SERVANT
CRISANTI DARIAENVNCVENERANDVSHON OR
EFFERA QVEM RABIES NEGLECTO IVRE SEPVL-
[CHRI SANCTORVM IN TVMVLOS PRAEDA FVRENTIS
[ERAT' PAVPERIS EX CENSV MELIVS NVNC ISTA RE-
[SVRGVNT DIVITE SED VOTO PLVS PLACITVRA DEO PLANGE TVVM GENS SAEVA NEFAS PERIERE
[FVRORES CREVIT ET IN TEMPLIS PER TVA DAMNA DE-
[CVS
» Ici. d'un mérite égal, les deux noms de Chrysanthe et de Daria gardent leur tombeau. Maintenant, on peut le vénérer de nouveau; mais naguère une rage impie, méprisant la religion des sépulcres, avait fait des tombeaux des saints la proie de sa fureur. .\ujourd'hui, ils se relèvent plus beaux, grâce à l'argent d'un pauvre, qui plaira mieux à Dieu qu'une riche offrande. Pleure ton crime, ô race cruelle : tes fureurs ont été vaincs, et l'on a vu croître la gloire des sanctuaires dévastés par toi. >
Ces paroles font allusion aiLX restaurations opérées après le siège de Rome par Vitigès, en 539. Les Goths avaient pénétré dans plusieurs catacombes et y avaient dévasté les tombeaux des saints. Ecdesise el cnrpora marlijnim sanclorum exterminala sunt a Gothis, dit le biographe du pape Silvère -. Ses successeurs Vigile^ et Jean III s'efforcèrent de réparer les dégâts. Vigile fit faire dans la crypte des saints Alexandre, Vital et Martial, sur la voie Salaria Xova ' et dans le cimetière des saints Pierre et Marcellin, sur la voie Labicane^des copies d'inscriptions damasiennes dont le marbre avait été brisé. L'épitaphe métrique de saint Eusébe, œuvre de Damase, fut de même recopiée dans le cimetière de Calliste : on possède la copie el des fragments de l'original ". Vigile fit aussi restaurer la chapelle sépulcrale de saint Hippolyte, sur la voie Tiburtine'. Parmi les restaurations de ce temps, on connaît encore, par des inscriptions commémoratives, celles <iui furent faites au tombeau de saint Diogène, sur la voie Salaria Vêtus ', et celle qui nous occupe, au tombeau des saints Chrysanthe et Daria. A cette dernière, œuvre d'un généreux chrétien, est consacré le petit poème épi,graphique qu'on vient de lire. On l'avait longtemps cru de Damase, et l'on imputait aux pa'iens les dévastations dont parle le poète '. De Rossi a corrigé cette attribution vicieuse en rapprochant l'inscription du tombeau des saints Chrysanthe et Daria d'autres inscriptions semblables relatives à la réparation des ruines faites au vi« siècle par les Goths dans les cimetières chrétiens '».
.\ la suite de cette inscription, le sylloge en reproduit une autre, qui est bien, elle, du pape Damase, et qui contient l'éloge de nombreux martyrs anonymes. Selon toute apparence, c'est l'inscription en vers qui, d'après Grégoire de Tours, fut placée au-dessus
p. 100, 137: Ronid sollcrranea, t. i, p. 217, 21S. — ' Ronia sotlerranea^ t. i, p. 218. — * Ronta solterranea, t. ii, p. 195- 201 et pi. m, IV ; Bull, di archeologia cristianii, 1873, pi. .\ii; \uovo buU. di (L'di. crist., 1908, p. 253. — 'Bull, di arch. cn's/., 1S82, p. 59-66. — * Inscripliones clirisliana' urbis Romie, t. Il, p. 83, 100. — > Sarazani, Damasi carmina, p. 94; Mercnda, Dainusi opéra, p. 236; Ruinart, Greg >rii TuroTï?nsis opéra, p. Ï3\5. ^'^ BullHitw di arch^olujia cristiana, 1873, p. 47.
CHRYSANTHE ET DARIA (SAINTS
de la li-ncslella ilonnant vue sur les reliques des pèlerins emmurés ' :
[PVLCRVM SANCTORVM QVICVNQVE LEGiS VEN ERARE SE- NOIVIINA NEC NVMERVM POTVIT RETINERE VE-
TVSTAS ORNAVIT DAMASVS TIT VL VM COGNOSCITE REC-
[TOR PRO REDITV CLERI CHRISTO PRAESTANTE
ITRIVMPHANS MARTYRIBVS SANCTIS REDDIT SVA VOTA SA-
iCERDOS
■■ Nous tous qui lisez, vénérez le sépulcre des saints. La postérité n'a pu retenir ni leurs noms ni leur nojubre '. Sachez que le pape Damase a orné 'eur tombeau. Triomphant du retour de son clergé, obtenu par l'aide du Christ ', le pontife rend ses iiommasies aux saints martyrs. »
L'ordre dans lequel le sylloge de Corbie reproduit ces inscriptions semble indiquer celui dans lequel on visitait les tombeaux des martyrs de cette partie de la voie Salaria : d'abord la sépulture des soldats, puis celle du groupe dont faisait partie Maurus, puis celle de Cluysanthe et Daria, enfin la crypte des emmurés. Ajoutons ciue l'absence de tout détail précis (saut l'allusion aux duces) dans les trois inscriptions composées par Damase pourrait faire croire qu'au temps de ce pape (366-384) aucune Passion de Chrysanthe, Daria et leurs compagnons n'avait encore été rédigée; mais ce style vague et impersonnel est si fréquent dans les épitaphes damasiennes qu'on n'en peut tirer avec certitude aucune conclusion.
On ne connaît malheureusement iiue par les témoignages écrits ces illustres sépultures. Les cimetières contigus et réunis de Thrason et des Jordani sont mélangés à des arénaires ou carrières de sable, qui interrompent souvent le réseau de leurs galeries, ce qui « en rend le plan fort dillicile à lever'. » C'est bien la région indiquée par les documents, où il était facile d'enterrer vivants les martyrs sous une masse de sable, ou d'obstruer l'entrée des cryptes dans lesquelles ils priaient. Mais préciser l'endroit où furent les tombeaux que visitaient les voyageurs du vu" siècle ou les collecteurs d'inscriptions du viii'' parait aujourd'hui impossible. On l'espérait encore il y a quarante ans. J'en trouve la preuve dans une page curieuse de M. De Rossi, que je transcrirai ici parce qu'elle est à peu prés inconnue, étant tirée d'un livre qui est devenu d'une extrême rareté :
« Nous savons par l'iiistoire et les inscriptions ([u'au iv siècle et même au vi" on voyait encore, de la voie Salaria et à travers une fenêtre, le spectacle des saintes assemblées des jours de la persécution; car les pa'iens ayant surpris un certain nombre de (idèles réunis dans la crypte des martyrs Chrysanthe cl Daria, la porte en fut murée, les issues furent obstruées, toute l'assemblée périt étouffée au moment même de la célébration des saints mystères. Le pape Damase, au iv siècle, retrouva cette crypte, et n'osa pas toucher à ce monumeni unique en son genre, à cette Pompéi clirétienne. Il ht ouvrir une fenêtre, d'où l'on |)ouvait jouir de la vue de ce sanctuaire
' Jimsit ttiliycntius (iperiri fencxtram, iihi et versibus decorauit loaim. De gloriii nmrltjnim, i, 3S. — - C'est cette expression que traduit la Xotilia portarimu viarum, ecclesiarutn par ce mot ; et atii innumerubileSj et plus naïvement i' Inilcx nleoriim par : et alii xancti mulla miltia. Rotna sotleridimi, t. i, p. 176, 177. — ' Allusion à la fin des dissensions (lui troublèrent l'Église de Home après l'clection de Uamasc. I>o Rossi, Huit, di iirclwologia cristianu. 1883, p.G3; Ronui sollerranen,t. i, p. 213. — ' Alarucehi, Ëlémenls d\trchcol vltrét., t. ii. Les catacombes, p. 309. — ^ Rome
souterrain, et il la décora d'une grande inscription historique. L'on voyait le pavé couvert de squelettes d'hommes et de femmes de tout âge; le tombeau des martyrs portait encore les vases d'argent qui avaient servi à l'oblation et à la communion de la sainte eucharistie. Peut-être un jour retrouverons-nous les ruines de cette crypte avec quelques fragments de son inscription historique; peut-être reconnaîtronsnous la fenêtre par laquelle nos ancêtres contemplaient un spectacle si émouvant et assistaient, pour ainsi dire, à une messe célébrée dans les catacombes au III' siècle. Cette espérance est fondée; j'oserais presque dire : elle sera remplie^. »
La prophétie, malheureusement, ne s'est pas réalisée. Des fouilles furent faites en 1872, dans une partie d'arénaire transformé en cimetière, qui devait être peu éloignée du lieu où fut la crypte de Chrysanthe et Daria; mais les travaux, entrepris pour réparer des dégâts causés par des ouvriers qui travaillaient au-dessus, et rendus très difTiciles par la nature du terrain, ont été circonscrits dans un petit espace, et n'ont pas amené la découverte du célèbre sanctuaire. Parmi les inscriptions ou fragments d'inscriptions qui ont alors été mis au jour, aucun n'a de rapport avec les textes épigraphiques que nous avons reproduits «.
Les reliques de Chrysanthe et de Daria paraissent avoir été transportées de bonne heure dans l'intérieur de Rome. On sait qu'un des papes qui firent le plus largement ces translations fut Paul l". Dans une constitution datée du 2 juin 761, il déplore la ruine de la plupart des cimetières souterrains, dévastés pendant tant de sièges, et récemment par les Lombards. « J'ai cru bon, avec l'aide de Dieu, d'en retirer les corps des martyrs, des confesseurs et des vierges du Christ, et, au milieu des hymnes et des cantiques spirituels, je les ai transportés dans cette cité de Rome, et je les ai déposés dans l'église que j'ai récemment construite, en l'honneur de saint Etienne et de saint Sylvestre, sur l'emplacement de la maison où je suis né, où j'ai été élevé, et que mon père m'a laissée en héritage '. » Parmi les martyrs dont les reliques furent ainsi transportées sont Daria, Hilaria et Chrysanthe. Leurs noms se lisaient, avec l'indication d'un jour pour la célébration de leur fête, dans les deux inscriptions placées à droite et à gauche du vestibule de l'église Saint-Sylvestre-;n-Copi/t' : sur la partie réservée aux nalalitid des saintes. MENSE
MART. D' XVIII N- SCÂR DARIAE ET HILARIAE V; sur la plaque des saints, DIE XVIII ivi(artio) SS. N.
SCOR CHRYSANTHI ET THRASOTMIS ». Ces datts, comme on le ^<)it. ne concordent pas avec celles du Martyrologe hiéronymien, et doivent correspondre à celles de la translation, ou peut-être d'une commémoration particulière à l'église de Saint-Sylvestre.
Les reliques de Jason et de Maurus furent retirées de leurs tombeaux primitifs par le pape Pascal I" (817-824), et déposées par lui dans l'église qu'il venait de construire en l'honneur de sainte Praxède : leurs noms se lisent dans la longue inscription commémorant les nombreux saints qui y lurent transférés «. Celles du prêtre Diodore, du diacre Marien
dans sa grandeur, t. ii, Rome chrétienne, p. 6, X intcs, 186!). 3 vol. in-folio. La partie de ce volume consacrée aux catacombes, p. 1-12, est signée de J.-B. De Rossi. — ■ Voir sur ces fouilles Bull, di arcb. crist , 1873, p. 1-21, 43-76. — "Mai, Script, uet., t. v, p. 51. Cf. Liber ponlifir., Paulus, 4; édit. Duchesne, t. i, p. 464. — * Voir dans Sia. rucehi, Élém. d'arch chrét., t. i, p. 2.50-251, le fac-similé des inscriptions de Saint-Sylvestre, formant pour les saints et les saintes qui y sont nommés un véritable calendrier. — * Voir cette inscription dans Duchesne, LiberpontificaIii,i.n,p.G4.
CHRYSANTHE ET DARIA (SAINTS) — CHYPRE
et de leurs coinpiignoiis furent apportées à Rome plus tard encore, le 17 janvier 886, par le pape Etienne V, qui les distribua à plusieurs églises, particulièrement à celle des Saints-Apôtres '.
On remar([ucra que, dans aucun des textes que nous venons de rappeler, il n'est question de Claudius. Le .Martyrologe hiéronymien le cite avec Chrysanthe, Daria, Hilaria et Maurus au 12 août; mais dans l'indication topographique qu'il donne au '29 novembre ne se lit plus le nom de Claudius. Ce nom ne se rencontre ni dans la liste des huiles de Monza, ni dans les itinéraires, ni dans les inscriptions des cryptes, ni dans les inscriptions relatives aux translations de reliques. Faut-il croire que la Passion s'est trompée en disant qu'Hilaria recueillit et ensevelit le corps de son mari à côté de ceux de ses fils, et admettre que les restes de Claudius, que l'on nous dit avoir été noyé par le bourreau, ne furent pas retrouves, et ne purent recevoir la sépulture"?
Une question reste à examiner : l'époque du martyre. La Passion, connue le Ménologe grec =, le met sous Numérien. Elle attribue à cet empereur la mort de Claudius et de ses compagnons, de Chrysanthe et de Daria, des fidèles emmurés dans la crypte. Cette date est impossible, puisque Numérien passa tout son règne (•283-'284) en Orient, pendant que son frère Carinus gouvernait en Occident. Mais la Passion renferme une autre note chronologique, qui peut être un trait de lumière. Elle dit, dans son dernier paragraphe, que ses rédacteurs écrivirent par l'ordre du pajH' Etienne, jassu SIephani papœ. Le pape Etienne 1''' mourut dans la troisième année du règne de Valerien (2.57), après la promulgation du premier édit rendu par cet empereur contre les chrétiens. Cet édit leur interdisait de se réunir dans leurs cimetières. L'infraction à cette défense était punie de mort. L'exécution de Chrysanthe et de Daria, dans un arénaire contigu à un cimetière chrétien, et surtout la mise à mort des fidèles qui s'étaient assemblés pour célébrer le culte sur leur tombeau, sont bien caractéristicjues de ce temps et de cet édit '. L'allusion au pape Etienne, dans la Passion, peut indiquer une tradition chronologique exacte. Comment le nom de Numérien, tout à tait inadmissible, a-t-il pu être substitué h celui de Valerien"? Peut-être par une faute de copiste. Valerianus a pu s'altérer en ?\umerianus, et plus facilement encore, dans la version grecque, OYAAEPIANOC en OYMEPIANOC ou NOYMEPIANOC. Tillemont ^ les PP bénédictin.»; de Soiesmes, iteu portés à suivre aveuglément Tillemont ^ De l^ossi «, Bickersteth Birks ', Healy » s accordent à corriger Numérien en Valerien. Cependant je dois dire que le P. Bossue, dans sa préface à la Passion des saints Chrysanthe et Daria. refuse, quoique en hésitant, d'accepter cette correction ', et que M. Dufourcq explique le nom de Numérien par l'hypothèse, « assez incertaine, » d'une confusion entre le Chrysanthe et la Daria romains et des homonymes orientaux ".
Bibliographie. — Grégoire de Tours, De yloria
1 Surius, Vilse saiictorum, t. i, janvier, p. 283-284. Le récit de cette translation paraît suspect aux bollandistes. — * Ménologe de Basile, au 17 octobre. - - On a dît (Marucchî, Éléments d'archéologie clirélienne^ t. ii, p 311 . que Daria fut enterrée vivante pour la piuiîr d'avoir ^■îolé son vœu de vestale. Maïs il me parait liien douteux que le titre de vestale que lui donne la Passion soit vrai. Le supplice de Daria ne ressemble pas a celui qu'on faisait subir à la \estale infidèle. Celle-ci n'était pas précipitée tumultueusement dans uu arénaire, et écrasée sous le sable et les pierres, mais conduite en cérémonie par les pontifes au bord d'ini ca\"eau, où on \i faisait descendre par une échelle, et que l'on fennait ensuite. Le complice n'était pas enterré avec elle, comme le lue Chrysantlie,
marli/rum, i, TiS dans P. L., t. i.xxi: dans .l/o/ii;m. Germ. /list.. Script, rcnim Meroving., t. i, l'i- partie.
— De Rossi-Duchesne, Martyrologium hieronymiuniim (extrait des Acla sanctorum, novemb. t. ii), p. 105, 136, 147, 155. — Baronius, Annales ccclesiastici^ ad ann. 284, n. 6. — Surius, Vitx sanctorum, 1618, t.i, janvier, p. 283-284; t. x, octobre, p. 78 sq. — Bollandistes, Acla sanctorum, 1864, octobr. t. xi, p. 435 sq.
— Vincent de Beauvais, Spéculum hisloriah-, t. xii, p. 122. — Jacques de Voragine, Lcgenda cmrea, 1S50, p. 700. — Fabricius, Bibliotlieca grieca, t. x, p. 210. — Tilleinont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, 1706 t. iv, 3" partie, p. 1 194- 1 1 97, 1 362-1 364. — De Rossi, Roma soltcrranea, 1864, t. I, p. 176-177; 2« partie, p. 14-16; Bullrltino di archeologia crisliana, 1873, p. 1-21, 43-76; Inscriptioncs christianx urbis Romœ, 188S, t. ii, 1" part., p. 84, 87, 102, 116, 121 135. — Northcote et Brownlow, lioma soltcrranea, 2« édit., 1879, t. i, p. 155, 186.
— Paul .\llard, Rome souterraine, 2= édit., 1874, p. 133, 471 ; Les dernières persécutions du iii" siècle, 30 édit., 1907, p. 49, 76-78, 339-342. — Armcllini, Anticlii cimiteri cristicmi di Roma, 1884, p. 128-131,
— Marucchi, Éléments d'archéologie clirétiennc, 1900, t. I, p. 49, 99, 239, '250, '251; t. 11, p. 310-312. — Dufourcq, Étude sur les Gesta martyrum romains, 1900, t. I, p. 225-227.
Paul ALI..4RD.
CHRYSOSTOME. Voir S. Je.vn Chrysosto.me.
CHYPRE. — I. Age apostolique. II. Légendes : 1° Barnabe; 2" .Auxibius; 3° HéracKde; 4° relation entre ces trois légendes; 5° Mnason; 6"> Rhodon; 7° divers; 8° martyrs; 9° le tombeau de saint Barnabe. III. Au ive siècle. IV. Épigraphie. V. Orfèvrerie. VI. Bibliographie.
I. Age apostolique. — « En l'an 58 avant Jésus- Christ, l'île de Chypre, enlevée aux Ptoléinéius par la république romaine, faisait partie de la province de Cilicie. Donnée par .\ntoine à Cléopâtre et à ses enfants vingt-deux ans plus tard, elle semble, peu après le triomphe définitif d'Octave sur tous ses rivaux, avoir été de nouveau rattachée à la Cilicie. Depuis sa cession au sénat, l'an 22 avant notre ère, Chypre « fut administrée par un proprœtor avec le titre de proconsul, assisté d'un ligatus et d'un ijUœstor: après Constantin par un proconsularis^^. »La province était alors englobée dans le vaste diocèse d'Orient, dont le comte, un des premiers fonctionnaires de l'empire, résidait habituellement à .\ntioche; sa métropole civile était Paphos'-, qui a dû, semblc-t-il, conserver cette haute situation jusqu'au vi" siècle, où nous voyons Salamine-Constantia en possession de ce titre". Au point de vue civil, la grande île de la Méditerranée orientale a donc des attaches on ne peut plus étroites avec la métropole de la Syrie, Antioche, dont la prépondérance n'est guère alors balancée que par l'inllucncc d'Alexandrie ". »
Au point de vue ecclésiastique, les Cypriotes prenaient leur revanche de ces attaches qui ressemblaient
mais battu de verges jusqu'à la mort. — ' Mémoires pour servir àVliistoire ecclésiastique des sixpremiers siècles, t. iv, note II sur saint Caius. — ' Les Actes des martyrs, t. n, p. 171 .
— • Roma sotlemmea, t. i, p. 201. — ' .\rticle Chrysaiilhiis, dans Dictionanj 0/ Christian biographg, t. i, p. 514. — * The Valcrian persendion, 1905, p. 128. — 'Acla sanctorum, octobr. t. XI, p. 444, S 20. — " Élude sur les Gcsta nuirlij rum romains, t. i, p. 227. — ^^J. Marquardt, Organisation de l'empire romain, in-S», Paris, 1892, t. 11, p. 328. — '= .\ct., .xiii, G-7; Le Bas et Waddington. Inscriptions d'Asie Mineure, in-4", Paris, 1870, n. 2785,2806. — " Hicroctis Stjnecdemus, édit. Burckhardt, Leipzig, 1893, p. 36. — " S. ^'ailllé, Formation de ILdlise de Chypre (.J31), dans Échos d'Orient, lUlO, t. xiii, p. 5-10.
CHYPRE
fort à une dcpcndanco.Unc da prcinitres terres paienncs qui parurent prêter attention à l'cvénenient religieux survenu en Judée fut i'ile de Chypre. Presque au lendemain de la mort de Jésus, elle envoyait une recrue à l'Église naissante : un nommé Joseph, connu depuis sous le nom de liarnabé et issu de la tribu de Lévi', vint se présenter aux apôtres et s'afTilier à leur communauté. Il n'était évidemment pas le seul, puisque, à la suite de la persécution qui survint après le martyre d'Etienne, vers 42, plusieurs fidèles originaires de Chypre, menaces à Jérusalem, revinrent dans leur île, « ne parlant qu'aux Juifs ^, » simple détail qui montre assez que le recrutement des premiers chrétiens se fit de préférence parmi les Israélites, fort nombreux en Chypre de tout temps. Toutefois, ces réfugiés ne séjournèrent pas longtemps et ils comptaient au nombre de ces esprits ouverts qui comprirent avec saint Paul la nécessité de passer par-dessus les que.stions de race afin de porter l'évangile aux gentils. Ce furent les chrétiens de Chypre et de Cyrène qui prêchèrent la doctrine nouvelle à Antioche'. Toutefois ils ne se désintéressaient pas de leur patrie. Barnabe, en compagnie de saint Paul et de Jean Marc, entreprit la première mission apostolique à travers l'île qu'ils traversèrent de bout en bout, de Salamine à Paphos ', dans une pointe rapide et hardie, au cours de laquelle le proconsul Sergius Paulus fut converti, succès fameux que l'apôtre Paul consacra en adoptant luimême le nom de Paulus'.
Barnabe fit une deuxième mission dans l'île avec Jean Marc% son cousin, cette fois sans le concours de saint Paul. A partir de ce moment, un long et protond silence se tait sur l'histoire de cette jeune Église de Chypre. On peut supposer que Barnabe ne la quitta plus jusqu'à sa mort; on peut s'étonner que les Actes ne nous disent pas si saiiit Paul réussit à communiquer avec les frères, lorsque le navire qui le conduisait à Rome longea les côtes de Chypre, par suite des vents contraires '.
Quoi qu'il en soit, les Cypriotes se trouvaient en bonne posture pour défendre l'apostolicité de leur Église. « II semble bien probable — vu l'extrême besoin qu'ils en avaient — qu'ils devaient être en possession de légendes établissant, dés 431, et même dès le iv» siècle, la succession apostolique de leurs évêques. C'est à cette époque, semblc-t-il, qu'il faut faire remonter la composition des Aclcs d'Héradide, évêque de Tamassos, des Acles de Barnabe et de la Vie d'Aiixibius, évêque de Soli ', » dont nous allons voir la valeur et les rapports mutuels. Après discussion de ces historiettes, nous rechercherons si nous ne trouvons rien de plus consistant parmi les textes qui semblent olïrir matière à l'histoire.
II. F^ÉGENDEs. — La date des missions de Paul et Barnabe et de Barnabe et Jean Marc est sujette à discussion comme presque tous les faits de la chronologie apostolique; on a proposé et soutenu pour des
'Acl., IV, 3G sq. — =Act.,xi, lï).— ».\ct., xi, 20. — «Act., xr, 19; XIII, 2-13. — ' Uessau, Der Same des Apostels Paulus, dans IJcrmès, t. xlv, p. 347-368. On \oyait fréquemment un allianclii prendre le prœnomen et surtout le gend- Ucium de son patron: il eût paru énorme qu'un citoyen romain s'emparât du cognoincn d'une grande famille. Mais le fait s'est déjCt passé en Chypre, où un indigène porta en entier le nom de C. Ummidius Quadiatus, l'un des prédécesseurs de Sergius Paulus. Il est donc possible que Sa J, ayant déjà pris un gcntilicc romain, changea en Chypre ce nom de Saul devenu son i-ognomcii en un autre co{inomen. — ■ "Act., XV, 39. — "Act., XXVII, 4. — ' F. Nau, La légende des saints éuêques Hcraclidey Mnason et Rhodon ou l'apostolirilé de l' fCijlise de Chypre, dans la Revue de l'Orient chrétien, 19117, t. XII, p. 127. — "ReinIiard,ro/te([Uidi9cGcsc/iïc7i/c des Kunir/r, iciies Cijpern, in-S", Erlangcn, 17fiti; Tillemont, Ment, pnur servir à l'hisl. ecclés., t. I, p. (5G3; J. Hackelt,
DICT. D'AHCH. CHRÉT.
raisons toutes ;'i peu prés également plausibles les années 37-41, 42, 44, 4.')'', pour la première mission (lu'un intervalle de six années environ sépare de la deuxième.
1» Barnabe. — Les Ihpc'oôo'. -/.a't |jiïp-'Jp;ov toO âyi'o-j àito<7To>.ou Ba(ivà6a ne se font pas faute de renché- 1 rir sur le peu que nous savons et d'ajouter tout I ce que nous ne savons pas'». Après la conversion du j proconsul Sergius Paulus, les Ilcpioio; nous montrent \ Paul et Barnabe au cap Krommyon, aujourd'hui Cormachitis, baptisant deux prêtres idolâtres : Ariston et Timon. De là ils se rendent à Lanipadistos où saint Paul baptise le juif Héracléon de Tamassos, lui impose un nouveau nom, celui d'Héraclidès, et le consacre évêque de Chypre. Au cours de la deuxième mission, saint Barnabe est jeté par les vents à Korasion, il n'y demeure guère et vient débarquer au cap de Krommyon. où il guérit le fiévreux Timon par l'attouchement de l'évangile de saint Matthieu. .\ Palaïpaphos( = Kouklia), il convertit le prêtre idolâtre Rhodon; à Xéapaphos, il est reconnu par Barjésus qui excite contre lui ses coreligionnaires. A Kurium, il obtient l'éboulement d'une montagne pour écraser des gens qui font une orgie; cela fait, il se ménage une entrevue avec Héraclidès dans un ilôt en face de Salamine et dans cette dernière ville il prêche, à l'intérieur de la syna.gogue, non sans succès, jusqu'au moment où survient Barjésus qui provoque une sédition au cours de laquelle Barnabe est arrêté, entraîné hors de la ville, étranglé et son corps jeté sur un bûcher. Des disciples fidèle, Marc, Rhodon et Timon parviennent à enlever quelques ossements à demi carbonisés; ils ont profité pour cela d'un moment favorable, car les juifs avaient déjà enveloppé les restes du martyr dans une nappe et y avaient attaché un morceau de plomb pour les couler à fond; Marc dérobe ce paquet, l'enterre dans un lieu écarté en y joignant l'évangile de saint Matthieu que Banuibé portait avec lui dans ses voyages. Cela fait, il s'enfuit et, à grand'peine, parvient ù s'embarquer pour Alexandrie.
Ce récit se présente à nous comme le propre ouvrage de Jean i\Iarc, devenu plus tard évangéliste et fondateur de l'Église d'Alexandrie. L'auteur véritable n'est pas connu, c'était vraisemblablement un Cypriote, car il connaît exactement la topographie de l'île, peut-être aura-t-il eu à sa disposition d'anciens écrits et des légendes orales, mais il n'a pas pris attention, dans la première partie de son histoire, qui correspond à la période connue par le livre des Actes, qu'il se mettait plusieurs fois en contradiction avec le texte canonique.
Si bien circonstanciée qu'elle fût, cette histoire ne sulfit pas longtemps. D'autres détails sur la fondation de l'Église de Chypre sont contenus dans un récit des voyages de Barnabe et de la découverte de ses reliques, composé par un certain moine Alexandre, prêtre et gardien de l'église élevée sur le tombeau du
A hislonj o/ the orthodox Churcli o/ Cijprus, p. 2 ; Arsène, Lielopis tz'ksonkh sid'ulii, in-S", Saint-Pétersbourg, 1900, p. 14. — " Acta sanct., jun. t. ii, p. 431-435; Tischendorf, .4c(0 (ipostolor. apocnjphti, in-S», Leipzig, 1851, p. 64-74; M. Bonnet. Acla apostolorum npocrijpha, in-S°, Lipsia?,1903, tasc. 3. p. 292-302; Baronius, Annales ecclesiastici, ad ann. 51, tdit. Lucre, 1738, p. 370-372; Tillemont, op. cit., t. i, p. 412: L. Duehcsne, dans Mélang. De Raisi, 1892, p. 47-48; A. Palmieri, dans Dictionn. de thoU catlioi, t. il, col. 2425. Les Mis.;»?',! paraissent appartenir à la seconde moitié du y siècle. Cf. Anal, bollanl., 1907, t. xxvi, p. 236 : « L'auteur s'est livré aux c ■-'■' os de son imagination, de façon à faire visiter par l'apône .outes les parties de I'ile, et notamment les villes où furent plus tard établis des évêchés. Ct. Lipsius, Die apokrijphe Apostelgeschichte, t. ii, part. 2, p. 290. Le faux Jean Marc écrivait peu après l'invention du tombeau; il enregistre le premier état de la légende. ■
CHYPRE
saint à Salaiiiinc. L'écrit est intitule : 'Ey/.Mtv.o^i :!; BapvâSav tbv 0Li:6<r:o'/.ow, TïporpaTrivTOs Oîiô ToO Tîpeffêy- Tipo'j xa\ xÀeiôo'Jxo'-' 'oC mê(taii.''o-j aO-uoC vaoO, ev to t(7Topf,Tat '/.a\ ô T^Tîo; t?,; âTroy.aA'j'î'Zfiï; Ttiiv a-jTO-j Àît-ijav(j)v '. L'auteur a mis à contribution les Actes des apôtres, les Clémentines et le pseudo-Marc dont il s'écarte assez peu; il se borne à donner des détails nouveaux sur la mort et la sépulture de l'apôtre. Sachant les embûches que les Juifs lui tendaient, saint Barnabe réunit ses disciples, les fortifia dans la foi et les prémunit contre la crainte de la mort. Il se rendit alors à la synagogue, fut saisi, jeté dans un cabinet noir, torturé pendant la nuit et enfin lapidé. .Son corps fut jeté sur un bûcher où les flammes ne purent l'atteindre. Pondant la nuit, Jean Marc enleva le cadavre et le déposa dans une caverne à cinq stades de la ville.
La brochure du pseudo-Marc était dépassée, celle-ci avait d'ailleurs le tort de réduire les reliques à une pincée de cendres et de n'apprendre rien de positif sur le lieu et les circonstances de l'inhumation. Le panégyrique d'Alexandre comblait cette lacune. Déjà vers la fin du vi" siècle, Théodore le Lecteur rapporte que la tombe du saint reposait sous un caroubier, le corps y était entier et un exemplaire de l'évangile de saint Matthieu, autographe de Barnabe, reposait sur la poitrine de celui-ci-. Alexandre, s'inspirant des mêmes racontars, composa son panégyrique, lequel représente « la forme définitive de la légende cypriote'. >■ Nous verrons, dans quelques instants, dans quel but intéressé ont été lancées ces traditions destinées à canaliser des imaginations promptes à s'égarer et à procurer aux prétentions autocéphales de Chypre l'appoint d'un texte qu'on invoquerait au besoin comme historique.
2° Auxibius. — t L'auteur de la première légende fait jouer un rôle dans l'histoire de l'apostolat de Barnabe à un certain nombre de personnages dont il faut retenir les noms, parce qu'ils appartiennent désormais à l'hagiographie de Chypre : Aristoclianos, Ariston, Rhodon, Timon, Héraclide. Au pseudo-Jean Marc se rattachent étroitement les Actes de saint Auxibius, évêque de Solia ou Soloi, sur lequel on ne possède pas d'autres renseignements. Les deux manuscrits connus de cette pièce * offrent quelques divergences qui n'atteignent pas le fond de l'histoire, .\uxibius était originaire de Rome. Il aborda en Chypre peu après la mort de saint Barnabe, fut baptisé et ordonné évêque par .Marc, le compagnon de l'apôtre, et envoyé à Solia, où il mourut après un épiscopat de cinquante ans.
« Outre les personnages que nous avons déjà rencontrés dans les Uiç,-'oio: de saint Barnabe. Héraclide, Timon, Rhodon, sans compter Marc lui-même, bien que l'auteur le confonde avec Marc l'évangéliste S nous voyons figurer dans son récit Themistagoras. le frère d'.\uxibius, puis Tychicus '^ et Épaphras ', établis évèques. sur l'ordre de saint Paul, par Héraclide,
' Acta sancl-, jun. t. il, p. 436-453; texte grec, P. G , t. Lxxxvit, col. 4087-4106, c'est plus un panégyrique qu'une histoire. P. G., t. ci.viii, col. 473, et Tillcmont, op. C!(.,t- I, p. 412, juge cette œuvre assez moderne; Braïuisbergcr, Der iipostel Baniabas^ sein Lcben und der ihm bei~ gelegie Bricj, in-8°, Mainz,lS76, p. 11-13, la reporte au miieu du vi« siècle et d'après Anal bail, 1907, t. -xxvi, pas antérieure à la seconde moitié du vi^ siècle. — - Théodore le Lecteur, P. G., t. Lxxxvi, col. 184: Cedrenus. HixI. compend., t. cxxi, col. 673. — » L- Duchesne, Sainl Barnabe, dans Mélanqes G. B. De Rassi, 1892, p. 48. — • Ces deux manuscrits sont le Parisin. 14ôl\cî. Catal. cod. grœc. hagiogr., p. 256, représenté par la traduction des Acla sanel., febr. t. m, p. 124-128, et le Vindobon., Hisl. gr. XI, cf. Lambccius-Ivollar, ComnienUirior , I. VIII, p. 151, sur lequsl a été faite la traduction de G. Hervct. Lipomani, Tomus
archevêque de Chypre, le premier à Xéapolis, le second à Paphos. Les Actes en question sont d'ailleurs dépourvus de toute autorité, et ne peuvent servir qu'à constater le culte rendu dans les églises de Solia et de Paphos à un saint du nom d'Auxibius, vers l'époque où ils furent rédigés. La date reste indécise entre le vi"" et le XI'' siècle.
n II n'est pas sans intérêt de constater que l'hagiographe s'est efforce de concilier dans son récit deux versions diflérentes, notamment en ce cjui concerne l'ordination de saint Auxibius. D'après la première qu'il fait sienne, il aurait reçu la consécration épiscopale des mains de Jlarc. L'autre lui faisait imposer les mains par Héraclide. Car dans la lettre par laquelle saint Paul chargeait celui-ci de donner des évêques à Paphos et à Xéapolis, il lui enjoignait aussi de choisir Auxibius pour Solia. Le rédacteur, s'apercevant de la contradiction, imagina de terminer la lettre de l'apôtre par ce post-scriptum : « Seulement, gardez-vous d'imposer les mains à Auxibius, il a déjà reçu le sacerdoce des mains de Marc '. >■
3° Héraclide. — Héracléon, juif de Lampadisos, aurait servi de guide aux apôtres Barnabe, Marc et Paul, au sortir de son village, Xoipîov .Vajj.-a&'.TToJ : converti par eux, baptisé sous le nom d'Héraclidès et devenu évêque de Tamassos, il convertit à son tour ses propres parents, guérit les malades, ressuscite les morts (t finit par le martyre' en compagnie de Myron dont beaucoup de synaxaires font un autre évêque de Tamassos. Les Actes de Barnabe et ceux d'Auxibius ne s'écartent pas notablement de ce schénui biographique; mais ! le manuscrit de Paris n 769 contient une pio; y.a'i Tro/.'.Tsfa to-j ôc^o'j TtXTOÔç r,u.'r)v 'llpav./.ïioo'jc notablement plus circonstanciée'", où le saint meurt de mort naturelle, et cjui lui donne pour compagnon non pas Myron, mais Mnason». L'auteur se donne comme contemporain et ne serait autre que Rhodon ". Il aurait écrit à l'instig.ation i du saint père Théodore, lequel aurait composé des •jjiouvr.jj.aTa de Muason. La prétendue biographie d'Héraclide est une sorte de roman d'aventures dont il est, avec Mnason et Rhodon lui-même, le principal héros. Plusieurs autres personnages secondaires sont mêlés à l'action : Procliana, Trophina, Gernianus, Aetius, Romulus et autres. Héraclide meurt en recommandant à Muason de l'enterrer dans la caverne où repose Barnabe.
« Il serait imprudent de recourir à ces légendes pour se documenter sur saint Héraclide et de s'en prévaloir pour faire remonter son épiscopat au temps des apôtres. Mais nous n'avons aucune raison de croire que, parce qu'il a été englobé dans des récits imaginaires, le saint n'a point existé.
11 On voit encore, près de Politico, non loin de l'ancienne Tamassos ", un grand monastère de Hagios Heraclis, qui garde son tombeau et l'hagiographc raconte à ce propos un miracle opéré en 1769, dans cette église, en faveur d'un enfant ". De nos jours encore a lieu à Politico, le 17 septembre, date de la
quintus vilariim sanclonim Pidrnm, fol. 569-573. — ' Acta sanct., jun. t. ii, p. 125, n. 5. — «Act.. xx, 4; Ephcs., VI, 21. etc. — ■ Coloss., i, 7; iv, 12; Philem, xxiii. — ' Vita S. Aiixibii, n viii, dans Acta sanct-, tebr. t. m, p 126; H. Delchaye, Suints de Chypre, dans .InnZ. bolland., 1907, t. XXVI, p. 236-237. — ' K. Chr. Dukakis, Mr.»; <;v a;»itt:-,.:, septembre, Athènes, 1894, p. 250-232, ce récit résume une pièce plus ancienne. — "' Catal. ms. grwc. hagiogr. Paris , p 33. Cf. F. Nau, dans la Reime de COrient clirétien, 1007, t. xii, p. 127 sq. — " .\ct., xxi. 16. Une ■/vo.ojrj!, des saints Héraclide et Mnason a été imprimée à Venise en 1774. — '- Déjà mentionné plus haut. — '» E. Oberhummer, Ans Cijpern, dans Zeilschrilt der Gcsellscliaft liir Erdkunde, 1892, t. xxvii, p. 470. — " .Mi-;»; 5j.a;«f.»^/;, septembre, p. 251; J. Hackett, .-1 history ul tlie orthodox CIntrcli o/ Cjprus, p. 378.
CIP.ORIUM
venue depuis longtemps aux païens et il nous semble bien superflu de lectiercher si c'est dans une préoccupation d'honneur ou de préservation pour l'autel; il suflit de constater l'usage. Un bas-relief édité par Clarac représente un sacrifice rustique. Un vieillard s'est couronné de lierre pour apporter avec un petit garçon une charge de fruits; une jeune femme les attend près d'un cippe recouvert d'un minuscule ciboriiim^ (fig. 291G).
Chez les chrétiens, pendant la période des persécutions, il ne faut pas songer à trouver les vestiges ni même la mention d'un ciborium; on peut supposer c[ue, dans les églises domestiques où se réunissaient les fidèles, cette installation n'a pas été inconnue mais on n'en sait rien. Des débris de colonnettcs cannelées trouvés dans les catacombes ne peuvent être considérés comme des vestiges de ciboria, ces colonnettes ont pu appartenir à l'autel ou à l'architecture d'une tombe, d'un sareopha.ge, avoir été précipitées i)ar les lucernaires à une époque postérieure.
II. Au L.\TR.\N. — Au iv siècle, nous rencontrons de véritables ciboria. Le plus anciennement connu et le plus somptueux est celui que Constantin offrit à la basilique du Latran. Voici la description contemporaine qu'en donne la notice du pape Silvestre au Liber poiitiftcalis^ :
Hujiis lemporibus fccit Constanliiius Augustiis basilicas isias, quas ornavit : basilicam Constanlinianam, iibi ijosuil ista dona : fastigium argcnlcum bitltutilem, qui liabel in fronle Salvalorem sedenlem in sella, in jicdibus V, pcns. lib. GA'A', et XII aposlulox, ijui pens. sing. in V pedlbus libras nonagenaa cum coronas iirgcnlo purissinto, item a lergo respiciens in absida Salvalorem sedenlem in tlirono, in pedibus V, ex argenlo purissimo, pens. lib. CXL, et angelos IIII e.x argenlo,
qui pens. sing. in pedibus V lib. CV eum gemmis alabandinis in oculos. tenentes astas;
traduire fasligiam par baldaquin ou ciborium et non
par fronton, qui serait la traduction classique; mais
ici!
tes ne peuvt
iv fronton, qui serait la traduction classique; mais i la partie désigne le tout et les diverses figures décri- ;s ne peuvent être supposées prendre place, toutes
jastigium ipsum
pens. lib. II XXV ex argenlo dolaticium
/astigium ipsum pens. lib. 77A'AV'
'2916. — Sacrifice rustique.
1 Dapiés Répertoire de ta statuaire, t. i. p. 107.
I de même hauteur, sur le rampant décroissant d'un
I fronton.
I Le fait de l'arc pénétrant le fronton n'est pas rare
i et autorise l'emploi qui en est fait dans la restitution ;
1 on le trouve principalement dans le palais deDio-
qui sunl in pedibus quinis costas, cum crucibus tenentes, qui pens. sing. lib. CV cum gemirtis edavandiniis in oculos :
lasligiuni ipsum,
ubi stant angeli vel apostoli
pens. lib. IIXXV
ex argenlo dolalico.
Constantin donna un lialdaquin d'argent repoussé i qui présentait sur la face principale le Sauveur assis sur un siège de cinq pieds de haut et pesant cent vingt ( livres, les douze apôtres pesant chacun quatre-vingt- ' dix livres d'argent très pur et tenant des couronnes. Sur la face postérieure, regardant l'abside, le Sauvenr assis sur un trône d'argent très pur et pesant cent quarante livres; quatre anges d'argent de cinq pieds de haut et pesant chacun cent cinq livres tenant des hastes avec des croix et ayant dans les yeux des pierres d'Alabanda. Le baldaquin lui-même sur lequel sont placés les anges et les apôtres pèse 2025 livres d'argent.
Enfin, Camaram ex auro purissimo et farum ex auro purissimo qui pendet sub fastidium cum delfinos L; un lustre d'or très pur pendant sous le baldaquin, orné de cin<iuante dauphins (lampes) et pesant avec sa chaîne vingt-cinq livres ^ (fig. 2917).
Uohault de Fleury * a eu raison, croyons-nous, de
^ S. Reinach, Tïé/jfW. de Ut slatiiairc yreeq. et roni., in-l'i. Paiis,lSÏI7.t. I, p. 107; pi. 217, n. 314, de Clarac. — = /,l■(lo^ pon(i/i«);is, édit. JMommsen, 1. 1, p. 52-53. — ' Roliault de Fleury, Le Latran au moyen âge. in-S", Paris, 1877, p. '2'.^. '■ On peut se représenter ces statues et leur attitude, non d'après ces nionumcnls dont la riche matière a excité la cupidité et (ini nul tous disparu, mais par un vase de marbre du nnisèe Kircher (iv^ siècle), où nous retrouvons le Sauveur ainsi figuré entre les apôtres. On peut le retrouver
clètien à Saloue. sur un verre doré du Vatican, sur le bouclier votif d'Ahnendralejo. On a découvert à Bourges, en 1879, une stèle du m" ou iv siècle qui représente un autel païen abrité sous un fronton dans lequel un arc est découpé (fig. 2918). Les tympans qui enserrent le fronton de manière à former un plan horizontal sont peut-être moins bien attestés, mais on n'a, somme toute, aucune raison de les exclure et de supposer les statues posées à des niveaux dilïérents.
Sur la face principale, in fronle, le Christ était assis, au centre évidemment, sur une sella, siège sans dossier, portatif, bien distinctif de chaire. Dès la paix de l'Église, les fresques des catacombes nous montrent fréquemment un sujet nouveau : le Christ assis au centre des douze apôtres; cette scène se prête à un développement majestueux, on la retrouve sur les sarcophages, tantôt les apôtres sont assis, groupés,
aussi dans luie partie accessoire <runp mosaïque de Sainle- .Vlarie-Majeure, sur le frontispice d'un temple, où Noire- Seigneur est dessiné sous ime altitude tout à fait antique. = — • Il y a bien des réserves A faire sur la partie littéraire et proprement érudite de l'œuvre de Rohaull tle Fleury. la partie graphique clle-iiiêine a parfois un peu sollicité les momuncnts et les a interprélés. mais l'auleur garde son sens très sûr dès qu'il est (luestion de textes et de dimensions orchitccloniques; sa véritable compétence était lu.