III
CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN
moitié du viii'sièclc et la fin du siècle suivant. En voici une description sommaire :
1» Canloloriiim ou Gradale de Monza, 1" moitié du vm= siècle, représente la liturgie romaine connue en Gaule à cette date; édité par Tommasi, Responsolialia et anliphonaria romaïui; Ecclesiœ, in-S", Rom», 1806; Tommasi, Opéra omnia, édit. Vezzozi, in-4°. Honiœ, 1748, t. v, p. 257-266; G. Morin. Les véritables origines du cimnt f/régorien, p. 25, note 4; A. Gastoué, Le chant romain, p. 248; P. Cagin, Un mot sur l'Antiphonalc missaruin, in-S», Solesmcs, 1890, p. 2.
2» Antipluinarius du Vatican. ])our la messe, viiiix= siècle; « une des principales bases d'une étude critique du recueil grégorien; plusieurs particularités inti rcssantcs le signalent. Au jour de Pâques, le répons graduel Hac dies avec tous ses versets, répartis au cours de la semaine dans les autres antiplionaires. Celte copie témoigne donc encore de la perpétuité du vieil usage du psaume avant la lecture de l'évangile, et concorde ainsi avec une rubrique de VOrdo V, laissant à l'évêque célébrant le soin de régler le nombre des versets à chanter. Une remarque tout à fait curieuse est que, à part les versets alléluiatiques, Pascha nostrum et Epulcmur, qui figurent au jour de Pâques dans les copies de l'antiphonaire grégorien, l'octave et tout le temps pascal n'ont encore aucun verset particulier, sauf ceux d'un cycle primitif étendu aussi à toute l'année »; édité par Pamelius, Liturgican, t. I, et par P. L., t. lxxviii, col. 641-724, dans la réimpression des œuvres de S. Grégoire; A. Gastoué, op. fi/., p. 248; le même, Hisl. du chant lilurg. à Paris, p. 53 sq.
30 Anliphonaire dit de Charles le Chauve (Paris, Biblioth. nationale, latin 17436 = olim Compendiensis). o Ce manuscrit concorde avec le précédent saut en quelques détails des versets alléluiatiques et l'ordre des graduels des dimanches après la Pentecôte. Mais cette copie précieuse noiis donne, en plus de la seconde partie du livre romain, le responsorial ou antiphonaire de l'office. Entre les deux parties se trouve une liste très archaïque des versets d'cdleluia. La seconde partie, reproduite intégralement dans l'édition bénédictine, renferme un très grand nombre de pièces; elle est écrite pour l'ordre séculier (office romain papal), mais, à la suite des séries des répons, donne les pièces supplémentaires nécessitées par l'office monastique, ou chantées pendant l'octave des fêtes, ou encore empruntées à l'usage de nos églises du nord de la France. Les divisions en sont conformes à celles qu'Amalaire décrit quelques années plus tôt pour le livre grégorien, en particulier la série des antiennes des dimanches après la Pentecôte, ajoutée parmi les chants ad libilunt aux antiphonaires apportés en France au temps de Pei)in, et supprimée dans les plus récents. Elle a depuis été ajoutée de nouveauà l'oflice romain. Ensupplément aussi figurent les répons des 0 histoires » des mêmes dimanches, qui sont également des œuvres plus récentes que le fonds grégorien, etc. Édité dans /'. L.. t. lxxviii. col. 725- 850; A. Gastoué, op. f(7.,p. 248-249.
4" Antiphonaire d'Amiens (Paris, Bibl. nationale, latin 12050), joint à un sacrameutaire grégorien écrit en cette ville, par le prêtre Rodrade, en 853. Cf. L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, dans les Rlétn. de i'Acad. des inscr., 1886, t. xxxii, p. 122-126. Au sacranientaire quelques morceaux, parmi lesquels l'antiphonaire, ont été ajoutés dans le cours du x'^ siècle, fol. 3-16 v; cependant sa teneur est très archaïque et il est à rapprocher du cantatorium de Monza; ainsi, le 2 février porte le même titre, Scincti Symeonis. Les répons graduels des Quatrcïcmps sont pris indifféremment parmi ceux des di-
manches, avec la rubrique quale volueris. A. Gastoué. Le chant romain, p. 249.
5" Table d' antiphonaire, écrite à Saint-Denvs, entre 862-877 (Paris, bibUoth. Sainte-Geneviève, ms. 111). Cette table, comme l'antiphonaire d'Amiens et le manuscrit de Monza. donne à la fête du 2 février le titre Natale Symeonis, conjointement avec celui qui a prévalu; elle ne fait mention d'aucune des têtes ajoutées depuis le temps de Serge 1", et a gardé au m des ides de mai la vieille fête de la dédicace de Sainte-Marie ad martyres. A. Gastoué, Le chant rom., p. 249; Ilist. du chant liturg. à Paris, p. 54 sq.
0" Table d' antiphonaire, écrite à Notre-Dame de Paris, entre 886-910 (Paris, Bibl. nationale, latin 2291). Cette table indique les fêtes qui manquent à la table précédente; elle est donc mise à jour des innovations liturgiques. A. Gastoué, Le chant rom., p. 249 : Hist. du chant liturg. à Paris, p. 81-82.
7" Fragment en tête du Sacramentarium triplex (Zurich, ms. 30 du fonds de Reichenau), vin« siècle, pourrait avoir été destiné à une église du nord de la Gaule, p. 1-27. Graduel, copié sur deux colonnes et précédé du titre: Ineipiunt dominicales anni circuli, édité par M. Gerbert, Monum. vcteris liturg. Alemanicœ, t. I, p. 362. Cf. L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, dans recueil cité, 1886, t. xxxii, p. 83; P. Cagin, Le sacramentarium triplex de Gerbcrl, dans la Reme des bibliothèques, 1899, t. ix, p. 347-371; A. Gastoué, Le chant romain, p. 267.
Les manuscrits notés sont tous postérieurs ù ceux que nous venons de décrire, aucun d'entre eux n'est antérieur au ix° siècle, bien plus, il faut descendre jusqu'à la seconde moitié environ du xi^ siècle pour rencontrer des manuscrits complets notés soit de la messe, soit de l'ofiice. .Malgré ce laps de temps assez long entre ces manuscrits et ceux dépourvus de notes, la tradition qu'ils représentent paraît authentique. Les manuscrits notés se présentent avec quelques c;u-actèrcs d'école très tranchés, qui permettent de les distribuer suivant un classement rigoureux que nous empruntons à M. A. Gastoué ^
1° École italienne : Pour la messe : Monza (bibl. capilulare, c. 12, 75), x« siècle — Monza (bibl. capit. c. 13, 76), xi= siècle — Milan (ambras. IV, D. SI Inf.), x''-xi« siècle (olim Bobbio). — Rome (Angelica B. 3. IS), xi« siècle. — Mont-Cassin (N. N. 339), xi'' siècle.
— Lucques (bibl. capit. 64), xi" siècle.
Pour l'ofiice : Home (Angelica T. 5, 21), s.!" siècle.
— Rome (Casanatcnse B. IL i), xi" siècle. — Pérouse (bibl. capit., 16), xi"= siècle.
En dehors de ces manuscrits complets, ou à peu près, on doit citer un évangéliaire romain du ix<^ siècle : Rome (Valic. B. 50) dont plusieurs leçons sont notées, un rituel-sacramentaire d'Asti, de la seconde moitié du x« siècle * : Paris (Bibl. Mazar. 525); le tropaire du chapitre de Vérone (n. cvii) du xi^ siècle, et quelques autres.]
2° École anglaise : Trois manuscrits conservés à Rouen : 1° Pontificale Lanalutense, 30S (A. 27), du IX' siècle. Cf. J. Gage Rokewode, The anglo-saxon cérémonial oj the dedication and consécration of churches, illustrated from a Pontifical in the public Library at Rouen, dans The Archœologia, 1834, t. xxv, p. 235- 271, pi. xxviii; H. Omont, Rouen, dans Calai, génér. des mss., 1886. t. i, p. 69-70. — 2" Benedictionarium anglo-saxonicum (Bénédictionnaire de l'archevêque Robert), 369 (Y. 7), du xi'-xi'- siècle. Cf. J. Gage, A description of a Bcncdictional, or Pontifical, called Benedictionarius Roherti Arehicpiscopi,an illuminalcd
'Le chant romain, p. 250-257. — 'A. Gastoué, Vn rituel noté de la proiùnce de Milan au a« siècle, dans Ras-^ segna gregoriana, 1903.
CHANT IIO.MAIX ET GREGOllIEN
inarmscripl of thc tcnth ccnliinj, in Ihc public Libranj al Rouen dans Tlie ArcJucoloijia, 1832, t. xxiv, p. 118- 136, pi. XXXIII ; A. Pottier, dans Frère, Manuel du Bibliographe normand, 1858, 1. 1, p. 91-92; H. OmonI, Rouen, dans Cal. yen. des mss., p. 70. — 3° Recueil, J3S5 (U. 107), xi« siècle; H. Oniont, op. cil., p. 360- 362. — Le tropaire de Winclicstcr, W. H. Frère, Thc Winchester Troper, froni mss. of tlie A"' and Xl"' cent wilh olhcr documcnls illuslraling tlic hislory of tropes in England and France, 111-8"". London, 1894; Troparium Wintonicnsc, 979-1016. Cf. Misset-Wcal • .Vnalecla lilurg., 1892, t. ii, part. 2, p. 107-124.
3" École française : Les mss. se rattachent à ceux envoyés par le pape Paul 1", et par le pape Etienne à Pépin le Bref. Les plus anciens fragments de cette école sont contenus dans un sacranicntaire (Paris. Bibl.nat., latin 2291) \ fin du ix'--comin. du x" siècle;
— évangéliaire de la même époque (Paris, bibl. Sainte- Geneviève, 1260); — sacramentaire de l'Église de Tours, même époque (Tours, n.lSJ, Paris, latin 9130)^;
— divers autres, comme le beau manuscrit de Vitry- Ic-François (n. 36) du xi^ siècle.
Pour la messe : Paris (Jlazarine 3SJ), olim Notre- Dame, fin x= siècle; — Paris (Bibl. nation., lat. 9436), olim Saint-Dcnys', xi« siècle; — Paris (Bibl. nation., lat. 13252) olim Notre-Dame, xi'-' siècle; — Paris Bibl. nation., lat. 10S7), olim Limoges, xi' siècle; — -Montpellier (bibl. de l'École de médecine, H. 159), \i' siècle; ce manuscrit présente une double notation en neumes et en lettres, c'est le plus ancien ([ui indique la ligne mélodique avec le plus de netteté. Ce manuscrit olTre une singularité remarquable : il n'a point été écrit pour l'ofiice liturgique; c'est un livre d'école où les mélodies sont rangées par tons, authentes et plagaux, et par genres, antiennes, rc- |)ons, etc. L'origine de ce livre n'est [las élucidée.
Pour l'ofTice : Paris (Bibl. nation., latin 742), xi= siècle; — Paris (Bibl. nat., latin 12601), xi' siècle, vient de Cluny et le chant offre quelques variantes empruntées très probablement à Saint-Gall; — Paris (bibl. Sainte-Geneviève 1270), fin du .\i= siècle, vient de Chelles.
4» École de Metz; Pour la messe : Paris (Bibl. nat., latin 944S), fin du x^ siècle, vient de Prum; — Paris (Bibl. nat., latin. iOJZO), fin du x' siècle, vient d'Echlernach; — Munich (latin 140S3), fin du xi= siècle, vient, ainsi que le suivant de Saint-Emmeran de lîalisbonne; — Munich (latin 14322). première moilié du XI' siècle. — Rituel-sacranientaire de \Vorms (Paris, Arsenal, latin 610), du ix' siècle'; — Laon (n- 239), x« siècle; — Troyes (n. 522), x= siècle.
Pour l'office : Metz (n. SO), xi" siècle.
5° École de Saint-Gall : Saint-Gall (n. 339), du x"^ siècle; édité dans Paléographie musicale, t. i, cf. P. Wagner, Origines c; développement, p. 313-334, ce nianuscrit est préférable aux trois qui vont suivre par le soin avec lequel il est écrit et qui le rapproche des mss. parisiens'; — Saint-Gall (n. 340); Saint-Gall (n. 376); Einsicdeln (n. 121) tous trois du xi= siècle, llnfln le Saint-Gall, n. 359, du ix' siècle', qui ne fut jamais un recueil complet, mais un simple canlalorium, extrait ne contenant que les graduels, traits et alléluias. Il prouve que, dès la seconde moitié du ix" siècle, l'école de Saint-Gall cultivait ces embellissements de la mélodie, qui donnait à son chant cette grande dissemblance avec le vrai chant romain, sif;naléc à la même époque par les chroniqueurs de
' L. Delisle, Mémoires sur d'anciens sacranwnlaires, dans Mémoires de IWcadémie des inscriptions et bcltes-lettres, 1.SS6, t. XXXII, p. 148. — ' Ibid., p. 130-140. — • Une particularité des mss. de Sain<-Dcnys est qu'en divers endroits ils présentent des variantes de fornuilos mélodiques. — «L. Delisle, op. cit., p. 173. - — ''Ce manuscrîL a conser\é
Saint-Gall. Enfin, pour l'office, le célèbre Antiplionale de Hartkcr, cod. 390-391, entre 986 et 1011, publié par la Paléographie musicale, in-4'', Paris, 1900.
6° Écoles diastématiques française et aquitaine. — La dernière grande école médiévale fut celle du midi de la France et du nord de l'Espagne, après la suppression des liturgies mozarabes; l'abbaye de Saint- Martial de Limoges en fut le centre incontesté. Les manuscrits offrent une singularité qui nous est d'un secours admirable dans la reconnaissance sûre de la ligne mélodique : dès au moins le cours du x"= siècle, et peut-être dans le ix', la notation, au lieu d'offrir les formes si caractéristiques des neumes grégoriens, est entièrement à points détachés, disposés de façon à indiquer, par leur espacement, la diaslémalie ou espacement des intervalles, comme le feraient des notes disposées sur une portée imaginaire. Ce système, dont nous ignorons l'origine, a un lien certain avec les écritures messine et lombarde plus récentes, avec les livres de provenances diverses, tels les sacramentaires de Paris et de Tours, déjà nommés (ix"siècle), le feuillet de garde d'un antiphonaire de Notre- Dame de Paris (bibl. Sainte-Geneviève, 16), x» siècle, et les curieux graduels signalés par \aPaléjgraphie musicale : Chartres (n. 47 [40] ), Angers (n. S3), tous deux du x« siècle; on peut y joindre celui de Saint- Vougay, du xi*" siècle, dont la notation est mixte. Ces manuscrits forment, en tout cas, une classe à part.
» Cela indiquerait assez que les moines limousins n'ont fait que généraliser, en le perfectionnant, un genre d'écriture musicale, peut-être fort rare auparavant, qui leur serait parvenu par lintermédiaire des moines de Cluny. Leurs manuscrits présentent en même temps un autre intérêt pour l'histoire de la musique rituelle : le recueil grégorien s'y trouve augmenté de chants particuliers aux anciennes liturgies gallicane et mozarabe. Une première classe peut comprendre le fonds de l'abbaye Saint-Martial de Limoges, actuellement à la Bibliothèque nationale.
Pour la messe : Bibl. nat., latin 1240, x= siècle; latin 10S4, x^-xi« siècles : latin 1120-1121. début du xi" siècle; latin 909, fragments du ix= au x« siècle. Une seconde classe est beaucoup plus mêlée de chants gallicans, quoique les mélodies grégoriennes y restent aussi pures que dans les autres : Paris (Bibl. nat., latin 776), fin du xi« siècle; Albi (^2 et 4i), x«-xiis siècle; Madrid (Acad. hist., F. 1S5), xi« siècle. Pour la messe, la notation diastématique ancienne nous offre donc, comme principaux spécimens, trois mss. des ÉgUses de l'ouest, cinq de Saint- Martial, trois ou quatre plus particulièrement aquitains.
» Quant à l'office, nous ne connaissons pas de manuscrits aussi anciens de ces écoles '. »
3. Son ordonnance. — On peut entreprendre, et on n'y a pas manqué, de remonter à un état plus ancien que celui pour lequel témoignent les manuscrits qui viennent d'être mentionnés. On tenterait aussi d'en extraire la forme primitive de IWnliphonarium miss:r grégorien; pour cela il faudrait procéder à l'élimina tion des messes et des pièces introduites dans le but de faire concorder le livre avec les progrès du calendrier liturgique. On aurait donc, très ordinairement, à élaguer les pièces suivantes :
1» Tous les jeudis de carême, dont la messe particulière ne remonte qu'au pontificat de Grégoire IL
2» La fête de la Sainte -Trinité introduite au ix" siècle, ^j»
dans les chants du 3« ton et certaines formules du 8', le si comme dominante au lieu de Vitt plus récent, mais it ne donne pas tout au long les formules vocalisées des graduels et des alléluias. — * Ce manuscrit a été édité par te P. Lambillolte. — 'A. Gastoué, le chant romain, p. 255-
CHANT ROMAIN ET GREGORIEN
3» La fête de la Didicace des (fglises.
4» Les dimanches qui suivent les Quatre-Tcnips.
5" Le jeudi après la Pentecôte.
6° Les fêtes de la Vierge, en deliors de l'octave de Noël.
7° Les fêtes de la sainlc Croix, mélangées de pièces grecques.
8° Les fêtes des saints : Lucie, Félix in Pincis, Grégoire, Alexandre, Eventius et Théodulc, Prime et Félicien, Apollinaire, Agapit, Hadrien, Gorgon, Prote et Hyacinthe, Euphèniie, Jérôme, Martin.
» L'étude des textes du noyau grégorien, défalcation faite de ces additions postérieures, est fort instructive. Comme les chants de VOnlimirium missa: se sont développés tout autrement que ceux du Propriiim, et n'étaient pas, dans l'origine, dévolus aux chantres, il ne faut pas les chercher dans les plus anciens manuscrits, ils ne faisaient pas partie de l'antiphonaire de saint Grégoire. Le Temporale et le Scinclorale y étaient combinés suivant le cours de l'année liturgique en une série unique, ce qui dura jusqu'au xii^ siècle. La disjonction en deux séries fut faite alors, mais avec peu de soin et les missels, graduels et autres livres conservent aujourd'hui encore quelques fêtes erratiques du saneloiale en plein temporale, par exemple, dans l'octave de Noël, les fêtes de saint Etienne, des Innocents, de saint Jean '. Il n'y avait pas non plus de Commune sanviorum vers l'an 600; pour chaque fête, les chants étaient indiqués ou consignés sur place suivant qu'ils se trouvaient ou non dans la partie précédente du livre. Ce n'est qu'à dater du xii= siècle, que le retour fréquent des mêmes chants et des mêmes textes amena l'arrangement du Commune sanclorum, où chaque classe de saints, apôtres, martyrs, confesseurs, elc, eut ses chants propres, en sorte que, pour chaque saint en particulier, il sulht de renvoyer au Commun, quand il n'a pas de chants spéciaux. Ainsi, le livre grégorien des chants de la messe n'avait pas de divisions, et les chants y étaient disposés suivant le cours de l'année liturgique absolument comme dans le manuscrit 339 de la bibliothèque de Saint-Gall auquel nous allons accorder un moment d'attention comme à un témoin du chant romanogrégorien, tel qu'il était pratiqué dans la deuxième moitié du x= siècle'. »
4. Sa composition. — Le ms. 339' renferme un Antiphonale missanim et plusieurs parties de sacramentaire réunies en vue d'en former un complet. En outre, un breviaiium indique les lectures de chaque fête, avec des additions particulières, en tin un ealendarium. Nous n'avons pas à faire remarquer que ce rapprochement a pour but de donner au célébrant un recueil factice, rendant déjà les mêmes services qu'on demandera plus tard aux missels dits pléniers. \JAntiplwnale occupe les pages 33-174 du manuscrit; il débute avec la messe Ad te levavi du premier dimanche de l'Avent. Ce dimanche et les suivants sont appelés, dans cette partie du ms. : Dom. iv, m, ii anle Xatale Domini, tandis que plus loin, dans le Sacramcntaire, ces dimanches sont désignés comme de nos jours : Dom. I, II, in, IV. Après l'Avent, l'Antiphonaire se poursuit sans interruption, selon le cours des fêtes et du propre du temps; il conserve l'ordre du missel romain, sauf quelques variantes. Les dimanches après
* Ces fêtes attirèrent à elles, dans la même région, d'autres de créa tien pi us récente, par exemple, saint TliomasdeCantorbéry. . — -P. Wagner, Origines et développemenl, 1904, p. 200-201, ;il3-333, [P. Cagin:] Description du code.x 339 de la bibliothèque de Saint- Gai, clans Paléographie musicale. 1889, t. I, p. 71-95. — =P. Cagin. tableaux A et C. — 'Dans le cas particulier du ras. 339, la provenance sangallicnne est d'ailleurs prouvée par la présence de deux antiennes à «aint Gall qui terminent le volume, en outre par
la Pentecôte et les fêtes du sanctoral ont leurs alléluias groupés après le vingt-quatrième dimanche, sous cette rubrique : .1//. dominicis diebiis, vel nalaliliis sanclorum per circulum anni. Le texte des versets allèluiatiques est emprunté aux psaumes et suit, pour les dimanches, l'ordre même du psautier. L'usage habituel à cette époque, de renvoyer ainsi à la fin du graduel ces alléluias, s'explique par la liberté longtem])S laissée de les prendre soit à la suite, soit à son choix. En terminant, on trouve une série de cinquante-sept antiennes destinées à des processions ou à des circonstances particulières.
La pagination ancienne suffit à prouver que, ])rimitivement, l'Anliphonale était indépendant du lecueil factice dans lequel on l'a fait entrer. Des tableaux ingénieux et méthodiques ont montré que cet exemplaire, écrit au x^^ siècle, représente néanmoins l'état du chant grégorien et de la liturgie romaine à la lin du VIII"' siècle, époque de leur introduction à Sainl- Gall *. Les fêtes nouvelles n'y sont pas admises, mais rejetées auBreviarium; quelques pièces seulement piraitront plus récentes ou plus récemment introduites dans le Graduel, comme les antiennes chantées pendant les processions de la Purification ou de la fête de Pâques; mais, ce qu'il y a de vraiment nouveau ou de particulier n'arrive qu'à la fin ; dans le corps même de l'ouvrage, la forme primitive est soigneusement respectée. C'est ainsi qu'on remarquera, peut-être avec surprise, cjue, parmi les messes, aucune ne fait mention ni de saint Gall. ni <le saint Othmar, ni d'aucune des fêtes chères à la grande abbaye. Ce fait est conforme aux plus pures traditions liturgiques, en honneur dans ce monastère. Primitivement, en effet, on n'admettait pas facilement dans le corps du Liber gradualis les additions hagiographicjues reçues au calendrier et même au sacramentaire. Était-ce respect pour le livre qui contenait les mélodies de saint Grégoire, et voulait-on le conserver intact tel qu'on l'avait reçu de Rome dans les dernières années du viii= siècle'? Nous le croirions volontiers. Ce qui est certain, c'est que, par suite de ce respect pour l'œuvre de saint Grégoire et de ses successeurs, les pièces de chant, lorsqu'on avait à célébrer de nouveaux oflices, étaient le plus souvent empruntées aux messes plus anciennes; sans rien ajouter à l'antiphonaire, on les indiquait simplement, avec le titre de la nouvelle fête, au Bicviarium =.
Quoique l'exécution matérielle du \olume ne puisse remonter plus haut que la fin du x" siècle, sa concordance exacte, presque sur tous les points, avec le ms. 359 de la même bibliothèque, permet d'affirmer la fidélité absolue avec laquelle l'antiphonaire reproduit la liturgie et le chant d'un monument grégorien datant de la fin du viii» ou de la première moitié du ix« siècle.
Le caractère centonisant du livre des chants de la messe grégorienne se manifeste ouvertement dès qu'on en examine les textes de plus près. La partie du livre la plus ancienne comprend les fêtes relatives à notre rédemption et celles des saints romains. Pour les fêtes on faisait choix dans l'Ecriture, surtout dans les psaumes, de textes oITrant une application à la fête, par exemple : Pâques, Pentecôte, Noël, SS. Pierre et Paul, S. Jean-Baptiste. Les fêtes n'ayant pas une
foeriture, les enluminures, les ornements, la notation lu-iiniatiquc avec signes rcmaniens. — ' C'est une trop bonni' fortune de pouvoir alterner les travaux de D. Cagin et du D' P. Wagner dans l'étude de ce ms. 339, pour qu'on puisse ne pas s'en emparer, ce qui va suivre est tiré du livre Origines et développement du chant liturgique, p. 201 sq. I.e ms. 339 a attiré également l'attention de G. Houdard, / <■ .sijstème du chant dit grégorien, in-8°, Paris, 1S9S. Cf. /ici ne bénédictine, 1900, t. xvii, p. 293-294.
CHANT ROMAIN ET GRÉGORIEN
origine romaine coriServcnt les luxtes de leurs églises j)articulières, par exemple : Siiiiile A(j(ilhc, dont l'introït Gaudeamus omnes vient de l'Église de Sicile. Si une fête est d'origine grecque, elle est pourvue de chants dont les textes sont traduits du grec. On remarque aussi, en comparant les chants de même sorte, que les oppositions de textes sont inégalement laites. Pour quelques messes, tous les textes sont pris à la même source, par exemple au ps. xi.iv pour la Circoncision, au psaume xc jiour le l" dimanclie de Carême; mais c'est une exception. La règle est que les textes d'une seule et même messe soient tirés de sources difïérentcs.
Si on résume les résultais fournis i)ar le ms. 339 de Saint-Gall sur les sources des textes de la messe, on obtient le résultat suivant :