‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 108 sur 276 · MOD · texte numérisé non relu

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tre, privilège qui fut ratifié par le pape Grégoire VII. "Le premier exemple d'un abbé mitre nous est fourni par saint Hugues, abbé de Cluny, auquel Urbain II, en 1088, accorda la mitre épiscopale, et pour certaines t'êtes, la dalmatique, les gants et les sandales. Pascal III confirma et augmenta ce privilège en la personne de Pontius, abbé de Cluny, pour lui et ses successeurs, en 11 14. Innocent III accorda l'usage de là mitre aux abbés de Vendôme. Ces distinctions accordées aux abbayes donnèrent lieu a des réclamations de la part des évéques, entre autres de Geoffroy évèquo de Chartres; saint Bernard critiqua, dans le même temps, ces privilèges monastiques. En conséquence de ces réclamations, après le xuc siècle, lorsque l'usage delà mitre était devenu très-commun pour les abbés, comme ces mômes abbés ne pouvaient plus t\lre distingués des évoques, dans les conciles, le pape Clément IV ordonna que les abbés exempts de la juridiction épiscopale, seuls pourraient porter dans les conciles la mitre ornée, et que les autres abbés non exempts de la juridiction de l'ordinaire, porteraient des mitres simples, blanches et tout unies. Dans Y Histoire de l'ancienne cathédrale de Saint-Paul de Londres (Appendice, pag. 205), Dugdale donne l'extrait suivant de l'inven^ taire de cette église : Unamitra breudata cum stcllis anterius et posterius, insertis lapidibus in laminis argenteis deauratis, et déficit unus lapis in al ter o pendulorum, et in parte anleriori scplem lapides et multœ perlœ, et in parle posteriori quatuor lapides et multœ perlœ. —Item, Utoa mitra alba cum flosculis breudatis, de dono Joltannis Belemayi, ad opus episcopi parvulorum. — Item, una mitra quœ fuit Euslachii episcopi, quam habet episcopus lUcardus. — Item, una mitra breudata cum stcllis, et anterius est cornelinus, continens caput lioininis gravatum, et ornatur laminis argenteis deauratis, et lapidibus insertis; et déficit lapis unus in parte posteriori, et in altero pendulorum deficiunt très catenulœ, cum harotis argenteis appensis; et dédit hanc mitram Fulco Basset. — Item, mitra quœ fuit Henrici de Wendgham bene ornata bendis oureis triphoriatis insertis lapidibus et perds, et deficiunt duo lapides in parle posteriori, et multœ peciœ de triphorio et perlœ. — Item, mitra Henrici de Sandwico episcopi, breudata duabus stcllis anterius, et duabus stellis posterius, et ornata rotellis argenteis deauratis, inserlis lapidibus et perlis multis; et deficiunt in anteriori parte unus lapis, et duo in pendulis. — Item, una mitra alba cum stellis et grossis lapidibus, de dono Johannis de Chisulle episcopi, quam habet Hicardus episcopus. — Item, unamitra breudata cum stellis et frecturis, et octo limbis in circulo de purpura, ornata lapidibus et flosculis. — Item, una mitra de dono Ricardi episcopi, ornata perlis albisper totum campant, et flosculis deauratis, lapidibus insertis ordine spisso; cl déficit una campanula in uno pendulorum. MITRE (Arc en). — On nomme communément arc en mitre un amortissement rectiligue, ou formé par deux légères courbes, qui

remplace un arc plein cintre aux fenêtres do quelques églises romano-byzantines. On en voit aussi dans quelques églises du xv' siècle. Il y en a de la première espèce dans l'église de Saint-Etienne, à Nevers, l'une des plus intéressantes églises de France, de la période romano-byzantine.

MOD1LLON. — L'architecture classique a fait usage de modillons pour supporter la corniche corinthienne. Les modillons sont supposés représenter l'extrémité d,es chevrons de la charpente du toit.

L'architecture chrétienne, durant la période romano-byzantine a fait un emploi fré^ quent des modillons, sous les corniches de l'entablement, à l'extérieur des édifices. Yoy. Corbeau, Arcature. Ils présentent alors des formes très-variées. Ce sont des figures grimaçantes, des animaux, des fruits, des feuillages, des moulures, des consoles, des formes de fantaisie, des monstruosités, quelquefois des obscénités. Il est difficile de classer les modillons. M. de Caumont cependant a tenté de le faire. Voici l'ordre chronologique qu'il a cru pouvoir établir : 1° modillons soutenant un entablement droit; 2" modillons qui supportent de petits arcs à plein cintre; 3° modillons qui sont séparés par de petits arcs trilobés; k° modillons surmontés d'arcalures en ogives avec sous-arcatures ou contre-corbeaux ; 5° modillons à dents de scie. On a essayé de donner une explication aux mille formes représentées sur les modillons. Oiy a vudesfiguressymboliques. L'interprétation qui en a été donnée est plus ou moins ingénieuse; mais il faut se défier généralement de ces explications où l'imagination de l'archéologue découvre ou remplace l'intention du sculpteur. Tout ce que l'on peut dire à ce sujet, c'est que certains modillons offrent des formes évidemment symboliques, tandis que beaucoup d'autres ne présentent que des formes capricieuses, laissées au libre choix de celui qui a été chargé de les sculpter . Yoy. Entablement, Corniche, Feuilles entablées,

MODULE. — Les ordres d'architecture et leurs accessoires s'érigent tantôt sur une grande échelle, comme pour les monuments publics, tantôt dans de plus petites proportions, comme pour les édifices privés. On se sert pour cela d'une mesure régulatrice adaptée seulement aux ordres eux-mêmes, laquelle n'a aucun rapport de dimension avec les mesures fixes et connues, telles que mètres, décimètres, et anciennement toises, pieds et pouces. Cette mesure s'appelle module; ce n'est autre chose que le demi-diamètre de la colonne de l'ordre que l'on emploie, pris à sa base. Le module se divise en 12 parties nommées minutes, pour les ordres toscan et dorique, et en 18 minutes, pour les ordres dorique et corinthien. C'est au mojen de ces subdivisions que l'on détermine les hauteurs et les saillies de chaque moulure.

On a quelquefois employé le mot module pour designer le rapport qui existe entre la hauteur et le diamètre des colonnes, durant la période romano-byzantine et la période

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ogivale. Mais les colonnes, dans les monuments religieux du moyen âge, ne sont pas établies d'après des proportions aussi régulières que les colonnes antiques. Ce ne sera dune qu'improprement qu'on les voudra mesurer avec le module ou quelque système analogue. Il est h remarquer, en effet, que les colonnes des églises ogivales s'amincissent d'autant plus qu'elles s'allongent, jusqu'à ce qu'elles soient changées en légères colonnettes. Au xv'siècle, les colonnettcs elles-mêmes s'amincissent tellement qu'elles deviennent de simples moulures prismatiques. MONASTEKE. — I. A côté de l'institution hiérarchique des évêques se trouve la fondation des monastères, qui exercèrentune si active puissance de civilisation. Au milieu des invasions barbares, les âmes fatiguées du monde et de ses agitations se consacraient à la solitude et à Dieu. La plupart des basiliques que nous voyons auaujourd'hui, ces ruines, ces débris, nous indiquent la grandeur et la destinée des ordres monastiques dans les Gaules. Le vuc siècle fut surtout célèbre par la fondation des abbayes et des monastères. Si l'on examine la plupart des villes de France, les gros bourgs, les villages, tousdoivent leur fondation au monastère, établi d'abord dans les lieux les plus incultes avec une régularité merveilleuse. D'abord s'élevait un pieux oratoire, un ermitage au désert, ainsi le dit la chronique; des cellules se groupaient autour, et une communauté religieuse changeait cet ermitage en une famille dans laquelle l'on priait, l'on travaillait, l'on jeûnait pour Dieu et l'édification des hommes. Ces cellules une fois agrandies, de pieuses confréries transformaient en basilique la petite chapelle : si un saint abbé y mourait à l'état de martyr ou de confesseur, on recueillait ses reliques, les gouttes de son sang, ses ossements précieux ; une châsse aux formes byzantines avec l'image du saint était façonnée dans le monastère. De toutes parts on accouraiten pèlerinage; car lâchasse, ressource des malades et des infirmes, paraissait éclatante de miracles. La foule des pèlerins accourait donc là; mais quand cette foule était bien pressée, il fallait l'abriter par J'bospitalité, et l'on élevait pour elle quelques maisons en bois, quelques gîtes plus modestes; les marchands allluaient bientôt pour offrir leurs denrées et exercer leur industrie, ainsi qu'on le voyait aux landys de Saint-Denis; et de là les foires et les marchés, qui obtenaient chartes et privilèges au nom de l'abbé, puis du comte ou du roi; l'activité se montrait partout : à côté du monastère se bâtissait un bourg, le bourg devenait ville. Telle fut l'origine de la plupart des cités de France, que la reconnaissance du peuple dotait du nom d'un saint patron : cellules et ermitages, châsses bénites, foires et bourgs furent la cause et le principe de la fondation des cités dans les Gaules ; les générations oublieuses elfacent en vain ces souvenirs, ils sont incrustés dans les pierres, comme ils sont écrits dans \c>

vieilles chai tes de la patrie. (On a compté que les i des bourgs et villes de France doivent leur origine à des monastères.)

La géographie monastique des Gaules au vme siècle est curieuse, parce qu'elle signale les progrès et les développements de l'esprit de règle; partout où un monastère se fonde, on peut dire qu'il y a tendance vers une organisation plus parfaite de la société. ( Charlcmagne, par M. Capefiguc, tom. I, pag. 21, 22 et 23.)

M. Cousseau, actuellement évoque d'Angoulôme, a composé, étant supérieur du grand séminaire de Poitiers, un très-intéressant travail sur Ligugé, intitulé : Mémoire sur le plus ancien monastère des Gaules et sur Vétat actuel de V église de Ligugé. Nous en donnerons l'analyse, que nous ferons suivre d'une Notice surMarmoulier-lez- Tours. Nous terminerons cet article sur les monastères par quelques détails sur l'ancien monastère du Mont-Saint-Michel. Nous renvoyons, pour ce qui concerne les autres monastères, aux articles Abbatiale (Eglise), Abbaye, Conventuel, Colvent.

C'est à Ligugé, dit Mgr Cousseau, que le thaumaturge des Gaules a opéré les principaux de ces prodiges qui ont si puissamment contribué à la propagation île la foi chrétienne dans notre patrie; c'est là qu'il a donné, non-seulement à nos contrées, mais à toute l'Eglise d'Occident, le premier modèle de la vie monastique; c'est là, par conséquent, le berceau de cette institution, qui depuis prit chez nous un si grand essor, couvrit l'Europe de maisons de prière, de science et de travail, et fit ainsi l'éducation des peuples modernes, enfants ingrats qui lui donnent aujourd'hui quelques tardifs regrets, après l'avoir mise au tombeau.

Examinons donc avec tout l'intérêt qu'inspire l'origine des grandes choses, examinons dans celte vallée du Gain la naissance de l'ordre monastique d'Occident. Saint Martin, après avoir passé vingt-quatre années dans le service militaire, après avoir attendu deux années, sur les instances de son tribun, qui promettait de le suivre et d'abandonner avec lui les vanités du monde, saint Martin vint à Poitiers, attiré par la réputation du grand saint Hilaire, évèque de cette ville. Saint Hilaire voulut élever saint Martin à la dignité de diacre, pour l'attacber plus fortement à son Eglise; mais il ne put vaincre son humilité, et il lui conféra seulement l'ordre d'exorciste.

Une tempête s'éleva alors dans les Gaules, et tandis que saint Martin voyageait en Pannonie et en Italie, saint Hilaire exilé des Gaules, soutenait les intérêts de la foi menacée en Orient par les hérétiques. Mais en 360, saint Hilaire revint à Poitiers, et saint Martin l'y suivit de près.

Les merveilles des moines d'Egypte et de Syrie n'étaient pas inconnues dans nos contrées. Sans parler des pieux pèlerins qui les avaient visités, saint Athanase les avait fait connaître à Trêves pendant son exil, et eu-

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tore mieux à Home, lorsqu'il y fini quelques années après, accompagné de quelquesuns de ces solitaires dont il partageait les saints exercices. On voit dans les Confessions

de saint Augustin (lib. vin, cap. G) et les lettres de saint Jérôme (epist. 66, ad Pammachium) , que le spectacle de leur vie ne fut pas stérile, qu'il excita le zèle de quelques fervents chrétiens dans les plus hautes classes de la société, et que le premier de ces moines romains fut le sénateur Pammachius, allié à la famille des Gracqucs et des Sei pions. Mais ce ne furent pendant quelque temps que des essais particuliers, comme • eux de saint Martin lui-même, avant son retour à Poitiers; et les monastères de Rome et de Trêves, et même celui de Verceil, bâti par saint Eusèbe, l'ami de saint Hilaire et re compagnon de ses travaux, sont tous postérieurs au monastère de Ligugé. On en peut dire autant des deux anciens monastères de Lyon, celui de l'Ilc-Barbe et celui d'Ainay, et plus sûrement encore de ceux de Marseille et de Lérins.

Sozomène (lib. m, cap. 14) dit expressément que jusqu'au temps de Constance et de saint Martin, l'Occident n'avait point encore de congrégations de moines. Il est remarquable que saint Benoît, construisant, cent soixante-dix ans après la fondation de Ligugé, le célèbre monastère du Mont-Cassin, y fit élever deux oratoires, l'un en l'honneur de saint Jean-Baptiste, l'autre en l'honneur de saint Martin, présentant ainsi ces deux saints à la vénération de ses enfants Comme les deux grands modèles de la vie monastique. ( Annal. Bened., lib. ni, n° 5.)

Saint Martin ne se setira pas seul dans sa retraite. Il s'occupa d'abord avec ses disciples à construire de petites cellules de bois, qui liront peut-être donnera son monastère, par les Gaulois des environs, le nom de Locotegiacum, Locogiacum, d'où s'est formé plus tard le nom de Légugev ou Ligugé. Cet assemblage de petites cabanes distincîes pour chaque solitaire était une imitation des laures des moines d'Orient.

Saint Martin, fidèle à sa chère solitude, de Ligugé, n'en sortait que de loin en loin, pour évangéliser les peuples ou consoler les malheureux qui de toutes parts imploraient son secours. Appliqué au gouvernement de la communauté, il en dirigeait les exercices sous l'autorité de saint Hilaire.

Le travail imposé par la règle aux solitaires de Ligugé était de copier des livres I Sulp. Sév. n° 7), utile travail qui, en fournissant aux frais de leur subsistance, avait pour eu* l'avantage de donner à leur âme la nourriture spirituelle, et pour nous celui de i.ous conserver a travers les siècles les trésors inestimables de l'antiquité.

Saint Martin fat enlevé à Ligugé pour monter sur le siège épiscopal de Tours ; c'est pour ainsi dire la fin de l'histoire de Ligugé. Devenu évoque de Tours, saint Martin ne changea rien à sa manière de vivre. Ce fut toujours la même ausléritô, la même morti- UcatiOri : i! conserva toujours la même hu-

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milité dans le cœur, la même pauvreté dans les vêtements, et n'en eut pas moins d'autorité. Il demeura quelque temps dans une cellule attenante à l'église. Mais, ne pouvant soutenir la distraction des visites continuelles qu'il y recevait, il se bâtit un monastère à deux milles de .a ville, dans un lieu désert, fermé d'une part parle lit de la Loire, et de l'autre par un rocher escarpé. De nombreux solitaires ne tardèrent pas à venir s'y ranger sous sa conduite. 11 en eul bientôt jusqu'à près de quatre-vingts. Ce fut là le Grand monastère (Ma jus monasterhim), Marmoutier, qui donna naissance à une infinité d'autres monastères inférieurs, et dont la réputation éclipsa promptement celle de Ligugé. Toutefois, celui-ci dut toujours être considéré comme le type et le modèle dont il n'était pas permis de s'écarter. Ce furent ses observances qui furent portées à Tours. On les garda fidèlement dans tous les points.

Le monastère de Ligugé fut également le modèle de tous ceux qui s'établirent alors dans notre province : du célèbre monastère de Saint-Hilaire, bâti sur le tombeau du saint docteur presque aussitôt après sa mort; de celui d'Antion ou de Saint-Jouin de Marnes; un peu plus tard de ceux deSaint-Maixent et de Saint-Benoît de Quinçay. De ces différentes solitudes sortirent des hommes de Dieu qui propagèrent au loin l'ordre monastique : les monastères de Saint-Hilaire et de Saint-Jouin surtoutfurent deux pépinières abondantes qui enrichirent plusieurs contrées. Saint Lubin, saint Aicaclre ou Achard, saint Fridolin, saint Paterne, saint Philbert, peuplèrent de saints et laborieux ouvriers les solitudes du pays Cbartrain et de ia Normandie, les bords du Rhin et les îles mêmes de l'Océan. On peut se faire une idée de la rapidité avec laquelle le goût de la vie religieuse se répandit dans nos contrées, lorsqu'on lit dans Sulpice Sévère qu'à l'enterrement de saint Martin, moins de quarante ans après la fondation de Ligugé, on vit près de 2000 moines qui tous se regardaient comme ses disciples et ses enfants.

Le monastère de Ligugé fut détruit par les Normands : ce fut sans doute en 865, lorsqu'ils brûlèrent aussi ceux de Saint-Hilaire , de Saint-Cyprien , de Sainte-Radégonde. Il ne se releva jamais qu'imparfaitement de ses ruines. Ce fut un simple prieuré soumis d'abord à l'abbaye de Saint-Cyprien, et enfin à celle de Maillezais.

Marmoutier. — 1° Fondation. La date de Ja fondation de Marmoutier ne paraît pas précisément connue, mais doit nécessairement être de fort peu postérieure à 375 (1). Ce monastère, devenu depuis si célèbre, n'avait pas encore de nom. Le saint fondateur en avait dédié l'église (qui de son temps ne fut probablement qu'un simple oratoire)

(1) Le Dictionnaire géographique universel l'attribue à l'an 571 ; mais c'est une erreur évidente, probablement typographique*

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aux sainis apôtres Pierre et Paul (1). Plus lard, en 833, une donation d'un comte Dominé Troannus et de sa femme Bova, souscrite du temps de l'abbé Théodon, mentionne comme patrons de l'abbaye, la sainte Vierge, saint Pierre et saint Martin (2). Entin, en 1096, la basilique entière, qui sans doute avait été complètement reconstruite, comme tant d'autres, depuis l'an 1000, fut consacrée par le pape Urbain II lui-même, en l'honneur de la sainte Croix, de la sainte Vierge, des saints apôtres Pierre et Paul et de saint Martin (3).

Quant au nom de Marmoutier, contraction francisée de Majvu monasterium, il ne fut donné à l'abbaye que par comparaison avec Saint-Martin de Tours, et par conséquent après la mort du saint fondateur, puisque <e dernier monastère fut établi par saint Briee, son disciple et son successeur immédiat, pour renfermer et honorer le lieu de la sépulture du grand évoque (k). Bientôt même ce premier sanctuaire se trouva trop resserré pour suliire à l'aiïluence des pèlerins, car saint Perpétue, troisième successeur de saint Martin, détruisit les murs de la basilique élevée par saint Briee, et la remplaça par une nouvelle église plus grande et plus ornée, dans l'abside de laquelle il transtéra le saint corps en V72 (5).

2" Site de Marmoutier. Revenons à Marmoutier, et faisons remarquer combien le site en était bien choisi pour ce qu'on appelait alors un monastère. Ce fut d'abord une Laure comme l'avait été Ligugé, c'està-dire une sorte de village composé de cellules éparses et de formes diverses, dont les pieux habitants vivaient sous une règle et sous un chef commun (G). Saint Martin forma son établissement dans un lieu qu'entouraient d'un côté les rochers escarpés de l.i montagne; le reste de la plaine avait pour clôture une légère sinuosité de la Loire, et

(t) Greg. Tur., lib. x, cap. 3f.

(-2) Annal. Benedict., i. Il, p. 555.

(.") Aimai, Benalici., I. Y, p. 5(i.~i.

(i) < Nonoisi posl morieui saocti aniistitis dielum r>i M.ijus Mouasicriiim, cuin scilicet LcJilicalo super «jus lumiilo alio monasterio, primura illud bujas aliorumque ejusdem provincial monasterium comparatione Majus appellari cœpit. Primas sancUisBriccius, Martini in episcopatu successor, basilkah parvii. vm (l'abbaye de Saint-Marlin) super corpus ejus :edilicavit. > (Annal. Benedict., t. I, p. 12.) — Notons ici un renseignement isolé, qui ne trouverait pas sa place dans lecoursdecetie notice : le thaumaturge de Tours fut un des premiers saints non martyrs dont on inscrivit le nom sur les diptyques, autrefois réservés exclusivement aux martyrs. (Jean «le Lastrade, Belation d'une translation d'une relique de suint Bertrand de Comminges.)

(.*>; Briccio successit Euslocbius, Euslochio Perpetuus; is sLBMOT.v uasilica, quant prius Briccius auliliçaverat, miro opère aliam adilicavil amim.iokdm, in cujus absidam, id est supeiiorem partein, sacrum fj us corpus translulit anno 47-2. Ab eo lenipore poileriorem banc basilicam insederunl monachi usque ad sa:culi noni initia. [Annal. Benedict l I n 12.)

(G) M. L'abbé Oousseau, lue. cit. p. 45.

n'était abordable que par une voie étroite et unique (1).

Manillon s'est borné à copier textuellement les paroles de Sulpice-Sôvère ; mais il s'en faut que l'état des lieux, à l'époque moderne, réponde exactement à cette description. Nul doute qu'on aura, autant que possible, conservé les ermitages creusés dans le flanc du coteau et sanctifiés par les premiers solitaires ; mais il faut bien croire qu'au fur et à mesure des accroissements de la communauté, on s'est servi, pour les constructions, des matériaux que la localité même offrait en si grande abondance ; que les jardins nécessaires à la nourriture et à la promenade se sont accrus peu à peu aux dépens des parties saillantes de la base du coteau ; que la plaine s'est enlin élargie, du côté de la montagne, de manière à ce que celle-ci, fuyant vers le nord pour constituer la berge orientale du vallon de Saint. >-Radegonde, a fini par offrir un rideau à peu près uniforme à l'exposition du sud-ouest et de l'ouest.

Ce fut Guillaume de Comborn, abbé en 1105, qui le premier renferma dans une enceinte murale la totalité des bâtiments du monastère, et qui construisit les servitudes (officinas) ; peut-être la consolidation des terrains dus a l'endiguement n'avait-elle pas été jusqu'alors assez avancée pour qu'on pût s'occuper de ces aménagements, auxquels les ressources de l'abbaye auraient b;en permis de songer plus tôt, ne fût-ce que depuis une centaine d'années (2).

Bientôt après la construction de l'enceinte murale, on éleva un oratoire près de ces nouveaux terrains, mais non encore sur eux, ce qui concourt à démontrer la probabilité de leur dépôt et de leur consolidation par la marche progressive du temps. Robert de Rochecorbon [de Rupibus) donna à l'abbaye, en 1123, une île de la Loire qui était près du monastère (monasterio adjacentem-. On y construisit une chapelle en bois en l'honneur de saint Nicolas; et Gislebert, archevêque de Tours, l'aspergea en dedans et en dehors d'eau bénite (aquam episcopaliter benedictam), en attendant qu'on y eût achevé un oratoire en pierre (dum oratorium ex lapide fierd. En 1739, il ne restait plus vestige de cette église Saint-Nicolas, qui avait été renversée peu d'années auparavant, mais qui, alors, s'élevait au bord de la Loire,

PRÈS DE LA PORTE INFERIEURE DU MONAS- TÈRE (3). Donc l'île avait été, par le progrès des temps, rejointe à la terre ferme; il sem-

(1) Ex tino enim latere, précisa moniisexcelsa rope ambicbalnr : reliquain planitiem Liger fluvius reducto paululumsinu clauseral: una laulunieademque arcta admodum via adiri poterat [Sulp. Se*.vji,

(-) Tolum cœnobium mûris cinx'ssc, ejusque

officinas exstruxisse Iradilur, ac multos prioratus instituisse. (Annal. Benedict., t. V, p. 477.) — Les contreforts du mur, saillants, lourds et en talus, pourraient bien ne pas remonter plus loin que le xvjii* siècle.

(5) Annal. Benedict., t. V, p. 100.

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Lie du moins qu'il faille expliquer ainsi la phrase assez obscure des Bénédictins.

3° Portail actuel de Marmoutier. Le mur d'enceinte se lie, à l'angle S.-O. de son parcours, à la belle et élégante masse de bâtiments du xme siècle qui constituent et défendent l'entrée de l'enclos do l'abbaye, et dont les restes sont, depuis cinquante ans, presque tout Marmoutier pour l'artiste, tout Marmoutier pour le voyageur qui parcourt la Levée.

Tel qu'il est, ce frontispice de l'abbaye est d'un charmant effet pittoresque; mais sa position enfoncée par rapport à la Levée, et surtout la splendeur de l'immense paysage qui l'entoure et le couronne, amoindrissent ses proportions déjà si réduites par la destruction d'un de ses vigoureux épaulements. Le style en est sévère et pur, et l'irrégularité, tant aimée du moyen âge hors des grands édifices religieux, a déposé son cachet d'originalité sur cette jolie fabrique moitié monacale et moitié militaire.

Un mur d'une énorme épaisseur, ou plutôt un massif quadrilatère très-allongé, est percé (mais non en son milieu) d'un vaste portail ogival à cinq retraits profonds, bordés de tores et de colonnettes, encadrés d'une archivolte supplémentaire, saillante sur le nu du mur. Au-dessus du portail, une console, veuve de son fardeau vénéré, supportait jadis une statue de saint Martin. Puis, au-dessus d'une robuste corniche, s'élève, sur toute la longueur du massif, l'édicule élégant qui servait à la fois à l'ornement et à la défense de l'entrée. Douze fenêtres rectangulaires, assez étroites pour jouer le rùle de meurtrières, et surmontées d'une corniche à modillons pressés, s'ouvrent sur le front qui regarde la Loire ; au côté intérieur elles sont moins nombreuses, et il n'y en a point aux extrémités. Cette longue salle, semblable en grand aux beffrois militaires des petites églises pyrénéennes, contenait la garnison nécessaire à la défense de la porte.

Tout auprès, à l'ouest, et lié par un pan de mur au massif de la porte, s'élève un donjon polygonal soutenu par deux puissants contreforts dont l'un se termine en une tourelle basse, coiffée d'une pyramide octogone en pierre. L'autre, d'une dimension plus forte, est surmonté d'un délicieux clocheton hexagone en forme de tourelle, formant encorbellement, percé sur chaque face de trois rangs de meurtrières tréflées, décorés de frontons aigus et sommé d'une flèche de pierre aux arêtes ornées de crochets. Une galerie, d'où l'œil embrasse un immense panorama , couronne le second rang de meurtrières et entoure la base de la flèche.

C'était là la tour du guet, le véritable befy froi de l'abbaye, car les restes de murs qui flanquent l'autre côté du portail sont loin de faire présumer l'existence d'une construction équivalente à celle de l'ouest. C'était sans doute une sorte de tour cariée, mais d'une importance beaucoup moindre que le

donjon qui vient d'être décrit et dont l'escalier à vis est d'une beauté singulière : le diamètre du donjon a permis de lui donner des dimensions considérables, et ses belles marches monolithes s'appuient sur un cordon divisé en consoles étagées, dont l'élégance et le bon goût sont très-remarquables.

k" Emplacement primitif du monastère. Et maintenant, avançons vers les lieux sanctifiés par la présence de saint Martin et de ses premiers disciples. 11 est difficile de retrouver les traces précises de l'illustre fondateur, telles qu'elles sont indiquées par les auteurs, attendu la ruine complète de l'église et de toutes les constructions qui lui étaient adjacentes. Il en est pourtant quelques-unes que des circonstances particulièrement mentionnées permettent de reconnaître et de retrouver ou d'éliminer, selon que ces particularités sont ou ne sont pas applicables aux localités encore existantes.

Mabillon dit que saint Martin avait à Marmoutier une cellule formée de branchages entrelacés, et que plusieurs des frères en habitaient de semblables ; mais la plupart d'entre eux s'étaient construit des demeures en creusant les flancs mêmes de la montagne. Cette description est textuellement copiée de Sulpice-Sévère. Puis Mabillon ajoute qu'on voit encore plusieurs de ces cellules des premiers moines, et entre autres celle de saint Martin, qui est renfermée dans la basilique du monastère. Cette cellule, dit-il, Vune des trois que le saint y a occupées, était nommée son lit de repos (lectulus), parce qu'il y dormait la nuit et y demeurait le jour, ainsi qu'on l'apprend par des vers inscrits au-dessus de son lit (super locum lecti ejus), et dont les deux derniers sont ceux-ci :

Cellula namqiie fuit requies in nocte silenli,

Pro scamno et cathedra hœc quoque cella die(\)*

Mabillon écrivait en 1703. Un document, postérieur d'une vingtaine d'années, nous reste encore sur cette même chapelle. Don» Martène, l'un des continuateurs de Mabillon, qui partit de Marmoutier pour faire son Voyage littéraire, dit, en parlant de l'abbaye de Saint-Jacques de Liège, fondée en 1014 : « On montre dans l'église un degré double, comme une chose très-rare. Tous les étrangers l'admirent, et ce fut ce que le czar (Pierre le Grand) trouva de plus singulier dans l'abbaye. On croit, à Saint-Jacques,

(1) Voici le passage entier de Sulpice-Sévère, copié par Mabillon et suivi des indications supplémentaires <!e ce dernier : « Ipse ex lignis contextam cellulani habebat, molli quidem ex tratribus in eumdcm modum, plerique saxo superjecti montis cavalo, rcceplacula sibi l'ecerant (Suif. Sev. vu, p. 225, 220), quales islic hactenus visuntur veterum illorum monacborum quaedam cellulae, qualis etiam beati Martini cellula basiliese ejusdem monasterii inclusa çcrnitur, una ex tribus quas illic habebat, lectulus ejus dicta, quod in ea noctu somnnm caperet,atque interdiu sederet, ut docent versus super locum lecti e)us, qui in hos desinunt : Cellula namque, etc. (comme ci-dessus). (Annal. Benedicl., t. I, p. 10).

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qu'il est l'unique en son espèce; mais il J 2o a un semblable en l'église de Marmouh tior, par lequel on monte au repos i Usa M Martin (1). » La cellule de saint Martin

n'existe 'plus; mais au-dessous de 1 e iidioU où elle était, se trouve une petite chapelle dédiée à saint Brice. ,1nninn

Une crypte existe sous -le grand donjon roman carré, à contreforts plats, qui s appuie contre la montagne h peu près en au, aeia ourle d'entrée de l'abbave, et dont le som- !net es! cëu^nné d'une chapelle moderne à l'usage des propriétaires du plateau \oisin.

S tradition, appuyée sur des documents historiques très-respectables, nous apprend Mue cette crypte, creusée. d abord par sain «iatien, fut ensuite agrandie par sain Mar lin. A cùté se trouve là crypte des bept-Dor-

manls. . .„.

La grotte de Saint-Bnce est une grotte taillée dans le roc, d'une vingtaine de pieds lie long sur sept ou huit do large, et dont la partie occidentale, ne se trouvant pas complètement abritée par le rocher, a été recouverte, à une époque très-reculée, dune portion de voûte en berceau. La forme de ce caveau est rectangulaire, et on y descend par une petite porte carrée et par un degré Ile quatre ou cinq marches. La porte est encadrée d'un arceau ogival dont les retombées se font sur des colonnettes à doubles bouquets, et qui communique avec le bascôté nord de l'église; c'est là tout ce qui subsiste du vaste vaisseau de la célèbre abbatiale. La vénération populaire dont la petite crypte est entourée a sauvé son frontispice de la destruction qui a continué a s aeharner contre les débris que la révolution Je 1789 avait laissés debout.

Nous avons vu que Sulpiee-Sévère donne à saint Martin une cellule en branchages entrelacés, comme celles qui valurent peut-être à Ligugé le nom gaulois Locotegiacum ou l.ovotjiacum (-2). Nous avons vu aussi que Manillon lui attribue trois cellules ; il reste à savoir si ce sonl autant de grottes, ou si dans ce nombre on doit comprendre celle de bois. Dans le premier cas, le repos de saint Martin, la grotte où saint lirice a dit la messe, et la Crypte du donjon carré, pourraient représenter les trois cellules, car il est impossible de penser qu'un lieu sanctifié par le bienheureux fondateur n'ait pas été marqué, protégé par une construction quelconque. Dans le second cas, l'une de ces dernières cryptes devrait recevoir une autre attribution.

5* Oratoires voisins de l'église primitive. Il existait encore, dans le voisinage immédiat du grand monastère, et par conséquent dans l'enclos actuel, plusieurs oratoires célèbres, ut qui, presque tous, ont disparu.

(l)Do ulùlnioud Marlcnne, Voyage ftUéraire de deux

religieux Bénédictins; Paris, \'rl't, Monlalant. in-4°, l. Il, p. 17-2.

(2) M. l'abbé Cou&seau, loc. cit. p. H, 45. — M.

Cardin, Note sur l'origine du nom de Ligugé, incine volume, p. 76.

Telle était la petite basilique dédiée à saint Jean-liaptiste, que Yolusien, septième évèquc île Tours et successeur immédiat de • saint Perpétue, fit bâtir tout contre celle du grand monastère, et qui était détruite avant le commencement du xvnic siècle (1).

Tel était aussi l'oratoire adhérent à la basilique abbatiale, où se trouvaient renfermés les tombeaux des sept moines dormants, autres disciples du saint fondateur (•!), qu'il avait dédié lui-môme à la sainte Vierge. Cet oratoire fut restauré au milieu du iv' siècle, sous Charles le Chauve, par le comte Vivien, abbé de Saint-Martin de Tours et abbé de Marmoutier, et fait l'objet d'une charte de ce dignitaire, conservée dans les archives de Marmoutier (3). Il s'y intitule investi de enram atque regimen abbatiœ sancti Martini basilicœ nec non et Majoris monasterii, et dit que l'oratoire est placé près de la porte du monastère. Mabillon ajoute (en 170V) qu'on le voit encore parfaitement conservé, et tel que l'a laissé la restauration de Vivien, avec les statues couchées des sept frères dormants. Celte chapelle, qualitiée crypte par Vivien, existe encore, comme nous l'avons dit plus haut.

Voit-on la cellule de saint Léonard (Leobardus), né en Auvergne, qui pratiqua la réclusion, au milieu du vie siècle, dans une cellule creusée dans le roc près de Marmoutier, et qui reçut la sépulture au lieu même où il avait habité (V) ?

Voit-on encore la cellule voisine du grand monastère, où deux des plus célèbres disciples de saint Martin se retirèrent avec quelques frères, et où l'on voyait, du temps do Mabillon, un oratoire dédié sous le vocable de saint Clair, l'un d'eux (5)? L'autre, saint Maxime, est le même qui se retira à l'ile- Barbe.

La tradition locale est muette sur ces deux derniers points.

6° Eglise abbatiale primitive. Maintenant que nous avons recherché les traces, pointe plupart effacées, des divers sanctuaires dont l'enclos primitif du monastère était parsemé, recherchons celles de la basilique principale; ou plutôt, cherchons à compter les ruines qui ont précédé celles dont les tristes restes s'élèvent à peine au-dessus du sol. C'est 15 pourtant l'un des lieux les pltts célèbres de la France chrétienne , et, disons-le à la honte du siècle qui a précédé le nôtre, c'est maintenait l'un des plus désolés.

Delà basilique construite par saint Martin lui-même, il ne reste absolument rien. Elevée pendant le dernier quart du ir siècle, tout porte à penser qu'elle fut religieusement conservée , et seulement accrue par

(1) Qn;e mine dirula est. (Annnl. Dénédict. t. I,

(-1) Annal, llenedici. t. I. p. \l.

(7>\ Annal. Uencdict. I. I, p. ii.

fi) Annal. Hcnedicl. I. I, p. 101, nnno ;il"2. (.•i) Elle est imprimée dans les Annal. Uénédict. t. il. append. p. 747.

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dos adjonctions successives, jusqu'à l'invasion des Normands au milieu du ix' siècle. Personne ne nous le dit, mais on ne doit pas s'en étonner lorsqu'on voit l'histoire du monastère présenter elle-même des lacunes telles que la succession de ses abbés n'est pas nettement connue pour les quatre siècles et demi qui séparent saint Martin du règne de Charles le Chauve (1). D'un autre côté, on ne peut mettre en doute le profond respect dont fut entouré l'édifice dû à la sollicitude personnelle du saint fondateur, et dans lequel, pour ainsi dire, son souvenir était plus vivant encore qu'ailleurs : et puisque les Sarrasins, qui d'ailleurs ne détruisirent pas grand'chose, furent vaincus par Charles- Martel avant d'avoir atteint les rives de la Loire, on doit raisonnablement supposer que la basilique primitive de Saint-Martin subsista, au moins dans ses parties essentielles, jusqu'au ixe siècle.

7° Donations qui rendent quelque prospérité à V abbaye. Au commencement du xe siècle (906), dit Mabillon, Marmoutier était presque devenu une solitude et n'était plus habité que par un petit nombre de clercs (2). Il n'y avait même plus de moines proprement dits (et ce mot clercs sufiit pour l'indiquer), ni d'abbé régulier. Les abbés titulaires étaient des princes (en 932, Hugues le Grand ou le Blanc, ou l'Abbé, petit-tils de Robert le Fort et père de Hugues Capet ; il était aussi, en même temps, abbé de Saint-Martin ; — en 980 Hugues Capet lui-même, alors encore simple duc de France). En 932 donc, l'un de ces deux abbés, Hugues le Grand, cherchait à rendre quelque prospérité au monastère, car il sollicitait et obtenait du roi Raoul la confirmation des privilèges de protection royale et d'immunité dont Charlemagne, Louis le Débonnaire, Charles le Chauve et Eudes l'avaient jadis enrichi.

C'est de la onzième année du règne de Kaoul (934) à la vingt-sixième de celui de Lothaire (980) qu'il est fait mention des chanoines séculiers de Marmoutier; mais ils n'étaient dirigés que par un simple doyen, puisqu'à la fin de cette période, l'abbé était Hugues Capet. Ce dernier prince s'occupait réellement des affaires de son abbaye, et ne contribua pas peu à la relever de l'état do misère où l'invasion des Normands l'avait plongée. On le voit, en 980, signer une charte de location d'une terre à un nommé Aymon ; les chanoines de Marmoutier la signèrent aussi, de même que le comte de Blois Terbold (Thibault le Vieux ou le Tricheur) et son fils Odon (Eudes Ier), ces deux derniers par le signe de la croix (3).

Ce ne fut que vers 987, dans les dernières années du long règne de Lothaire, et certainement plus lard que sa trentième année (984), que les moines réguliers reprirent

(1) Annal. Bénédict., t. 1, pag. 12; t. H, pag, 64 i et 659.

(2) Majus Monasterium.... s;eculo decimo fere in snliludinem et adpaucos clericos redaclum erat. (Anna/. Benedict., t. 111, p. 525.

Ç>) Annal. Benedict., t. 111, p. 489, 658.

possession de Marmoutier. Ils y furent replacés par ce même Eudes 1", comte de Blois, qui avait succédé à son père Thibault, et qui, à l'instigation de sa femme, dit-on, remplaça les clercs par treize bons moines. Ce comte était avoué (advocatus) du monastère, où il prit ensuite l'habit religieux et fut enterré vers 995 (1).

A mesure que le x' siècle avançait vers sa fin, que les traces des ravages des Normands s'effaçaient, et que l'an 1000, cette époque si redoutée, devenait plus proche, les donations si longtemps interrompues recommencent à apporter quelques ressources à l'abbaye de Marmoutier

Vers 994, une église de Paris, Notre-Dame^ des-Champs, fut donnée à Marmoutier et érigée en prieuré, qui fut lui-même enrichi, par l'évêque Raynaud, d'une terre située près de Blois (2).

l\ n'entre pas dans le plan de cet ouvrage d'y donner le détail des diverses donations qui furent faites à l'abbaye vers cette époque. On doit seulement en remarquer une qui se rattache aux présentes recherches, parce qu'elle prouve que, depuis 987 jusqu'à la fin du xe siècle, le nombre des moines avait repris un accroissement notable. En 1001, les religieux de Saint-Martin de Tours donnèrent à ceux de Marmoutier l'île Saint- Côme dans la Loire, à condition d'y former un petit monastère (monastcriolum) de douze moines au moins (3). Trois ans plus tard, en 1004, Marmoutier comptait encore de 27 à 50 religieux (4); mais ce nombre était bien faible comparativement au temps de son antique splendeur, puisque, du vivant de saint Martin, il était déjà de quatre-vingts (5). En 1020, le monastère put fournir une colonie sous la conduite d'un abbé nommé Baldricus, pour aller former le premier noyau de

(1) Adalltert, archevêque de Reims, dit de lui: < Ecce enim beati Martini cellula monaehoiuin agniina janidudiim emorlua resuscitat. (Annal. Benedict., t. 1Y, p. 42, 96.)

(2) Annal. Benedict., t. IV, p. 87.

(5) Ce fut dans cette île Saint-Côme que Bérengcr 6e retira après avoir abjuré son hérésie, et qu'il i'iit enterré. Les moines de Marmoutier possédaient encore ce prieuré; mais il passa depuis lors à des chanoines réguliers qui le conservèrent jusqu'au xvin* siècle. Le poète Ronsard y fut inhumé dans un tombeau magnifique (insigni mausoleo). Annal. Benedict., t. IV, p. 155. La charte de donation de l'île Saint- Côme est reproduite dans l'appendice, p. 695, n° xk. — Ce lui aussi dans celte même île que saint Gauthier, confesseur, premier abbé de Saint-Martin de Ponloise (prope Pontisaram), vinl se cacher lorsqu'il essaya de quitter son abbaye; mais ayant été reconnu et comblé d'honneurs, il se vit forcé d'y retourner. Les moines de Marmoutier lui avaient, un jour, envoyé un vêlement neuf qu'il donna à un pauvre (Acta Sanclorum Ordinis sancti Benedicti, sœcul. sext. pars la, p. 816. La vie de ce saint est écrite par un moine anonyme, son disciple , nnno 1094.)

(i) Annal. Benedict., t. IV, p. 175.

(5) Discipuli vero octoginla erant, qui ad exemplum beati magistri instituebantur. (Sulp. Sev. vu, p. 226.)

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l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, que Foulqtiës-Nerra venait de fonder (1). il faut remarquer que ce fut le pape Urbain II qui consacra la basilique angevine, commencée soixante-seize ans avant son arrivée dans l'ouest de la France; et puisqu'il consacra aussi l'abbatiale de Marmonticr, nous pouvons trouver dans cette coïncidence une confirmation de l'hypothèse que nous cherchons à convertir en fait historique, à savoir que, depuis la destruction de l'église par les Normands jusqu'au commencement du xic siècle, on n'avait pas eu les moyens de la remplacer par un grand édifice. Alors les libéralités dont l'abbaye fut enrichie devinrent presque innombrables (in fini tœ propemodum donationes, dit Mabillon); vers 103V, sous l'abbatiat d'Albert, le monastère déjà illustre, mais qui n'avait pas encore acquis tout l'accroissement auquel il atteignit depuis lors, prit une haute position et arriva au degré le plus éminent de grandeur (2): on peut présumer qu'on s'y appliqua alors à la construction de l'église.

8° Reconstruction de Véglisc abbatiale. C'est donc une basilique du xi* siècle qui, selon les plus graves probabilités, succéda à la basilique martinienne, et qui fut consacrée en mars 1096 par le pape Urbain II. La relation de cette mémorable solennité fut écrite par un moine contemporain, qui n'a pas fait connaître son nom. Elle se rattache trop directement à l'objet de cet écrit pour que nous n'en transcrivions pas les principaux détails.

Le bienheureux (3) pontife, après la tenue du concile de Clermont et la prédication de la première croisade, se dirigea par le Mans et Vendôme, sur Tours, où il n'entra pas tout d'abord. Il descendit a. Marmouiier, d'où il se rendit à la ville en visitant la basilique de Saint-Martin, qu'il retira de la surveillance de l'ordinaire , pour la réserver à la seule autorité papale.

Huit jours après son arrivée à Marmoutier, le 6e jour des ides de mars, Bernard étant abbé du monastère, la cérémonie de la consécration de la basilique eut lieu. Dès Ja veille, un concours immense de peuple s'était rassemblé au pied d'une estrade en bois, préparée au bord de la Loire; dans la foule, on remarquait Foulques le Réchin, comte d'Anjou, et les grands de sa cour. Le pape monta sur l'estrade et parla avec une grande éloquence (mulla prœclare peroravit) de la piété, de l'innocence et des privilèges des moines de ce lieu sacré; il adressa ses bénédictions à tous ceux qui leur seraient favorables, et lança l'anathème contre tous leurs ennemis. La prédication achevée, Ur-

(1) Annal. Bencdict., t. IV, p. 2G9.

(2) Hoc fore tenipore.... Alberto abbatc, Majus moiiaslerium, jam quidem illustre, sed non ad eam, (|ii;e postea ipsi contigil amplitudinem proveclum, tnagnopere extulit caput, et ad maximara dignitatem assurrexit. Annal. Bencdict., t. IV, p. 595, 3t)C.

(3) Ce pape est béatifié, mais non canonisé : on célèbre sa felc à Home le 29 juillet. (Acta SS. Ord. sancli Benedicli, sœcul. sert., pars 2".)

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bain, ses cardinaux, deux archevêques et un évèque prirent leur repas dans le réfectoire commun.

Le même jour, la chapelle des malades (capella infirmorum) fut consacrée, sur l'ordre du pape, par Brunon, évoque de Segni (Signiensi), et on y déposa les reliques des saints, pour y rester jusqu'au moment de la cérémonie.

Le lendemain, le pape ordonna a Raoul, archevêque de Tours, de présider à la translation de ces reliques dans la grande basilique, et de les placer sous l'autel dominical (sub dominico altari). Puis, le même prélat partagea avec Rangerius, ancien moine de Marmoutier, cardinal et archevêque de Reggio (Rhegiensi), la fonction de tracer le double alphabet, grec et latin, sur le pavé de la basilique, dont il oignit les murs avec l'huile en y imprimant le signe de la croix. Puis encore, l'archevêque de Tours consacra l'autel du Crucifix (1).

Enfin, le pape consacra lui-même la basilique entière et l'autel dominical (le maître** autel), dans lequel le sacrement ineffable du corps de Jésus-Christ fut déposé avec beaucoup de reliques de saints, en l'honneur de !a sainte Croix, de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, des saints apôtres Pierre et Paul, et de saint Martin, en présence du comte Foulques , de Robert de Rochecorbon (de Rupibus), de Hugues de Chaumont (de Calvo-monle) et de beaucoup d'autres seigneurs qui promirent leurs secours, leur protection et leurs bons conseils à l'abbaye (qui auxilio, tuitione et consilio suo locum dotavercnt).

La plupart des prélats et des cardinaux qui avaient assisté au concile de Clermont furent présents à celte solennité, à l'exception d'Amatus, archevêque de Bordeaux et légat du pape. Ce prélat, a. son arrivée a Marmoutier, était tombé malade, et il ne put quitter sa chambre (in caméra œgrotabat).

Le jour môme de la dédicace de l'abbatiale, le cardinal-archevêque Rangerius et l'évèque Brunon bénirent un cimetière public en dehors des murs du cimetière des moines. Le lendemain, le pape lui-même consacra, par l'aspersion de l'eau bénite, le cimetière de Saint-Nicolas. Hugues de Die, archevêque de Lyon et primat des Gaules, et Rangerius, bénirent des cimetières en plusieurs lieux des bords de la Loire (2).

9° Eglise abbatiale de la période ogivale. En 1212, l'église ogivale fut bàlie par Hugues de Rochecorbon. Cette église, dont les débris subsistent encore , était l'une des

(1) On appelait ainsi l'autel placé devant le Crucifix qui surmontait habituellement, au moyen âge, l'arc triomphal (l'arc-doubleau qui précède le chœur).

(2) Annal. Bencdict., t. V, p. 273, 503. — H ny a pas de régime dans la dernière phrase : t Hugo vero primas et Rangeras undique per margincm Ligeris sacraverunl... » et attendu sa connexion avec la précédente, on doit croire, ce semble, qu'il s'agit aussi de cimetières.

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plus belles abbatiales de la France entière. Le style ogival de la première époque y présentait ses caractères de grandeur, de simplicité, de dignité, tels que nous les admirons dans les plus célèbres basiliques construites en ce style. 11 nous en reste encore des dessins fidèles, d'après lesquels la pensée reconstitue facilement l'édifice dans son entier. Ces dessins ont été exécutés au moment où l'on démolissait le monument. Cet acte de vandalisme a été consommé, dans les premières années du siècle actuel, au moment où, de tous côtés, la religion, sortie victorieuse des terribles luttes de 1793, commençait à rentrer dans nos églises trop longtemps abandonnées et profanées. Ainsi, par un malheur à jamais déplorable, les deux grandes basiliques dédiées à saint Martin, l'une dans la ville de Tours, l'autre à la porte de la ville, à Marmoutier, ont été ruinées au moment où l'on pouvait espérer de les sauver et les conserver à la piété des fidèles, aussi bien qu'à l'étude et à l'admiration des archéologues, amis de nos antiquités religieuses et nationales.

Monastère du Mont-Saint-Michel. — Nous ne dirons rien des traditions relatives au ]\lont-Saint-Michel , antérieurement à l'établissement du christianisme dans les Gaules. 11 parait constant qu'aux ve et vie siècles la montagne était réunie au continent par une vaste et épaisse forêt. Il y avait alors de nombreux solitaires, qui se réunirent pour vivre en commun dans un monastère, sous la conduite de saint Pair, évoque d'Avranches. Ce premier monastère n'était que la réunion de quelques cabanes informes ; il fut refait et aggrandi en 709 , disposé sur un plan plus régulier par saint Aubert , 12e évoque d'Avranches. Il fit construire sur la cime du mont une église circulaire qu'il consacra sous l'invocation de l'archange saint Michel. A partir de cette époque , ce lieu fut connu sous le nom de Mons Michaciis in periculo maris ( le Mont-Saint-Michel an péril de la ma').

Devenu célèbre dans toute la France , et même dans l'Europe , le Mont-Saint-Michel devint l'objet des bienfaits de plusieurs souverains. Il fut richement doté en 912 par Rollon ; en 966 , son petit-fils, Richard Ier, remplaça, par une église vaste et des logements spacieux, les constructions de saint Aubert. Ces nouvelles constructions, terminées en 996, furent entièrement détruites par le feu en 1001. Tous les édifices et tous les bâtiments qui existaient sur le Mont- Saint-Michel disparurent à cette époque, car je viens de dire que les constructions de saint Aubert avaient été enlevées et remplacées par celles du duc Richard. Ce serait donc en vain que le voyageur , guidé par l'amour de la science et le désir de rattacher l'étude de l'art à l'étude des faits historiques, viendrait chercher sur ce mont les ruines des édifices qui y furent élevés avant le xi' siècle.

Richard II, héritier de la puissance et des sentiments religieux de son père, entreprit, en 1020, de rétablir ce que le feu avait détruit. Il fut secondé dans celte louable entreprise par Hildebert , qui était alors abbé du monastère ; mais le duc Richard , voulant donner aux nouvelles constructions des proportions plus fortes et plus grandes que celles qui avaient été adoptées par son père , et le plateau situé au sommet du rocher qui avait servi de base aux constructions de saint Aubert, ensuite à celles de Richard I", ne pouvant être agrandi qu'au moyen de travaux d'art dont l'exécution offrait les plus grandes dillicultés au milieu de ces cimes de rochers, il est probable qu'on eût été obligé de se contenter des proportions suivies dans les premières constructions, si Hildebert n'avait eu l'idée grande et hardie d'augmenter la surface du plateau au moyen de fortes voûtes qu'il appuya sur dix gros piliers ou colonnes cylindriques, placés dans les parties basses et adjacentes à ce plateau. A l'aide de ces travaux remarquables , encore aujourd'hui d'une belle conservation, iJ fut possible au savant abbé de jeter les fondements, et de baser sur le sommet du mont, un édifice beaucoup plus grand et plus spacieux, que ceux qui avaient été élevés jusqu'alors.

La nef de l'église, remarquable par l'ancienneté de son architecture, n'a plus la longueur que Hildebert lui avait donnée : par la suite on enleva le portail et une partie de cette nef, pour agrandir le parvis qui se trouve à l'occident de cette église; et quelques années avant la révolution de 1789, on refit le portail qui existe maintenant, lequel se fait remarquer par le bizarre assemblage» des deux architectures grecque et romane. • Hildebert n'eut pas le bonheur de voir finir ce majestueux édifice dont il avait conçu le plan et commencé l'exécution avec autant d'habileté que de hardiesse; la nef n'était même pas totalement terminée lorsqu'il mourut. Son successeur, Raoul de Reaumont, acheva, vers 1060, ce superbe monument.

En 1103 , la voûte de l'église s'écroula et entraîna dans sa chute une partie des dortoirs. Dix ans après, la foudre ayant mis le feu à l'abbaye, tout fut détruit, à l'exception des grosses colonnes, des voûtes et des parties de l'église qui, par leur nature , ne purent devenir la proie des flammes. Roger, 11e abbé, fit réparer tous ces désastres vers 1122 : non-seulement tous les bâtiments furent relevés plus beaux et plus solides, mais il en fit construire de nouveaux.

Après avoir jeté un coup d'œil sur les gros piliers ou colonnes cylindriques qui soutiennent particulièrement le chœur de l'église, sur la nef de cette église, qui remonte, comme ces piliers, au commencement du xi" siècle, entrons dans cette belle salle des Chevaliers, construite un siècle plus tard, c'està-dire dans les premières années du xir. Son architecture appartient à l'époque connue sous le nom de Ja Transition: c'est la réunion des deux architectures romane et gothique. Quatre rangs de colonnes d'uu

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assez fort diamètre f et dont les chapiteaux

ornés de Irètles ne sont chargés d'aucunes figures grotesques , supportent une belle voûte, divisée en nombreux compartiments par des nervures saillantes et régulières, latiuelle supporte à son tour le joli cloître dont je vais bientôt parler.

Ces colonnes, belles et simples, donnent à celte pièce un aspect de force et de noblesse parfaitement en rapport avec son nom et les idées qu'on y attache. Je ne crois pas qu'il soit possible de trouver dans ce genre d'architecture un morceau plus complet , plus beau, et mieux conservé.

Le grand réfectoire des religieux , qui remonte vers 1216, est une des parties les plus remarquables de l'abbaye; on y trouve encore le mélange du roman et du gothique; celle pièce se fait principalement remarquer par ses larges proportions : elle n'a pas les détails et le Uni de la salle des Chevaliers; mais elle conserve, dans la simplicité de son architecture, un air de grandiose et de majesté qu'il est dillicile de ne pas admirer.

Les dortoirs, la bibliothèque et L'infirmerie, qui doivent avoir été construits vers cette époque de 1216, puisqu'ils sont du même style que l'ancien grand réfectoire des religieux, portent également ce cachet de grandeur qui caractérise le xme siècle, où l'architecture gothique atteignit rapidement un haut degré de magnificence.

Mais si la hardiesse, la grandeur et l'élévation de ses formes furent, aux xnr* et xive siècles, ses caractères dominants, il ne faut pas croire que cette architecture fût alors incapable de joindre à tout ce grandiose les détails pleins de grâce et de richesses qu'on s'appliqua à lui donner en liOO et 1500. •

Le cloître en est une preuve bien complète.

Ce fut vers 1220 que Raoul de Villedieu, 20e abbé du monaslère, commença ce cloître, qui ne fut terminé qu'en 1228. C'est un carré ou galerie quadrangulaire que forme un triple rang de colonnettes, qui sont d'un goût et d'un tini admirable : les unes sont en granit, en marbre granitelle et en tuf; les autres en stuc, composé de débris de coquilles.

11 serait dillicile, au premier coup d'œil, de donner une date positive et de préciser le style architectonique de cette jolie construction , où l'on trouve une légèreté, une beauté d'ensemble, un goût et un Uni dans les détails, qui sembleraient n'appartenir nullement à son temps. L'élégance des colonnettes isolées ou en faisceaux, le travail des voûtes en ogives, la délicatesse des nervures, et le tini des entre-ogives ornées de rosaces d'un travail très-riche et très-varié, sembleraient ne pas permettre de les faire remonter au delà du xv' siècle. 11 n'y a qu'en examinant avec beaucoup d'attention le travail des- chapiteaux , la grande variété des ornements et leur nature, les nombreuses rosaces, les qualrefeuilles, les trèfles arrondis et lancéolés , les feuilles de chêne et de lierre, qui entrent en diverses combinaisons

dans ces ornements , qu'on reconnaît la manière de faire du xm' siècle.

Pendant les temps, de douloureux souvenirs, qui suivirent la bataille d'A/.incourt, l'abbaye du Mont-Saint-Michel fut privée «lises revenus et se trouva presque sans ressources ; un manuscrit de 1420 dit qu'on fut obligé de vendre les effets les plus précieux du trésor « pour souldoyer gens d'armes ni icellt place à l encontre des Anglais. » On fut obligé d'abandonner les travaux de réparations, d'où il résulta de grands malheurs; entre autres , le chœur de l'église s'écroula en masse en 14-21. Mais, par suite de la bataille de Formigny, nos provinces ayant été délivrées de la présence de l'étranger , il fut possible au cardinal Destouteville , abbé du Mont, d'y entreprendre de grands travaux. Il jeta, en 1451 , les fondements du chœur qui existe maintenant , et il y travailla jusqu'à sa mort, qui arriva en 1482. 11 n'est pas étonnant qu'il ait mis un grand zèle à faire réparer cette abbaye , que son frère, Louis Destouteville, avait su défendre avec habileté et grande vaillance.

Le Mont-Saint-Michel, étant la seule place de la basse Normandie qui n'eût pas ouvert ses portes à l'armée anglaise qui occupait cetle contrée, devait s'attendre à être attaqué. Aussi le fut-il, le G juin 14-23, par celle armée commandée par le sire de Lesealle, et traînant avec elle , disent les mémoires du temps, «machines et gros engins de guerre.» Il eût infailliblement tombeau pouvoir de l'ennemi, sans le dévouement héroïque de 119 gentilshommes qui, au moment de l'attaque, s'y enfermèrent avec Louis Destouteville, capitaine du Mont. Ce noble dévouement ranima l'espoir et le courage des habitants, et fut couronné du plus grand succès. Les assiégeants parvinrent, disent encore les mémoires du temps , « à faire de larges brèches dans les murailles, et furent vertement repoussés dans les divers assauts qu'ils donnèrent.»

Et ces vainqueurs d'Azincourt, qui avaient traversé une partie de nos provinces sans rencontrer d'obstacles, furent arrêtés au pied des faibles remparts du Mont-Saint-.Michel. Après un long siège , dans lequel ils perdirent bon nombre de leurs soldats, ils furent obligés de se retirer en abandonnant leur artillerie. On voit encore aujourd'hui, à l'en trée du Mont, deux pièces de cette artillerie, que les habitants montrent avec orgueil, comme une preuve irrécusable de la vaillance de leurs ancêtres. Elles sont remarquables par leur forme et leur énorme grosseur.

La mort du cardinal Destouteville arrêta les travaux du nouveau chœur. Ces travaux languirent sous son successeur , et ce ne fut qu'en 1521 qu'ils furent achevés.

Cet éditice, qu'on mit 70 ans à construire, est remarquable par son élévation et par sou travail extrêmement léger, svelte et hardi.

MONOGRAMME. —L Nous trouvons fréquemment sur les monuments chrétiens des catacombes plusieurs monogrammes de Noire- Seigneur. Les deux plus rcmarquablccs so:u le £ {CM Ro) et Y alpha et Yoméga, a et a.

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Nous en avons déjà traité à l'article Catacombes et a l'article Lahaulm.

Notre-Seigneur dit de lui-même dans l'Apocalypse: Ego sum Alpha et Oméga, principium et finis. Les chrétiens n'ont pas trouvé de meilleur moyen pour le désigner, d'une manière cachée pour ceux qui n'étaient pas initiés, que d'employer les deu\ dernières lettres de l'alphabet grec. Ces deux lettres avaient pour eux une signification évidente : ils les comprenaient aisément, de même que Je symbole du poisson.

Consultons quelques-uns des plus anciens écrivains ecclésiastiques. Nous avo;is déjà cité l'Apocalypse, cap. i, vers. 8 : Ego sum A et n, primas et novissimus principium et finis, dicit Dominas. On lit encore au chapitre xxn, verset 13 : Ego sum A et a,primus et novissimus , principium et finis. Clément d'Alexandrie s'exprime ainsi au livre Ier, chapitre 6 du Pédagogue : Jurejustis lac Dominas pollicetur, utaperte verbum esse utrumque ostendatur, A et il. principium et fine m.

Tertullien dit sur le même sujet ( lib. de Polygamia, cap. 5) : Duas Grœciœ litteras summum et ultimam sibi induit Dominus, initii et finis concurrentium in se figuras; uti quemadmodum A ad il usque volvitur, et rursus il ad A replicatur, ila ut ostenderet in se esse et initii decursum ad finem, cl finis recursum ad initium : ut omnis dispositio in eum desinens, per quem capta est, per sermonem scilicet Dei, qui caro factus est,proinde desinat quemadmouum et cœpit.

Ce passage a été copié par saint Isidore de Séville dans sonlivre i" des Etymologies, chapilre 3.

Saint Epiphane déduit de ce passage et de ces deux lettres la double nature de Notre- Seigneur.

Origène en fait autant dans son Commentaire sur saint Jean (tom. 1er) :

Prudence , hymne ix, s'exprime ainsi:

Corde natus es parentis anle mundi exordium, Aly.ha et Q. cognominatus, ipse fons et clausulu Omnium, quœ sunt, fuerunt, quœquepost futurasunc.

On trouve plusieurs monnaies impériales marquées des lettres Alpha et Oméga. On peut consulter à ce sujet Gretzer, tom. 111; Lipse, lib. m de Cruce, cap. 15.

A l'occasion de ces deux lettres, un cer- Jain Marc et un certain Cola'barsus établirent leur hérésie sur l'alphabet grec. Tertullien dit à ce sujet, de Prœscript., cap. 50 : Non defuerunt post hos Marcus quidam et Colabar- %us, novam hœresim ex Grœcorum alphabeto tomponentes. JSegant enim veritatem si?ie istis posse litteris inveniri ; imo totam plenitudinem et perfectionem veritatis in istis litteris esse dispositam ; propter hanc enim causam Christum dixisse : Ego sum Alpha et Oméga.

Extrait d'un traité sur le monogramme du très-saint nom de Jésus, publié à Rome, en 17V7. — Dans ce traité curieux, l'auteur ne cherche pas à montrer les trésors mystérieux de grâce et de bénédiction qui sont enfermés dans le saint nom de Jésus, suivant le té-

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muignage unanime des saints Pères. Il se propose uniquement d'indiquer les ca7'act<'res dont les fidèles se sont servis pour marquer ou exprimer ce nom divin. En premier lieu, sur les vêtements des tigures des plus anciennes mosaïques, les lettres t, x, i et H, se rencontrent fréquemment. Bosio et Arringbi les expliquent de la manière suivante. Le t représente la croix, suivant un passage d'Ezéchiel (ix,i) ; le X est la forme moditiée de la croix, que I on a appelée plus tard croix de saint André; le I est la lettre initiale du saint nom de Jésus ; la même lettre en grec signifie le nombre dix. Or, Clément d'Alexandrie dit, sur le psaume xci, h- : « Pourquoi le luth à dix cordes ne signitierait-il pas le nom de Jésus, puisqu'il est désigné par la lettre qui signifie dix ? » Enfin, la lettre H est expliquée de la même manière ; c'est la lettre grecque Éta, qui représente aussi le saint nom. Les circonstances peuvent seules guider dans l'interprétation de ces caractères ou d'autres semblables. Nous devons ajouter ici que C'ampini et Buonarotti ne croient pas que ces lettres aient une signification. On peut consulter sur le même sujet Suarez, évoque de Vaison, de vestibus litteratis.

Quelques exemples très - anciens nous offrent les lettres m ensemble et reproduisant le nom de Jésus. Un, entre autres, au pied du tombeau d'une vierge, où l'on voit une ancre avec les caractères ni ± aoyah, c'est-à-dire ancilla Jcsu Christi, titre, selon la remarque de Boldetti , fréquent sur les tombes des vierges chrétiennes, dans les premiers âges. Arringhi a donné la gravure d'une pierre présumée antérieure au vir siècle, représentant le Christ donnant les clefs à saint Pierre ; au-dessus des deux personnages on voit les caractères ihc et iiet , surmontés d'un trait pour marquer une abréviation : on y doit donc lire ihcoyc et hetpoc, Ciiiustus et Petrus.

Il paraît , d'après un grand nombre de monuments antiques ou au moins antérieurs au ixe siècle, que saint Bernardin ne fut pas l'inventeur de ce monogramme au xve siècle, mais seulement l'auteur de la forme dans laquelle nous le voyons présentement. Le monogramme que l'on voit écrit en caractères gothiques 1HS , et entouré d'un cercle lumineux, avec des rayons éclatants, est entouré de cette inscription : In nomine Jcsu omne genu (lectatur cœlestium, terrestrium et infernorum.

On peut faire la remarque, d'après les monuments, que la dévotion au monogramme du saint nom était bien moindre avant le temps de saint Bernardin de Sienne qu'elle n'a été depuis. On peut consulter sur saint Dominique, qui, comme saint Bernardin, recommanda fortement la dévotion envers le monogramme, les Acta sanctorum des Bollandistes, tom. VII, pag. 477.

Les Grecs ont souvent abrégé le nom do Notre-Seigneur de la manière suivante IC. xc. Le savant Du Cange a traité de cette manière d'exprimer le nom de Jésus-Christ dans son livre de inferioris œvi Numismat., n° xxvm.

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Le monogramme du nom de la sainte Vierge est forint'' des lettres MA. MU. et AM, qui signifient Maria, Maria Regina, Ave

Mahia. On trouve quelquefois la lettre M seule pour désigner le nom de la sainte Vierge, et cette lettre était ornée d'emblèmes de toute espèce.

MONOGRAPHIE. —La description et l'histoire d'un monument en est la monographie, laquelle se complète par une série de dessins représentant le plan gèométral, les principales élévations et coupes de l'édifice. Aucun travail n'est plus utile que celui des monographies. C'est le meilleur moyen do parvenir à la connaissance approfondie de l'architecture du moyen âge. Les antiquaires anglais nous ont devancé dans l'étude approfondie de chacun de leurs grands monuments : ils ont publié à ce sujet un grand nombre d'ouvrages recommandablcs. Nous citerons, comme modèle du genre, le magnifique travail du docteur Miluer, évêque catholique de l'un des districts de l'Angleterre, sur la cathédrale de Winchester. Toutes les qualités de science, de critique, de style, se trouvent dans ce beau livre, comme dans tous ceux que nous devons à la plume de ce savant écrivain et de cet habile controversisle. Dans son Histoire de la cathédralr de Winchester, il a rendu service h l'histoire générale et è l'archéologie de la Grande-Bretagne, comme dans ses Lettres au docteur Sturges, et surtout dans la Fin de la controverse, il a rendu service à la cause du catholicisme.

En France, on a compris aussi le mérite et l'avantage des monographies. On s'est mis à l'œuvre, et le Comité historique des arts et monuments, voulant donner l'exemple, a publié la monographie de la cathédrale de Noyon et continue la publication de la monographie de la cathédrale de Chartres et celle de la statistique monumentale de la ville de Paris.

Les antiquaires ont également publié des monographies importantes. Les PP. Arthur Martin et Charles Cahier ont mis au jour la monographie des vitraux du xnr siècle de la cathédrale de Bourges : monographie justement estimée, dont les planches toutefois sont supérieures au texte. Nous avons publié, M. l'abbé Manceau et moi, une monographie des vitraux du xnr siècle de l'église métropolitaine d>. Tours : les dessins, trèsfidèlement exécutés, sont de M. J. Marchand, notre compatriote, membre de plusieurs sociétés savantes.

MONOLITHE, formé d'une seule pierre.

— Dans les églises du xnc siècle et celles du xm', on remarque de très-belles colonnettes monolithes. Les colonnes d'une seule pierre sont beaucoup plus rares, à moins qu'elles ne soient en granit, comme celles qui ornent Ja façade principale de l'église de Saint-Remi de Reims, ou en marbre, ou en une pierre fine et compacte.

MONOPEDICULÉS. — Les fonts monopédiznlés sont ceux dont la cuve baptismale est DicTioisN. d'Archéologie sacrée. IL

supportée sur un seul pédicule. Cette expression a été employée par M. deCaumont, dans sa classification des fonts baptismaux du moyen âge. Vog. Baptistkkr, Fonts.

MONOPTERE. — Espèce de temple chez les anciens, de forme ronde, et qui n'avait point de murailles ni de cella, mais seulement une coupole soutenue sur des colonnes

MONOSTYLE. — Un édifice monostyle est celui qui est entièrement construit dans un même style. Il n'exis'e qu'un très-petit nombre de monuments, rigoureusement parlant, qui soient monostyles. La plupart des édifices importants ont été construits à plusieurs époques, ou changés, modifiés, augmentés, restaurés, suivant des idées différentes de celles qui ont présidéà leur érection. 11 ne faut jamais oublier cette observation , quand on étudie quelqu'une des constructions les plus considérables du moyen Age, et qu'on veut déterminer l'âge de chacune des parties. A0ir autrement, ce serait s'exposer a commettre des fautes graves de chronologie archéologique.

MONSTRANCE.— Monstranceesl l'ancien mot français qui a été remplacé depuis par celui d'ostensoir. C'était, dans l'origine, une espèce de ciboire ou de pyxide transparent, dans lequel on plaçait la sainte eucharistie exposée à l'adoration des fidèles. L'usage des monstrances n'est pas très-ancien. 11 est impossible, il est vrai, de préciser l'époque où commença la coutume d'exposer le Saint- Sacrement, et par conséquent de se servir de monstrances proprement dites ; mais comme la procession solennelle de la Fête-Dieu ou du Corpus Domini ne fut instituée qu'à la fin du xnc siècle, et que le Saint-Sacrement y était d'abord porté dans un ciboire fermé, il n'est pas probable que les monstrances aient été introduites avant le xive siècle, et même généralement usitées avant le xv' siècle. La forme primitive de ces vases sacrés a varié considérablement. La première aura été vraisemblablement celle d'une petite tour de métal précieux, avec quatre ouvertures garnies de verre ou de cristal. Les Célestins de Marcoussy, en France, possédaient jadis un Missel manuscrit, écrit en 1374, dans lequel la lettre initiale D, qui se trouvait au commencement des prières de la Fête-Dieu, contenait une miniature représentant un évêque portant le Saint-Sacrement dans une tour du genre de celle dont nous parlons, accompagné de deux acolythes portant des cierges allumés.

Il y eut des monstrances en forme de statuettes représentant divers personnages.

L'abbé Thiers fait mention d'une nions- Lrance de celte espèce, qui appartenait à l'église paroissiale deSainl-Me:iechoii,enCliampagne, dans l'année li8G. Elle consistait eu une image de saint Jean-Baptiste, montrant du doigt l'Agneau qu'il tient sur son bras. Cet agneau était le ciboire, et il y avait quelques petites ouvertures garnies de cristal.

Il y avait des monstrances en forme de croix. On en trouve une de cette espèce mentionnée dans l'inventaire des ornements

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de la cathédrale de Paris, en li38. « Item, une croix d'argent doré que soutiennent deux anges, pesant en tout 12 marcs, en laquelle on porte le corps de Notre-Seigneur au jour du Sacrement, que donna M. Gérard de Montagu, chanoine, et depuis évêque de Paris. »

Plusieurs monstrances consistaient en un large tube de cristal fixé sur un pied en métal, et surmonté d'un riche dais ou baldaquin. Cette forme fut communément usitée au xv siècle, et on en possède des modèles charmants sous le rapport de l'élégance, de la légèreté, de la richesse de la matière et du fini du travail.

La forme des monstrances modernes est un soleil rayonnant au centre duquel est une espèce de pyxide. Cette forme de monstrance ou d'ostensoir est commune depuis le xvne siècle : on en trouve des modèles dès le xvi* siècle. Thiers cite un Graduel manuscrit, appartenant d'abord à la Sainte- Chapelle de Paris, écrit sous le règne de Louis XII, mort en 1515, dans lequel une miniature représente une procession duSaint- Sacrement : l'hostie est placée dans une monstrance en forme de soleil.

Les honneurs extérieurs et solennels rendus à Notre-Seigneur dans la sainte eucharistie ont toujours été attaqués avec violence par les protestants, et leurs objections s'appuient surtout sur la pratique de l'Eglise primitive. Mais ils oublient que l'Eglise catholique, dirigée par l'Esprit-Saint, introduit des pratiques nouvelles quand la foi attaquée par les hérétiques doit être manifestée publiquement et solennellement. Ainsi, l'élévation de l'hostie à la messe n'eut lieu qu'après l'hérésie de Bérenger, et les processions solennelles du Saint-Sacrement ont été prescrites en expiation des blasphèmes et des sacrilèges des hérétiques modernes.

MONTÉE DE VOUTE. — La montée d'une voûte, c'est la hauteur d'une verticale abaissée du milieu de la douelle d'une clef de voûte, sur la ligne qui passe par les deux naissances de sa courbure.

MONTIER, Monstier ou Moutier. — Ce mot a vieilli et signifie un monastère ou une église, quelquefois une église cathédrale, quand le chapitre était composé de chanoines réguliers. Originairement on appelait monstier ou moutier, chaque cellule de moine, comme on voit dans saint Jérôme', saint Athanase et Cassien. Depuis, ce mot s'est étendu à l'ensemble de la communauté. En Allemagne, on appelle encore munster les grandes églises autrefois desservies par des moines. En Angleterre, beaucoup de cathédrales sent appelées minster, pour la même raison. Yoy. Abraïe, Abbatiale, Monastère.

MONT-JOIE.— Dans le principe, en France, on appelait monts-joie des tertres, naturels ou factices, qui servaient d'indication aux passants pour les diriger dans leur chemin. Les païens avaient consacré cette coutume, en l'honneur deMercure qui présidait aux grands ehemins, suivant la mythologie. Les chrétiens oui sanctifié cette coutume en érigeant des

croix sur ces monticules. C'est ce qui explique pourquoi on rencontre fréquemment des croix sur des tertres de gazon, à l'embran-t chement des chemins. Cet usage s'est conservé, dans nos campagnes,. jusqu'à nos jours.

Il paraîtrait, d'après plusieurs auteurs, que les monts -joie ne seraient pas autre chose que ce que les antiquaires modernes appellent tombelles ou tumulus. En plusieurs circonstances, en effet, on les voit désigner sous le nom de Mont-joie le terlie de terre ou de pierre, recouvert d'herbe, que l'on élevait sur la tombe d'un chef, d'un général, ou d'un autre personnage distingué. Chaque soldat, dans ces cérémonies funèbres, apportait une pelletée de terre , et alors le tertre funéraire était d'autant plus haut que le nombre des soldats était plus considérable.

Chacun sait que jadis Mont-joie saint Denis était le cri de ralliement des Français à la guerre. Les ducs de Bourgogne criaient Mont-joie saint André, parce qu'ils avaient la croix de saint André sur leurs drapeaux ; les ducs de Bourbon , Mont-joie Notre-Dame , et les rois d'Angleterre Mont-joie Notre-Dame, saint Georges.

MONUMENT. — Dans le langage archéologique, un monument est un objet antique propre à donner des renseignements sur l'histoire ou les arts. On applique ce nom, non-seulement aux constructions d'architecture, mais encore aux statues, sculptures , médailles, pierres fines gravées, etc., qui remontent à une époque reculée. Yoy. Antiquités, Archéologie.

MORESQUE. — L'architecture moresque, dont YAlhambra peut être regardé comme l'expression la plus complète, a exercé quelque influence sur les monuments chrétiens de l'Espagne. On peut consulter à ce sujet le grand ouvrage intitulé : L'Espagne artistique et monumentale , le texte en espagnol et en français, par MM. Villa-Amil et Patrizio de la Escosura. On y voit plusieurs monuments religieux très-intéressants où l'art moresque a laissé des traces évidentes. Il en est de même de certains édifices civils, élevés sous la même direction artistique. Nous avons mis à la fin du volume le dessin d'une ancienne porte, située près de celle de Visagra, à Tolède, comme un spécimen des curieuses modifications introduites par le style moresque dans l'art de bâtir. ( Voy. fig. à la fin du vol.)

MORTIER. Yoy. Ciment.

Le mortier est un mélange de chaux et de sable; on l'appelle ciment quand le sable est remplacé par de la brique pilée. 11 sert à unir solidement les pierres entre elles, et à les poser sur des assises horizontales, de manière à ce que les angles de l'appareil ne soient pas en contact et n'éclatent, point. Le mortier bien préparé acquiert promptement la dureté de la meilleure pierre. Les anciens excellaient dans l'art de préparer le mortier. Il en fut de même au moyen âge. Aussi les constructions anciennes sont-elles, sous ce rapport, fort remarquables, et propres à servir de modèles aux constructeurs modernes.

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Les anciens ont quelquefois réuni leurs appareils, sans faire usage de mortier. C'ot ce qui eut lieu dans les constructions dites pélasgiques ou cyclopéenncs. Cela se pratique encore dans l'assemblage des pierres qui formaient les tambours des hautes colonnes : les surfaces en contact en étaient préalablement usées par le frottement, de manière à s'adapter ensuite aussi exactement que possible.

Nous avons eu l'occasion de dire déjà que les épaisseurs des joints des appareils pouvaient servirde caractère archéologique, surtout dans les monuments antérieurs au xi° siècle, ou des premiers temps de ce môme siècle. Le mortier y est saillant entre les appareils et d'une dureté extraordinaire.

11 faut ajouter que la nature des différents mortiers employés dans les constructions ne saurait guider l'antiquaire dans ses appréciations dans une contrée déterminée. La variété des matériaux a suivi communément celle du sol lui-même.

MOSAÏQUE.— I. La mosaïque, suivant l'acception la plus générale de ce mot, est un ouvrage dans lequel, à l'aide de matières solides et colorées, soit naturelles, soit artificielles, on parvient à rendre, par les formes et les couleurs, l'image de tous les objets de la m.ture.

Les pierres, les marbres et les pâtes de verre, ont été chez les anciens les matières le plus ordinairement employées dans ce travail. C'est de la disposition et des différentes grandeurs de ces éléments, ainsi que de la diversité des procédés par lesquels on les met en œuvre, que sont venues les dénominations au moyen desquelles on a distingué dans la mosaïque trois espèces ou trois genres principaux.

La première espèce de mosaïque, nommée opus tesscllatum, servait de pavé dans toute sorte d'édifices : elle était composée de petits cubes ou dés, de figures et de proportions à peu près égales, le plus souvent d'une lave azurée et d'une pierre blanchâtre, telle que le travertin : cette mosaïque n'offrait communément que ces deux couleurs. Mais dans les temples et dans les palais des grands, elle était formée de petits fragments de pierre ou de marbre de couleurs très-variées, et même do porphyre, de granit, de serpentin et d'autres matières précieuses.

Ces pierres étaient taillées en portions plus ou moins grandes, présentant des cariés, des ronds, des triangles et des polygor:< s de toute espèce, combinés de manière à produire des compartiments agréables à la vue. On voit de ces magnifiques pavés à Rome, dans les églises de Sainte-Marie in irasteverc, de Sainte-Marie in Cosmedin, de Sainte-Croix in Hierusalcmmc; etc., etc.

La seconde espèce de mosaïque s'appelait opus sectile. Elle était composée de marbres d'une seule couleur, ou de deux couleurs seulement, sciés en feuilles ou plaques minces ; on les taillait suivant le dessin qu'on voulait exécuter; puis on les incrustait dans

un marbre d'une couleur différente, de manière à former ou des compartiments de formes régulières, ou des représentations d'hommes, d'animaux, de feuillages, etc.

Cette espèce de marqueterie en marbre s'employait pour les pavés ou pour les revêtements des murs.

La troisième espèce était appelée opus vermiculatum, à cause de la petitesse des fragments de marbre ou de pâtes de verre dont on la composait, de la variété de leurs nuances, et surtout de leurs figures, qui n'étaienl pas toujours carrées, mais adaptées aux contours des objets qu'elle devait rendre. Elle était souvent employée à orner les voûtes et les parties supérieures des édifices, parce qu'elle ne les chargeait pas trop.

Mais l'emploi le plus important de la mosaïque dite opus vcrmiculatum, consistait, dès les siècles les plus reculés, à former de grandes compositions représentant des traits historiques ou fabuleux.

C'était par ce choix et cette disposition des matières dont elle se composait, que cette espèce de mosaïque était devenue la rivale de la peinture, et qu'tlle formait de véritables tableaux. C'est aussi par cette raison que nous en classons les productions parmi les monuments qui peuvent servir à l'histoire de la peinture, et peut-être même aurait-elle droit d'y prendre la première place sous le rapport de l'ancienneté.

Le luxe asiatique s'empara de bonne heure de l'usage des mosaïques | our décorer les palais et les maisons de plaisance. On trouve dans le livre d'Esther, au sujet d'une fête qu'Assuérus donnait à sa cour, le passage suivant : Lectuli quoque aurei et argentei, super pavimentum smaragdino et pario strotum lapide, dispositi erant, quod tnira varietale piclura decorabnt. (Cap. i, vers. 6.)

Les mosaïques sont une importation grecque. La marqueterie que Pline appelle genus pavimenti grœcanici, se composait de fragments de marbre, de porphyre et d'autres pierres, enchâssés les uns dans les autres, et formant diverses figures géométriques. Les Grecs de Byzance ont exécuté une énorme quantité de ces pavés, auxquels on a donné le nom d'opus grœcum. Il est certain qu'on en a confectionné beaucoup dans ce système en Italie, au moyen âge ; on en retrouve, en effet, dans une foule d'édifices. Pour la décoration des murs, c'était un autre système. Des pièces de marbres turent encadrées dans des bordures formées de parcelles de porphyre, de serpentine, dorées, puis recouvertes d'une feuille de verre. On voit de ces mosaïques aux trônes des évoques, aux ambons, sur les frises et les corniches. Ces ornements, faits à Constantinople, se répandirent en Orient et en Occident ; on en voit dans un grand nombre d'églises en Sicile et en Italie.

Ciampini attribue l'invention de la mosaïque en émail aux Persans, qui enseignèrent cet art aux Assyriens, d'où il passa aux

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Grecs et aux Romains. Mais ce furent les Byzantins qui réussirent à donner au verre transparent ou opaque la plus grande variété de nuances. Ils taisaient ainsi dos dessins qui brillaient d'un grand éclat. Cette espèce de mosaïque, composée de cubes de verre émaillés, fut employée surtout pour décorer les murs intérieurs, les absides, les archivoltes des grandes arcades et les pendentifs des coupoles. En Italie, on a été même jusqu'à les placer à la façade des églises. Nous savons, d'ailleurs, par Anastase le Bibliothécaire, que l'on faisait venir d'Orient des ouvriers mosaïstes pour orner les édifices.

La mosaïque s'introduisit de bonne heure dans nos monuments religieux. Elle est désignée dans les écrits des auteurs ecclésiastiques sous le nom d'opus musivum, musaicum, opus tessellatum, opus vermiculatum. Dès l'époque de Constantin, l'art chrétien accepta la mosaïque comme élément principal de la décoration des basiliques. La mosaïque prit alors un immense développement : les murs des temples élevés par Constantin et ses successeurs dans la nouvelle capitale de l'empire, en furent recouverts. Les Grecs enrichirent cet art de nouveaux procédés, et, passionnés pour le luxe, ils imaginèrent d'introduire des feuilles d'or et d'argent sous des cubes de veire, qui jetaient dans les grandes compositions des mosaïstes un éclat et une richesse jusqu'alors inconnus. (Consultez à. ce sujet la Diversarum artium schedula, du moine Théophile, lib. ii, cap. 15.)

La dureté et L'inflexibilité des matières colorées que la mosaïque emploie ont garanti une longue durée à ses productions, dont les teintes ne peuvent subir d'altération sous l'influence du temps, du soleil ou de l'humidité. Par ces qualités, elle a acquis un caractère éminemment historique, en transmettant avec fidélité les types et les origines, et est devenue, dans les temples chrétiens où elle a été conservée, une véritable tradition figurée pour les rites et les costumes. On peut ainsi, dans les mosaïques comme dans les miniatures des manuscrits et dans les vitraux peints, étudier l'histoire de la peinture pendant les premiers siècles du moyen âge. L'église de Saint-Marc, à Venise, avec ses mosaïques, est encore un musée incomparable, dans lequel il est facile de suivre les diverses transformations de l'art, à partir du xie siècle.

En se restreignant à imiter la peinture, la mosaïque dut chercher à améliorer ses procédés. Aux petites pierres de plusieurs couleurs, aux cubes de verre rapprochés les uns des autres, elle substitua des émaux colorés, réduits en filets variés dans leurs formes et dans leurs grosseurs, dont les nuances ont été portées jusqu'au nombre de dix mille. A l'aide de ces émaux, elle parvint à obtenir toutes les couleurs et à produire toutes les

demi-teintes, toutes les dégradations de tons et toutes les transitons. Soutenue pai d'aussi puissants moyens d'exécution, la mosaïque, vers la fin du xvn' siècle, reprit une faveur immense, qui la conduisit rapidement à la perfection. Alors elle rendit h l'art de nouveaux et d'importants services, par la reproduction des chefs-d'œuvre des grands maîtres. Les papes, en faisant reproduire en mosaïque, dans la basilique de Saint-Pierre, à Rome, les plus beaux tableaux du Vatican, leur ont assuré l'immortalité.

MOTTE. — On appelle motte un tertre naturel ou factice, sur lequel on avait établi, au moyen âge, le donjon d'un château. La motte est désignée en latin sous les noms de colliculus, collis, clivus, acervus, mota. De là vient que plusieurs châteaux , en France, ont conservé le nom de La Motte. H faut bien se garder de confondre les mottes féodales avec les tumulus ou tombelles druidiques.

MOUCHARABY.— Sorte de balcon fermé, percé de mâchicoulis, et ordinairement placé au-dessus d'une porte pour en défendre rentrée. Les premiers moucharabys sont généralement très-simples; mais on en voit du xvc siècle dont l'ornementation est élégante. {Voy. la fig. à la fin du vol.)

MOUCHETTE. — On appelle quelquefois mouchette le larmier de la corniche, ou plutôt le rebord du canal tracé sous son softite, ainsi que le filet ou listel qui couronne un talon ou un quart de rond. Voy. Listel.

MOULURES. — I. Les moulures sont des ornements creux ou saillants, qui décorent certaines parties des éditices, et dont l'assemblage forme les corniches, les impostes, les chambranles, les bases des colonnes et des pilastres, etc., etc.

On divise les moulures en droites, courbes et composées.

Le filet, réglet, bandelette, listel ou listeau, est une petite moulure dont le profil est cane. {Voy. les fig. à la fin du vol., fig n° 1.)

Le bandeau ou plate-bande est un filet, d'une largeur beaucoup plus grande que la saillie ; fig. n° 2.

Le larmier est encore un filet, mais de grande dimension; fig. n° 3.

Le quart de rond ou échine est une moulure convexe formée du quart de la circonférence du cercle; fig. n° k.

Le cavet est une moulure concave for mée d'un quart de cylindre, mais creux; fig. n° 5. *

Ue congé n est qu un petit cavet; fig. n° b.

Le tore ou boudin est une moulure ronde et saillante, formée d'un demi-cylindre; tig. n" 7.

La baguette n'est qu'un petit tore; fig. n" 8.

La gorge est une moulure concave, formée d'un demi-cylindre, mais creux; tig.

Le talon est une moulure convexe et concave, formée d'un quart de rond et d'un 6.»vet ; fig. n" 10.

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La douetne est une moulure aussi convexe ot concave; elle est formée des mômes parlies que le talon, mais en sens inverse;

La scotie est une sorte de gorge dont le profil est décrit de deux centres, situés sur une môme horizontale; fig. n° 12.

La bravette ou tore corrompu est une moulure convexe, dont le profil est décrit de deux centres: c'est exactement le contraire de la

sentie; fig. n° 13.

Chaque moulure courbe ou corn osée peut, en outre, être renversée, ou aplatie, ou recreusée, suivant la position des centres, d où sont décrites les courbes formant le protil.

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