‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 37 sur 303 · CHAMPS-ELYSÉES · texte numérisé non relu

CHAMPS-ELYSÉES

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des lueurs de renaissance ne connut jamais les jours glorieux et les œuvres impérissables de l'antiquité; la poésie s'exprima dans quelques chants d'une inspiration très pure, mais elle fit usage d'un matériel poétique fatigué et presque hors de service. Faute de pouvoir et de savoir mieux faire, on se contenta d'utiliser des formules défraîchies, et même fanées depuis longtemps, de la mythologie. Le tour donne aux générations, l'éducation encore distribuée dans les écoles et par les rhéteurs marquaient l'imagination chrétienne, quoi qu'elle en eût, d'une empreinte à laquelle elle ne parvenait pas complètement à se dérober. Dans les conférences de Cassien,un abbé parle ainsi de la puissante persistance des souvenirs laissés dans son âme par l'étude des vieux poètes : » Les incitations des maîtres, mes lectures assidues, ont, pour ainsi dire, infecté mon esprit de poésie et de vers. Ces fables, ces récits de combats, que j'ai appris dans mon enfance, ma mémoire les remet sans pudeur devant mes yeux .au milieu des méditations, des chants sacrés, et, lorsque je supplie le Seigneur de me pardonner mes fautes. Je revois sans cesse- les héros combattant; l'imagination qui évoque ces fantômes m'empêche d'élever mon âme

lianares ipsas aromate respirante suflTii'il, ad modulanter indicuns, quod sicul ad orientem Eden a principio, ila decurso sœeiilo, alleriim ad occasiiin Dcus plantasse Elijsium, in quo fortior Adam, id est. Martiiis Martinus iiiexpugnabilis aceola Christi, fide ditior viueret'. Sur les monuments chrétiens le paradis terrestre n'est guère représenté, on préfère le paradis, séjour des élus, parmi les arbres et les fleurs le défunt s'y promène: cependant, Fortunat n'est pas seul à voir dans le bois poétique des Champs-Elysées, le paradis terrestre'. Cette opinion fut moins répandue que celle qui fait des Champs-Elysées le séjour définitif des àines. L'ne épitaphe de Vienne, en Dauphiné, dont il ne subsiste qu'un fragment, nous montre .Marinus distribuant l'eucharistie au peuple chrétien et acclamé aujourd'hui par la foule des bienheureux qui peuplent les Champs- Éh'sées * :

HOC lACET IN TVMVLO SACRA QVI MYSTI CA SEMPER DIVISIT POPVLIS PIETATE HONORE DECORVS QVEM NEMVS AELYSIVM WIARINVM 5 CONCLAMAT OMNE

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■ Inscripiion du iriusce de Narbonne. D'après Le Blant, Nouveau recueil des luscript. chret. de ta (Uiute. p. 3ô7

vers le Très-Haut, et les larmes mêmes de la prière sont impuissantes à les écarter^. »

Les formules épigraphiques ont gardé la trace de cette survivance obstinée de la poétique mythologique. Le Tartare ^, le Styx, les Champs-Elysées servent au v siècle et plus tard à exprimer l'idée de la vie future. 11 est bien possible que les rédacteurs des formulaires versifiés, en usage parmi les lapicides, aient emprunté leurs idées — et quelque chose de la forme à intentions poétiques dont ils les ont revêtues — à des recueilsprofanes plus anciens qu'ilsont accommodés au goût d'une clientèle chrétienne, mais il est également possible qu'ils aient, pour plus de sécurité, cherché dans les traités des Pères et des évêques une partie de leurs inspirations. On a heureusement rapproché telle inscription de Trêves, dans laquelle il est question du Tartare, d'un texte de saint Maxime de Turin '.

La mention des Champs-Elysées, si fréquente sur les épitaphes métriques des gentils, se montre plusieurs fois dans l'épigraphic clu'étienne, notamment en Gaule. L'ne lettre de Venance Fortunat à Martin de Braga nous fait bien connaître la pensée syml)olique qui s'attachait à cette image : paradisiaci horli odoramenta sabarrans (i.e.subodorans), siiavium flonimniui-

' Cassien, CoUalio, xiv, c. xii, P. L., t. xlix, col. 974. — = E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VIII' siède, m-4», Paris, 1855-lS64,t. i,p.396, n. 293. — ' Ibid., 1. 1, p. 397. — ' Venance Fortunat, Miscellanea, I. V, e. I, P. L., t. Lxxxvni, col. 178-179. ^ ' E. Le Blant, op. cit., t. n, p. 325, note 4; p. 400, note 1. — • /6i'i.,t. ii, p.90,n. 421. — ' Guilhermy, dans la Reuue des sociétés sai'antcs, sér. IV, t. III, p. 207; Tournai, d;ins .'a même revue, sér. IV, t. IV, p. 481 ; Bamé, dans la même revue, sér. \1, t. i.

A Narbonne, une inscription, conservée au musée et fort maltraitée, a été heureusement copiée au XVI ''siècle, au temps où elle était complète, ce qui permet de reconstituer l'épitaphe, pour la partie métrique du moins (fig. 2155). Voici la transcription de toute la pièce dont il ne reste qu'une partie sur le fragment' ;

Yix diini iranscursus Elysiiim ingrederis

Ter rosa vix fuerat, 1er spicœ et pampiniis ex quo

Tradila Grcgorio Fcsta jaces tiimulo.

Anni vota simul lieheu quam parva fuerunt !

Heu qnam vila brei'is, quani brct'c conjiigium !

.Elas sola minor ncun cetera maxima Fcstie :

Adfcctus, pielas, forma, pudicitia.

Angelicie legis docla dicata Deo

Hic jacet hoc superis placitum est. hue ibimus cl nos,

Sit modo sancla fides, sit pia credulitas.

Fcsta, decus nostrum, ccrte ueniemus in unum

Si mihi vila proba, si libi cura nwi est.

.it tu, sanclarum moderalor summe animarum,

Fac rata quœ cupimus, fac eita quœ volumus.

Pour l'épitaphe du prêtre Clarus, compagnon de

p. 594;Lebègue, dans les Annales de la faculté des lettres de Borrfeaui, 1882. p. 206; Épigrap/iiedeVoriionne, dans les .Vnnales de la lacultc des lettres de Bordeaux. 1882, t. i\', n. 1276;Hirschfeld, dans Corpus inscriptionum latinarum, t. XII, n. 5350; Thiers, dans le Bulletin de la Commission archéologique de V arrondissement de Xarbonne, 1890, p. 44; E. Le Blant, Xouitcan recueil des inscriptions cïiréliennes de la Gaule antérieures au \iii' siècle, in-S", Paris, 1892, p. 357, n. 311.

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