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CHANT GRÉGORIEN DU IX" AU NIX« SIÈCLE

cordes, les genres diatonique, chromatique, enharmonique '. » Lorsqu'ils s'occupent du rythme, ils reproduisent la plupart du temps les règles de la métrique grecque et latine. Toute cette partie de la musique coule à pleins bords dans ces écrits, et ce n'est qu'à force d'observation ]i;iticnte qu'on parvient à reconnaître un autre courant mêlé au premier, celui de la musique liturgique, qui dérive bien de l'ancienne, mais un peu comme nos langues romanes modernes dérivent du latin; on rencontre quelques allusions faites en passant à la cantilènc ecclésiastique. Peu à peu cependant l'enseignement de ces maîtres se précise, surtout « lorsqu'on commence à sentir le besoin de conserver la tradition en péril. C'est alors que les musiciens quittent la spéculation pour s'occuper davantage des règles pratiques. Ils se mettent enfin à étudier et à analyser les mélodies elles-mêmes, ce qui est à coup sûr le procédé le plus prompt, le plus infaillible, pour en connaître toute la construction. C'est ainsi qu'ils fi.xent peu à peu les lois qui règlent la tonalité, la modalité, le rythme, en même temps qu'ils s'efforcent de remédier aux lacunes de la notation purement neumatique ^ » Puis, à partir du x» siècle, nous voyons un troisième courant se mêler aux deux premiers, et contribuer pour une grande part à absorber celui de la musique liturgique. C'est alors que l'art mensurahste et polyphonique sort du domaine purement populaire et veut avoir sa place dans les écoles de chant. Les maîtres comme les élèves ne peuvent s'empêcher de céder aux attraits de la nouveauté, et la musique mesurée finit par débouter peu à peu la musique plane ou non mesurée. On verra dans la seconde partie de ce travail comment l'usage d'employer des phrases grégoriennes comme ténors des motets devint à la longue funeste au rythme du chant ; la décadence fut encore accélérée par le choix que firent les musiciens des diiîérentes figures de notes pour indiquer la valeur temporaire dans leurs morceaux de musique figurée. On s'habitua insensiblement à leur donner ces valeurs dans le chant ecclésiastique; d'un autre côté, la désagrégation des ncumes causée par les motets fut cause qu'on négligea beaucoup l'écriture des manuscrits; aussi les plus récents ne reproduisent-ils plus fidèlement le groupement des notes qui est encore si remarquable au xiV siècle.

II. PÉRIODE DE DÉa\DENCE. — On a pu voir la décadence s'accentuer peu à peu à la fin de la période précédente, mais seulement jiour l'exécution du plain-chant : personne n'avait encore pensé à modifier les mélodies elles-mêmes, et les manuscrits, jusqu'au commencement du xvi« siècle, les reproduisaient avec fidélité, bien que, à cause de l'oubli des anciennes règles, on ne tînt plus grand compte de la forme, et du groupement des notes'.

Lorsque le concile de Trtntc s'occupa de la réforme des livres liturgiques, il ne fut aucunement question de changer quoi que ce soit au chant en usage jusqu'alors. Le concile se contenta de recommander aux ordinaires de bannir des églises toute musique où se mêlait quelque chose de lascif et d'impur", et il leur laissait le soin, en attendant que le synode provincial pût s'en occuper, de déterminer la manière convenable de chanter dans les divins offices *. La tâche de mettre à exécution les réformes prescrites

^ Paléographie musicale, t. i, p. 20. — ^ Paléographie musicale, t. i, p. 21. — ' On peut voir des spécimens de ces mss. aux tomes il et m de la Paléographie musicale.

— • Sess. XXII. Decretum de observandis et euitatidis in celcbratione missw. — ' Sess. XXIV, cap. xii, De reformatione.

— * Magis conveniret ul quœ in officia confornianlur Romano, sic etiam in canlu et in aliis ritibus. Cod.Vat. Ottob. 617J, Jol. 42. — 'Respighi.G. P. L. da Palestr'na e l'emen-

incomba à saint Pie V, qui succéda à Pie IV en 1560. Le Bréviaire fut publié en 15GS. et le Missel en 1570 : aucune des deux bulles qui rendent l'un et l'autre obligatoire ne parle du chant. Il est \Tai que le Missel contenait les mélodies de ce que chantent le prêtre et le diacre à la messe, mais une réponse de la S. Congrégation des Rites à des franciscains de Salamanque prouve qu'on n'avait pas l'intention d'imposer strictement ce chant ". \'ers la même époque (1573) on se mettait activement en Espagne à faire les corrections nécessaires pour adapter l'ancien chant aux nouvelles paroles ', ce que nous voyons prescrit par le concile d'Aîx en 1585 *. On peut croire qu'il en fut ainsi partout où on adopta la liturgie réformée, bien que les nombreux conciles provinciaux tenus à cette épotiue ne mentionnent pas expressément le chant lorsqu'ils disent ou bien qu'on prendra la liturgie romaine, ou qu'on corrigera la liturgie locale d'après les livres de saint Pie V. Deux conciles d'Italie, celui de Ravenne ' (1568), et celui d'L'rbin'" (1569), recommandent iL- chanter tout ce qui est dans le Graduel et dans l'Antiphonaire, en plain-chant, en prenant grand soin de ne point altérer le ton original, et ceci, juxia canonicas sanctioncs. Il est vrai qu'à cette époque, le bréviaire venait à peine de paraître, et le Missel n'était pas encore publié, mais en 1597 le concile d'.\malfi " renouvelle la même prescription en termes identiques; nous pouvons fort bien y voir la préoccupation de ne rien changer aux mélodies transmises par la tradition. Telle était aussi l'opinion à Rome, nous en trouvons la preuve dans les diverses publications de Giovanni Guidetti, bénéficier de Saint-Pierre, qui fit paraître successivement le Directorium Cliori(lb82), le chant de la Passion (1586), le chant pour l'office de la Semaine sainte (1587). 11 nous fait connaître lui-même dans la préface du Directorium chori quels principes le guidaient dans le choix de ses mélodies : « Xous nous sommes servis, dit-il, des plus anciens manuscrits de notre basihquc Vaticane, aussi bien que des antiphonaires et des psautiers plus récents'^. » Ce sont bieu là des principes conservateurs, et quoique les Uvres de Guidetti n'eussent rien d'officiel, il est très peu probable qu'il se fût risqué à les publier s'il n'avait pas eu à craindre de déplaire aux autorités. S'il y avait quelques doutes à ce sujet, il suffirait, pour les dissiper, de remarquer ce qui se passa quelques années plus tard (1596), lorsque parut l'édition officielle du Pontifical. Clément VIII, sous les auspices duquel se fit cette édition, voulut une revision du chant qu'il confia à des hommes « versés dans cette matière. •> Il n'était point question d'une refonte, mais simplement d'une nouvelle application des mélodies aux mots du texte, en suivant les théories de quantité et d'accentuation de l'époque, d'après lesquelles les groupes devaient être réservés surtout pour les syllabes accentuées, tandis que les pénultièmes brèves ne pouvaient pas recevoir plus d'une note". Par ailleurs, le chant traditionnel était reproduit aussi bien qu'on pouvait le faire alors.

Xous avons pu voir que Clément VllI avait eu l'idée de corriger les mélodies du Pontifical, afin de les mettre d'accord avec l'accentuation et la quantité des syllabes. Cette idée n'était pas nouvelle; nous la trouvons dans les livres de Guidetti, et dans

dozione del Graduale Romano, p. 19. — ' Mansi. Conc. ampliss. coll., t. XXXIV, col. 953. — 'Mansi, op.cit., t. xxxv, col. 631. — '» Op. cit.. col. 693. — " Op. cit.. col. 114, 98. — "Respighi, op. ri(.. p. 60. — "Bulle Ex quo in Ec\i clesia, reproduite dans toutes ks éditions du Pontifical. Sur la manière dont les compositeurs du chant grégorien ont traité les syllabes accentuées et les pénultièmes brèves, cf. art. .\ccent, 1. 1, col. 220.

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