle, l'iconographie représente le Christ en croix, non pas agonisant et la tête penchée sur l'épaule, mais le corps droit, la tète haute; or, tandis qu'on écarterait l'inclinaison symbolique en sculpture ou en peinture, on l'adopterait en architecture, puisque l'inclinaison se remarque sur une foule d'églises construites avant le xiii* siècle, à une époque où, sur le plus grand nombre des crucifix, le Christ porte la tête droite. Bien plus, la déviation se rencontre dans des églises où l'on n'a pas même eu l'idée de représenter le Christ en croix, puisqu'on ne leur a pas donné le plan cruciforme. C'est le cas des églises sans transept ', comme Notre-Dame-la-Grande à Poitiers (fig. 2S14), des églises carrées à coupole centrale, comme Saint-Serge et Saint-Bacclius à Constantinople (fig. '2S1Ô), comme Saint-Savin en Poitou où ce n'est pas la tête qui penche, mais les pieds (fig. 2S13), enfin comme certaines églises rondes munies d'absidioles ou de porches, comme la curieuse petite chapelle du Chambon en .\uvergne (fig. 2S16). Cette dernière est peut-être l'exemple le plus caractéristique qui se puisse rencontrer; elle a son autel placé dans une niche rectangulaire qui forme une très légère saillie sur l'extérieur. On entre par une sorte de porche rectangulaire qui s'ouvre en face de l'autel et dont l'axe fortement dévié vers le sud n'est même pas normal au plan de la chapelle.
«Voilà, il me semble, des arguments irréfutables qui confirment ce que l'on pouvait conclure du silence des textes, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais eu la moindre intention symbolique dans la déviation de l'axe. Non seulement, en effet, on n'a jamais cité aucun document, aucun fait qui autorise à penser qu'à aucune époque, fût-ce au xv= siècle, on ait eu d'autres idées sur ce point qu'aux époques plus anciennes, mais on a la preuve positive que cette préoccupation symbolique était inconnue aux architectes du xV siècle. Il existe, en effet, à Metz, une église bâtie par les célestins entre 1371 et 1409; elle présente une infiexion de l'axe très marquée. Or, la Chronique manuscrite de Lutange nous apprend que l'architecte qui l'avait bâtie « honteux d'avoir fait son œuvre ainsi tortue, en mourut « de deuil et de tristesse '. »
Si l'on cherche maintenant la raison véritable de ces anomalies si nombreuses à une époque où la science architecturale s'est montrée si audacieuse, si savante et si expérimentée, il n'y en a qu'une seule possible,
c'est que > toutes les églises où l'on remarque des déviations d'axe ont été bâties plus ou moins lentement et qu'il y a eu des arrêts et des reprises dans la marche des travaux '. »
En certains cas, non dans tous, une explication toi>ographique peut suffire. La déviation a été imposée par le manque de place, la présence d'un ruisseau, le tracé d'une rue qu'on n'a pu dévier ni exproprier. Les gens du moyen âge s'inquiétaient si peu que rien de la symétrie; un obstacle surgissait, on se tirait d'affaire avec un recoin, un angle, une habileté quelconque; d'exproprier un vaste terrain afin d'assurer un développement impeccable de lignes, l'idée ne leur en venait même pas; quant à la symbolique, elle était, pour les architectes du moins, le cadet de leurs soucis. Les anomalies de plan que présentent les éghses Saint- Jean-au-Marché à Troyes, Saint-Symphorien à Tours, Saint-Aspais à Melun, le rétrécissement du bas de la net de Saint-Eustache à Paris, n'ont sûrement pas d'autre cause. Toutefois, nous le répétons, cette explication ne vaut pas pour tous les cas, car elle devient inapplicable lorsque, par exemple, on rencontre la déviation du chœur dans une église bâtie au milieu d'un monastère où la place ne manquait pas. -V plus forte raison cette explication n'explique rien puisque le défaut d'espace ou la présence d'un obstacle peuvent bien justifier une retouche des lignes extérieures de l'édifice, mais non la brisure de l'axe même de cet édifice. Aussi dans les églises dont les irrégularités tiennent uniquement à des causes topographiques, on ne constate pas déviation du chœur, mais déformation des lignes portant sur un point quelconque de la construction.
D'autres raisons apportées sont inacceptables, telles que la nécessité d'asseoir la bâtisse sur un sol plus résistant : mais, dans la plupart des cas, sinon dans tous, la déviation serait trop faible pour donner une assise du sol différente. Le souci d'éviter les fondations d'édifices antérieurs ne vaut guère une discussion, puisque l'usage des architectes du moy-en âge était précisément de choisir ces fondations anciennes pour les utiliser. La maladresse ou l'inattention des architectes pourraient être admises exceptionnellement, mais les ouvrages qu'ils ont élevés protestent pour leur science contre un pareil soupçon. Négligence, indolence, caprice sont des échappatoires qui cachent mal l'absence d'une raison fondée sur les faits.
En fait, la déviation du chœur provient des difficultés matérielles auxquelles les maîtres des œuvres se heurtaient, lorsqu'il leur était interdit de faire table rase de toutes les constructions élevées antérieurement sur le sol où ils opéraient. Ceci était très fréquent et les églises bâties d'un seul jet sont au moyen âge d'une extrême rareté, et cela s'applique non seulement à celles qui se composent de parties bien distinctes élevées à des époques différentes, ou à celles qui ont eu à subir des agrandissements, mais encore à celles dont toutes les parties essentielles portent le cachet d'une même époque. Toutes ces églises ont été bâties par étapes, de façon qu'on pût utiliser pour les besoins du culte les parties déjà construites pendant qu'on poursuivait sur d'autres points l'a-uvre commencée. On peut dire qu'il n'y a pas une église du moyen âge dont toutes les parties aient été élevées simultanément et dont les fondations aient été implantées d'un seul coup. Il en résulte que les architectes qui présidaient à la suite des travaux avaient à ra' corder les maçonneries nouvelles avec les parties antérieurement construites, et c'était là un problème dont on
^ Voir les exemples cités par R. de Lasteyrie,op. cit., p. 285, note 3 — ' Ihid , p. 2S5-286. — '00011116 églises dénuées de transept et olïraiit une forte brisure à droite ou à gauche :
Coirc, .\ppcviUe, Bagneux,VouIton. — 'F.-X.Ivraus,Kim,>:( und Atterthiim in Elsass-Lothringen, t. iii, p. 674; R. de Lasteyrie, op. cit., p. 28S. — ' R. de Laste\Tie, op. cil , p 2'JO.
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comprendra toute la difficulté, si l'on songe que hi célébration du culte dans une partie de l'église obligeait à élever entre cette partie et le chantier où se poursuivaient les travaux des cloisons ou des murs qui interceptaient complètement la vue. Or les gens du moyen âge, qui ne connaissaient aucun des instruments qui permettent aux modernes de se repérer avec précision et de raccorder, malgré tous les obstacles, les lignes les plus compliquées, éprouvaient le plus grand embarras pour prendre leurs repères et une erreur minime avait souvent pour conséquence une déviation très marquée dans les alignements.
« Là est la vraie cause, ou du moins la cause principale des innombrables irrégularités que l'on peut relever dans les églises du moj'en âge. Si les déviations d'axe sont plus communes au chœur que dans les autres parties de l'église, c'est que. le sanctuaire étant la partie la plus indispensable dans une église, on commençait ordinairement les travaux de construction par le chœur; et dès qu'il était en état de sersir au culte, on le fermait par des murs ou des cloisons provisoires avant de continuer la construction. Mais la nef elle-même a souvent été construite en deux ou trois étapes et il est rare en ce cas qu'on ne puisse s'en apercevoir à quelque irrégularité dans les alignements. Si les déviations d'axe y sont peut-être moins nombreuses et moins marquées qu'au chœur, cela tient à ce que. la nef étant moins indispensable que le chœur à la célébration des offices, on pouvait plus facilement supprimer tout ou partie des cloisons qui interceptaient la vue au moment où l'on voulait poursuivre les travaux '. »
Et à ce propos nous ferons remarquer que jamais, dans les basiliques constantinienncs, ni dans celles de Ravenne, ni en Syrie, ni en Asie Mineure, parmi tant de monuments chrétiens, nous ne voyons cette déviation du chevet de la basilique. Cela lient à deux causes. D'abord, les travaux sont conduits par le chantier sur l'étendue entière de l'édifice qui est toujours bâti d'un seul jet, et c'est là la méthode des grandes constructions antiques : basilique de Maxenee ou thermes de Caracalla. — - Ensuite, rappelons qu'à Alexandrie, saint Athanase refusa de livrer au culte une basilique avant sa dédicace, et, ayant cédé à la violence populaire, on lui en fera un crime. Or, nous venons de voir au moyen âge des églises servant au culte par partie et très longtemps avant leur dédicace remise nécessairement après l'achèvement intégral.
H. Leclercq.
CHORE4. — 1. Au x« siècle. II. Notre-Dame-du- Pré, au Mans. III. Saint-Martin de Tours. IV. Autres exemples.
I. Au x« SIÈCLE. — Cliez les Grecs, /opîia était le nom d'une danse accompagnée de chant; les Latins eurent aussi leur clwrea et il est assez probable que le mouvement giratoire de la danse suggéra l'idée d'appliquer ce mot au cours des astres décrivant, eux aussi, une courbe ' :
Cum pictiis aer fervidis laïc iijnibus Cœli choreas astricas oslenderet.
Le mot n'était pas au terme de sa fortune et, l'idée de courbe aidant, il en vint à désigner la procession
' R. do Lastcyrie, op. cit., p. 296. — = Forcellini-De Vit, Lexicon, au mot Chorca. — ' Du Gange, Glassariiim mal. et inftm. lalin., au mut Chorca. — * A. Lenoir, ArcAi/ecdire monastique, in-S", Paris, 1851i, t. ii, p. 36, 155. • — ' Publiées par le Comité liistorlque des arts et monuments. — • A. de Caumont, Hisl. de l'archit. religieuse au moyen âge, in-S", Caen, 1841 , p. 1 15 — ' Arrondissement de Chaumont (Haute- Marne) Godard-.Saint-Jean, .Vodce sur l'église de Vignorg, dans Bull, monumental, 1849-1850, II» série, t. v, p. 509- 582, t. VI, p. 145-149. — 'Architecture monastique, t. ii.
qui se faisait au moyen âge autour du chœur, ainsi qu'on le voit dans l'ancien cérémonial de l'Église de Chartres, en la ii" férié de la semaine de Pâques : Ad vesperas duo presbyleri canonici custodiimt chorum et fil chorea .•iicut in prœcedentibiis diehus'; enfin chorea désigna l'ensemble de la couronne absidiale et du déambulatoire, ce que nous appelons, dit du Cange : » le tour des chapelles. > .\près un assez long oubli, de nos jours, Albert Lenoir ressuscita ce terme du moyen âge pour désigner les chapelles rayonnantes autour de l'abside et le collatéral du chœur qui leur donne
I accès *.
' Quand, en 1830, Arcisse de Caumont exposa pour la première fois les règles qui ont présidé au développement de l'architecture médiévale, il déclara ne pas
' connaître en Normandie une seule église où la chorea fût adoptée. Cette observation tourna vite à l'axiome
I et, en 1840, on pouvait lire dans les Instructions sur l'architecture religieuse ' que « le xii« siècle, en prolongeant les bas-côtés de la nef au delà du sanctuaire où ils prennent le nom de pourtour du chœur, y a ajouté une série de chapelles correspondantes à chacune de ses travées.» En 1841, Caumont écrivait : «Je ne pourrais dire précisément à quelle époque cette disposition s'est introduite; mais ce fut au .xii^ siècle surtout que les exemples en devinrent nombreux '. »
Sur ces entrefaites, la découverte de l'égUse de Vignory ', citée jusqu'alors comme un type de l'architecture carolingienne et présentant trois chapelles absidiales annexées à un collatéral circulaire, fut le signal d'une réaction très vive. Albert Lenoir attribuait l'édifice au x= siècle '. Voilà nos gens en feu ! Viollet-le-Duc, plusaffirmatif encore, écrivait : « Nous voyons des cliapelles absidiales donnant sur le bas-
' côté qui pourtourne le sanctuaire dans les églises dont la construction remonte aux ix= ou x« siècles, comme par exemple l'église de Vignory. Dans le centre de la France, nous trouvons des chapelles absidiales dès le x«siècle».i>Enfin, en 1860, Alfred Ramé" apportait un texte de Helgaud, moine de Fleury, racontant la restauration de l'église construite à Orléans en 1029 et qui reproduisait, avec sa chorea complète, le plan de l'église de Notre-Dame à Clermont : Caput autem ipsius monasterii /ecit miro opère, in simililudinem monasterii sanctœ Mariœ, matris Domini, et sancloruin Agricolœ et Vilalis in Claroinonte constituti ". L'existence de la chorea dans le centre et dans l'ouest de la France, exception faite pour la Normandie, dès le XI" siècle, n'était dès lors plus contestable. A Valence : chorea de sept diapcUes absidiales; à Saint- Étienne de Nevers, trois chapelles; à Cluny, chorea de cinq chapefies; à Saint-Hilaire de Poitiers, chorea de quatre chapelles; à Saint-Savin, chorea de cinq chapelles; à Saint-Aignan d'Orléans et à Notre-Dame de Clermont, chorca de cinq chapelles; à Chartres, à Saint-Bénigne de Dijon, et avec celte dernière nous touchons au x<' siècle où nous entrons avec Saint- Pierre de la Couture au Mans, pourvue d'une chorea de cinq chapelles, vers la fin du x'= siècle, vers 992 ".
Au Mans, ce n'est plus sur un monument existant que nous fondons l'existence d'une chorea à cinq chapelles dans une église bâtie en 834. Viollet-le-Duc avait pressenti que les bas-côtés se prolongeaient autour du
p. 35. — • Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'archilecture Irançai.w, in-S», Paris, 1859, t. Ii, p. 456. En note, il ajoute le résultat des fouilles praticjuées par lui dans le sanctuaire de la catiu'iïrale de Clermont: on avait retrouvé le plan de la cathédrale primitive, x'-xr siècle, avec quatre chapelles autour du bas-côté du sanctuaire. — "■ A. Ramé, Dissertation sur quelques édifices d'Orli'nits présumés carolingiens, dans le Bulletin monumental, 1860, III*' série, t. VI (t. x.x.wi), p. 56. — " Bouquet, Recueil des historiens de la France, t. x, p. 110. — " Gallia christiana, t. xiv, p. 469.
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sanctuaire ' et les Ccsla episcoporum Cenomanensiam -~ ils pouvaient, croyait-on, malgré leur discrédit, témoigner dans une affaire purement archéologique — nous apprennent que l'évêquc Aldric aurait consacré ubsidam malris et senioris ciuitatis ecclesise ...dcambiilaloria (c'est l'équivalent de chorea) siqiiidem sursiim per lotutn in circuilu ipsius eccksiœ lecil, in quibiis et altaria quinque nobililer construxil atque sacravit ■. Ainsi, les bas-côtés se prolongeaient autour du chœur et cette disposition remonterait au moins à l'époque carolingienne. Mais une étude attentive du texte prouve que, par le mot deambulatorium,\'anleuT a voulu désigner des tribunes placées au-dessus des bas-côtés, et les cinq autels, au lieu de se trouver dans autant d'absidioles autour du chœur.ctaient placés dans ces tribunes.
II. Notre-Dame-du-Pré, Al- Mans. — Deux églises ont été invoquées en preuve de l'existence de chorea: dès le v-vi^ siècle : Notre-Dame-du-Pré, au Mans, et Saint-Martin de Tours.
Mais l'église de Notre-Dame-du-Pré, au Mans, dans son ensemble, n'est que du xi' siècle, aj'ant été reconstruite vers 1050 par une abbesse nommée Lézeline =. Si l'on a pensé reconnaitre dans une partie du chevet les restes d'une construction plus'ancicnne. cette- erreur tient à la diflércnce d'appareil, pourtant facile à expliquer *, et c'est bien à tort qu'on a pu croire que le chevet de l'église était formé de deux constructions soudées l'une à l'autre, celle de l'extérieur appartenant au vie siècle, l'autre au xi«. Mais il y a là une erreur de fait. La face externe de l'abside de Notre- Dame-du-Pré forme un tout homogène avec la face interne; toutes deux sont donc du xi^ siècle. Dût-on reconnaitre dans une partie du chevet les restes d'une construction plus ancienne, serait-on autorisé à faire remonter cette construction au temps de l'évêque saint
' VioUet-le-Duc, op. cit., t. il, p. 355. — = Gesta Aldrici episc. Cenom., dans Baluze, Miscellanea, t. i, p. 81. — ' Gallia ehristinna, t. xiv, col. 501. — 'L'église du Pré est bâtie suivant un système conmiun dans le Maine, la Touraine et l'Anjou au commencement du xi» siècle. Elle est en petit appareil avec chaînes de grand appareil aux montants des fenêtres et à tous les angles saUlants. Or, par suite du plan circulaire du clievet qui donne au parement extérieur du mur ime plus grande surface qu'au parement intérieur, par suite de l'absence de contreforts et du peu de largeur des fenêtres, le petit appareil occupe sur la face extérieure de l'édifice beaucoup plus d'espace que le grand. A l'intérieur de l'abside, au contraire, la moindre surface du mur, le large êbrasement des fenêtres, la multiplicité des chaînes de grand appareil nécessitées soit par les angles des absidioles, soit par les colonnes qui ornent les murs, lais- . sent si peu de place au petit appareil, qu'on peut croire, à première \-ue, à un autre mode de construction. Mais c'est une erreur. Partout où l'architecte a disposé de surfaces assez grandes, on retrouve le petit appareil à l'intérieur de l'église, tout comme à rextêricur. . — ' Sur le plan on a indiqué par des hachures l'emplacement et la forme de cette crj-pte. — «il. Ratel, de Tours, attribue cette crM>te au temps de saint Julien, le pseudo-premier évêque du Mans; tandis que M. Darcy, raicliitccte qui a restauré le monument, qui pendant trente ans et plus en a scruté toutes les pierres, loin de reciUer cette construction jusqu'aux temps fabuleu.\ du prétendu saint Julien, liésite à la faire remonter jusqu'à saint Innocent. — 'R. de Lasteyrie, L'église Saint-Martin de Tours. Élude critique sur l'Iiistoire et la /orme de ce monument du v' au .\i' siècle, dans les Mémoires de fAcadémie des inscript., 1892, t. xxxiv, p. 25-2G. Avant même l'apparition des Normands, l'église du Pré était dans un tel état d'abandon que l'évêque Aldric en fit enlever le corps de saint Julien et de plusieurs autres saints pour leur donner un asile plus convenable. Gesta Aldrici, dans Baluze, Miscellanea, t. i, p. 103. — » A. Lenoir, Éclaircissements sur la restitution de l'église mérovingienne de Saint- Martin de Tours, en appendice au tome I de l'édition des Œuvres de Grégoire de Tours, donnée par la Société de l'histoire de France; Hubsch, Monuments de T arehiteeture chrétienne depuis Constantin jusqu'à Charlemagne, trad.
Innocent, c'est-à-dire au vi« siècle? « Non certes. Bien au contraire, des fouilles exécutées en 1843 ont fourni la preuve que ce chœur avec déambulatoire et absidioles ne pouvait remonter à une date si reculée. Car elles ont fait retrouver une crypte ' dont la forme nous indique approximativement le plan du sanctuaire primitif; or, c'était un vaisseau terminé par une abside unique, qu'il est déjà bien hardi de faire remonter jusqu'au vi^ siècle et qu'il serait plus que téméraire de vieillir davantage » (fig. "2817). Si donc lesabsidioles de Notre-Dame-du-Pré contiennent encore des restes antérieurs au milieu du xi" siècle, ce n'est pas au temps de saint Innocent qu'il faut les attribuer, c'est à quelque reconstruction postérieure aux incursions de Normands qui ravagèrent à plusieurs reprises les environs du Mans '. »
III. Saint-Martin de Tours. — Pour l'église de Saint-Martin de Tours, la question est un peu plus compliquée; toutefois, comme nous devons traiter en son lieu (voir Tours) l'histoire des basiliques successives construites sur le tombeau du fameux thaumaturge, nous n'aborderons ici que le point particulier de la présente étude.
L'église de Saint-Martin de Tours avait fourni ample matière aux conjectures reconstructives ', lorsqu'en 1869, Jules Quicherat ' proposa une restitution du monument qui parut confirmée de point en point par des fouilles exécutées en 1886. Cela n'allait à rien moins qu'à antidater jusqu'au v'' siècle un plan dont on ne connaissait jusqu'ici aucun exemple antérieur au X"' siècle environ >". Quicherat avait cru que l'oratoire primitif en bois" construit par saint Bricc" avait fait place à une basilique deux fois reconstruite ; au v^ siècle, elle était élevée par l'évêque Perpet, puis reconstruite au xi= et au xiii' siècle ". Depuis lors
Guerbcr, in-fol., Paris, 1866, pi. XLViii, fig 6, T. — • J. Quicherat, Restitution de la basilique de Saint-Martin de Tours,. dans la Revue archéologique, 1869, t. xix, xx, réimprimé dons Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. i, p. 30-73. Cf. Courajod, Un monument de l'architecture française au v' siècle, dans la Gazette des beaux-arts, 1871, t. x.xi.x, p. 231 ; Lecoy de la Marche, Saint-Martin, in-S", Tours, 1890, p. 470; Gonse, L'art gotliique, p. 26. — '° On peut dire que le travail de Quicherat a hanté l'imagination de ceux qui conduisirent les fouilles et conduit la plume de ceux qui les interprétèrent. Parmi ces derniers, les plus qualifiés furent : S. Ratel, La basilique de Saint-Martin, à Tours, in-8°, Bruxelles, 1886; Casimir Chevalier, Les /ouilles de Saint- ^Icwtin de Tours, recherches sur les six basiliques successives élevées autour du tombeau de saint Mcu-tin, in-S^, Tours, 1SS8. Voir aussi C. Chevalier, Le tombeau de saint .A/ard'n, dans le Bulletin de la Soc. archéol de Touraine, 1883, t. v, p. 11-64; Ratel, Du lieu de la sépulture de saint Martin à Tours, in-S", Tours, 1889, dans Bull, de la Soc. archéol. de Touraine, 1889, t. viii; Ratel, Les basiliques de Saint-Martin à Tours, Supplément, in-S». Paris, 1890; C. ChevaUer, Les fouilles de Saint-Martin de Tours, note complénuntaire, in-S'', Tours, 1891; Ratel, Les basiliques de Saint-Martin à Tours: .Vo/e supplémentaire en réponse à une note complémentaire de Mgr Chevcdier, in-8°. Tours, 1891. .\insi qu'il arrive souj vent, la science, en Allemagne, prit parti majestueusement sur le point encore discuté en France : Dehio, Die Basilika des heil. Martin in Tours, und iltr Einfluss auf die Entwickelung der kirchlichen Bauformen des Miltelalters, dans Jalirbuch der Kônigl. preuss. Kunstsammlungen, 1889, t. -x, p. 13 sq. En France, M. R. de LastejTie a remis les choses au point. — " Sur ce fait que l'oratoire élevé par saint Brice était en bois, cf. R. de LastejTie, op. cit., p. 6-7. — '- C'est cette construction éphémère que JI. Ratel prétendit avoir retrouvée : Du lieu de sépulture de saint Mcu-tin, 1889, p. 20-28. La principale utilité de son travail est d'avoir réuni tous les textes de Grégoire de Tours relatifs à l'église bâtie par saint Brice. Cf. Les basiliques de Saint-Martin. Supplément, c. m, p. 15 sq. R. de LastejTie, op. cit., p. 5-6, a discuté et fait justice de ces hypothèses. — " J. Quicherat, Restitution de la basilique de Saint-Martin, dans Mélanges, 1. 1, p. 30, 73.
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l'étude attentive des sources manuscrites de l'histoire de l'abbaye ' a permis d'établir que, du v« au xiii" siècle, la basilique de Saint-Martin de Tours a dû être rebâtie quatre ou cinq fois au moins '. Cette série de catastrophes a-t-elle laissé subsister quelque chose de
■2817. — Plan de Notie-Dame-du-Pré.
D'après les Mémoires de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, 1892, t. xxxiv. p. 24, lig. G.
la basilique consacrée par saint Perpet, le 4 juillet 470 = '? C'est inadmissible *. « Brûlé en 853 et en 903,
* E. Mabille, Les inuasioris noriiumdes dans la Loire et les pérégrinations du corps de saint Martin, dans la Biblioihéquc de T École des chartes, 1869, t. xxx, p. 149 sq. — * C. Chevalier a exposé cette série de désastres, il compte « six basiliques :> et donne pour sous-titre i\ son mémoire : Hccherches sur les six basiliques successives élenécs autour du tombeau de saint Mcu'lin. — ' Chevalier, Les /ouilles de Saint-Martin, p. 24, donne 470; Quicherat, Mélanges, p. 31, donne 472. — * L'église de 470 fut incendiée en 558, par Williacai'ius (Grégoire de Tours, Hist. Frajic., IV, c. xx; ! X, c. XXXI); Euphrone, évéque de Tours, la répara (Hisl. Franc, 1. X, c. xxxi|,et cela dura peut-être jusqu'en 732 (Rej-naud, Histoire des invasions sarrasines, p. 34), peut-être jusqu'au ix= siècle, .\lors commencent les épreuves. 8 novembre 853, le monastère est entièrement détruit et la basilifiue brûlée. Annales Berliniani, ad. ann. 853, dans Monum. Gcrni. hist.. Script., t. i, p. 44>S; Annales Fuldenses, ad. aim. 853, i6id., t. i, p 368; cf. Mabille, dans la Bibliothèque de t École des chartes, 1869, t. xxx, p. 172, 173; Salmon, Supplém. aux Chroniques de Touraine, dans les Mém. de la Soc. arch. de Touraine, 1857. En 856, les chanoines, à peine réinstallés, îuient de nouveau devant les Normands. Annales Ber/iniani, p. 449; Mabille, op. oi(., p. 175. Rentrés en 857, ils commencent à reconstruire et reçoivent des secours de Charles le Chauve. Bibl. nat.,.lrm. de Baluze, t. lxxvi, fol. 323; Mabille, Restitution de la pancarte noire de Saint-Martin, n. 135. En 865, nouvelle invasion des pirates, les chanoines fuient jusqu'en .\uvergne. Mabille, Pérégrina-
le monastère avait, de plus, été ravagé quatre ou cinq fois pendant cet intervalle d'un demi-siècle. On peut donc affirmer, sans crainte d'erreur, que toutes ces restaurations successives avaient dû faire disparaître jusqu'à la dernière pierre de la basilique du v« siècle, bien avant que l'incendie de 997 eût nécessité la construction d'un nouvel édifice ^ remplacé en partie au xiiis siècle par la grande église détruite pendant la Révolution. »
Nous devons donc ici contredire ce que nous avancions dans" l'étude' des absides (voir Dictionn., t. i. col. 189), il ne peut être question de chorea à cinq absidioles dans la basilique de saint Perpet. La figure 2818 permettra de suivre l'histoire des constructions dont on a retrouvé les restes et qui peuvent se diviser en trois groupes correspondant à trois monuments distincts.
Le plus récent, figuré sur le plan par des hachures obliques, appartient à l'église du xin« siècle ». Les maçonneries, figurées par un pointillé et dessinant une suite de chapelles absidiales qui entouraient un déambulatoire, appartiennent aux constructions du trésorier Hervé en 997. A cette même église appartiennent peut-être les quatre piliers P. P. P. P. du transept'. Quant aux maçonneries teintées en noir, il est plus difficile d'en déterminer l'âge. « Ce sont des murs très épais qui présentent en plan la même disposition que le sanctuaire du xi« siècle. Autour d'un chœur avec déambulatoire qui coïncide presque avec celui d'Hervé, se développe une suite d'absidioles de très petite ouverture, m.iis dont les murs sont si épais qu'extérieurement ces absidioles se suivent sans aucun intervalle ". Les maçonneries figurées par des hachures croisées se composent d'un large empattement construit sur pilotis au pourtour de l'absidiole médiane; puis une construction analogue servant de base à la première chapelle du transept; c'est enfin ce large soubassement épais de trois mètres sur lequel reposent les piliers du rond-point du chœur.
« Si l'âge récent de ce soubassement, de ce podium, comme on l'a appelé, était bien établi, la démonstration serait vite terminée, car on ne peut admettre qu'il ait été ajouté après coup, l'hémicycle sur lequel s'ouvrent les chapelles étant d'un trop grand diamètre pour qu'on puisse en concevoir l'existence sans une colonnade intérieure. Donc, si cette colonnade n'existait pas à l'époque mérovingienne, les absidioles ne
lions du corps de saint Martin, dans Bibl. de TÉcole des chartes, t. xxx, p. 176, 177. Rentrés en 870, ils sont chassés de nouveau en 872 (Mabille, p. 179, 180); ce n'est qu'en 878 qu'ils réintègrent leur monastère. Mabille, p. 181. En 887, nouvelle alerte, les chanoines se jettent dans'la ville de Tours (Mabille, p. 184, 186, note 3),il semble bien que l'église Saint-Martin fut encore une fois détruite, car le corps du saint demeura en dépôt, plusieurs années, dans un petit oratoire appelé Saint-Martin de la Basoche. En 898, l'abbaye était restaurée et, en 903, les Normands reparurent. Tours, gardé par ses murailles, résista \ ictorieusement, mais les faubourgs de la ville furent saccagés; le 30 juin, l'église Saint- Martin, le cloître, les maisons environnantes, tout fut réduit en cendres. Mabille, op. cit., p 190; Chronicon Turonense, dans Recueil des chron. d l'ourainc, de Salmon, p. 107-108. Cette catastrophe clôt la liste des ravages imputables aux Normands. Elle fut certainement suivie d'une reconstruction totale de l'église, car, bien que les Normands aient abandonné le pays au bout de peu de temps et n'y soient plus revenus, c'est seulement seize ans après, le 12 mai 919, que le corps de saint Martin rentra dérinitivemenl dans son antique demeure Mabille, op. cit., p. 191. — 'Ce fut l'œu^Te du trésorier Her\-c. — '^Plan dressé en 1779, conservé aux archives dipartementales d'Indre-et-Loire, en parfaite concordance avec le résultat des fouilles. — ' R. de LastejTie, op. cit., p 12, et C. Chevalier, Fouilles de Saint-Martin, pi. ui, iv, a comparer avec pi. ii, vue d'une des absidioles d'Hervé. — ' R. de Lasteyrie, op. cit., p. 13.
CHOREA
sauraient remonter à une date aussi ancienne. Malheureusement ce podium a soulevé des assertions si contradictoires ' que nous n'osons en discuter l'âge. Par contre, il est bien certain que les empattements sur pilotis sont de très basse époque, car on y a recueilli des fragments d'inscriptions carolingiennes ', et l'un de ces fragments a été trouvé sous la chapelle du chevet ' (C du plan). Pour moi, écrit R. de Lasteyrie, j'y vois la preuve que non seulement cette abside, mais toutes les autres sont postérieures au milieu du ix' siècle '. »
lulil; et encore : Basilica sancti Martini a fwibus efjracta fuit. Qui ponentes ad fenestram absidjE cancellum, qui super iumulum cujusdam defuncti erat '. La distinction imaginée entre Vabsidasepulcri et l'absida ecclesiœ est insoutenable « et il n'y a pas lieu de s'y attarder, i Si Grégoire de Tours n'a pas constamment désigné par les mêmes expressions l'abside de l'église, c'est par une recherche de style dont on ne peut s'étonner. Cela est si vrai que, dans les trois passages où il parle de cette abside du tombeau, il a chaque fois varié ses termes : absida tumuli, absida corporis.
des foui fies
D esca rtes
-SXR^
2818. — Plan général des fouilles de Saint-Martin de Tours. D'après les Mémoires de l'Acad. des inscriptions et belles-lettres, 1892, t. xxxiv, i" part., pi. 1.
En outre, on doit remarquer que les divers passages de Grégoire de Tours mentionnent toujours au singulier l'abside du monument : Pcrpeluus... submota basilica quam prius Briccius xdificcwerat super sanctum Marlinum, œdiflcavii aliani ampliorem ix cujus AESiD.\ bealum corpus ipsius venerabilis sancti Irans-
absida sepulcri '. Ajoutons que ces trois passages appartiennent tous les trois à un ouvrage spécialement consacré au récit des miracles accomplis par saint Martin au profit des fidèles qui venaient prier à son tombeau; cela justifie suffisamment les expressions de l'hagiographe, sans qu'on aille leur prêter un sens
'Voir Ratel, Les basiliques de Saint-Martin. Supplém., p xn sq. ; C. Chevalier, Les /ouilles de Saint-Martin, \ote omplém., p. 14 sq. — = C. Chevalier, Les fouilles de Saint- Martin de Tours, p. 1098,1036. — " En conséquence de cette découverte, C. Chevalier, op. cit., p. 103, dut admettre la reconstruction partielle de cette chapelle au ix^-.x*^ siècle. — « Op. cit., p. 15. ■ Une partie des murs, notons-le bien, est fondée sur des pilotis, attribués par C Chevalier au ix' ou au x^ siècle. Or ces pilotis ont dû être établis en même temps que les absidioles pour en assurer les fondations, ou ajoutés peu après pour remédier à quelque tassement causé par l'instabilité du sol. Si donc ils sont du ix' ou du x" siècle.
les absidioles placées au-dessus ne peuvent remonter au temps de saint Perpet. Un cadre de bois a été retrouvé dans les fondations de l'absidiole médiane. C. Chevalier suppose que ce cadre aurait été glissé après coup sous le mur du y siècle pour le consolider. Cette opération est bien in\Taisemblable. Cadre et pilotis me semblent, par leur position même, contemporains des constructions qui les surmontent.
— 6 Grégoire de Tours, Hist. Francor., l.X, c. xxxi, P. L.^ t. i,x.xi,col. 563; /frici, 1. VI, c. X, P. L.,t. Lxxi. col. 382. — • J. Quicherat, Mélanges, p. 48 ; R- de Lasteyrie,op. ci7.,p. 16.
— • Grégoire de Tours, Slirac. S. Mttrlini, 1. II, c. xLvn: 1. III,c.LVii;l. rS',c.x.xv,P. I.., t. LXXI, col. 962, 988,1000.
CHOREA
qui serait en contradiction formelle avec son propre témoignage. Je pourrais chercher encore d'autres arjiuments dans les rubriques des inscriptions qui ornaient la basilique, car il n'y est question que d'une al)side unique, et on ne peut les expliquer d'une façon pleinement satisfaisante qu'en admettant une abside comme des églises de Rome et de Ravenne, s'ouvrant sur la nef ou sur le transept par un grand arc sous lequel était placé l'autel '. »
L'étude des maçonneries, loin de justifier la prétention de les faire remontera saint Perpet.a simplement servi à afTirmer l'irréductible contradiction entre arclxéologues partant de l'idée a priori qu'ils retrouveraient sous l'église d'Hervé celle de Perpet.
Cette idée a priori, k laquelle ils pliaient les observations très subjectives faites sur la nature du mortier et des enduits, les archéologues locaux l'avaient enracinée dans leur esprit par l'étude des conclusions de Quicherat auxquelles les fouilles devaient servir, coûte que coûte, de démonstration et d'illustration. Quicherat affirmait que la basilique de saint Perpet inaugura en son temps un type nouveau avec un chœur entouré d'un déambulatoire. Il assurait, faute de connaître l'histoire des désastres répétés, que l'église de sainl Perpet s'était conservée jusqu'à la fin du x" siècle et avait servi d'assise à l'église d'Hervé. Cette assertion n'était pas fondée, puisque l'église du V siècle avait dû être rebâtie complètement, et plusieurs fois peutêtre, avant 997.
Quicherat a, en outre, attribué à la basilique une forme qu'elle n'avait pas. Cette question si importante pour l'archéologie chrétienne sera abordée en détail lorsque le moment sera venu (voir Tours); en ce moment nous ne sortons pas du chœur de l'église. Celle-ci était une basilique n'ayant qu'une abside et dont le transept, s'il y en avait un, ne débordait pas les bas-côtés '. Dans le sanctuaire, « pour faciliter la circulation du peuple autour du tombeau, une galerie contournait l'abside. Cette circonstance, écrit Quicherat. se déduit du témoignage de Grégoire de Tours qui a mentionné deux fois un atrium ', c'est-à-dire un espace entouré de portiques dont l'emplacement était du côté des pieds de saint Martin*.» «Ainsi, remarque R. de Lasteyrie, c'est du mot n/riuni, employé deux fois par Grégoire de Tours ^ que Quicherat a déduit l'existence d'un déambulatoire. Mais cette déduction est inadmissible, car jamais le mot atrium n'a eu pareille signification. Bien au contraire, 11 a un sens radicalement inconciliable avec une pareille idée. Atrium en latin, comme aiûp'.ov en grec, signifie « une cour, un lieu découvert», le contraire, par conséquent,d'un déambulatoire qui est toujours couvert'. Prétendra-t-on qu'un atrium ne pouvait entourer l'abside de la basilique? Mais ce serait une grosse erreur. Le fameux plan de Saint-Gall nous montre, en effet, qvi'il pouvait y avoir un atrium aux deux bouts de l'église. 'Voir Saint-Gali, '. L'abside de la basilique bâtie par Constantin sur le Golgotha était aussi entourée d'un atrium qui la séparait de l'église
' R. de Lasteyrie, dans Mémoires de l'Acadcmie des insc. et beltcs-tetires, t. xxxir, p. 17. — ' QuicheraL Mèlitinjes, p. 33. — ' Voici les deux passages de Grésoire de Tours, Miraeul. S. Alartini, 1. II, c. xlii : Debilis quidam, cufus manus contracta diritjaerat, diim in atrio, quod imte Beati seputcrum hahetur, orarct attente, in sancta cjus vi(jiîia risitatus est; et Ilist. Franc, 1. VII, c. x\u: Xam sœpe cœdes tnfra ipsum atrium qiioil ad pedes Beati exstat cxegit, e-xercens assidue ebrielates ac uimitates. P. /.., t. LXXI, col. 428. — • Quicherat, Aîétanges, p. 4(î. — ^ Le mot est employé par Grégoire dans un troisième passage que Quicherat n'a pas cité, Mirac. S. Alartini, I. III, c. i.vii. P. L.y t. LXXI, col. 988, et oi'i il est parlé d'un indi\ idu qui ^■ie^t prier in atrio quod absidam eorporis anibit. Cet <dritnu ontnurait donc l'abside, ce qui s'accorde à merveille a\ee
proprement dite du Saint-Sépulcre '. Enfin, plusieurs des antiques églises retrouvées en Syrie ou en Afrique ont leur abside entourée de vastes cours auxquelles le nom d'atrium convient d'autant mieux que ces cours servaient souvent de cimetière; or on sait que le mot atrium a, de tout temps, servi à désigner les lieux de sépulture', et précisément à Saint-Martin de Tours il y avait un cimetière derrière l'abside. Grégoire de Tours nous l'apprend d'une façon positive, notamment dans ce passage où il dit que des voleurs s'introduisirent un jour dans la basilique en passant par une fenêtre de l'abside, à laquelle ils avaient pu atteindre en s'aidant d'une balustrade qu'ils avaient arrachée à une tombe ">.» C'est donc de cet atrium, de cet enclos fjui servait de cimetière, que Grégoire de Tours a voulu parler dans les deux passages où Quicherat a cru reconnaître une chorea ou déambulatoire. Ainsi, rien n'autorise à croire que l'abside bâtie par saint Perpet différât sur ce point de celles des nombreuses basiliques des v« et vi' siècles que nous connaissons.
Enfin, il reste à dire quelques motsd'un passage contenu dans un sermon attribué à saint Odon de Cluny et dont Quicherat s'est servi pour imaginer un portique ou colonnade sur plan courbe formant saillie sur la nef, ce qui n'est pas soutenable, tandis que C. Chevalier y voyait nettement une chorea enveloppant le sanctuaire. Voici ce texte : « On avait construit celte église sur des arcades, in arcuatis porticibus, parce que les fidèles qui s'y pressaient étaient si nombreux que, bien qu'elle fût très large, elle se trouvait parfois trop étroite et qu'on enfonçait sans le vouloir les clôture» placées en avant du chœur et leurs petites portes.» Les arcades dont il s'agit sont celles de la nef. Rien n'autorise à croire qu'il y en eût au chœur. De plus, ce sermon n'est pas l'œuvre de saint Odon, mais d'un moine du xi' siècle. Il ne fait pas allusion à l'incendie de 903, mais à celui de 997. Il y avait beaux jours à cette date que l'église bâtie par saint Perpet avait disparu, et les dispositions intérieures auxquelles le sermonnaire fait allusion étaient celles, non de la basilique du v» siècle, mais de l'église du trésorier Hervé, à la fin du x'.
IV. Autres exemples. — u Tous les archéologues ont enseigné jusqu'ici que les églises bâties en Occident, au début de la domination barbare, affectaient dans leurs grandes lignes le plan des basiliques dont Rome et Ravenne nous ont conservé de si curieux exemples. S'il est un point qui paraisse bien établi, c'est la forme de leur sanctuaire. C'est toujours une abside en hémicycle s'ouvrant sur le transept ou à l'extrémité de la nef. C'est seulement vers le temps de Charlemagne que s'introduit en France la coutume de faire précéder l'abside d'un chœur d'une ou plusieurs travées", et c'est plus tard encore qu'apparaissent les premiers monuments dans lesquels le chœur et l'abside sont entourés d'un bas-côté sur lequel s'ouvrent des absidioles ". '-
Nous venons de voir que ni au Mans, ni à Tours, les
rexplication donnée plus loin — • Du Gange donne au mot atriun\ le sens générique d'area, d'espace subdio; il suppose à tort que tout atrium est en avant de l'église. — ' Dans le plan qtie nous donnerons au mot Saint-Gall, l'atrium porte le nom de paradisus, son synonsTnc. — •Eusèbe, Vita Constantini, I. III, c xxxv, xxxvi, P. G., t. XX, col. 1096. Cet atrium n'avait de portiques que sur trois côtés, le quatrième étant occupé par l'abside de la basilique. Un second atrium se trouvait en avant de la basilique. — • Ce sens a persisté jusque dans le vieux français. L'offre Saint-Maclou, à Hiiuon, était le cimetière de la paroisse Saint-Maclou. — '" Grégoire de Tours, Hist. Franc., I. VI, c. X, P. l.., l. LXXI, col. 382; R. de LastejTie, op. cit., p. 43. — " Quicherat, Mélanges, p. 410. — '- R. de Lasle>Tic, op. cit., p. 18.
CIIOREA — CHORÉVKOUES
exemples invoqués ne sont rccevables; d'autres ont été invoqués qui r.e prouvent pas plus ce qu'on veut leur faire dire •. Il s'agit, ne l'oublions pas, d'un corridor circulaire tournant autour de l'abside. Or, on invoque les chapelles trichores (voir fig. 42) du iV siècle débutant, ou même de la seconde moitié du :ii*,qui présentent trois hémicycles disposés en croix sur les faces d'un carré; ou bien les absidioles, simples niches réservées dans la muraille d'une abside (fig. 47). De chorea il n'est pas question. Peu importe le nombre des absidioles ou niches, trois, cinq, sept, et peu importent les pays où l'on a rencontré ces exemples puisque la condition essentielle fait défaut: il n'y a ni chœur ni chorea. En outre, ces absidioles ne font pas saillie à l'extérieur, ce sont de simples niches prises dans l'épaisseur des murs, à hauteur d'appui, des crédences tout au plus.
On ne peut qu'opposer la même fm de non-recevoir à d'autres exemples aussi malencontreusement choisis. A Naplcs, le fond de l'abside bâtie au V siècle était percé de trois arcades juxtaposées - (voir flg. 1442); à Saintc-^Iarie-Majeure, une disposition analogue existait probablement au ix' siècle ^ mais de chorea et d'absidioles, nulle trace, nulle mention. A Betliléhcm, on cherche en vain ces mêmes éléments et on ne trouve qu'un transept aux bouts arrondis et une abside uni(|ue. Voir fig. 142S. Ce qui serait enfin décisif, c'est la basilique du Saint- Sépulcre (voir fig. 44) si on pouvait encore admettre l'ingénieuse restitution de ce monument qu'a jadis proposée M. de Vogué *. .1 Mais, depuis que l'auteur des Églises de la Terre Sainte a tenté de reconstituer les formes premières de cet édifice, tant de fois restauré et même reconstruit, la découverte d'un document de premier ordre, la Peregrinalio Eihcrix =, est venue modifier complètement toutes les données du problème. On sait aujourd'hui qu'on a attribué à un édifice unique des textes qui s'appUquent, en réalité, à trois édifices distincts; qu'il y avait autour du Saint-Sépulcre non pas une basilique, comme le pensaient M. de Vogiié et tous ses devanciers, mais trois églises : V Anaslasis, élevée au-dessus de la grotte même du Saint-Sépulcre, construction de dimension restreinte et probablement de forme ronde; le Martyrium, grande basilique avec une abside de type ordinaire; et l'église de la Croix, où l'on conservait l'instrument du supplice divin depuis que sainte Hélène l'avait retrouvé. M. de Vogiié ne faisait remonter qu'au vW^ siècle cette disposition des saints lieux, il la croyait postérieure à l'invasion des Perses (C14); en réalité, elle datait du temps même de Constantin «. i
H. Leclercq.
CHORÉVÊQUES. - I. Chorévêque. II. Le canon 13- d'Ancyrc. III. Le canon 14« de Néocésarée. IV. Expansion au iv<^ siècle. V. Nombre. VI. Pouvoir d'ordre. VII. Le canon 10« d'Antioche. ,VIII. Saint Basile. IX. Du iv<: au viii" siècle. X. Syrie. XI. Arménie. XII. Occident : 1° Afrique; 2° Italie; 3" Espagne. XlII. Armentarius. XIV. Eugraphus. XV. Gaule, XVI. Réformecarolingienne. XVII. SousCharlemagne. XVIII. Décadence. XIX. Disparition. XX. Bibliographie.
I. Chorévêque. • — L'institution du chorépiscopat est ancienne; elle a été appliquée à l'Orient et à l'Occident à travers bien des vicissitudes que nous allons exposer.
' C. Qievalier, Les fouilles de Satnt-Marlin, p. 33 sq. — -•De Rossi, B;W/. di arch. crist, 1S80, p. 14S sq. — 'Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. ii, p. 60. — ' De Vogiié, Les éylises de Terre Sainte, in-S», 18G0, p. 40 s(|. — - Itinera Hierosohimitana, édlt. Geyer, in-S°, 1898. — ' R. de LastejTie, op cil , p. 22-23. — ' Code Ihéodosien, 1. XI, tit. x'xn-, leg 6. — • Code Ihéodosien, I. XI, tit. i, leg. 36. — » Pitra,
Les circonscriptions dont il est généralement question à propos des chorévêques sont lesyiopat ou /.ojai'., divisions de la -apotxia. Le chef ecclésiastique de ces ÉgUses secondaires portait le titre d's-niTX'ijio; -f,; ■/(j'ipa; ou yioçiiT.in/.o-K'i;, episcopus vicanus ou regionarius. Un auteur du moyen âge n'a pas hésité à donner pourét\iiiologie à ce mot: /ofio: et Ésiî/.ono;. C'est pure fantaisie. II ne s'agit ici ni de /.opo; ni d'autre chose, mais de /wpa, payus, la» campagne», et y.war,, L'icus, le « village ». L'organisation civile de l'empire reconnaissait deux sortes de /.mij.!;. Les uns, peu considérables, sont assez promptement absorbés administrativement et hiérarchiquement par des -/.woiai plus importants qui prennent le nom de tir,-r,o-/MKi.ixi. Ces métrocomies sont l'équivalent des cités et, comme les cités, elles sont le siège des évêchés '. Ainsi voyonsnous, dés le milieu du iv« siècle, les lois impériales réglementer l'ordination du clergé dans les oppida, vici, caslella, nmnicipia^. MaUieureusement, ces lois ne nous font pas connaître avec précision le caractère et la destination des chorévêques. Elles ne sont pas, d'ailleurs, les documents les plus anciens qui s'occupent de la hiérarchie; les canons d'Ancyre ' et de Néocésarée"' nous font connaître l'existence de chorévêques au lendemain de la paix de l'Église. Mais on ne peut remonter plus haut et la date exacte de leur institution n'est pas connue. On est donc obligé de déterminer les fonctions attribuées à cet ordre hiérarchique d'après une série d'indications desquelles il ressort que « les chorévêques doivent leur raison d'être à la nécessité d'aider le chef du diocèse dans l'administration et la surveillance des ÉgUses secondaires fondées au milieu de groupes de population plus ou moins distincts de la cité cpiscopale, à mesure que le christianisme eut la liberté de se propager hors des villes".» Plusieurs définitions proposées des fonctions spéciales au chorépiscopat sont grandement inexactes à force de vouloir se rapprocher des institutions et du langage de notre temps. On a donc appelé les chorévêques des évêques coadjuteurs, des prélats iiulliiis, des archidiacres, des curés-doyens, des vicaires forains et des curés de campagne; car, en si belle voie, on ne s'arrête plus et il n'est pas de degré de la hiérarchie qui ne paraisse leur convenir. Enfin, nous montrerons dans cette notice les convenances, au moins spécieuses, qui favorisent l'identification entre chorévêques et périodeutes'^. 11 est quelque peu aventureux de préciser des titres qui emportent une idée bien nette au point de vue de la juridiction et du pouvoir d'ordre à l'égard d'une classe hiérarchique dont les origines paraissent remonter jusqu'à une antiquité si éloignée qu'on n'ose, en vérité, imaginer rien de beaucoup plus ancien. Un des derniers en date parmi les historiens du chorépiscopat, M. F. Gillmann, fait observer que les chorévêques étant, d'après l'étymologie, des évêques de la campagne", il ne faut pas hésiter à faire remonter leur institution jusqu'aux premiers temps où leur existence devint nécessaire, c'est-à-dire jusqu'au second et même jusqu'au premier siècle puisque, dès cette époque, les chrétiens se multipliaient rapidement dans les villages et les campagnes.
Ainsi qu'il arrive presque toujours, le titre distinctif ne dut être choisi qu'à partir du moment où son adoption s'imposa pour des raisons d'ordre et de disciphne. Au début, il n'y eut que des évêques, tous
Jiiris ecclesiastici fjrœcoriwi historia et monumenta, 1864, 1. 1, p. 445. — "Ibid., t. I, p. 454. — " J. Parisot, Los chorivêques, dans la Renne de COrient chrétien, 1901, t. vi, p. 158. — '=F. Gillmann, Das Institut der Chorbischôfe im Orient; historiscli-canonische Studie, in-8", 1903. — "C'est le terme dont Eusébe de Césarée, llist. eccles., 1. VII, c. xxx, P. G., t. XX, col. 713, fait usage en parlant des chorévêques.
CHOREVKQUES
^gaux entre eux. Mais celte galitc était, on contradiction avec la nature des clioscs. Au point de vue politique et administratif, il existait une subordination manifeste entre les villes et les campagnes; il ne pouvait en aller autrement au point de vue religieux. Ici, la dépendance s'imposait par le fait que les villes, ayant étéévangéliséeslcs premières, avaient pris l'initiative de l'évangélisation à l'égard de la contrée •environnante. Les missionnaires que l'Église-mère y avait envoyés s'étaient trouvés par rapport à celle- ■ci dans un état de dépendance et presque d'infériorité. L'obligation de recourir aux ressources de cette Églisetnére tant pour le personnel que pour le matériel fonda des rapports analogues à ceux qui existaient entre un proconsul et les magistrats municipaux. La tendance ■des grands sièges épiscopaux, tels qu'Antioche, Rome, Cartilage, se laisse entrevoir très clairement dans leurs générosités magnifiques à l'égard des sièges éprouvés par l'infortune. Qu'elles le désirassent ou non, les Églises se trouvaient dans le cas de recourir à leurs opulentes métropoles. Ainsi s'établissait, plus encore par la nécessité que par la reconnaissance, le prestige des évêcliés des villes et surtout des grandes villes, prestige qui s'affirma pratiquement par une sorte d'hiérarchisation à laquelle durent résister sans <loute beaucoup d'évèques de campagne, mais qu'ils ne purent entraver eflicacement ni arrêter. Cette i révolution, car c'en était une, parait avoir été accomplie vers le niiheu du m' siècle. La longue période de ! tolérance ouverte qui suivit la persécution de Dieu favorisa la systématisation des résultats acquis. Appauvris et, en un sens, vaincus, les évèques campagnards eurent à subir les conditions qu'il plut aux évèques citadins de leur imposer. Ils gardèrent dès lors le titre de chorévêqucs qui constatait officiellement leur état de subordination.
II. Le c.\non 13« d'Ancyre. — En 314-315, un concile tenu à Ancyre, en Galatie, consacra un de ses canons, le 13", à l'ordre des cliorévêques. C'est la mention la plus ancienne que nous connaissions de ce titre et le canon présente de réelles difficultés d'interprétation. En voici le texte courant : XwpEn:a/.ô-oi; (JLv, i^zlwxi TTpsaSuTipo'jç r, ûta/.ôvo'j; '/S'.porovtTv, à'^Xà ar,v [x'/jSè -otfîouTipo'jç :îô).£(t):, "/wp'i; toO â7:'.Tpa7îT,va: •ItTzh TO'j ÈTrcTy.ôzo'j y.t''x YpaauiiTO)v iv ï-zioy: :Tasotx:a. « 11 n'est pas permis aux chorévêques d'ordonner des prêtres ou des diacres, ni aux prêtres de ville, sans la permission écrite de l'évêque dans une paroisse autre que (la leur) '. »
Les manuscrits et les ('iffércntes versions donnent pour ce canon quelques variantes notables. On trouve : 7tp£ijSuTÉpo-j; 7To).£Mç. ■ — Mss. Vatic. palat., 376, X' siècle; — Parisin. gr. 1334, -x." s.; supplem. gr. 20«D, x= s.; — Oxon. bar. 196, a. d. 1043; bar. ISÔ, xi's. ; — Parisin. gr. 1320, xi' s.; — Florent. Lanrentian. plut. IXcod. S, xi'^s.; — Vcnel. S. Marco, cod. bessar. 169, xii'^-xiii« s.; — O.von. seld. 48, xiii« s.; — Venet. S. Marco, nanian. 236, a. d. 1467 ; — Parisin. gr. suppl. 614, x"! s.; Vatic. 19S0, xi» s. ; 2060, xi'?-xn= s.; — Oxon. laud. 3S, xi" s.; — Parisin. ."suppl. gr. 10S6, xi= s. ; — Florent. Laurent, plut. X,co(l. iO, xi" s. ; 0.von. mise. 206, XI" s.; ■ — Parisin. grec. 1324. a. d. 1104; Coislin 211, xii'= s.; — Cantabridg. cod. eelV, 29, xii«s. ; — Venet. S.Marco, cod. bessar. 171, xiu'-x.w s.; Monachii, cod. 380 bonilyc, xiV s.; Rome, .ingelica, cod. b. I, 12, xv s. — i^b/ayoïYr, de .Jean d'Antiochc, ms. Parisin. Coislin, 209, xi's.; — Comment, de Zonaras, Paris, cod. 1319, xiw s.; —Comment, de Balsamon,
Venet. cod. bessar. 16S, xiii'= s.; Paris, ms. 1331, xiv« s.; cod. 1328, xv« s.
-pîTS'jTî'po'.; -ô).;m;. — Mss. Vallicell. cod., f. 10, x'-xi»s.; — Venet. Laurent, plut. X, cod. 1, charlac, xin« s.; Mediolan. cod. b. 107 siip. membran., xii«xni= s.; cod. f. 48 sup., xii«-xiii= s.; cod. e. 94 sup.. xm= s.; - Parisin. gr. 1370, a. d. 1297; - Venet. S. Marco nanian. 226, xiir-xive s.; — S-jvaYuyr, de Jean d'Antioche : Parisin. Coislin. 211, xn« s.; suppl. 4S3, xiv^s.; Oxon. cod. b:ir. 86, xii<^ s.; — Florent. Laurent, plut. IX cod. S.
-r.t'jfyl-twt -rj'i.v.K- — -"^Iss. Paris, gr. 1369, xiv= s.;
— Comment, de Zonaras; Paris, cod. Coislin, 210, xiv«! s. ; Brit. Mus., addit. , 22746, xiii^ s. ; —Comment, de Balsamon.
i:'oL ■K^inô-j-.i'fWi z6/,£o);. — Ms. Paris. Coislin. 364, A. D. 1295.
iTUTxoît'j;: Tto'/cw;. — Mss. Va/ic. «2r, XI' S.; — Oxon. cod. bar. 26, xi= s. ; — Paris. Coislin, 35, xii= s. ; — 0.xon. mise. 170. xive-xv^ s.; — Photius, Synlagma canonum, dans Mai, Spicilegium romanum, t. vu.
ï-éçiy.. — Mss. V'an'c. pa/a/. 376; — Parisin. gr. 1334; suppl. 'gr. 1085; — Oxon. bar. 196; bar. 185; — Parisin. gr. 1320; — Flor. Laur. plut. JX, cod. S; —Venet. S. Marco, cod. bess. 169; — Oxon. seld. 48; — Venet. S. Marco, nanian. 236; Bessar. 171, xiii''-xiv« s.; — Monachii cod. 380; — Parisin. gr. 1369, xiv« s.; — Rome, Angelica, cod. b., 1-12, xv= s.; — Brit. Mus., cocf. a<Wi(. 17474,-x.v^ s.; —Oxon. bar. 158, xv« s.; — Paris, gr. 1339, x v= s. : gr. 1337, xv» s. ; gr. 1374, xv« s. ; suppl. gr. 304, xvie s. : Photius, Zonaras, Balsamon.
i-^ir;-r,. — Mss. Vallicell. cod. /. 10, x-xi= s.; — Vatic. 827, xi« s.; — 0.von. bar. 26, xi'= s.;- — Parisin. Coislin, 35, xu= s.; — 0.xon. mise. 170, xiv«-xv=s. ; — Florent. Laur. plut. X cod. 1, xni' s.; — Mediolan. cod. b. 107 sup. Vf. 48 sup.; e. 94 sup., xn«-xin= s.;
— Paris. Coislin 364, gr. 1370; — il'jvayuyri de Jean d'.\ntiochc, Paris. Coislin, 209, 211, suppl. gr. 483; 0.xon. bar. 86; Justell, Bibl. jus. canon., 1611.
Comparons à ces diverses leçons celles des versions latines :
Version ancienne d'Isidore(ms..1/onac. 6243,vin^s.): Viearios episcoporum quod greci eorepiscopos{^) dicunt non licere presbyteros vcl diaconos ordinare : sednec presbyteruniC) civitatis sine episcopi pnvceptum aniplius aliquid juberet vel sine auctorilatem litteraruin eius in unaquaqae parrochia aliquid agere [Ms. Wirceb. mp. th. /. 146, donne ces variantes : {^)corepiscopum, (^)prcsbyteris].
Version d'Isidore (ms. Paris. 3848 A, vm^-ix" s.) : Vicarios(}-^) episcoporum quos greci corepiscopos dicunt(^) non licere {') presbyteros vel diacones ordinare: sed nec presbyteris(^) ciintatis sine episcopi prœceplo amplius(^) aliquid imperare vel sine auctoritate{') litterarum eius in unaquaque parrochia aliquid (') agere Q) [Mss. (' ) V'icari'is [...osl Paris. 3842 A)\ episcoporum non licel ordinationes lacère : Paris. 3848 A; — (^) Vicariis : Oricl 42\ icd. flor. S2\ Paris. 3858 c; — (=) i>oca/i/ ; V'croii. 60. — (') lied : Oricl 42; licenl eis : vel. Veron. 60. — (S) presbyteris : Paris 3848 A, avec Oriel 42, Paris. 3836 (viii" s.), 4279 (ix=s.); Barberin. XIV 52 (IX», X» s.), .Ed. Flor. S2 (x» s.); Paris 1455 (x» s.), 3858 c (xiil»s.); Veron. 60(vil»s.); .Sangerm. 936 (\i'- VII» s.): Paris. 1451 (ik<^ s.); Veron. 59 (vu» s.); Flor. Laur. 1554 x'-xii» s.); presbyteros : Paris. 1454 (ix»- X» s.); .3«/2a(ix»-x»s.); .3S^2 a(ix»-x» s.); — (f) aliquid amplius, Veron. 60; Oriel 42;— C) lilteris efus : Laur. 1554; — (')agere aliquid : Veron. 59; agere quid-
* ^lercator, dans Labbe, Concilia, t. i, cul. 1473 : Vicariis episcoporum quos iineci chorepiscopos vocant, non licere vel diaconos ordinale; sed nec prcsbijleris ciuilalis, sine episcopi prsecepto, amplius aliquid imperare, vel sine aactoritale
lilcrarwn ejas in unaquaque parochia aliquid agere: pour la siilislitutioii (le presbyteris à preshijleros, cf. l'ilra, Jiins eccles. qriec. Itist. cl niomini., iii-t", R )m;c, 18GI, t. i, p. 449, note 7.
CHORÉN KQUES
quam : Paris. 1451 ; aliquid agere in un. : Par. Laitr. 1554].
Version dite Prisca (ms. bod. mus. 103, v-vif s.); ms. utilisé par JustcU {qnod e.v bibliotheca collegii Claromontani Parisicnsis bénéficia doctiss. Jac. Sirmondi nacti sumus), dans Bibliolh. juris canonici, IGll; Ui non sine episc. liceal quemquam ordinale ab his qui dicuntur episcopi. — Corepiscopi (>) non licerc prassb. (=) aiit diac. ordinare. scd ncque prœsb. (') civitalis sine jussione episcopis sed cunieisdem (*)littcris cundi adsingulas parrocias [Ms. Vatic. reg. 1997 (ms. Cliieti). ym's.-.Q) corepiscoporum: — {^) près biterum nul diaconem; — {') presbilerorum: — (^) om. eisdem].
Version de Denys le Petit (Ms. Vatic. palat. 577, vin=^-ix« s.). Corepiscopo non licere prœsb. aut diaconos ordinare; sed nec prœsbilcros civitatis sine episcopi \ prœcepto vel liiteris aliquid agerc in unaquaque parroccia.
Version (-") de Denys le Petit et Epitome Hadriani : Chorepiscopis non licere presbyleros aul diaconos ordinare : sed nec presbyleris civilalis sine prœceplo episcopi vel liiteris in unaquaque parrochia [presbyleris : ms. Bod. mus. 103, x» s. : Paris. 3837, ix» s. ; — prbr. : ' Paris. 3S45, ix'^ s. : prbr. : Paris. 3S4S, xiii' s.]. L' Épitome Denys-Hadrien se retrouve sans variantes dans mss. Pons. S291 *. 11710: Monac. 6244 *, 14422, 14517. , fi242 *; Paris. 3S40, 3S43; Vaille. A. 5; Vatic. reg. 1043: Monac. 1400S; Bod. mise. 421a; — presbyleris... aliquid agere : .Monac. 525S; presbyleris (...os : Paris. S921 a) ...aliquid imperare : Paris. S921, 11711 ; aliquid agere : .Monac. 14517, 6242; Val. reg. 1043; ■ — Presbyleros civilalis : ms. Paris. S921 a; Brit. Mus., Arund. 393; Monac. 6355, 3S60; Rod. mise. 421 *; Monac. 18217, 6241, 3852; — presbyleros... aliquid agere : Monac. 6244, 14407; — presbyleros... amplius aliquid impertu-e : Monac. 3S60 a, 5525 ; — presbytero... aliquid agere (et en marge : aut amplius imperare licehit : ms. Ambros. sup. 33).
La Concordia de Cresconius offre, par rapport à Denys-Hadrien, des variantes peu importantes : presbyleros : Vatic. palat. 579; presbytero : Eonac. 628S; presbyleris : Bod. mise. 436.
Les versions syriaques diffèrent assez entre elles suivant qu'on consulte les deux manuscrits de Paris ou de Londres. 1" (ms. Paris. 62 P. = Pitra, Analecla, t. IV, p. 447) Chorepiscopis sacerdotum diaconorumque ordinalionem non licet peragere, nec civitatum presbyleris ('), absque licenlia episcoporum pcr scriptum data, licet celebrare(') in quovis locoi,'). [Cette version du P. Martin est amendée sur trois points par Margoliouth : (') presbyleros; — (^) ordinare; — (') jz^tt/-,. ■ — ■.2"(ms. Brit. Mus., cod. addil. 14529) Chorepiscopo non licet presbyleros aut diaconos facere, ncque ruri nequc in urbe sine venia episcopi quse fit omni loco per lilteras.
La version arménienne est fort claire sur le point particulier qui fait difficulté dans ce canon (le P.Karekin fixe la date de cette version entre le vi"-' et le vin* siècle): Chorepiscopis ne liceal presbyleros diaconosque ungere, neque autem creare seu ungere presbyleros {^} in ullaurbe sine permissu episcopi seu per litteras seu ipsa voce mandantis. Etenim qui in regionibus sive pagis episcopales erant, taies appellat chorepiseopos : chorepiscopus enim grsece (') appellatur inspeclor pagi, factoque discrimine eorum qui valde magni sunt, nempe qui civitalibus praifecli' sunl, episcopi appcllantur regionum. [(')? np^m-j-zipo-j; tio/.îw;. — (-) Arm.: horome, i. e. Romane.]
Ainsi donc, à s'en tenir aux manuscrits les plus nombreux et les plus corrects, il faudrait adopter la
leçon que nous avons transcrite avec le te.Ktc entier du canon du dél)ut de cet article. Mais toute une famille de manuscrits favorise une leçon différente : ...T.y.nô-j- Ts'fQi; xô/em; ...iv IzaTtr, Ttîpoi'.i'j. Si les chorèvêques possédaient le caractère épiscopal, c'était une simple mesure de discipline qui leur interdisait de procéder à des ordinations, et la même prohibition se retrouve dans le canon 10'-' du concile inenaeniis, tenu à Antioche, en 341. Ce n'est donc pas sur ce point que porte la difficulté, c'est sur la dernière partie du canon faisant défense aux prêtres de ville de pratiquer ces ordinations. Une semblable disposition laisse supposer que ces prêtres possédaient le pouvoir d'administrer le sacrement de l'ordre et qu'ils l'administraient, de fait, en dehors des limites marquées par le canon 13'-' d'Ancyre. La difficulté, on le voit, touche à une grave question théologique.
C'est pour la résoudre plus aisément que plusieurs ont adopté la leçon : -sîtrg-jTÉpo;; tio/sm; ...iv iv.inrr, TtïpoLxîi. Ces auteurs oat pensé trouver une confirmation de leur manière de voir dans les expressions dont font usage les versions latines. Toutefois, on parait avoir attribué à ces versions une valeur exagérée ', et c'est sur le texte grec que la difficulté doit être discutée et, si c'est possible, résolue. Quant à vouloir établir le sens du canon d'après ce que d'autres documents nous permettent de savoir de la discipline contemporaine en matière d'ordination, c'est une métliode de critique qui ne saurait nous convenir -. 11 faut donc en revenir aux manuscrits grecs. Ici, on reconnaît presque aussitôt que la leçon -pEaS-jxlpoi; n'a pour elle que les manuscrits de moindre autorité, ceux de la famille ■; et deux de la famille y, qui se ramènent probablement à un seul. Or, comme la famille ô peut être aisément réduite à un archétype, il suit que la leçon n'est appuyée que par deux manuscrits, trois au plus. On ne s'explique guère, dès lors, comment, si TipsTojTipot.; était la leçon originale, une correction aussi audacieuse que -Ttpiaê-j-ioo-j; soit parvenue à prévaloir, à s'imposer presque unanimement. Au contraire, si 7:p:<;ô-jT;poj; est la leçon originale, nous ne devons pas être surpris de rencontrer des variantes telles que Tipi'jô-jxs.fr,:;, i.Ti-7-/o;:')-j;, ô:a zoîtS'.- TÉp'ov et même îipsTr^Jispov dans les textes appartenant aux familles y et t. En outre, les manuscrits de ces deux familles sont pleinement d'accord avec les versions latines et les autres autorités pour le mot èxïTTr, qui représente vraisemblablement la leçon originale. 'li/.i'7T/i employé avec -pe<7ê-jT£pT.; donne un sens plus satisfaisant que étipi, et on ne s'explique guère pourquoi l'altération des Tipîa3urlpoi;en npî^g-vxipoj; aurait entraîné celle de Ixi^rr, en ÉTipi. L'erreur si facile à commettre de TtpsTS-jTip'r.; pour upï'?- 6-jT:poo; devait presque nécessairement avoir pour résultat d'inspirer aux copistes une correction; delà, chez les uns (famille y) la substitution de i-iT/.o-o;:, chez les autres (famille 5), la substitution de 5:i 710=5-
ê'JTî'pw'.
Après Ttpsoë'jTlpot; vient la leçon à>,>,i [it,v ^yiSs au lieu de i),),» ^Lcfiz. Lightfoot et Reckham traduisent i'/.).i (i-r,-/ \i.rfi\ par ces mots nor cven : il faudra en conclure que les prêtres des villes avaient dans la hiérarchie ecclésiastique un rang supérieur à celui dis évêques ruraux ou chorèvêques; ce qui est non seulement improbable, mais inadmissible, puisque les chorèvêques prenaient part aux conciles et ordonnaient validement des prêtres.
Enfin, la leçon bi £y.j<r;r, -ipoi/.ii est opposée à la leçon Èv JTÉpa napoizi'o:. Les évêques ruraux pouvaientils ordonner des prêtres de villes dans les limites de
'R. B Recltham, The text 0/ U\e canons of Anciini, dans Slndia ecclesiastica, O-^tford, 1S91, t. m, p. lÛO. — ■ Il est
d'ailleurs facile df simtouir lo pour et ic contre : Dr I-' contre >I. G:)re.
H.ilcii
CHORÉVÈQUES
leur propre xïpoiy.ia, c'cst-à-dirc la 7:afo;-/'.ia relevant de l'évêque dont ils étaient, pour ainsi parler, les suffragants ruraux? Le canon IS^interdit cette pratique.
La difficulté principale concerne les nfîTÔuTépou; Ti'jXsw:. Cette leçon admise, on se demande, si on a affaire à un sujet ou à un régime. Si c'est un sujet, le canon portera défense d'ordonner à l'adresse des prêtres de ville; si c'est un régime, il ne s'agira que de l'interdiction faite aux chorévêques d'élever à l'épiscopat les prêtres des villes. Les deux interprétations peuvent être défendues et elles le sont. La deuxième est particulièrement appuyée par la version syriaque (2'') et par la version arménienne. C'est également celle qu'ont adoptée les commentateurs grecs Zonaras et Balsamon '. D'après eux « il est permis aux chorévêques d'ordonner des prêtres et des diacres dans les endroits du diocèse confiés à leurs soins, mais nullement les prêtres de la ville et des autres cantons'.» Cette interprétation, d'après laquelle les Ttf sTfî-jxspo-j; Tti'i.ii,); sont sujets et non ministres de l'ordination, enlève toute difficulté dans notre texte; elle a été reprise de nos jours par Martin Routli ' et R. B. Reckham '.
Cependant, cette interprétation n'a pas rallié tous les suffrages. La première, quoique beaucoup moins satisfaisante et radicale, se recommande de la plupart des versions anciennes. Il est vrai que les commentateurs sont loin de s'entendre entre eux. Les plus qualifiés, parmi lesquels Tillemont, dom Ceillier, Van Espen, Beveridge, font grand état des anciennes versions, notamment de celle d'Isidore ^, du Codex canonum ' et de la Brevialio canonnm ' du diacre Fulgence Ferrand; ils vont jusqu'à en conclure que le texte grec actuel est défectueux dans la seconde moitié du canon. Dans cette voie, on s'arrête difficilement; ils introduisent donc dans le texte les mots Ttoisïv n, et obtiennent ce sens : « Il n'est pas permis aux prêtres de ville de rien faire dans d'autres paroisses que la leur sans la permission écrite de l'évêque du lieu. » Si on introduit dans le texte ainsi remanié les mots âv é/.âTTïj 7t3tpoiy.iy, on obtient la lecture suivante: « ...de rien faire dans leurs paroisses en dehors des fonctions ordinaires, sans la permission écrite de l'évêque. » Cette solution n'est satisfaisante qu'au prix d'une addition que rien ne justifie et que nous ne saurions accepter; en efïet, aucun des manuscrits grecs ne contient les mots Tiotsiv -i et on n'en retrouve pas l'équivalent dans toutes les versions latines, par exemple dans celle de Denys le Petit qui fait autorité '.
Nous nous retrouvons donc en présence du texte de notre canon tel que nous le transcrivions au début. Hefele a fait mention d'une solution qui n'est guère autre chose qu'une échappatoire. Elle consiste à entendre le mot ■/£;poTov£r (, non de l'ordination proprement dite, mais de l'institution. Le P. Le Bachelet dit excellemment à ce propos: «Dans l'un et l'autre membre du canon, il s'agit d'un pouvoir que les chorévêques et les prêtres de ville semblent pouvoir exercer librement dans leur paroisse ou diocèse propre, tandis qu'une permission écrite de l'évêque du lieu est requise en dehors du territoire soumis à leur juridiction; ce pouvoir, commun aux chorévêques et aux prêtres de ville, ne peut être que celui d'élire, de déléguer, d'établir. Cette solution serait fort sim-
■ P. G., t. (-XXXVII, col. 1160-1161. — =Dom Chardon, Histoire des sacrements ou de la manière dont ils ont été eélrhrés, in-12, Paris, 1745, part. III, c. m. — »M. Roulh, Retiquiœ sacrie, t. m, p. 432 sq. — * R. B. Reckham, The texl o/ the eanons o/ Anrijra, p. 192. — ' P. L., t. cxxx, co). 264. — • /'. L., t. i.xvii, col. .)2. — 'P. L., t. cxxx, col. 954. — « P. L., t. Lxvii, col. 165. — • X. Le Bachelet, dans le Diclionn. de tliéol. caUioi, 1903, t. i, col. 1175. — " Theolo-
ple, mais il faudrait légitimer dans le cas présent cette acceptation restreinte du mot •/s:?otovc'v contraire à l'interprétation commune et à l'usa :e des synoJes postérieurs qui ont parlé des chorévêques et de leurs pouvoirs en matière d'ordination '. »
Une dernière interprétation, aussi ingénieuse que satisfaisante, proposée par J. Peters ", a été acceptée par Hefele " et par le P. Le Bachelet '=. EUe avait été indiquée par Photius et pressentie par Petau ". Photius dans le Sijnlagma canonum " oppose les évêques aux chorévêques : X<»pî-nj/.o7to;; tir, âÇsivai Kpôirê'jTÉpo'j; r, îianovou; -/EipoTovEÏv i.X>,'r\ |j.ïiv MSè È-iazoïrot; tiôXeoi;. En conséquence, les prêtres de ville, mis en opposition par le canon avec les chorévêques et supérieurs à eux en matière d'ordination, seraient des personnages stabilisés dans les villes, tout comme les chorévêques étaient des nomades; mais ces 0 prêtres de ville » seraient revêtus du caractère épiscopal et jouiraient de la juridiction attachée à ce titre. Le point sur lequel ils sont avantagés sur les chorévêques, c'est que ceux-ci reçoivent défense générale d'ordonner prêtres ou diacres, tandis que les « prêtres de ville » pourront procéder à une ordination dans un diocèse différent du leur lorsqu'ils seront munis d'une autorisation écrite de l'évêque du lieu.
L'opposition que nous venons de signaler entre les chorévêques nomades et les prêtres à résidence fixe s'éclaire peut-être d'un autre rapprochement. Le canon 57'' du concile de Laodicéc, tenu en 380, prescrit qu'on s'abstienne d'établir des évêques dans les locahtés de moindre importance, mais qu'on se contente d'y envoyer des périodeutes •'. Or cette catégorie des périodeutes nous est parfaitement connue, grâce à une lettre adressée en 307. par saint Philéas, évêque de Thrauis, dans la Bassc-Égypte, à l'évêque de Lycopolis, Mélèce. Dans cette lettre, Philéas reproche à son correspondant d'avoir fait, contrairement au droit, des ordinations (épiscopales ou sacerdotales) dans les Églises sur lesquelles il n'avait pas juridiction, et il allait au-devant de l'objection que Mélèce ne manquerait pas de soulever pour justifier sa conduite : l'absence des prêtres pour subvenir aux besoins spirituels des populations. Sed forsilan dices : Egentibus gregibus ac desolalis, paslore non subsistente, ne mulloram inciedulitate multi subtrahardur. ad hoc perveni. Sed cerlissinmm csl illos non egere : primum quia multi sunt circumeuntes et patentes visilare ; deinde et si quid ab ipsis ncgligentibus agcbatur, oportuerat ex populo properare ac nos exigere pro merito. Sed sciebanl se ministroruni non esse cgenos et ideo ad tins petendos non pervenerunt ". Les circumeuntes dont il est question dans cette lettre, qui ne nous a mallieureusement été conservée que dans une traduction latine, sont certainement les mêmes que les textes grecs ont nommés 7i£pto5cjTa!. On voit que saint Philéas opposait les circumeuntes aux pasteurs à résidence fixe, c'est-à-dire aux prêtres des villes; on ne peut, croyons-nous, trouver une confirmation contemporaine plus formelle et plus claire du texte d'Ancyre.
III. Le c.\non 14' DE NÉocÉs.\nÉE. — .\ quelques années du concile d'Ancyre, nous rencontrons une nouvelle mention des chorévêques au concile de Néocésarée, dont le canon 14= s'exprime ainsi : Oî 5ï
'/WpETTCT/.OTTOl Elfji [Ar,V EtÇ TOUOV 'tù'i èoôour.xovTa wç 6e
avXXE'.TO'jpi'o:', ê'.i Tr|V (Tiiovôr,v si; To-j; r^-to/oj:, izfji-
qisehc Qiiarlalschrift, 1874, p 520. — " Ilefolc, dans Wetzer iind VVelte, Kirchenlexicon, in-8», l'ribourj;, 1882, t. i, col. 807. — "X. Le Bachelet, dans le Diclionn. de théologie catholique. 1903, t. I, col. 1176. — ^ Petau, De ccclesiastica hicrarchia, I. II, c. xi; et. P. G., t. xi.ii, col. 1045-1054.
— " Stjnlagma canonum, t. I, c. .xxix, P. G., t. civ, col. 552.
— "Mansi, f.i);ii-. ampliss. coll., t. Il, col. 574. — "P. G-, t. X, col. 1566.
CHORÉVKQUES
;ipo„';i T'.y.iiu.îvo'. ■ Lcscliorévêques tiennent la place des soixante-dix. [On les admet] à offrir le sacrifice comme concélébrants, pour les honorer, à cause du ministère qu'ils remplissent à l'égard des pau\Tes. ^ Cette assimilation des cliorévêques aux disciples n'a d'autre but que de les distinguer des évêques, conformément à la tendance qui prévaut depuis le concile d'Ancyre. Les évêques sont équiparés aux apôtres, les cliorévêques ne s'élèvent pas au-dessus des disciples, parce qu'on veut leur rappeler à tout propos qu'ils ne sont que des aides, des coadjuteurs, relégués dans la banlieue et la campagne où ils exercent leur ministère et leur juridiction sur des gens de condition inférieure, esclaves, colons, etc. Parfois la destination des chorévêques différait assez peu de celle d'intendants ruraux pour les biens de l'Église. Cependant lorsqu'ils revenaient rendre compte de leur charge, ou bien dans certaines circonstances solennelles, on les invitait à se joindre au clergé de la ville épiscopale. Ils jouissaient alors, comme les prêtres du lieu, de l'honneur de concélébrer avec l'évêque, ce qui constituait un privilège et une distinction, puisque les prêtres de campagne du ressort des chorévêques n'en jouissaient pas.
Le canon 14"= de Néocésarée ne nous apprend pas ce qu'il importerait fort de connaître : le chorévêque avait-il le caractère d'ordre? Sans doute, le canon ne le lui dénie pas, il semble même qu'il ne fasse sous ce point de vue aucune différence entre l'évêque citadin et l'évêque rural. Néanmoins, l'infériorité hiérarchique du chorévêque est évidente. Elle ressort non seulement de ce canon, mais de celui de Xicée, décrétant que, si un évêque novatien revenant à la foi catholique se trouve en présence d'un évêque orthodoxe, pour ne pas diviser l'Église, on donnera à l'évêque converti un poste de chorévêque. Quant au caractère d'ordre, nous ne pensons pas qu'on puisse inférer rien, pour ou contre, du titre de r:-^')'it:-'i-jç,--'j: de l'évêque, bien que ce titre s'applique souvent à des collègues dans l'épiscopat.
W. Exp.\N-siox .\u iv= SIÈCLE. — A partir du moment où le 13'= canon d'Ancyre atteste ofiîcieUement leur existence, les chorévêques nous apparaissent fréquemment dans les textes. II semble qu'on en doive conclure que l'institution est contemporaine du vocable puisque, avant l'apparition de celui-ci, elle ne se montrait nulle part. Ce serait là une induction assez téméraire. Les textes du iv« siècle et des siècles suivants nous permettront de déterminer la région dans laquelle l'appellation a reçu son emploi le plus large et a probablement pris naissance. La plupart des attestations anciennes relatives aux chorévêques se rapportent aux provinces du Pont, de Galatie, de Cappadoce, de CiUcie, d'Isaurie et de Bithynie, c'està-dire dans la partie orientalede l'Asie Mineure. Toutefois, en regard des mentions formelles, nous devons
faire place à des indications pratiques presque aussi certaines desquelles résulte l'existence de l'institution chorépiscopale dans des régions dépour\'ues d'attestations directes. En Syrie, nous savons par . Eusèbe que Paul de Samosate, évêque d'Antioche, eu I 111= siècle, était parvenu à entraîner des évêques de j pagi à propager ses erreurs. Eusèbe les désigne en effet sous le nom bien caractéristique de iTZiT/.iizojz I Tfôv oaôsfijv àYpâ)v*.
Dans l'île de Chypre et en Arabie, les chrétiens avaient, au dire de Sozomène, des évêques dans les -/(oiix-., ainsi que les montanistes et les novatiens en Phrygie; cependant, ajoute-t-il, dans certaines provinces telles que la Scythie, il y a normalement un évêque par ville -.
En Egypte, l'existence des chorévêques paraît moins avérée. Saint Athanase, faisant l'énumération des dignitaires ecclésiastiques en butte aux persécutions des ariens, omet entièrement la mention de chorévêques'. Ailleurs, le même Père de l'Église représente la yjoç.-x de la Maréotide comme ne possédant c ni évêques ni chorévêques a, mais dépendant exclusivement de l'évêque d'Alexandrie *. Par contre, la ! ettre d'.\thanase à Dracontius nous montre la /.wiia voisine d'Alexandrie faisant choix de ce Dracontius pour évêque '.
En Mésopotamie, comme en Égj-pte, le chorépiscopat n'est attesté qu'indirectement, et seulement après la paix de l'Église. Le concile de Séleucie, tenu en 410, constate la nécessité de réduire le nombre des chorévêques '. Les circonstances connues de l'histoire de l'Église clirétienne en Perse et en Mésopotamie pendant tout le cours du iV siècle ' ne nous font voir que des persécutions presque ininterrompues. On n'est guère fondé à supposer que des conditions aussi désavantageuses aient coïncidé avec l'expansion du ' christianisme entraînant un développement abusif du chorépiscopat. Celui-ci peut donc être ramené à une date ancienne, antérieure probablement à la persécution de Sapor, en 339-379.
Quelques inscriptions de ces parages nous font connaître des chorévêques :
.\ Sergiopolis ( = Resapha), sur la rive droite de l'Euphrate, au sud de Ragga (l'ancienne Sicephorium Callinicum), le site de l'ancienne éghse de Sergius, entouré d'une enceinte protégeant la basilique et les citernes. Sur les chapiteaux de la basilique on lit cette inscription :
u + EniCEPriSEniCKTaCYNrENMAPCÙNISXCOPE-
Y 'Eî:i Sîfp'oj i-ia/.ol -Oj) toj (jyvi-î''(oO;) Mapwvioy
TOJ Xù)!iî-;5Xo(-Oj).
Les caractères sont en relief, comme ceux de plusieurs textes svriens ^
> EusèbcHisf. cccîfs ,l.Vn, c. XXX, P. G , t. xx, col. 713; cf. Nicéphorc Calliste, Wjs/. ecc/éi.,!. VI,c. xxx,P. G., t. cxlv, col. 1189. — - Sozomène, Ilisl. eccfes., 1. VII, c. xix, P. G-,
t. LXVII, col. 1476 : '.\j.n.t: rxlîa-. T.'M.ai -i'/.i!; î.Tî;, ïva -iv-.i; (SÎCxoi:ov t/'.jc:v* Èv àVAdt^ SI î6vEiî;v îçr;/ Ï-ïj xa; Èv xtô;jLa;; tnîffxoTio'. lE&oûvToci) iû5 — aoà AfîtSi'oiç x«; Kj— fî«;: £;-.(j>, v.rt.: -asà T'jT; Iv *tij-''.K'-
XojaTiavc"; xa: Mo/Tav:<rTa~;. . — 'S. Athanase, Apologîa de fuga sua, n. 3, 7, P. G., t. xxv, col. 647-654. — « S. Athanase, Apologia conira arianos, n. lx.vxv, P. G., t. xxv, col. 400 :
MK5£-.0-r,:, xai'i r.stT^cv, //ûfa T^; '.\/.:;Rv5fi;a4 Êîr:;, /a: iJSi-OTi l, -tr, x^p? YÉyovtv Ê-tcxo-o; oJSl yupi~:oxo-o:, iXXèc Tù Tî;; 'A>.î;avSp£;a;
î~;cxi>s<j tt; Èxxî.T.çtat î:à(rr,; T^; /.'"P'î ■j~(ix£".-*Ta;. Suivant la remarque de dom J. Parisot, ' le texte ne peut être donné en preuve contre l'existence du chorépiscopat en Égj-pte. Il ne prouve que pour la province désignée, et une application plus étendue de ce témoignage nierait l'existence des évêques eux-mêmes pour le reste du pays. ^ Les choréuêques, dans la Reime de rOrient chrétien, 1901, t. vr, p. 161. —
'■■ P. G., t. xxv, col. 524. — ' J.-B. Chabot, Collection des synodes nestoriens, dans les Solices et extraits des manuscrits, t. xxxvii, p. (sjT.) 27. — ' J. Labourt, Le christianisme dans rempire perse sous la dynastie sassanide, in-12, Paris, 1904. — 'Waddington, Inscripl. de Syrie, n. 2631a; Corp. i;iscr. grœc, t. iv, n. S829; Halifax, A relation o/ a voyage jrom Aleppo to Palmijra in Syria, sent by the Rev. M. W. Halifa-x to D. Edw Bernard, dans PMlosophical transactions, 1695, t. xix, p. 109; Le même, An extract o/ the journals o/ two voyages of the english merchants o/ the factory o/ Aleppo la Tadmor, ancienlly called Palmyra, dans mê.-ne recueil, p. 150-152; Seller, The antiquities 0/ Palmyra, containing the history of the city and its emperors loith... a commentary o/ the inscriptions laiely jound there, London, 1696, p. 169, n- viii; cf. p. 351-352; Echos d'Orient, t. m, p. 238; V. Chapot, Resapha- Sergiopolis, dans Bull, de corresp. hellénique, 1903, t. xxvn, p. 2SS.
CHORÉVÊQUES
Les édifices, sur lesquels Procopc, suivuut son habitude, exagère un peu ', se réduisent à fort peu de clioses et ne donnent pas grande idée du siège chorépiscopal de Sergiopolis qui était un véritable camp permanent pour la protection d'un sanctuaire très fréquenté. La garnison était petite et le ehorévêque avait la haute main; il était en quelque façon le <i commandant d'armes ». Pendant l'investissement tenté par Chosroès en 543, il n'y avait que 200 soldats et les pourparlers se passaient directement entre le général directeur du siège et le ehorévêque '.
A Ali Kasun, en Syrie, dans la maison El Halas, une inscription de l'année 564 de notre ère ' :
ETOYC <;OLIl M AG08 INA { ir + Eni CEP XOP {
"Etouç î'ou, |i-/)(v();) A(io'j, 'iv5(i/.Titôv'>;) '.•(■ 'E~'- 2ep(Yiou) ■/op(e7tiiT)iÔ7cou)
B En l'année 876, au mois de Loos, 13« indiction. Sous le ehorévêque Sergius. "
A Kabr-Hiram Phénicie, l'inscription monumentale d'une mosa'ique célèbre mentionne le très aimé de Dieu, Georges, archiprêtre et ehorévêque ^ :
èttI tO'j Oeof i),e<jT(âTou) rswpvio-.- à.o-/:îp(£w;) xïl yfifï-
En Italie, l'existence des chorévêques, mais sous un nom différent, paraît très ancienne. Un texte de Sozomène, rappelé plus haut, nous apprend que les novatiens étabÛs en Phrygie y possédaient des cliorévêques. Or, la secte novatienne était originaire d'Italie et son chef, Novatien, avait été ordonné frauduleusement par trois évèques de campagne ou de bourgades italiennes, iio>,L-/vi(r)v, en 249 '. Si les novatiens ont possédé des chorévêques, c'est que, à la date de leur rupture, au miUeu du m" siècle, l'existence du chorépiscopat en Italie était une institution en vigueur. Il n'est pas impossible de remonter plus haut. Le personnage passablement énigmatique nommé Urbaniis papa dans les Actes de sainte Cécile (dernier quart du ri" siècle?) est présenté comme évêque du pagus de l'Appia, Triopius *. Plus haut encore, sous Antonin, le viens Baccanensis dans la Tuscia, possédait un évêque nommé Alexandre '. Enfin, Labricuni, proche de Tusculum, avait ses évêques propres '.
En Afrique, un canon nous apprend que l'évêque pouvait ordonner ou laisser ordonner des évêques dans le diocèse, in diœcesi '. Catlioliques et donatistes comptaient de ces évêques non attachés à un siège épiscopal déterminé. Un seul village pouvait devenir ainsi la résidence de plusieurs d'entre eux '°. Les actes de la Conférence de Carthage. en 411, ont soin d'éta-
blir une différence entre les cpixcopi cardinales et aulhenliei et ceux qui ne sont désignes que comme imagines in dicecesibus ".
Enfin, on a cru pouvoir attribuer le caractère épiscopal aux membres du corps presbytéral '-. Cette hypothèse nous parait peu fondée ".
Ainsi, au iV siècle, et presque dès le début de ce siècle, on trouve les chorévêques établis un peu partout; non seulement en Asie Mineure, mais en Phénicie, en Palestine, en Arabie, en Perse, en Arménie et même en Egypte. Mais dans ces simples indications nous devons nous estimer assez heureux de découvrir l'attestation cherchée, il ne faut guère demander plus. C'est dans les textes qui traitent ex professa du chorépiscopat que nous trouvons seulement les détails relatifs au fonctionnement de l'institution. Tout d'abord les souscriptions des conciles aident à préciser un point vague : le nombre des chorévêques. Nous avons dit que le concile de Séleucie, en 410, se plaignait de ce nombre excessif; or, voici quelques chiffres.
V. XoJiBRE. — Les souscriptions au concile de N'éocésarée, vers 314, ofirent, sur les listes grecques, les noms d'Etienne, ehorévêque de Cappadoce, Rodus (ou Rhodon), ehorévêque de Cappadoce ''.
Les souscriptions au concile de Nicée, en 325, ofIrent dans les listes grecques, syriaques et arméniennes: Palladius et Seleucius (ou Seleucus), chorévêques de la province de Célésyrie; Eudémon '% ehorévêque de la province de Cilicie : Grégoire", Etienne ", Euphronius (ou Eudramius), Rliodon et Théophane, chorévêques de Cappadoce; Hézychius (ou Eusebius), Théodore, AnatoUus, Aquila (ou Akylas, Auclas), Quintus (ou Contus), cliorévêques de la province d'Isaurie; Théophane et Euthalius, chorévêques de Bithynie ".
Cette énumération inspirera deux remarques, c'est premièrement que, à la différence des évêques pro- .prement dits, tous ces chorévêques sont mentionnés^ avec l'indication, non d'une ville, mais d'une province, parce qu'ils sont évêques de région et n'ont pas leur siège épiscopal attaché à une ville déterminée. Deuxièmement, quoique le concile se tînt dans la province de Bithynie, celle-ci n'envoie que deux cliorévêques, la province de Cappadoce à elle seule en envoie cinq. Or, nous verrons plus loin que l'évêque de Césarce de Cappadoce comptait fjuelques années plus tard cinquante chorévêques.
Revenons aux souscriptions conciliaires : des chorévêques souscrivent au concile d'Éphèse (431)" et au concile de Chalcédoine (451). Dans ce dernier concile nous voyons que les quartodécimans — ainsi que les novatiens, les montanistcs, les nestoriens —
' Procope, De sedij-, I. II, c. i.x. — 'Procope, De bell. Pers-, 1. II, c. V, XX. — ' M. von Oppenlieim et H. Lucas, Griechische und lateinisclie Inschriften ans Syrien, Mesopoiamien und Kleinasien, dans Byzantinische Zeilsclirijt, 1905, t. XIV, p. 29, n. 16, P. • — * E. Renan, Mission de Phénicie, 18G4, p. 613; W. Froehner, Inscriptions du Louvre, n. 269; E. Michon, L' inscription en mosaïque de la basilique de Medeba et la mosaïque de Kabr-Hiram, dans Revue biblique, 1890. t. V, p. 263-267; la date de cette mosaïque serait 580 ou 581 après J.-C ; Ch. Clemiont-Ganneau, dans liecueil d'arcliéologie orientale, t. n, p. 53; t. v, p. 288. — ' Théodoret, Hseret. fabul. compend.,l. III.c. v,P. G, t. Lxxxm.col. 405
— «De Rossi, Bu;;, di arch. crist., 1872, p. 50. — ' Ibid., 1875, p. 172; Roma sotterranea, t. il, p. 82. Cf. G. Alorin, dans la Revue bénédicline, 1907, p. 112-119. — 'Bull, di arch. crist, 1873, p. 122, 123. — ' Labbe, Concilia, t. Ii, col. 1080 : Sed in provincia noslra, cum aliqui forte in diœcesi, concedente eo episcopo in cujus potestatc fuerant constiiuiec, ordinati sunt episcopi, ctiam diœceses sibi vindicant.
— '" S. Augustin, Breviculus coltationis contra donatistas, 5, P. /,., t. XLiii, col. 615. — " Collatio Carthaginensis, ann.
411, aet. I, n. 165, dans Labbe, Concilia, t. n, col. 1397.
— ^-Chr. Lupi, Dissertatio prœmialis ad concilium Niceenum, can. 5, in-4'>, Venetiis, 1737. — " L'argument tiré du titre d'évêque donné à Félix par les Africains, P. I,., t. xliii, col. 832, pendant que le siège de Rome par Alarie retenait le pape Innocent 1"' à Ravenne, ne peut être accueilli. Félix possédait le titre et le caractère épiscopal sans que nécessairement ces avantages dussent être étendus au corps presbytéral tout entier. — " Labbe, ConciVia, t. i, col. 1 488.
— '^ Liste sgr. : Gorgonios; liste arm. : Gordianos — "'A souscrit au concile de Néocésarée. — *" A souscrit au concile de Néocésarée. — " La nomenclature grecque contient quinze noms de chorévêques. L;ibbe, Concilia, t. i, col. 54 ; la liste syriaque dans Pitra, Anatecta noviss., in-S", Parisiis, 1883, p. 234,459, quatorze seulement; la liste arménienne, ibid., p. 237, 462, treize noms : la liste copte ne présente que cinq noms : Palladius (ou Phalatos), Seleucios, Stephanos, Rhodion, Gorgonios. Pitra, Spic. Solesm , 1. 1, p. 517- 518. — " Labbe, Concilia, t. iii, col. 540; cf. col. 1166-1174. Dans la IV» session on relève l'indication d'un certain nombre d'évêques sans mention de siège.
CHORKVKQUES
comptent dans leur hiérarchie des cliorévêques '. Les conciles d'Antioclic, de Sardi(iuc, de Laodicée s'occu- ]ient d'amoindrir et de supprimer l'institution, que nous retrouvons encore vivace au synode de Constantinople, en 459, et au 11= concile de Nicée, en 787.
A suivre les assemblées concihaires que nous venons d'énumérer, on constate bientôt une tendance obstinée, celle de déprimer l'institution chorépiscopale. Cette tendance se révèle dès le début du iv^ siècle, dans le canon 14« du concile de Xéocésarée, où il est dit : « Les chorévêques tiennent la place des soixantedLx (disciples). On les admet à offrir le sacrifice comme célébrants, pour les honorer, à cause du ministère qu'ils remplissent à l'égard des pauvres'.» Marins Mercator, dans sa traduction des textes des conciles grecs, saisit bien le sens de cette tendance lorsqu'il écrit : Vicarii episcoponim rjiios Gra-'ci chorepiscopos'. Les cliorévêques ne sont bien, dès lors, regardés que comme coadjuteurs. Relégués à la campagne, dans ce miheu fruste des ruraux, ils y tiennent tout à la fois le rang et les fonctions d'intendant de l'évèque urbain sur les biens et les gens que possèdent les Églises en dehors des villes.
VI. Pouvoir d'oudre. — Le canon 13= du concile d'AncjTe abordait résolument la difficile question du pouvoir d'ordre des chorévêques. Quelque lecture qui obtienne la préférence, le texte de ce canon étudié au début de la présente notice ne laisse aucun doute sur la reconnaissance qu'il contient du pouvoir radical reconnu aux chorévêques de conférer les ordres majeurs. Cependant, comme s'il fallait que le chorépiscopat ne puisse rien obtenir sans y voir introduire une restriction, on remarquera que ce canon cjui lui est le plus favorable et peut servir, en quelque manière, de charte à ses droits, ce canon, disons-nous, restreint les pouvoirs d'ordre du chorévêque à l'égard des deux degrés majeurs.
. Le canon 10= du concile d'Antioche (341) est encore plus décisif en faveur du pouvoir d'ordre des chorévêques, bien qu'il cherche à y apporter, lui aussi, une restriction ; « Ceux les [évêques] qui sont (établis) dans les villages ou les campagnes, ou, comme on les appelle, les chorévêques, quoiqu'ils aient reçu l'ordination des évêques, doivent — ainsi l'ordonne le saint concile — connaître les limites de leur pouvoir et régir les Églises qui leur sont soumises en se contentant de la solhcitude et du soin de celles-ci. Ils peuvent établir des lecteurs, des sous-diacres et des exorcistes, et ces promotions doivent leur suffire. Qu'ils ne poussent pas la présomption d'ordonner ni prêtre ni diacre sans l'autorisation de l'évèque de la ville de laquelle dépendent la personne et le territoire du chorévêque. Si quelqu'un osait enfreindre ces déterminations, il serait destitué de son rang. Du reste, le chorévêque doit être établi par l'évèque de la ville dont il dépend '. »
Le morceau capital de ce texte c'est la phrase : cl xai /£tpo6;'7:av £'.£v £— '.a/.oTiwv £(),r.sÔT=r, dont la traduction laisse assez de liberté pour remettre en question le problème qu'une proposition si formelle semble avoir résolu. En effet, on peut traduire li ■/.%: de différentes manières. « Ce n'est pas là, .a-t-on fort bien dit >, une vaine subtiUté de grammairien : . alors même 0 qu'ils auraient reçu — même s'ils ont reçu » n'est pas la même chose que i quoiqu'ils aient reçu ». La seconde traduction signifie que tous les chorévêques sont évêques; la première donne à entendre que c'est
' Labbe, Concilia, t. iv, col. 295 : Eutychius, chorepiscopus de vico Auîacîs, princeps tessareedecalitonwî; Zino, chorepiscopus quartodecimanorum hereeseos. — ^ Pitra, Juris ecclesiaslici grœcorum historia et monumenta, in-4'', Roma.. 1864, t. I, p. 464. — ' Labbe, Concilia, t. i, col. 1473, 148S:
■ seulement le cas de quelques-uns <". M. Fr. Gillmann résout le problème en disant qu'il ne faut pas confondre i\ y.x: (quoique) avec y.a'; si (même si). Mais cet optatif cΣv n'est-il pas quelque peu embarrassant? Xe semble-t-il pas légitimer la traduction : j alors . même qu'ils auraient reçu...» et n'est-ce point lui qui a autorisé Thomassin à distinguer deux catégories de chorévêques? M. Gillmann ne souffle mot là-dessus. Il serait vraiment à souhaiter que certains manuscrits eussent tir;: au lieu de sUv. Par ailleurs, U serait difficile de prouver que £■ /.ai et /.ai si ont le sens si radicalement tranché qu'on leur attribue. Voici par exemple ce cjue nous lisons dans le 11 "canon du concile de Nicée : lUfi z&-i -apaSavro)-/ x"f^î àviyxT,ç... 'Éôo^E rr, TUvôoM, y.av àvi^ioi r,o-av çO.avÔpwiTiar, ôitto; •/pr|fTTc-j'7ai6a'. ïi; a-jTO-J.;. Ici y.av (y.a'i Èâv = xai et) a sûrement le sens de quoique et non de même si. Quoi qu'il en soit, il y aurait peut-être quelque danger à vouloir chercher la pure syntaxe classique dans les textes conciliaires : pour cette raison, et à cause des déductions risquées qu'on pourrait tirer d'une autre interprétation, nous pensons que la traduction a quoi- « qu'ils aient reçu la consécration épiscopale» est soutenable. Peut-être même y aurait-il moyen de donner quelque probabilité à la distinction entre ei xai et xa'i î: en comparant ce 10= canon d'Antioche au 16= canon du même concile où nous lisons : « Si un évêque sans » diocèse s'introduit dans un évêché vacant, et s'il « s'empare du siège épiscopal sans y avoir été autorisé I par un synode proprement dit, il doit être déposé, « alors même ([u'il serait parvenu à se faire éUre par 0 l'Église qu'il a occupée par intrusion, xa'i si -r.i; o la'o:, <i ov JsàpTtaaev, î/oito aCT(jv. » Pourquoi ne trouvons-nous pas ici e! xai comme plus haut? Ne serait-ce point parce qu'il n'est pas absolument synonyme de xai si même avec l'optatif? »
D'après ces canons d'AncvTC et d'.\ntioche, le pouvoir d'ordre des chorévêques ne semble pas discutable. Il s'en faut cependant que les théologiens, les canonistes et les historiens se soient mis d'accord pour le leur reconnaître. Certains ont fait du chorépiscopat un ordre intermédiaire entre l'épiscopat et le presbytérat; c'est une hypothèse dénuée de fondement. D'autres, parmi lesquels on trouve Benoît XIV, invoquent le canon 8= de Nicée, lequel offre des postes de chorévêques aux évêques novatiens convertis dont la ville épiscopale serait déjà pourvue d'un évêque catholique. Ils en concluent que les chorévêques étaient de simples prêtres avec juridiction quasi épiscopale; accidentellement des évêques pouvaient être agrégés à cet ordre, de même qu'on pouvait réduire certains prêtres à la communion laïque. D'autres encore, parmi lesquels Thomassin, nous l'avons dit, imaginèrent des chorévèques-prêtres et des chorévêquesévêques; enfin, on a vu dans les chorévêques, au moins dans les débuts, de véritables évêques.
On peut, croyons-nous, ne plus s'attarder aujourd'hui à aucune de ces opinions. Nous ne voyons pas, en ce qui nous concerne, la possibilité de se dérober aux conséquences qui découlent des textes tels que le canon 13= d'.\ncyre et le canon 10= d'Antioche. Le moins qu'on puisse accorder, c'est qu'entre le milieu du 111= siècle et l'année 341, date du concile d'.\ntioche, les chorévêques sont pourvus de l'ordination épiscopale. Cette conclusion s'impose puisque les deux conciles susdits proclament le droit des chorévêques à conférer les ordres majeurs du diaconat et de la prê-
Ancyre, can. 12; Néocésarée, can. 14. — 'Pitra, op. cil-, t. i. p. 459. — ' M. Jugie, I^es choréuêques en Orient, dans les Échos d'Orient, 1904, t. vu, p. 266. — » D. J. Parisot, Les chorévêques, dans la Revue de VOrient chrétien, 1901, p. 165, traduit : «alors même qu'ils ont reçu..."
CHOREVÈQUES
trise. Or, la collation de ces onlres a toujours appartenu aux seuls cvêques auxquels il faut assimiler, pour la période de temps indiquée, les chorévêques.
VII. Le canox 10» d'Antioche. — Nous avons dit que le canon d'Antioche promulguait une nouvelle restriction aux dépens du chorépiscopat, comme si la tendance à amoindrir l'institution ne pouvait manquer de se faire jour en toute occasion. En effet, la clause finale du canon 10= institue, ou du moins impose officiellement une disposition dont on ne saurait dire si elle est entièrement nouvelle, mais qui apparaît ici pour la première fois. La voici : « Le chorévcque doit être établi par l'évêque de la ville dont il dépend. » A y regarder de près, c'est une nouvelle réduction d'état. Désormais, le chorévêque voit s'introduire une nouvelle et essentielle différence entre sa condition et celle de l'évêque citadin. Celui-ci doit son élévation à l'épiscopat au métropolitain, au synode provincial ou à l'entente de plusieurs évêques; tandis que la condition du chorévêque sera absolument et exclusivement dépendante de la volonté de l'évêque diocésain qui le choisira, le nommera, le consacrera ou le fera consacrer.
Si l'on compare le texte des deux canons relativement à l'ordination des prêtres et des diacres, on constate cjue, dans les deux cas, le pouvoir de collation de ces deux ordres sacrés est considéré comme une réserve soumise à l'évêque, mais les expressions employées marquent, d'un canon à l'autre, un progrès dans le sens de l'amoindrissement du chorépiscopat.
Année 314 Conc. Anajre, can. 13.
Il n'est pas permis aux chorévêques d'ordonner des prêtres de campagne ou des diacres de campagne. . . sans la permission écrite de l'évêque dans chaque diocèse.
Année 341 Conc Aniiochc, ciin. 10.
Ils ne doivent point pousser l'audace jusqu'à ordonner un diacre ou im prêtre sans l'autorisation de l'évêque de la ville qui a le chorévêque et son territoire sous sa juridiction.
Ce n'est qu'une nuance, mais elle s'y trouve, et ce n'est pas tout. Le canon S" du concile d'Antioche s'occupe également des chorévêtjues et c'est pour leur faire subir un nouvel amoindrissement. Tandis qu'il leur accorde le droit des ^ lettres pacifiques ", ou lettres de recommandation permettant au porteur, clerc ou laïque, d'être accueilli par une Église étrangère, le concile refuse aux chorévêques le droit de signer les lettres canoniques, transférant les clercs d'un diocèse dans un autre '.
Dans son ensemble, le concile d'Antioclie épargne malgré tout les chorévêques. Le concile de Sardique (343-344) semble affecter de ne pas les désigner par leur titre officiel et, dans son canon d", il interdit de consacrer un évêque pour un village ou pour une petite ville dans laquelle un prêtre peut suffire, et cela, est-il dit, «afin de ne pas avilir le titre et l'autorité de l'évêque ''. »
YIII. S.\iNT B.iSiLE. — Quelques années plus tard, alors qu'on pourrait croire les chorévêques en possession incontestée du pouvoir d'ordre à l'égard des lecteurs, des sous-diacres, des exorcistes, une lettre de saint Basile de Césarée, en Cappadoce, nous fait connaître une restriction nouvelle posée à ce pouvoir de collation des ordres inférieurs. La lettre de saint Basile aux chorévêques est datée de 371 ou 374 '. Llie nous apprend que, dans les villages (x(oay,)régis par les chorévêques, les clercs inférieurs (jjtsorjï;) étaient
' Conc. An(ioc/i., can. 8, dans l'ilra, op. cil., t. i, p. 458- 459. — " Conc. Sardic, can. 0, dans Pitra, «;). cil., t. i, p. 472. — 'Basile, Epist. adchorepisc, dans Pitra, op. cit..
nombreux, et, pour la plupart, indignes de leurs saintes fonctions. Jadis les futurs clercs étaient, au préalable, examinés par les diacres et les prêtres, qui en référaient aux chorévêques, lesquels, à leur tour, en rendaient compte à l'évêque. Depuis lors, tout avait changé. Les chorévêques s'étaient relâchés et, cessant de veiller à ce que l'examen fût fait par les prêtres et les diacres, ils s'étaient dispensés de rendre compte ;\ l'évêque des admissions faites sans surv'eillance et sans règle, dans le but d'obhger des parents, des amis, en leur évitant le service mihtaire grâce à la dispense attachée à la cléricature. Le mal était venu à ce point que les chorévêques avouaient n'avoir plus de sujets aptes à l'élection [au diaconat ou à la prêtrise]. Désormais, prescrit saint Basile, on reviendra aux anciens usages. Les chorévêques examineront eux-mêmes les candidats à la cléricature et tiendront registre des promotions faites par eux et sous leur responsabihté, afm d'être en mesure de présenter à l'évêque. non seulement les noms, mais le dossier de chacun des clercs. Les sujets promus en contravention à cette règle seront rendus à l'état laïque.
L'ne autre lettre de saint Basile à ses chorévêques articule nettement contre eux le reproche de simonie. Le mal pouvait être fort grand à raison du nombre des coupables, puisque, s'il fallait prendre à la lettre deux vers de saint Grégoire de Nazianze, dans le Carmen de vila sua, saint Basile aurait eu sous ses ordres jusqu':\ cinquante chorévêques.
IX. Du IV" .\u VIII'' SIÈCLE. — Des désordres de la nature de ceux dont parle saint Basile expliquent et justifient la tendance de plus en plus marquée des conciles à l'égard des cliorévèques. Nous avons déjà dit un mot d'une disposition contenue dans le canon 57e du concile de Laodicée (343-381). C'est maintenant qu'il convient d'y revenir et de ramener cette disposition à ses justes proportions. Il peut sembler puéril de faire observer que le canon 57= de Laodicée n'a pas d'influence rétroactive sur les canons 13 = d'Anc3Te et 1U= d'.Antioche. Cette remarque n'est cependant pas entièrement superflue. Nous avons reconnu que, jusqu'en 341 au moins, les chorévêques ont possédé le pouvoir d'ordre dont l'exercice, relativement au diaconat et à la prêtrise, fut réservé au bon plaisir de l'évêque. Le caractère épiscopal des chorévêques pourra leur être désormais retiré, et c'est bien là ce qu'on a pensé découvrir dans le 57'- canon de Laodicée, mais avant tout il importe de faire remarquer que cette assemblée ne fut qu'un synode particulier. Ses prescriptions disciplinaires n'ont donc pu s'imposer — en supposant qu'elles se soient imposées — qu'à la longue et suivant la convenance des Églises. Nous avons une preuve, empirique il est vrai, de ce fait. Le canon 57= défend d'établir à l'avenir des évêques dans les campagnes et les villages et ordonne de leur substituer des périodeutes. Or l'influence du concile de Laodicée, loin d'imposer à une date quelconque cette éviction, n'a pu y parvenir puisque, pendant plusieurs siècles encore, nous ne cessons de rencontrer des chorévêques en Orient. Ils se font de plus en plus rares, mais ils subsistent jusqu'au viii= siècle au moins. Énumérons quelques attestations de ce fait, attestations d'autant plus recevables qu'elles nous viennent de divers conciles.
En 431, les chorévêques souscrivent au concile d'Éphèse'; en 451, ils reparaissent au concile de Chalcédoine, ce sont : Sophrone, chorévêque, représentant l'évêciue de Mopsueste '; .\delphius, chorévêque, représentant Adolius, évêque d'.-\rabic°; Adi-
t. I, p. 606-608. — * Labbe, Concilia, t. m, col. 540. — ' Act., I, III, VI, op. cil., t. rv, col. S3, :{2<.), 571, 588. — • Labbe, op. cil., t. iv, col. 87, 332, 571, 589.
CIIOREVÊQUES
lus, représentant Messalinus, cvêquc de Laodicéc ': Evelpistus, représentant l'évêque de Ténédos -. Il est vrai qu'à Chalcédoine les chorévëques ne sont plus, comme autrefois, assimilés aux évêques, souscrivant en leur nom propre; ils marchent maintenant avecles arcliiprètres, les prêtres et les diacres, représentants ou fondés de pouvoirs eux aussi de leurs évêques absents. Le même concile, dans son canon 1"', règle en ces termes la situation des chorévëques ' : Eï ti; i;ri- TAOTzo^.., y£tpoTovr,(70i e7r\ /p^iixaTiv â7:;a/.0TC0v, r, •/ttipziz'.rjY.OTZOWtr^ irpîToyTïpouîirj oia/.6vrj-j;-r| ïzeç>ô-j Ttva tô)v iv 'ôj y.>,T,p(.) y.a6v)pt9u.T|ij.Év(,)v. On a pensé pou\'oir faire dire à ce texte que les chorévëques, tout en conservant leur titre, avaient perdu leur caractère épiscopal. Il n'y a rien d'autre et rien de plus ici qu'une répétition de la différence tant de fois établie et rappelée entre l'évêque et le chorévëque, ajoutant toutefois une précision nouvelle, puisque désormais le chorévëque prendra sa place dans la hiérarchie entre l'évêque et les autres ordres du clergé. Pour une institution abolie à Laodicée, on voit qu'elle ne laisse pas d'être encore bien vivace. Cependant, on ne relève aucune mention de chorévëque parmi les souscriptions du 11= concile de Constantinople, en 553 '. Au viiP siècle, au II' concile de Nicée (785), on les voit reparaître. Le concile leur reconnaît le droit, aussi bien qu'aux abbés-prêtres, d'ordonner des lecteurs, moyennant le consentement de l'évêque. C'est à ce faible reste qu'est réduit le pouvoir de l'ordre des chorévëques, la dernière fois qu'il nous apparaisse dans la législation des anciens conciles '.
En quoi a consisté la juridiction chorépiscopale? Les canons conciliaires que nous avons mentionnés et utilisés s'accordent généralement sur un point relativement aux chorévëques : c'est lorsqu'il s'agit de rogner les attributs de leur caractère épiscopal en matière d'ordination. Pour le reste, la juridiction des chorévëques semble ne se distinguer qu'à peine d'une juridiction épiscopale. Le concile d'Antioche leur abandonne la complète administration de leur diocèse de campagne. Saint Basile réduit un peu leurs attributions, puisqu'il leur interdit l'admission des sujets dans la cléricature inférieure, ispaTiy.oi, sans son approbation. Mais c'est là une mesure visant le seul diocèse de Césarée de Cappadoce. Pour le reste, ils siègent dans les conciles généraux et particuliers et y ont voix délibérative, du moins au iv^ siècle. Ils peuvent concélébrer avec le clergé de la cathédrale à la messe de l'évêque urbain. Ils donnent des lettres de communion. Enfin, une compilation dont la date et le fond laissent place à bien des doutes et qui porte le nom de« canons arabes de Nicée» donne, au sujet des chorévëques, les détails qui suivent : deux fois par an, au commencement de l'hiver et àPâques, les chorévëques rassemblent les prêtres de village et tous ensemble s'acheminent vers la métropole pour rendre leurs devoirs à l'évêque. L'élection d'un chorévëque est 11 proclamée 11 à l'église par le diacre; l'évêque prononce la « prière accoutumée > et donne à l'ordinand la bénédiction. D'après le même document, la charge du chorépiscopat consiste dans la surveillance des églises et le choix des abbés de monastères. Le chor-
évëque prend place à la gauche de l'évêque, tandis que l'archidiacre siège à sa droite •.
X. En Syrie. — Le canon 14« du concile réuni à Séleucie-Ctésiphon, en 410, par le katholicos Isaac '. constate qu'une partie des troubles dont les diocèses ont à souffrir est imputable au nombre excessif des chorévëques. En conséquence, le concile agit d'autorité, réduit leur nombre à un seul sous chaque évêque et décide que, là où il en existe plusieurs, ils doivent se démettre. Voici le texte de ce canon : « Que le désordre de voir plusieurs chorévëques pour un seul évêque n'existe plus. L'n seul chorévëque doit suffire pour chaque évêque. Là où il y en a plusieurs, qu'ils soient destitués'.»
D'autres conciles orientaux reviennent sur la situation des chorévëques. Le concile de 554, assemblé par le katholicos Joseph I", établit une subordination hiérarchique dans l'ordre suivant : patriarche, métropolitains, évêques, visiteurs, prêtres et diacres '; enfin, le concile de Jesuyab (577) réprime une fois de plus les tentatives d'affranchissement des chorévëques en les plaçant, comme les visiteurs, sous l'autorité des chefs des diocèses '".
Après avoir réduit le nombre, restait à réduire les prérogatives des chorévëques. Le canon 15' du concile de Séleucie-Ctésiphon, en 410, employait, pour y parvenir, le moyen le plus infaillible à toutes les époques et dans tous les milieux : le confiit d'attributions. Au chorévëque, il opposait l'archidiacre dont les pouvoirs très étendus ne pouvaient manquer de le mettre en travers du chemin du chorévëque. Malgré ces entraves adroitement combinées, c'était toujours à recommencer parce que le chorévëque, à la différence du visiteur, dont le choix dépendait entièrement de l'évêque, était ordonné publiquement. En vertu de sa charge, il parcourait toute la province (hyparchie ou diocèse) transférant, s'il en était besoin, les clercs d'une église dans une autre afin que leur nombre parût satisfaire aux exigences du service, recrutant le clergé, taxant les églises selon leurs revenus pour réunir le tribut épiscopal, interrogeant les prêtres sur raccomplissement de l'office, la célébration de la liturgie, l'administration du baptême et des autres sacrements, le gouvernement de leurs paroisses, présidant aux élections des prêtres et des abbés, ayant enfin l'administration immédiate des revenus des églises de campagne, excepté ceux des monastères". Peu à peu, l'archidiacre étend ses pouvoirs dans toute la mesure où se restreignent ceux du chorévëque'-. Cependant, ce dernier s'obstine à durer. On le retrouve dans l'Éghse nestoricnne jusqu'au xiii' siècle. Il conserve la charge de visiteur en qualité de vicaire et auxiliaire de l'évêque pour les églises rurales. D'ordinations, il n'en est même plus question, non seulement pour les prêtres mais même pour les diacres, sous-diacres et lecteurs. Il conserve le premier" ou le second" rang dans la hiérarchie de la prêtrise, mais un souvenir honorifique plutôt que l'indice d'une dignité supérieure. Car la charge s'en va par lambeaux. Elle est devenue révocable et l'institution elle-même se réduit à une simple prière, de telle sorte que, si le chorévëque est élevé dans la suite à l'épiscopat, il devra recevoir
' Labbe, op. cil., t. iv, col. 91, 336, 573, 600. — = LalAe, op. cit., t. IV, col. 91, 336, 573, 600. — » Pitra, op. ci(., t. i, p. 522-523. — ' Il est VTai qu'on y tiou\-e des prêtres ajoutant à leur signature le nom de leur église. Labbe, Concilia, t. II, col. 1134. — ' Conc. Nicœn. II, can. 14, dans Pitra, op. cit., t. II, p. 115. — • Conc. Nicwn. I, can. arab. 60. Labbe, op. cil., t. Ii, col. 333; et. col. 307. — 'Sur ce concile, Hetele-Leclercq, Histoire des conciles, t. il, p. 229, note 3. — ' J.-B. Chabot, Collection des synodes nesloriens, dans les Notices et extraits des manuscrits, 1902, t. xxxvii, p. 267. Les canones Arabici, en parl;int de cliorévêque, n'en
admettent également qu'un seul par chaque diocèse. Or les évêques ne se réfèrent point ici au Synode, ce qui semble insinuer qu'ils n'avaient pas ces canons sous les yeux. — 'J.-B. Chabot, op. cit., p. 352 sq.. can. 23. —"J.-B. Chabot, op. cit., p. 419, can. 29. — " Ebed-Jesu, Epitome canonum, tr. VI, part, vu, can. 1,3, 4, dans Mai, Vêler, script. nova coll., t. X, part. 1, p. 282-284. — '= J. Parisot, op. cit., p. 169. — " Le Hure des Pères, i, 1, dans la Science catholique, mai, juin, 1890, p. 9. — ■ " Assemani, Bibliotheca orientalis, t. m, part. 2, Dissertatio de Sijris nestorianis, p. 792.
CIIOREVEQUES
l'imposition Jcs mains selon l'ordre". Arrivé à ce degré, le chorévêque ne peut plus que disparaître. C'est ce qui arrive au xiii" siècle dans la hiérarchie nestorienne, où il est remplacé par le périodeute i qui fut institué, dit Ebed-Jesu,au lieu du chorévêque, lorsque celui-ci fut aboli dans l'Église d'Orient =. > La difliculté qu'on pourrait tirer de ce texte n'est qu'apparente. D'après les ^canons arabes s, on distinguait le chorévêque des périodeutes; au temps de Jesuyab, cette distinction avait pris fm; on appelait indifïéreniment chorévêque, périodeute ou visiteur {sa'oiira) celui qui remplissait les fonctions de cette charge. C'est ainsi que le pontifical nestorien écrit : ■ Ordination du chorévêque ou périodeute» et qu'Ebed-Jesu écrit en tête du ch. vu de sa Collection canonique : De l'élection et de l'ordination du chorévêque ou périodeute, qui est le sa'oura. • Aussi l'histoire nestorienne faitelle mention de plusieurs chorévêques, entre autres Tris-Jesu qui vivait au vii= siècle, après .Jesuyab. C'est ainsi que nous en rencontrons au vm' dans le diocèse chinois de Si-ngan-tou. Pour un seul évêque, Jean, il y a trois chorévêques : Adam, chorévêque ■de Tsinestan, Jezdebouzid, chorévêque de Kouradan. Serghis, chorévêque de Schiangt-sou. lîst-ce là une infraction à la règle posée à Sèleucie-Ctésiphon, en 410'? On ne saurait le dire, car peut-être ces trois personnages représentent-ils trois diocèses distincts?
Dans l'ordinal syrien, le chorévêque prend place immédiatement après l'évêque. avant l'archiprêtre, et il figure dans le pontifical entre l'évêque et le périodeute. Son pouvoir n'en est pas moins entièrement aboli. Les prières de son institution le disent assez; voici ce qu'elles lui attribuent : '• Qu'il te donne .[Dieu] la puissance dans le degré que tu as reçu aujourd'hui. Que tes lévites te soient obéissants et qu'ils te redoutent au moindre signe. Que le peuple soit dans la crainte en ta présence et que pas une parole de ta bouche ne soit méprisée. Que les grands reçoivent de toi des lois et des commandements et que, dans toutes les générations de la terre, s'étende la renommée de ton sacerdoce ^ » Pure phraséologie orientale. Dans la consécration épiscopale, le récipicndaireest toujours chorévêque ou censé l'être '.
XI. En Arménie. — Dans l'Église arménienne, les canons du patriarche Isaac (400-440) nous font connaître les qualités requises du chorévêque qui doit être capable, instruit, point avare (can. 1). A l'issue du synode annuel, il commence sa tournée (can. 5), surveille le bon état des autels, du baptistère et de toutes les parties de l'église (can. 3), s'assure de la célébration quotidienne de l'ofTice divin (can. 3). punit les délinquants et les négligents(can. 4),s'enquicrtde .la manière dont les prêtres et les diacres s'acquittent ■de leur ministère, interroge les clercs et les rend tous dignes de leur office (can. r>) ^ La législation arménienne ne nous apprend absolument rien quant à l'exercice parles chorévêques des fonctions non concédées aux prêtres. Nous ne trouvons que cette prescription du patriarche de Sion (767-775) que les évêques doivent interdire aux prêtres ruraux et aux chorévêques la consécration des autels ou des églises '.
XII. Occident. — 1° Afrique. — Pour rencontrer des chorévêques en Occident à l'époque constantinîenne, îi suffit de recourir aupseudo-Isidore qui nous apporte une lettre du pape Damase (366-3S4) aux évêques de Numidie, laquelle présuppose l'existence de chorévêques : Prospero, Reparalo, Alexandrn, Bencdicto, Rufo et omnibus ea'tcris episeopis ortluntoxis.
■C'est cependant sur des apocryphes de cette valeur
' Le livre dea Pères, m, 4, 2.5. — ' Ebed-.Iesu, Epilome canoniim, tr. VI, part I, p. 107, 270. — ' J. Morin, De sacris ordinalionihtis, p. 4I.S. — 'Ihid., p. 420. — '.Mai, op. cil.
DICT. D'aRCH. CHRÉT.
qu'on a imaginéet soutenu l'existenccderinstitution cliorépiscopale. II y faut renoncer.
Dés l'époque des persécutions, nous connaissons approximativement assez bien la hiérarchie ecclésiastique, du moins en Italie et en Afrique. Dans cette dernière province, le nombre des évêques est considérable puisque, lors des conciles tenus à Carthage en 256, saint Cyprien est entouré une première fois de soixante et onze.unesecondefoisdequatre-vingt-sept évêques; et il faut ,;dincttrc qu'il a pu y avoir des sièges non représentés pour les raisons communes : maladie, vacance, etc. Une partie de ces évêques siège dans les villes, d'autres habitent et sont titulaires de simples bourgades, parmi des agglomérations rurales sur la densité desquelles nous ne sommes guère fixés.
2" En Italie. — En Itaiie, du moins dans les environs de Rome, nous jxmvons noter une situation analogue. Dès la fin du iv- cl pendant tout le iii"^^ siècle, les cvêchés s'}" multiplient sans qu'il soit possible de préciser uncdatepour aucun d'eux.Lors de la paix de l'Église, les évêchés suivants existaient certainement : Ostie en 313, Porto 314,Centumcellx (Civita-Yecchia)314, Forum Clodi 313. Veja (ad Baccanas) au iw siècle, Préneste (Palestrina) 313, Labicum 313, Terracina et Très ïabernie 313, Volsinii (Bolsene) 495. Bien d'autres qui ne sont attestés qu'au v« siècle plus ou moins avancé doivent en toute certitude voir leur origine reportée jusqu'à l'époque constantinienne. encore que les preuves documentaires fassent défaut ". Ce que nous devons noter en tout cela, c'est la tendance à établir des évêques dans les lieux qui, pour modestes qu'ils fussent, devaient à leur forte organisation municipale d'offrir les garanties et une partie des ressources d'une cité.
Les titulaires de ces sièges étaient de véritables évêques de campagne, mais nulle part le titre spécial de chorévêque ne leur est appliqué, jamais on ne voit leurs droits distingués de ceux des évêques de viUe, rien ne témoigne qu'on leur en ait chicané l'exercice et contesté la réalité. Ces petits évêchés ne disparaîtront pas sans une décision supérieure. Très Tabernaî, simple bourgade, envoie encore son évêque siéger dans les conciles romains tenus à la fin du v siècle et au début du vi-'; lorsque, par suite des ravages subis par la contrée, l'agglomération a disparu. le siège cpiscopal ne s'éteint pas de lui-même; si humble fùt-il, Grégoire 1"=^ le réunit au diocèse de Velitr;e (Velletri). Lin autre siège épiscopal de campagne nous offre le curieux exemple de migrations imposées par les fortunes diverses de l'agglomération à laquelle il est attaché. C'est le siège rural de Labicum. centre de Vtiyer Labicanus.Ce siège se déplace; d'abord on le rencontre à la station </</ Quintumis sous le Monte Conipatri, ensuite près du village de Subaugusta, de là il s'étiiblit sur les ruines de Lavicum, enfin à Tusculuni pour venir finalement s'établir à Frascati '.
3» Espagne. — Dans tout l'Occident, on ne saurait dire que les évêques et les conciles se montrent léfractaires au chorépiscopat, ils paraissent l'ignorer. L'Italie et l'Afrique n'en offrent aucun exemple; l'Espagne ne l'a pas connu. Une confusion faite beaucoup plus tard entre les vocables chorepiscopus etcoepiseopus a donné lieu d'imaginer l'introduction et le fonctionnement de l'institution cliorépiscopale en Espagne. Iln'enfut rien, encore que la dillusionqui se lit dans ce pays de la traduction des conciles grecs eût dû aider à y implanter le titre et la fonction du chorévêque. En réalité, la collation de canons grecs adaptée en
p. 307. — ' Ihid., p. :507. — • ' L. Duchesne, l.e .-^cdi epi.scoimli iiell'antico ducalo di Borim, dans Archinio delki Sociela romana di Patria, 1892, p. 47Ô-Ô02. — ' Ibid . p l'i.S sq.
iU3
CHOREVKQUES
572 par Martin de Braga à la discipline des Églises d'Espagne omet toute mention des chorévèques '. Une lecture fautive d'un texte de Redemptus a pu taire croire à leur existence en Espagne au temps d'Isidore: or ce ne sont pas des chorévèques, mais ses coévêques Jean et Éparcius, que le saint évéque de Séville convoqua à son lit de mort -. Récemment ', on a pensé découvrir un cliorcvêque dans la personne du prêtre Otliia, mentionné sur l'inscription de Montady (Hérault), et qui aurait construit et dédié ('?) une basilique élevée en l'honneur de trois martyrs. Cette conjecture, fondée sur la mention : CON(s)TR(ua;iOET D(e)D(i)C(a;'(0, me parait bien difficile à admettre, vu l'état du marbre sur lequel la lecture du sigle DDC est extrêmement douteuse. Le texte d'un canon du II" concile de Séville, malgré la triple mention qu'il fait des chorévèques, est dépourvu de toute valeur. car cette triple mention est le résultat avéré d'une interpolation. Si l'établissement, par .\gapius de Cordoue, de certains prêtres, en qualité d'auxiliaires épiscopaux chargés d'ériger les autels et de consacrer les églises. pouvait être un seul instant considéré comme un essai d'introduction du chorépiscopat, le décret du II<' concile de Séville (^19) en serait la proscription positive '. Lorsque, beaucoup plus tard, en 868, le concile de Worms reproduira, d'après ce même 11'^ concile de Séville. l'énumération des fonctions épiscopales interdites aux prêtres : [ordinations majeures, consécration des vierges], consécration des autels, des églises, du chrême, confirmation, chrismation, réconciliation publique des pénitents, on n'y trouvera pas la mention contaminée : vel chorcpiscopis '.
Nous reparlerons plus loin de la littérature apocryphe qui se rattache en Occident à ce canon interpolé du II' concile de Séville: quoi qu'il en soit, nous voyons qu'on n'a pas songé un seul instant à transformer les évêchés ruraux, cependant nombreux et minuscules, en ces sortes de vicariats que nous avons pu observer en Orient. Sur ce point, l'Occident a su ce qu'il voulait et n'a cherché d'inspiration nulle part.
XIII..\rment.\rius. — En 439, nous voyons le concile de Riez établir un chorévêque dans la Gaule Narbonnaise. On remarquera que cette décision ressemblait fort à un pis-aller : il s'agissait de régulariser une situation qui ressemblait, par certains côtés, à celle dont le concile de Xicée s'était occupé à l'occasion des évêqucs novatiens qui rentraient dans le sein de l'Église, auxquels on donnerait un poste de chorévêque afin de ne pas jeter la division dans les diocèses. A Riez, on se trouvait en présence d'un évêque d'Embrun, .^rmentarius, ordonné contre les canons, c'est-àdire par deux évëques au lieu de trois et sans le consentement du métropolitain, .\rmentarius fut déposé, le siège d'Embrun déclaré vacant et le coupable réduit au rang de chorévêque dans un diocèse qui ne pourra être celui qu'il avait indûment gouverné. Les fonctions qu'il pourra exercer sont prévues et décrites : confirmation des néophytes, consécration des vierges, célébration de la liturgie. Dans son église, le nouveau chorévêque aura le pas sur les autres prêtres: hors de cette église, il ne pourra officier niordonnerdes clercs, même pour remplacer l'évêque absent ". Non seulement l'analogie du cas et de la solution appelle un rapprochement avec le canon de Nicée, mais les Pères
^P. /...t.cxxx, col. 57Ô-5SS. — ^ Flurez, Espaiia sagrada, in-4°, Jladrid, 1S60, t. ix, p. 221; Acta sanct., april. t. i, p. 316. — ' F. Fita y Colonie, Son/a EuUtlia de Barcelona. Vna de sus basilicas en el siglo v, dans Boletin de la real Academia de la historia, 1903, t. xi.ui, p. 25U-255. — « Conc. Hispal. Il, act. vi, dans Labbe, Concilia, t. v, col. 1665- 1666. — 'Labbe, op. cit., t. viii, col. U4S. — 'Conc. Bcgense, can. 2, 3, dans Labbe, Concilia, t. m, col. 1285-
dc Riez ne cachent pas qu'ils s'inspirent de ce canon r f/uod ergo Xicœnum concilium staluil..., chorepiscopi nomine ut idem canon loquilur ~. La précaution prise de décrire les attributions futures d'Armentarius peut avoir une autre portée que d'éviter les empb tements et les conflits dans un cas particulier. On peut y voir le souci d'établir, en même temps qu'une innovation, les limites que l'épiscopat prétend lui imposer. C'est que, en adoptant l'institution et le titre, les cvêques réunis à Riez modifiaient gravement les droits chorépiscopaux tels que la législation canonique les avait établis, .\rmentarius se trouve, il est \Tai, dans une situation anormale, qui a pu et qui a dû imposer des restrictions toutes personnelles: cependant, il est nécessaire de remarquer qu'on a rogné ses privilèges au point d'entamer les droits essentielsattachésàla charge qu'il va exercer. Sans doute, il possède la prééminence sur les simples prêtres et il jouit de pouvoirs non concédés aux chefs des églises rurales, mais on lui refuse tout privilège honorifique en dehors de son église; il n'est pas l'auxiliaire de l'évêque, n'exerce pas les fonctions épiscopales proprement dites et, spécialement, n'ordonne pas de clercs. Si l'expédient imaginé pour donner un emploi à .\rmentarius n'eût pas été une nouveauté en Gaule, on se demande pourquoi le concile de Riez aurait pris la peine de décrire si minutieusement les fonctions et mentionné le titre de « chorévêque » comme un emprunt au concile de Nicée, lequel risquait de n'être pas bien entendu de tous, ou même de n'être pas entendu du tout sans cette explication.
XIV. EuGH.^PHVS. — Armentarius n'est pas absolument isole. Nous lui trouvons un contemporain en Occident; il est vrai que c'est à une longue distance de la Gaule et d'Embrun, c'est à Salone en Dalmatie. L'épigraphie du cimetière de Manastirine ', à Salone, nous fournit cette inscription ' :
DEPOSITIO EVGRAFI
CHOREEPISCOPI DE -X- K.
NOVEMBRES
Cette épitaphe était gravée sur un sarcophagcfaisant partie d'un groupe de tombes réunies dans la confession de la principale basilique cimitériale à Salone. Les tombes voisines de celle d'Eugraphus sont celles d'évêques de la fin du iii=, du iv et du v= siècle '"; il n'y a aucune raison d'assigner à la tombe d'Eugraphus une date moins ancienne: de plus, la paléographie de l'inscription accuse, elle aussi, le \' siècle. Cette attribution ne saurait faire de doute. Mais on peut arriver à plus de précision. Pendant toute la seconde moitié du v" siècle, le cimetière de Manastirine demeure à peu près complètement abandonné. Les barbares et les armées impériales dévastèrent de leur mieux les environs de la ville. La population de la banlieue s'enferma dans Salone où l'on ramena les corps des saints inhumés depuis cent cinquante ans au plus dans les cimetières suburbains. Les inhumations cessèrent: la dernière inscription datée relevée à Manastérine pour cette période est de 443; on n'en rencontre plus ensuite jusqu'en 511. Il faut donc admettre que le chorévêque Eugraphus aura été enterré dans la iiremière moitié du v siècle. Malgré l'intérêt légendaire très particulier qui s'at-
1287. — "Conc. Recense, can. 3, dans Labbe, Concilia, t. m, col. 12S6. — * H. Leclercq, Manuel d'archéologie clirétienne, in-S», Paris, 1907, t. i, p. 327. — • Corp. inscr. lot., t. m, n. 0547; J. Zeiller, Le chorévêque Eugraphus, àan& Hcinie d'histoire ecclésiastique, 1906, t. vu, p. 27-32. — "* Depuis saint Venance, martyrisé dans une persécution locale sous .Xurélien, et saint Domnio, raart\T sous Dioclélicn, jusqu'à Hesychius, contemporain de saint .\ugiistin.
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CHÛREVÈQUES
luclif à ce personnage '. nous ne devons ici nous attaclicr qu'à son titre. Mallieureusement, sauf sou nom, sa finalité et sa singulière transformation légendaire, nous ignorons tout de lui. Quelle était au juste la nature de ses pouvoirs? ou sur quel territoire, par exemple, exerçait-il son autorité? Impossible de répondre à cette question -. « Dès le début du iv^ siècle, nous connaissons l'existence de communautés chrétiennes dans des villages voisins de Salone, tels que : Epetium et Fituntium'. Seraient-ee les églises de ces bourgs qu'Eugraphus aurait gouvernées en qualité de chorévêque? ou bien sa juridiction se serait-elle étendue sur une partie du diocèse de Salone beaucoup plus éloignée de la ville épiscopale? Le doute subsiste. » Quoi qu'il en soit, le chorépiscopat est ainsi attesté par deux témoignages occidentaux pour la première moitié du V siècle '.
X\'. G.\ULE. — Ces deux témoignages, à l'époque et dans les régions oii on les rencontre, n'en sonl pas moins des témoignages isolés. Nous continuons à rencontrer dans les documents l;i mention d'évêques installés dans des bourgades, vici. gouvernant un minuscule diocèse, démembré d'une façon lcm;ioraire dans le territoire épiscopal de la cité, mais ces modestes évê- ([ues n'en sonl pas moins évêques au même degré, avec les mêmes attributions que leurs puissants collègues; rien ne peut évoquer dans leur condition l'idée de l'institution chorépiscopale. Voici, par exemple, sous Clotaire,le duc Austrapius qui se fait clerc, reçoit l'épiscopat et le roi le tait placer au village de Celles dans le diocèse de Poitiers, sous la condition qu'il succédera à l'évéque diocésain. Il est vrai qu'à la mort de celui-ci. on ne tint aucun compte de l'engagement pris, malgré les réclamations d'.Austrapius qui mourut dans une sédition. Son «diocèse» revint à l'évéque de Poitiers ^ Autre exemple : celui de IMontcric élu par le peuple et par le clergé de Langres pour suppléer l'évéque Tétric. frappé d'apoplexie. .Mondéric, grâce à la permission du roi, fut ordonné évêque sous réserve que. du vivant de Tétric. il administrerait en qualité d' > archiprêtrc » le caslrum de Tonnerre jusqu'à ce qu'il succédât à Tétric (.502)». Accusé, emprisonné, il finit par passer dans le royaume de Sigebert. fut établi évêque du viens Aiisilensis (Alais?) ayant juridiction sur quinze paroisses, soumises à l'évéque de Rodez.
Avec ces deux personnages, nous étions trop loin du chorépiscopat. avec un texte de Sulpice-Sévère siu- Claudien. frère de Mamert, évêque de Vienne, nous y revenons • :
Aniisk's fuit ordine in secundo Fratreni fasce lemins episcopali, Nant de ponti/icis tenore suninii Ille insignia suntpsit, hic laborem .
« Prélat de second rang, il aida son aîné à porter le fardeau de l'épiscopat. lui laissant les honneurs pour en prendre les charges. » .Suivant la remarque de D. J. Parisot, le ' chorévêque n'était pas encore entré dans
' H. Dcichayc, L'IiiigiograpIiie de Salone, d'après les dernières dècouiHTles archéologiques, dans Analecta bolliindiana, 1001, t xxiir, p. 15; H. Dclehaye, Les légendes hagiographiques, iu-VJ, Bruxelles, 1!)05; J. Zeiller, op. cit., p. 30. — =,I. Zeiller, op. cit., p. M. — ' .\u.|ourd'luii .Stobrcc et Zrno\nica. — « .ï. Zeiller, op. cit., p. 32, montre que la Dalmatic a toujours été comprise dans l'Oecideiil. — ' Grégoire de 'fours, Ilisl. l'rancor., 1. IV, c. xviu, P. L., t. Lxxi, col 2.S3. — • Grégoire de Tours, Ilist. Francor., 1. V, e. V, P. L., i. i.xxi, col. 321. — ' Sidoine Apollinaire, Epist., IV, v, 11, /'. /.., t. i.viii, col. âl(), .')I7; Claudien, au dire de Gennade, était prêtre De script, eccles., c. i.xxxin, /'. /,., t. Lviii, col. 1100. — ".1. Parisot, Les choréiiêques, dans la Bévue de rOrie?it chrétien, 1901, p. 424. — » Zacîiarie, lipi.st., vni, P. L.. t Lxxxix. col. 9.'Î2. — " Monum. Ocrm. hisl.
le vocabulaire ecclésiastique, c'est pourquoi nous ne le voyons pas attribué aux prélats des V et vi' siècles, quelles que fussent leurs fonctions et leur caractère hiérarchique ». . Sauf exceptions, telles que celle de Pierre, chorévêque du Mans, dont nous parlerons bientôt, l'emploi de ce terme, emprunté aux traductions des conciles grecs, ne reçut sa consécration officielle que sous le pape Zacharie qui nomma le premier les chorévcques. Deux lettres de ce pape nous laissent en lin lire ce titre, tout en faisant voir que c'est à l'Orient qu'on s'adresse pour en éclairer la notion. En effet, une lettre à Pépin, datée de l'année 747, mentionne les chorévêques et cite le concile d'Antioche '. La deuxième mention se lit dans une lettre datée de l'année 74S. adressée aux évêques des Gaules, de Belgique et de Germanie". Les chorévêques y sont mentionnés en suscription avant les prêtres et les diacres, à leur rang hiérarchique. Au viii" siècle, le titre est devenu d'un usage courant.
Quelques documents de l'éiioque mérovingienne, en particulier les Gesla episcoporum Cenomanensiiim si sujets à caution, nous montrent les chorévêques en Gaule dans des conditions assez particulières. Dans l'Église du Mans, l'évéque .\iglibert (67U-705) s'associe un chorévêque nommé Pierre, pendant qu'il est personnellement retenu loin de son diocèse par ses fonctions d' « archichapelain » et " chef des évêques » du royaume de Thierry III ". En quoi consistaient les fonctions de Pierre, nous ne le savons pas, sauf sur un point : les droits appartenant exclusivement à la dignité du ministère épiscopal ne lui ont pas été concédés.
Au siècle suivant, quatre chorévêques se succèdent dans les mêmes églises sous l'épiscopat agité de Gauziolène (725-770), ce sont : Sigefroy, Didier, Berthode et Merolc. plus tard élevé lui-même sur le siège épiscopal (77'2-785) '^ .\u chorépiscopat de l'Église du Mans, nous pouvons ajouter celui de l'Église de Verdun, qu'administra pendant une vacance de douze ans (7G5-776) le chorévêque .\malbcrt. Il vivait en solitaire dans un petit oratoire. en qualité de chorévêque, suivant la coutume de ce temps, écrit un chroniqueur". .\ Lyon, nous voyons un chorévêque au début du IX'-' siècle, et il n'est autre que le célèbre Agobard, sacré épiscopalement par trois évêques afin de devenir coadjuteur de Leidrade (808) à qui il succédera ". A Langres, l'évéque est assisté des abbés de Saint- Bénigne de Dijon, Hibert. Ingebramne.Bertillon. qui portent le titre de f[/!]orep(scopi ou co^piscopi", ternie qui désigne l'au.xiliaire de l'évéque.
Ce ne sont là que des mentions, somme toute, assez rares; il s'en faut de beaucoup que les documents soient aussi sobres d'indications sur les archiprétres et les archidiacres. On ne peut pas craindre de beaucoup s'éloigner de la vérité en considérant l'établissement d'un chorévêque en Gaule, du iv» au vu' siècle, comme un fait exceptionnel. .\ partir du vii= siècle, les chorévêques reparaissent, mais un même personnage est souvent désigné sous les titres d'abbé •», chorévêque
Epist., t. m, part. 1, p. 363. — *' Gesla episcoporum Cenomanensium, n. xiv, dans Mabilion. Vetera analecta, in-fol., Parisiis, 1723, p. 27G. — '= Mabilion, op. cit., p. 238, 288. — " Bertaire, Gesta episcoporum Virduncnsium, ï. 13, /*. L., t. i.ii, col. 514-51.'>: Post hune IMadcIveum, 77U] cpiscopatus istius Ecclesiœ pcr duodecim annos vacuus exstitit. Sed quidam seruus Dei, Amalbcrtus nominc, ju.xta morem iWus temporis co[r]episcopus factus, ipsam regebat eeclesiani et in quodam oratorio sub honore omnium apostolorum quasi solitariani uitam ducebat. — '* Adon de Vienne, Chron icon, acl . vi, P. /-., t. cxxiii, col. 134. — ^- Clironicnn S. lienig. Diuion., I'. I.., t. c.i.xiii, col. 77!I-.S03. — "Rhaban .Maur adresse un poème à Brunward, P. /,., t. cxii, col. 1599, et un siècle plus tôt (647) celui de Wigbert de Fritzlar nous montre que le chorévêque peut être abbé ou même simple moine.
CHOREYÉQUES
ou ùvêque. Sa dignité n'est pas attachée à un siège fixe, sa résidence est toujours éloignée de la ville épiscopale S ce qui vaut les titres de episcopus in métis ", episcopus vicanus ', episcopus villanus K L'église qu'il dessert a des privilèges inférieurs à ceux <iuc possède l'église cathédrale; elle possède des fonts baptismaux et le droit de sépulture; elle compte un certain nombre de clercs, reçoit des oITrandes et des (limes sur lesquelles l'cvêque prélève sa part, Les oliorévêques siègent dans les conciles avant les abbés ', ils signent les precariœ avant eux*, « Ou les trouve dans ces fonctions, assez différentes de la conception grecque du chorépiscopat. dès la seconde moitié du VIII'' siècle ". »
Le chorépiscopat n'avait, on vient de le voir, pénétré en Occident qu'à grand'peiue et tardivement, il ne s'était implanté que sur certains points et n'avait pas connu un véritable développement. On pouvait croire ses destinées accomplies quand elles se rouvrirent soudain.
XVI. RÉFORME c.\ROLixGiENNE. — La persistance du paganisme dans les campagnes retarda longtemps la conversion des foules et entrava l'expansion du christianisme presque jusqu'au- viii« siècle. A cette époque, saint Boniface et Pépin, dont l'ceuxTe fut reprise et étendue au siècle suivant par Charlemagne et Louis le Débonnaire, entreprirent d'imposer l'organisation ecclésiasticiue aux provinces occidentales sur lesquelles s'étendait leur autorité ou leur influence. Dans les pays de missions principalement, les évêques apôtres établirent des coopérateurs sur lesquels ils se déchargèrent d'une part de leurs soins. Saint Boniface établit évëque d'L'trecht le chorèvêque Eoban *, et Willibrord, en raison de son grand âge, s'ordonne un chorèvêque qui le suppléera dans une partie de sa charge (755) '. Dans des cas de ce genre, il ne semble pas douteux que les chorévêques jouissaient de tous les droits épiscopaux. C'était là, redisons-le, un cas nouveau et exceptionnel. Jusqu'à ce moment, on peut dire que le chorépiscopat n'avait fait que végéter. Les documents qui font mention de chorévêques, consultations adressées aux papes, décrets conciliaires, capitulaires impériaux, témoignages des chroniqueurs, et parmi tous ces documents beaucoup sont apocryphes, limitent les cas aux provinces d'Aquitaine (Bourges, Limoges, Le Mans, Angers) et du nord de la France (Paris, Reims, Langres, Verdun, Metz), à la Belgique et à la Germanie ".
C'est donc dans les pays de missions qu'il faut nous tenir pour voir le chorépiscopat prendre le développement dont il est susceptible. Là où les sièges épiscopaux sont disséminés et séparés entre eux par des distances considérables, les titulaires se montrent moins soucieux des empiétements possibles du chorèvêque. En conséquence, ilsluifont beaucoup plus large sa part d'action épiscopale. Non seulement ils lui confient l'inspection des églises, l'instruction et l'examen
^ Que ce soit un monastère, un viens public ou canonical, une villa d'église. — ' Lebeuf, Disserlalion sur riiisloire ecclésiastique et civiîe de Paris, t. ii, p. lvii-lxxii. — ^ Hincmar, Opusc, xxxiii, 16. — • Capitulare Caroli Magni, vn, 187. — * Flodoard, Historia Ecclesiar Heniensis, 1. II, c. xviii, P. L., t. cxxxv, col. 120; conciles de Xoyon (814), Langres (830), Mayence (847), Dazy (871), Pontgoie (876); Labbe, Concilia, t. vu, col. 1303, 1673; t. viii, col. 39, 1651, 1653; t. IX, col. 282. — ' Mabillon, Vetera analecta, 1723, p. 288. — 'Revue de TOrient chrétien, 1001, p. 425. — * Willibald, Vita Bonifacîi, dans ^ïonuni. Germ. liist., Epist., t. lu, part. 1, p. 463. — ^^Monum. Germ. liist-, Epist., t. m, part. 1, p. 380. — "Boniface, Epist. ad Stephanum, dans Monnm. Genn. Itist., t. m, part. 1, p. 395. — " Mabillon, Annales O. S. B., t. il, col. 585 : Aldricus ejustient urbis [Cenomanensis] autistes, convacato clero, présente sui quoque coepiscopo vel chorepiscopo nontiue David. .\go-
des clercs, la visite des paroisses rurales, mais encore ils le chargent de l'administration solennelle des sacrements dans les villse et les vici, c'est-à-dire là même où l'usage requérait la présence personnelle de l'évêque pour la réconciliation des pécheurs, la confirmation des enfants et des adultes, la consécration des ( églises, la collation des ordres mineurs et parfois même I pour l'ordination aux ordres majeurs. Il arriva, par I une sorte de revanche inconsciente, que le chorépi- ! scopat screleva assez dans l'esprit du peuple pour être I égalé à l'épiscopat et on ne distingua pas entre choiepi- , scopus et coepiscopus^^, comme si on ne faisait aucune i diiïérence entre l'évêque urbain et l'évêque rural. f Pour prévenir certaines difficultés, les coadjuteurs ne purent exercer leurs fonctions qu'à la condition d'avoir I été sacrés par trois évêques.
Si certains évêques, débordés par leurs occupations, I se montraient tolérants à l'égard des empiétements : de leurs chorévêques, d'autres se tenaient rigides, d'autant plus que le pouvoir civil n'hésitait ])as à recourir à la complaisance des chorévêques dans certains cas de vacance prolongée d'un siège ëpiscopal. Grâce à cette connivence, les fidèles ne s'apercevaient presque pas de l'absence du titulaire et le roi ou les seigneurs géraient à leur plus grand avantage le temporel de l'Église sans pasteur. Une série de documents fut ^ forgée au viiie siècle pour parer à cette éventualité et réduire les chorévêques à une situation insignifiante. Le canon interpolé au II"= concile de Séville sert de base à cette tentative d'apocryphes de combat. Nous retrouvons ce canon encadré de formules épistolaires dans une fausse lettre du pape Léon I'' à tous les « évêques de Germanie et de Gaule '■-, > mise au point assez maladroite de la lettre de saint Léon à Rustique de Xarboune, à laquelle on a ajouté une suscription de saveur bien carolingienne. Ensuite c'est encore une fausse lettre du pape Damase aux évêques d'Afrique" dont nous avons parlé déjà, .\utre lettre papale apocryphe mise sous le nom de Jean IIÎ (560-573) « aux évêques de Gaule et d'.\lleniagne, »par laquelle on veut retirer aux chorévêques le pouvoir de confirmer ". Tous ces documents sont une littérature de circonstance et ne méritent pas un plus long examen. XVII. Sors Charlem.^gne. — Le premier capitulaire d'Aix-la-Chapelle soumet sans restriction les chorévêques à l'évêque diocésain : Ut chorepiscopi cognoscant modum snum et nihil faciant absquc licentia episcopi in cujus parocitia habilcint^^. A quelques années de là, nouvel assaut. Charlemagne et ses évêques se déclarent excédés des plaintes portées contre les chorévêques; en conséquence, ils chargent Arnon, archevêque de Salzbourg.de soUiciterdupape Léon III un décret contre ces prélats coupables d'avoir ordonné des sous-diacres, des diacres et des prêtres. Les capitulaires enregistrent une prétendue réponse papale, laquelle ne décide rien et déclare s'en tenir « au.x sentences antérieurement prononcées par ses
l)ai*d de Lyon avait consacré rêglise de Sanlenay, par Audin, coévêque ou chorèvêque de Lyon, qui signa en qualité de chorèvêque au concile de Valence. Parfois cependant, on distingue les deux titres : Valfarius préside, en 814, le concile de Noyon, auquel assistent ses huit coepiscopi ainsi que deux chorepiscopi, yVallarius et Spenius. Charlemagne y envoie .\malaire de Trè\es avec son coepiscopus Hisiland: Flodoard, Hist.Ecclcs. Remensis, 11, x\iu, P. L., t. cxxxv, col. 126. On donnait indistinctement aux uns et aux autres le titre de • prélat •. Théganus, biographe de Louis le Débonnaire, était chorèvêque de Trêves, il reçoit de VValafrid le titre de pra'sui et se décerne celui d'nn/is(es. — '= P. L., t. Liv, col. 1238. — " P. L., t. xm, col. 431. — " Ouvrage du pseudo- Isidore, vers 850. — " Capital. Aquistjranense /.dans Monumenta Germanie historica. Capitula, t. II, part. 1, p. 10, 54; si ce capitulaire est faux, il est de 848.
CHOREVHOUES
prédécesseurs et par plusieurs coju'ik's '. » Ce qui, tou- , tefois est plus grave, c'est la sentence (le nullité radicale portée contre les actes épisco])aux des chorévêques et la i>rescriptiou faite non de réitérer, mais de conférer à nouveau purement et simplement les ordres donnés par eux. Enfin, les chorévêques coupables doivent être exilés. Cependant l'empereur, ce qui n'est pas un médiocre sujet de surprise.se substituant au pouvoir spirituel, déclare établir les chorévêques au rang de simples prêtres et renonce à leur égard aux mesures de répression. Désormais, l'ordination du chorévêque par un seul évêque sera la première garantie de son incapacité épiscopale. Pour corroborer ces décisions, Charlemagne fait appel à un concile de Ratisbonne dont nous n'avons pas le texte ^
XVIII. DÉCADENCE. — On est désormais entré dans l'ère de décadence, elle s'accuse à chaque document. Successivement on retire aux chorévêques le droit d'ordonner diacres et sous-diacres, de consacrer les vierges, de bénir le chrême, de donner les bénédictions pontificales et d'administrer la conlirmation '. Et tandis qu'on s'acharne à amoindrir la cliarge, beaucoup d'évêques laïques indignes de leur haute fonction s'empressent de recourir à ces coadjuteurs si maltraités afin de s'exonérer d'ol)ligations troj) tibsorbantes.
Dès la fin du viii' siècle, défense a été faite d'instituer des chorévêques *, mais il est plus aisé de les supprimer que de se passer d'eux. Trois conciles de la première moitié du ix= siècle nous font voir que la suppression est restée à l'état de lettre-morte. En 829, le VI" concile de Paris rappelle une fois de plus à l'ordre les chorévêques, qui, " s'ils représentent les soixantedix disciples, ne doivent pas en prendre raison ])our s'égaler aux apôtres '. » Que leur pouvoir soit soumis à la délégation de l'ordinaire, l.e concile d'.\ix-la- Chapelle, en 8,3(), range les chorévêques parmi les ministres de l'évêque, comme les archii)rètres et les archidiacres, ayant, comme ceux-ci, juridiction illimitée ". Le concile de Meaux, en 84.5, abandonne aux chorévêques la collation des ordres mineurs et la réconciliation des pénitents : deux fonctions interdites aux simples prêtres. 11 est en outre réglé qu'à la mort de l'évêque, ils n'ont aucun droit d'exercer la vac;uice épiscopale. Les évêques qui toléreraient de tels abus seront frappés de peines canoniques '.
Le chorépiscopat semblait prêt à retomber dans le néant lorsque se i)roduisit en sa faveur une intervention énergique, laquelle ne put cependant que retarder un peu la ruine définitive.
En 841, l'.haban Maur, abbé du célèbre monastère de l-'ulda, écrivit un opuscule en faveur des chorévè(iues.Cet écrit était intitulé :Si liceat chorepiscofiis picshiiti'ius et diaconus ordinare ciim conscitxu cpisropi '. N'ous avons mentionné la prétendue réponse du pape Léon 111 à .\rnon de Salzbourg, proclamanl la nullité des actes épiscopaux accomplis i>ar les chorévé((ues. L'n chapilredesCapitulairesenregistrait celte décision et déclarait nuls les sacrements conférés par les chorévêques « suivant la décision de Léon III. » Il était résulté de là une situation pleine de désordre. Certains évêques d'Occident réordonnaient les prêtres et les diacres ordonnés sous leurs prédécesseurs par les chorévêques, ou bien ils reconsacraient des églises auparavant consacrées. Un parti si radical provoquait l'approbation <les uns, le blâme des autres; de là. des disputes, des factions, des schismes, lihabau Maur
prétendait justifier l'existence el le caractère des chorévêques par le témoignage de l'antiquité et il remontait jusqu'au temps des apôtres. D'après lui. Lin et Clet avaient fait des ordinations d'après l'ordre de saint Pierre, qui les considérait comme chorévêques - en vérité on croit rêver; — • c'est donc, concluait Pvhaban,que les chorévêques ont toujours possédé le i)ouvoird'ordre, et c'est par un étrange mépris de la tradition qu'on leur refuse ce dont ils sont en possession depuis tant de siècles. Une telle conduite, qui ravale les chorévêques presque au rang des simples prêtres, ne peut se justifier par aucune autorité ancienne ni nouvelle. l'A il rappelait les évêques à l'observation des canons d'.\ncyre et d'.\ntioche '. Cet opuscule contenait trop de choses sous sa modération calculée pour qu'on ne fit pas l'impossible afin de le réduire à néant. Les actes pontificaux se trouvaient infirmés par le fait seul que l'auteur ne daignait pas en tirer parti ni même paraître soupçonner leur existence.
Pour ces causes et pour d'autres peut-être que nous connaissons moins clairement, l'intervention de Rhaban Maur ne produisit pas la réaction souhaitée en faveur du chorépiscopat dont les adversaires poursuivent leur campagne avec acharnement. On attribue au concile de Paris, en 849, un décret de suppression des chorévêques; mais on connaît ce décret, semblc-t-il, par un récit de la Chronique d'Albéric, relatif à .Vndrade, chorévêque de Sens, sous l'archevêque V'ilon. Andrade assista à ce concile où il fut déposé avec tous les autres chorévêques.
Laie fois de plus, cette mesure générale devait échouer devant l'intérêt particulier. Les chorévêques supprimés apparaissent à quelques années de là et font l'objet de consultations adressées au pape par les évêques francs. En 8.53, Hincmar demande à Léon IV la conduite à tenir à l'égard des fidèles confirmés et des clercs ordonnés par les chorévêques; en outre, il signale des cas où les chorévêques remplissent la vacance des sièges épiscopaux pour le compte des princes laïques qui, pendant ce temps, touchent les revenus". En 884, consultation de Nicolas I"^', adressée à Raoul de Bourges, favorable aux chorévêques ". Cette décision est assez inattendue. Elle reconnaît la validité des ordinations faites en Gaule par les chorévêques et proclame le caractère épiscopal de ceux-ci. « Institués à l'exemple des soixante-dix, qui peut douter qu'ils n'aient eu les fonctions épiscocales '-'? » Néanmoins, par respect pour les canons, on ne devra pas affaiblir l'autorité des évêques.
Cette décision ambiguë ne retarda pas la ruine du chorépiscopat dont l'abrogation s'obtint désormais ] par voie d'extinction. On n'ordonna plus de chor- I évêques. du moins dans les Églises franques. La lettre de Nicolas V' fut, |)ratiquemcnt, considérée comme ' non avenue. Les fidèles furent obligés de se faire confirmer de nouveau s'ils l'avaient été par un chorévêque. l'A non seulement on ne tient aucun compte de la lettre de Nicolas 1'^', mais on fait revivre l'apocryphe mis jadis sous le nom de Léon III, d'où on prend prétexte de retirer le droit aux fonctions épiscopales aux chorévêques". La dernière mention conciliaire est contenue dans un concile tenu à .'Metz, en I 888. Il n'est plus question de suppression, c'est chose faite, uuus de reconsécration des basiliques consacrées par eux ".