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CHANDELIER A SEPT BRANCHES

Il est incontestable que, dans la plupart des cas, les monuments sur lesquels le chandelier à sept branches est représenté, sont d'origine, de fabrication ou de destination juives. Le lieu de la trouvaille ne prouve pas l'origine chrétienne, tout au plus l'utilisation du monument, en dépit du symbole; ainsi, un fond de coupe dore et peint trouvé dans la cataconibe des Saints-Pierre-et--Marcellin ad duas Ltmros, et qui représente le portique de .Salomon et le Temple avec une partie de leur mobilier liturgique', aura peut-être été dérobé dans le cimetière juif de la voie Labicane, voisin de cette cataconibe. C'est ainsi qu'il faut, probablement, restituer à la catacombe juive de la vole Labicane.à celle de la voieAppienne, ou, enfin, à quelqu'une des catacombes juives de Rome ^, une série de fonds de coupe dorés offrant, entre autres symboles, le chandelier à sept branches '. A défaut de la preuve à tirer du lieu de provenance ', le chandelier seul ou accompagné de l'ri/îroi/ et du loulab^est un indice à peu prés indubitable de l'origine juive d'un monument.

Est-ce à dire que cet emblème ne se rencontre jamais sur les monuments chrétiens? Nous avons montré, dans un autre travail, que l'Église chrétienne pour mieux affirmer la disparition d'Israël entreprit de lui succéder et d'en hériter '. Dans ce but elle revendiqua les livres sacrés d'Israël et fonda sur eux son symbolisme. Les emblèmes judaïques les plus révérés ne devaient pas échapper à cette tentative d'accaparement. Clément dans son essai de réglementation pratique des symboles à l'usage des fidèles voit dans le chandelier le signe du Christ : "E/t: ci ti y.i'; aù.o aïvty[jLC( r, Àu^vt'a -i] y puaf„ to*j fir,[i.zio'j xoO Xpimoy, où to» (jyi^fjLaTt [j.6vw, àXXà xai Tfo ^ix)'tp.ooXiX^ Saint Grégoire le Grand paraît admettre comme une vérité incontestable le sens chrétien du chandelier. Quis in candctabro nisi Redemplor hninajii gentris'^ 1 .Malgré cela on peut dire qu'il suffit de lire les passages où les chrétiens parlent du chandelier pour y voir précisément la preuve que c'était un symbole essentiellement juif, et dont ils voulaient dénaturer ou transformer la signification au profit de leur propre symbolisme. Jamais un chrétien n'eût mis en action la théorie de ses docteurs et n'eût voulu employer comme signe de sa foi le chandelier qui, aux yeux de tous, caractérisait le juif. Les monuments figurés nous offrent ainsi, il ne faut pas l'oublier, une utile vérification de l'écho obtenu par telle ou telle idée lancée par un écrivain ecclésiastique '.

Un des plus remarquables monuments chrétiens sur lesquels le chandelier soit représenté est une lampe

^'DeHossUVerre représentant le temple de Jérusalem, dans les Archives de r Orient latin, 1883, t. ii, p. 419-455; H. Leclercq. Manuel d'archéologie chrétienne, iii-S'*, Paris, 1907, t. I, p. 359, fig. 108; p. 504, 505. — = H. Lcclcrcq, op. cit., t. I, p. 492. — ' R. Garrucci, Vetri ornali di figure in oro trouati nei cimiteri dei cristiani priniitiui di Ronia, in-fol., Roma, 1838, pi. v, n. 1-4; in-4°, Roma, 1864, p. 42-50; Di.ssertazioni archeologiche di vario argonienlo, Roma, 1864, t. II, p. 31 sq., 150 sq. ; C. Cahier, Nouveaux mélanges d'archéologie, in-i», Paris, 1874, t. ii, p. 345 (ridicule). — ' C'est le cas pour le fragment de sarcophage orné de dorures provenant delà vignaRandanini.H. Leclercq, op. ci7., t. i,p. 52.'î, fig. 147. — * La destination liturgique de ces deux objets dans le rituel de la synagogue est nettement déterminée.

— • H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrét., 1907, t. i,p. 109-

— ' Clément, Stromata, I. V, c. vi, P. G., t. ix, col. 60. ^ " C. Jullian, Inscriptions roni. de Bordeaux, p. 107; Martigny, Dictionn. des aniiq. chrét., 1877, 2" édit., p. 113. — • Martigny, op. cit., p. 115, montre qu'on a tenté de considérer le chandelier comme symbole du Christ, de la croix, de l'Église. Cette opinion accueillie par S. Reinach, dans I. Loeb, Chandeliers à sept branches, dans la Revue des études juives, 1890, p. 104, a été repoussée formellement par E. LeBlant, iVouyeaii recueil des inscript, chrét. de la Gaule,

trouvée à Carthage". Le Christ debout, nimbe, vêtu d'une tunique plissée, tenant de la main droite une croix geminée,piétine le dragon et le chandelier à seiit branches renversé. Il ne faut pas voir dans cette composition la nouvelle loi appuyée sur l'ancienne, le sens vrai nous est donné par un écrit fort oublié qui nous montre l'Église victorieuse de la synagogue : Ecce siib pedibus mets purpurata quondam regina versaris^^; et on peut rapprocher de ce texte celui du poète Arator qui, au vi« siècle, compare la synagogue à un serpent'^:

Judiva venenum

Semper ab ore vomit, crudelior aspide surda;

Perfidiœ colubcr Synagogœ sibilat antro.

DiscipuUs Salvator ait ; Calcabitis angues

Purior obsequiis ut sit cadestibus actus.

Cette découverte offre d'autant plus d'importance qu'en signalant le premier l'image du chandelier à sept branches dans un hypogée de Gamart", Davis en avait fait un emblème chrétien'*. La rencontre du chandelier et de la formule in pace donnait lieu de croire que cette formule entraînait le christianisme de l'inscription et du symbole lui-même''; mais la lampe en question semble lever tous les doutes. Cette représentation ne laisse pas moyen de soutenir qu'à Cartilage du moins, le chandelier était employé comme emblème par les chrétiens.

Si on examine successivement les monuments d'époque chrétienne ornés du chandelier, on arrive à peu près régulièrement à conclure qu'ils proviennent de quelque juif isolé. Au palazzo dei Cesari à Rome, on a trouvé parmi d'autres débris clirétiens une lampe portant le chandelier à type anguleux'"; à Aklimîn, une lampe ornée du chandelier ne peut en aucune façon être revendiquée pour le christianisme"; à Lambèse, dans la basilique, c'est un débris remployé; à Chiusi, les lampes rouges en terre cuite sont juives '*; à Rome, une lampe dont la terre et le grain font penser à une ollicine alexandrine doit l'être également"; en somme, suivant l'opinion mesurée de .J.-B. De Rossi : di regola ordinaria nei monumenti cristiani questo cniblema non apparisce. Quand on étudie directement les monuments, on constate que les anciens éditeurs n'y ont pas toujours regardé de très près. Marini a publié un marbre avec ces mots TITVS IN PACE et le chandelier à sept branches; le monument, aujourjourd'hui conservé à Arezzo, porte simplement la palme que l'éditeur a confondu avec le chandelier ^°. .\ Xovare, le pavement en mosaïque de la cathédrale a subi des restaurations modernes; c'est dans l'une de celles-ci qu'on voit le chandelier ".Boldetti a publié

in-4'', Paris, 1892, p. 306. — >» A.-L. Delattre, Lampes chrétiennes de Carthage, in-8«, Lyon, 1880, p. 38; IL de Vogué, \ote sur les nécropoles de Carthage, dans la Revue archéologique, 1889, III« sér.,t. xiii.p. 184, pi. vni.n. 1 ; Mémoires de la Soc. nat. des anliq. de France, 1896, t. Lvii, p. 247, pi. en regard; Dicdonn., 1. 1, col. 737, flg. 166; E. Le Blant, dans Comptes rendus de r.icad. des inscript., 188S, t. xvi, p. 445, lampe en terre rouge mesurant en longueur 0 "14, en largeur 0"085; .\.-L. Delattre, .A/usée Lavigerie, ^-4", Paris, 1899, pi. ix, n. 2, p. 37. — '^Dialogus de altcrcatione ecclesiae et synagogœ, P.L., t. xlii, col. 1131. — "De actibus apostolorum, 1. I. vs. 733-737. — " Sur la nécropole judéo-chrétienne de Gamart.voirce que nous avons dit en traitant de Carthage,Dù(irMiii., t. n, col. 2206. — ■' Fr. Muenter, Sinnbilder und Kunstvorstellungen der attcn Christen, in-l", .\ltona, 1825, 1. 1, p. 86. admettait aussi le christianisme du chandelier par allusion à .\poc., xi, 20. — ^^Corp. inscr. !a(.,t. VIII, n. 1091, d'abord classée chrétienne a été restituée a l'épigraphie juive, p. 929. — " De Rossi, Bull, di arch. christ., 1867, p. 11, 12, n. 7. — " R. Fôrrer, Die friihchristlichen .Alterthiimer ans dem Gràberfelde von Achminl'anopolis, 111-4°, Strassburg. 1893, pi. n, n. 5. — '"De Rossi, Bull, di cu-ch. crist., 1881, p. 70. — " De Rossi, Bull, di arch. crist., 1877. p. 51. — " Ibid. — " Ibid.

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