‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 63 sur 303 · n. 20S7. — ' Monum · texte numérisé non relu

n. 20S7. — ' Monum

CHANOINESSES

Hélène convoquait les vierges ofTiciellcment inscrites sur la matricule de l'itglisc pour leur offrir un repas qu'elle servait elle-même : xal tÔc; îtap^ivou; -ri; àva- 7£Ypa|j.fj,£va^ èv toi twv È>tx)./jfft(xiv */avôvt, ettè loxîaiTiv TtpoTpcTrotiivY], 5t' layxïiç Aîixo'jpYo-jTa, Ta O'La taîl^ Tpa- ■jisïaiç TtpoçrÉcpEpe'. Ces vierges inscrites sur la matricule, v.avwv, et les veuves qui leur sont jusqu'à un certain point assimilées — administrativement du moins — recevront ou prendrotit dès le :V siècle l'appellation de y.jc/fjvi/.a; que nons lisons chez saint Basile, saint Macaire, saint Jean Chrysostome, dans la Aiiô/itr) x'jpt'oujdans les A'oueHes de Justinien, ailleurs encore.

Saint Basile s'exprime ainsi : TtapOÉvo? tiç t?,ç èxx>.r|(7(a; xavovi/.r, ' et nous avons de lui une lettre adressée aux zavovizaî', une lettre à la xavovt/.r, Théodora S enfin une lettre à Amphiloqiie louchant lesxavovixai^ Quoiqu'on ait pu dire ^, de même que le titre de canoniciis dérivait de l'immatriciUation du sujet au canon, de même le titre de canonica, qu'il fût porté par une vierge ou par une veuve, tirait son origine d'une inscription semhiable. L'attrait du paradoxe et le souci de la contradiction, si séduisants qu'ils soient, ne sauraient raisonnablement prévaloir contre l'évidence fondée sur les textes.

De ces trois textes de saint fîasile. celui de la lettre à Ampliiloque vise l'immoralité des xavciv.xa; et ne nous apprend donc rien sur la corporation ou sur la vie qu'on y menait, l.a lettre à la xavrjvtxr, Théodora. relativement à la vie qu'elle avait vouée semblerail devoir être pleine d'utiles renseignements, tandis qu'on n'y rencontre que des banalités, modestie dans les vêtements, réserve dans les entretiens avec les hommes, frugalité de la table, rejet des superfluilés pour n'admettre que le nécessaire; évidemment rien de bien nouveau ni de bien original dans tout cela, pas plus que dans les recommandations : constanlia in ahslinentiii, in precando scdiililas, in fntlcrna ditcclione commiscratio, liberalitas erya indiip'nti's, spirilu (mimique abjeclio, cordis contritio, fldci saniliif, inmœrore œquabilitds. nunriaam intrrmiltcntc Cdijilaliune nosira Icrrihilis illins et incliictabilis judieii lecordalioneni. Bien de plus. Mais ce vague même en dit presque autant qu'une description plus précise. Tout ce que Basile rappelle, car il n'impose rien de nouveau, c'est l'ensemble de règles et prescriptions dont se compose l'ascèse domestique avec ses mortifications, sa reserve et ses bonnes œuvres. Quant à la lettre auxxxvovixaî; c'est une petite mercuriale théo- Jogique; ici encore, nul trait utile à relever pour la discipline.

Les autres textes grecs ne sont pas plus instructifs. Ce que nous savons c'est qu'en Orient le titre de xavovixTi fut appliqué aux vierges et aux veuves faisant partie ofiiciellement de la communauté, ce titre n'entraînait, semblc-t-il, d'autres obligations que celles de pratiquer les vertus chrétiennes et d'assister assidûment aux réunions liturgiques. A défaut de textes nouveaux et plus diserts que ceux que nous possédons, il faut savoir reconnaître que le nom et l'institution

' Soeratc, Hisl. eccles., 1. I, c. xvii, P. G., t. Lxvii, col. 121. — ' S. Basile, P. G., t. xxx, col. 795. — ' Epist., LU, P. G., t. XXXII, col. 391. — ' Episl.. CLXXiii, P. G., t. xxxii, col. 647. — ' Epist., CLXxxviii, P. G., t. xxxii, col. G71. — ' A. PôschI, Bisclw/aiit und Meiisd episcopalis, in-S", Bonn, 1908, p. 50 sq. — ' Ce qu'était la vie de ces religieuses hors cadre ou hors rang, on en trouve de curieux exemples dans les vies dos saints. Dans la V//(i Desiderii Alsegnudicnsis {Acta sanct., septomb., t. v, p. 790; Xeiies Arcltiv, l. xxvii, p. 389 sq.), on lit cette description de la vie de Pomponia à Saint-Dizier, c. v : Erat atiteni in eodcm loco sitnctinionialis fcmina,qiiic cxctibubnl in iitrio illiiis oraculi sedulum

semble avoir disparu de bonne heure en Orient où les monastères de vierges se fondent et se multiplient d'une part, tandis que d'autre part les diaconesses demeurent en possession du rang hiérarchique et des attributions à elles primitivement concédées.

En Occident, l'identité des institutions hiérarchiques à l'époque primitive, et peut-être quelques textes dont il est plus prudent de ne pas user, invitent à admettre l'existence de ces mêmes groupes de vierges et de veuves que nous venons de signaler et à leur attribuer des occupations analogues. Mais les virgincs et les viduœ fournissent bientôt au recrutement des monastères qui, en Afrique, en Gaule, en Italie, à Rome commencent à pulluler. Monastères de types variés et d'aspect curieux, assez éloignés de la conception qui prévalut dans la suite, mais que ce n'est pas ici le lieu d'étudier. Monastères toutefois dont les habitantcs,.sfmc/i'mon/fi/e.s, cloîtrées à certaines heures, sortant à d'autres heures, se lançant même dans les excursions et les lointains voyages, recueillent et absorbent les corps de vierges et de veuves jadis attachés à telle ou telle église. A cette troupe régulière s'ajoutent celles qui marchent à la remorque, par groupes minuscules, trop indépendantes pour subir une règle et vivant à peu près à leur guise, passant entre les juridictions, se faisant excuser par quelques bienfaits ou quelques services, n'ayant ni existence, ni rang ofiîciellement déterminés et considérées dans les localités où elles vivent, comme des simples sanctimoninles qu'elles ne sont pas, mais dont elles reproduisent d'une certaine façon la vie et dont elles pratiquent à leur manière les vertus. Devant la troupe régulière, nous ne rencontrons que les diaconesses dont on tend à restreindre déjà, du moins, à délimiter le rôle et à réduire les fonctions. Nulle part nous ne rencontrons les chanoinesses proprement dites, pas plus que nous ne les voyons sortir des sanctinioniulcs. Ce sont les sanrtimoniales hors cadres qui continuent sous une forme un peu altérée mais encore reconnaîssable — celles du moins qui se sont tenues en garde contre l'absorption par les monastères — les virgines Deo siieratœ et les viduœ de l'antiquité chrétienne, lilles les continuent, mais dans l'anonymat, car il ne faut pas s'attendre à rencontrer nulle part en Occident l'organisation des chapitres de chanoinesses avant le milieu du viii* siècle '.

Et tout d'abord il faut renoncer à retrouver — par conséquent à établir — une transmission quelconque entre les xavovtxi; mentionnées par saint Basile et les canoniae que nous rencontrons au viii* siècle en Occident'. L'analogie qu'on peut relever entre les attributions des unes et l'organisation des autres ne I)ermet en aucune façon de les rattacher entre elles. Tout au plus peut-on admettre, comme nous venons de l'indiquer, que les xavovixat de l'Orient recueillent un certain nombre de virgines saeratœ à l'époque où le progrès de la réglementation contraint doucement ces dernières à se ranger sous une forme dévie moins indéfinie que celle qui avait été la leur jusque-là; tandis que les canonicœ de l'Occident se rattachent,

minislerium prœbens vunclis venientibus et in itliid introeunlibus. Ola rappellerait même les ya-:',/',-: de Sérapis, les incidmnles. Dans la VilaGaïKjnlfi, c. xi (Artti sanct., mai. t. Il, p. 647), nous rencontrons deux feninies quœ constitiitiv in loco posscssionis ciits siipcrius noniinatn Varennas sariclimoniœ atqtie castitatis stitdiis inserriebant. Quand on songe i'i ce t\ui est inutilisé pour l'histoire des origines de la vie religieuse parmi tant de textes que ne lisent pas ceux î"! qui il appartiendrait de le faire et d'en tirer parti, on ne s'étonne pas que tout soit mystère encore dans ce lointain passé. — • \V. I.evisun. dans Wcsldeulsclic Zeitscbrijt jiir Gescliichle and Ktinsl, 1909, t. x.xvii, p. 491-

CHANOINESSES

après une quinzaine de générations au moins, à ces mêmes virgines sanrse par l'intermédiaire d'une population indécise de nonnes dont le caractère le plus marquant est de n'être pas embrigadées parmi les sanclimoniales. Les efforts tentés en vue de retrouver des cunonicse au vu' et même au vi« siècle en Gaule ' n'ont guère obtenu l'assentiment de ceux qui sont remontés aux textes eux-mêmes.

La formule 32'' de Marculfe paraissait si claire qu'on ne pouvait souhaiter rien de plus : ... <■( nos ac causa ■jiriiiter per testes veraces inquisivinnis, quod ipsa femina abbalissa pro suo clerico a domno illo IransmisU, et eiim in canonicas presbylcri ordinavit -. Cette formule, si elle appartenait au formulaire de Marculfe, nous reporterait sans doute au vir- siècle, mais elle est de rédaction très postérieure ainsi que l'indique assez le titre du groupe dont elle fait partie : Fornuilse Marcuiftnœ œvi Karolini '. Ce groupe se compose d'un certain nombre de formules tirées de Marculfe ou de son Supplément auxquelles on en a ajouté de nouvelles rédigées en vue des besoins sous Charlcmagne. Et dans ce recueil factice, la formule 32= qui tient le dernier rang est de beaucoup postérieure à tout le reste; l'éditeur C. Zeumer lui assigne la lin du ix*^ siècle*. Inutile, dès lors, de s'attarder à ce texte pour lui découvrir une antiquité qu'il n'a pas.

Grégoire de Tours ne nous en apprend pas plus dans son récit bien connu de la révolte des nonnes du monastère de Poitiers contre leur abbesse en 5S0 et 590. Chrodechildis se rend à Tours, va trouver l'évêque et lui expose en quelques mots la situation. L'évêque répond : Si abba/issa deliquil aul canonicam regiiUim in aliquo prseternùsil, accedamus ad fralem noslrum Maroueum episcopnm et... '. Il faut, on le reconnaîtra, pour trouver dans ces simples mots la régie canoniale, une règle distincte des règles monastiques en vigueur à cette époque, un effort d'exégèse et surtout un effort de bonne volonté. Le régime disciplinaire en vigueur à Poitiers nous est d'ailleurs connu. Comme beaucoup de fondateurs de cette époque, Radegonde avait d'abord pratiqué l'éclectisme et avait remis à l'expérience de lui apprendre avec le temps la règle qui s'adapterait le mieux à son monastère; cette expérience l'amena en 567 ou peu d'années auparavant à établir la règle des nonnes rédigée par saint Césaire d'.\rles '. Ce fait est attesté de la façon la plus indubitable; nous possédons encore la lettre de l'abbesse Césarie accompagnant la copie de la règle ', et la mention que fait de l'introduction de celle-ci Venance-Fortunat, biographe de Radegonde '; mais en outre Grégoire de "Tours lui-même s'est chargé de nous apprendre que c'était bien la règle de saint Césaire qu'on suivait dans le monastère de Sainte-Croix de Poiticrs.Danslalettre adressée peu avant l'année 568 à sainte Radegonde par sept évoques gaulois, il était question des jeunes filles, et en un mot de toutes celles qui abandonnaient leurs diocèses pour venir se ranger sous le gouvernement de Radegonde : et quia quasdam comperimns divinitale propitia, de

* K. H. Schâfer, Die Kanonissenstifter im detttschen MU- 1 Mnller, Ihre Entu'icklung iind innere Einrichlung im Zusammenhang mit dem allchristlichen Sanktimonialentiim , in-S", Stuttgart, 1907, p. 121. — ' C. Zeumer. Formulée merowingici et karolini feui, dans Mon. Germ. Iiisl., Loges, t. V, p.ll2, 127, n. 32. — =C. Zeumer, dans Sciies Archiv, t. VI, p. 41 sq. — ' C. Zeiuner, Formulée, p. 111, lig. 45 sq.

— ' Grégoire de Tours, Hist. Francor., I. IX, c. xx.xix, dans Mon. Germ. hislor.. Scripl. «ui merov., t. i, p. 393, lig. 25.

— ' Sur cette date probable, cf. W.Mayer, Die Gelegenheitsdichter Venantius Forlunalus, dans Ahliandlungen der Goltinger Gesellscha/t der Wissenscimilen. Phil. hisl. niasse, l'.)01. nouv. série 1\, t. v, p. 97 sq. — ' Monum. Germ. hist., Epislular.. t. m, p. 450 sq. — ' Vila Rade-

nostris terriloriis ad institutionem veslrx régulas desiderabiliter convolasse., firmamus, ut, licet onines. œqualiter qux ibi conveniunt in Domini capitale mansurœ debeant inviolabiliter custodire, quod videntur libente semel animo suscepisse... tnmen spccialiler definimus, si qua, sicut diciurn est, de locis sacerdotaliter nostrse tjnbernationi. Domino providenli commissis, in Pictavinacivitale vestro monasterio meruitsociarisecundum beatœ niemorix donini Cœsarii Arelatensis episcopi constiluta, nulli sit ulterius disccdcndi licenlia '. Radegonde avait fait aux cvêques une réponse conservée dans le monastère et dans laquelle on lisait : monasterium puellarum Pietava urbe consiitui, ... insuper' congregationem per me, Christo prœslante, collecta, regulam sub qua sancla Cœsaria deyuit, quam sollicitudo beati Cœsarii antesliles Arelatensis, c.r institutione sanctorum patrum convenienler collegit, adscivi; et à ces passages nous pourrions encore ajouter ceux dans lesquels on lit par exemple : reyiilariter obedituram, .......regulam frangere, extra regulam exinde,

egredi, nunquam de nostra régula — inuninucre valcat atiquid aul mulare, custodiens regulam,... ordinasse regulariter '". Voici donc ce que Grégoire de Tours désigne sous le nom de canonica régula; car il n'y a pas à invoquer une substitution d'une règle à une autre accomplie à Sainte-Croix après la mort de la fondatrice Radegonde. Celle-ci étant morte le 13 août 587, la substitution aurait été bien vite opérée puisque les incidents rapportés remontent à 589 ou 590; mais enfin ce temps si court suffirait à la rigueur. Cependant qu'aurait-on mis à la place'? Une autre règle! Laquelle'? Une règle canoniale I Mais de cela nul indice, et notez que parmi les griefs des nonnes révoltées contre la nouvelle abbesse on ne voit rien qui indique une telle substitution. Mais il y a plus. Les évêques viennent faire enquête sur les lieux et rédigent leur jugement : intcrrogata Chrodieldis vel Basina qnare tam audacter contra suam regulam foribus monasterii confractis discesserant^^, leur règle, la règle du monastère, il n'y en a donc pas deux, mais une seule en vigueur, celle de saint Césaire; et encore : respondentes prolulerunt non habcre se aliquid nisi per Iisec qux dixerinl eam ista fecissc contra regulam proclamarent ", la règle; pas d'ambiguïté. Enfin l'épilogue : In hac synodo Basina... coram episcopis sola prostrata,veniam pctiit,promillens se cum caritate abbatissœ monasterium ingredi ac de régula niliil transcendere ". Enfin dans l'interrogatoire de l'abbesse, nous l'entendons répondre à une inculpation : de tabula vero respondil : Etsi lusissel, vivente domna Radegunde, si minus ciitpa respiccret, tamen in régula per scripturam protiiberi, nec in canonibus relui il '*:amii pour se justifier l'abbesse déclare que ces sortes de jeux de hasard ne sont interdits ni par la règle, ni par les canons. Ces canons, ce sont ceux de l'Église, il n'y en avait pas d'autres, et à supposer qu'il y en eût d'autres, ils difléraient donc de la régie. L'expression régula canonica ne veut donc désigner autre chose que la règle de saint Césaire; il est possible que Grégoire de Tours ait simplement

gundîs, c. xxi\', dans Mon, Germ. histor., Scripl. rer^ meroving., t. ii, p. 372, lign. 2i. Cf. Carmina. I. VIII, i. vers 53, fiO, dans Mon. Germ. hist.. Auclores antiquissimi. t. IV, part. 1, p. 179 sq. — * Hisl. Francor.. 1. IX, c. xxix. dans Script, rer. meroving., p. 395, lig. 13-21, Sur la date de cette lettre, cf. W. Maycr, op. cit., p. 100. — " Hisl. Francor., 1. IX. c. xLi, dans .Scripl. rer. meroving., p. 401, 403. — " Hi'il. Francor., I. X, c. .xvi, dans Scripl. rer. meroving., t. i, p. 427, lign. 12. — " Hisl. Francor., I. X, c. XVI, dans Script, rer. meroving.. t. i. p. 428, lig. 26. — " Historia Francorum, 1. X, c. xx, dans Scriplores rerum meroving., t. i, p. 431, lig. 2. — " Hisloria Francorum, 1. X, c. XVI, dans Scriplores rerum meroving., t. i, p. 428» lig. 6.

CHANOINESSES

voulu dire la règle divisée on chapitres ou canons et encore la règle qui contient le canon de l'observance monastique.

Le Martyrologe hiéronyniien mis à contribution^ ne nous apprend rien lui non plus. La tablette du 26 décembre (fo</. Wisscnib.) porte ces mots : in anthiocia siria! nal.scorn. virgiinimxi.canonicanini'; la tablette du 9 avril (cod. Bcrn., Eptern., Wisscmh.) porte : Syrmium... cl vu virginum canon/eanim'. Mais pour tirer de ce mot l'indice d'une institution en vigueur en Occident et de ses ramifications en Orient, il faut plus que des prodiges d'exégèse et de bonne volonté, il faut des prodiges de fantaisie. De ce que trois copistes ont écrit un mot il ne s'en suit pas qu'ils l'aient compris, c'était pour cette engeance la moindre des préoccupations; pour s'en convaincre il suffit de voir ce que les uns et les autres font d'un nom propre : Sijrmicum, firmionis, sijrmionum. D'ailleurs à l'époque où fut compilé et transcrit le martyrologe hiéronyniien, le mot canoiiicus était connu et employé en Gaule, aussi l'un des copistes a écrit canonicoriuii, d'autres cannoninim, canicr; celui-ci esquivait la difficulté, d'autres enfin l'enjambaient purement et simplement. D'un masculin tirer un féminin, cela se fait, grâce à Dieu, tous les jours et n'engage à rien, in' prouve rien. Si ceux qui ont introduit ces termes dans les textes du martyrologe traduit en latin avaient comme c'est possible rencontré le mot y.avovixa! dans l'original, ils ont simplement décalqué adroitement et utilisé l'adjectif canonial *, qui ressemblait fort à ce qu'ils avaient sous les yeux, pour en faire un substantif.

Nous rencontrons deux mentions de canonicœ dans le Pénitcntiel de l'archevêque Egbert d'York (73'2- 766)^ C'est d'abord dans une énumération et la place est à retenir : Episcopus, prcshylcr, dinconns. snbdiiiconiis, k'clor, in griidu vcl sine, in conjiigio vel sine, peregriniis, virgo, fcmina canonica vel sanclinioniatix. débiles, in/irmi..., il s'agit ensuite des fautes charnelles : si sine voto monachi euni paella... si cum canonica II annos. fréquenter III annos.

C'est donc parmi les Anglo-Saxons que nous rencontrons pour la première fois, vers le milieu du viii'' siècle, la canonica, en attribuant à ce nom uu sens bien distinct et le réservant à une institution particulière. S'ensuit-il que le nom et l'institution aient paru d'abord en Angleterre, on n'en a aucune preuve et les textes du Pénitentiel d'Egbert fourniraient tout au plus une présomption. .-\u reste, que ce soil en Angleterre ou ailleurs, nous ne sommes pas en mesure de rattacher cette institution nouvelle aux nonnes qui vivaient disséminées hors des monastères. Celles-ci, pieuses filles, échappaient depuisdes siècles à l'immatriculation qui les enrégimentait à l'origine et au moins jusqu'au iv^ siècle. Depuis l'époque des invasions, les archives des églises étaient plus que négligées — et pour cause — réduites, on peut le supposer.au très strict indispensable; ainsi la liste de celles qui appartenaient à l'Église par les services rendus et par la prébende servie avait disparu depuis

' H. Scliiifer, op. cil., p. 27, note 7; et si ce renseigiiL— ment était reccvable, on voit que du coup la transmission du mot y'/.ovv/'/i d'Orient en Occident se trouverait en meilleure posture. — ■ Cod. Eptern. : antioc. syriïv sciirum virij. niiin. XL elalior.; Rich. : Anliochia virginum qiiiulraginla;G.: uirginuni XÏ.I canonicanini. De Rossi-Ducliesne. Martyrologium hierotitjmiuniim, dans. 1 c/rt .sanc/., novcmbr. t. II, p. 15G. — 3 Ibid., p. 41, \ecod. Kplern. porte canoniconim. les ^■ariaIllt'S sont : cmiiioiiintm. canicr., et Rich., I. V ometlent I;i nieiilion ranonicaruni. — • Canonica était monnaie courante, nous venons de le rencontrer dans Giégoirc de Tours. — ' Peenilcnliale, prolog., c. v, viii; Wasscrsehlebeii, Die Bussordmim/en dcr abendldndischcn

longtemps, et si les canonicœ se sont recrutées dans ce personnel anonyme, nous n'en pouvons guère espérer découvrir la preuve, puisque le caractère de ce personnel était de ne dépendre de personne. Pour faire comprendre ce qu'était ce personnel figurons-le-nous tel qu'il existe de nos jours, immuable dans ses trésors de vertu et ses petits travers : c'est toute cette population féminine bien pensante, dévouée, généreuse et qui assume sa large part des œuvres et des travaux de zèle que fait germer dans une paroisse le zèle du prêtre qui la gouverne, dames de charité, visiteuses des pauvres et des malades, directrices de l'ouvroir, catéchistes de persévérance, etc., etc. Ces dévouements, ces spontanéités sont de tous les temps, aussi bien du iv= au viii» siècle que de nos jours, et celles qui s'y adonnent ne sont liées par aucun vœu, ne rentrent dans aucune catégorie, ne sont inscrites nulle part et désignées sous aucun vocable. Assidues aux réunions liturgiques, affiliées à une congrégation, à un tiers-ordre, à une confrérie, elles fournissent largement au recrutement des ordres religieux. .Jusquelà elles reproduisent.avec l'infinie variété que le temps impose, le groupe des virginesDeosacratx de l'Église primitive. Et d'après cela, on comprend sans peine que le passage de ces pieuses femmes de leur vie de dévouement îi la vie canoniale ait pu se faire sur place, peu à peu, sans rien qui attirât l'attention et nous valût quelque récit circonstancié. De même qu'il arriva un jour, en quelque ville ou bourgade, qu'un petit groupe s'unit plus étroitement, s'associa et s'afTdia pour prat iquer des canons, pour se conformer àl'e.Kemple que donnaient les prêtres séculiers de l'entourage épiscopal qui. sous ce nom moins nouveau pour eux de ctHionici. s'efforçaient de pratiquer la vie commune conciliableavecles obligations du ministère sacerdotal; de même quelques fejnmes, sans renoncer au.x œuvres et aux pratiques de toute leur vie, prirent ce nom de canoniex sans bien se douter qu'elles étaient le noyau d'une institution nouvelle. Ainsi leur nom apparaît un jour sans que rien semble l'avoir préparé, et les canonicœ se trouvent être les héritières et continuatrices de celles auxquelles on se déshabitue vers ce temps de donner le titre A'ancilla Dei. de famula Dei. Voir Ancill.\ Dei.

Vers le milieu du vin-' siècle, la transition se fait et plusieurs textes en témoignent. Le concile réuni en 742 sous l'inlluencc de saint Boniface prescrit ni nmnachi cl ancillœ Dei monasleriates j'iixla regulam saneti Bencdicli ordinare el vivere, vitam propriant giibernare sludcanl ': mais au concile tenu à Ver, en 755, nous lisons que désormais les ancillœ Dei veluUv devront vivre in monaslerio sub ordine regiilari aut siibmanu episcopi, sab ordine canonico '. Dès lors, nous rencontrons de plus eu plus fréquemment ces ancillœ Dei velalœ qui vivent snb ordine canonico, en prennent le nom, quœ se canonicas vocant '.

En 817, f uren t rendues en concile, à Aix-la-Chapelle, deux ordonnances importantes. L'une concernait les chanoines (voir ce mot), l'autre intitulée : jDe inslilulione sanclimonialiiun, est plutôt destinée aux

7iirc/ie, p. 232, p. 2.3('i; Haddan and Stubbs, Conncils and ecclesiastical docianenis, relating to Great Brilain and Ire- /nnd, t. III, p.417, 422. Quant au Pénitentiel auquel ona imposé le nom de Bcde, P. /.., t. xciv, col. 572, c'est une compilation du Pénitentiel d'Egbert a\ ec un outre. Il ne semble pas qu'on ait aucune bonne raison d'attribuer a Bédé un Pénitentiel. Cf. Bédé, Opéra hislorica. édit. Plummer, t. i, p. clvi sq. ; Wasserschleben, op. cil., p. 247 sq.

— "^ Verminghoff, Co;ir. tvri A-nro/r>?(. dans Monam. Ocnu. liislor., t. Il, p. 4. eau. 7. — " Boictius, Capil. reg. )ranc., daiis Monum.Gcrm. hisl., Leges, sect. ii.t.i, p. 35.can. 117.

— 'Ibid.. t. II, p. 171. can. 47 (en 794): p. 264, can. 1.3; p. 284, can. 53-65 ;C'n;)i7., 1. 1. p. 100, can. 5; p. 103, can. 31

CHANOINESSES

CHANT ROMAIN ET GREGORIEN

chanoinesses qu'aux nonnes. En voici le résumé :

Ch. i-vi : Passages de saint Jérôme, de saint Athanase, etc.

Ch. vii-xxviu : Les prescriptions du concile d'Aixla-Cliapelle; on remarquera la ressemblance frappante entre ces prescriptions et celles qui concernent lesclianoines.

Cil. VII prescrit aux abbesses de conformer à ces prescriptions leur vie et celle des personnes qui leur sont soumises, de demeurer dans les monastères, de ne pas taire des séjours plus ou moins prolongés dans les villes, etc., de visiter assidûment les malades, de porter les mêmes habits et d'avoir les mêmes aliments que leurs inférieures.

Ch. VIII : Elles ne doivent pas recevoir un trop grand nombre de nonnes, ni des personnes qui ont vécu dans un trop grand luxe: avant toute admission elles doivent donner lecture aux récipiendaires des canons ci-inclus.

Ch. IX : .\vant leur entrée, les nonnes doivent disposer de leurs biens, dont l'administration ne les distraira plus dansla suite. Elles peuvent en faire don à l'Église, s'en réserver l'usufruit, ou ne les aliéner en aucune façon; dans ce dernier cas, elles doivent toutefois instituer un procureur. Quant aux jeunes filles ou aux personnes dont la vocation religieuse pourrait donner lieu à des dillicultés, on ne doit pas les recevoir d'une manière imprévoyante.

Ch. X ; Le voile et l'habit noir ne sont pas tout; il faut que le cœur soit pur. Défense aux nnnnes de causer avec les hommes. Toutes dormiront au dortoir, chacune dans un lit. Elles observeront les heures canoniales; les filles de naissance noble ne s'élèveront pas au-dessus des autres; aucune ne fera parade de sa chasteté ou de ses autres qualités.

Ch. XI : 11 faut une clôture solide, murée. Dans l'enceinte il y aura réfectoires, cellules, dortoirs et autres bâtiments nécessaires.

Ch. XII : Toutes auront la même quantité de nourriture et de boisson, ce qui ne se pratiquait pas autrefois.

Ch. XIII : Toute nonne doit recevoir par jour trois livres de pain et trois livres de vin, ou bien, au lieu de trois livres de vin deux livres seulement et deux livres de bière, ou, dans les pays qui ne produisent pas de vin, trois livres de bière, en ajoutant, si c'est possible, une livre de vin. On donnera moins dans les monastères pauvres. On veillera à ce que les jours de fête la nourriture soit meilleure. On fournira aux nonnes tout le nécessaire en viande, poisson, bois, etc., de même que la laine, le lin, les habits, etc. Toutes prendront leurs repas ensemble à l'exception de celles qui sont malades ou reçoivent des visites.

Ch. XIV : Comment l'abbesse doit veiller au salut de toutes les personnes qui lui sont soumises.

Ch. XV : Toutes les nonnes doivent, en temps voulu, et au signal donné, se rendre à l'église pour les heures canoniales; elles s'y tiendront d'une manière respectueuse, avec piété et en silence, etc.

Ch. XVI : Elles prieront souvent et avec un cœur pur.

Ch. XVII : .\près compiles elles se rendront au dortoir où une lampe brûlera toute la nuit.

Ch. XVIII : Pénalités. — Comme pour les chanoines.

Ch. XIX : L'ne abbesse ne doit parler à un homme que dans le cas de nécessité et en présence do témoins.

Ch. XX : L'abbesse nommera les sœurs au nombre de trois ou quatre qui seront toujours présentes lorsqu'une nonne aura à causer à un homme ou lorsque les ouvriers feront des réparations.

Ch. XXI : Les chanoinesses (canonicc vii'cntitus)

' Ephcs., V, 19 : 'é.al'.-j.rt-, la.,: *£J.>4aT:>aT;; cf. ColOSS., III, 16;

.\ct., XVI,

A. Ge-

peuvenl avoir des servantes qu'on surveillera de près.

Ch. XXII : De l'éducation des jeunes filles.

Ch. XXIII : Les nonnes pourront avoir des habitations privées pour le jour, mais le réfectoire et le dortoir seront communs, sauf pour les malades.

Ch. x.xiv-xxvi : On nommera des aides : à la cuisine, à la porterie.

Ch. XXVII : Les clercs des monastères de religieuses auront une habitation et une église en dehors des murs de ces monastères dans lesquels ils n'entreront qu'à une heure déterminée et pour y dire la messe; ils seront accompagnés du diacre et du sous-diacre et aussitôt l'ofTice terminé, tous se retireront. Les nonnes assistent à l'office divin derrière un rideau. Si une nonne veut se confesser, elle doit le faire dans l'église afin d'être vue de tous, et quant aux malades, le prêtre qui va les assister sera accompagné d'un diacre et d'un sous-diacre.

Ch. xxviii : Hors du monastère on établira un hôpital, dans la demeure et proche de l'église du clerc chargé de ce monastère; à l'intérieur de l'hôpital un local sera réservé pour les veuves et les pauvres femmes.

H. Leclf.rcq.

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