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CHANT GRÉGORIEN DU IX' AU XI.V SIÈCLE

pouvaient bien être perdus, de sorte que Palestriiia proposait de corriger lui-même le Sanclorale, pourvu que Fulgcnce voulût bien lui accorder trois ou quatre mois '. Un traité fut conclu, par lequel les imprimeurs s'engageaient à donner 1000 ccus au correcteur, tandis que celui-ci promettait de leur remettre immédiatement tout ce qu'il avait corrigé, et de réformer, en un court espace de temps, tous les livres qui étaient nécessaires à un chœur, c'est-à-dire Graduel, Antiphonaire et Psautier ^ En conséquence de cet arrangement. Palestrina alla trouver le cardinal Gesualdo. préfet de la Congrégation des Rites, et lui demanda de proposer son manuscrit à l'approbation de la docte assemblée. Il lui fut répondu que les œuvres du Maestro, à leur avis, n'avaient point besoin de corrections, et que. d'ailleurs, personne n'était en état de les corriger'. Mais ceci n'était pas une permission d'imprimer, et les inventeurs, impatients d'utiliser leur trouvaille, adressèrent vers le commencement de l'année 1591 une supplique à Clément VIII, dans laquelle ils demandaient la permission, ou bien d'imprimer les livres de chants avec toutes leurs fautes, ou bien de faire paraître les mélodies réformées par Palestrina. La réponse fut un décret de la Congrégation des Rites (21 janvier 1594) dans lequel la nouvelle manière d'imprimer était louée, mais qui ne permettait l'impression du chant reformé qu'après examen et approbation du manuscrit '. Toutes ces démarches durent se faire en un court espace de temps. carPalcstrinamourutIe2 fé\Tier 1594, et nous savons par Fulgence ' que sa mort arriva environ 15 jours après la convention dont il a été parlé plus haut. C'est avec son fds Hygin que les imprimeurs eurent à traiter; celui-ci demanda 20 000 écus (environ 50 000 fr.). et les imprimeurs qui voulaient à toute force publier un cliant quelconque acceptèrent ses conditions; le traité fut conclu le 14 mars. Ici )ious voyons apjjaraitre Raimondi, directeur de l'imprimerie médicéenne. Le 29 mars, nouveau décret de la Congrégation des Rites, qui non seulement approuvait et la nouvelle manière d'imprimer et le chant réformé, mais encore déclarait que le pape devait expédier des lettres apostoliques pour reconnnander aux évêques l'adoption de ce chant, « car il est tout à fait ;\ désirer que dans l'église de Dieu toute divergence disparaisse dans la célébration des divins ofTices. » Toutefois, on ne devait pas contraindre les ÉgUscs à corriger leurs anciens livres, ni à acheter les nouveaux «. Hygin ne livra les manuscrits que le 18 novembre. Alors le cardinal del Monte, suivant ce qui avait été prescrit par le décret du 29 mars, chargea quatre musiciens de les examiner. Le fils de Palestrina avait donné un graduel complet, disant qu'il avait été corrigé par son père; or, les examinateurs découvrirent que le Saiicluarium ou propre des Saints diflérait considérablement du Dominicale ou propre du temps; qu'il était rempli d'erreurs et ne pouvait s'accorder ni avec le Missel ni avec le Bréviaire, et, en outre, qu'il n'avait pas été corrigé par Palestrina. En conséquence, la Sacrée Congrégation déclara » que lesdits livres ne pouvaient être ni acceptés, ni imprimés, parce qu'ils étaient pleins d'erreurs, de variantes et de défauts de toute sorte '. »

Cependant Hygin ne voulait pas perdre les 2000 ccus, que Raimondi refusait naturellement de lui payer. Il porta son procès devant plusieurs juridictions, jusqu'à ce qu'enfin le tribunal de la Rote, le 2 juin 1599, déclarât qu'il y avait lieu de résilier la

[ vente. Hygin ne se tint pas pour battu; il essaya encore de se faire payer, mais un jugement de la Rote, du 2 octobre 1602, déclara que le manuscrit lui serait rendu, et sur son refus de le recevoir, le tribunal ordonna qu'il fût déposé au mont-de-piété. On ne sait ce qu'il devint dans la suite.

Raimondi, de son côté, s'occupait à perfectionner l'invention de Parasoli et de Fulgcnce; ceux-ci n'étaient parvenus qu'à fabriquer des caractères de bois; Raimondi trouva le moyen de les faire en métal, ce qui en rendait la construction et l'usage I)eaucoup plus faciles; le 31 mai 1008, il obtint de Paul V le privilège d'imprimer seul pendant 15 ans les livres de chœur ". et quelques mois plus tard (28 août) le pape, après avoir pris conseil du procureur général des .\u.gustins, décidait qu'il y avait lieu de revoir les livres de chant avant qu'ils fussent imprimés par Raimondi; il nommait, à cet effet, une commission de cardinaux, laquelle, à son tour, désignait Anerio et cinq autres musiciens pour faire le travail. Ils avaient pour mission « de corriger des fautes qui auraient pu, à la longue, gâter les mélodies, s'ils le jugeaient nécessaire '. » Il est bien probable que les musiciens chargés de la revision ne s'entendaient pas entre eux, car un bref du 6 mars 1611 autorisait le cardinal Del Monte à choisir deux musiciens parmi les six désignés, et à les charger de la réforme. Anerio et Soriano furent désignés, et, au commencement de 1G12, ils avaient terminé leur travail. Raimondi aurait voulu avoir une bulle imposiint les nouveaux livres à toute l'Église, mais il ne ]>ut obtenir qu'un bref laudatif, dans lequel le pape se contentait d'exhorter les gens d'église à les prendre, et encore il parait que ce bref fut trouvé exorbitant, puisqu'il ne fut pas imprimé au commencement du premier volume, qui parut en 1614, après la mort de Raimondi; on dut se contenter d'y mettre le privilège de 1608, qui ne pouvait sufiire à rendre l'édition cKÎicielle. Le second volume parut en 1615.

Le caractère de cette réforme du chant a été très bien décrit par Ms' Perriot^", et dom Mocquereau a montré " que les correcteurs ont complètement méconnu les lois qui avaient guidé les compositeurs inconnus des mélodies liturgiques dans l'agencement de leurs cantilèncs. Quelles règles se tracèrent-ils pour leur réforme ? Impossible do le découvrir. L'idée dominante était de raccourcir les longs mélismes dont on avait perdu le sens musical. Il est possible qu'on eût déjà commencé à les sujiprimer tout en se servant des anciens manuscrits, mais nos deux musiciens ne se contentèrent pas de les biffer; ils ajoutèrent de courts mélismes là où souvent il n'y avait qu'une note, ils modifièrent les mélodies sans aucune raison; ils composèrent des morceaux de toutes pièces; ils s'appliquèrent à décharger toutes les pénultièmes brèves, et à entasser les notes sur les syllabes accentuées; ils introduisirent un r\'tlime tout spécial, basé sur les valeurs différentes des notes caudées, carrées ou losanges. En somme le chant que contient l'édition médicèenne est une sorte de squelette contrefait ne rappelant que de très loin le chant grégorien tel que l'ÉgUse l'avait conserve jusqu'à cette époque. Le besoin de cette nouvelle édition ne se faisait nullement sentir, personne ne semble l'avoir désirée en dehors des imprimeurs qui pensaient y trouver leur pro lit. et le semblant d'approbation qu'elle avait obtenu fut retiré avant l'impression. Elle ne fit pas fortune et ne fut pas très répandue.

' Op. cil., p. 12. Les propres paroles de Fulgence sont citées par l'auteur. — = Minute d'une pétition de Raimondi à Clément VIII, op. cit., p. 222. — ' Op. cit., p. 13. — • Op. cil, p. 215. — =• Op. cit., p. 13. — « Molitor, op, ci/..

t. II, p. 215; Respighi, op. cit., p. 75. — ' Molitor, op. cit., t. II, p. 219. — 'Op. cit., p. 232. — 'Op. ci/., p. 234, 233. — " Ami du clergé, 1SS3, p. 515. — " Paléograpliie miisiciilc, t. III et IV.

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