IB
2904. — .\iineau d'or.
D'après Dalton, Catalogue, p. 5, n. 28.
2905. — Anneau d'or.
D'après Dalton, Catalogue,
2906. — Saphir
D'après Dalton, Catalogue,
pi. I, n. 27.
forme de chrisme qui a dû contenir dans les cavités soit des pierres fines, soit des canaux (fig. 2905) ^
Tuile (fragment); l'estampille porte au centre -p. Voir Dictionn., t. ii, col. 2526, fig. 2197 '.
Saphir, monogramme combiné avec le Tait (lig. 2900)'.
Sardoine, un oiseau tenant une branche dans le bec perché sur un poisson, ils se tonnienl vers le
chrisme ^ '.
Brique, estampille fort usée; "dans^ deux cercles
'W. Wi-olli, Calaliuju? o/ tlic coins o/ the Vandali, etc., I.mdon. 1911. p. 115. pi. XVI. n. 10. — = /hid., p. 117 sq.,pl. xvii, n.18-24, :i9-r2 Xi. — 'Ibid.. p. 12Î. pi xviii. n. 41».
— * O. Dalton, Catalogue of the earltj Christian antiquilies in the Brilish Muséum, iu-i». Limiun. 1901, p. ."j. n. '-8.
— ' Ibid.. p. 12, n. 78. — « Ibid., p. 163, n. ;128. — ' Ibid.. pi. I, n. 27. — 'Ibid., pi. ti, n. 6. Nous avjns donné dt-s anneaux ou des gemuu's servant de chaton dans Dictionn.. t. I, fig. 687, 688, 68i), 6U5, 696, 697, 698, 699, 712, 716. 727, 750- — ' K. Michon, Inscriptions inédites de la Corée, dans Mélange: d'archéologie et d'iiisttirc, 1801, t. xi, p. 124. n. 15. — '"F. Valverdo Pon.l's. Antijucdadcs romana.-i y visigodas de Bama, dans Boletin del Acad. de la historia. 1S02, t. XL, p. 513-516. — " The arcliœological journals 1860, t. XVII, p. :îS. — '= A. NVay, .\iiliccs of roman pig. o/ Ict.d iound ai Bristol and of meltillurgical relies in Cornwall, in olhcr parts of Englaud and Wal^s and ulso on
concentriques de O^OSô et O'"020 de diamètre, tracés en creux, au centre du plus petit un chrisme ».
Chrisme en bronze".
Mosaïque de Frampton (Dorsetshire), monogramme, également sur une coupe d'argent trouvée à Corfa rigde (Xorthumbcrland) ".
Sceau de plomb, ovale, trouvé dans la Tamise près de Battersea Bridge, monogramme avec SPES... S... ; serait, d'après Franks, du iV siècle, et aurait été à l'usage d'Afranius Sj'agrius, notaire de Valentinien en 369, consul en 382 (fig. 2907-2908) '^ au British Muséum.
Collier d'esclave. Voir Dictionn., t. m, à ce mot".
Signatures des chartes et souscriptions épiscopales dans les conciles ". Cette catégorie de monuments
2907-2908. — Sceaux de plcnib.
D'après Tlie areliseological journal, \S66, t. xxni, p.283.
est plus nombreuse qu'importante au point de vue du type monogrammatique; nous ne pouvons que la mentionner. De même pour les monuments épigraphiques ".
XIV. Le l\b,\rvji. — Ce mot sera abordé plus tard avec les développements qu'il réclame. Voir Lab.^rvm.
H. Leci.erco.
CHRIST (LETTRE DU) TOMBÉE DU CIEL. ~ I, Traits généraux, II. Histoire littéiaiie, 'textes nccidentaux. III. Textes orientaux : 1» grecs ;2<'arméniens; 30 syriaques; 4" carchounis; 5» arabes; 6" éthiopiens.
I. Traits généraux. — La lettre du Christ sur l'observation du dimanche a joui d'une singulière fortune. Connue dès la fin du vi'' siècle, peut-ctre même auparavant, elle circule encore de nos jours, elle s'édite, elle est tenue pour authentique et vénérable dans certains milieux populaires slaves ou orientaux, plus soucieux de merveilleux que d'esprit critique. Elle a inspiré des poètes, les sectes les plus diverses s'en sont emparées. Nous en possédons des versions dans les principales langues de l'Europe et de l'Orient. Elle se trouve en latin, espagnol, allemand, français, anglo-s.axon, grec, slave, éthiopien, arabe, syriaque, jusque dans les Indes, chez les chrétiens syro-malabares, et même en Perse. Elle se réimprime à Jérusalem pour les pèlerins grecs. Elle obtint toujours un vit succès dans 1 1 Russie méri-
(hc coji/incii(. dans T/ie (irdia>o(ogiraî /ou^'ia/, 1860, t. .xxiii, p. 277 sq , 282. Cf. The arch. journ., i. xvi, p. 38; t. xxi, p, 169; Proceedings of .Soc. antiq. of I.ondon, W série, t. 11, p. 87, '235. — " De Rossi, Bnil. di archeoi crist., 1874, pi. II, n. 1; D. Giorgi, De nwnogrammate Christi Domini dissertatio, in-4°, Roniœ, 1738, p. 39-41. — '• Hefelc- Lecleroq, Ilist. des conciles, t. iv, p. 103 : signature d'Hincmar au I" concile de Pislres, 862. Cf. Bcla Czobor [Formes du monogramme du Christ de siècle en siècle], dans Arch. Erstcsiln, t. xiii, p. 174; V, Strazzula, Indagini archeologiche sulla rappresenlanze del ".Signum Christi >•, in-S», Palermo, 1899; Perret, 1 es catacombes de Honu; in-tol., Paris, 1852, t, IV, frontispice; J. R. Allen, /iiiWy cliristian sgnibolism, 1887, p. 85-93; Keuiie archéologique, 1883, p. 53. — '■ On pourra eu trouver un clioix utile tlans .\llegranza, De nwnogranunate D. .V. Jesti Christi, iu-l°, Mediolani, 1773, bien que tout n'y soit pas à l'abri de la critique.
CHRIST (LETTRE DU) TOMBÉE DU CIEL
dionale, comme chez les Polonais, les Tchèques, les Bulgares et les Roumains.
Avant de présenter l'analyse et d'esquisser l'histoire littéraire de la lettre du Christ, il faut la distinguer des écrits analogues. Ce n'est pas un avertissement céleste tel qu'en fait mention la Vie de saint Bérégise ', fondateur de l'abbaye de Saint-Hubert. La reine Plectrude, femme de Pépin d'Herstal. voyageait en compagnie du saint. Patiguée, elle voulut prendre quelque repos et s'assit sur un tas de pierres. Mais le tas de pierres s'écroula, et la reine, étonnée, aperçut un écrit mystérieux : Subito ob insolidilalem lumuli lapidibus in circuitu coltabentibus, rcspiciens, cartam quanidam intra saxa decidentem miratur. Dieu, voulant désigner un lieu propice à l'érection d'une abbaye.l'indiquait par ce message miraculeux.
Notre lettre n'a aucun rapport avec la correspondanc apocryphe d'Abgar = avec le Christ. N'otre- Seigneur ne l'a pas écrite pendant sa vie terrestre, mais au ciel. Ce n'est pas non plus une lettre fictive adressée par Dieu ou par le diable, comme il en circulait un grand nombre au xiv« et au xv^ siècle. Personne, ni auteurs ni lecteurs, ne songeait à prendre au sérieux ces piquants écrits, pures satires voilées sous la forme épistolaire. Au temps du grand schisme, plusieurs lettres du diable furent lancées, où l'esprit du mal est censé couvrir d'éloges les religieux et les prélats qui travaillent en sa faveur '. On connaît encore une lettre écrite par le Christ au concile de Constance '. Encore une fois ces pièces ne se donnent pas pour authentiques et sont de simples procédés de polémique.
Il en va tout autrement de notre écrit, dont la forme est, comme le dit le P. Delehaye, « calculée pour obtenir créance auprès du peuple ^ » C'est un ordre donné par le Christ, rédigé par lui en lettres d'or ou avec son sang, un ordre accompagné de menaces terribles. Elle est portée sur la terre par l'archange saint Michel, ou bien elle tombe du ciel, sur le tombeau de saint Pierre, à Rome, à Jérusalem, ou encore à Betbléhem. Elle a essentiellement pour objet l'observation du dimanche, mais elle joint d'autres préceptes à cette recommandation principale: m;iximes de morale générale, ou points de discipline religieuse. Ces préceptes s'accompagnent de sanctions pour le cas où les fidèles les observeraient avec une rigueur insuffisante. S:i lettre accumule d'effrayantes visions de maladies, de guerres, de fléaux prodigieux; le Christ se montre souverain impatient d'être obéi, résolu à toutes les violences pour obtenir la soumission, farouche justicier bien éloigné de la douceur évangélique 1 Le cadre de la lettre est formé par un prologue, où les circonstances de la promulgation sont minutieusement rapportées, et par un bref épilogue. Quelques anathèmes, à l'adresse des lecteurs trop peu crédules, garantissent l'authenticité de l'écrit.
II. Histoire littéb.^ibe. Textes occiDENT.iUx. — Nous ne pouvons, en l'état actuel de nos connaissances, déterminer ni fauteur, ni la date, ni le pays d'origine, ni le contenu primitif de la lettre du Christ. Les
^ Acta sanct-t octobr. t. i, p. 525. — ^yqy j'art. de dom Leclercq, Abg.ir (La /égende d'), dans Dicdonn., t. i, col. 87-97. — ^W. Wattcnbach, Ueber erfundene Briefe in Handschriften des M ittelalters, besonders Teufelsbriefe^ dans Siizungsberichte der K. P. Akademie der Wissens. zu Berlin, 1S92, p. 91-122. — * Cataîogns testium veritatis... ctim prïrl'atione Matthiœ Ftacii lUyrici, Bâle, 1556, p. 945. — *H. Delefiaye, \ole sur la légende de la lettre tombée du ciel, dans le Bulletin de la classe des lettres de l'Acadéniie de Belgique, Bruxelles, 1899, p. 173. — 'Cari Schmidt, Fragment ciner Schrift des Màrtyrer- Bischofs Petrus von Alexandrien, in-S», Leipzig, 1901, 50 p., dans Texte und Untersucbungen, nouv. série, t. v, fasc. 4. p. 2. — ' Voir le compte rendu [de
critiques les plus compétents la croyaient venue d'Occident, peut-être d'Espagne, jusqu'à une récente découverte qui permit de la considérer comme née en Orient.
L'érudit allemand Cari Schmidt, croyant découvrir un écrit du martyr saint Pierre d'Alexandrie ', a mis la main sur un fragment d'un texte étroitement allie à la lettre du Christ, et d'où peut-être celle-ci dérive '. De fait, nous ne connaissons de la lettre du Christ aucune recension d'une couleur aussi antique que ce soi-disant écrit du célèbre martyr. Nous y trouvons les recommandations ordinaires (observer le dimanche, faire l'aumône, éviter les travaux non indispensables) accompagnées des menaces habituelles. 11 est malheureusement impossible d'attribuer cet intéressant fragment à l'évêque martyr, et de lui assigner une date aussi reculée que le début du iv= siècle. Comment admettre que Pierre se soit lui-même proclamé « associé à la passion du Christ, « ■/.oivuvo; Trâv 7raf)r,(iiTa-v toû Xpi'<r:o-j, puisqu'il n'a pas pu écrire après son propre martyre/? Il est non moins inadmissible que Pierre soit l'auteur d'un document dans lequel une voix l'appelle" le dernier des martyrs. » Cette expression a été en réalité empruntée aux Actes, qui contiennent l'antithèse : -i-oi; if/r, i-oTTciAM'/, 7;îTpo; T»"/,o: aipTJpwv. Enfin, pourquoi parlerait-il, sous Maxime, plusieurs années après l'abdication de Dioctétien, de la persécution {c:M-;[j.oi) de celui-ci"?
Quel qu'en soit l'auteur, cet antique écrit n'en présente pas moins de telles analogies avec les lettres du Christ qu'il peut en être considéré comme la source. Il est remarquable qu'il soit resté longtemps sans descendance en Orient, car tous les textes orientaux de la lettre du Christ dépendent incontestablement d'un original grec, et cet original grec d'une source latine. C'est en latin que nous trouvons les traces les plus anciennes de notre apocryphe, à part le pseudo-Pierre d'Alexandrie. C'est bien notre écrit que vise Licinianus «, évêque de Carthagéne, dans une lettre adressée à Vincent ', évêque de file d'Ebusus ">, et qui remonte à la fin du vi= siècle. Cette lettre contient d'ailleurs une vive critique de l'apocryphe. L'évêque observe que l'Ancien et le Nouveau Testament ne parlent jamais de pareils miracles. Dieu n'envoya jamais de lettres aux prophètes et aux apôtres : His non litteras transmitlebat e cœlo, sed Spiritii Sancto eonim corda rcplebul ='. Cette lettre n'a pas pour auteur le Christ, mais un homme : Licinianus n'a pu se retenir, dans sa juste colère, de la déchirer et de la jeter à terre : Nec dignum diicens nœnias ipsas pertegere, statim scidi, et eas in lerram projeci, admirons quod his credulus fueris... nescio cajus liominis litteras sub nomine Chrisli fadas.... ubi nec sermo elegans, nec doclrina sana poleril reperiri.
Cette lettre recommande une stricte observation, du dimanclic; ce n'est que du judaïsme : hoc dicit, ut nos judaizarc compellat. Sous la nouvelle loi, le dimanche n'exige pas, comme le sabbat des Hébreux, l'abstention de tout travail. L'évêque se montre
H. Delehaye] ânns Analeclalmllandiana, 1901, t. xx, p. 101- 103. — 'On trouve Licinianus mentionné en 581, comme évêque de Carthagéne et scriptorcccZesins/iciis, dans Gams, Séries episcoporum, p. 23. — • Vincent est mentionne comme évêque d'Ebusus en 591. Gams, op. cit., p. 40. La lettre en question se trouve dans un ms. de l'église de Tolède, publié par Joseph Saenz de Aguirre, Collectio maiinia eoncitionim omnium Hispania', 1" éd., Rome, 1693: 2'' éd., Rome, 1753, t. III, p. 317. — "Ebusus-Ivlza, entre le cap Saint- Martin et les Ba'.éares. Cl. P. Range, Die Lieder und \îelodien der Gcissler des Jahres 1349, Leipzig, 1900, p. 148. — "Citations d'après P. L., t. lxxii, p. 699, Epistola ad Vincentium episcopum EbositaniB insular.
CHRIST (LETTRE DU) TOMBÉE DU CIEL
vraiment très large : si les Iklèlcs ne vont pas à l'Église, mieux vaut qu'ils emploient le dimanche à faire œuvre utile : Utinam populux christianus si (lie ipso ecclesiam non frcqiienlat, aliquod opcris facercl, et non sallarct. Jardiner, voyager même, tout cela est permis, et vaut mieux que les divertissements grossiers, comme la danse : ballare... et membra a Deo bcne condila sallimdo maie lorquere.
Vincent Licinianus fait certainement allusion ici à une lettre du Clirist sur l'observation du dimanche. Retenons un détail fourni par le titre de son épître : Epislola... contra cos qui crcdebant epistolas de cselo cecidisse in memoriam sancti Pelri Romœ; l'écrit du Christ serait tombé à Rome, sur l'autel de saint Pierre.
C'est encore du même apocryphe qu'il est question en 745, au conciledeLatran tenu parle pape Zacharie. Saint Boniface avait porté plainte auprès du souverain pontife contre un évèque hérétique nonmié Adelbert (ou Aldebert), qui se servait, pour accroître sa popularité auprès du bas peuple, d'une lettre soi-disant écrite par le Christ. Le début de ce document a été conservé', mais le reste manque. 11 faut remarquer dans l'incipit une double indication de lieu, qui prouve la contamination de deux sources primitives distinctes : la lettre tombe d'abord à Jérusalem, mais elle passe ensuite de mains en mains, de pays en pays, et arrive enfin à Rome, ad locam sepulchri sancti Pétri, ce qui est conforme à la localité mentionnée par Licinianus, on l'a vu plus haut.
C'est Baluze qui nous fournit ^ le texte le plus ancien où la lettre du Christ soit contenue sous une forme à peu près complète, malgré un certain nombre de lacunes. Il se trouve dans un manuscr.t de Tarragone, publié par Baluze d'après les papiers de Pierre de Marca, puis reproduit par Fabricius ^ Knorrn ', etc. Baluze lui assigne la date de 78S, mais Hauck ' croit que les détails conten s dans la lettre ne permettent pas de l'attribuer à l'époque carolingienne '.
Sel n l'incipit, a lettre est tombée du ciel près de la porte d'Éphrem, à Jérusalem; après la découverte, quinze évëques se réunis ent pour jeûner, veiller et prier ensemble. Ils lisent ensuite au peuple assemblé la lettre miraculeuse, dont voici l'analyse. C'est une suite de prescriptions accumulées sans ordre et mêlées de menaces, rédigées dans un latin étrange, qui veut être cité tel quel. Le dimanche.il faut laisser de côté tout travail, ne pas s'occuper des troupeaux, ne pas envoyer les bœufs aux champs : nihil (diud opérantes in die duminico nisi ad ecclesiam concarrere el solemnitatis Dni aiidirc. Après le précepte, la menace : Ponite, miseri, morteni anlc oculos vestros die noctuque... Quod si non cuslodicritis, miiiam super vos lapides calidos, ifincm el flammam produccntes, cum maqno pondère... serpentes pinnalas matas el pessimas. D'autres prescriptions viennent ensuite, qui montrent que le paganisme survivait à côté de la religion du Christ : Qui dissimalavcrit ad fontes aut ad arboribus, aul ad pelra fuerit inventus sacrifiearc aut ad sepulcra morlaonim prccsumpserit ineantare... anatliemabo cum... A l'église même, les convenances exigent une
tenue recueillie, anathème à celui qui pnesumat fabulare, aul sedere, aul ante niissa egredere, donec compleantur sollemnia.
Voici les raisons, traditionnelles dans l'Église, pour l'observation du dimanche : Cruciftxus fui propter vos et resurrexi die dominica..., et poslea Adam de limo terra' plasmavi et die dominico sanclifieuvi...
Enfin viennent, sous forme de conclusion, les reconuiiaiulations sur la lecture de la lettre et la foi qu'il faut lui accorder. Le Christ ordonne aux prêtres et aux diacres qui trouveront la lettre de la lire en public : et omnis qui hoc audierit, el non crediderit, anatliema sil. L'authenticité divine de la lettre est solennellement affirmée : Xon fuit ab homine scripta, neque ab angelo, neque ab arcliangelo nisi de verbo meo el de suavitate mea, quia vera est scripta, cl a supremo tlirono Iransmissa luit, ut credatis. A toutes ces injonctions s'ajoute la menace d'un châtiment prochain, dont la date est précisée : Si vos emendare noluerilis, purate vos ad pœnam mcnst^ novembris; et l'avertissement divin est d'autant plus terrible qu'il ne se renouvellera pas : Juro vos pcr epistolam islam quia aliam vobis nunquam miltam anlequam veniat judicius meus super vos.
Tel est cet apocryphe où la barbarie de la forme ne le cède en rien à la banalité du fond. Si nous ne pouvons dire de quel milieu il est issu, il est facile, au moins, de voir à quels chrétiens il s'adresse, à des paysans, comme le montrent les allusions aux sources, aux arbres, aux rochers {ad fontes aul ad arboribus, (ait ad pelra), à des paysans à peine sortis du paganisme et dont le christianisme est resté presque païen. La religion du Clirist dut, pour réformer les âmes, tenir compte de leur complcxion et s'y accommoder dans quelque mesure. Ici la fin justifie les moyens. Il fallait parler fort pour être entendu. L'observation du dimanche était i our le clergé le moj-en d'entrer en contact avec le peuple fidèle et d'exercer une influence salutaire. Les choses n'ont pas changé, mais il n'est point besoin, dans une civilisation moins arriérée, de faire usage de moyens violents, de menaces et d'une supercherie grossière qui prête au Christ le langage d'une humanité ignorante.
Quant au milieu où la lettre d.i Christ a pris naissance, il est impossible d'en rien dire. C'est sans preuve que Lccwenbruck attribue à .\delbert la lettre publiée par Baluze ', car nous ne pouvons pas savoir si .\delbert est l'auteur de l'écrit condamné au concile de 745, ni si cet écrit, qui ne nous a pas été intégralement conservé, est le même que celui de Baluze.
Nous allons maintenant passer en revue les autres textes latins de la lettre.
Un texte a été publié par .\maduzzi *, d'après un manuscrit de Todi, du xii= siècle, où l'introduction manque. Nous ne savons pas en quel lieu l'épitre est tombée. Il s'agit de l'observation du dimanche, entre la neuvième heure du samedi et la première heure du lundi.
SUaphorst a publié », d'après un manuscrit de Hambourg, probablement du xv« siècle, un texte
' Hefele-Leclereq, llisloire des u'onciles, t. m, p. S7S. — ' Capitiilariu regum Frajicoriim, Paris, 1780, t. ii, p. 136P- 1399. — 'Cml. apomiph. \uv. Test., t. l, p. 309-313. — * J. F. Knorrn, Dissertatio tiislorico-lheoîogica qua de libris et epistolis cœlo et infcrno detdtis... publiée diaquirct, in-l*^, Helmstadii, 1725. — <• Kirchei^fjeschicltte Deiitschlunds , 2' éd., t. I, p. 538 sq. — " L"n capitulaire de Charlemagne de l'an 7S9(.\/oni(m. Germ. hist., Capiliit.. édit.BoTcliuf,, t.i, p. 60) mentionne mie lettre tombée du ciel, sans la caractériser avec précision : epislola pessima et fatsissima, quam iransacto (aitin dieclmiit aliqui errantes el in errorem alios miUenles, qnod de cela cecidisset. Cette mention est peut-être
DICT. D'aRCH. CllBÉT.
la source utilisée par Baluze pour dater son dociunenl, mais il n'en dit rien. La coïncidence est cependant assez frappante pourautoriser cette supposition. Ce capitulaire prouve au moins que des écrits analogues étaient alors en circulation, et assez nombreux. — ' Vacant-Mangenot, Dictionnaire de Ihéotogie, art. Adalhert,l. i, col. 367. — ^Anecdola e.r 7Ï1SS. eodicibus erula, Roniïe, 1773, p. 69-74; reproduit dans Migne, Encijcl. Uiéolaijiqnc, t. x.xiv. Dictionnaire des apoerypites, 1858, t., il. p. 307-369. — « lliimhargisclie Kirchenneschicltle, 1727, part. I, t. m, p. 345-347; Kôrriclit, Ein i lirief Cltrisli ; dais Zeitsclxrift jur Kirchengescbichie, t. Il, p. 440-442.
CHRIST (LETTRE DU) TOMBÉE DU CIEL
apparenté à celui de Todi, mais plus complet et plus lisible. Ce manuscrit recommande l'abstinence du vendredi, avec l'observation du dimanche.
Sauf la mention de l'abstinence du vendredi, le texte de Slaphorst se retrouve dans le manuscrit de Munich, lat. 9550, provenant d'Ober-Altaich, et remontant probablement au xi'' siècle'. 11 a été publié par H. Delehaye, dans son beau travail, déjà souvent cité dans cet article ^. L'observation du dimanche est prescrite, comme dans les deux derniers manuscrits : de hora nona sabbali iisque ad honim primam secundœ feriœ. D'ailleurs cette observation du dimanche est très stricte, plus stricte que les canons des anciens conciles sur la matière; il est interdit de voyager le dimanche, sinon pour se rendre à l'église ou pour accomplir des œuvres de charité, tandis que le tait de voyager constitue, suivant de nombreux textes conciliaires, une excuse suffisante de l'absence au service divin du dimanche.
Le manuscrit latin 12270 de la Bibliothèque nationale de Paris, provenant de Corbie, contient (fol. 31 \°-Z2 V") une longue recension de la lettre du Christ. L'écriture est du y.n" siècle. L"n préambule raconte l'arrivée miraculeuse de l'épitre céleste ', qui tombe à Jérusalem et parvient à Rome. Cette double indication de lieu se trouve déjà, on l'a vu, dans la lettre d'Adelbert, et marque le mélange de deux recensions.
Un autre manuscrit du xii'' siècle, provenant aussi de Corbie (Bibl. nat., fonds latin, 12315) contient (fol. 37 v"'-40) un texte beaucoup plus étendu encore. C'est, d'après le P. Delehaye, la même recension qui se retrouve dans le manuscrit latin 5302, fol. 52 V-ôy.
Le manuscrit du Vatican (Reij. 852) du x= siècle (fol. G V") porte le titre : Incipil epislola Salvaloris Domini noslri. mais le texte qui correspondait à ce titre a été elfacè, et remplacé par un autre qui n'a rien à voir avec lui ^
Le P. Delehaye signale encore une recension toulousaine de la lettre du Christ °. Elle a été publiée par M. Rivière ' en 1906. Elle remonte au yiiw siècle. La durée du dimanche est définie, comme nous l'avons déjà vu : ab hora nona sabbali usque in diem lune lucc clora coruscanli. Outre la célébration du dimanche, cette recension prescrit, pour le vendredi, la prière, la récitation des litanies, le jeûne; elle prononce l'anathème contre qui recevra l'eucharistie avec des sentiments de colère contre son prochain, etc.
D'autres manuscrits ont été signalés par divers auteurs :
British Muséum : addit. n. 197 25\ et 30i53, fol. 231- 232' Ce dernier remonte au plus tard au xii<' siècle. En voici Vincipil et la conclusion :
Incipil epislola sancli salv<iloris que direcla esl a domino et invenla est super altarc sancli bauduli in civilate nimasa. Amen dico vobis quia misi super populum brucos et locustas et non cognoverunl me...
...Xam iuro ego pelrus episcopus de eivitale nimasa omnibus legentibus liane œpislolam... et inveni liane epislolam. — Le personnage qui prétend avoir trouvé la lettre se nomme Pierre, cvêque, et son siège est nommé : c'est celui de Nîmes. C'est sur l'autel de saint Baudile que la lettre est découverte. Dom Morin identifie cet èvèque avec Pierre Ermengaud, évêque de Nîmes, vers 1080- 1C95, qui donna l'abbaye de saint Baudile aux moines de la Chaise -Dieu. Voici d'autres manuscrits : Munich : n. 21518 et 14673; Vienne : n. 510 (Hist. prof. 654); British Muséum: addit. mss. n. 16587 et 23930".
Le manuscrit n. 27.57* de Munich a été public par R. Priebsch, parce que c'est lui qui présente le plus de ressemblance avec le poème en vieil allemand : Diu Vrône Bolschafl^'. Peut-être la chronique de Sigebert de Gembloux ". qui parle d'une lettre céleste, fait-elle allusion à notre document. Mais le CItronicon S. Maxentii, ad ann. 1110, mentionne expressément la lettre en ces termes : Epistulam ferunt descendisse in Jérusalem de cœlo de die dominica et observatione eius^-. Au commencement du xm" siècle, Eustache, abbé de Flay, en Normandie, prêcha en Angleterre la stricte observation du dimanche, et employa, à l'appui de sa prédication, un ordre venu du ciel, qui n'était autre que la lettre du Christ". Ce texte se rencontre également, isolé, dans le manuscrit du British Muséum, addit. 6716, xv" siècle, fol. 72-73 v".
D'ailleurs, on trouve déjà dans les sermons de "Wulfstan, archevêque d'York (1002-1023), la mention de cette épitre trouvée à Saint-Pierre de Rome et écrite en lettres d'or'- et l'on connaît depuis longtemps un texte anglo-saxon de la lettre >^.
Au xiv<ï siècle, nous voyons que la secte des flagellants a adopté la lettre du Christ ". Elle est contenue dans un manuscrit de la chartreuse d'Erfurt''.
Cette recension se trouve dans deux versions allemandes, l'une en prose, insérée dans la chronique de Strasbourg de Closencr ", et l'autre, rimèe dans le ms. 1953 de Vienne, publié par M. Haupt ".
En 1604 fut imprimée à Cologne une lettre céleste, en allemand, identique en substance aux lettres latines que nous avons passées en revue au cours de ce travail. Il existe aussi une recension islandaise de la lettre du Christ ^°, qui porte la date de 1648, et qui, en plein xix'' siècle, servait encore aux femmes islandaises de talisman coirtre les maux de toutes sortes^'.
D'autres épitres célestes ont été imprimées en allemand, au xix= siècle --.
Enfin H. Delehaye mentionne et publie "la Copie d'une lettre miraculeuse écrite (wec le sang du Clirist, qui ne concerne pas l'observation du dimanche mais exprime sous la forme traditionnelle, avec la menace du châtiment pour une date précise. « en 1799 », quelques reconnnandations de morale générale. Cette lettre fut signalée au gouvernement français par les agents du Directoire en Belgique, où elle circulait.
* Catalogiis cod. latinortim biblivthecœ regiœ Moiiacensis, Monachii, 1874, t. ii, p. 102. — ^Loc. cit., p. 179-181. — 'H. Delehaye, toc. cit., p. 181-184. — «V. W. Schmitz, Tironisclie miscellen. I. Vom Himmel ge/allene Brie/e, dans Xeues Arcliiv, t. xv, p. 602-605, et Sochmals ein vom Himmel gefullener Brie), dans le même recueil, t. xxni, p. 762-763. — ' Op. cit., p. 186. — ' Revue des questions historiques, t. Lxxix, p. 600-605. C'est le ms SOS de Toulouse (anciennement ;/;, 13-5), fol. 101-104. — ' Karl Hampe, A'ciics Arcltiv, 1896, t. xxii, p. 644. — »D. G. Morin, A propos du travail du P. Delehaye sur la lettre du Christ tombée du ciel, dans Revue bénédictine, 1899, p. 217. — »R. Priebsch, ûi» \'rône Botschaft :e der Cliristen ftei/ [Le pieux message à la chrétienté], Graz,1895. — "0/j. ci(., p. 41- 70. — "H. Delehaye, toc. cit.,p. 186. — "Bouquet, Historiens des Gaules, t. xii, p. 405. Cf. Rôhricht,f;csc/ii'i-;!(e des Kùnigrcictis Jcrus(dem (1100-1201), Innsbrûck, 1S9S, p. 84. —
'^ Stubbs, CItronica mugi.slri Rogerî de llovedene,t. iv, p. 167.
— '*.\. Xapier-Wulfstau, Saundung engtiscfier Dent^màler, Berlin, 1883, t. iv, p. 226,215. — '• Hicl;es, An/iQua' lilleraturœ septentrionalis liber aller, O.vonii [Oxford], 1705, p. 95.
— "H. Delehaye, op. cit , p. 189. Cf. P. Runge, Die Lieder der Geissler, Leipzig, 1900, qui contient, sur la lettre <Iu Christ, une étude de H. Pfannensehmid. — *'Cf- A. Stumpf. Historia flagellantium, lïiiblié dans les \eue Mittheilungen de K. E. Forstcmann, 1835, t ii, p. 27. — " Strassburgische C/ironifc, Stuttgart. 1842 — " Alldeutsche Blàtler, Leipzig. 1840, t. II, p. 241-264 Le ms. est probablement du xiv« siècle, d'après H. Delehaye — ="V. Jon .\rnason, Islenzkar thjodsoijog Aefintyri, Leipzig, 1864, t. n. p. 53-55. — " K. Maurcr, IslUndische ^'olkssagen der Gcgenivart, Leipzig, 1860, p. 20. — -'-I Straekeijan, Abergtuube und Sagen aus dem Herzogtiim Oldenbury, Oldenburg, 1867, t. i, p. 59-64.
— »» Op. cit., p. 194 sq.
15 il
CHRIST (LETTRE DU) TOMBÉE DU CIEL
m. Textes orientaux. — C'est peut-être en grec, nous l'avons vu, que notre document a été composé sous la forme la plus ancienne. Mais, par un hasard singulier, toutes les lettres du (Uirist complètes qui nous ont été conservées en grec sont postérieures à certaines de nos lettres latines. Comme d'ailleurs toutes les versions orientales dépendent du grec, il est facile de s'expliquer pourquoi les critiques se sont accordés à placer en Occident le lieu d'origine de la missive céleste. 11 est important de remarquer sur ce point la modification apportée par la découverte de Cari Scluuidt dans les vues du P. Delehaye. Dans son article de 1899, le savant bollandiste admet l'origine occidentale de notre apocrypiie. Dans sa rccension de 1901 il le transporto en Orient, au moins sous une Forme embryonnaire.
Nous allons, d'après la belle publication de M. Bittner ', passer en revue les textes orientaux de la lettre du Christ.
1° 2'exles grecs. — a. Publié par Vassiliev, Anccdola grœco-byzantina, Moscou, 1893, p.'23-'i8, d'après le ms. de la bibl. Barberine, III, 3, fol. 55-65, année 1497, et le cod. Vcnel. S. Marci 38, class. VII.
ai. Cod. 925, p. 548-561, de la Bibl. nat. (xV^siécle).
a-2. Cod. 947, fol. 21-'26, portant la date 1574.
[i. édité par Vassiliev, loc. cil., p. '28-3'2, d'après le cod. C(tsan<densis, Rome, G. VI, 7, fol. '27-37 (xvi» siècle). « Qaod idem in cod. Tdiirincnsi IJ.lb. II, 1, xv« siècle, fol. 103 exstat, » comme l'écrit Vassiliev, p. xiii.
pi. Texte parallèle à |i, mais d'une langue plus ancienne. Ms. de Carpentras. V. Lambert, Catalogue des manuscrils de la bibliolhèijuc de Carpenlras, 1862, t. I, 56, n. 120. Le commencement et le verset ii. 30 (d'après Lambert), se trouvent aussi chez Rohricht ; Ein Bricj Christi, dans Zeilschrijl jiir Kirchengeschichle, t. ii, p. 437.
(3 2. Oxford, bibliothèque Bodléiennc, Hunlingloji ■ÎS.3; le commencement a été publié par Fabricius, Cod. apocr. A'. T., IIP part., p. 511-512.
g 3. CoUegio Greco, à Rome, IS, chart. sœc. xvi.
p V. Bibliothèciue Ambroisiennede Milan, Ii6, chart. ssec. XVII.
7. Manuscrit rapporté par H. Pernol de Pyrghi (Chio), où se trouve une recension de sa Descente de lu Vierge (Uix en/ers, Paris, 1900. D'après Pernot, « le ms. est de date très récente, à en juger par l'écriture. »
D'après une brochure parue à Athènes en 1894 :
^ Les lettres y et yi désignent des textes grecs 1110dcrncs. Des textes en grec ancien, les uns (o<,ai,a-2) font tomber la lettre à Rome, les autres à Jérus.ilem. 11 est malheureusement impossible de reconstituer un te.xte grec primitif; chaque manuscrit fournit pour ainsi dire un texte spécial.
2° Textes urménicns. — Manuscrits de hi bibliothèc[ue des Méchitaristes à Vienne, décrits d'après le Cuhdogue de P. Jacob Dashian :
.\. 63. D'une grosse écriture analogue aux caractères d'imprimerie modernes, du xv ou xvi" siècle. Le texte, sur deux colonnes, occupe les fol. 32 a-36 b.
B. 137 (année 1114, c'est-à-dire 1665 de notre ère). Le te.xte, abrégé, d'une écriture courante, oecu])e les fol. 4'29 é-432 b.
C. l-l-l. Grosse écriture du xvir' ou xviir siècle. Fol. 193 0-201 *.
D. 191 (année 1137, 1088 de notre ère), copié par
un certain prêtre Minas, de Constantinople. Petite écriture cursive. Fol. 88 6-102 b.
E. 39.i (année 1013 = 1564), écrit par le prêtre Martyres. Fol. 59 a-72 b.
F. 524, du XV ou xvi= siècle. Fol. 48 n-G2 *.
G. -535 (année 1020 = 1571) écrit par Martyros, connue le 395.
Manuscrits de Venise, conservés à San Lazaro :
H. 1335. Écriture ronde, le ms. lui-même est de 1371, la lettre se trouve en appendice, copiée par un scribe nommé Wartan, en 1600.