PRESBYTERI TAMEN HIC OPVS EST ET CVRA
[PROBANTI + TIST....
II. La basilique de Saint-Pierre-ès-liens. — La basilique, dans son état actuel, a conservé la forme qu'elle avait sous Sixte III. Au v= siècle, lors de la reconstruction et grâce à la munificence impériale, l'intérieur de l'édifice était des plus magnifiques, grâce aux appliques de marbre et au.x mosaïques. La distribution en trois nefs a été respectée. Toutes les colonnes, au nombre de vingt, monolithes en marbre de Paros, travaillées en style dorique et cannelées largement, sont restées en place; elles doivent
^IT^^zfW
2381. — Abside et colonnade de Saint-Pierre-és-Lieus. D'après Dehio et Bezold, Die kirchliche Baukunst des Abendlatides, pi. XX.
ita concile aliqiiid de catenis ipsis exculitur, ut mora niilla sit. Qiiibusdcmi vero petentibus, diu per catenas ipsas ducitur lima, et tamen ut aliqiiid exinde cxeut non obtinetur '.
Vers la seconde moitié du v^ siècle ou le début du siècle suivant, on peut signaler une autre translation des reliques de la chaîne de saint Pierre; la dédicace d'une église à Saint-Pierre et à Saint-Paul aux Aliscamps d'.\rles, rend très probable le fait de cette translation''. L'inscription de Tebessa en Numidie, dont nous avons déjà parlé, copiée sur celle de la basilique de Sancti Pétri ad vincula et légèrement retouchée, donne tout lieu de croire que le prêtre Probantius, qui construisit l'église dédiée aux apôtres, était venu à Rome d'où il avait rapporté de la limaille des chaînes. Voici cette inscription ' :
CEDE PRIVS NOMEN NOVITATI CEDE VETVSTAS
REGIA LAETANTER VOTA DICARE LIBET HAEC PETRI PAVLIQVE SEDES CRISTO LIBENTE
[RESVRGIT
» L. Duchesne, dans le Bulletin de correspondance hellénique, 1878, p. 292. — -Thicl, Epistoliv romanoruni ponlificitm, t. I, p. 874. — ' S. Grégoire, Epist., I. IV, n. 30, édit. Ewald, p. 266 ; P. L., t. Lxxvii, col. 794. — « Dictionn., t. i, col. 121.3-1214. — 'De Rossi, Bull, di archeol. crisl., 1878,
venir bien probablement de quelque monument classique. L'arc triomphal est soutenu par deux autres colonnes plus hautes, en granit, de style corinthien. Elles soutiennent dignement l'abside sous laquelle s'abritait l'autel principal. Les mesures de cette partie de la basilique sont encore assez faciles à reconnaître pour autoriser l'essai de reconstruction donné ici et pleinement d'accord avec les lois ordinaires de l'ordonnance basilicale" (fig. 2381).
Dans l'abside, s'élevait le ciboriunr abritant l'autel sous des courtines suspendues à des verges de métal. La décoration en appliques de marbre formant des tracés géométriques au pourtour de l'abside est une conjecture à peu près certaine, si on considère la décoration usuelle de cette époque. Pour la conque de l'abside et l'arc triomphal, nous sommes encore en droit de supposer une décoration analogue à celle des principales basiliques de ce temps. On a supposé ici une décoration identique à celle de l'arc de Placidie à Saint-Paul-hors-les-inurs '. De chaque côté de l'abside centrale se trouvaient des absides moindres auxquelles
p. 19. — "G. Dehio et G. von Bezold, Die kirchliche Baukunst des Abendlandes, in-4°, Stuttgart, 1884, pi. xx, n. 1,2; H. Grisar, dans Civillà catlolica.lSOS, sér.XVII.t. m, p. 216. — 'Des peintures ont été substituées au xvi' siècle aux mosaïques primitives.
CHAINES DE SAINT PIERRE
aboutissaient les bas-côtés. Dans la vue des colonnes, on a figuré les <;ran(les et nombreuses fenêtres à arc qui les surmontaient». En 187fi, lors des dernières grandes restaurations, on découvrit entre l'abside et le maitre-autel les restes d'une abside plus petite, avec des parois latérales qui font penser à une petite basilique ou à un oratoire, orienté comme la basilique actuelle. J.-B. De Rossi a donné une description très concise de cette découverte qui nous a fait connaître, sans aucun doute, l'emplacement de l'abside de la basilique primitive remontant au iv^ siècle et qui changea de vocable sous Sixte III. La fouille, écrivait • l.-B. De Rossi, a deux mètres à peine et elle offre peu d'utilité pour la topographie des lieux, vu l'encombrement des terres. On voit un beau mur semi-circulaire à trois mètres de distance de l'abside actuelle =. 11 exprimait le souhait que cette découverte servît à éclairer les origines de la basilique Eudoxienne qui, au dire du :\Iartyro!oge hiéronymien, serait la première église dans laquelle saint Pierre réunit les fidèles ^ Sans doute, des fouilles trop sommaires n'autorisent pas à rien aVancer'de pareil, mais c'est déjà un ])oint notable que de connaître l'existence d'une église en ce lieu avant le iv« siècle; simple oratoire peut-être qui devint ensuite Vecclesia aposlolonim dont nous avons parlé.
Le P. H. Grisar conjecture que le souvenir des chaînes se rattache à une prison, autre que le carcer Mamerlinus, dans laquelle saint Pierre aurait été aussi enfermé*. Il remarque qu'à l'époque impériale, les édifices de la « préfecture urbaine » ^ centre de l'administration judiciaire, se trouvaient dans le voisinage immédiat de l'emplacement de Saint-Pierre-èsliens. Proche également se trouvait le porliciis Tcllurensis, souvent mentionné dans les passions romaines comme le lieu de la condamnation des martyrs. Sous ce portique, on affichait les édits du préfet de la Ville, et proche de là devaient être les lieux de détention des inculpés pendant la durée du procès =. Il ne serait donc pas du tout impossible que l'emplacement de Saint-Pierre-ès-liens consacrât le lieu d'un emprisonnement subi par saint Pierre sur l'Esquilin; une tradition soutenue par la présence des chaînes mêmes de l'apôtre s'y conserva et fut notée d'une façon plus ou moins exacte dans le martyrologe hiéronymien ". Avant d'étudier ces chaînes, terminons ce que nous avons à dire sur l'église et ses monuments.
Le Mirabilia urbis Itomœ nous a conservé une inscription que ne donnent pas les documents plus anciens et qui, par conséquent, a dû être composée vers le xi* ou le xii« siècle * :
[CATVM HOC DOMINI TEMPLVM RETRO FVIT ANTE Dl- TERTIVS ANTISTES SIXTVS SACR AVER ATOLI M ClVILl BELLO DESTRVCTVM POST FVIT IPSVM EVDOXIA QVIDEM TOTVM RENOVAVIT IBIDEM 5 PELAGIVS RVRSVS SACRAVIT PAPA BEATVS CORPORA SANCTORVM CONDENS IBI MACHA-
[BEORVM
' Presque toutes ont été murées. — = De Rossi, Bull, di nrch. crisL, 1876, p. 75. — ' Voir les textes des mss. de Berne et de Wissenibourg, au début de la présente dissertation. — * H. Grisar, Der mamertinische Kerker iind die rômischen Traditionen uom dcfangnisse und den Keiien Pelri, dans Zeilschri/l fiir kaihol. r/ieoZ., 1S96, t. xx,p. 102- 120. — ^Dictionn., t. i,au mot Affich.\ge. — ' C'est aussi ropinion de R. Lanciani, Forma urbis Romx, pi. xxii, XXIII, XXIX, XXX, KJepcrtetHuolsen, Formie Urbis, pi. Roma ab imp. Aiigusti (etate; R. Lanciani, Gli edifîcii délia prelcttura urbann Ira la Tellure e le terme di Tilo et di Trafano, dans Bulleitino délia commiss. archeol. di Roma, 1SH2, p. 19-37; H. Grisar, .4rc/ieo!o9ia, dans Ciiiillà caltolica, 1S9S, sér. XVII, t. III, p. 218. — ' Florentin!, Veluslius occidentalis ecclesiai nuirlyrolugium, in-l», Lucso, 1C6S, p. G97 :
APPOSVIT PETRI PRETIOSA VINCVLA FERRI ILLVSTRIS MVLIER QVAE DETVLIT AB HIERV-
[SALEM ET QVIBVS EST PETRVS NERONIS TEMPORE
[VINCTVS 10AVGVSTI MENSIS CELEBRANTVR FESTA KA-
[LENDIS CVIQVE HVC ACCESSERINT LAVANTVR CRIMI-
NA CVNCTA
III. L.\ TOMBE DF.s Macciiabées. — L'înscriptîon conservée parles Mirahilia fait mention de la présence à Saint-Pierre-és-liens d'une autre relique célèbre, la tombe des .'Machabées. Nous avons rencontré la sépulture de ces martyrs à Antioche' et nous avons dû cesser de nous en occuper à partir de leur translation'". Le martyrologe en rapportant leur fête au 1'"^ août ajoute cette indication : eorum reliquiie liomam translai.'B in eadem ecclesia sancti Pclri ad vinciila conditee fuerunt, que confirme l'inscription suivante, d'après laquelle la translation aurait eu lieu sous le pontificat de Pelage (550-501)".
[CATVM HOC DOMINI TEMPLVM PETRO FVIT ANTE Dl- TERTIVS ANTISTES SYSTVS SACR AVER AT OLIM ClVILl BELLO DESTRVCTVM POST FVIT IPSVM EVDOXIA QVIDEM TOTVM RENOVAVIT IBIDEM 5 PELAGIVS RVRSVS SACRAVIT PAPA BEATVS CORPORA SANCTORVM CONDENS IBI MACHA-
BAEORVM
■" On connaît les rapports qui ont existé entre le pape Vigile et l'empereur Justinion". .\près bien des démêlés, l'accord se fit et Vigile obtint plusieurs faveurs avant son retour en Italie, en 555. On peut supposer qu'il obtint également, en totalité ou en partie, les reliques des Macchabées jadis apportées d'Antioche et les emporta avec lui à Rome; mais il mourut en chemin à Syracuse (7 juin 555) et le diacre Pelage qui l'accompagnait lui succéda sur le trône pontifical. Ce fut donc ce dernier qui déposa, conformément au témoignage de l'inscrijUion, les reliques dans la basilique Eudoxienne.
Lors des travaux de restauration exécutés en 1876, après avoir démoli les degrés du maître-autel de la Ijasilique pour creuser l'hypogée qu'on devait construire à cette place, on se trouva inopinément en jirésencc d'un sarcophage en marbre renfermant les restes des Macchabées. Ce sarcophage est un travail du iv« siècle, sur lequel on a représenté divers sujets du cycle évangélique : Jésus au tombeau de Lazare, la multiplication des pains et des poissons. Jésus et la Samaritaine au puits de Jacob, le reniement de saint Pierre et la tradition des clefs à saint Pierre (fig. 2382). Le couvercle était formé d'une grande plaque de marbre. L'intérieur du sarcophage était divisé en sept compartiments au moyen de six plaques de marbre phrygien, insérées dans la longueur des pai-ois. Au fond de chacune des sept cases se trouvait une couche de cendres avec des fragments d'osse-
De prima Romfe a s. Petro dedicata ecclesia : Monsacrati, De catcnis, p. 13, Torrigio, / sacri trojei romani di S. Pielro, Roma, 1644, p. 132 sq. — ' O. Marruchi, Éléments d'archéol. chrél., 1902, t. m, p. 317. — ' Diclionn., t. I, col. 2375. — '"M. Rampolla y Tindaro, Martyre et sépulture des Macchabées, dans la Revue de Fart chrétien, 1899, V« série, t. x, p. 459-465. — " Cette inscription a été rapportée par L'gonio, Theatrum urbis Romte, ms. Barberini, n. 1057; Martinelli, Roma ex ethnica sacra, p. 284: Tommasi, Ad capitulare Ei'ongelior. antiq. lib. Missar. .Romx, 1691, p. ISS; Giorgi, .'\/flr/!;ro;. Adonis, au 1" août, p. 360; Ballerini, S. Leonis Opéra, t. i, p. 488; Monsacrati, De calenis S. Pelri. dissertatio, p. vi, etc. — '- Hclele, Histoire des conciles d'après les documents originaux-, édit. Leclercq, 1910, t. m, part. 1, p. 135 sq.
CHAINES DE SAINT PIERRE
ments. On découvrit égalenienl deux feuilles de plomb, a, b, avec les inscriptions suivantes' :
a) IN • HIS ■ SEPTEM • LOCV CONDITA . SVNT ■ OS SA • ET ■ CINERES . SCOR SEPTEM ■ FRATRVM . MA CHABEOu ■ ET . AMBOR.
PARENTV • EOii • AC • INV" MERABILIV • ALlOu ■ SCOii
h) IN -HIS- LOCVLIS-SVNT-RE Q SIDVA • OSSIV ■ ET • CINEii Q Q
SCOr ■ SEPTEM ■ FRATRV MACHABEOk ■ ET ■ AMBOk
Q PARENTV ■ EOit ■ AC • INNV MERABILIVM • ALIOi; SANCTORVM
On a longuement discuté l'âge île ces inscriptions sans arriver à rien d'absolument certain. Il est cer-
mine par une absidiole jadis remplie par un autel que surmontait une mosa'ique. En 1083, autel et mosa'ique furent transférés à l'endroit qu'ils occupent encore aujourd'hui.
Une longue inscription, gravée sur le marbre, à côté de l'autel, à droite du spectateur, raconte l'origine de cet autel qui aurait été élevé en l'honneur du martyr saint Sébastien, à l'occasion de la terrible peste de 680 ^ La voici; eu égard à sa date récente nous ne la donnons pas en caractères épigrapliiques :
S. Schastiono marti/ri depulsori i>cslililcUis. Ann. sal. DCLXXX. Urbem Ronuim perniciosa, et gravis invasil pesli.i. Trimestre malum fuil, Julio, Auguslo. et Septemhrio tanta accessit maltitndo pereunliiim, ul eodem feretro parentes euni liberis, uiri cani uxoribus, fratres cumfralribus cl sororibiis cfferrenhir, loca undique replela caduveribus uix suppclebanl. Ad hœc noctiirna miracnla lerruerant; nam duo Antjeli, bonus aller, contra aller malus Urbem perar/rahaiU, et hic Venabulum manu ferens quoi pulsibus oslia Icliqisset, lotidem in illis domibus cadebanl mortales : tamdiii labes vagcUa, donec cuidam sanclo viro nunciatum ferunt, finem ccdamilalis fore, si in œde s. Pétri ad Vincula altare Seba-
23i-î. — Sarcophage des Macchabées. D'après la Revue de l'art chrétien, 189y,
tain que les deux feuilles de plomb appartiennent à des époques différentes; la feuille b trouvée hors du tombeau, bien conservée, est paléographiqucment de date plus récente'. La feuille a parle de ossa et cineres, la feuille b n'indique que residua ossium cl cinerum, cette légère distinction invite à admettre cette différence de temps. On avait conservé à Rome la disposition en sept loculi distincts telle qu'elle existait à Antioche, au rapport du pseudo--\nlonin de Plaisance'. II est possible, d'après la forme des lettres de ces inscriptions, de les faire remonter au x», et peutêtre même au ix' siècle, ce qui nous amènerait à l'époque des grands travaux exécutés sous le pontificat d'Hadrien !■''.