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Curiosités. IV. Chandelier pascal

I. Us.\GE. — Dans la notice consacrée au mot C.\n- DÉL.\BRE, Dklionn., t. ii, col. 1834-184'2, nous nous sommes occupé presque exclusivement de l'usage de cet emblème dans les représentations de martyrs et de personnages allégoriques; ici c'est l'usage litui^ gique qui nous retiendra particulièrement.

L'origine de l'emploi des cierges allumés pendant la célébration des mystères eucharistiques fera l'objet d'une autre dissertation (voir Cierges); nous ne nous occupons à cette place que du matériel liturgique. Étant donnée la pratique de faire brûler des cierges, la forme de ceu.K-cî imposait l'adoption de récipients, en vue de les maintenir debout. L'n marbre antique représente une âme à l'entrée du paradis. Heureusement au lieu de nous montrer le jardin fleuri si fréquent sur les fresques de cette époque, le lapicide a figuré cette entrée par l'iconostase d'après un rapprochement d'ailleurs aisé à saisir. 11 y a deux colonnes ioniques formant trois entre-colonnements et deux de ces derniers montrent des cierges plantés dans des chandeliers et posés sur le stylobate de chaque côté de l'entrée ^. Les chandeliers semblent, à en juger par cette incision grossière, un simple bloc évidé aux dimensions nécessaires pour laisser ficher un cierge dans la cavité. Ce n'est pas encore, à proprement parler, le chandelier dans le sens que nous donnons à ce mot. Celui-ci se rencontre surlafresquedeXaples';ilcst des plus simples. C'est un long fuseau monté sur trois pieds

rucci, Sloriu delV arte cristiaua^ in-fc.I., t. vi, p. 143, pi. 48.5; Perret, /-(•*• calticantbes de /Vonie, in-tol., Paris, 1852, t. V, pi. xxiv;i)if/ionn., t. i, roi. 1510, fig. 361. — ■ Dictionn., t. II, col. 1835, fig. 2008.

CHANDELIER

et soutenant une coupe évasée dans le haut: au centre de cette bobèche est plante le cierge. Dans la même catacombe de Saint-Janvier, on voit un autre type en forme de balustre porté sur trois pieds. Les chandeliers les plus luxueux sont alors formés d'une suite de boules et de fuseaux alternés et reposent sur un trépied à griffes de lion. Nous en avons un exemple remarquable sur une épitaphe chrétienne représentant Bessula entre deux chandeliers posés à terre et pouvant mesurer environ un mètre de haut; c'est un des plus anciens types du chandelier liturgique, qui, pendant raille ans, restera ainsi au pied de l'autel',

La matière de ces chandeliers, devait sans doute, varier beaucoup, depuis le bronze jusqu'au bois; peutêtre dès avant la paix de l'Église vit-on des chandeliers d'argent ou de vermeil, nous n'avons ni un texte ni un monument qui autorise à rien aflîrmer ou à rien nier sur ce point. Le Liber ponlificalis nous apprend que l'empereur Constantin ofliit des chandeliers d'or et d'argent fort pesants et montés sur des pieds ^ Un croquis, ou même l'original, nous servirait mieux que les descriptions les plus pompeuses.

Dès le i\' siècle, le luxe s'empare des chandeliers comme de tout le mobilier liturgique ; malheureusementon prend plus de soin à énumérerles splendeurs reluisantes de tel ou tel objet qu'à nous en décrire la forme etl'emploi. Une médaille de dévotion que nous avons déjà eu occasion de figurer et de décrire, nous montre un fidèle nommé Gaudentianus portant un calice d'offrande à l'autel. Cet autel est couronné d'un ciborium portant au sommet une rangée de cierges allumés,.plantés à même dans la charpente =. Ces herses limiineuses, écrit Rohault de Fleury, devaient produire un bel effet et couronner dignement l'autel. L'usage de disposer des cierges au sommet du ciborium ne se perdit jamais; nous le constatons à Sainte-Sophie, d'après la description duSilentiaire et je l'ai retrouvé sur un ci 60rium de la cathédrale de Fieims.d'une époque tardive; là, comme sur la médaille de Gaudentianus, brûlaient en l'honneur des reliques, une suite de cierges serrés'.

Un autre usage a été indiqué dans notre étude sur les lettres A et C*5. On fixait des cierges sur la croix de procession à laquelle pendaient les lettres symboliques, ces cierges étaient allumés et l'usage des croix céroféraires traversa tout le moyen âge^ Dans la basilique de Xole, saint Paulin nous décrit l'éclairage : lampes, lustres ei. candelabra qui sont moins ici des chandeliers que des girandoles ' :

veî circumfixa per omnes

Ordine diuerso quasi candelabra coUimnas^ Depietas exstante geriint qua: citspide seras, Lumina ni incUisis reddanlur odora papijris.

Ici, la colonne sur laquelle on attache les girandoles, prend le nom de chandelier; il n'est que de s'entendre.

Xous hésitons un peu à faire usage de quelques textes auxquels on s'est habitué à faire dire plus qu'ils ne contiennent. Vouloir tirer une indication de ces paroles de Jésus : Xeque accendunt lucernam et pomint eam sub modio sed super candelabrum ul lueeat omnibus qui in domo sunt ', n'est plus affaire de science mais de virtuosité. De même, il . st aventureux de faire des sept chandeliers d'or, au milieu desquels

'De Rossi, Il museo epigraftco, pi. xv, n. 44; Garrucci, Storia, t. vi. pi. 48.5. — 'Diclionn., t. 11, col. 1834. — • Dictionn., t. i. col. 1826, fig. 492. — ' Rohault de Flciiry. La messe. Éludes archéologiques. in-4°, Paris, 1888, t. vi, p. 36. — ' Dielionn.. t. i, col. 24. Xous le voyons en usage en Gaule, chez Grégoire de Tours. De gloria confessorum, c. Lxxix, P. L., t. ixxi. col. 886. — 'S. Paulin, Poema, XIX, P. l .. t. Lxi.col. 535. — ■ :Matth.. v. 15. — ' .\poc. i. U. — • S. .\thanase, Episl. ad ortltodoxos in persecutione, e. iv, P. G., t. XXV, col. 229. — "Prudence, Péri Slephanon,

saint Jean vit le Verbe ', une prescription ou même un simple indice liturgique.

Saint Athanase se plaint de ce que les ariens aient introduit des pa'iens dans les églises, ceux-ci emportèrent les chandeliers pour y faire briiler des cierges devant les idoles'.

Prudence, dans son hymne sur saint Laurent, lui fait reprocher par le juge le luxe qu'il déployait dans les églises et les cierges qui, dans les offices nocturnes, étaient posés sur des chandeliers d'or. Xous croyons du moins qu'on peut ainsi traduire ces deux vers'":

Auroque noclurnis sacris Aslare fîxos cereos

Au point de vue du mobilier liturgique, le renseignement ne vaut qu? pour l'époque de Prudence. Les Statula Ecclesiœ anliqua prescrivent en ces termes l'ordination des acolytes ; » Que l'acolyte reçoive le chandelier avec un cierge des mains de l'archidiacre, afin qu'il sache que sa fonction est d'alkuncr les cierges dans l'église".» Ce texte permet d'induire qu'il s'agit de chandeliers lorsque saint Isidore de Séville nous apprend que « les cierges sont portés et déposés par les acolytes '^.»

.\u vi'î siècle, le sarcophage de saint Barbatianus, à Ravenne, nous montre sur les faces latérales, deux chandeliers allumés disposés de chaque côté de la croix; ils se composent d'une étroite bobèche, d'un fuseau entre deux nœuds et d'un trépied qui sert de base ". Ces chandeliers flanquant la croix surmontée du chri'mc. pourraient bien vouloir figurer ici les chandeliers de l'autel. Un hommage rendu à la croix n'est ni impossible ni extraordinaire à cette époque; néanmoins, nous penchons à voir ici dans les croix une suppléance de l'autel que, faute de place et d'haLileté.le tailleur de pierres ne s'est pas risqué à sculpter,

.\u ix'siècle,la renaissance carolingienne ramène un peu de paix et d'opulence. Les papes s'efforcent de se montrer magnifiques. Léon III donne à la basilique de Saint-Paul ccrcostalas majores vcrsaliles anaglyphos ex argenlo. Léon IV offre aux saints des chandeliers d'argent du poids de deux livres et six onces. Il fait recouvrir d'argent quatre chandeliers qu'on ne mettait jadis dans le chœur que les jours de fête et qu'il décide d'y laisser perpétuellement. Ces lustres à cierges étaient quelquefois en fer plaqué d'argent. Dans un seul presbylerium, il en dressa vingt-sept. J.-B. De Rossi pense que le terme lilia qu'on rencontre fréquemment dans \e Liber ponlificalis désigne la partie supérieure des chandeliers, sorte de gobelets ou de calices de fleurs, dans lesquels on plantait les cierges".

II. Emplacement. — Dans son écrit contre l'hérétique Vigilance, saint Jérôme nous apprend que c'était une coutume universelle en Orient d'allumer un cierge pendant l'évangile. Cet usage s'introduisit en Occident au v= siècle et, vers le vu' siècle, la coutume était établie de tenir des cierges allumés pendant tout les temps du sacrifice de la messe '^. Mais les chandelier étaient alors déposés aux deux coins du sanctuaire. A quelle époque les plaça-t-on sur l'autel'? Si nous consultons les liturgistes, ils ne sont guère d'accord entre eux; les uns répondent que c'est au x« siècle", d'autres au xvr'"; Grancolas'* dit même que c'est un usage tout récent, et par là il entend le xvi» ou le

hymn, 11, vs. 71, P. L.. t. lx, col. 300, — " Can, 6, Hctele, Ilisloire des conciles, édit, Lcclercq, 1908, t. 11, part. 1, p. 112. — '=S. Isidore, Ori9i;ies,I. VIII, c. xii,P. /.,,t.Lxxxii, col. 293. — " Rohault de Fleury, l.a messe, t. vi, pi, 448. — ^' Bulletinodiarcheologiacristiana, 1SS2, p. 148, — "Lebrun, Cérémonies de la messe, 111-8", Paris, 1818, t, i, p. 70. — " Thicrs, Dissertation sur les autels, c, xix, in-S°, Paris, 1688. — '"Bocquillot, Traité historique de la liturgie sacrée. in-8°, Paris, 1701. — " .Anciennes liturgies, in-S"» Paris, 1704. t. 11. p. 52.

CHANDELIER

XVII' siècle. Essayons de trouver la vérité au milieu de tant d'opinions contradictoires '.

On a donné comme preuve de l'absence du chandelier sur l'autel jusqu'au xv" siècle, les petites représentations d'autels que nous offrent les miniatures et les vitraux, et où on ne voit figurer, tout au plus, que le calice. Cette preuve négative, en supposant même qu'elle soit exacte, ne serait point admissible, car les figures d'autel sont souvent si petites que les artistes ont dû se contenter d'en déterminer la nature en y plaçant seulement un calice; le défaut d'espace a pu leur faire négliger les accessoires. D'ailleurs, on ne pouvait placer les chandeliers, comme on l'a fait de la croix, qu'au moment même du saint sacrifice et c'est pour cela que certaines miniatures nous offrent des autels entièrement nus.

Si l'absence de chandeliers sur l'autel dans les monuments figurés ne peut rien prouver, leur présence, au contraire, est un argument décisif. Nous pouvons en produire un pour le xir' siècle. La châsse romane de saint Calmin, provenant de l'abbaye de Mauzac (Riom ) nous offre une peinture d'autel où un chandelier unique fait le pendant de la croix. Deux autels reproduits

2469. — Chandelier de Clu'dons-sur-.Marne.

D'après le Bulletin de la Société nat. des antiquaires

de France, 1877, p. 98.

par Villemin, d'après des monuments du xv" siècle, sont ornés de deux chandeliers.

Consultons maintenant les textes. Les écrivains ecclésiastiques antérieurs au xi^siècle qui se sont occupés des autels, saint Cyrille de Jérusalem, saint Isidore de SéviUe, Denis l'Aréopagite, .\nialaire, Walafrid Strabon, Rhaban Maur, ne font aucune mention de chandeliers fixés sur l'autel. Ils nous apprennent que les acolytes posaient leurs chandeliers par terre, in pavimenlo, aux angles de l'autel, connue c'est encore l'usage aujourd'hui dans beaucoup d'églises orientales; qu'au moment de l'Évangile, ils les reprenaient pour accompagner le diacre à l'ambon ou au pupitre; qu'ils les replaçaient ensuite au pied de l'autel, et qu'après l'office ils les rangeaient soit à la sacristie, soit derrière l'autel.

Le pape Léon IVet le concile de Reims au ix" siècle, Katliier de Vérone au x= siècle, prescrivent expressément de ne rien mctti-e autre chose sur l'autel que les reliques des saints et le livre des évangiles. Quand les anciennes coutumes de Saint-Bénigne, de Dijon, de Fleury, de Corbie, etc., prescrivent un nombreux luminaire pour les ofiices, elles parlent toujours d'allumer les cierges non point sur l'autel, mais devant l'autel. Les Coutumes de Citeaux, rédigées en 1188, disent que le Vendredi-Saint, avant l'office, on doit allumer deux cierges près de l'autel, connue c'est

ï J. Gorblet, Les chandeliers d'éijlise au moyen âf/e, dans la Fct'ue de l'art cbrctien, l.S.')'.l. I. iit, p. 20-:iI.

l'usage pour les jours de fête, ul mos est festivis diebus.

C'est seulement dans les auteurs du xiii^^ siècle qu'on trouve des indications positives sur la présence des chandeliers sur l'autel; ce qui ne veut dire aucunement que ces textes n'existent pas, puisque la châsse de Riom témoigne en faveur de l'usage dès le xii'' siècle. Guillaume Durand dit que : aux coins de l'autel sont placés deux chandeliers, pour signifier...; et encore : la croix est placée sur l'autel, au milieu de deux chandeliers, parce que... Le Sire de .Joinville dit, en parlant des cérémonies de la Sainte-Chapelle, sous le règne de saint Louis: Et en chascun jour férial ou jour que l'on ne dit pas ix leçons, estoient deux cierges sur l'autel qui estoient renouvelez chascun jour de lundi et chascun mercredi : mes en chascun samedi et en toute simple feste de i.x leçons estoient mis quatre cierges à l'autel; et en toute feste double ou demidouble ils estoient renouvelez, et estoient mis à l'autel six cierges ou huit; mais es festes qui estoient moult soUempnex, douze cierges estoient mis à l'autel. >

Au xiv« siècle, sainte Brigitte écrivait au chapitre xxiî^ de ses Révélations : Le maitre-autel aura deux calices avec deux paires de burettes et de chandeliers.

2470. — Chandelier à Syracuse.

D'.-prcs Kotizie degli scavi, 1895, p. 498.

une croi.x et trois encensoirs. L'usage de mettre des chandeliers sur l'autel était devenu général au xvi = siècle, lly avait encore, cependant, des exceptions au xviis parmi les églises cathédrales et collégiales qui, selon l'expression de J.-B. Thiers, « étaient restées le plus attachées à l'antiquité. : La cathédrale de Chartres a conservé cet usage de placer les chandeliers sur les marches de l'autel jusqu'à nos jours.

Ainsi donc, pour nous résumer, il parait certain : 1° que jusqu'au xr siècle on ne mit point de chandeliers sur l'autel; 2° que cet usage existait, du moins dans quelques églises, au xii" siècle et surtout au xiii«; qu'il se généralisa aux xvet xvi=,sauf quelques exceptions qui ont persévéré plus ou moins longtemps.

Outre les chandeliers à poste fixe, il y en avait pour les acolytes plus ou moins nombreux, employés à la célébration de l'ofiTice. Dans l'ancienne liturgie gallicane, le diacre qui chantait l'évangile était accompagné de sept acolytes portant chacun un chandeUer pour figurer les sept dons du Saint-Esprit. Le degré de solennité des offices, dans tous les monastères, était \'ulgairement désigné sous le nom de fête à trois, à cinq, à sept chandeliers. On indiquait par là, non qu'on dût placer ce nombre sur l'autel, mais que l'ofliciant devait être accompagné d'un ])areil nombre de céroféraires- Dans les processions, dès le temps de Grégoire de Tours, deux chandeliers escortaient la croix. On éleva ce nombre de deux à trois, à cinq ou même à sept, et cette pratique se maintenait encore en Touraine, il y a un liemi-siéclc.

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