IV. M0S.\ÏQUE DE l'autel DE S.\INT SÉE.\STIEN
— Le fond de la nef gauche de la basilique se ter-
'n, très oxydée, était adossée à la petite séparation intérieure du premier compartiment; b, en bon état, était en dehors et à quelque distance du sarcophage. Cf. De Rossi, Bull, di archeot. crisL. 1876, p. 7.Î-75. — ^ Le signe d'abréviation, coudé au milieu, ne laisse aucune hésitation sur le fait de celte postériorité. — ^ Dktionn., t. i, col. 2378. — ' Liber /jontificalis, édit. Duchcsne, t. I, Vita Iladriani. —
stiano marlijri consecraretur. Re perfecta, illico pestiveluli manu puisa, facesserc fussa est.
Ce monument a eu la bonne fortune d'être étudié par J.-B. De Rossi dont voici le commentaire* : Pietro Sablno a été le premier à transcrire ce texte qui (igure dans le recueil épigraphique dédié par lui en 1491 au roi de France Charles VIll. Sabino donne la dateANNO SAL. DCLXXII au lieu de dclxxx". Mais en examinant attentivement le nmrbre je me suis aperçu qu'à l'origine il portait réellement l'année relatée par Sabino. Les deux unités furent donc martelées dans la suite et on leur substitua un X pour former le chiffre LXXX. La peste sévit cllcctivement en 680, date hors de controverse' qui se trouve enregistrée dans la vie du pape .\gathon ainsi que dans l'histoire de Paul Diacre'. L'erreur chronologique contenue
= Ciampini, Vêlera monimenla, in-fol., Romœ, 1747, t. il, p. 115. — ' De Rossi, Miisaici crisliuni, allas, Roma,1899: Miisaico sulVallare di S. Scbasliano in S. Pielro in uincoli. — • De Rossi, Inscript, clirisl., 1888, t. a, p. 452, n. 236. — ' Pagi, Crilica ad Baronium, KÎSU, ad ann. 680. — » Liber pontiflcalis, édit. Uuchesnc, t. i, p. 350, 356; Paul Diacre, De geslis Lanijobardor., 1. VI, 3.
CHAINES l)i; SAINT PIERRE
(Unis le texte piiiiiitir de l'inscription, quelle qu'en ; ail été la source, est un premier indice qui en atténue | sensiblement la valeur historique. Hn effet, la substance de ce document n'est qu'une paraphrase abrégée du passage de Paul Diacre, dont le latin du temps de Charlemagne fut transformé en celui plus élégant des humanistes du xv= siècle. Les capitales romaines qui y sont gravées correspondent aussi à la paléographie usitée à la même époque. Le marbre n'est donc pas plus ancien que le siècle à la fin duquel il fut copié par Pietro Sabino. En résume, ce texte, quoique transformé et abrégé, ne dérive d'autre source que du témoignage de Paul Diacre.
C'est là l'unique fondement sur lequel les .irchéologues ont adfrmé connue un fait prouvé par l'histoire, que l'image de saint Sébastien date du temps d'.\gathon et de la fameuse peste de fiSO. Pourtant, la vie authentique de ce pape, où sont décrits les ravages du fléau à F.ome et aux environs, ne mentionne aucunement l'érection de l'autel en l'honneur du clepulsor pestilitatis, saint Sébastien, pour la cessation de la peste'. Considérons d'abord ce point historique; nous entreprendrons ensuite l'examen du tableau.
Si le biographe, écrivant à Rome cette partie du Liber ponlificalis, a passé sous silence l'autel élevé à saint Sébastien, et si, par contre, Paul Diacre a rappelé ce fait dans son o\i\ra<ieDe geslis Lannobtinlorum. cela n'est pas s.ans motif. Paul Diacre parle de la peste en employant presque les mêmes termes que l'auteur de la vie d'Agathon. Seulement, tandis que celui-ci s'occupe exclusivement de Rome et de ses alentours, l'autre applique ces paroles à l'Italie lombarde, et spécialement à Pavie. La fin du fléau, après l'érection de l'autel de saint Sébastien est un fait expressément indiqué par Paul Diacre, comme étant advenu dans cette dernière ville. Et, ce qui est définitif, c'est que l'historien des Lombards dit aussi que l'autel fut élevé dans l'église de Saint-Pierre-ès-liens de Pavie après que l'on y eût transporté de Rome des reliques de saint Sébastien, tirlatis ab urbc Roma bcati Scbasliani marlyris rcliiiuiis. L"ne église ainsi appelée existait à Pavie et existe encore, comme à Rome '. C'est ce que les érudits, à partir du xv« siècle, ont oublié de noter, appliquant ainsi par méprise le passage de Paul Diacre à la célèbre basilique romaine, tandis qu'en réalité celui-ci parlait de l'église homonyme de Pavie. Les mots delalis ab urbc reliquiis embarrassaient pourtant cette interprétation. L'auteur de l'inscription les supprima tout simplement. Sigonio. l'élégant historien, les transfornui de la sorte : dclaiis <id nrbcm. sans citer ni Paul Diacre ni aucune autre source'. Baronius plaça en marge du texte de Paul Diacre, comme une variante ou une correction, la phrase modifiée par Sigonio*; et Bollandus y mit également les pai-oles in urbem '. Ciauquni, qui reproduisit le passage de Paul Diacre en adoptant sans hésiter la fausse leçon ad urbem au lieu de la véritable ab urbe', fut cause que les archéologues suivants tomhèrent aveuglément dans la même erreur. Les mots ad Urbem ou in Crbein ne se trouvent dans aucun manuscrit de Paul Diacre '. Ils ont leur origine uniquement dans le texte créé arbitrairement par Sigonio. Il est donc maintenant assuré que le fait sur lequel les
^ Aussi je m'étonne, écrit De Rossi, (lu'cn dépit de la critique historique si développée de nos jours, des archéologues d'un grand nom continuent encore à considérer comme un fait certain et à l'abri du doute l'exécution de la mosaïque au temps d*.\gatlion et précisément en G80 ; par exemple. R. riarrucci, Sloria drW artc crisliana, t. IV. p. ',12: F.-X. Ivraus, Heal-Enaïklopàdic. t. n. p. 747- 748. Dans leDiclionn.des antiquités chrétiennes, 1^~~. p. 275^ Martigny dit que l'image en mosaïque tle saint Sebastien est " de la fin du xyii*^ siècle. » Il v a là une erreur d'iin-
archéologues se sont fondés pour attribuer à notre mosaïque la date précise de 6S0, se rapporte à Pavit; et non à Rome, et conséquemment n'a pas de relation directe avec la basilique romaine de Saint-Pierreès-liens. Je dis de relation directe, car le P. Giampaoli.
2383. — Saint Sébastien. Mosaïque île Suint-Pierre-és-Liens. D'après De Rossi, Musaici cristiani.
chanoine régulier de Saint-Jean-de-Latran. dans un récent écrit ', note justement que Paul Diacre ne lui semble pas parler de Rome, mais de Pavie — ce qui est inouvé maintenant — et ajoute que, probablepression. En corrigeant " \i!^ siècle " on verra bientôt que le jugement de Martigny est fort juste. — = Robolini, A'o(i:ie délia storia di Pmiia. t. i. p. 75; De Rossi, Inscr. christ., t. il, p. 33. — 'De rcgnn Italiir (min. 6S0),édit. de Bologne, 1580. p. 90. — 'Annales, ad. ann. 680, n. 51. édil. Mansi. I.ncqucs, t. xii, p. 17. — ' .to(<i sanct., jan. t. Il, p. 26(1. — ^ \'etera monimenta,hc.cit. — ' Voirrédition critiiiue de Waitz dans les Scriplores reritm Langobard. et ItuL, sn'c. vi-i\,p. 166. — ^ Menïorie délie catene diS. Pietro, in-8°, Prato, 1884, p. 57.
CHAINES DE SAINT PIERRE
ment, les Romains ont imité l'exemple des habitants de cette ville, en mémoire de la cessation de la iiestc. Celte hypothèse me paraissait extrêmement fondée; il faut voir si le style de la mosaïque peut se rapporter à cette époque ou aux années qui ont suivi de prés la fin du fléau.
,Je commence par la bibliographie. Le plus ancien dessin subsistant est l'aquarelle de la collection Ciacconio. Cocl. Valic, âlOS, fol. 22. I.a'figure y est toute entière et une note y signale la barbe et l'aspect sentie de saint .Sébastien, contrairement à l'usage des peintres modernes qui le représentent comme un jeune homme. La même observation a été faite par Baronius et souvent répétée depuis'. La chevelure dans l'original est l'ouvrage de restaurations récentes dont j'ignore la date précise, mais la barbe, qui est ancienne, est réellement gi'ise. Dans le lucernaire de la crypte de ■Sainte-Cécile, au cimetière de Calliste, est une peinture exécutée entre le iv= et le v siècle, où saint Sébastien est représenté comme un homme d'âge très mûr (fig. 2239)^, ce qui se vérifie aussi à Ravenne, dans un monument du vi« siècle '. Cet âge avancé convient en ellet à un personnage comme saint Sébastien qui occupa un grade élevé dans la milice palatine. Ciampini a été le premier éditeur de notre mosa'ique *. Sa gravuie sur cui\Te est la source des reproductions de Mai'tigny et de Kraus. Le dessin, de dimensions fort restreintes, publié par Séroux d'.\gincourt, est tiré de l'original '. Garrucci aussi a fait graver le sien d'après l'original, mais en proportions plus considérables et avec des lacunes au sommet de la tête, ainsi qu'à l'endroit où commence le nom, ces parties étant modernes '. La planche donnée par De Rossi ', et d'après laquelle est faite notre rigurc(fig. 2383). est la première reproduction en chromolithographie. Elle ]jerniet de distinguer clairement les couleurs et les détails des vêtements, surtout ceux de la tunique avec la bande gemmée se repliant sur l'épaule. On y apercevra avec une égale clarté l'ample chlamyde palatine avec le morceau d'étolTe pourpre cousu par-dessus. et les chaussures : en un mot toutes les particularités de l'uniforme militaire usité à la cour byzantine. Ces vêtements sont semblables à ceux que portent Rufinianus, le vicaire, dans la fresque du vu- siècle, au cimetière de Generosa ", et les martyrs figurés en habit de cour dans une mosaïque du même siècle, à Saint- Venance, près du baptistère du Latran.
L'aspect général de la figme de saint Sébastien ofire beaucoup d'analogie avec celui de la Vierge orante, représentée à l'oratoire de Jean VII au Latran, dans une mosaïque de l'an 706. Le type est meilleur et plus ancien que celui des images des mosaïques romaines du i.K« siècle. On lui attribuerait plutôt quelque point de ressemblance avec les œuvres de la période italobyzantine du vi° siècle, exécutées à Ravenne ». En sorte que notre mosaïque est fort justement attribuée à la fin du vu" siècle environ, c'est-à-dire à l'époque même où les faits consacrés à Pavie en 680 ont pu suggérer aux Romains la pensée d'imiter les habitants de celte ville en dédiant à leur tour un autel et une image à saint Sébastien.
'Baronius, Ad martijrol., 20 janv. ; .4c/a soncf., Zoc. cit.: Ciampini, /oc. cit. ; Bottari, ScuUure e pitlure, t. m, p. 168 ; Lug.nri, S. Sebasliano, Roma, 188"J, p. 33; Martigny, Diclionn., 1877, p. 725; Kraus, Rcal-Encyklup., t. n, p. 747-748. — - Roma sotterranea, t. ii, pi. vu, p. 119. — ^ Garrucci, Storia dell' nrle crisL, pi. 243. — ' Vclera monimentit, pi. XXXIV. — '■ Histoire de la décadence des arts. Peinture, pi. xvii, n. 3. — • Garrucci, op. cil., pi. 275, n. 3. — ' Musaici cristiani, pi. non numérotée. — 'Roma sotterranea, t. m, pi. li, p. 659. — •Crowe et C.avalcascUe, Storia délia piliiire in Italia,t. i, p. &.); ces auteurs observent que le tond de couleur sombre.privant l'image de
Les plantes fleuries au milieu desquelles se trouve le martjT, et la couronne ornée de pierreries qu'il tient à la main, sont les symboles fort connus de la récompense éternelle dans le paradis. Le disque marqué d'une croix, entre les pieds du saint, pourrait, en quelque façon, être appelé à signifier la même chose. Ciampini l'a fait graver connue si c'était une rose avec sa tige et ses feuilles'". Mais c'est un vrai disque semblable à ceu.x qu'on voit sur la voûte de l'oratoire de saint Jean l'Évangéliste au Latran, où lis ne semblent pourtant être qu'un simple ornement. J.-B. De I^ossi a observé plusieurs fois des disques semblables, comme emblèmes de récompense, dans les monuments relatifs aux jeux de cirque". Cet objet pourrait donc aussi cire interprété comme un symbole de récompense, en le considérant comme un symbole des luttes agonistiques et d'amphithéâtre, selon le sens allégorique et moral donné par saint Paul et reproduit dans la littérature et l'art des chrétiens '^ Il
2384. — Chaînes de saint Pierre.
D'après Civillii cattulica, 1898, série XVI!, t. m, \i. 220.
est encore possible que ce disque fasse allusion au jeu de la rolala et aux exercices de la palestre ", en souvenir de l'hippodrome du Palatin, lieu du martyre de saint Sébastien, que l'on confondait au moyen âge avec le stade et la palestre ".
V. L.\ chaIne de saint Pierre. — T^a relique qui fit la célébrité du titre de Saint-Pierre-ès-liens existe encore et tout concourt à faire admettre sa parfaite authenticité (fis. 2384).
Les chaînes de saint Pierre, dans leur état actuel, se composent de deu.K morceaux; l'un comprend vingt-trois chaînons allongés, le dernier est contourné et s'attache à deux fers recourbés en forme de demicercle et destinés à enserrer le col"; telle devait être sa destination. L'autre partie se compose de onze chaînons identiques à ceux de la partie déjà mentionnée et paraissant avoir fait partie d'une chaîne primitivement unique; les quatre derniers chaînons de la chaîne plus courte sont plus petits et un peu diflérents des autres. C'est l'ouvrage d'un grossier forgeron. Cette chaîne u'olïre rien qui diffère des quelques autres débris de chaînes antiques". Elle a été probablement assez réduite par suite des dons qui ont détaché un certain nombre de chaînons et du débit de quelques
son relief, est peut-être moderne. Les lettres d'or qui se détachent sur ce fond sont cependant antiques. — '"Le dessin colorié de Ciacconio omet le disque entre les pieds du saint ainsi que les fleurs latérales. — " Borsari, dans Fiorelli, .\o(i:ie degli Seaui, 1889, p. 224. — '■ Bull, di arch. crisl., 1867, p. 82 sq. — " Konia sotlerr., t. m, p. 185. — "Jordan, Topotjr. der Stadt Rom, t. 11, p. 384; De Rossi, Fiante di iîoma,p.l25. — '^Monsacrati, De ca(enjs S. Pefri, édit. Giampaoli.p. 211. — '*Dareniberg et Saglio, Dic/ionn. des antiquités grecques et romaines, 1887, t. i, fig. 1243, d'après Grivaud de la Vincelle, .4r/s et métiers des anciens,
pi. XLVIII.