‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 66 sur 303 · I .1 ! I I ) ! I II · texte numérisé non relu

I .1 ! I I ) ! I II

Papyrus \V de Leyde, p. 14i, lignes 31-32 :

tf-

E-:tixû!XoSu.aî (j£ Kûpte, (LStxù uavov uavw go'j Je t'invoque, Seigneur, par une hymne: je chante

ta sainte puissance :

Papyrus

de Leyde,

ligne 12

sq. :

Je t invoque par la voix des [anges^?]

jnâles :

Ces transcriptions permettent de constater qu'à une époque contemporaine de la forniatioi et du développement de la mélopée chrétienne », il existait des chants liturgiques parmi des groupes apparentés au judaïsme, au christianisme et au paganisme =. Ces chants étaient basés sur des lettres représentant chacune un son et un temps uniques et groupées par rythmes: la vocalise alternait avec les récits' et la liberté d'exécution du rythme s'imposait. Tantôt, un rythme se reproduit régulièrement, tantôt, les rythmes divers alternent. Deux éléments du chant

• Le papyrus de Leyde est .iitéricur au iv siècle; les papyrus deBerlin prennent place entre Icivet le \u' siècle. — = Friedlander. Der vorclirisllivlw judische Gnosticismus, in-8», Gottingen, 1898. — » Ce n'est parfois, comme dans les e.vemples 4 et 5, qu'une petite formule qui orne la rmaJe d'un verset. — ' F.-.V. Gevaert. La mélopée iintique, P- 13- — ' L'éolicn et l'iastien relâché s'emploient à l'exclusion des autres formes modales, pour les Traits. 'Le

Tonaiius de Règinon contient environ 680 antiennes du mode iastien (VII'. VIII*, IV modes ecclésiastiques); 350 antiennes du mode éolien (I" et, par exception, IP);

gnostique ont passé dans le chant chrétien, l'un, le 7:poy.ei[j.evov, avec son nom même, dans les liturgies grecques; l'autre, le térélisme ou Iclasma, dans le chant byzantin et avec le nom slrophiciis {uox Irenxula) dans le chant romain.

V. Ch.\nt gréco-rom.mn. — La structure harmonique et la doctrine musicale gréco-romaines nous offriront de nouveaux rapprochements avec le chant ecclésiastique. . La disposition régulière des cantilénes gréco-romaines était celle des modes authentes de l'Église '. » Le mode dorien, le plus usité à l'époque classique et pendant les trois premiers siècles de notre ère, conserve une place honorable dans le répertoire chrétien. Le Te Deum est dans le mode dorien; la Prœfatio nussœ parait avoir eu primitivement la finale dorienne; la psalmodie du iir ton, celle du iv, toutes les antiennes du m'' ton et plusieurs du iv forment une série respectable. Cependant, la place la plus large dans l'antiphonaire revient au mode iastien dans quelqu'une de ses trois formes : iastien relâché (le plus fréquent), iastien normal, iastien intense =. Le mode éolien est celui qui, après l'iastien, compte le plus grand nombre de pièces. La simplicité de ce mode, qui est sa caractéristique secondaire se manifeste dans l'étendue restreinte de ses cantilénes un peu monotones puisque l'éolien ne possède aucune variété secondaire '.

Outre ces trois modes, qu'il possède en commun avec les cantilènes ambrosiennes et les restes de la musique vocale des anciens, le chant ecclésiastique présente une échelle modale inconnue à la citharodic gréco-romaine, comme à l'hymnodie primitive; c'est le mode lujpohjilicn ' qui, comme l'iastien, admet trois formes : normale, relâchée, intense^. La présence de ce mode parmi les chants de l'Église romaine est due, sans doute, suivant F.-A. Gevaert, à des inlluences populaires. Chez les anciens, Ihypolydien relâché était surtout consacré à la chanson gaie^ l'intense aux nsnies funèbres. L'harmonie hypolydienne n'est guère représentée dans l'antiphonaire que pour une vingtaine environ du nombre total des chants réjiartis entre les trois autres modes. Notons, dès maintenant, la présence d'un spécimen de l'hypolydien intense parmi les restes de l'art gréco-romain. C'est une mélodie minuscule, la plus gracieuse sans contredit, que l'antiquité nous ait léguée '. En ce qui concerne sa structure harmonique, ce petit morceau de cithare concorde exactement avec les chants antiphoniques; par contre, le parcours mélodique diffère. Tandis que le dessin antique occupe toute l'octave lydienne, les cantilènes de l'ofTice ont l'ambitus ordinaire de l'hypolydien normal.

En résumé, le chant ecclésiastique a pris à l'art classique les quatre octaves modales les plus aiguës : éolienne, iastienne, hypolydienne, dorienne. Les quintes des deux modes inférieurs, hypolydien et dorien, contiennent la consonance mélodique du triton. Les quintes des deux modes aigus, éolien et iastien, ne recèlent aucune intonation dure. Dés son origine, la mélopée des chrétiens d'Occident marque une tendance caractérisée vers la consonance.

La rythmique de la musique gréco-romaine nous.

100 antiennes du mode dorien (III- et ciuelques-unes du IV«). — "Le sens de la préposition :-^ est nettement sous, dans le sens de dérivé ; on n'hésitait pas, autrefois, ù dire : sous-phrygien, sous-lydien. — * On entendait par relâchée, une mélodie qui s'écartait de son échelle propre au grave intense, une cantilènc qui se développait et se terminait dans le haut. — ' F.-.-V. Gevaert, op. ci/., p. 51. On peut supposer que nous avons là un chant universellement connu cl aimé au ii° et au iir siècle, quelque refrain populaire. Il se trouve noté tout à la fin d'ua manuscrit avec la simple mention : x.ù>.'.v t;à(ry.;A&v.

CHANT ROMAIN ET GREGORIEN

est connue par des textes fort clairs, bien que ks exemples manquent pour les illustrer tous. Le chanaement de rythme était l'objet de prescriptions minutieuses, quoique le mélange des rythmes pût aller jusqu'à une entière liberté tempérée seulement par le goût artistique; aussi a-t-on pu dire que, comme l'Église chrétienne, « l'antiquité païenne a connu des mélodies qui n'avaient que le rythme libre de la prose oratoire '. » Rien de plus curieux qu'un exemple de mélodie chantée, simple couplet de chanson, gravé sur un monument funéraire à Tralles, en Asie-Mineure '.

"O- cov Çviç tpa(- vou' [xriSèv 5-}w; au Xu-

t;- Xo; h /po'-vo; â- r.xl-zti

On va constater la parenté étroite de celte mélodie avec une pièce de la liturgie romaine, l'antienne Uosanna de l'office des Hameaux ' :

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Ho- San- na fi- 11- o Da- vid :

be-

die- tus qui ve- nit in no- i

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ne Do- nii- ni : 0 rex Is- ra-

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el : Ho- San- na in

in ex-cel-fis.

VI. Chant f.cclésiastiove. — Ce que nous venons de voir montre que le cliant ecclésiastique, loin d'être une création spontanée, est comme pénétré d'inllucnccs qui ont marqué leur empreinte d'une manière plus ou moins profonde et durable. On ne peut guère songer, croyons-nous, dans l'état de nos connaissances, à déterminer avec précision la part et l'étendue de ces diverses influences : c'est déjà un fait d'en avoir pu reconnaître l'action. Nous constatons que le christianisme, grâce à cette étonnante faculté d'adaptation qui est en lui, a su accueillir les formes musicales avec une souplesse analogue à celle qu'il apportait à l'égard des formes artistiques et intellectuelles. De son origine judéo-orientale il tirait (juclques ressources ciu'il allait développer en entrant en contact

'A. Gastoué, op. cU., p. 38; il cite Belleimann, Vincent, Gevacrt. — » Nous suivons ici la transcription de M. A. Gastoué, op. cii., p. 40. Sur ee texte et sa copieuse hlhliographie, cf. (Jevacrt, /.a mélopée, p. 33, 40,380, note 1. — 'A. Gastoué, op. cil., p. 41. La similitude s'observe jus-

avec le monde gréco-romain oii il se « trouvait en face d'une technique et de tonnes musicales en partie différentes de ce cjue ses origines premières lui avaiejil légué. Uéunir les unes aux autres, explicjuer au moyen des théories en cours ou appliquer, à ces mêmes théories, les thèmes que lui avaient transmis traditionnellement les musiciens juifs, telle fut donc la tâche des chantres chrétiens pendant au moins quatre siècles. De ce travail devaient, évidemment, surgir des formes nouvelles, et d'autant plus que les langues liturgiques allaient agrandissant leur cercle. Le culte traditionnel de l'ancienne synagogue se servait de la vieille langue hébraïque pour le chant des psaumes et la lecture des Livres saints. Mais la version grecque alexandrine, dite des Septante et celle d'.\quila, répandues chez les juifs hellénisticiues, la version syriaque du II" siècle, connue sous le nom de Peschito, d'autres, peut-être, que nous ignorons, tendaient à supplanter l'original hébreu. Nous ne savons point, il est vrai, d'une façon précise, si ces versions ne servaient qu'à l'usage privé de l'Écriture sainte ou si elles étaient autorisées pour l'omce liturgique. Cependant, à examiner l'emploi de la langue grecc|ue chez tant de communautés juives de la Diaspora, à voir comment une multitude de ces communautés s'est convertie à la foi chrétienne, abandonnant aux juifs de la nouvelle dispersion l'usage exclusif de l'hébreu et du chaldaïquc, il est permis de supposer assez justement que lecdites communautés employaient ordinairement la langue greccpic pour leur liturgie traditionnelle. Les prédicateurs de la foi chrétienne suivirent les habitudes des synagogues. L'Église de Jérusalem, formée exclusivement d'israelites pendant de longues années, dut conserver plus exactement quo d'autres les observances originales. Quand, après la destruction de la ville par Hadrien, elle se reforme dans la nouvelle .Elia, les éléments grecs dominent et leur langue, la -/.oivr,, l'emporte sur les dialectes sémitiques : il est presciue certain, cependant, cjue la tradition liturgique survécut dans sa plus grande partie. .\ux siècles suivants, c'est toujours sur Jérusalem que la chrétienté fixe les yeux, et quand Rome cherche à organiser définitivement son service liturgique, et particulièrement le « cursus >< psalmodique. c'est dans la ville sainte qu'elle va chercher ses modèles. Il est naturel de penser que l'habitude de la langue grecque ne fut pas sans infiuence sur les cantilènes hébra'i'ques, au texte original des([uelles elle substituait sa traduction; que, d'autre part, à de nouveaux textes liturgiques en grec, une mélopée de style grec fut unie. Enfin, lorsque Rome, au cours du iii= siècle,emprunta à d'autres Églises l'usage du latin, ces modifications durent s'accentuer. Cependant, il ne faudrait pas s'exagérer l'importance de ces transformations. Établie partout sur des bases identiques, tournant dans un même cercle, mêlant ici et là ses éléments divers, la musique chrétienne devait rester une. et les accidents extérieurs que le changement de la langue chantée amenait, n'étaient en somme que des détails : l'ensemble subsistait dans ses grandes lignes \ »

Nous ne pouvons guère attendre des textes historiques des éclaircissements sur la mélodie et lerjthme, mais seulement d'utiles indications sur le style général et l'interprétation.

A plusieurs reprises, saint Paul exhortait les fidèles au chant des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels ^ Bientôt le Nouveau Testament vint y ajouter quelques pièces et, de très bonne heure, on

qu'au mot Domini. le reste est un intéressant rappel du thème. —'A. Gastoué. op. cil., p. 42-43. — «Ephes., v, 18; Coloss., III, 1('>-17; I Cor., xiv. 2.'). On tr.>uvera dans n >s Afo/iiimcnfa Ecclcsiœ litiirgiai. l. i. n. fiGli. 701, 1371. 1372, 1453,1460, 1524, des textes utiles pour le chant chrétien.

CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN

prit l'habitude d'en former des recueils '. Plusieurs, probaljlemcnt, galvaudaient ces mélodies, car on fut obligé de rappeler que ces chants sacres ne devaient pas être exécutés pour le délassement des profanes. Dans les festins des pa'iens, ne chantons pas les psaumes et ne lisons pas les Écritures, de peur de paraître semblables aux musiciens, citharédes, chanteurs et diseurs de bonne aventure..., il ne convient pas que nous chantions ainsi les cantiques du Seigneur ^. La célèbre lettre de Pline à Trajan mentionne chez les fidèles de Bithynie (voir ce mot) « l'usage de se réunir à jour fixe pour dire un chant au Clirist, comme à Dieu. » Quant à l'exécution de ces chants, nous ne savons rien, sinon ce qu'en dit Clément d'Alexandrie qui autorise les chrétiens à faire usage de certains instruments de musique, par manière de délassement, après le repas par exemple, mais à condition qu'on ne les introduira pas à l'église. Le genre chromatique est particulièrement réprouvé, de celuilà il ne doit pas même être question '. Ainsi la musique liturgique en est réduite alors à être purement vocale *.

1. Psalmodie rcsponsorialr. — La psalmodie est le plus ancien et le plus abondant de tous les éléments qui ont contribué à la formation du cliant ecclésiastique. Aux psaumes furent assimilés quelques passages lyriques de l'Ancien et du Nouveau Testament; les premières générations chrétiennes ne connurent guère d'autres sources d'inspiration et sur ce thème les formes liturgiques se développèrent rapidement. Eusèbe témoigne vers le premier quart du iv siècle que « le précepte de chanter des psaumes au nom du Seigneur était observépartout; car, dit-il, ce commandement de psalmodier est en vigueur dans toutes les Églises existant parmi les peuples, non seulement pour les Grecs, mais encore pour les Barbares *. » et il ajoute que o dans le monde entier, dans les villes et les villages, comme dans les champs, en un mot dans toute l'Église, les peuples du Christ, recrutés dans toutes les nations, chantent à haute voix des hymnes et des psaumes au Dieu unique annoncé par les propliètes, en sorte que la voix des psalmodiants est entendue de ceux qui sont dehors «. » Ces trop vagjcs indications sont précisées par une lettre de saint Basile qui nous apprend que la psalmodie est en luuineur chez les Lybicns, les Thébains, en Palestine, en .\rabie, en Pliénicie, en .Syrie et jusque sur les rives de l'Euplirate ''.

Tous, hommes et femmes, prenaient part à la psalmodie *. En certains lieux cependant, il avait fallu imposer silence à ces dernières, tandis qu'en d'autres Églises, mieux disciplinées ou mieux encadrées, les voix féminines s'unissaient dans un seul chœur'. Cette discipline du chant, comment l'obtenail-on? Probablement par l'emploi d'un groupe de chantres chargés d'entonner les pièces, de régler l'allure, d'em-

porter les passages moins connus qui pouvaient faire trébucher. En tous cas, il semble assuré que, d'une façon générale, les instruments restaient exclus. Nous n'avons besoin que d'un instrument, la parole qui apporte la paix... mais nous n'avons que fa're du psaltérion, de la trompette de la cymbale et de la flûte'";» à leur place « nous chantons les louanges divines avec un psaltérion vivant, une cithare animée et des cantiques spirituels. Car, ce qui plait à Dieu plus que tous les instruments, c'est l'unisson de tout le peuple chrétien chantant des psaumes et des cantiques '', • aussi la règle est-elle alors à peu près sans exceptions : « Dans les églises, l'emploi des instruments avec le chant est prohibe, les voix seules sont permises ''. »

L'exécution de la psalmodie avait été primitivement réservée à un seul chantre'*; l'assemblée contribuait pour sa part par des acclamations intercalées dans le solo psalniodique ; cependant, on s'essayait parfois à chanter à deux chœurs, par exemple, chez les thérapeutes "; mais il n'est pas prouvé que cette pratique se soit introduite parmi les assemblées chrétiennes, quoiqu'on en ait attribué l'introduction, dans l'Église, à saint Ignace d'Antioche '^. Avant d'en venir à cette innovation, voici comment on procédait dans les réunions liturgiques. Le soliste commençait p.ar faire connaître le titre du psaume qu'il avait à chanter, l'assistance savait alors la part qui lui revenait car les Constilutions ai)û.<;lolitjucs, 1. 11, c. T,vii, l'avertissaient qu'elle aurait à répéter les acrostiches"' ; c'était là le itsalrnus responsorias ", encore en pleine vigueur à la fin du iv siècle. Ce chant responsorial revêtait des formes diverses. Tantôt, l'assemblée alternait avec le chantre vers par vers, de préférence on pratiquait l'emploi d'un refrain emprunté au psaume ou inspiré par lui ", parfois, une simple acclamation, par exemple : Amen ", Alléluia, ou bien une formule rapide: r/iwniam in œternum minerieordia ejiis, ou un texte de circonstance : Confnsi sunt omnes, qui adorant sculptilia, qui gloriantur in sinuilacris. Cet usage du canlus rcsponsorius est commun à l'Orient et à l'Occident où nous le trouvons indiqué par TertuUien '"; au iv" siècle, il y est en pleine application, saint .Augustin en témoigne à plusieurs reprises pour l'Église de .Milan, on y lit ces indications très claires : l'oces pxalmi qiws audivimus et ex parte cantavimus, où l'on saisit l'alternance du soliste et des fidèles, et encore : psalmo quem cantatum audivimus, cui cantando rcspondinuis ^', ce sont les mêmes usages en Afrique, à Rome et ailleurs.

2. Psalmodie chorale ou anliphonique. — C'est en Orient qu'il nous faut chercher l'origine d'une innovation grosse de conséquences ; la psalmodie en chœur. <i Je dois dire l'origine des chants antiphoniques (-'j-ji ivTijûvo-j; -javov;) dans les mœurs liturgiques. Ignace, troisième cvêque d'.\ntioche, qui avait conversé familièrement avec les apôtres, ayant un jour

* Eusèbe, llisl. eecïes., 1. V, c. xxviii, P. G., t. xx. col. 512. Les psaumes et les cantiques de nos frères, réunis dès le principe par les fidèles, célèbrent le Christ, Verbe de Dieu, en lui attribuant la divinité, ^'oi^ : Dic/io/in., au mot Cantioves. — -S. Clément, Epist. n.ad virgines,P. C.t.i, col. 431-433. — ^Clément d'Alexandrie, Pœdagogus, 1. Il, c. IV, P. G., t. VIII, col. 444,445. — «En Orient, on enfreint la loi; par exemple, à Antioche, sous l'épiscopat de Paul de Saniosate; ailleurs encore, mais ce sont bien des infractions. Théodoret, Hœret. /abitl, iv, 7, P. G., t. lxxxiii, col. 426. . — ' Eusèbe, Ad psalm. lxv, P. G., l. .xxiii, col. 047. — •Eusèbe, Ad psalm. l.^v, P. G., t. xxiii, col. 658. — ' S. Basile, Epist.. r.c\n, 3, P. G., t. xxxii, col. 763. — ' Sozomène, //i5(. crcj., 1. III, c. vi, P. G., t. lxvii, col. 1047.

— • S. .\mbroise. In psalm. i, P. L., t. xiv, col. 968. — '» Clément d'.\lex., Picdag., 1. II, c. i v, P. G., t. viii, col. 443.

— " Eusèbe, In psnlm.Mi, P. G., t. xxill, col. 1171 sq. Eusèbe fait remarquer ici la pratique contraire des juifs

qui avaient accordé aux instruments un rôle important dans la psalmodie. Cf. S. Jean Chrysostomc, In psalm. ■ l, P. G., t. i.v, col. 497. — '= Ps. Justin, Qiuesl. ad orlhodoxos, n. 107, P. G., t. VI, col. 1353. — " C'était également l'usage dans les synagogues. Le psaume cxxxv. avec son refrain à chaque verset : Quoniam in adernum misericordia e/«s, nous fait toucher le procédé d'exécution. — '• Eusèbe, Hisl. eccles., 1. II, c. xvii, P. G., t. xx, col. 173. — " Socrate, Hisl. eccles., 1. VI, c. viii, P. G., t. lxvii, col. SS9. —

^^ K'/- '. '«•,; z'J- '\/'^:r7Z-/\a l-'.'W'i.'t.i'^K SUF IcS dlVCrSCS

significations du mot, voir Acrostiche. — '■ F. Cabrol, Étude sur la Peregrinalio Silviw, in-S», Paris, 1895, p. 59 sq. — '* Comme le psaume invitatoire à Platines, ps. xciv. — ^* S. Jean Chr>sostome, 7/) psa///ï. ( Ai//, P. G., t. Ev, col. 328. — -° Tcrtullien, De orationc. c. .x.xvir, P. L. t. I, col. 1301. — -' S. .-Augustin, In psalm. .wvi, 2; In psatm. M.vi, 1, P. L., t. XXXVI, col. 199, 525. Cf. P. Cagin, Antipbonarium Ambrosiantim, 1.S96, p. 30.

CHANT ROMAIN ET GRECxORIEN

eu la vision des chœurs angoliques chanlaut en l'iionncur de la sainte Trinité des hymnes anliplioniques (Stà TfiJv àvTc^pfovwv 'ju.v(i)v TTiV àyt'av Tpîaoa {/[j.vo'jvt(i)v), introduisit dans l'Église d'Antioche une tradition analogue à ce qui lui avait été révélé '. » C'est également d'Antioche que Théodoret fait partir le mouvement, mais à une époque un peu postérieure : « Ces deux hommes admirables, Flavicn et Diodore, avant même d'avoir été initiésau sacerdoce et n'étant encore qu'au rang des laïcs (entre 348 et 338), s'a]>|>liquérenl à promouvoir autour d'eux la dévotion populaire aux prières de nuit comme à celles du jour. Ils inaugurèrent la distribution des chœurs des ])sallisles en deux groupes auxquels ils apprirent à chajiter alternativement les psaumes de David. <-)'jtoi jipti-co! ôt/-?, in- /(Svxe; Toùç Ttùv *l^aX).ôv7ttjv ywç^rj'jç £x ôiaôo'/r,ç xÔ£:v zr,'/ Aa-jrrix/;v èôiSîïotv iiO.Moix'i " ». D'un jiassage de Sozomène qui vise les mêmes faits, il parait évident que les yuipv^i 'ia/.yôviMv, ce n'étaient pas seulement les clercs, c'était le peuple aussi '. 11 y a de plus dans Sozomène im m; s6o:, à propos de cette ilivision en deux chœurs, qui semblerait considérer comme un usage établi ce que Théodoret donne comme une nouveauté. Théodoret poursuit : « Une fois cette coutume implantée à Antioche, on la vit gagner de proche en proche et se répandre de là jusqu'aux extrémités de la terre. » Voici l'institution bien établie, mais dans cjuelle mesure ce chant alterné d'un chœur à l'autre était-il une innovation? Voici ce que nous apprend Théodore île Mopsuestc ' : C;vtrrum pcr id leinpus Aniiochia' flrirchant et l'iiiulescienliaqiie célèbres lifibebcmtur Flavianiis et Diodonis quorum ille Antioelienn episcopalui, hie Tarsensi postea prœ/ectus est. Alque ut Tlicodorus Mopsuestenus srrihit « iiliun psalinodiii; speciem quas antipitonas dieimus, itli ex Syroruni lingua in yrœcam Iranslulcnuit et (iniiiium prope soli iidmirandi hujus oiieris, nmnibus orbis rluistiani Iwminibus auctores apparucrunt. « Ainsi I-'lavien et Diodore n'ont guère fait cjue des traductions du syriacjue et il est tout à fait probable (|u'ils ont emprunté la cadence alternée en même temps que les textes qui la supportent.

De la Syrie, la psalmodie chorale venue à Antioclie s'introduit à Constantinople et de là à Milan et en Occident. On lit, en ellet, dans la vie de saint Ambroise, par son notaire Paulin : Hoc in Icmpore primum antiplionœ, iH/mnique ae iHyiliœ eelcbrari rapcrunl, eu/us celebritalis devolio usque in Itodiernum dicm non soluni in eadem iJcr/c.-.;» (Mediolancnsi) l'e'rum per omnes pcne Occidcntis prorineios mimet ^ et saint .\ugustin ajoute que ces cliants étaient célébrés secundnm morcm orienlalium jnulium. Ce qui constitue véritablement l'innovation, tant en Occident <|u'en Orient, ce n'est peut-être pas la psalmodie à deux chœurs en elle-même, c'est la psalmodie à deux choeurs populaires. On peut se demander ici comment la foule, ne sachant pas le psautier de mémoire, pouvait psalmodier ainsi. La réponse la plus directe qu'on puisse faire à cette question, c'est un fait. Et ce fait se [)ro<hnsi[ précisémenl à Antioche. dans les pre

' Socrate, Ilist. eccles., I. VI, c. viii, P. G., t. L.xvii, col. 688-G89. — "■ Théodoret, Ilisl. eccfes-., 1. II, c. xix, P. G., t. Lxx.xii, col. lOGO. — ' Sozomène, 7/i.s/. écries., 1. IU,c. XX, P. G., t. Lxvii, col. 1100. Dans le présent p.ira- Si'aphc nous ne faisons que rèsiuner, le plus souvent transcrire et un peu enordonoer. Ii's reniartiues é]>arses de doin P. Oaï^in, dans Antiplt'uuu'ituu .Xint'ni^ianuin, formant les t. v et VI du recueil intitulé Pulëngrdphic musicale. 1S9G. Dans une dissertation d'aspect un peu chaotique, le vénéral)Ie savant a prodigué les trésors d'une érudition qui n'a dec >mparable que son obligeance. — * Ce passage n'existe qu'a l'étal de citation diois Nicétas (^honiatcs, Tlwstiurus /idci, 1. V, c. XXX, P. G., t. c.xxxix, col. 1390. — 'Paulin,

mières années qui suivirent les enseignements de Diodore et de Flavicn, à l'occasion de la translation des reliques de saint Habylas et pendant un trajet d'environ quarante stades. «On dit qu'on se pressait à l'envi, hommes, femmes, jeunes hommes, jeunes filles, enfants et vieillards pour traîner la châsse du martyr, et qu'on chanta des psaumes tout le long du chemin. Ceux qui savaient le mieux les psaumes chantaient les premiers et le peuple leur répondait de concert, et voici le verset qui servait de refrain : « Que tous ceux qui adorent les idoles soient confondus, que ceux qui se glorifient dans leurs faux dieux soient couverts de honte *. » Les élèves de Flavien et de Diodore étaient bien formés. On voit comment ils se tiraient des dillicullés pratiques du nouveau système.

Quant aux élèves de saint -AnUjroise. ils obtenaient un résultat tout à fait satisfaisant, l'n auditeur illustre, saint .\ugU5tin, nous a conservé le souvenir de « ces accents cjui vivilient des paroles chantées par une voix douce et savante. » Par cette harmonie, « les alïections de l'âme et leurs nuances variées retrouvent chacune sa note dans les modulations de la voix » à tel point que parfois, dit-il, « un excès de précautions contre de telles surprises me jette dans un excès de rigidité et je voudrais éloigner de mon oreille et de l'église ces touchantes harmonies, comjjagnes ordinaires des psaumes de David. Il me parait alors plus sûr de s'en tenir à ce que j'ai souvent ouï dire d'.Mhanase, évêque d'Alexandrie, cpi'il les faisait réciter avec une légère infl'xion de voi.x, plus semblable à une lecture qu'à un chant. » tam niodico flcxu rocis faciebai sonare Icctorem psalmi ut pronuntianli viciniur esse! quant cancnti '.

« Et cependant, quand je me rappelle ces larmes que les chants de votre église me firent répandre aux premiers jours où je recouvrai la foi, et ((u'aujourd'hui même je me sens encore ému, non de ces accents, mais des paroles modulées avec leur expression juste par une voix pure, je reconnais de nouveau toute l'utilité de cette institution. Ainsi je Hotte entre le danger de l'agréable et l'expérience de l'utile, et j'incline plutôt, sans porter toutefois une décision irrévocable, au maintien du chant dans l'église, afin que le charme de l'oreille élève aux mouvements de la piété l'esprit trop faible encore. Mais pourtant, lorsqu'il m'arrive d'être moins touche du verset que du chant, c'est un péché, je l'avoue, cjui mérite pénitence; je voudrais alors ne pas entendre chanter '. — Voilà où j'en suis. »

11 faut croire cjue la décision vers laquelle inclinait saint Augustin s'affermit dans la suite. Vers 426-427. il fait une allusion qui donne à penser que les diocèses voisins du sien s'étaient ouverts, peut-être à son exemple, aux nouveaux chants, notamment à l'offertoire et à la communion. Déjà, vers l'an 400, Augustin répondant aux questions de Januarius, donnait la mesure suivant la([uelle on peut introduire plus ou nioinsd'art dans la pratique du chant d'église». Mais le passage du livre des Con/cssions cjue nous venons de ra])peler suffit à renseigner sur le caractère de la psalmodie usitée à cette époque.

I'i7(i .S. .ImSrosii, P./.., t. XIV, col. 31. — '.Sozomène, /fi!c(. ccc/cs.,1. V, c.ix, P. G.,t. Lxvii, col. 1 272: Théodoret. /fis(. ecc!es.,l. m, c. vi, P. G.,t. lxxxii.coI. 1097. Voir Dictionn., t. I, col. 2288, 2375. — ■ S. .\ugustin, Confctsinnes, 1. X, c. xxxin, édit. P. Knôll, Viudobon;e. ISOli, p. 2G4. P. Wagner, Origine et déoelnpperncnt ilu rhoni liturgique jusqu'à la fin du mmjcn âije, in-8", 'l'oiu'nai, 190 I. p. .'iS, donne de ce texte une explication qui nie parait purement conjecturale. D'après lui, saint .\thanase ramenait les chantres d'.\lexandrie à une pratitiur ancienne <ïiïnt ils s'étaient déshabitués pour adopter un chant orné. — » S. .\ugustin. Rétractai., t. II, c. xi. /'. /... t. xxxii. col. (l.il. — » S. .\ugustin, Episl., lv, P. /... t. wxiii , c >1. 2 il.

CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN

Ce n'était déjà plus cette simplicité du temps de saint Athanase que se prend à regretter l'évêque d'Hippone dans ses accès d'austérité. Ce n'était plus cette sobriété de modulation qui réduisait la mélopée à n'être qu'une récitation semi-cliantnntc; transformée par des intonations et des cadences régulièrement musicales, elle aboutissait à une cantiléne mélodieuse supposant un certain art de composition et d'exécution. C'était une mélodie déjà assez puissante l)our surprendre les impressions, une mélodie riclie et variée, et cependant c'était encore une psalmodie qui ne se départait pas de son thème fondamental, le psautier de David. Mais dès lors, les chants s'adaptaient si parfaitement aux textes que les uns et les autres semblaient se prêter un mutuel concours, ceux-ci donnant à ceux-là le sens et la vie. pour en recevoir à leur tour une nouvelle onction et comme leur expression adéquate. Enfin, leur allure toute naturelle, malgré cet art exquis, demeure assez simple pour provoquer les récriminations des donatistes. Finalement, saint Augustin les justifie par le souvenir du bien qu'ils faisaient à son âme alors qu'aux premiers temps de la conversion, il ne pouvait les entendre dans l'église de l'évêque Ambroise sans en être ému jusqu'aux larmes. Voilà le trait d'union qui rattache le chant d'Hippone au chant de Milan, dont nous cherchons à nous représenter la physionomie native au temps où saint Augustin fréquentait l'église de saint Ambroise, et le chant de Milan nous fait bien proches du chant de Rome, où, d'après les recherches les plus rigoureuses, l'organisation de la liturgie et du chant appartiendrait au pontificat de Damase (366-384) qui. au dire du Liber pontiftcali.t, établit le chant des psaumes jour et nuit dans toutes les églises. Peut-être l'impulsion fut-elle donnée par le concile de Rome, tenu en 382, et auquel assistèrent des évêques grecs et syriens familiarisés avec Tant iphonie^.

En résumé, la psalmodie chorale entra au v^ siècle dans une nouvelle phase. A la forme rcsponsoriale succède la forme antii)lionique. « Cette habitude nouvelle eut forcément une répercussion importante sur la musique : à l'antique répons convenait le quasi-récitatif de la psalmodie ordinaire; au refrain plus long et mieux ordonné de l'antiphonie, une mélodie plus recherchée devenait nécessaire'. • 11 ne semble pas impossible d'en ressaisir la trace et de retrouver, en quelque façon, le genre musical auquel l'innovation antiphonique donna naissance. Les descriptions des écrivains du iv= siècle répondent assez exactement à ce que nous rencontrons dans quelques anciens manuscrits. Prenons les nombreux passages où saint Augustin a relevé des textes chantés soit en antienne, soit en répons. Ces textes, surtout lorsqu'ils sont tirés du psaume, sont très courts. Or, nous en retrouvons une grande partie dans le chant romain ou dans l'ambrosien, précisément dans le fonds le plus ancien de ces liturgies. Dans l'une et l'autre, ils sont caractérisés par un chant très simple, presque syllabique. qui ne souffre aucune difficulté d'interprétation, et est très voisin du récit psalmodique. En voici quelques-uns; nous ne pouvons affirmer que la mélodie soit contemporaine des citations faites par saint Augustin ; il y a, toutefois, de grandes chances pour qu'il en soit ainsi, ces très courts refrains faisant partie du fonds primitif emprunté directement au psautier et répété fidè-

lement chaque semaine pendant de longs siècles, dans les églises les plus importantes. Pour nous, ils représentent, à n'en pas douter, de très antiques réclames du chant, appartenant plutôt même à l'époque rcsponsoriale qu'à l'époque antiplionique. Et, soit dans le répertoire romain, soit dans le milanais, on en trouve encore des centaines de même genre, exécutés ici et là de semblable façon '.

Antiph. Ainb't'ûs. \—.

1 " dim. d*.\vent.

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Lœ- te- tur corquae- ren- ti-

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Antiph.d'Hartker.

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Ex-sur- ge Do- mi- ne et

ju- di- ca

cau-sam me- am.

En quoi consistait le chant ecclésiastique pendant la première période, jusque vers le milieu du iv<^ siècle? Le soliste exécutait sa partie et la foule introduisait en temps marqué des acclamations. Ces répons devaient offrir plus de variété que nous ne pouvons le supposer, à défaut d'indications précises. Le chant responsorial était surtout en usage après une lecture afin de procurer à l'assemblée l'occasion de manifester les sentiments élevés et ardents provoqués en eux par les paroles de l'Esprit-Saint. L'n des écueils des longues réunions était la fatigue et l'inattention parmi les fidèles, principalement dans les offices nocturnes. Afin de tenir tout le monde éveillé, les Constitutions apostoliques ( 1 1, c • Lvii) prescrivent après deux lectures une psalmodie des hymnes de David, le peuple se joignant aux derniers mots des versets. A mesure que la vie religieuse se répand, des communautés d'hommes et de femmes de plus en plus nombreuses s'adonnent à d'interminables récitations psalmodiques et, autant pour éviter la somnolence de l'inaction qu'un excès de fatigue, ces assemblées sont les premières à substituer au chant responsorial trop monotone le chant antiphonique.

Eusèbe nous parlant de la psalmodie telle qu'on la pratiquait avant cette innovation, laisse entendre qu'elle offrait une sorte d'ornement: ailifilîiaixi. ', expression signifiant plus qu'un récitatif. Ailleurs, il dit : nous chantons les psaumes sur des airs mélodiques : Q[iQ9(i)vov [j.£).o; £v 72;; 'ia/ u.o"/.ov;a:; àv2::i[jL~o;A£v^. Dans l'église d'Alexandrie, pendant l'épiscopat de saint Athanase, ce saint faisait réciter les psaumes avec une légère inflexion de voix, plus semblable à une lecture qu'à un cliant'. Aussi, quand saint Augustin distingue diverses manières de lectures dans l'Église latine ', nous pouvons admettre que la plus simple différait à peine du chant psalmodique, tandis que la plus ornée devait atteindre à la mélodie.

'Eu égard à rinDuence de saint Augustin parmi ses colègues, on peut presque dire le chant africain, au moins pour une ijartie de l'Afrique du nord. Notons ici quelques dates. Entre 348-358 à .\ntioche. eu 38e. à Milan, en 390 à Constantinople, en 42fi à Carthage. à Hippone et dans ces deux dernières villes, cette date doit évidemment être relevée de plusieurs années, en 375 en Cappadoee. — = A. Gastoué. Les origines dit chant romain, in-S", Paris, 1907, p. 52-

53. — ' Ibid., p. 53 ; Anliplionariumambrosianum.Bril.yius., addit., 3iiO'J. p. 3 (édit. 1896, p. 4), Antiplionaire deHar- Iker, Saint-Gall,n. 390-391 (édit. 1900. p. 179). — * Eusèbe, Inpsalm. ivr, P. G., t. xxiii, col. C47. — - Eusèbe, In psalni. x'i, P. G., t. xxiii, col. 1174. — ' S. Augustin, Con/essiones, 1. X, c. xxxm, P. L.,- t. xxxii. col. 800. — 'S. .\ugiistin. Serm., ccxviit. 1, P. /.., t. xxxvi, col. 1084.

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Lorsque l'antiphonie coiuiiieii(,-a à {îayiuT du terrain, on se garda bien, dans plusieurs Éfjlises de supprimer entièrement l'ancien usage. C'était niî-me un grief de plus aux yeux de certains que sou abandon. Saint Basile ne se croyait pas dispense d'y répondre, ce qui nous a valu l'utile renseignement que voici :« Quant au reproche qu'on me fait sur la psalmodie, je réponds ([u'clle est organisée de la même manière dans toutes les églises de Dieu et qu'elle y résonne agréablement. Le peuple se lève la nuit et va à la maison de ])rièrc; et quand il a prié, il passe à la psalmodie. Tantôt, il se partage en deux parties alternantes, tantôt il laisse chanter un soliste auquel tous répondent; et après avoir ainsi passé la nuit en psalmodies diverses, ils entonnent tous ensemble, comme d'une bouche et d'un cœur, le psaume de la pénitence'. » Quoi qu'on en pût dire, les ascètes ne renonfaient pas volontiers à une forme familière et voyaient volontiers dans l'abandon du chant responsorial l'indice d'une prochaine décadence. L'abbé Pambo, du désert de Xitrie, reprocha amèrement à un de ses moines le dessein formé d'introduire le chant des canons et des tropaires entendu au monastère de Saint-Marc d'Alexandrie. Les moines du Sinaï n'étaient pas moins rigides, ils ne voulaient pas entendre parler du chant antiphonique ni de tout ce qui dépassait la plus simple ])salmodie. C'est peut-être à cette résistance, à ce « conservatisme » que nous devons la réaction en sens iiliposé dont on aurait conservé la trace, le chant direct canlus in clirectuin ou dircclaiiciis qui consistait, non seulement à rejeter l'antiphonie, mais à écarter les réponse Ce chant est encore prescrit au bréviaire ambrosien où il était clianté par les deux choeurs réunis, sans aucune alternance '.

Quoi qu'il en soit de ces résistances purement locales, ce furent surtout les grands monastères d'Orient et d'Occident qui hâtèrent l'heure de l'abandon définitif du chant responsorial. Cassien rappelle que si certains monastères d'Egypte s'évertuaient à maintenir le type archaïque, d'autres monastères poussaient à l'innovation et certains psaumes y étaient prolongés l)ar (les antiennes et des modulations particulières*. (;etlc dernière expression ne peut guère se rapporter qu'à des groupes de vocalises. La règle monastique de Paul et d'Etienne, au vi' siècle, contient la prescription suivante : « Ce qui est à chanter ne doit pas être changé en manière de prose ou de lecture et ce qui est écrit pour être lu ne doit pas être changé en tropes ou mélodies artistiques *. < Cassien appelle de ce nom de « tropes « les formules mélismatiques; c'était de ce côté qu'il fallait veiller maintenant si, après avoir délaissé les chants responsoriaux pour les antiphoniques, on ne voulait pas tomber dans un excès et aboutir à un développement mélodique de plus en plus riche et mouvementé.

.3. Uijmnudie. — C'est encore en Orient que nous devons chercher les sources d'une forme musicale dilTérente de la j)salmodie responsoriale et chorale. Le nom de saint Éphrem d'Édesse se présente comme de lui-même à l'origine de l'hymnodie populaire d'où sortiront plus tard les tropaires grecs : Xidcns bcaUis Ephiient (/iiiiiUiim oinnrx cantii ciipercntiir, illosf/nr a pro/diiis cl inlwncstis hisibiis clwreisciiic eimciincniui'iix. clioros inrijimun Dco suminim institiiil do-

cnilqite hymnos cl scoliis cl lesponsoriu, sublimilnis cl spirilualibus scnlenliis re/erla de Christi nalivilale, haplismo, jcjunio, (ictibus, passionc, resurrectione cl ciscensionc, de mailyribiis. de pienilcnlia, de defunciis ; effecil lit l'irgines Ueo saciœ ad ecclesiam convenircnl cunctis solcmnibus Domini feslis et marlyrum solemniliilibus olf/ue diebiis dorninicis. Ille vcro, velul pater et spirilus cithœrediis, in mcdio ciderat, dueebalque modns musicos el modutundi curminis letjcs^. On devrait, d'après cette indication, diriger les recherches du côté de la musique orientale, mais « l'absence totale de monuments écrits nous ôtc tout moyen d'étudier cette musique à des sources directes. A l'exception des Grecs et des Arméniens, les autres rites orientaux n'ont accompagné leurs textes liturgiques d'aucune notation musicale. La notation arménienne, appliquée à certaines parties des livres liturgiques, est une chironomie d'assez simple apparence; et, dans la pratique, on chante de mémoire, sans se guider expressément sur les signes musicaux. Parmi les chrétiens des autres rites. Maronites, Syriens, Chaldéens, les chants se transmettent comme les mélodies profanes, par la seule voie de la tradition, sans notation ni livres d'enseignement musical. Les chantres modernes légueront k leurs successeurs le patrimoine musical qu'ils ont eux-mêmes reçu de leurs maîtres et gardé avec une fidélité jalouse. Dans les offices orientaux, les parties chantées occupent une place considérable, que l'usage a, pour ainsi dire, consacrée en l'immobilisant. Tous, prêtres, clercs, assistants, et jusqu'aux enfants, peuvent i)rendre part au chant liturgique. Exce])tées les parties réservées à l'ofTiciant, les chants sont exécutés par tous ceux qui savent lire l'ancien syriaque. Certaines prières sont sues de mémoire et chantées souvent par toute l'assemblée. De cette manière, les oftices des Syriens diffèrent des cérémonies actuelles des Grecs, où le peuple écoute en silence '. Les mêmes pièces sont souvent redites, enfin les mélodies sont privées du secours de l'accompagnement instrumental. Ces conditions sont assurément les plus favorables au maintien, par la routine, des airs usuels; mais la routine est mauvaise conservatrice des oeuvres d'art, lors même qu'elle croit respecter et défendre les trésors livrés à sa seule garde. Si les nations de l'Occident, qui possédèrent dans de nombreux manuscrits et plus tard dans des livres imprimés la notation des cantilènes liturgiques, ont pu, jusqu'en ces dernières années, en oublier la vraie leçon et en perdre l'usage, on est en droit de se demander quelle est, au point de vue de l'antiquité, la valeur de la tradition musicale non écrite des Orientaux. Il est vrai que, par caractère, ceux-ci gardent plus fidèlement que nous-mêmes leurs anciens usages, et que les arts restent parmi eux depuis plus longtemps stationnaires, dans la mesure où ces peuples se tiennent plus éloignés de Tinduence européenne. D'un autre côté, l'histoire constate, dans les arts plastiques, la transformation des goûts, accomplie sur place à difïérentes époques, grâce à l'introduction successive des éléments étrangers qui modifièrent la civilisation antique. Les langues ellesmêmes n'ont pas échappé au changement. Sans doute les idiomes anciens de l'Orient subsistent essentiellement dans certains dialectes modernes: mais, ail-

' .S. lîasjle, ICjiisl.. < cvil, li. I'. (l., 1. x\.\ll, col. 7(53 C.'esl égaleineiiL à celte période de Irausitiuu entre l'usage responsorial et l'usage antiptiouiquc que se rapporte la mention faite par Tliéndoret. Ilisl. rclitj., I. V. P. (»., t. i.xwi, d'une antiplionie liyl)ride dans un monastère on <'irees et Syriens altern.'iient la récitation des psaumes, \ Cl sfl par \erset, cfiacuu flans sa langue. — = Nous n'avons la premiéie mention de ce i-liant (hrcrl (|uc dans la règle bénédicthie, e. \ii, /•. /... t. i.w i, col. 1 i;i; les règles monas-

tiques de saint Césairc el de saint .Vurêlien mentionnent également /'. /... t. i.wii, col. 1102; I. i.wm. eol. 3y3. — s Ordo Mcdiohinciisis Kcrles. de Bérold. l.'Aittiphon. anibros. prescrit souvent le psalmus direclaneiis. — ' P. L., t. xxxii, col. 800. — ' P. /,., t. i.xvi, col. «54. — ' Acla S. Eplirœni ex anoniimo exccrpta, <ians .\ssemani, Biblîo- Iheca oricnlnlis. in-fol.. nom;e. 1720. t. l. p. 47-18. — = Mac Leaii, Eii.st syriiiit ddHij ii/lU-cs, in-8", London, 1S91,

p. XMII, XIX.

CHANT ROMAIN ET GREGORIEN

leurs, ils ont ccdù la place à la langue arabe; de sorte que, si l'art musical, moins matériel et, partant, moins saisissable que les produits des arts plastiques, doit être comparé au langage, les chants actuels de la SjTie, ne reproduisaient qu'avec de profondes altérations les traits et les caractères de la source originale. Il est néanmoins certain que la tradition est vivace parmi les nations orientales. En dépit des différences locales, le cliant subsiste fondamentalement le même dans les diverses églises d'un même rite. 11 diffère, au contraire, d'un rite à l'autre, pour les pièces ayant le même texte. Les séparations nationales et religieuses qui se produisirent aux époques historiques connues, amenèrent la cessation de tout rapport entre les chrétiens des diflére.ites sectes, et les rites, bien que sortis d'une source unique se développèrent en accusant des variations toujours plus profondes dans les parties accessoires surtout'.»

On voit, dés lors, l'usage qu'on peut faire des chants orientaux. 11 faut, croyons-nous, renoncer à en rien tirer au point de vue de l'antiquité '; mieux vaut se priver d'un secours si' douteux qu'en faire un usa.ye capable de dénaturer les conclusions qu'on en tirerait. D'ailleurs, la nature et le mode d'exécution de la musique orientale ne permet pas d'exprimer la notation exacte de certaines pièces, ni d'en fixer la tonalité délinitive. Cette particularité n'est pas exceptionnelle, car le rite syrien comme le byzantin possède des formules servant par transposition à différents modes ^

Les Syriens désignent un très grand nombre de pièces sous le nom de ris-qolo qui marque la strophe type, Vhirmiis (v-?lJ-o:) des Grecs. « Cette forme est constituée par la préexistence d'une mélodie, ou au moins d'un rythme donné, caractérisé par l'alternance d'accents ou de dépressions. Le vers, ou la division équivalente, est basé, non point sur la quantité, le nombre ou le mètre des éléments syllabiques et musicaux, mais sur le nombre des accents. On saisit tout de suite l'importance de cette forme musicale. Une phrase donnée peut être caractérisée par deux formules mélodiques d'accentuation et une cadence. Entre chacune d'elles, ou en avant, on peut mettre une, deux, trois notes ou fragments qui les réunissent, selon le nombre des syllabes à mettre en musique. Avec des textes en prose quelque peu rythmée, c'est un procédé d'une merveilleuse convenance pour l'adaptation d'une mélodie à des phrases de plus ou moins de syllabes. L'hirnms, de par son origine et le besoin auquel il répond, doit, en effet, s'adapter à vingt, trente, cent, deux cents textes divers : pourvu que les élévations correspondent, peu importe le nombre des syllabes : c'est donc, avec l'uniformité dans le temps musical, une très grande liberté rythmique, coordonnée cependant par ces accentuations et ces cadences caractéristiques '. »

h'hirmus. outre cette forme indéfiniment flexible, présente une forme rigide qui va donner naissance à

un nouveau genre musical. Déjà chez les Syriens, on connaissait l'existence de longues compositions strophiques. chaque strophe étant écrite d'après les accidents de Vhirmus. De là procèdent les kontakin byzantins et les hymnes latines. Au point de vue musical. Ihymnodie strophique fait la transition entre la mélopée vocale de l'antiquité et le chant liturgique proprement dit. La préoccupation d'où naquit cette nouveauté eut pour point de départ une hérésie à combattre sur son terrain. Vers la fin du W siècle, le gnostique Bardesane et son fils Harmonius d'Édesse avaient composé des cantilénes et des psaumes qui fournirent à saint Éphrem, non pas ses rythmes, mais l'idée d'une hymnologie populaire ^ Un contemporain d'Éphrem, saint Grégoire de Xazianze, compose de son côté des hymnes pour répondre aux psaumes hétérodoxes des Apollinaristes '. En Occident, saint Hilaire de Poitiers rapporta de son exil en .\sie-Mincure, l'idée et le souvenir des tropaires grecs et syriaques dont il s'inspira dans ses essais d'hymnes strophiques suivant les règles du vers classique; mais ses compositions ne pénétrèrent pas dans l'usage liturgique en Occident et disparurent de bonne heure du répertoire local'.

Le véritable fondateur de l'hymnodie et du chant de l'Église latine en général fut saint Ainbroise qui se préoccupait lui aussi de la lutte contre l'hérésie par ce procédé très etTicace. i Certains prétendent, écrit-il, que j'ai fasciné le peuple par le charme mélodique de mes hymnes. .Vssurément, je ne m'en défendrai pas. 11 y a là, je l'avoue, un charme de grande puissance. Quoi de plus puissant que la confession de la Trinité, renouvelée chaque jour par la confession du peuple entier'? » L'effet des hymnes ambrosiennes fut immédiat, universel .prodigieux, à tel point que les ariens répandirent le bruit que l'évèque avait ensorcelé son peuple *. L'hymnodie ambrosienne éveilla le lyrisme clirétieu en Occident et y suscita une littérature qui eut, à ses débuts, un poète éminent. Prudence, puis quelques talents de second ordre, Sédulius au v« siècle, Ennodius et Venance Fortunat au vi'; après eux vint la foule, anonyme en grande partie, des imitateurs insipides '. » La forme diffère de celle adoptée par saint Hilaire qui s'en tenait à une symétrie sommaire, obtenue par le retour périodique de syllabes fortement accentuées. Saint.\mbroise se rattache directement par les formes métriques et musicales à la poésie mélique de l'antiquité païenne, sa langue est classique, sa versification est soumise aux lois de la quantité. Son vers est devenu typique en Occident pour l'hymnodie liturgique ; ses pièces sont toutes composées de huit strophes de quatre vers chacune en dimètres iambiques. C'était apparemment, au iv« siècle, un modèle rythmique très familier à l'oreille, son extrême facilité le rendait propre à être chanté par les masses. Chaque strophe se chante sur la même mélodie.

Gevaert fait observer que la mélopée des poésies de

»J. Parisot, Essai sur le chant liliirgique des Églises orientales, dans la Revue de rOrient clirélien, ISHS, t. m, p. 222-224. Cf. J. Parisot. Rapport sur une mission scienlifique en Turquie d'Asie, dans les Xom>elles urcliives des missions scientifiques et littéraires, i8Q9. t. ik. — =J. Parisot, Rapport, p. 33, note i, confronte un air recueilli il y a un siècle en Ég>-ptc par Villotcau avec la version du même air en Syrie de nos jours : la comparaison est pleinement démonstrative. — » A. Gastoué, Grecs et latins, dans Tribune de Saint- Geruais, 1897. p. 70. Dans une brève recension du Rapport sur une mission, M. .\. Gastoué a relevé quelques rapports entre les chants romains ou byzantins et un certain nombre de transcriptions de pièces orientales. Cf. Revue de l'Orient latin, 1899, t. iv, p. 628-629. — ' A. Gastoué, Le chant romain, p. 62. — ' T.-J. Lamy, 5. Ephrœm Sijri Ilymni et sermones, in-S", ilalines, 1889,

t. III, Proleq., p. II, n. 4. G". E. S. Gyprian, De propagalionc heresium per cantilenas. in-S", Coburgi. 1708 ; réimprimé dans Dissertationes varii argumenii publiée habitée, in-S"*, Coburgi, 1755. — * E. Bouvy, Ae rythme tonique dans riujmnographie grecque, in-S", Ximes, 1SS6, p. 56. — " F.-.\. Gevaert, Jm mélopée antique, p. 63-65; J. Parisot. Jlymnographie poitevine, dans Bibliothèque du > Pays poitevin r-, in-8°, Ligugé, 189S. Il existait un recueil, P. L., t. XXXIII. col. 69, qui a péri; saint Hilaire appelle les Gaulois in hymnorum carminé indociles. P. L.. t. xxvi. col. 355; les hymnes de saint Hilaire avaient, toutefois, été assez connues pour être encore rappelées par le canon 13 du concile de Tolède en 633. Labbe, Concilia.' t. v, col. 1709. — • • S. .\mbr0i5e, Sermo contra Auxenlium^ 34, P. L., t. XVI, col. 1017. — » F. -A. Gevaert, La mélopée antique, p. 66.

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suint Ambroisc. de inêinc que U'iir lytlime. est ciii- ])runtce aux formes courantes du cliant lyrique des Grecs et des Romains, et la slucture harmonique des hymnes chrétiennes du iV siècle ne se distingue en rien de celle des hymnes païens du ii'' ; ainsi les cantilènes anibrosiennes du mode doricn ont la même contexture harmonique que l'hymne à Hélios et la ])artie principale du Chaut à la Muse '. Mais une remarque plus importante forme le commentaire oblige des mots de saint Augustin : Tniic lu/mni et psalmi ut canerentur secundiim morcm oricnlalium pcirtium... inslitutum es/". Pendant tout le moyen âge et jusqu'à nos jours la tradition du chant des hymnes anibrosiennes s'est transmise soit par l'ofTice liturgique milanais, soit par l'ofTice nionasti([UC. Or, aucune de ces vieilles hymnes n'a une mélodie qui lui soit particulière: on les chante sur des timbres qui s'adaptent à toutes celles de même rythme, ce sont encore des hinni^.

« Il est donc, croyons-nous, à peu près impossible de déterminer quelle mélodie a revêtu telle ou telle hymne de saint Ambroise et de ses premiers imitateurs. Leurs mélodies sont interchangeables dans tous les manuscrits notés, aussi bien que dans les livres modernes. Les hymnes qui apparaissent dans les plus anciens hymnaires, avec une mélodie propre sont celles composées depuis la fin du vi": ou le vil" siècle. Mais les anibrosiennes échappent à cette règle, et l'on peut seulement tirer la conclusion que les timbres très divers qui les revêtent sont tous anciens, sans les pouvoir fixer avec précision '. »

La cantilène ambrosienne marque non pas tant un progrès qu'un changement par rapport à la mélopée des chants paicns. Si les formes modales, qu'on ne pouvait abolir, se retrouvent, l'inspiration est toute nouvelle. Désormais, plus de ces successions qui montrent le triton à nu avec une dureté toute romaine; plus de passages où le dessin semble errer au hasard. On sent, écrit Gevaerl, qu'entre le ir" siècle et la fm du IV s'est produite une révolution qui a profondément modilié l'âme humaine, et qu'à certains égards il y a plus loin de l'époque de saint Ambroise à celle d'Hadrien qu'à la nôtre.

Nous n'avons pas à nous arrêter aux com])ositions strophiques de Prudence, parce que ces pièces ne sont entrées dans l'usage liturgique que par une adaptalion postérieure. Au-dessous de Prudence prennent rang beaucoup de noms, mais pas un poète. On ne |)cut guère, en elïet, donner ce titre à saint Augustin, auteur d'une composition plus laborieuse que vibrante et à laquelle il attache le titre de psaume abécédaire contre les donatistes, bien que ce soit en réalité une hymnes Ausone ne peut guère être introduit parmi les ])oètes liturgiquesSct son élève saint Paulin composa un livre d'hymnes qui n'est pas arrivé jusqu'à nous '. Victorinus Afer paraît être l'auteur de trois hymnes à la Trinité *, sans ordonnance métrique ou rythmique. Puis, c'est la troupe des versincaleurs <|ui s'exercent à composer suivant le rythme ambrosien ; déjà la règle de saint Benoît (avant 543) connaît et emploie l'expression courante : (iiubrosidni. Car la vogue s'est mise de la partie; un texte de la seconde

' Ibid., p. OS, 69. — ' S. Aiigust in, Con/essioncs, I. IX, c. vu, 7'. /.., t. XXXII, col. 779. — ' A. Gastouè, op. cit., p. 66. — — * A. Gastouè, op. cit., p. 66. — ^ S. Augustin, Hetractut., I. I, e. XX, P. L., t. XXXII, col. 617. Cf. C. Daux, Ctiant abécédaire de saint Aufiiisliii vntilre les tlonatistcs, in-8", Arras, 1905. — ' lîritin' des clmlcs ancictuics, 190(i, p. :i25- .^:^7. — ' Gcnnade, De viris illusliibiis, c. XLViii, P. L., t. LViii, col. 1803. — ' P. L., t. VIII, col. 1139 sq. — • Gevaert, op. cit., p. 79. Un exemple de Irimétre iambiquc au VI" siècle dans r.liirea lace d'IClpis; la slroplic snpliique avec Paul Diacre, vers 780. — '» I.abl)c, Cniicilia, l. v, col. 841. Par contre, les conciles d'.\gde (506), de Tours

moitié du v siècle nous apprend qu'au jour de Noël, dans toutes les contrées de la Gaule et de l'Italie, l'Église retentissait du chant de l'hymne ambrosienne : Veni redcmplor gcnlium, aussi, n'est-ce plus qu'exceptionnellement qu'on voit reparaître une forme métrique dillérente. Le tétramètre trochaïque, le vers favori du chant populaire des anciens romains, adapté à l'allure grave de l'hymnodie chrétienne, est repris au vr- siècle par Venance Fortunat, « le plus original des poelx minores du christianisme, » les strophes sont détruis vers: Pange linguagloriosi'...

Cependant l'hymnodie ne triomphe pas partout. Le concile de Braga, en 563, exclut de l'ofTice divin les chants en vers, et en général tout texte non tiré des saintes Écritures '".Trois siècles plus tard, le diacre de Metz, Amalaire, chargé par Louis le Pieux de régler le chant de l'office pour toutes les églises de l'empire franc, laisse les hymnes complètement de côté, se conformant en cela à l'usage de la métropole du catholicisme en Occident. On sait, en effet, et ceci est capital pour l'histoire du chant ecclésiastique, que le rite local de Rome n'avait pas encore accueilli les hymnes au cominencemcnt du xn= siècle ".

Comment étaient chantées les anciennes hymnes? En Syrie et en Grèce, le chant des hymnes a dû se rattacher de fort près au chant populaire. On a certainement dès lors adapté aux hymnes, pour assurer leur vogue, des mélodies familières au peuple. C'est tout ce que nous savons de leur appareil musical ^■'.

Les mélodies des hymnes se présentent sous ses deux formes : un chant syllaijique ou un chant mêlé de groupes de notes.

Voici la transcription de deux de ces timbres" :

Rythme Ijinaire.

fê^^^i^a

i^s^gi

4. Mélodie. — L'Occident ne se tint pas pour satisfait de ces innovations dans la psalmodie et l'hymnodie, dès la fin du iV siècle au moins, il introduisit dans la liturgie des mélodies d'un caractère plus artistique. Cet un nouvel élément, quoique à bien prendre nous l'ayons déjà rencontré dans les vocalises en usage dans le chant des synagogues et dans le chant des sectes gnostiques. .Mais à l'époque dont

(567) et de Tolède (633) prescrivent les hymnes anibrosiennes. — " Il n'est pas encore question dans le XI" Ordo roman us du chanoine Benoit, dédié à Célestin 11(1143-1144), P. L., t. Lxxvm, col. 1025 sq. Et cependant, peut-être est-il prudent de mettre une sourdine à l'afTirmation trop absolue, voir à ce sujet une remarque de U. G. Morin. Règlements inédits du p:ipe Créijnire VII p>\\r les chanoines réguliers, dans la Revue tiénédictine, 1901, t. xviii, p. 183. — " P. V^'agner, Origine cl développement du chant litaryique, p. 56. — » A. Gastouè, op. cit., p. 68. (".t. .1. Parisot. Les hymnes de l'o/Ticc romain, dans la Tribune de Saint- (icrvais, 1899.

CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN

5Si

nous parlons, la centralisation liturgique n'est guère avancée, aussi, d'une Église à une autre, règne-t-il une pratique distincte, souvent nicmc différente. L'uniformité ne date guère que du jour où le répertoire liturgique a été à peu prés défuiitiveiucnt arrêté, ce qui, pour le rite romain est contemporain de la publication de l'antiplionaire grégorien. Or, ce recueil officiel conserve les traces certaines des anciens usages. Par exemple entre les lectures de l'avantmesse, épitre et évangile, on rencontre à plusieurs reprises un vestige du passé dans ces psaumes entiers ou presque entiers en chant orné, tractus; et ce qui demeure ne représente que des épaves heureusement échappées; on se fera une idée de ce qui existait avant la réforme grégorienne par les pièces similaires conservées sous le nom de cantiis dans la liturgie ambrosienne. Ces trop rares vestiges ne sont pas les seuls toutefois; outre les /rar/ii.s, l'antiphonairc pré-grégorien contenait des répons-graduels à plusieurs versets dont les liturgies milanaise et mozarabe gardent la trace dans des pièces encore déguisées sous les noms caractéristiques de ps(i.!mcl!as,psallendo.L-a tendance à comprimer le psaume à la mesure d'un ou deux versets se manifeste également pour l'offertoire qui, ramené aux dimensions étriquées d'une simple antienne, cache sous cette apparence exiguë une série de versets dont nous avons un exemple frappant et connu de tous dans l'offertoire de la messe des défunts. Les communions sont dans le même cas et, ici encore la messe des défunts nous a conservé le type primitif dont on ressaisit un autre vestige dans le verset de l'intro'it encore décoré, quoique unique, du nom de psaimns. Ce sont là autant de souvenirs d'un temps où le psautier formant le fond principal des chants de l'oflice, on s'attache à en diversifier l'exécution par la mélodie.

Une des ressources de la mélodie c'est le jubilas, c'est-à-dire une vocalise, une modulation. On peut supposer que les chantres désireux de briller ou d'éclipser même un peu leurs collègues contribuèrent pour leur bonne part à empiéter sur la psalmodie au nom de la splendeur du culte. La psalmodie antiphonique restait le fond de l'oflice et le privilège de la foule: mais les solistes ne pouvaient se contenter d'un mouvement syllabique. Le chant mélismatique s'introduisit probablement sous le couvert de l' Alléluia dont le chant est mélismatique dès l'origine. On appelait juHlus la mélodie mélismatique. l'Allcliiia est donc chanté avec « jubilation ». ■ Celui qui jubile ne prononce pas de mots, mais c'est un chant de joie sans paroles; c'est la voix du cœur se fondant •dans la joie et cherchant le plus possible à exprimer ses sentiments, quand même il n'en comprend pas la signification. Quand il est emporté parla joie, l'homme n'use plus d'expressions qui débordent sa langue et son intelligence; sa voix éclate sans articuler de paroles, si bien qu'elle trahit son bonheur en mêmetemps qu'elle parait manquer de termes pour en traduire la mesure'. «Saint Jérôme ne s'exprime pas autrement: « On appelle jubilas ce qui ne saurait rendre ni par mots, ni par syllabes, ni par lettres, ni par aucun langage combien l'homme doit louer Dieu -. » Cassiodore de son côté fait mention des jubilations alléîuiatiques de longue haleine : « L'.i//e/i((rt] est, dit-il, d'un usage frécpient dans les maisons de Dieu et adapté convenablement aux saintes fêtes. La langue des chantres en est ornée, la cour du Seigneur le répète,

' S. Augustin, EnalTat. in psalni. w /.y, P. L., t. xxxvil, col. 1272. — = S. Jérôme, /;l psalm. aï.\;i, P. L., t. xxvl, col. 970. - — ' Cassiodore, In pstilm. en-, P. L., t. Lx.x, col. 742. — 'Cassiodore, /il psa/m.n, P. L., t. Lxx, col. 753. — ^ Victor de Vite, De persec. Vandaloriim, P. L., t. Lviii, col. 197, ce même terme de melos est conservé dans les

et, comme un bien insatiable, le renouvelle sans cesse en tropcs variés '. n La connexion de Vallcluia avec, le jubilas est encore confirmée par Cassiodore dans un autre passage : « Voici revenu VAllrluia, il est bref, mais c'est pour être chanté au Seigneur avec la jubilation d'un psautier entier '. » Victor de Vite montre un lecteur, le jour de Pâques, en Afrique, debout à l'ambon et chantant le cantique alléluialique, alleluialicain mclos '. Ainsi donc, au milieu du vi" siècle, il existait un chant alléluiatique qui permettait aux exécutants de faire valoir leur habileté et qui comportait des modulations diverses et alternantes. Bien loin d'avoir seulement alors pris naissance, il était déjà devenu l'objet d'une certaine réglementation, à savoir qu'aux fêtes particulièrement joyeuses, on usait des jubilations plus qu'aux autres.

De tout temps à Piome on paraît avoir tendu à restreindre le domaine du chant alléluiatique, plutôt qu'à l'étendre. Au v" siècle, Socrate et Sozomène nous apprennent qu'à Rome VAlleluia n'est usité qu'à Pâques; en Afrique, au dire de saint Augustin, on le chante pendant les cinquante jours du temps pascal et les usages varient, ajoute-t-il. d'église à église. Dans l'Italie méridionale, au vi^ siècle, on le dit en outre aux grandes fêtes, en Gaule à la même époque, on le tait entendre même aux jours d'obsèques '. Mais bien plus tôt, au iV siècle, saint Damase impose à Rome le chant de VAlleluia à la messe, sur le conseil de saint Jérôme qui copie en cela l'usage de Jérusalem '; à Bethléem, le même saint Jérôme nous apprend qu'à la messe on a chanté un psaume, le vu', sub alléluia '; enfin à Milan, où l'antique psalmellas a gardé sa place, l'alleluia apparaît à la plupart îles messes comme une superfétation.

Toutes ces remarques nous mettent sur la voie, mm sans doute de la pratique cantorale, mais de l'usage du chant dans la liturgie. A défaut de bonnes fortunes comparables à celles qui, dans les domaines de l'épigraphie et de la papyrologie, ont permis de rétablir les harmonies liturgiques en usage chez les grecs ou chez les gnostiques, nous arrivons, du moins, à déterminer les limites du chant ecclésiastique et sa part de collaboration dans la liturgie chrétienne. Il est relativement facile et à la portée de presque tous, d'épiloguer sur telle ou telle transcription musicale du xn" siècle ou du ix"", de s'extasier sur des caractères dans lesquels on découvre la preuve d'une antiquité dont on serait assez embarrassé d'établir la filiation. On ne s'étonnera donc pas, espérons-le, de ne rien trouver ici de semblable. Rien ne permet d'assurer ni de nier en présence de telle ou telle pièce vraiment ancienne qu'elle ait été altérée ou qu'elle ne l'ait pas été ou qu'elle l'ait été dans telle partie, de telle manière, à telle époque. L'c-xtrêrae précision du détail n'est pas possible, il faut se contenter d'observations portant sur l'ensemble.

A comparer entre elles la liturgie de Rome et celle de Milan, on voit vite l'importance de l'hécatombe faite dans la première où les tractus ont dû céder la place à Valleluia et au verset. Dans la liturgie de Milan, le ton des traits est encore le cantas propre et primitivement unique de nombreuses messes fériales. Très probablement, nous avons ici la plus ancienne forme des mélodies ornées. Et une fois encore, nous nous trouvons ramenés à Milan où, en son temps, saint Ambroise acclimatait les importations orientales.

antiphoiiaircs ambrosiens pour les longues vocalises des alleliiius et des répons. — - Fortunat. \'ila S. Radeyiinili.'i, dans Mabillon, Aela sanet. O. S. B., t. i. p. 3;t.'î. — ' .S. Grégoire, EpisL, 1. IX, epist. xii, P. L., t. L.x.xvii, col. 590. — • G. Morin, Les uérilahles origines du chant grégorien, iu-S», Maredsous, 1S90, p. 48.

CHANT ROMAIN' ET GRÉGORIEN

Au iv= siècle et longtemps après, la lituriiie latine a subi, en effet, des inlluences grecques, qui ne sont pas restées sans conséquences musicales. L'Occident fut d'ailleurs longtemps triliutaire de l'Orient, principalement en matière de chant liturgique, de là, une parenté étroite. On peut s'en assurer en constatant !a présence de nombreux éléments grecs dans les plus anciens monuments du chant latin. Ainsi, le I»sOrtlo romanas prescrit au samedi-saint les leçons et les cantiques avant la messe en langues latine et grecque', pour les vêpres pascales le chant Allelniii. if '0 Kijpto? |gaT;).£-./(rîv {Dominus reijncwit. Ps. xcii) avec le y. : xai yào laTEoiwsî (Elenim fumavil); pour les vêpres du lundi de Pâques V Alléluia. y.'O iioiticti'vwv ibv 'iTjsar,), (Ps. Lxxviii, 1,2,0, 10) et pareillement pour le mardi, le vendredi et le samedi de la même semaine '. Des manuscrits non romains d'origine, mais appartenant à la liturgie romaine, conlirmenl l'emploi de chants grecs, notamment le Gloria et le Credo, dans l'Église latine '. L'invasion la plus importante de la musique byzantine dans l'Église latine aura lieu à l'époque carolingienne. A ])artir du viii« siècle, on rencontre à chaque pas la musique et la doctrine byzantine chez les francs et en Alemanie; mais auparavant il faut, une fois de plus, se résigner à des textes littéraires ou liturgiques, point de monuments techniques.

Si nous entreprenons de résumer les résultats auxquels nous sommes arrivés pour la période pré-grégorienne, nous dirons que chez les Anciens tout morceau de chant était précédé d'un prélude instrumental dont le but technique était d'inculquer le ton et le mode de la mélodie vocale. A ce prélude, l'Église substitua une formule musicale destinée à indiquer au chœur des lldèles l'air et le diapason du psaume à chanter. A défaut d'instrument on lit usage de la voix, le chantre fut créé et avec lui l'antienne, tantôt vocalisée sans autre texte que les syllabes du mot hébraïque Allcluid, tantôt chantée sur un verset tiré de la Bible. « Aux premiers temps du chant antiphnnique, la mélodie du psaume, susceptible d'une assez grande variété ', était donc musicalement le principal : l'antienne, très courte sans doute, n'était que l'accessoire : une simple entrée en matière ^, servant aussi de formule terminative. Plus tard, le rapport s'intervertit. I^'introduction mélodique prit souvent de l'extension, attirant ù elle tout l'intérêt musical : on la reprit parfois dans le corps du psaume, en guise de refrain périodique; les cantilènes psalmodiques, au contraire, se convertirent à la longue en une seule formule stéréotypée pour chaque mode*. •

L'élaboration progressive du recueil des cantilènes liturgiques se fit principalement à Rome depuis le commencement du v' siècle jusqu'à la fin du vir', époque où le recueil parait s'être incorporé ses derniers éléments. Les papes ne cessèrent de s'y intéresser. Après Damase (36fi-3<S4), qui ordonna le chant des psaumes jour et nuit ', Célestin (42'2-432) ordonna de psalmodier avant le sacrilice les 1.50 psaumes, ce qui ne se faisait pas aui)aravant '; après lui, saint Léon le Grand (4-10-l(')l) irislilua tout le chant annuel i)nis Gélase (492-402) rc/à'f'/ pareillement tout

' P. L.. I. i.xxvni.col. O.-).-). — = 1'. /...t. Lxxviii.col. Ûrt.'j.

— ' On pourrait citer bien d'autres exemples Cf. F. Cabrol et H. I,efJerc(i, Montim. liturfi, ecc/., li)0], t. i, prof., p. x\xvii-\i.Ti. — * An \' siècle encore les psaumes avaient (les intonations pins (ii\-iTsos (lu'anjourtï'luii. Cf. (ierberl. Sciiplorcs, t. I, p. 21:î sq. — ' Ce que les Anciens appelaient un endosiinon. — « I".-.\. Gevacrt, l.n mélopfc unlique, p. 84- 85. — ' lAber ponli/lcalis, édit. Duehesne, t. i, p. 21.3. — ' Ihid., t. I, p. 2.'Î0. — • De prundio mnnaclwnim, P. /.., t. cxxxviii, col. 1347. — " IJber ponliftrali.i, t. i, p. 2G'.i.

— " De prandin, /'. /.., I. cxxxvui, col. 1317; BalilTol,

le chant annuel et Symmaque (49.S-.514) édila luimême pareillement son chant annuel »> Vint Hormisdas (514-523) qui apprit les psaumes an clergé'", .lean (523-526), qui écrivit en ordre le chant annuel du cycle liturgique, après lui Boniface (530-532) écrivit une rèç/lc et ordonna une cantiléne du cycle de l'année", enlin. saint Grégoire le Grand qui cantuin anni circuli nobilc edidit. Curieuse gradation dont on entrevoit simplement les états successifs '^.

VIL L'œuvre grégorienne. — L'élaboration du répertoire romain des mélodies ecclésiastiques était achevée avant la fin du vii'= siècle. Un pape avait activement contribué à ce résultat, au point qu'on l'a pu considérer comme l'organisateur définitif de ce répertoire vers la fin du vi« siècle. LTne tradition vieille de plus de mille ans, désigne le pape Grégoire I" (590- 1)04) et, chose rare, pour une fois, tradition et testes authentiques sont à peu prés d'accord. Le biograplie du pape, le diacre .lean. ne peut guère passer, cependant, pour un contemporain, puisqu'il vécut deux siècles et demi après S(m héros, mais il s'informe avant d'écrire et il a l'accès des archives, il distingue assez bien le vrai du faux, ne se laisse pas imposer et a droit d'être cru. Voici ce qu'il nous apprend : « Dans la maison du Seigneur, comme un autre savant Salomon, et à cause de la componction et delà douceur de la musique, le plus zélé des chantres compila très utilement rantiphonairecenton,n;îïip/ionfiri'i(mccnton(';îi canlorum sludiosissimus nimis utililer compilavit: il constitua aussi la schola canlorum, qui chante encore dans la sainte Église romaine, d'après les mêmes principes". » Nous avons expose déjà tout ce qui concerne les origines et l'expansion de l'antiphonaire dit grégorien", nous n'y reviendrons pas ici; nous espérons d'ailleurs avoir démontré alors que si l'attribution de l'antiphonaire à saint Grégoire n'est pas entièrement évidente, le fait de l'autorité musicale attachée au nom de ce pape ne peut être mis en doute '^. On peut et on doit donc admettre que le pape Grégoire I ' donna une vive impulsion au chant ecclésiastique, en sa triple <[ualité de pape, d'exécutant et de professeur; en outre, nous avons tout lieu de croire qu'il a compilé et promulgué un répertoire du chant romain mis en harmonie avec le sacramentaire. Des exemplaires du répertoire et du sacramentaire étaient conservés en divers endroits, à Rome principalement, moins d'un siècle après sa mort. Pendant les années qui ont précédé son pontificat, on a parfaitement montré la nécessité où se trouva l'archidiacre Grégoire de tourner son attention vers l'exécution cantorale; c'est aussi \Taisemblablement pendant cette période de temps qu'il aura eu le loisir de travailler au recueil destitié à empêcher le retour des abus qu'avait engendrés l'usage. Si Grégoire a publié, étant pape, un texte ofiiciel de l'antiphonaire, c'est, sans doute, qu'il l'avait préparé depuis plusieurs aimées, alors que, successivement abbé au Celius et archidiacre, il était à même de s'appliquer à un pareil travail, c'està-dire entre 570 et 590. Par une rencontre qui a son prix, ces dates sont précisément celles vers lesquelles F.-A. Gevaert, tout en déniant à saint Grégoire la paternité de l'antiiihonaire. a placé la ciunposition

Ilisloirc du bréinuire''roniain, in-12. Paris, 1803. p. 340- ;i.'>0. — " A. Gastoué, o;). cil., p. SI ; I'. Wa-rner. Origine et développement du chant liltinjiqttc, lOOt, p. 187 sq. ■ — " .Jean Uiacre, \'ila .S. Cregorii. I. Il, c. vi, /'. /... t. Lxxv, eol. 00. Sur .lean Oiacre. cf. H. Cirisar, dans /.cilscltri/t liir kidliol. TbeoL, Innsliiiicli, lSS5,p. SSII; 1SS(>, p. 752; P. I-;\val(l, Itistor. .\tt/.'<dtzc dent .\ndenken an G. \VaHz gewidnict, Hannover, ISUG. — " Dicliinn., t. i, col. 2443- 2461. — "Happroclierletcxtede l'épitaphe du pape Hon )rius.en 638. De Kossi, In.scripl. rhrisl., in-fol., Ui:ne, ISS'^, t. II, 1». 127; -V. (îaslouè. np. cil., p. 03.

CITANT ROMAIN ET GRÉGORIEN

des mélodies du cycle de l'Avent et de Noël par les chantres pontificaux; l'un d'entre eux, et non des moins qualifiés, devait être alors Grégoire *.

Le rôle du pape en matière de chant romain est indique dans la décision relative aux chantres diacres, prise par le concile de 595 ^ dans une autre décision réglant le chant du Kyrie eleison ' et rappelant qu'il a étendu l'usage du verset alléhiiatique en dehors du temps pascal selon ce qu'il avait vu pratiquer à Constantinople. mais en rctrancliant cependant quelque chose de la coutume des Grecs qui le disent même pendant le carême. Cette extension du chant alléluiatique entraîne comme conséquence nne importance plus grande donnée au rôle de la voix d'enfant et la suppression d'une partie des mélodies des chanteurs diacres ou sous-diacres, puisque le chant de Yalletuia exclut celui du tracltis ■".

Saint Grégoire a surtout mis sa marque sur le chant en rajeunissant l'organisation de ce service. Saint Célestin I" (422-432) avait adopté la psalmodie antiphonique, son successeur Xyste (432-440) fonda un monastère ad Culaeumbas, pour y entretenir l'office divin avec une imperturbahle régularités^, saint Léon le Grand (440-461) donna une organisation durable au chant de l'office en établissant dans le voisinage immédiat de la basilique de Saint-Pierre une communauté monastique cliargée du scr^ ice des Heurescanoniales*. Ce monastère, placé sous l'invocation des saints Jean-et-Paul ', et auquel deux autres vinrent s'adjoindre sous le pape Hilairc (461-458) un monastère proche de Saint-Laurent-hors-les-Murs et un autre encore dans la ville même, au lieu dit Liina ', fut le berceau de l'école de chant pontilicale connue sous le nom de seliola canlorum '. Le biographe de saint Grégoire (590-604), Jean Diacre ", nous apprend que celui-ci « constitua la sehola eunloium qui chante encore dans la sainte Église romaine, d'après les mêmes principes; et, avec de nombreux champs, lui donna deux maisons, savoir, l'une sous les degrés de la basilique du bienlieureux Pierre, apôtre, l'autre sous les constructions du patriarcat de Latran, où jusqu'à ce jour, on conserve, avec la vénération qui leur est due, l'antiphonaire authentique, le lit de repos où il chantait, et la férule dont il menaçait les enfants. 11 divisa ses donations par séries, suivant un décret portant la peine d'anathème, en vue d'assurer le service quotidien ". » Nous croyons que cette attestation, bien que tardive, se trouve accompagnée de circonstances telles et de détails si vraisemblables

* F.-,\. Gevaeit. I.tt mélupve, p. 175; .\. Gastoué, Le citant romain, p. 100. — = Mansi, Conc. ampliss. coll., t. x, col. 344, et. A. Gastouè, op. cit., p. 70, 101. — ' S. Grégoire, Epist., 1. IX, cp. XI!, P. L.. t. Lxxvii, col. 95(i. — * Le rit de Milan est moins accueillant à ï'alleltiia et niaintieut en la plupart des messes le traclus. — " Liber ponlificalis, cdit. Duchesne, t. i, p. 236, note 13. — ' IbiJ., 1. 1, p. 238-239, 241 note 11. — ' Llic (Léon I'') consiiiiiil nionasierium apiid bealum Pelnim aposiolum, qnod nuncupatur sanclonim Johannis e( Pauli. — ' Liber pontifie. 1. 1, p. 247}. — "Ce nom n'apparait dans les documents qu'a partir de l'école grégorienne. — i" Vita Gregorii, 1. II, c. vi, P. /,., t. LX.xv, col. 90. — " Outre le témoignage de .lean Diaeie, nous possédons celui d'Hadrien II (872), ou, ce qui est plus vraisemblable, d'Hadrien I" (79.Ô), lequel aurait composé le prologue de l'Antiphonaire retouché et disposé en hexamètres par Hadrien II. cf. Liber ponli/icalis, édit. Duchesne, t. i, p. ci.xxxii-( xxxxiv, d'après le ms. paris. lat. 2i(»6; on y lit cequi suit :

Greçioriiis prœsiiî inerilis et nomine dignus. Vnde genus ducit suninmni conscendit honorent. Qui renot'ans ntonumenta putrtini jitniorqitc priorum Mtinere cœlcsli frcttis ornans .sapienicr, Compo.'iiiit scitola' eantoriim litinc rite lil>elliint. Qiio rcciproctindii ntorlnlcliir carntina CItrislo.

qu'on doit la regarder comme un fait très certain. Le concile de Rome de 595. mentionné plus liant, indique déjà une des raisons et une des occasions de cette fondation. C'est le soin pris par Grégoire pour que la réputation du clergé n'eût jamais à souffrir des réclamations injustes contre l'absence de belles voix dans l'accomplissement des fonctions liturgiques'^. Les essais tentés par jdusieurs papes en vue de grouper quekjues chœurs avaient été, on vient de le voir, assez dispersés; aucune tentative d'organisation définitive n'avait été abordée et appliquée avec méthode jusque vers la fin du vi* siècle, en vue de constituer en un corps ces éléments divers et sans cohésion; les rares indications recueillies sur l'activité liturgique et musicale des papes du \' et du vi" siècle ne mentionnent rien de semblable". En assurant son existence matérielle, saint Grégoire donnait à l'institution qui avait végété jusqu'à ce moment, les indications indispensables à l'organisation définitive ". Telle fut l'œuvre iidministralive de ce pape en matière musicale; nous reviendrons plus loin sur l'organisation de la sehola, il faut maintenant étudier l'œuvre technique de ce même pape.

Reconnaissons d'abord l'extrême indigence ou plutôt le mancjue absolu de toute espèce de matériaux contemporains ou même de l'époque qui suivit immédiatement celle de saint Grégoire ".Xous ne possédons aucun exemplaire, vraiment original et authentique, indépendant de toute copie, du Cantatoriani, de Y .inliphonaire ou du licsponsorial, qui remonte au vu'' siècle. Nos plus anciens manuscrits reproduisent ces ouvrages sous une tonne bien plus récente, et non plus purement romaine; ils nous donnent un Antiphonaire et un Responsorial formés de la fusion du rite romain avec un rite étranger. Il nous est donc impossible de traiter avec certitude du texte et de la musiciue des livres liturgiques du vu" siècle ".

Cependant, à défaut de quelque palimpseste qu'on ne possédera peut-être jamais, nous pouvons approclier un peu de l'archétype pré-grégorien. Grâce aux indications contenues dans les chapitres ix à xvm de la Régula sancti Benedicti nous pouvons entrevoir dans le deuxième quart du vi" siècle, l'existence de tout un cycle de répons et d'antiennes pour les Matines, les Laudes et les Vêpres, dans le voisinage immédiat de Rome, c'est-à-dire ce que l'on désignera plus tard sous les noms de Responsorial et d'Antiphonaire. A Rome même, cet Ordu divini officii était certainement connu grâce aux moines du Mont- Ce même prologue se lit dans le ms. Lncensis Capit. 400, du viii'^ siècle, mais pas toujours en hexamètres : Cœlesti munere frettts sapiens ornabat, Tunt compositit scholœ cantortini hunetiiie libelluni. En hexamètres, comme ci-dessus, auBrilisli Muséum, Cotton^îs. Cleopatra A \'L fol. 4 72 r.ilu ix*" siècle; aussi dans Tommasi, Opéra, t. iv, p. 172. Cf. J. Pothier, dans .'\/i;.sicn sacra. Milan, 1890. p. 38-42; H. Grisar. dans Innsbriicker Zeitschrift. 1890; Paléographie nitisicale, 1891, pi. 3; G. Morin, Les uéritables origines dit chant grégorien, Maredsous, 1890, p. 26; Tommasi, op. cit., t. v, p. 1-2; Martène, De antiq. Eccles. ritib., édit. 1764, l. III, p. 29. — '- S. Haumer, Histoire dit bréviaire, trad. Biron, in-S". Paris, 1905, t. i, p. 301. — " .\ Constantinople même, c'est sous .lustinien, contemporain de saint Grégoire, qu'on organisa les chœurs de chant de la Grande Église. — " P. Wagner. Origiite et développement du chant litiirgiqtie, p. 211. — ■' M. Rule, The Missal o/ .S'. Augustine's abbey Canterbiirij, irilhexcerpls from the antiphonartj and lectionanj o/ the same monasterij, in-8^, Cambridge. 1896, a pensé découvrir le missel de saint Grégoire. C'est une imagination sur la valeur de laquelle on peut s'édifier à l'aide de la recension du livre par I'. E. Warren, dans The Academii. 17 octobre 1896, p. 286, et P. Lejay, Chronique de littérature chrétienne, danslalientie d'histoire et de littérattire religieuses, IS'JT, t. H, p. 282-286.— " S. Baumcr» op. cit., t. I, p. 296.

CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN

Cassin qui étaient venus s'y fixer ; bien plus, le Latran, église paroissiale des papes, le connaissait par suite de la présence de l'abbé Valentinien, moine bénédictin, qui remplit longtemps les fonctions d'abbé, prés de cette basilique. C'est un fait qu'il n'y a pas et qu'il n'y avait pas alors deux Libri atiliphonalcs ou deux Libri rcsponsales différents, dont l'un aurait été bénédictin, l'autre romain; il n'y avait qu'un seul responsorial, un seul antiphonaire, à la fois romain et bénédictin. Le texte de l'onice bénédictin est, en réalité, le même que celui de l'office romain '.

Reste à résoudre la question de la collaboration de saint Grégoire à la composition des olfices et des livres de chant de l'Église romaine, collaboration impossible à contrôler par des documents contemporains. Partant de ce fait incontestable : l'existence des éléments d'un Liber antiphonalis et d'un Lifter rcsponsalis complets au début du vi« siècle, nous ne voyons rien qui oblige ni qui invite simplement à en séparer la question de l'origine du Canliiloriani cl même du Sacramentaire. En instituant la Schola sanctorum sur des bases nouvelles et, d'une certaine façon, définitives, le pape, dont la sollici tuile ne dédaignait aucun détail — sa correspondance le prouve — a vraisemblablement porté son attention sur le répertoire de cette Schola. Soit personnellement, soit par l'intermédiaire de quelque personnage de confiance, Grégoire a surveillé la composition des livres de chant officiel servant aux exercices de la Scliola. En quoi a consisté celle surveillance? On peut bien dire, sans crainte de se tromper, qu' « il prit le chant tel qu'il le trouva au vi' siècle, c'est-à-dire le vieux fonds renuuitant au iv= siècle, et représenté par l'ambrosien des plus anciens manuscrits, avec les modifications et accessoires dus aux pontifes du V et du vi^ siècle. Il commença par faire son clioix, distribuant ses matières suivant le cycle fixé définitivement par lui. Puis, il remit sur le métier ces pièces de son choix, et les retravailla en leur imprimant les marques caractéristiques de son génie : le naturel et la mesure, la simplicité et l'harmonie. Enfin, il dut composer quelques pièces nouvelles pour répondre aux nouvelles nécessités résultant des réformes introduites par lui '. »

Quant à la question de savoir la part prise par saint Grégoire le Grand dans la modification et la codification des livres choraux de l'ollice romain, elle ne peut encore de nos jours être résolue et, vraisemblablement, elle ne le sera pas dans l'avenir. Mais affirmer d'une façon générale que les livres de l'office romain ont reçu de saint Grégoire ou d'un de ses contemporains une forme qui, plus tard, n'a jamais subi de changement radical et essentiel, c'est être d'accord avec toute l'histoire de la liturgie occidentale, et non pas seulement avec celte histoire '.

Vlll. L'.\NTIPHONAIRE CENTOX. Tel CSt Ic

nom que donne Jean Diacre au livre de chant que la scitola romaine du i.x" siècle attribuait à saint Grégoire; ce titre veut marquer le caractère de compilation du recueil composé de morceaux de chant recueillis de part et d'autre. La nuance mérite d'être notée, .lean ne dit pas que le pape composa, mais simplement qu'il centonisa, qu'il compila. Cette épithète de cenlon présente une grande importance, j)uis(|u'elle détermine le caractère essentiel de l'œuvre. Celle-ci n'a pas été conçue et exécutée d'un seul jet, dominée du conunencement jusqu'à la fin, par une idée fon-

• La constatation de cette uniformité était déjà faite dès la seconde moitié du viii* siècle. Cf. liâumer, op. cil. '. I, p. 235, 262, note 1 ; p. 298. — = G. :Morin. op. cil., p. 08. — » S. lîaumcr, op. cil., t. i, p. SO.!, cl. p. 312-3IG : » Saint Grégoire d'après la nouvelle théorie. • — * P. Wagner, Origine el drucloppcmcnl, p. l'>s, note 1 , donn? une lionne

DICT. D'aRCM. ClIRÊT.

damentale; c'est tout autre chose : un ensemble de chants collectionnés de partout; aujourd'hui encore on en peut déterminer les assises superposées et mélangées à l'aide des plus anciens manuscrits.

1. Sa réalité. — L'anliphonaire authentique mentionné par Jean Diacre n'a pas encore été retrouvé. Nos plus anciens manuscrits liturgiques, avec notation musicale, datent du ix" siècle. Les chants de la messe, il est vrai, se retrouvent dans des manuscrits du viiiiî siècle. L'un de ceux-ci provient du monastère de Reichenau et se trouve conservé aujourd'hui dans le Cad. XIII de la bibliothèque cantonale de Zurich '; l'autre est le Graduel de Monza qui, toutefois, ne contient que les chants du soliste pendant la messe et n'est donc qu'un CanUdoriiim ^ S'il est singulier que ces deux manuscrits soient sans notation, on ne doit pas en conclure que cette dernière était inconnue au viii'= siècle. Si nous ne sommes plus eji possession de l'Antiphonaire authentique de saint Grégoire, nous pouvons, cependant, le reconstituer à l'aide des plus anciens manuscrits conservés jusqu'à nous, et cela, en défalquant toutes les parties admises dans la liturgie seulement après Grégoire. Un travail de ce genre est fort possible et historiquement justifiable, supposé que jusipi'au ix= siècle, date de nos plus anciens nuuuiscrits notés, le chant grégorien n'ait pas subi de changements essentiels. Ceci ressort, indubitablement, de la lettre du pape Léon IV (847- 8.5.Ï) à Honorai, abbé d'un monastère voisin de Ftomc, lettre dans laquelle il parle d'une manière officielle et corrobore la tradition que reproduira Jean Diacre : le pape blâme son correspondant de ne pas adopter « la douceur du chant de Grégoire et la manière de chanter et de lire dans l'église, » qu'il ordonna et régla. Toutes les Églises ont reçu avec avidité et amour ladite tradition de ce très saint pape Grégoire, serviteur de Dieu, qui fut illustre prédicateur et sage pasteur et fit tout pour le salut de l'humanité, édita aussi le chant susdit, que nous chantons à l'égUse et même partout «. Dans cette lettre est consignée la tradition romaine oiricielle, et le pape Léon menace d'excommunication celui qui la révoque en doute '. Un texte si formel, si grave, rendu sur place, ne permet guère de soutenir la thèse d'altérations importantes au xu" et au viii<= siècle dans le chant romain. Les livres de chant du ix= siècle parvenus jusqu'à nous renferment donc substantiellement le chant de saint Grégoire.

C'était, suivant l'expression' de ce temps, le « chant pour le cycle de l'année », cantum anni circali. Dès le vus siècle on commençait à le désigner plus brièvement sous les diverses appellations de : antiphu. narius, responsale, responsoriale ou encore : anliphonarius-responsale parce qu'il contient le chauL des antiennes et celui des répons, pour la messe et la psalmodie nocturne et diurne, en un mot la cantilène liturgique. Toutefois, la synonymie des mots à antiphonaire » et « responsorial » n'était pas si parfaite que dans la pratique on ne s'habituât à réserver le premier aux chants de la messe et des processions. le second aux chants des autres offices.

2. .Ses témoins. — Les manuscrits connus du livre des antiennes et des répons ou de ses extraits ne sont pas tous notés. Les plus anciens, et aussi les plus rapprochés du type original ne sont pas notés du tout. Ces manuscrits non notés s'espacent entre la

description du manuscrit et la correct ion de plusieurs fautes de l'édition de Gerbert, .1/o.iiini. lilurij. .\leman., t. I, p. 362 sq. — ' Ce livre a été édité par Tummasi. — •G. Morin. op. cit.. p. 10 s<[. — ' I". Prolist, Die diteslen Sacramcniaricn iind Ordines romani. iii-S", Mùnsler, 1892, p. 302.

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