‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 95 sur 303 · CHAPELET — CHAPELLE · texte numérisé non relu

CHAPELET — CHAPELLE

de la sainte Vierge ', pas un mot n'y est relevé concernant le chapelet. Le même silence caractérise les Consliiutioiis pontificales conservées dans le Bullairc de l'Ordre; cependant l'art nous fournit une preuve du même genre également significative. Pas un seul monument dominicain du xiii" ou du xiv« siècle ne commémore de façon quelconque la vision supposée du chapelet ou ne parait unir la récitation des Ave à l'ordre des frères -prêcheurs en particulier. L'absence d'une pareille allusion quand on considère le tombeau de saint Dominique à Bologne, le chefd'oeuvre de Nicolas Pisano, est particulièrement significative '. Il exis'.e, assurément, dos monum.nts du xiv« siècle représentant des religieux dominicains munis du rosaire, mais il en existe également de la même époque représentant des franciscains et des carmes. D'autre part, la preuve invoquée autrefois en faveur de la tradition sur la vision du Rosaire disparaît en face d'un examen plus attentif. Le testament prétendu d'.\ntoinc Sers déclarait attester l'existence d'une Confraternité du Rosaire fondée à Palencia en Espagne par saint Dominique avant sa mort. Mamachi, dans ses Annales, en appelle d'un air triomphant à la preuve du testament d'.\ntoine Sers qu'il trouve concluante. Mais le R. P. Pollidori, un des collaborateurs de Mamachi, avouait quelques années plus tard que le testament était un document apocryphe. Touroii et Alban Butler attribuent sans hésitation l'origine du rosaire à saint Dominique, parce que Luminosi de Aposa, qui avait souvent entendu le saint prêclier à Bologne, la lui attribue explicitement; mais toute la chronique du prétendu Luminosi Aposa a été fabriquée, comme l'a clairement reconnu Prosper Lamljertini (plus tard pape sous le nom de Benoît XIV). Puis le R. P. Esser, dans une œuvre comparativement récente^, base son argument en faveur de la traditionnelle révélation à saint Dominique presque entièrement sur quelques vers, de facture assez commune, composés, dit-on, peu après la bataille de Muret (1213). On y lit cette strophe :

Dominicus rosas ofjerre

Dum iiicipit tant humilis

Dominicus coronas conferre

Statim apparel agilis.

C'est en ces termes que les vers sont cités par Mamachi et Esser; tous deux prétendent que les roses et les couronnes offertes par saint Dominique doivent nécessairement s'entendre d'une allusion à la dévotion du rosaire. A cet argument on peut répondre tout d'abord que le manuscrit original où sont conservés ces vers n'est pas encore prêt de paraître au î jour, ensuite que le R. P. Benoît, la seule personne connue pour avoir vu le manuscrit lui-même, cite la strophe en des termes matériellement différents. Benoit a lu au troisième vers : Dominus et non Dominicus.D'après cette lecture, saint Dominique, après la victoire de Muret, est représenté comme apportant des roses (acte de courtoisie très ordinaire à cette date et dans cette région) pendant que Xotre-Seigncur couronne le vainqueur '.

Enfin, on peut encore trouver un autre argument contre l'origine dominicaine de la dévotion dans le fait que, déjà au xiu" siècle, deux ou trois récits diflèrents concernant l'origine du rosaire étaient en circulation en .Allemagne, en France et en Angleterre, et qu'aucun de ces récits ne parle de saint

' Ces constitutions ont été publiées par le R. r. Deniflc dans Archiv /. Lit. Kircliengescli. d. Mitlelalters, Berlin, 1SS5, 1. 1, p. 193-227. On en trouve d'autres dans les Monumenta ord. prmdic, t. ii, éd. B. M. Reiehert, Louvaiu, 1898. Comparer aussi les Acla capitiilonim provincialium, édités par M"' Douais, Toulouse. 1894. — ' Voir la monographie

Dominique *. Le fait est que (comme les BoUandistes dans leur vie de saint Dominique l'ont affirmé depuis longtemps) toute la légende concernant les rapports de Saint Dominique avec le Rosaire a été inventée par Alain de la Roche, un zélé prédicateur dominicain et un promoteur des confréries du Rosaire établies à Cologne, puis en d'autres villes d'AUemagne et des Pays-Bas, vers la fin du xv« siècle. Alain croyait lui-même avoir eu des visions dans lesquelles toute la vie de saint Dominique lui avait été manifestée; mais ces récits comme l'attestent Échard et d'autres membres instruits de l'Ordre, étaient des inventions de son cerveau; elles contredisent à chaque page les faits authentiques de la véritable histoire. Il ne semble pas invTaisemblablc que la croyance au rapport entre saint Dominique et le rosaire ait été suggérée à l'esprit d'Alain par une sorte de confusion entre Dominique le fondateur de l'Ordre des frères prêcheurs et le chartreux Dominique (Dominicus Rutenus) qui, de fait, donna à la dévotion jun grand développement, et semble avoir été le premier à suggérer la méditation sur les mystères de la vie de Notre-Seigneur. L'introduction des cinq Pater pour partager les 50 Ave est aussi attribuée par de graves autorités à un autre chartreux Henry Egher, connu sous le surnom de Ca/A-ari'cnsis'. Quoi qu'il en soit, la manière de réciter le chapelet demeura pendant une longue période, indéterminée et livrée aux caprices individuels. Ce fut seulement vers le milieu du xvi« siècle qu'une méthode uniforme commença à prévaloir. Bibliographie. — Acta sanclorum, aug. t. m, p. 422 sq. — T. Esser, G. P., Zur Aichâologie der l'aternosler-Schnur dans Compte rendu du quatrième Congrès scientifique international des catholiques, Fribourg, 1898; autres articb; dans Der Katholik, -Mainz, octobre, novembre, décembre 1897 et en 1904- 1906. — Thurston,S. J., dans The .■\/onyi, octobre 1909 à avril 1901; puis septembre 1902; juillet 1903; mai et juin 1908. On trouve une traduction abrégée de ces articles par M. A. Boudinhon sous ce titre : Études historiques sur nos dévotions populaires, dans la Revue du clergé français, décembre 1901, t. xxix, p. 1-28. — H. Holzapfel, O. F. M, St. Dominikus und der Rosenkranz, Jîû;ichen, 1903. — W. Schmitz, S. J., Das Rosenkranzgebel, im 15 und im Anfange des 16 Jahrhundcrts, Freiburg, 1903. — S. Beissel, S. J. yGeschichte der Verehrung Marias in Deutschland wàhrcnd des Miltclallers, Fribourg, 1909 et 1910.

— Les livres des dominicains sur l'histoire du [rosaire sont nombreux, mais pour la plupart viciés par la tentative de maintenir une légende insoutenable regardant son origine. Le meilleur est probablement celui du R. P. Esser et qui a pour titre : Unserer lieben Frauen Rosenkranz, Paderborn, 1889. — Mamachi, dans ses Annales ordinis Prsedicatorum, Rome, 1756, a essayé de répondre aux arguments des BoUandistes, mais sans beaucoup de succès.

H. TiiuRSTox, S. J.

CHAPELLE. — 1. ^licula. II. Chapelle impériale et cliapclle royale. III. Chapelle des villas carolingiennes. IV. Chapelles dans les domaines privés. V. Chapelles du palais pontifical. VI. Chapelle impériale du Palatin. VII. Chapelles épiscopales et privées en Orient. VIII. Chapelles épiscopales et privées en Italie. IX. Monuments.

I. jEDicuL.i. — Les Grecs donnaient les noms de oixiuzo;, o'i/.îoiov, vat^vto;, vaiStov, •lo.'i'ây.op'.a-i diminu-

du R. P. Bcrthier, O. P., Le tombeau de saint Dominique, Paris, 1895. — ' Unserer lieben Frauen Rosenkranz, Paderborn, 1889, p. 167-169. — ' The Monlh, mai 1908, p. 518- 529. — » Ibid., juin 1908, p. 610-623, et octobre 1900.

— «Le Couteulx, Annales ordinis Cartlmsiensis, Montreuil, 1888-1890, t. vu, p. 3.

CHAPELLE

tifs de oi'zo; et de vaoç, à ce que les Romains désignaient sous le nom d'œdicula ; maisonnette, petit temple ou chapelle, niche, tabernacle et, en général, un édifice de dimensions restreintes. Xous n'avons pas à nous occuper du sens de maison, mais seulement du sens spécial d'édifice du culte. L'emploi du mot sedicula est assez ancien, on le trouve chez Tite-Live : eediciilam Virtoriœ virginis prope ledem Victoria; M. Porcins Coto dedicavil ' ; quelques édicules ou chapelles païennes se sont conservés jusqu'à nos jours, ce sont notamment : à Pompéi, à l'un des angles de l'enceinte du temple d'Isis =; à Lambèse, en Algére, dans une vaste cour qui s'étend devant un temple d'Esculape, on a retrouvé les restes de chapelles dédiées à Jupiter, à Apollon, à Mercure, à Hygie, à .Sylvain ». Cette disposition s'explique par le fait que le territoire consacré entourant les temples était souvent choisi de préférence pour l'érection des chapelles. Ne faudrait-il pas voir l'indice d'un usage analogue chez les chrétiens lorsque, au début du iv<^ siècle, à l'occasion d'une élection épiscopale, les fidèles de Cirta étant divisés, un parti attira au cimetière, m arfn marlynim, les partisans du candidat opposé et les enferma in casa majori'-} Il existait donc plusieurs casse, deux au moins, dans l'enceinte consacrée qui entourait la sépulture des martyrs.

D'autres édicules isolés, non déi>endants d'un temple, étaient répandus dans les villes et dans les campagnes. Les peintures de Pompéi et d'HercuIanum en fournissent des représentations très variées, depuis la simple niche dans le creux d'un arbre ou d'un rocher jusqu'à la maisonnette permettant d'abriter plusieurs dévots. Dans la maison antique, les dieux lares avaient leur chapelle et les divinités mythologiques n'étaient pas oubliées; les rues, les carrefours, les places étaient parfois désignées sous le nom des divinités et des génies dont les images réclamaient l'attention et les ex-voto de la foule. Ici encore, un rapprochement se trouve suggéré par la Peregrimilio Etheriœ où nous voyons que dès l'époque chrétienne, une des portes d'Édesse fut décorée de l'effigie d'Abgar. le premier roi chrétien d'Édesse'.

Enfin, il exista une chapelle au moins dans l'enceinte du temple même. « Comme le temple tout

■ Titc-Live, Hist., I. xxxv, c. ix. — = L. Mazois, Les ruines de Pompéi, in-4», Paris, 1S21, t. iv, p. 26, pi. vm, '^- ^ L- Renier, dans les.4rc/!iws des missions scientifiques, 1851, p. 178; 1S54. p. 322; Annnli delVIslil. di arc/i., 1S55, p. 85. — «Voir Diclionn., t. i, col. 2799. — ' Ilinera Hicrosolijmitana, édil. Geyer, 1898, p. 64: Oslendit etiam nobis sanctus episcopus memoriam Aggari vel lotius familiœ ipsius uatde pulclira, sed facta more antiquo. — ' E. Saglio, .Ediciila, dans Dictionn. des aniiq. gr. et rom., t. I, p. 93. — = La basilique ne se prêtait pas à la disposition des ■ chapelles rayonnantes »; il faut se garder de trop pousser la comparaison qui n'est qu'une simple analogie entre l'usage païen et celui des chapelles, des niches, des statues qui. dans les églises du moyen âge, deviennent I objet d'un culte distinct. — 'De même, dans beaucoup d eghses chrétiennes, des tableaux, surtout des statues, ont eu originairement une destination simplement décorative. — " Giornale dei scavi Pomp., 1868, t. vi.

'» Sulpice-Sévère dans la Vita Martini et dans les Dialogi avait glorifié son maître saint Martin; puis ce furent le tour de Paulin de Périgueux, de Venance Fortunat, de Grégoire de Tours. Sur l'incident célèbre du manteau donné au pau\Te devant la porte d'Amiens, Vila Martini, c. m, P. L., t. XX, col. 162; Dialog.. ii. c. i. P.L., t. xx, col. 201 sq Cf. Du Cange, Glossarium. édit. Favre, t. ii, p. 116, coi. li Sur la capella, tunica. vestis sur laquelle on a discuté sans se mettre d'accord, W. Lûders, Capella. Die Holkapelle der Karolinger bis zur Mille des neunten Jahrliunderls. Capellœ auf Kônigs- und Privalgut. dans Archiv /ur Urkunden/orschung, 1908, t. ii, p. 3-5. Cf. J. Flach, Les origines de rancienne France, in-8», Paris. 1904, t. m, p. 458-459. — ■> .4c(a sanct., aug. t. i, p. 170, Vila Bertharii : Rex

entier n'était dans le principe qu'une construction destinée à abriter l'image sacrée, un édifice plus petit, mais de même apparence, marqua dans le temple agrandi la place considérée plus particulièrement comme le siège de la divinité où devaient s'adresser les adorations ». » La divinité à laquelle le temple était consacré occupait la place la plus en \-ae; avec le temps on associa d'autres cultes au même autel ou du moins dans la même enceinte. Dans ce second cas, la cella centrale demeurait réservée au titulaire, les cultes distincts du sien s'accomplissaient dans des cellse secondaires: toutefois la disposition architectonique de la basilique ne se prêtait pas à l'établissement d'un grand nombre de cellœ. le cas le plus fréquent était celui d'un culte double'. L^n temple païen contenait aussi des effigies peintes et sculptées de dieux ou de héros qui remplissaient un rôle simplement décoratif '.

Dans certaines circonstances, notamment les processions.on voyr.it de petites chapelles minuscules abritant un personnage ou un emblème portées sur les épaules de quelques dévots ' ou promenées sur un char.

Les tombeaux affectaient souvent la forme d'édicules ou de petits temples, ce qui se comprend sans peine puisqu'ils n'étaient autre chose que des monuments élevés aux morts considérés par les anciens comme divinisés. Et encore une fois le rapprochement nous est suggéré avec les chapelles élevées sur la tombe des confesseurs de la foi, au lieu de leur supplice ou de leur sépulture, les martyria.

II. Chapelle impériale et chapelle rov.^le. — Parmi les reliques que les rois mérovingiens conservaient dans leur palais et transportaient avec eux dans leur vie itinérante, la petite chape (capella) de saintMartin était la plus vénérée. C'était, suivant les uns, le vêtement de dessous que saint Martin avait sur lui après qu'il eut abandonnésa tunique à nn pauvre de Tours, suivant d'autres, la chlamyde divisée en faveur d'un pauvre devant l'une des portes d'Amiens. Voir Ch.\pe de s.\int M.\rtin. Un miracle l'avait glorifié, que chanta avec emphase le poète de la cour, Fortunat ">. Cette chape accompagnait partout le roi"; elle lui assurait la victoire dans les combats^-, et sur elle se prêtaient les serments solennels qu'ordonnait sa coiu- de justice ". Hors la

pignora multa sanclorum qux secum deferebat, ut mos esi regum. — '= Le moine de Saint-Gall, Hist. Franc., I. V, c. cvii : }n capellam suam assumpsit(quemdam optimum diclatoreni et scriptorem)quo nomine Francorum reges propler cappam Sci. ^lartini quam secum ob sui tuitionem et hostium oppressionem jugiler ad bella poriabanl, sonda sua appellare solebant. Walatrid Strabon, De cvordiis Ecelesiœ, c. XXXII iDicti sunl autem primitus cappellani a cappa beati Martini quam reges Francorum ob adjutorium victorise in prwliis solebant secum habere, quam ferentes et cuslodientes cum céleris sanclorum reliquiis cleri cappellani cœperunt vocari. Cf. Capitul. Karlomanni. en 742, c. il. — "Acta sanct., aug, t. i, p. 170; Vita Bertharii : Fuit iudicalum ut in oratorio nostro super capella Domini ^Inrtini ubi reliqua sacramenta percurrebant hoc deberet confurare. Ab ipso i'iroGrimoaldo fuit judicatum ut in oratorio sao seu Capella sancti Martini hoc debcant confurare. Diplôme de Childebert III, 30 juin 679. dans Diplomata, édit. Pertz, n. 49, p. 45 : Fuissil judicatum, ut... sua mano septima,... in oraturio nosiro super capella domni ^larlini, ubi reliqua sacramenta percurribant, hoc dibirit coujurare. Diplôme de Childebert III, 14 décembre 710. dans Pertz, n. 78. p. 69 : In oratorio suo super cappella SviMarchlhyni... hoc deberent conjurare; ilarculfe, Formulw, I, xxxviii, édit. Zeumer, p. 68 ; Fuit judicatum, ut... sua manu septima, tune in pa~ latio nostro, super capella domni Martini, ubi retiqua sacramenta percurrunt. debeat conjurare : Formulœ Senonenses récent., n. 3. édit. Zeumer, p. 212-213 : Super altario Sancti illius, in illa capella quee est in curte fîsci, ubi reliqua sacramenta soluta sunt, jurati dixerunl. Einhard rapporte que Tassillon prêta serment de fidélité à Charlemagne sur le corps de saint Jlartin.

CHAPELLE

chapelle, lo serment de ndcULé et d'obéissance au roi* n'eût probablement pas été jugé valable. La chapelle tenait donc une grande place dans le palais, et, ainsi que le Palais, elle suivait toujours le roi. Un clergé assez nombreux y était attaché =. C'est cet important rouage du passé ecclésiastique q\ie nous allons étudier ^.

Les plus anciens témoignages d'un culte rendu à la chape de saint Martin sont un diplôme de Thierry III de l'année 679 ' et une formule du recueil de Marculfe ' vers 650-6C0. Si on tient compte que Venance Fortunat et Grégoire de Tours ne font aucune mention du culte de la capella Martini dont ils n'eussent pas manqué de parler au cas où ce culte eût existé de leur temps, on pourra fixer dans la première moitié du vn'= siècle, plus probablement vers le milieu de ce siècle, le commencement du culte de la capella dans le palais du roi. Ce qu'on nomme la «chapelle du roi Clovisnest un anachronisme, mais qui exprime d'une manière commode une institution qui n'en était pas à ses débuts.

Aussitôt après la conversion de Constantin nous entrevoyons quelque chose comme une « chapelle impériale ». Au moment où va s'ouvrir le conflit avec Licinius, le jeune empereur groupe autour de sa personne quelques évéqucs qui lui font un service d'aumôniers : Cumque precationibiis, si unquam antea, sesc tune maxime indiyere inlelligcrct, sacerdotes Dei secum daxit, cos vcliit optimos animie custodes adesse

> Marculfe, Formidœ, I, XL, édit. Zeumer, p. 68 : Per pignora sanctontm qitae illuc direximiis, debeant promittere et conjurare. — ' Dans les textes des notes qui précèdent on a pu lire capeltani, on trouve arcliicapeîîanus dans la Vita Berlltarii donnée par Bouquet, Rec. des hist. des Gaules, t. III, col. 489, mais il est possible que ce passage ait été écrit par une main postérieure. Vita Bertharii, dans Rerum merovingicanim scriplores, édit. Br. Kriisch, t. m, p. 615. B. Krusch et G. Waitz, Verfasswi gsgescliiclitc, t. il, part. 2, p. 102, notes 3, 4, s'empressent de dénier toute valeur à cette vie; je crois que le document est ancien avec quelques retouches. Ct. L. Duchesne, Fastes épiscopaux de la Gaule, in-S», Paris, 1900, t. il, p. 423, n. 3. On préféra d'abord, semble-t-il, le titre d' « abbé de l'Oratoire du palais » à celui d'archicapellanus ou bien encore celui de « garde des reliques ". Le titre de custos se conservera longtemps pour la garde des reliques; on le trouve en 882, sous la plume d'Hincmar, De ordine patatii, c. xvi, édit. Prou. — ' G. Dupeyrat, .\rchon, Oroux ont étudié longuement les antiquités de la ■ Chapelle et Oratoire du Roy de France », discutant les étymologies anciennes du mot capeZ/aqiteles uns faisaient venir de capj'ens, ■/.'/'..,« maisceuxlà se tr<impeut », les autres, et • ce grand Cujas • en tête, croyaient, que capella et capellanus ■ ont esté empruntez des Grecs, lesquels selon Hesychius, appellent une église, un temple, un oratoire Tr./oj; ««^./.iot;, » il y a encore « un fameux canoniste qui tient que capella vient a caprinis peUibus, quibus tegebaidur olim alttwia." Tout cela n'est que divertissant. Baronius juge que capella « est descendu des anciens trançois et signifioit parmy eux une couverture pourcc (dit-il) que les roys allans à la guerre faisoient porter à leur suite, une tente qui servoit à l'usage des choses sainctcs et du service divin. «Beatus Rhenanus pense que Clovis -< fut tellement curieux d'honorer saint Martin^ qu'ordinairement il luy adressoit ses prières, quand il vouloil entreprendre une guerre : De sorte qu'ayant esté plusieurs fois victorieux par son intercession envers Dieu, et enfin le capuchon de saint Martin, que les François (dit-il) et les .\llemans appellent Cappa et Cappulapar diminutif, estant tombé entre les mains de nos premiers Roys, du reste ce grand habillement noir, tissu de poil rude et picquant descrit par Severe Sulpice que portoit S. Martin, ils l'appelloient en leur langue Sont Martens CapelU et non seulement l'honoroient en particulier d;ms leurs maisons Royales, ains mesme le portoient à la guerre pour obtenir victoire contre leurs ennemis, et le lieu destiné à l'armée pour garder ce capuchon de saint Martin (Rhenanus l'appelle cucuhim et capitis amiculum), environné et couvert ordinairement d'une tente, estoit grandement révéré

curam et secum versari debere existimans. Unde cum tijiannus [Licinius] audiisset, Constantinum non aliter quam divino auxiliantc numine vicloriam de hoslibus parare, ct cos quos dixi ci perpétua adesse unaque versari; salutaris quoque passionis siijnumetipsum elunit'crsum e/us exercilum antecedere; hsec utpotc impius risu (ligna esse ccnsebat... '. On entre en camij-igne et il n'y a pas que des aumôniers, voici la chapelle : Crucis tabernaculum fixit exlra castra, ubi pure et caste degrns, prcces ad Deum fundebat... aderant auteni assidui una cum ipso pauci quidam fidei, pietatis ac benevolentix probe compertse ', et encore : antequam î prœlium consereret, seorsum in labernaculo positus. orationibus, ut solebat, vacavil '. Sozomène précise et dit • ; in palatio ecclesiam sedificavit et qunties ad bellimi proftciscerelur, tabernaculum ad ecclesiœ similitudinem fabricalum circumjerre consueverat : ita ut ne quidem in solitudine constitutus, lam ipse, quam exercitus ejus sacra œde carercl, in qua Dcum laudare ac preces fundere et sacra mysteria percipcre passent. Scquebantur enim sacerdotes et diaconi labernaculo assidentes qui juxta Ecclesiœ rilum ejusmodi officia obirent. Nous ne croyons pas trop accorder à l'hypothèse en proposant de voir la « chapelle impériale » dans un des sanctuaires du palais de Constantinople appelé l'église du Seigneur dont la tradition attribuait la construction à Constantin ">. Elle possédait un clergé spécial et un gardien du trésor ayant sous sa garde la croix du Seigneur ct les objets précieux

par un chacun, et on l'appeUoit Dus cappel, par une figure cognûe des Grammairiens, qui prennent quelquefois la chose contenue, pour celle qui la contient : de la est venu, dit ce même autheur, que depuis on a baillé ce nom de chapelle à tous Ueux destinez à prier Dieu. Mais tant s'en faut que Cappa soit un ancien mot françois ou alleman qu'au contraire Theodemarus, douzième abbé du Mont- Cassin depuis S. Benoist (lequel vivoit du temps de Char- Jemagne) tesmoigne que ce mot cappa est pur italien et qu'il signifie ce que les moines françois appellent une coule ou capuchon, quand il dit : Illud indumenlum quod a gatticanis monacliis cuculla dicitur, nos cappam vocamus ; et ce mot cappa ne se trouve dans aucun autheur françois, ou autre qui ayt escrit sous la première race de nos Roys; et sous ceux de la seconde parmy les escrits desquels il se rencontre quelquesfois, il se prend pour une chape, ou chazuble, comme dans les oeuvres d'.\lcuin. » G. du Peyrat Vhistoire ecclésiastique de la Cour ou les antiquitez et rechercJies de ta chapelle, et oratoire du rotj de France depuis Ctouis I"iusques à noslre temps, in-fol., Paris, 1743, p. 2-3. Une autre étjinologie faisait venir cappa de capio, une autre de capul. Archon, Histoire de la chapelle des rois de France, in-4", Paris, 1704, t. i,p. 7-S, rappelle qu'on pensa un moment avoir découvert l'emploi du mot capella au v siècle à l'occasion de la translation des reliques de saint Etienne par Évodius, évêque d'Uzala, lequel enferma xme partie des reUques m cappella argentea. L'édition bénédictine de saint Augustin rendit la vraie lecture : capsella. — • Pardessus, Diploniata, t. ii, p. 185, n. 304, donnait la date 680, Pertz corrige avec raison en 679; on lit en effet : sub die segundo kalend, Julias, annum VII rigni nostri Lusareca, in Dei nomene féliciter; le règne de Thierry III commence entre le 11 mars et lami-a\Til 673. Cf. Levison, Kleine Beilràge zu Quellen der frànk. Geschichte, IL Zur Chronologie der spàleren Merowinger, dans \eues Archiv, t. XXVII, p. 365. — ' Marculfe, Formulée, 1, xxxviii, édit. Zeumer, p. 67. Sur le plus ancien de ces deux textes cf. W. Liiders, Capella, p. 8, note 3. — ' Eusébe, De vita ConstaiUini,\.U,c. iv,P.G. t. xx.col. 982. Sur ces oratoires des empereurs : Gattico, De oraloriis domeslicis et de usu altaris portatilis, in-fol., Romse, 1770, c. x, p. 77 sq. Le livTe de Gattico est encore utile à consulter, les principaux textes s'y trouvent. — ' Ibid., 1. II, c. xii, P. G., t. xx, col. 991. — » Ibid., 1. II, c. XIV, P. G., t. XX, col. 991. — •Sozomène, Hisl. cccles., l. I, c. viir, P. G., t. Lxvii, col. 879. — '° Preger, Scriplores origin. Constanlinopol., t. n, p. 144- 145; Banduri, Imperium orientale, t. i, part. 3, p. 3. Cette église du Seigneur est parfois désignée dans le li\'re des Cérémonies, par l'abréviation -- KOo';;.

CHAPELLE

appartenant à cette chapelle '. A certaines fêtes solennelles, le cérémonial imposera aux empereurs de passer dans cette église pour y ceindre la couronne avant de sortir du palais. Souvent ils rentraient au palais par l'église du Seigneur ^ Là, la couronne enlevée, ils s'avançaient dans l'église et allaient prier, cierge en main, devant les portes de l'iconostase'. L'église du Seigneur avoisinait un des édifices les plus importants du palais, le Consistoire ; elle devait être située dans la cour qui précédait le palais de Daphné '. Entre tous les sanctuaires du palais l'importance et la prééminence de l'église du Seigneur semblent s'affirmer en de nombreux passages du Livre des écrémonies. Si « ce grand Constantin a scrvy de miroir de piété et de vertu à tous les empereurs qui luy ont succédé, 1) ce n'est pas, croyons-nous, la véritable raison du maintien delà «chapelle «impériale; cette raison doit se trouver plutôt dans le goût fastueux des empereurs que dans leur dévotion, mais surtout dans le fait que le corps des aumôniers établi sur le pied que nous venons de voir ne devait pas se laisser dissoudre sans faire une belle défense. Il y avait là trop d'intérêts en jeu, trop de finesses en action et d'habiletés en batterie pour que cette demi-sinécure ne survécût pas au prince qui l'avait instituée. Retraite honorable et douce, on peut déjà entrevoir quelque chose du règlement qu'on y observait dans le double service : en campagne et dans les palais. Sous Constance — il ne peut être question de Julien, bien entendu — Valens et les empereurs ariens, l'iiérésie des empereurs n'était pas un obstacle au maintien de leur « chapelle ». Nous voyons, en effet, que les rois goths, ariens eux aussi, avaient une institution analogue. Sidoine .\pollinalrc nous dit à propos de Théodoric, frère d'Euric : Si aclionem ilinlurnam, quse csl forinseciis exposita, perquiras, cnlclucanos sacerdotum suonim ecetiis minimo comiUdu expelil, grandi sedulilcde uenercdiir : iiuanquam, si sermo secrelus, possis animadverlere qimd servei islam pro consueludine poiius quam rulione reverentiam =. Cette petite malice finale a sou prix : ce n'était que la routine et non sa conviction ou sa dévotion personnelle que suivait le prince; il subissait un usage. Nous sommes donc bien en présence d'une institution. On se l'explique d'autant mieux que, pour les princes barbares une préoccupation dominait toutes les autres : la cour impériale de Byzance. On se modelait sur elle dans la mesure oïl la chose était possible et la « chapelle » des princes gotlis était à tout le moins une preuve de bonne volonté. L'empereur ayant sa chapelle, on en devait avoir une; il est vrai qu'on ne se croyait pas tcim à autre chose qu'à y faire acte de présence, comme Théodoric. .\ Byzance, il n'en allait pas toujours ainsi. Socrate nous apprend que Théodose le jeune avait établi dans le palais impérial une discipline si exacte qu'on se fût cru dans un monastère. Dès l'aube, l'empereur et ses sœurs commen çaient la psalmodie et le chant des hymnes. Nul doute que cette célébration liturgique se fît dans l'oratoire impérial avecla collaboration des aumôniers de quartier.

^Constantin Porphyrogénéte, Liber cœrîmoniarum, édit. Bonn, 1. I,c. i, p. 11; c. xxiii.p.130; 1. II, c. xl, p. 643. — ^Liber cœrimoniariim, 1. I, c. xvii, p. <J9; c. xxxvii. p. 198. D'après un autre texte, Car., 1. II, c. xv, p. 593-594, les empereurs mettaient leur couronne en dehors de l'église. — 'Liber cœrimoniarum, 1. I, c. i, p.32;c.x, p. S4; c. xvii, p. 168-169. — ' J. Ebersolt, Le grand palais de Constantip. 107 ;c. XXX, nople el le Livre des cérémonies, in-8", Paris, 1910, p. 38-39. — ' .Sidoine .\pollinaire, Epist., 1. I, epist. ii, P. L.,t.Lvni, col. 4 17 (In); Socrate, His(. cccZ.,!. VII, c. xxii, P. G., t. Lxvii, col. 785. — ' Du Peyrat, op. cit., p. 60 ; Archon, op. eil., 1. 1, p. 17. Le livre de G. du Peyrat notamment est à lire, c'est à peu près aussi historique et aussi littéraire

Malgré la bonne volonté des anciens historiens de la • chapelle et oratoire du roy de France* » on n'a aucun texte ancien et positif qui nous fasse connaître l'existence ou le fonctionnement « de la chapelle du roy Clovis». Au reste, il n'y a guère lieu de mettre en doute l'existence de cette chapelle royale. Dès l'année .517, le concile d'Épaone fait mention de sanclorum riiliquiœ in oratoriis villarebus '; en 541, le 4« concile d'Orléans décide que in oraloriis domini prœdiorum minime contra volum episcopi... percgrinos clericos inlromitlant • nisi quos dominus approbnveril. Enfin, un siècle plus tard, le concile de Ghalon, 639-654, règle la question : De oraturia, que per villas jiunl, il s'agit, nous dit-on, de ces oraloria per villas potenlum jam longo constructa tempore ' dont le personnel se montrait plus qu'indépendant à l'égard des évêques tliocésains. « Chapelle «royale et « chapelles» de châteaux avaient leurs prêtres desservants afin que ad ipsa oraluria et o/Jîcium divinum possit implore et sacra tibamina consecrare. Sur ce personnel nous sommes fort peu renseignés. Le désir de trouver à « M. le grand aumosnier » d'illustres prédécesseurs avait fait introduire pêle-mêle dans la chapelle royale saint Remy, saint Waast, saint Germain de Paris, et quelques autres prélats célèbres. Cette liste serait fort intéressante si on parvenait à la constituer à l'aide de divers noms, même très largement espacés; c'est un sujet de thèse qui, espérons-le, plaira à quelque jeune travailleur. Ces « chapelles » royales devaient être fort abondamment fournies, à en juger par l'exemple suivant. Le roi Childebert fit la guerre à Amalaric, roi des Wisigoths, le vainquit et s'empara de son trésor. Childebertus vero inler reliquos thesauros ministcria eclesiarum (var. œcl., ecclcs.) prœciosissima iletidil. Xam sexaginta calices, qnindccim patenas, riginti evangeliorum capsas detulil, omnia ex aura puro ac gemmis prœciosis orncda '». S'agit-il seulement de la chapelle d'.\malaric ou du trésor de plusieurs églises, nous opinons pour le premier cas. Les princes et les particuliers d'autrefois avaient des habitudes de voyage qui ressemblaient assez peu à celles de notre époque; on ne regardait guère à s'embarrasser d'un bagage dont l'énumération nous stupéfie. Une partie du trésor ainsi enlevé fut répartie entre plusieurs églises.

La CI chapelle » royale du palais mérovingien prend d'ailleurs l'importance d'une véritable église. En 580, Grégoire de Tours, accusé par Leudaste, comparait I devant un synode convoqué par Chilpéric dans son palais de Brennacum, près de Soissons " : Congrcgati igilur apud Brennacum villani episcopi, in unam domum rcsidere /ussi sunt. Sous Contran, un assassin s'introduit dans l'oratoire, se cache dans un angle sombre et attend l'arrivée du roi qui, précédé d'un imique flambeau, y vient assister aux matines ^'. Childebert, son successeur, court un danger semblable un jour qu'il entrait dans la « chapillc » de son ! palais de Marlenheim en Alsace : cum rex in oratui rium domus Mariligensis ingredcretur ".

Nous pourrions recueillir quelques autres textes, ils ne nous apprendraient rien de plus sinon que l'em-

que « le Grand Cyrus • de sa contemporaine M'" de Scu- ,léri. — • ' Conc. Epaonense, 517, can. 25, édit. Maasseii, Conc. œvi merovingici, p. 25. — ' Conc. Aurelianense, IV, 541, can. 7, édit. Maassen, p. 89. — * Conc. Cabiloncnst- . 639-654, can. 14, édit. Maassen, p. 211.— "Grégoire de Tours, Hisl. Francor., 1. III, c. x, édit. Krusch, dans .Afo«. Gerni. hist., Scripl. œui merov., 18S4, t. i, p. 117. — " / bid., I. V, c. XLix, p. 211; Mansi, Conc. ampliss. col!., t. ix, cul. 029; Helele-Leclorcq, HisL des conciles, 1909, t. m, p.200;Conc.Brennacpnse, édit. JUassen, Conc. .-ciii merovingici, p. 152. — »= Grégoire de Tours, Hi.s(. Franc, 1. VHI, c. XLiv, édit. Krusch, p. 355-356. — '^ /(>ii(.. 1. X, c. xviii, p. 430.

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percur, les rois francs, les rois barbares — sans doute à peu d'exceptions près — et même les grands personnages de l'État, patentes, possédaient dans leurs palais et villas un oratoire desservi par un cierge dont le nombre variait probablement beaucoup d'une " chapelle » à une autre « chapelle » '.

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