‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 94 sur 303 · ISTO NOTVS IN ORBE PROCVL NOSTER IN ORBE PA · texte numérisé non relu

ISTO NOTVS IN ORBE PROCVL NOSTER IN ORBE PA

(TER INCLYTVS ISTE SACRAE FVERAT CVSTOSQVE

[CAPELLAE HIC DECVS ECCLESIAE PROMPTVS IN OMNE

[BONVM

A Fulrad succéda en qualité d'archichapelain Angilram de Metz '. Celui-ci occupant un siège épiscopal il fut nécessaire d'obtenir le consentement du pape Hadrien I"', ainsi que Charlcmagne en rendit compte au concile tenu à Francfort en 794 : Dixil eliam domnus rex in cadem synodo, ul a sede aposiolica, id est ab Hadriano ponlifici, licentiani habuissc, ut Angilramnum archiepiscopum in suo palalio assidue haberet propler ulililales eeclesiasticas '. Angilram succéda-t-il directement et immédiatement à Fulrad,

■ Monum. Germ. hist., Scriptores, t. i, p. 141 : el Slephanum papam cum Folrado presbytcro capellano et,.. — * Monum, Germ. Iiist., Scriptores, p. 45. — ^ Bôtimcr- Mùhlbacher, n. 116 : Fuîradus abbas seu cappellanus nosfer, en 769: dans deux actes de la même année, janvier et mars 769, Fulrad n'est qualifié qu'abbas, Bohmer-Mûlilbaeher, n. 117, 119; cf. Monum. Germ. liist.. Script., t. I, p. 148: Donmus rex Ciu-olus venit ad Corbonacum villam, ibique veniente Wilcfiarius arctiiepiscopus el Folradus capelîanus ...cum aliis primalibus, qui fuerunt Carlonianni. — •^I. Tangl, Das Testament Fulrads von Saint Denis, dans A'eucs^rcfti'y, 1907, t. xxxii, p. 210, 212, 214 : capalanus. — > Bohmer-Mûhlbacher, n. 213; cf. M. Tangl, dans .4rc/iiy fur Vrkundenforschung, 1907, 1. 1, p. 95, «S, 99, 101, 162. — » Alcuin, Carmina, xcii, 2, dans Poetx latini œvi Carolini, t. I, p. 319. Fulrad mourut le 16 juillet 784. — ' Rettberg, Kircltengeschiclite Deulsclilands, t. i, p. 501 sq.; Waitz, op. cil., t. III, p. 518; Abel, Karl der Grosse, t. i, p. 395; Simson, Karl der Grosse, t. ii, p. 541; Œlsner, Angilram, dans Allgemcine deutsctie Biograpïiie, t. i, p. 460. — ' Conc. Francofurt., c. xxxv, dans Monum. Germ. histor.. Concilia, édit. VcrminghoH, p. 171 ; Capitularia, édit. Boretius, i, p. 78. — • Bôhmer-Mûhlbacher, n. 294; le Catalogus episcoporuni Mettensium porte : Angliilrammus arctiiepiscopus [cl palalii capellanus], dans Monum. Germ. hist., Script., t. m, p. 306, cf. t. n, p. 269. Il est tout à fait probable, ainsi que l'a fait remarquer Tangl, dans .Arcliiv fiir Urkundenforscliung, 1907, t. i, p. 106, que nous devons interpréter les notes tironieimes d'un acte du 5 novembre 786 de la manière suivante : Ordinante domno rege per Angil[ram]num, dansBôhiner-i\Iûhlbacher,n. 276; de cette indication on pourrait induire avec quelque vraisemblance que la nomination d' Angilram doit être avancée de 788 à 786 et même il n'est pas, croyons-nous, aventureux d'admettre qu' Angilram succéda à Fulrad dès 784 et obtint la dispense de la résidence épiscopale pendant un voyage à Rome, en 783, dont parle Alcuin, Epistolee karolini sévi, t. Il, p. 134, édit. Duemmler, et la note a, cette date de 785 étant sujette à discussion, A. Hauck, Kirchcngescliichte Deulschlands, t. ii, 2' édit., p. 206, n. 3. — *• Bôhmer-Mùlilbacher, n. 298. Plus tard seulement nous voyons apparaître des titres spéciaux. Dans une lettre d' Alcuin à Lsuald, abbé de Monte-Amiata (794-796), postérieure à la mort d' Angilram, nous voyons celui-ci ainsi désigné : Angilramnum arctiiepiscopum et sanctse capellœ primicerium, Alcuin, Epistolee Karol. œvi, t.ii, p. 134; dans un diplôme falsifié de Louis le Pieux, 15 mai 836, Angilram est qualifié archicapetlanus palalii; dans Bôlimer-

on peut le croire, bien que ce dernier étant mort le 16 juillet 784 nous ne rencontrions la première mention du titre de chapelain accolé au nom d'Angil ram que dans un acte daté du 11 juin 788 : Mellensis ecclesie archiepiscopus alque capellanus palaeii noslri '. Quant à la charge elle-même on la trouve suffisamment décrite dans cet acte daté du 25 octobre de la même année : Engilrammas archiepiscopus ..., gui et sanclam capellam palaeii noslri gubcrnare videlur'^".

Angilram étant mort le 26 octobre 791 ", Hilde bold de Cologne le remplaça à la tête de la chapelle royale " et Charlem.igne dut se pourvoir encore d'une dispense : Deprecalus est el eadem synodum (Francofurliense), ut eo modo, sicut Angilramnum habuerat. ita eliam Hildeboldum episcopum habcre debuissel, quia el de codem, sicut el de Angilramnum, aposlolicam licenliam habebat. Omnis synodus conscnsit, et placuil eis eum inpalatium esse debcre propler ulililales eeclesiasticas ". Hildebold porta les titres de archiepiscopus et palaeii capellanus" et, après le couronnement de Charlcmagne, lorsqu'on voulut montrer au collègue impérial de Constantinople qu'on n'était pas en reste d'étiquette avec lui, on libella : sacri palalii capellanus ". Dans les Tradilioncs du monastère de Mondsee nous rencontrons : Hildepaldus divina clemcntia archiep. alque sacri palaeii capellanus '• et même : archiepiscopus cl sacri palalii imperialis cuslos " ou bien archiepiscopus cuslos capellanus ". En 813, le concile de Mayence consacre en quelque façon

Mùhlbacher, n. 962, et dans les Epislulse ad divortium Lotharii II régis pertinentes, ep. ix, on lit: Engilramnus... summus capellanus ejus et apoerisitwius apostolieœ Sedis in istis regionibus, dans Epistolœ karotini œvi, t. r\', p. 223. Cf. \V. Lùders, Hal der oberste capetlcmus den Titel apocrisiarius geliilirt? dans Archiu jiir Urkundenjorsctiung, 1908, t. II, p. 93-100. — " Annales I aureshamenses, ad. ann. 791, dans Monum. Germ. hist., Scripl., 1. 1, p. 34. Cf. Simson, Karl der Grosse, 1883, t. il, p. 542. — '= G. 'Waitz, op. cit., t. III, p. 518, note 2; Simson, op. cit., t. il, p. 542, n. 2.

— " Co;ic. Francofurt., 794, can. 55, dans Conc. œvi karol., édit. VerminghofI, p. 171, et Capitularia, édit. Boretius, t. I, p. 78. Dans ce concile tenu en 794 Hildebold est qualifié episcopus; en cette année même ou, au plus tard, en 795, il est qualifié archiepiscopus. Il reçut le pallium archiépiscopal soit en 794 soit au début de 795,11 serait difficile de préciser ce point malgré les Traditiones S. Cassii et Florentii, n. 32, édit.Perlbach, dans \eues Archiv,t. xiUy p. 145-170. Cf. Hauck, op. cit., 2' édit., t. ii, p. 206, n. 1 ; W. Lûders, Capellu. p. 32. Thomassin, Ane. el nouv. discipl. de rii3ljse,172ô, t.i,col. 1238, dit.pour expliquer cette incertitude : « Le titre de cette dignité [de chef de la chapelle royale] n'étoit pas encore certain, parce qu'elle étoit nouvelle. Fulrad avoit été appelé archiprêtre de France. Angilram fut nommé archevêque dans le canon de Francfort, et comme la ville de Metz n'étoit qu'un évêché, quelques-uns ont cru que la seule considération de cette haute dignité du palais lui avoit donné le nom d'archevêque. Hildebold (reçoit le titre d'archevêque) quoiqu'il soit simplement nommé évêque dans une lettre de Charlcmagne et dans le canon de Francfort, parce qu'il étoit effectivement archevêque de Cologne, quoiqu'en joignant ce titre à celui d'archichapelain on le nommât quelquefois archevêque du sacré palais. » — " Avant 799, dans Traditiones S. Cassii et Florentii, n. 26; et cependant en 801, ibid., n. 30, on lit encore: episcopus atquc palalii capellanus. La l'i(n Lconis III, dans Mur.ntori, Scriptores rerunt italicarum, t. ui, part. 1, p. 198, donne : Hildeboldum archiepiscopum et capellanum. — " Dans un acte du 5 a^Til 804. Cf. W. Lûders, dans Archiv lûr Urkurdenforschung, 1908, t. u, p. 33. Ce protocole est abondamment confirmé par les Traditiones Lunœlacenses (= Mondsee, près de Salzbourg), n. 11, 14, 21, 30, 36, 48. 51, 58, 72, 86, 95, 101, 102, 103, 107, 110 a, 110 fr. 118, — "Tradit. Lunœlacenses, dans Urkundenbuch des Landes ob der Enns, t. I, p. 102-108, n. 36, cf. n. 102 : ego Hild. archiep. et sacri palaeii capellanus, — " Tradit. Lunœlasenses, n. 84.

— \' Tradit, Lunœlacenses, n. 68.

CHAPELAIN

ce ]irotocolc par l'emploi qu'il en fait pour désigner Hildebold sdcri pahilii archiepiscopus^ et le nommer avant tous les autres archevêques. Hildebold qui survécut à Cliarlemagnc, ne porta jamais le titre d'archicliapelain bien que nous le lui voyions attribuer : arcliicapeltanus sacri palatii par la Vila Hludovici PU '. Hilduin, abbé de Saint-Denys, successeur d'Hildebold, fut le premier à prendre ce litre et pas avant l'année 825 '. Avant de quitter Hildebold rappelons les vers que lui adressait Angilbert ' :

Car te non memopem, magnœ primicerius aulœ, Aaron quippe prias magnas sub Mose sacerdos In te nanc noslra subito reuiviscil in atita. Tu portas Efloth, sacrumque alliu-ibas ignem, Ore poli cîavent portas manibusque capellœ. Tu populum precibus défendis semper ab hoste.

Sous des titulaires tels que Fulrad, Angilram et Hildebold, la direction de la chapelle royale avait gagné constamment en prestige extérieur et en importance réelle. Vers l'époque de la mort deCbarlemagnc, le premier chapelain du palais était parvenu à l'apogée de son autorité. Le titre dont il était revêtu avait suivi cette progression ascendante, passant du modeste cnpcUanus au custos capellœ, de là au sacri palacii imperialis custos et archiepiscopus custos capellanus et enfin sumnms capcWinus '■ Sans doute, il conser^ vait dans ses attributions la garde et le soin des reliques du trésor royal, mais le personnage politique, le grand ofTieier de la couronne, le premier ministre, l'ambassadeur de confiance éclipsait bien un peu le chapelain; il semblerait même qu'il l'éclipsait à tel point qu'il fallut amplifier le titre primitif pour le mettre au niveau du personnage qui le portait désormais °. Celui-ci concentre entre ses mains ce qu'à défaut d'autre terme on pourrait nommer le " ministère des affaires spirituelles ' », et la « grande chancellerie ' ».

IV. Capellahi minores. — C'est 'Walafrid Strabon qui donne au personnel placé sous les ordres du chapelain principal le titre de capelhini minores'. Au moins jusqu'au temps de Fulr.id ils portaient leur titre de capellanus en commun avec leur chef. Le capitulaire de 742 nous apprend qu'ils étaient prêtres, mais il paraît bien impossible de dire s'ils étaient nombreux ou peu nombreux "•; le texte du capitulaire vise le cas où les capellani accompagnent le quartier-général, il est tout à fait probable que les vieillards, los infirmes, les lyinph.itiqnes se faisaient e.xenipter de ce service et demeuraient attachés au dépôt, en l'espèce, une des Di//«s royales où se conservaient les reliques qu'on n'emportait pas, les reliques

» Conc. Moguntinunt, priel., dans Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XIV, col. G-l. Conring suppose à tort qu'il faut remplacer ici archiepiscopas par archicapellanas ou même lire : archiepiscopus sacri palatii archicapellanus. Mubillon. De re diplomalica, p. 116, l'a réfuté d'avance. En 813, le titre d' • archicapellanus » était encore à apparaître. Cf. Hauck, KircliengescltiiMe Deutsclilands, 2" édit., 818; Simson, I.udivig der i-'rommc, t. ii, p. 232; \V. Liiders, op. cit., p. 55, note 3, tandis que A. Hauck, op. cit., l. Il, p. 789, tient pour l'année 819 et Wattenbach ne se prononce pas. — -Vila IJUuîoivici, c. xxvi, dans Scriptores, t. II, p. 620, décerne ce titre :\ Hildebald, en 816, à l'occasion du voyage du pape Etienne en France. Thomassin. op. cit., t. I, col. 123'J, y a été trompé. — 'Jusqu'alors il se contenta de summus capeltanas ; cf. Luders, Capclta, t p. 55 sq. — ' Angilbert, C<um., ii, vs. 56-61, dans Monum.

Cerm. Iiist., l'oetœ karolini levi, t. i, p. 361 sq. — ^Vila Ansharii, c. xii ; Walafrid Stral)on, De exord. eccl., c. xxxiii. — • Par un détour assez imprévu, mais très explicable, la

« chapelle » absorbe la*' chancellerie'); cela est bien montré par J.Flach, Les origines de l'ancienne France, in-S'^, Paris, 1904, t. m, p. 458 s<i.; 11. Brcsslau, Handbucti der Urkundenlelue fur Deatschland und Italien, in-S", Leipzig, 1889, t. I, p. 296; H. Bresslau, Der .inibasciatorenvermerk in den

fragiles ou encombrantes et cette portion de la cour mérovingienne qui ne prenait pas part aux expéditions : femmes, entants, serviteurs.

Le titre de capcllaims était-il réservé aux seuls prêtres ou bien attribué indistinctement à tous les clercs attachés à la capella? Cette dernière opinion parait infiniment plus probable. Dins le palais carolingien il y avait la chapell- du roi et celle de la reine; nous liions d.ms les Gsta abbal. Fonlanellensium, c. xvi : al palalium perductas, d. reginx capella ms effîcilur^^ et ces chipelles comptaient des prêt.-es, dis diacres, des sous-diacres et des clercs de rang inférieur. Hincmar s'adresse presbylcris, diaconibus, subdiaconibus et céleris cLricis in palalio d. n. régis cl d. n. rcginœ^'. Bien que la capella et son personnel eus eut évidemment pris un développement considérable par rinfiuence de Fulrad et de ses successeurs et comme conséquence de la dignité impériale portée par les carolingiens, il ne peut paraître vraisemblable qu'auparavant les capellani aient été un très petit groupe dépourvu de privilèges. S'ils avaient été placés sous la juridiction épiscopale de l'ordinaire, celle-ci les eût-elle à un moment laissé échapper sans jeter les hauts cris? or, aucun concile franc ne nous avertit d'un si grave changement apporté à la situation des capellani. Tout naturellement, Angil.'am, possédant la prérogative épiscopale, régentait souverainem.^nt son monde''; ni lui ni Hildebold n'eussent été d'humeur à se plier à une situation intenable ". Aussi, bien que faisant allusion à une situation postérieure de quelques années, nous croyons devoir utiliser deux textes qui éclairent la situation présente. Hincmar nous dit que le chef des cliapelaîns o.yxE.v cleruin palatii sub cura et dispositione sua regcbal '^ Cela, au reste, n'en valait guère mieux puisque sous le régne de Louis le Pieux, Paschase Radbert nous donne des chapelains la description suivante : Prœscrlim cl mililiam clcricorum in palalio quos capcllanos val go vocanl, quia nullus csl ordo ecclcsiaslicus, denotabal [Wala] pUirimum, qui non ob aliud serninnl, nisi ob honores ecclesiarum et quœstus sxculi, ac lucri graliam sine probatione magislcrii, alquC ambiliones mundi; quorum itaque vila neque sub régula est monachorum, neque sub episcopo militai canonice, prœscrlim cum nulla alla stinl tirocinia ecclesiarnm, quam sub his duobus ordinibus. Aiebal namqtie idem, quod ait canonicus quisque esse deberel, aut laicus, aat monachus; quod si neutrum, jam sub nullo monslralur ordinc, quia videnlur esse sine capile '■', Cette exemption de la juridiction de l'ordinaire constituait les capellani

Urkunden der Karolinger, dans Archiv fiir Urkundenforschung, 1907, t. I, p. 16S sq. — ' Tout cela se disliiqua. Cependant on retrouve des vestiges jusque dans les derniers temps de l'ancien régime. Le « grand-aumônier -, le « ministre de la feuille (des bénéfices) ■ sont des souvenirs et, en un certains sens, des surviuanees du chapelain au temps de sa splendeur. — 'Voir Dictionn., au mot Apocmsi.URE, t. I, col. 2552. — ' De ccordiis et incremenlis reram ecclesiaslicarum, c. xxxii. dans Capitularia rcg. franc, t. II, p. 515. — " Capilul. Karlmanni. dans Capital, reg. francor., édit. Boretius, 1883, p. 25, lig. 12-15. — " Eiahird, Epis/., LTX, P. L.. t. crv, col. 533, migistro alqiie prieripuj capeltano d. imperalricts. — '^Hiacinar, Epis!., xvi, ad clcrtcos Palatii, P. L.. t. cxxvi, col. 99. — " Quant à ses prédécesseurs saut Fuhid, un abbé qui avait la main faite au gouvernement exira-épiscopal, nous ne les connaissons pas, nous n'en pari )ns donc pas. — " Si le summus capellanus n'avait pas été l'Ordinaire des capellani, il faut imaginer ce haut dignitaire sans inférieurs. — " Hincmar, De or, dine palatii, xvi; dans cet écrit Hincmar t >nclie à chaque instant des usages contemporains de Charlemagne. Cf. .M. Prou, dims BibliotU. de T École des hautes-études, 1884, t. Lviii, p. I, XLii. — " Vila WaUe, 1. II, c. v, dans Script. t. II, p. 550.

CHAPELAIN

CHAPELET

dans une situation que Walatrid Strabon ne pouvait mieux comparer qu'à celle des vassaux du roi : Cappellani minores ila sunt, siciii hi, quos vassos dominicos Gallica consueludine nominamiir '.

Les chapelains inférieurs se poussaient de leur mieux dans la voie des charges et des honneurs. Tel d'entre eux reçoit la mission d'inspecter des monastères-, tel autre est nommé bibliothécaire, lihrarius ou scriptor'.

Dès l'époque mérovirgienne nous avons vu les chapelains s'élever à l'épiscopat ; on ne laissa pas une si bonne tradition tomber en oubli. A défaut d'évê-hés on se rejetait sur les bénéfices les mieux rentes. Le texte de la Vila ^Valœ que nous venons de citer nous montre les abus et les jalousies en action. En 829, le capitulaire de Worms réclama une réforme du corps trop privilégié', en 836, le synode d'Aix-la-Chapelle nous montre les chapelains se rencontrant en partie j trmi les prêtres sortis de leur diocèse sans autoris; tiou ' et même parmi les prêtres excommuniés qu'on accueille à bras ouverts ^

Quelques roms parmi ceux des lapdlwn minores sont conservés à partir de la période carolingienne; ils n'offrent guère d'intérêt historique quant aux personnages ainsi connus et le titre qui leur mérite notre attention ne nous apprend rien au point de vue de l'institution : capcUanus, religiosus capcllanus, minister cappdlœ, capellaniis presbyter '.

Il n'y a rien de particulier non plus à attendre de quelques mentions concernant divers chapelains attachés au service de différents membres de la famille carolingienne '. Il est à présumer que ces capcllani appartenaient au corps principal, celui de la chapelle royale. laquelle était chargée de desservir lavilla dans laquelle l'empereur faisait sa résidence, le camp pendant les expéditions, et les résidences plus ou moins éloignées des princes. En outre, les villas impériales ou royales étaient probablement pourvues de quelques chapelains attachés d'une manière permanente: c'est du moins ce qu'on peut induire de la mention de capdlœ dans plusieurs actes, notamment dans une décision prise par Cliarlemagne le 2S juillet 77.5 ' et même, dès 765, dans la vie de saint Sturm ". A. ViLLiEN et H. Leclercq.

CHAPELET. La manière de compter les prières, à l'aide de grains enfdés sur un cordon, telle que nous la pratiquons maintenant dans la dévotion du chapelet, était désignée durant le moyen âge par diverses expressions, comme preculœ, compuium, numeralia, signacula de Pater noster, etc., mais plus communément et universellement sous le nom de Pater noster. L'explication de cette expression est facile à donner. Vraisemblablement, quelques années avant la fin du x« siècle s'était implantée et graduellement accrue la pratique de réciter l'Oraison dominicale, un certain nombre de fois à la suite. Cette pratique prit probablement naissance dans les Ordres monas-

•Deexordiisel in cremenlis rerum ecclesiasticarum,c. xxxii, dans Capitularia rcq. Franc, t. n, p. 515. Ce lien de vassalité existera plus tard entre le roi et les capellani. Cf. Libeîlus proclamât. Corot. Catvi reg. adv. ^^^enilonem orcliiep. Senonensem. c. i, dans Capitul. reg. Franc, t. ii, p. 451. — - Capilutare Papiense (787), c. xi, édiL Boretius, Capitularia, t. i. p. 199. — 'Lemoirre de Saint-Gall, i, 4, P. L., xcviii, col. 1373. — 'Exixortat. episcop., c. xn, dans Mon. Germ. hisl.. leges, t. i, p. 340. — <■ Conc

Acquense, can. 22, dans Cunc. œvi karol, t. il, p. 722.

•Capitul. Franco/urt. (794). c. xxxviii, dans Conc. œvi karol., t. II, p. 70. — • ^Y. Lûders, Capella, p. 39-43. — 'Ibid., p. 43-44. — «Bôhmer- Mùhlbacher, op. cit., a. 191; "W. Lûders, op. cit., p. 45. — "> Vita S. Sturmii] par Eigil, dans Monum. Germ. liist., Auct. aniiq., t. ii, p. 374. — "An/i'giiiorcs consuetudines Ctuniacensium, P. L.

tiques, où se trouvait un bon nombre de membres illettrés, désignés plus tard sousle nom de convers ou frères lais, incapables souvent d'apprendre par cœur le psautier et conséquemment exposés à ne retirer aucun profit spirituel de leur assistance à l'omce récité en choeur. Dès lors, on établit la coutume de leur imposer la récitation d'un certain nombre de Pater noster en place de l'ofiice; puis, quand on avait à dire des prières pour les membres défunts de l'Ordre, les convers, au lieu des répétitions de tout le Psautier (150 psaumes), ou du tiers du Psautier (50 psaumes), reçurent la tâche plus aisée de répéter 150 ou 50 fois l'Oraison dominicale.

Jusqu'à quelle date faut-il faire remonter cette pratique de réciter ainsi la prière du Seigneur, il n'est pas facile de le dire, mais dans les ^nc/en/!cs Coutumes de Cluny, recueillies par Udalric (an. 1086) et probablement instituées à une époque beaucoup plus ancienne, nous lisons que, quand on apportait le Rouleau des morts annonçant ie décès d'un frère étranger, tout prêtre devait célébrer la messe pour ce frère défunt et les religieux non prêtres devaient réciter cinquante psaumes ou cinquante fois l'Oraison dominicale : quicumque sacerdos est cantal missam pro co, et qui non est sacerdos quinquaginta psalmos aut loties orationem dominicam". Également, dans l'ordre militaire des chcvalisrs du Temple, dont la règle fut rédigée vers 1128, les chevaliers empêches d'assister au chœur devaient dire l'Oraison dominicale 57 fois en tout, et . pour un frère défunt, ils avaient à réciter cent Pater par jour durant une semaine l^

Quoiqu'il fût possible de compter sur les doigts de la main ce nombre de prières répétées, il est clair que le procédé pouvait devenir insuffisant quand le nombre de prières à dire s'élevait à des vingtaines et à des centaines. Aussi lisons-nous de certains ermites et reclus qu'ils se servaient de petites pierres pour tenir le compte exact de leurs prières. Palladius " nous parle d'un solitaire nommé Paul qui avait trois cents prières disposées en un ordre déterminé d'avance, o-JToç T£T'j7to[i£va; E^Z^v Ta; e-j/à; Tpiaz ouîa; et qui les récitait chaque jour. Ce moine recueillant trois cents petits cailloux avait coutume de les tenir dans son sein et en jetait un chaque fois qu'il avait récité une prière. Comme dans le même passage, l'historien nous parle de deux autres ascètes dont l'un récitait 700, l'autre 100 prières par jour et qui tous deux apparemment tenaient compte du nombre de prières récitées, il parait probable que la pratique de Paul n'était pas une pratique isolée. Dès lors parait fondée la tradition de l'art chrétien des. premiers âges qui représente une sorte de chapelet grossier comme l'un des attributs des ermites ". Néanmoins, on comprend que la pratique de jeter à terre des petits cailloux ne pouvait être adoptée p;u- des moines priant dans l'église. Le procédé de passer un cordon à travers des grains percés de trous parut évidemment préférable et nous n'avons

t. cxLix, col. 776. — '= Holstenius, Codex Regularum, 1759, t. II, p. 433. — "Palladius, His/. Mus., c. xxii,P.G.', t. XXXIV, col. 1070. On sait que dans la tombe un instant

célèbre de Thaiasa — qui fut identifiée avec Thaïs

on rencjutra un objet dans lequel on vit un compteprières. D est aujourd'hui déposé au musée Guimet, où je l'ai vu. Je dois à l'obligeance de dom Leclercq de pouvoir rappeler la figure donnée dans le Dictionnaire d'arcliéologie, t, i, col. 2338, flg. 787. — '• CI. Vila S. Godrici, c. XXIV, auctore Reginaldo, monacha Dunelmensi. Surtees Socie/y, London. 1847. Ce saint ermite mourut en 1170. Son biographe contemporain nous dit : £( quia orationum multitudine consucta plurimum onertitus e.rstiterat, ne forte aliquas ignorantia duce intermiltat, lapides calculares habuit, quibus earum numéros computabat. Ibid., c. cvin p. 225.

CHAPELET

pas de raison sufllsantc pour mettre en doute que l'idée vint d'elle-même aux ascètes chrétiens d'Occident, comme elle était venue antérieurement aux disciples de Vishnu, Siva ou Buddha dans l'extrême Orient ou aux mahométans de la Syrie et du nord de l'Afrique. Il parait même probable que, dans un bas-relief du vin" ou du ix" siècle avant Notrc- Seigneur, tel qu'Austin Layard l'a reproduit dans | Monuments of Xinii'e. London, 1S49, nous pouvons reconnaître, comme l'auteur nous y invite, une représentation de deux femmes ailées, debout devant l'arbre sacré, dans l'atlilude de la prière; elles élèvent la main droite étendue et tiennent dans la main gauche une guirlande ou chapelet.

Toutefois, en ce qui concerne cette relation du chapelet chrétien avec les prototypes orientaux, il importe de remarquer que le plus ancien usage de cette manière de compter dans l'Occident, sur lequel nous ayons un témoignage explicite, est certainement antérieur à l'époque de la première croisade et vient d'Angleterre, contrée moins vraisemblablement que toute autre accessible à l'influence des usages d'Orient. Dans ses Gesta pontificum, Guillaume de Malmcsbury (f 1143; nous parle d'une dame Godiva, épouse du comte Léofric et de son cireulum gcmmarum, quem filo insuerat ut singulurum contacta singultts orcdiones incipicns numerum non prœtermillerct: hune ergo gemmarum cireulum collo imaginis sanctœ Mariie appendi jussit *.

Si l'on veut bien se rappeler que même longtemps après l'usage prédominant de pareils cordons de grains pour la récitation du Psautier de Xolrc-Dame. on les appelait encore paternoster, non seulement en français ou en latin, mais en allemand, anglais, italien et maint autre langage, pendant que les fabricants qui formaient partout des corporations à commerce prospère ^, étaient appelés palenôtricrs, on n'aura pas le moindre doute que le but primitif de ces cordons de grains fût de conqiter les répétitions de l'Oraison dominicale et que leur emploi pour compter les Ave Maria est de date postérieure. Bien plus. il paraît probable qu'avant de rencontrer la mention de Chapelet ou Psautier de Xotre-Dame, ou Couronne. il dut se produire plus communément une forme de Patenôtres divisée en cinquante grains ou cinq décades. Comme nous l'avons déjà fait observer, la plus répan due de toutes les formes de sulîrages pour les défunts, spécialement parmi ceux qui n'étaient pas prêtres et ne pouvaient offrir le saint sacrifice, fut de dire les 150 psaumes du psautier ou au moins le tiers (c'est-à-dire 50 psaumes)'. Ce partage fut si commun que non seulement nous trouvons toujours dans les Psautiers manuscrits qui nous restent, une lettre initiale somptueusement enluminée pour marquer le commencement des psaumes ci et Li et partager ainsi le livre en trois parties, mais dans les documents latins, irlandais et anglo-saxons, la récitation de trois ou de deux cinquantenaires, c'est-à-dire de trois ou de deux portions de cinquante psaumes, est l'une des plus ordinaires pratiques de pénitence ou de dévotion pour les trépassés. En place de cette récitation de cinquante psaumes, les illettrés, avons-nous dit. recevaient l'ordre de dire le même nombre de Pater nos/cr; dès lors on adopta très communément, dès le début, un procédé pour compter cinquante Pater

•Guillaume de Malmesbury, Cesta Ponliftcum, Rolls Séries, London, 1870, p. 311. — = Pour Paris en particulier, en 1268, voir Etienne Boyleau, Le livre des métiers, éd. Lespinasse et Bonnardot, Paris, 1879, 1890. p. xvi, — ■ Ebner, Z)ie klosterlichen Gcbefs-verhriideniTifieti, Regensburg, l. c, 1890, passim. — < Voir Mussafia, .Sludien 3 d. M.i., dans Marienlcgenden, spécialement fet 2" parties. Sitzungsberichle [der Kairscrl, .'Middetnic dcr IV'jssen-

nosleron unmultiple decinquante. L'inscriptiond'une pierre tombale de l'an 127.3, qui, comparativement tardive il est vrai, nous fournit probablement la plus anciennereproduction fidèle d'un patenôtre, parvenue jusqu'à nous, est intéressante à signaler ici. Elle présente le frère Gérars, chevalier du temple, fondateur de Villers-le-Temple, àNandrin près Liège. Ce monument représente de fait plus de cinq décades de grains, mais ce qu'il importe de remarquer dans le dessin, c'est que tout le cordon est partagé en dix et que chaque dixième grain est plus gros que les autres ; en d'autres termes, il n'y a pas, comme dans nos chapelets modernes, des décades de dix petits grains séparés par de plus gros grains sur lesquels nous disons maintenant \e Pater, main il y a des portions de neuf petits grains avec un dixième plus gros, la différence de grosseur est évidemment établie pour compter plus aisément. Il est de toute évidence qu'un pareil patenôtre n'était pas destiné à la récitation d'un chapelet de Pater et d'Ave entremêlés comme nous l'avons maintenant. En fait, nous ne pouvons avoir aucun doute que le cordon de grains en question représente le moyen ordinaire de compter dont se servaient les chevaliers du Temple pour la récitation des Pater auxquels, avons-nous dit, ils étaient tenus par leur règle.

Étant donné que de tels patenôtres étaient déjà d'un usage commun au x'^ et au xi« siècle, il était très naturel que, vers l'an 1150 ou un peu plus tôt, époque où la récitation de la Salutation angélique devint très répandue (grâce sans doute à son emploi comme antienne dans le petit ofiîce de la sainte Vierge), l'idée s'implantât très vite d'adresser 150 ou 50 Ave à Notre-Dame, en imitation de la pratique analogue qui taisait répéter l'Oraison dominicale. Les grandes collections des liistoires mariales, qui furent formées pour la première fois au xii"^ siècle * renferment de nombreux exemples du culte rendu à Notre-Dame par la récitation de 50 ou 150 Ave; les détails circonstanciés qui accompagnent beaucoup de ces récits laissent supposer qu'à la répétition de chaque Ave était habituellement jointe une génuflexion, comme pour mieux traduire la signification du mot : Je vous salue, et cet acte donnait en même temps un caractère pénitent ici à l 'exercice longtemps prolongé. On raconte de saint Louis, roi de France, un siècle plus tard, qu'il s'agenouillait chaque jour cinquante fois dans la soirée, qu'à chaque fois il se relevait et s'agenouillait de nouveau, et qu'en faisant ces génuflexions il disait très lentement un Ave Maria. Mais l'histoire d'Eulalie, reproduite dans un bon nombre de manuscrits incontestablement du xii= siècle, et probablement d'origine anglaise, nous la représente comme ayant pour pratique de dire chaque jour 150 Ave; à la fin, elle fut réprimandée par Notre-Dame parce qu'elle récitait trop vite. Elle prit la résolution d'en dire à l'avenir seulement 50, mais plus lentement et avec plus de respect.

Et ce n'est pas ici la seule histoire de cette époque qui mentionne la même pratique '; cette pratique est signalée aussi dans les Vies dessaints. Tel saint Albert, un reclus bénédictin du Hainaut, dans les Flandres, mort en 1140, dont la vie a été écrite par Robert, archevêque d'Ostrevant, un contemporain qui le connaissait bien. Nous lisons de lui que ccntics in die fleelebat genua, et quinquagesies proslrato corpore, sci-

schaften in Wien. Philos-hist. Classe, t. cxiii, cxv, cxix, cxxiii, cxxxix. Cf. Poncclct, Analecla bollandiana, 1902. t. XXI, p. 244, etc. —'Voir par ex. la légende appelée par Mussafia Femme et coiirlisunc : Weib und Bublcrin. Notre-Dame dit de son client : Acccpli.^simiim Ave illiid quo me ccliliis salulavii nnncins, cenliim die iiieibii.'i, dicil ftexis genibus. Cf. Poncelet, .4na/ec(a bollamliana, t. x\i, p, 248, n. 44.

CHAPELET

lied articulis et digitis sublevalo, in unaqiiaque ft:ctione dieens ■■ Ave MArtiÀ, gralia plena, Dominus tecum, bc~ nedicla lu in mulieribus et benedictus fruclus venlris tui^. » La manière dont cette pratique est décrite montre bien que l'usage de la Salutation angclique comme prière devait être à cette date, comparativement peu répandu. Le récit circonstancié le plus ancien d'une pratique de dévotion très semblable à notre chapelet, et plus spécialement quant au partage des cinquante Ave en dizaines se trouve dans le vieux traité anglais appelé The Ancrcn Riwle (Règle pour anachorètes). Le manuscrit 402 de Corpus Christi Collège à Cambridge contient un texte de VAncren liiwlc avec des passages que ne donnent paslcs autres manuscrits. Autémoignage de Kôlbing^ ce manuscrit est signalé comme notablement plus ancien que les autres : il a été écrit vers 1150, ou certainement avant 1200. Or, nous trouvons dans ce manuscrit (fol. 10 b et 11 a) des avis donnés aux anachorètes pour la récitation de leurs Ave. Elles doivent commencer par dire : « O Dame, douce Dame, la plus douce Dame entre toutes, o pulcherrima mulierum. Dame sainte Marie, très précieuse Dame, Dame Reine des cicux. Dame Reine de miséricorde, Dame, sois-moi propice; Dame servante et mère, servante et Mère de Dieu, mère de Jésus-Christ, servant' pleine do tendresse, mère de grâce, 0 Virgo virgimun, Maria mater gracie, mater misericordie, tu nos ab hasle protège et hora mortis suscipe. Per tuum, Virgo, /ilium, per palrem [ac] paraclitum, adsis presens ad obitum, nostrumque muni exitum. Gloria libi domine, qui natus es de Virgine, etc. » Après quoi, les cinquante Ave doivent être récités, dix par dix; après chaque di.xième Ave l'anachorète doit ajouter : Spiritus S aiclus snperveniet in te et virlus Altissimi obumbrabil tibi, ideoque et quod nascelur c.v te sanctum vocabilur jilius Dn. Eeee ancilla domini, fialmihi secundum verbum tuum, et alors elle doit baiser la terre, ou une marclie, ou un banc ou quelque autre objet. De plus, elle doit changer de position à chaque dixième Ave; la première dizaine doit être récitée en faisant une génuflexion à chaque Ave, la seconde en se tenant à genoux la tête droite, mais en donnant quelque marque de respect quand on prononce les mots . Ave Maria, la troisième en s'inclinant et appuyant les coudes droits sur la terre, la quatrième avec les coudes sur une marche ou sur un banc, la cinquième en se tenant debout. Après quoi l'auteur ajoute : « Ensuite reconimencez le tour comme au début, .. et il semblerait que le mot tour pourrait bien désigner quelque apparatus ou patenôlre de grains. Le lecteur ne peut manquer de remarquer l'analogie entre certaines des postures indiquées dans ce texte et le prostrato corpore, scilicet articulis et digitis sublevatis de saint Albert.

Tout ce qui vient d'être dit est incontestablement antérieur à l'époque de Saint Dominique dont les disciples vinrent en Angleterre en 1221 seulement. Il serait donc nécessaire pour quiconque voudrait justifier la soi-disant tradition que saint Dominique, instruit par la sainte Vierge dans une vision, institua la dévotion du chapelet ou bien de montrer que le saint développa l'idée d'unir la récitation de chaque dizaine d'Ave avec la méditation de quelque mystère de la vie de notre Sauveur, ou bien d'établir ce fait que la récitation de 50 ou 150 Ave, antérieurement connue du petit nombre, fut adoptée avec empressement par le fondateur de l'Ordre des frères-prêcheurs et propagée par lui dans le monde entier.

'•■le/. s(mc/. , april. t. i, p. 674. — ' Englische Sludien, Heilbronn, 1885, t. ix, p. 116. — ' Voir Th. Esser, O. P., Unserer Liet>en Frau Jîosenfcranz, Paderborn, 1889, p. 5.

Des obstacles insurmontables paraissent s'opposer à la démonstration de l'une ou de l'autre assertion.

Quant à l'introduction de la méditation des mystères, que beaucoup regardent comme l'essence propre de la dévotion (das eigenthmiiliche Wesen), le R. P. Thomas Esser, O. P. ", qui a donné une très grande attention à ce point particulier, établit clairement dans une série d'articles du Katholik d.- Mayence, que ce dessein doit être attribué, comme à son premier auteur, à un religieux chartreux d'.\llemagne, appelé Dominique Rutenus,oule Prussien, qui vivait au commencement du xv^ siècle, deux cents ans après la mort de saint Dominique. De plus, il a établi non moins clairement que la méthode de méditer sur les quinze mystères séparés, savoir cinq joyeux, cinq douloureux et cinq glorieux, qui nous est maintenant familière, ne s'est implantée que très lentement et après une lutte contre divers autres systèmes '.

Contre la seconde des assertions, la preuve est plutôt négative, mais n'en est pas moins satisfaisante. M. Jean Guiraud, lui-même, l'auteur d'une vie de saint Dominique très appréciée, a consacré plusieurs années à l'étude des anciens documents originaux et des chartes ayant quelque rapport avec le monastère de Prouille, berceau de l'Ordre, où saint Dominique établit, non seulement un grand centre de prédication pour l'œuvre de la conversion des Albigeois, mais aussi le premier et le plus fameu.x de ses couvents de femmes. Bien qu'on ait regardé communément ce couvent comme l'endroit où s'est faite la révélation concernant le chapelet, M. Guiraud appelle l'attention sur ce fait que tous ces documents qu'il a étudiés gardent un silence absolu sur ladite forme de prière; puis, il cite le R. P. Balme, 0. P. qui a consacré un temps considérable au même genre de recherches et qui admet pleinement le fait ' : a Nous publions, dit M. Guiraud, 544 documents intéressant directement l'histoire de ce monastère depuis sa fondation en 1206 jusqu'en 1348; aucun ne fait allusion à cette dévotion du rosaire, qui cependant aurait été la gloire de ce monastère, si VTaiment la Vierge l'avait choisi pour l'y révéler. Parmi ces documents, les uns vous montrent des jeunes filles de la noblesse locale quittant le monde pour le cloître de Prouille, des personnes de toute condition, clercs, notaires, paysans, se faisant agréer à l'Ordre comme donat. Xul ne déclare être attiré par la vertu du rosaire dans une maison qu'on aurait dû considérer comme le sanctuaire du rosaire '. »

Cette conspiration du silence s'étend à toute espèce de relation et à tout le département de l'activité littéraire. Aucun des sept premiers biographes de saint Dominique ne fait la plus légère allusion à la révélation ou à la pratique du rosaire. Ainsi en estil des nombreux témoins appelés à déposer dans le procès de canonisation ouvert à Toulouse en 1233; ainsi en est-il des chroniques ou des traités quasihistoriques comme le Liber de apibus de Thomas de Cantimpré. On ne peut citer aucun mot d'un auteur ascétique ou de l'un des innombrables horaélistes et mystiques de l'Ordre dominicain pendant le xiii= et le xive siècle pour revendiquer le chapelet comme une dévotion spéciale de l'Ordre. Nous possédons une abondante collection des Constitutions promulguées durant cette même période, celles de 1228 en particulier fournissent des instructions très précises et détaillées sur les pratiques en l'honneur

— * Voir Esser, articles du Kalltoiili, llainz, 1904 et 1906.

— ^ Carlulaire de A'.-D. de Prouille, Paris, 1907, vol. I, Introduction, p. cccxxviii. — ' Ibid., p. cccxxix.

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