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CFÎA PELLE
de Clermont, en 535, renouvelle cette prescription'. Par ces mesures, l'éplscopat entendait maintenir l'unité primitive. Mais déjà Voralorium se détachait de la paroisse, comme la paroisse s'était détachée elle-même, en son temps, de l'église épiscopale '. »
Ainsi il avait fallu se résoudre à une sorte de désagrégation au premier degré lorsque les paroisses rurales s'étaient organisées; il fallait maintenant se résigner à une désagrégation au second degré puisqu'il devenait manifeste qu'il devenait impossible de concentrer plus longtemps la vie religieuse et la célébration du culte dans le viens formé d'une agglomération de petits propriétaires, d'artisans, d'hommes libres. Cette fois le domaine privé revendiquait le droit de faire bénéficier les simples hameaux, les habitations éparscs des avantages d'un groupement analogue au groupement paroissial et ainsi, progressivement, en quelques dizaines d'années, la chapelle s'est transformée. Du rang plus que modeste qu'elle occupait dans l'habitation elle s'est élevée au rang de paroisse; elle est, si on peut s'exprimer ainsi, une paroisse domestique dotée, garantie et mise à l'abri des fantaisies des donateurs et de ses héritiers qui ne peuvent plus la déposséder et qui doivent la défendre».
« En laissant s'établir des paroisses dans les agri privait, l'épiscopat n'entendait pas changer le caractère de la diœccsis, et, moins encore, affaiblir le lien qui l'unissait à l'église de la cité. Ces créations avaient été rendues nécessaires par le nombre croissant des fidèles; la grande paroisse était trop vaste; l'église du viens trop éloignée. Les évêques espérèrent en tirer parti dans l'intérêt même de leur gouvernement. l ■' oralorium finissait par être une menace. Les clercs, qui le desservaient, étaient bien plus les serviteurs du grand propriétaire que les représentants de l'évêque. Groupés autour de lui, enfermés dans son domaine, et, une fois ordonnés, n'ayant plus aucun rapport avec leur chef religieux, il leur était facile de refuser l'obéissance. Ils pouvaient se passer de leur évêque, ils ne pouvaient se passer du maître qui les faisait vi\Te. Et déjà grandissaient, dans cette classe du clergé rural, les idées d'indiscipline et de révolte que tant de conciles ont combattues. Par l'institution des paroisses dans les villœ, les évêques firent rentrer les clercs indépendants dans la hiérarchie régulière. Si nous lisons avec attention les canons du concile d'Orléans (541), nous voyons avec quel soin l'épiscopat affermit son autorité sur ces paroisses nouvelles. En exigeant une dot, les évêques se réservent ainsi le droit d'intervenir dans la gestion du patrimoine, par suite dans le domaine. En faisant du clerc un chef de paroisse, ils le rattachent plus étroitement à l'église-mère de la cité. Comme tel, n'oublions pas en effet qu'il doit se rendre chaque année au synode diocésain, demander à l'évêque le clirême consacré, lui rendre compte et de la prédication qu'il fait et des sacrements qu'il administre. En même temps, l'Église le protège contre les agents du domaine, contre le propriétaire même. Elle déclare qu'il ne peut être qu'un homme libre, non un colon ou un affranchi. Mesurons les conséquences de ces lois. I.e clerc de l'église n'est plus le client du possessor qui l'a choisi. Sa dignité nouvelle lui confère de nouveaux droits et aussi de nouveaux devoirs. Il devient le délégué de l'évêque en devenant le pasteur d'une petite communauté,*. » Telle est la situation au vi" siècle.
Et cependant l'indépendance du desservant ne
' Conc. Aruernense, 535, can. 1.-., édit. Maassen, op. ci7., p.69. Cf. Lœnitig, op cil., t. ii, p. .S52, n. 1. — ' Imbart de la Tour, op. ci7., p. 1S4-IS6. . — 'Conc Aurelianenxe, 541, can. .33. ■■ Si quelqu'un veut avoir une (Uœcesis dans son domaine, qu'il lui assigne d'abord des terres en quantité
signifie pas l'indépendance de la chapelle. Vers le vii« siècle une transformation s'accomplit : l'église rurale devient res privata, elle est possédée au même titre que la terre. Ce simple fait marque un moment et vaut qu'on s'y arrête. Dans le droit romain toute res sacra est chose publique; désormais, le droit romain aura reçu un nouvel échec et des plus graves. Une chapelle, une église baptismale suit la destinée du domaine sur lequel elle s'élève, elle est devenue propriété individuelle et peut se transmettre par vente, don ou legs. Dès lors, nous commençons à voir les chartes de donations se multiplier. Ainsi que de nos jours on voit léguer à l'État une collection artistique pour en éviter la dispersion et lui assurer un propriétaire perpétuel, ainsi alors on s'empresse de léguer à un évêché, à une abbaye — les seules puissances assises et inspirant confiance aux contemporains — une terre qu'on souhaite voir échapper à la division et prospérer; avec la terre on donne les églises, basiliques ou chapelles sises à la surface ». Malgré qu'en obtenant le caractère sacré ces édifices d'importance très variable aient, comme nous l'avons vu, passé sous la juridiction épiscopale, ils sont néanmoins au vu" siècle « propriété privée ». Par quel détour en est-on arrivé là pour les plus solennelles donations, les plus irrévocables? On y est venu par suite de la conception contemporaine du dominium. On donne pour satisfaire l'instinct vaniteux, pour s'attirer des avantages spirituels, mais survienne l'occasion favorable, on reprend en totalité ou en partie le bien donné pour un temps, pour une nécessité pressante. Le don, dans la pensée de celui qui le fait, n'est guère plus qu'un prêt; les chartes et les anathèmes n'y peuvent mais. Ces usurpations violentes se continuent au ix= siècle et même après. Si nombreuses qu'elles soient elles ne suffisent pas à expliquer un fait aussi général : l'appropriation des églises, appropriation que consacre la législation ecclésiastique elle-même. Pour comprendre cette situation, il faut se dire que les hommes de ce temps avaient de la propriété une conception originale. Ils admettaient sans peine qu'un bien pût avoir deux mailres : le titulaire et l'usager. Pratiquement l'un évince l'autre. Le titulaire, un saint reyiréscnté par ses reliques, n'est pas le plus fort en face d'un homme violent ou retors qui se charge de le détendre envers et contre tous. Les terres, la villci. la chapelle, les colons, le saint, les clercs, tout cela forme, à une époque où la violence prime le droit, quelque chose d'assez mal défini, mais de bien réel, un domaine à protéger, c'est-à-dire une propriété à garder. Dans l'égli-se épiscopale, dans la puissante abbaj'e, le saint titulaire est un grand personnage, riche, auquel le roi ou quelque grand ne pourrait toucher sans soulever évêques, prêtres, moines et fidèles; dans la paroisse domestique, l'humble chapelle rurale, qui voulez-vous qui se mette en travers de l'appétit du seigneur'? Le saint, mais il a peu de notoriété en ce lieu perdu I Les serviteurs, les colons, la clientèle, mais oseront-ils s'insurger contre leur maître, leur propriétaire, de qui dépendent leur vie, leurs biens, leur établissement? Les clercs attachés à la chapelle, mais la « dot » dont ils vivent généralement, enclavée dans le domaine et la juridiction épiscopale de qui relève cette dot, ne l'empêcherait pas d'être saisie par le propriétaire, ainsi ils n'oseront pas protester contre l'accaparement sous peine de mourir de faim. Ainsi le patronage des églises se transforme eh propriété. Le saint n'est sans doute pas
suffisante. » Le Conc. Tolelanum IV, C33, et le Tokl. IX, 055. imposent à l'église de donner une pension alimentaire à son fondateur si celui ci vient à tomber dans la misère et mettent l'église et les biens sous la défense du fondateur. — 'Imbart de la Tour, op. ci/.,p. 1S9. — - 7Z)id.,p. 199-200.
CHAPELLE
dépossédé; il garde sa chapelle et la chapelle garde sa dotation, et l'évëque sauvegarde la dotation et les clercs vivent sur elle et les pauvres en profitent même. Le propriétaire se contente de ne retenir qu'un cens comme signe extérieur et marque de son droit; en réalité, il a repris possession, une possession un peu entravée, mais réelle, il porte le titre de patron, mais il fait acte de propriétaire.
IV. Chapelles du palais pontifical. — Gattico fait remonter les chapelles privées ou oratoires domesliques jusqu'au Cénacle dans lequel Jésus institua l'eucharistie, de là il passe à Troade où les Actes font connaître une réunion tenue au troisième étage d'une maison; il aurait pu rappeler l'assemblée des frères vers laquelle se dirigea saint Pierre après sa sortie de prison et bien d'autres lieux affectés à une destination analogue en un temps où le culte se célébrait circa domos^. Pendant toute la période des persécutions, suivant les époques et suivant les lieux, les fidèles furent fréquemment obligés de se réunir dans une maison particulière et d'improviser le culte dans unechambre,ce que nous nommerions aujourd'hui une chapelle -. A partir de la paix de l'Église, la nécessité d'abriter un nombre de fidèles considérable porta à entreprendre des édifices de vastes dimensions. Eusèbe nous dit cette tendance '.
Cependant on n'avait pas partout à se préoccuper de faire spacieux. Nous avons pu entrevoir, par exemple, dans le palais impérial de Constantinople l'existence de plusieurs chapelles destinées à un service particulier, celui de l'empereur, ou bien la conservation d'une relique. Il est clair qu'en pareil cas l'ornementation gagnait tout ce que perdaient les dimensions. Dans le palais pontifical de I.atran, il existait aussi un certain nombre d'oratoires. Au A'» siècle, dans le palais déjà enchevêtré de constructions le pape Hilaire fecil oraiuria III in baplisterio basilicec Constanlinianœ sancti Johannis baptislœ et sancti Johannis evangelislss cl sanctœ crucis, omnia ex argcnto cl lapidibas pretiosis*; ainsi, en 461, le baptistère du Latran vit s'accoler à sa face nord une chapelle exiguë avec trois autels '. Bientôt, comme pendant, on vit construire sur la face opposée du baptistère une autre chapelle. Cela fait, on ou\Tit une porte dans le baptistère pour donner accès dans la direction d'une troisième chapelle projetée en l'honneur de la Sainte-Croix. Pour se faire une idée de ces chapelles du palais pontifical, rien ne vaut le texte du Liber ponlificalis '.
confessionem sancti Johannis baplislx ex argcnto, qui pens. lib. C, et cruccm auream;
confessionem sancti Johannis evangelistx ex argcnto, qui pens. lib. C, et cruccm auream;
in ambis oraloriis januas œreas argcnto clusas et
oraturium sanclse crucis : confessionem, ubi lignum posuit domini cum cruccm auream cum gemmis, qui pens. lib. XX.
e.v argenlo in confessionem januas, pens. lib. L;
supra confessionem arcum aureum, qui pens. lib. III, quem portant columnœ unychinœ, ubi stat agnus aurcus, pens. lib. II ;
' Sur ce sujet, cf. H. Leclercq, Manuel (Tarchéol. chréicnnc, in-S", Paris, 1907, t. i, p. 378. — » F. Cabro! et H. Leclercq, jVonuni. iScctes. /i(iir!;.,in-l'', Paris, 1>)02, t. i, n. 97. — ' Eusébe, Hist. eccles., 1. X, c. ii, m, P. G., t. xx, col. 845, 848. — * L-ber pontiftcalis, édit. Moramscn, 1897, p. 107. — 'G. Rohault de Fleury , I.e I.alran au imnjen âge, in-S°, Paris, 1877, p. .38. — 'Liber ponliftcali.s, 1. 1, p. 108. — ' L. Duchesne, /.n chapelle impériale 'lu Palatin, dam le Bulletin critique, 1885, t. vi, p. 417-424. Urlichs, Codex lirbis Honue topographicus, in-S°, Wùrzbourg, 1871, p. 170- 173, a public un catalogue de toutes les églises de Rome subsistant au xiv*^ siècle et sans en excepter celles qu'on ne desservait plus. Le catalogue est déposé suivant l'ordre
coronam auream ante confessionem,
farus cum delfinos, pens. lib. V;
lampadas III aureas, pens. sing. lib. II;
ntjmphxum, et Iriporlieum antc oraturium sanctse crucis, ubisunt columnœ mirœ magnitudinis qux dicuntur eccdonpentaicas, et conçus striatas duas cum columnas purphyrelicas raiatas aquam fundenles; et in inedio lacum purphyrsticum cum conca raiala in medio aquam fundentem, circumdalam a dcxtris vcl sinislris in medio cancellis sereis et columnis cum fasligi'is et epistulis, undique ornatnm ex musibo cl columnis aquilanicis et tripolilis et purphyrelicis.
Ante confessionem beoti Johannis :
coronam argenteam, pens. lib. xx;
forum canforum, pens. lib. xxr;
Item ad sanelum Johannem inlra sanctum fontem :
lucernam auream cum nixus luminus X, pens. lib. V;
cervos cwgenteos III fundenles aquam, pens. sing. lib. XXX;
lurrem argenteam cum delfinos, pens. lib. LX;
columbam auream, pens. lib. II.
Le palais pontifical possédait d'autres chapelles. Au xvi= siècle, Panvinio prétendit avoir retrouvé dans une vigne les vestiges d'un oratoire dédié à saint Grégoire et dans lequel on conserva longtemps son lit de repos. En 642, le pape Théodore élevait une chajiclle à saint Sylvestre. Grégoire II, Léon Ilélevèrent eux aussi des oratoires dans l'intérieur du palais.
V. Chapelle impériale du Palatin. — Au xrv« siècle on comptait à Rome trois églises placées sous le vocable de saint Césaire ', c'étaient : Saint-Cé^aire in Palalio aux environs de Sainte-Anastasie et de Sainte-Marie in Cosmcdin, c'est-à-dire près de l'angle du Palatin qui est tourné vers le Tibre; — Saint- Césaire in turrim, l'église encore désignée aujourd'hui sous ce vocable, située sur la voie Appienne, à droite, entre l'église des Saints-Nérèe-et-Achillée et la porte Saint-Sébastien; — Saint-Césaire, sans autre détemiinatif, devait se trouver près du pont Sixte '. lin outre, nous savons qu'il existait un monastère de Saint-Césaire auprès de la grande basilique de Saint-Paul », et un oratoire de Saint-Césaire situé au fond du palais de Latran, dans le vestiaire ou le gardemeuble pontifical '".Ainsi qu'on devait s'y attendre, il se fit quelque confusion entre tous ces édifices placés sous le même titulaire; on se mit en quête de ce qui avait pu inspirer le détemiinatif in Palalio et on découvTit que c'était le palatium Antoninianum, c'està-dire les thermes de Caracalla, voisins du Saint- Césaire de la voie Appienne. Cependant on finit par voir Cfu'on faisait fausse route : jamais les anciens documents ne désignaient ainsi l'église de la voie .\ppienne. Il fallait trouver autre chose : on trouva. Saint-Césaire in Palatio devint l'oratoire du vestiaire pontifical ". Une fois de plus il fallut y renoncer : l'oratoire situé dans le vestiarium se trouvait nécessairement dans le palais intérieur du Latran, or Saint- Césaire in Palalio était une abbaye'^; son emplacement ne peut donc être à l'intérieur du palais pontifical •'. Enfin, on chercha, ce qui était assez naturel, le Palatium sur le Palatin.
topographique. — «Elle est nommée entre Saint-Sauveur de Unda, qui existe encore, et Saint-Benoît de Arenula, qui a été remplacée par la Trinité dei Pelkgrini. — • Liber ponlificalis, édit. Duchesne, Léon IH. — "liber pontiftcalis, Etienne III. — " Nibby, Rnma moderna, t. i, p. 168; E. Stevenson, Il cimilero di Zotieo. in-8», Modena, 1876, p. 87. — " Saint-Césaire in Palalio figure en tête de la liste des abbayes romaines, telle qu'on la trouve dans les compilations de .Ican Diacre sur la basilique du Latran et de Pierre Mallius sur celle de Saint-Pierre, vers le milieu du xii'siècle. Il y avait des monastères au Latran, mais ailleurs; leurs emplacements sont bien connus.
CHAPELLE
Le catalogue topographique du xiV siècle place notre église dans l'cnumération suivante : Sainte- Anastasic », Saint-Sauveur de Ludo, Saint-Césaire in Palalio, Sainte-Marie de Manu, Sainte-Marie in Cosmedin. De ces cinq églises, la première et la dernière existent encore, la quatrième a disparu depuis longtemps, la deuxième, d'après son dcterminatif, devait se trouver vers le grand cirque ». En somme, il faut chercher Saint-Césaire sur le Palatin.
A quelle date remonte la fondation de cette église? Elle existait dèa 687. Cette année-là, après la mort du pape Conon (22 septembre), les deux candidats occupèrent chacun avec ses partisans une moitié du palais pontifical. L'entente paraissant impossible, les principaux fonctionnaires et les chefs de l'armée suivis d'une partie du clergé se transportèrent au Palatin, ad sacrum Palalium pervenerunt, où, après délibération, ils élurent au pontificat le prêtre Sergius qui fut conduit i.'i oraculum beali Cscsarii Christi martyris (juod est inlra suprascriptum Palatium '. Le narrateur continue : Et exinde cum in Laleranense episcopio cum laude addamalionibus deduxerunt. Et guamuis fores palriarchii intrinsecus cssent munîtes cl clausie, iamen pars qui prœdictum vencrabilem virum elegcrat prœvaluit et ingressa est. On n'était donc pas au palais de Latran puisqu'on y vient, puisque, pour y pénétrer, on est oblige d'en enfoncer les portes. Ainsi c'est dans le palais impérial que Sergius fut élu en 687, et c'est dans ce même palais que se trouvait l'oratoire de Saint-Césaire in Palalio ♦.
i 0 Mais on peut remonter bien plus haut. La première mention de l'oratoire de Saint-Césaire in Palalio se rencontre dans un document du temps de saint Grégoire le Grand. Il s'agit d'une sorte de protocole relatif à l'intronisation de l'empereur Phocas et à la réception ofliciellc de son portrait, cérémonie qui eut lieu à Rome le 25 aVTil 603' : Yenil icona suprascriptorum Pbocsc et Leontiœ Augustorum Romam, Vil kal. maii et acclamalum esteis in Lateranis in basilicaJulii ab omni clero vcl senatu : Exaudi Christel Phocse Augusto et Leontix Auguslee vita I Tune jussil ipsam iconam domniis bcalissimus et apostolicus Gregorius papa rcponi in oratorio sancli Cœsarii martyris inlra palatium. Mais, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que cet oratoire est une sorte de sanctuaire officiel, où l'on dépose les images des souverains régnants. S'il est permis de s'exprimer ainsi, Saint-Césaire est la chapelle impériale, l'église du palais. Au \ni= siècle, le palais était encore habité; il y avait même un fonctionnaire chargé de son entretien, le curator Palatii urbis Romœ. Nous avons encore l'épitaphe d'un de ces fonctionnaires, un certain Platon, qui mourut en 686, après avoir présidé à une grande réparation de l'antique édifice K On voit
que le palais avait été remis à neuf, peu de temps avant l'élection de Sergius. C'est là qu'avaient résidé les rois goths quand ils s'étaient trouves de passage à Rome " ; après eux les exarques et même un empereur. Constant II, qui visita Rome en 663, durent s'y abriter aussi. En tous cas, c'était la résidence dés gouverneurs de la ville et des chefs de cet exercitus Romanus qui joua un rôle si important au vii« et au viii= siècle, dans les révolutions locales. Rome une fois placée sous la souveraineté du pape, le Palatin cessa d'être une résidence impériale. Les empereurs carolingiens prenaient gîte hors de la ville auprès de Saint-Pierre, au lieu où s'élève actuellement le palais du Vatican. Il est possible que l'exercitus Romanus ait continue quelque temps d'y avoir son centre *. » Les destinées ultérieures de .Saint-Césaire in Palalio ne nous retiendront pas; devenu monastère grec il dura jusqu'au xv« siècle. « Ses ruines auront sans doute été rencontrées dans les fouilles et travaux d'aménagement exécutés au Palatin depuis la Renaissance. Mais le peu d'intérêt qu'excitaient et qu'ont excité jusqu'à ces derniers temps les vestiges du moyen âge romain les aura fait négliger. '
« Où pouvaient-elles se trouver "? Nous avons montré qu'on ne devait pas cherclier Saint-Césaire vers les angles du Palatin qui regardent le Forum, le Colisée et l'église Saint-Grégoire, et qu'il se trouvait probablement à portée du cirque, au-dessus de Sainte- Anastasie. On peut préciser davantage, en partant de la dénomination in Palalio. Cette expression, si elle ne remontait qu'aux x'= et xi" siècles, pourrait désigner n'importe quel grand édifice antique, thermes, cirque, basilique, etc. Elle a ce sens dans les Mirabilia et autres documents de ces bas temps. Mais nous la rencontrons déjà en 603, à une date où le palais était encore habité et ne pouvait être confondu avec un autre édifice voisin. Cette observation est confirmée par les dénominations que portaient les deux autres églises anciennes du Palatin. Saint- Sébastien est toujours appelé in Palladio, in Pallaria, in Pallara, jamais in Palalio. Quelle est l'origine de cette expression? Cela n'est pas encore tiré au clair; mais il est sûr qu'elle rappelle un autre édifice que le palais proprement dit. Sainte-Lucie, d'autre part, n'est jamais appelée in Palalio, mais toujours in seplcm soliis. Nous croyons donc avoir le droit de conclure que Saint-Césaire se trouvait dans le grand palais officiel '. Il est même possible que cette église n'ait été qu'un édifice antique approprié à un nouvel usage, par exemple l'un de ceux que l'on appelle basilica Jovis, Académie, bibliothèque, etc. En somme, dés les premiers temps du régime byzantin, il y avait dans le palais des Césars une chapelle domestique, où leurs images étaient officiellement conservées '°. Cette
' VoirDic/ionH..t. i,co!. 1919. — = A quel point précis, c'est ce qu'il est difficile de dire. — ' L. Duchesne, op. ci(.,p. 419, quiajoutc: t Je ne parviens pas à comprendre comment on a pu croire que le sacrum palalium de ce texte soit la même ■chose que le palais pontifical. Lépitliéte de sacrum ne peut donner le change : au temps où nous sommes il est à tout moment question, dans^le Liber ponliftcnlis et autres documents Toni2ins,'dQsldivales ]iissiones, dès epislolce sacrœ des empereurs de Conslantinople. Quant au mot palalium, il a été sans doute employé par la suite pour désigner la rcsidencepontificale deLalran; mais jeneconnaispas d'exemple de cette acception au vii*^ siècle ni au vni*. Dans le Liber pontiftcalis, elle ne se rencontre pas avant Léon IV (S47-855). Auparavant on dit toujours cpiscopium ou paîriarcbium. Enfin, il est clair par notre texte lui-même, <Tue, les deux moitiés du Latran étant occupées par Théoliose et Pascal, ce n'est pas dans ce palais que put se tenir l'assemblée qui élut Sergius. » — ■ * Sur une mosaïque de na\ enne, le palais de Théodoric porte l'inscription palali'.;m. — ' Jean Diacre, Ti7a S. Gregorii, P. 1 ., t. Lxxvn,
col. 1350. — ' G. Marini.J papiridiplomalici,ia~iol., Roma, ISOô, p. 367. — • ' Anonyme de Valois, c. lxvii, édit. Garthausen, p. 298. — • L. Duchesne, dans Bull, crit., 1SS5, t. vi, p. 420-421. — • Déblayé par M. Rosa. — " Quelle place occupaient ces images? Chaque maison romaine aristocratique possédait dans son atrium des masques de cire et quelquefois aussi des panneaux de bois représentant les ancêtres de la famille. Au temps de l'empire ou y associait les effigies des empereurs. Dans les temples romains, nous ne savons où se voyaient ces portraits; peut-être n'avaient-ils pas de place fixe. Notons une survivance de cet usage dans la présence du portrait du pape dans les basiliques cardinalices. Autre souvenir. L'empereur Tacite imposait à tout sénateur d'avoir dans sa maison un portrait d'Aurélien son prédécesseur; ceci é\'oque le salon avec trône réserve au pape dans la maison de chaque cardinal. Les portraits des ancêtres étaient enfermés dans desarmoires de bois en forme de petits temples (armaria, Ij).:.a .n:?;») QUI nc s'ouvraient que les jours de tête pour le culet domestique ou dans la salennité des funérailles.
CHAPELLE
chapelle était placi-c sous lo vocable du martyr saint Ct'saire '. »
Le choix de ce titulaire paraît avoir été intentionnel. Le personnage de Ccsairo, que la légende présente comme un diacre africain, martyrisé à Terracine, ne se rattache en aucune façon au palais impérial. Ne serait-ce pas l'effet d'une petite supercherie que l'invocation de Ccsarins dans la maison de Ccsar? Au moyen d'un calembour que les esprits incultes devaient commettre avec conviction on faisait rejaillir sur la personne sacrée des Césars un rayon de cette sainteté qui avait remplacé la divinité impériale.