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CIIAMriRES DES SACREMENTS
ne s'interdit même pas de remplacer les fresques détruites par des compositions offrant un » parallélisme convenable •'. Le P. V. de Buck se contentait avec plus de raison de voir dans les peintures de ces cubicules « une représentation des leçons tirées de l'Ancien Testament, relatives à l'administration du baptême et à la réception de l'eucharistie-. » F.-X. Kraus, adoptant cette manière de voir, interprétait la scène d'après une prophétie d'Isaïe : Onines siticntes venite ad aquas'.
Or. nous avons ici le Christ et la Samaritaine. La disposition des personnages à des plans différents peut, sans doute, s'expliquer par la difliculté qu'offrait à l'artiste le champ élevé et étroit qu'il avait à remplir, mais aussi par quelque souci et un essai timide de perspective. Le rouleau que tient Jésus est un attribut nécessaire pour le faire reconnaitre. Quant à la femme, elle a pris soin de retrousser sa jupe pour aller à la fontaine : c'est un petit trait de naturel finement observé.
VI. Les vêtements. — On voit, d'après cet exemple, les abus auxquels le symbolisme à outrance peut entraiuer. Ce ne sont pas les seules erreurs dont rinterprétation systématique des fresques des chambres des Sacrements ait eu à souffrir. Le vêtement des personnages a été aussi peu étudié que mal interprété. M. J. AVilpert a très heureusement traité ce point de détail auquel il a apporté le goût et le talent de précision qui caractérisent ses remarques archéologiques. • M. A. Pératé, écrit-il, voit, par exemple, dans la slola de la Samaritaine- une tunique et une robe courte'.» M. V. Schultze prétend que le Moyse du cubicule Aporte une (tunique courte), laquelle devient, quelques pages plus loin, " une cxomide légère qui découvre le •< bras droit et s'arrête aux genoux °, » lorsqu'en réalité, Moyse porte le manteau de philosophe, .\illeurs, le prêtre occupé à baptiser (A=) est affublé d'une toge", au lieu qu'il porte la tunique et, par-dessus, le pallium. Dans le groupe qui montre un homme et une orante auprès d'un trépied (A^) on cxpUque la nudité du bras par le geste de la main étendue v'ers le trépied. Or, c'est simplement la façon ordinaire des philosophes de porter le paHumi sur le corps nu (iï-jat'ôo; -p6-o-i). En un mot, l'homme au trépied, comme le Christ et comme Moyse (AS A'), porte le manteau de philosophe, alors fort considéré, malgré les dédains que lui prodigue saint Cyprien ', et qu'un martyr estimait assez, au temps de la persécution de Dioclétien. pour aller au supplice vêtu en philosophe '. Ce manteau n'avait, toutefois, aucun rapport avec le costume du clergé '. 1 Aucun rapport, non plus, avec le vêtement sommaire d'un homme nu, portant une simple ceinture de toile (perizoma) et procédant au baptême d'un enfant (A^). Il ne s'agit pas ici d'un prêtre, ni de l'administration d'un sacrement, mais — ainsi que la présence de la colombe le prouve — de Jean-Baptiste baptisant le Clu'ist '". Au contraire, dans le cubicule A^ c'est bien du baptême d'un fidèle qu'il s'agit, la co-
lombe n'apparait plus et celui qui baptise porte la tunique et le pallium. Dans ce même cubicule A^ le repas des sept disciples au bord du lac de Tibériade a été mal compris par suite de l'erreur du copiste de . M. De Rossi qui, trompé par quelques taches, dessina devant le sigma autour duquel les disciples sont assis, le rebord supérieur de sept corbeilles dont la fresque n'offre aucune trace. Cette méprise amena une confusion persistante entre le repas miraculeux de la foule nourrie dans le désert et le repas des disciples au bord du lac. M. De Rossi y vit, en conséquence, une sorte de combinaison icompenetrazione) du poisson et du pain de Tibériade avec les poissons et les pains de la multiplication ". Cependant, aucune combinaison n'a eu lieu et aucune confusion n'est possible. Au lac de Tibériade, point de corbeilles et des hommes nus comme le sont des pêcheurs'^ (A=); dans le repas miraculeux du désert la foule est représentée par sept hommes vêtus de la tunique et accompagnés des corbeilles (.\').
Lîne autre figure, bien souvent reproduite depuis un demi-siécle, nous montre un personnage drapé dans un manteau, debout auprès d'une table à trois pieds sur laquelle on voit un poisson et une miche de pain ". L'explication, devenue classique, de cette fresque, y montre un prêtre chrétien accomplissant le sacrifice eucharistique en présence de l'Église en prières. Toutefois, on a réclamé, on s'est dit scandalisé par cet habit sacerdotal qui montre la moitié de la poitrine nue, et on a proposé de fau-e de ce petit tableau une représentation du repas funèbre pris par des époux chrétiens": ce à quoi d'autres ont répondu en rappelant les chrétiens qui ont j^rêché la parole divine dans l'habit des philosophes : Justin le Martyr, Aristide d'Athènes, Héraclas d'Alexandrie, Grégoire le Thaumaturge, etc. '^. Pareille contestation ne mène à rien. Le personnage vêtu comme on vient de dire n'a rien qui offense la pudeur et les disciples du lac de Tibériade n'ont aucun vêtement, Jean-Baptiste n'a qu'une ceinture, ce qui prouve que ce dont on s'effarouche aujourd'hui ne faisait même pas impression autrefois ". Qu'il s'agisse du Christ opérant le miracle de la multiplication des pains et des poissons, c'est infiniment vraiseml)lable, qu'il s'agisse d'un prêtre chrétien consacrant l'eucharistie, ce n'est pas impossible. Quant à l'orante, c'est l'âme dans la béatitude; peut-être a-t-on songé à suggérer les effets de sanctification et de salut de l'eucharistie ".
Lin dernier sujet, le plus mouvementé de tous, réclame aussi l'examen. I! s'agit du navire en perdition qui se voit au sommet de la paroi du fond du cubicule AS fig. 2448. La copie donnée par Rossi et de laquelle procédèrent longtemps toutes les reproductions dans les ouvrages de vulgarisation contient une grave inexactitude '*. Le navire porterait deux passagers à bord, un à l'avant, un à l'arrière, tous deux
^ Ibid., p. 57. -^ - V. de Buck, Le cimetière de S. Calliste et les travaux de MM. De Rossi, dans Études religieuses historiques et lilléraires, 1S68, t. il, p. 300. — 'Isaïe, Lr\', LV, Kraus, Roma sotterranea, 2* édit. p. 325. Peters, dans Kraus, Realencyklopàdic, t. i, p. 44S, le maître assis c'est l'Église; R. Garrucci, Sloria, t. n, p. 13, c'est Malachie; A. Pératé, Archéoiogie chrétienne, 1892, p. 132, c'est la Samaritaine et un prêtre enterré dans le cubicule, ou plutôt un lecteur lisant la péricope évangélique de la Samaritaine. RoUer, Catac. de Rome, ISSl, t. i, p. 136, 142. est boulTon, comme d'habitude; Wilpert, Die Malercien, p. 4 sq., démontre que c'est le Christ et la Samaritaine. Le Christ porte le manteau des philosophes; Rossi lui a donné, par erreur, la tunique et le pallium, Garrucci ajoute de la barbe. — «A. Pératé, op. cit., p. 132. • — 'V. Schultze, op. cit., p. 24, 39. — • Ibid., p. 26. — ' S. Cyprien, De bono palientiœ,n. 2, 3, édit. Hartel, p. 938. — *Eusèbe, De mailtjlibus Palœstinœ, c. xi, n. 19. — 'Wilpert, Die Malereien,
p. 15. — '' Dictionn., t. n, col. 353, fig. 1289. — "Roma sotterr., t. i, p. 341. V. Schultze, op. cit., p. 54, combine le repas d'adieu du Seigneur et les souvenirs de la multiplication des pains. — - '-Kraus, Gesch. d. cliristl. Kunst, p. 162, ajoute bien gratuitement du vin. — • " V. Schultze, op. cit.. p. 91. — '* Kraus, Roma sotterrcuiea, p. 314a; Peters. dans Realencgklop., t. i, p. 442. — » H. Leclercq. Manuel d'archéologie chrétienne, in-S», Paris, 1907, t. i, p. 162-180. — "Dictionnaire, t. il, fig. 1288. — " Wilpert, Di'c Malereien, p. 21, rapproche ingénieusement de ce sujet une autre fresque de la catacombe de Calliste. De Rossi, Roma sotterranea, t. m, pi. viii, n. 2, p. 65. On y voit le Christ opérant le miracle de la multiplication des pains, de la manière usuelle depuis le m* siècle, c'est-à-dire en touchant les corbeilles du bout de sa baguette. Venant vers lui, une orante voilée montre sa reconnaissance ou son espérance dans l'eucharistie. — ^' Roma sotterranea, pi. xv, n. 1 ; Garrucci, Storia deWarte cristiana, t. il, pi. v, n. 4.