CHANDELIER A SEPT BRANCHES — CHANGEURS
comme chrétienne une lampe juive', et si Pciresc ' a pu signaler au cimetière de Lucine (= Commodille) près de la liasilique de Saint-Paul une lampe chrétienne portant le chandelier, il serait plus exact de dire que c'est la lampe de quelque juif devenu chrétien. Les juifs convertis n'avaient pas sans doute les mêmes préventions que les fidèles contre cet emblème; d'ailleurs une lampe, si peu qu'elle coûte, coûte toujours à acheter et au lieu de briser sans profit celle qu'il possédait, le nouveau chrétien a imaginé de la faire servir en un lieu où on ne s'avisait guère de lui demander autre chose, sinon d'éclairer'.
On pourrait croire la question résolue par l'afiu-mative la plus absolue si une épitaphe fragmentaire de San Giovanni à Syracuse ne venait nous montrer le monogramme du Christ accolé au chandelier à
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2471. — Inscription de Syracuse.
D'après Rôniisclie Quartalschrift, 1896, t. x. p. 31, n. 50.
sept branches. La formule de l'épitaphc n'offre d'ailleurs aucune espèce d'intérêt"* :
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Cependant un doute subsiste. Ce chandelier à sept branches en compte quatorze ou quinze au moins 1 et ressemble assez à une palme plantée debout, mais la présence du petit trépied plaide pour le chandelier: c'est sans doute un petit instrument destiné à maintenir debout la palme. Nous pouvons donc maintenir comme une règle archéologique l'absence du chandelier à sept branches sur les monuments chrétiens ^
^Boldetti, Osseri'ozioni sopra i ciiniteri crisliani, in-fol., Roraa, 1720, p. 526. — * Lettre de Peiresc à Menestrier, 3 mars 1634, conservée à la bibliothèque de l'École de Montpellier, ms. H. 271. — = Rossi, Roma sotterranea, t. m, p. 61 0, mentionne et publie l'épitaphe hébraïque d'un juif converti trouvée au cimetière de Calliste. — ' Paolo Orsi, Gli scani a 5. Giovanni di Siracusa nel 1S95, dans Rnm. Quart. y 1896, t. X, p. 31, n. 50. On remarquera un monogramme du Christ tout à fait identique p. 15.n. 13; p. 23, n. 30; p. 27, n. 39; p. 41, n. 75. sur ce point nulle hésitation; dans les épitaphes.p. 19, n. 22, nous voyons deux fois la palme plantée debout, mais sans l'indication du petit support. Le chandelier est d'autant plus douteux que dans F. Orsi, .'Siracusa. \uove esplorazioni neîîe calacombe di S. Giovanni nel ISOi, dans Notizie degli scavi, dans Alii délia reale Accademia dei lincei, 1895, «ér. V, Classe di scienze morali, sloriche e filologiche, t. m, p. 483 n. 162, nous trouvons sur une épitaphe la palme plantée debout avec une sorte de petit support en plan incliné. — *Bosio, iîoma sollerranea, 1632,1. IV, n. 46; Aringlii. Roma sub/erranea, 1651, t. n, p. 19; Mamachi, Origines christianœ, t. m. p. 39; A. Lupi, Severa? Epiiaphium, p. 177. Quant aux textes des Pères nous avons déjà cité Clément et saint Grégoire, les autres sont moins importants encore.
Il nous reste à dire quelques mots du monument lui-même. Son histoire est pleine de vicissitudes. Sauvé des llanimes lors de la destruction de Jérusalem par Titus', le chandelier d'or fut transporté à Rome et placé dans le temple de la Paix ' après avoir servi à orner le triomphe du vainqueur '. L'n incendie dévora cet édifice"; soustrait à ce nouveau désastre, le candélabre n'aurait pu éviter, d'après Procope, de tomber aux mains d'Alaric , en 410. Le bruit courait, ajoute cet historien, que le trésor de Jérusalem avait été transporté à Carcassonne. Selon Théophane le Chronographe, on le retrouve à Rome, à l'époque du pillage de cette ville par Genséric. Peut-être ces vases se trouvaient-ils dans le Temple de la Paix où ils avaient été déjjosés jadis et réintégrés après l'incendie; toujours est-il qu'ils durent aller grossir le butin des Vandales'». Le sort des objets du temple de Jérusalem et spécialement du chandelier à sept branches est devenu très obscur depuis leur transport en Afrique. D'après Procope ", lors de la conquête de Carthage, Bélisaire aurait envoyé à Constantinople tout ce qu'il aurait trouvé du butin de Jérusalem. Un juif, spectateur du triomphe, dit que ce trésor ne pouvait être gardé dans le palais impérial; il ne doit,ajouta-t-il, reposer que dans le lieu où le plaça autrefois Salomon. Sa présence a causé la prise de Rome par Genséric et elle vient d'amener la ruine du royaume vandale. Justinien, effrayé, envoya les dépouilles des Juifs aux églises de Jérusalem '^ Lorsque les Arabes soumirent cette dernière ville, il est bien possible que les objets en question soient devenus leur proie. Au moyen âge, la basilique deLatran prétendit posséder le chandelier à sept branches, l'arche d'alliance et d'autres souvenirs judaïques d'une importance capitale, soi-disant envoyées par Constantin le Grand". Il est à peine besoin de remarquer que la liste authentique des dons de Constantin à la basilique de Latran ne contient rien de semblable ".
H. Leclercq.
CHANGEURS. Un même nom désignait, chez les Romains, les manieurs d'argent : banquiers, changeurs, orfèvres. Nous avons déjà étudié les banquiers"; nous ne dirons ici que quelques mots des changeurs clirétiens, qu'on nommait argenlarii fabri ou vascularii et quelquefois simplement argentwii. Ces diverses professions n'étaient pas rigoureusement séparées et un mSme personnage taisait volontiers les opérations de banque, l'achat et la vente des métaux, l'essai et le change des monnaies. Les changeurs, plus précisément appelés nunumilarii, mensularii, collccltirii, ouvraient des comptes, changeaient l'argent ou le prenaient en dépôt. C'est pourquoi, dans la pratique, et
Théophile d'Antioche, Jn Mailh., vi; S. Jérôme, In Zach., c. IV ; In Matlh., c. v; In epist. ud Philem., c. ii; Bédé, In Exodum, c. x.x-xv, tous ces textes sont à peu près insignifiants. Quant à Cosiuas Indicopleustes. Topographie: clirislianiv, 1. V, P. G., t. Lxxxviii, col. 209. on n'en saurait rien tirer, et la miniature du ms. de Smyrne va lieaucoup au delà du texte. Cf. J. Strzygowski, Der Silderkreis des griecbischen Physiologus des Kosmas Indikopleusles und Okiateuch nach Handschriften der Bibliolhek zu Snnjrna, in-S», Leipzig, 1899, p. 57, pi. x.xviii, n. 1. — • FI. Josèphe. De bello judaico, 1. V, c. xxvi. — ' Ibid.,\. Vil, c. XIX. — * Ibid., I. VII, c. xvn. — • Hérodien, 1. 1, c. xiv. — "Procope, De bello vandai, éilit. Dindorf, 1. II, c. ix, Corp, script, bist. bgz., p. 446; Tliéophane, Cltronographia, ad ann. 447, édit. Bekker, Corp. script, hist. byz., p. 37-40- Sur les vicissitudes du temple de la Paix. cf. H. Grisar, Histoire de Rome et des papes au moyen àgCr in-S", Paris, 1906, t. I. p. 81, note. — 'De bello vandalico, 1. II. c. ix, p. 446. — '=E. LeBIant. Inscript, chrét. de la Gaule, t. n, p. 477, note 10. — "Mirabilia, édit. Parthey, 1869, p. 31; Jean Diacre, De Lateran. basil., c.iisq.; Mabillon, .l/iisipum Italicum.t. il, p. 563 sq. — ^^ Liber panliftcalis, édit. Duchesne, 1886, 1. 1, p. 72 sq. — " Dictionn., t. ir, col. 198-202.