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bâtie par un abbé de l'abbaye normattrié du Hcc, le célèbre Lanfranc, lorsqu'elle fui reconstruite en 1174. Une chroniqiie contem- [toraine nous apprend que l'on convoqua des architectes français et anglais; qu'un certain Guillaume de Sens, célèbre par ses travaux précédents, fut choisi après un concours, et commença le chœur de l'église dans un système nouveau pour l'Angleterre. (De combustione et réparât ionc Dorolornensis ecclcsiœ, par (iervais , moine de Cantorbéry.) On lit dans celle chronique les passages suivants :
Convocati sunt artifices Franci et Angli
Senonensis, Willelmus nomine , vir aamodum strcnuusin ligno et lapide, ûrtifex SUbliliSsi-
mut Hune, cœteris omissis, pf opter vivaci-
tatem ingenii et bonam famam in opus susce-
perunt Quœ omnia nobis et omnibus ea
ridentibus incomparabilia et lande dignissima ridebanlur.
Il est bien simple, après tout, que les Normands d'Angleterre, qui employaient encore au temps de saint Louis des émailleurs de Limoges, aient demandé longtemps des architectes à leur ancienne patrie ; mais comment, en Italie, des artistes français et du nord de la France étaient-ils appelés à tracer le plan du monument ogival le plus vaste, le plus imposant du pays, la cathédrale de Milan? Tous les architectes de ce célèbre édifice sont connus, depuis le premier jusqu'au dernier. Dès la seconde année des travaux Philippe Bonaventure de Paris devenait maître de l'œuvre, et conservait la maîtrise pendant huit ans, jusqu'à ce que des événements politiques le fissent exiler de l'Italie, ainsi que les autres Français qui travaillaient sous sa direction. Avant cette époque, un autre maître français, nommé Hardouin, commençait l'église de Sainte- Pétronne de Bologne.* Ce sont de tels artistes qui ont fait connaître à l'Italie la belle architecture ogivale.
En Allemagne même, nous trouvons des monuments d'origine purement française.
L'église collégiale de Winipfen-en-Val, près d'Heildelberg, fut construite entre les années 1263 et 1278. Dans urte chronique contemporaine, le doyen de cette collégiale dit expressément que son prédécesseur chargea de cette construction un architecte nouvellement arrivé de la ville de Paris, en pays de France, auquel il recommanda de bâtir la basilique en ouvrage français , opère francigeno. ( Dusomraerard , Les arts au moyen âge, chap. 5, pag. 35.) Ces dernières expressions ne contiennent-elles pas l'aveu de l'origine française de l'art ogival?
La conclusion du travail de M. de Verneilh, c'est que le berceau de l'art ogival se trouve dans le nord de la France, c'est-à-dire dans les provinces de Sei;s, de Keirns et de Rouen. On peut y ajouter celles de Tours et de Bourges. Le savant antiquaire proteste d'ailleurs contre tout vain sentiment d'orgueil national, et repousse énergiquement toute pensée de partialité, dans cette question d'origine. « Je n'oublie pas, dit-il en finissant, que toute la chrétienté, au temps où jo Dk.tio^n. d'Archéologie sacrée. II.
me suis placé, ne formait en réalité qu'une nation, n'avait qu'une vie, ne poursuivait qu'un seul grand but politique. Dans une confédération , ce que l'un possède est la propriété de tous; ce que l'un a trouvé fait la gloire de tous les autres. C'est, avant tout, à la civilisation chrétienne qu'appartient l'architecture ogivale; s'il est vrai qu'elle soit née en France, elle n'en est pas moins nationale en Allemagne et en Angleterre. »
Opinions des auteurs de la Renaissance italienne sur l'architecture ogivale.
Nous commencerons à citer, à ce sujet, le plus ancien et le plus respectable des écrivains modernes qui ont traité de l'architecture, L. B. Alberti.
Lorsque, par son traité De re œdificatoria, ce grand homme opéra la réforme de l'art (c'est d'Agincourt qui parle), et donna dans les édifices élevés sur ses dessins des modèles propres à favoriser le retour vers l'architecture antique, il ne méconnut point ce que l'architecture dite gothique a de louable quant à sa magnificence. Chargé d'élever l'église de Saint-François à Bimini, il s'opposa à la destruction de ce qui était déjà construit dans ce système. Il disait, à l'occasion des fenêtres qu'on y voit encore : Apertiones fenestrarum in templis oporlet esse modicas et sublimes, unde nihil prœter
cœlum spectes Ilonor qui ex umbra exci-
tatur, natura sua auget in animis vencralionem (lib. vu, cap. 12).
Cette opinion du premier des maîtres de l'art renaissant est devenue celle des artistes et des écrivains les plus judicieux. Ds ont tous apprécié ce que l'architecture gothique a de propre à produire des impressions profondes et religieuses.
Muratori, dans sa 2i" dissertation, quia pour objet les arts de tout genre en Italie, au moyen âge, trouve dans ces édifices una veneranda maestà e magnificenza.
Parmi les écrivains les plus récents, Milizia s'exprime, à cet égard, dans les termes les plus forts, au chap. 18 de ses Principes d'architecture civile (Finale, 1781, 3 vol. in*4", tom. II), traité qui est le meilleur de ses nombreux ouvrages.
Nos auteurs classiques, tels que Laugier, en ont parlé de môme (chap. k). François Blondel, au chap. k de son Cours d'architecture , s'exprime ainsi : « Qu'on y prenne garde , certaines églises gothiques ont une ordonnance dont le caractère sacré ramène l'homme à Dieu, à la religion, à lui-môme; » et au chap. 8 il invite à en imiter les beautés, notamment celles des églises de Bcims, de Sainte-Croix d'Orléans, de Saint-Ouen de Bouen.
En Allemagne, plusieurs écrivains ont pris soin de publier des descriptions et des gravures des belles églises do Vienne , de Mayence , de la magnifique cathédrale de Cologne , et de celles de plusieurs autres villes. François Ilaush, dans son ouvrage intitulé : Elementa architecturœ, etc., Budae,
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1779, vante l'art de bâtir dans le style gothique; la magnificence des temples de ce genre | magnifiais splendor) excite son admiration. Les Espagnols ont souvent témoigné éprouver les mêmes sentiments. L'auteur de l'ouvrage sur la marine, le commerce et les arts de Barcelone, intitulé : Memorias historicas, trouve dans la cathédrale de cette ville, bâtie .•il 1298, d'ordre qu'il appelle gothique, de la solidité, de la magnificence, de l'élégance, et il ajoute : « La arquitecture gotica imprime cierto génère de tristeça delksiosa que recoge el animo en la contemplacion. » Les Anglais surtout ont déployé beaucoup d'enthousiasme en parlant des monuments d'architecture ogivale. Ce sont eux les premiers qui ont cherché à généraliser les observations sur la marche et les développements de l'architecture au moyen âge.
Leurs essais ont été surpassés depuis par les Français; mais c'est déjà un mérite qui n'est pas sans gloire que d'avoir ouvert la voie. Bentham, dans son bel ouvrage intitulé : The history and antiquies of the convenlual and cathedra! Church ofEly, London, 1771, grand in-k°, à la section G de l'introduction, explique le sens que l'on doit attacher à la dénomination d'architecture gothique, et il entreprend de déterminer les différentes époques de cette architecture en Angleterre.
Classification du style ogival. — L'architecture ogivale a produit une foule d'édifices durant la plus belle période du moyen âge. Mais cette architecture ne resta pas stationnaire. Elle subit différents changements , jusqu'au xvie siècle, qu'on la vit décliner et disparaître. Ces diverses modifications forment autant de caractères qui servent à faire reconnaître les monuments et à les classer chronologiquement. Le style ogival comprend trois époques distinctes. La première époque embrasse le xme siècle : c'est le style ogival primitif ou à lancette; la seconde époque embrasse le xive siècle : c'est le style ogival secondaire ou rayonnant; la troisième époque embrasse le xve siècle et le commencement du xvie : c'est le style ogival tertiaire ou flamboyant. Voy. Classification.
Pour la description détaillée des caractères de chacune de ces trois grandes époques qui remplissent la période ogivale, voy. Flaiuuoyant (Style ogival) ; Lancette (Style ogival à) ; Rayonnant (Style ogival).
Renaissance du style ogival. — Depuis plusieurs années, nous sommes témoins, en France, d'une véritable renaissance de l'architecture ogivale. On a bâti dans le style ogival des églises de grande dimension , comme Notre-Dame de Bon Secours, près de Rouen; l'église paroissiale de Donzy, dans le diocèse de Neverâ, etc. On a même construit des châteaux dans ce style ogival qui précéda ou accompagna la Renaissance française, comme le château de Comacre, dans le département d'Indre-et-Loire. Mais l'ap-
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plication la plus convenable de ce style éminemment religieux se fera toujours à l'érection des monuments ecclésiastiques. L'art ogival est un art national, c'est vrai; mais il y a de grandes difficultés, pour nos architectes modernes, des difficultés presque insurmontables chez nous, à construire les monuments civils dans un style du moyen âge. En Angleterre , les mêmes obstacles n'existent pas. On y a de beaux modèles sous les yeux , et le goût est dirigé de ce côté-là depuis de longues années.
11 suffisait que la réhabilitation des arts au moyen âge fût complète, pour que l'on travaillât à les faire revivre de nos jours. Il n'est donc pas surprenant, après les remarquables ouvrages qui ont été publiés sur l'archéologie, sous diverses formes, avec plus ou moins de luxe, mais tous remplis du même esprit, que la pensée ait été tournée vers la reproduction des œuvres que l'on admirait. C'est à cela que nous devons la restauration de la peinture sur verre, à laquelle nous devons déjà tant de belles compositions qui font l'ornement de nos églises, et celle de l'architecture du xine siècle. Chez nous, en effet, les architectes , versés dans les études archéologiques et cloués d'un grand sens pratique, ont préféré le style ogival primitif a tous les autres : en Angleterre, c'est le contraire; on préfère, dans ce pays, le style ogival tertiaire, le style perpendiculaire anglais.
Tous les amis des arts chrétiens ne peuvent qu'applaudir à ce mouvement heureux vers des âges mieux inspirés que le nôtre. Nous y applaudissons vivement, et nous espérons que ce triomphe sera le présage d'un triomphe plus désirable encore, c'est-àdire celui de la foi vive qui a jadis présidé à l'exécution de tant de chefs-d'œuvre, de cette foi qui vivifie les sociétés humaines, sans laquelle, quoi qu'on fasse, il ne saurait y avoir de salut en ce monde et en l'autre. Nous aurions à faire un catalogue interminable, si nous voulions nommer toutes les églises nouvelles, bâties en style ogival. Nous avons déjà nommé la grande et belle église de Notre-Dame de Bon Secours, près de Rouen. C'est un édifice important, d'une belle ordonnance , d'un style étudié, d'un excellent effet. M. Barthélémy de Rouen en a été l'architecte. L'église de Saint-Nicolas de Nantes, en voie d'exécution et déjà fort avancée, sera une belle église. M. Lassus en est l'architecte. A Tours, M. Guérin , architecte de la cathédrale , a fait construire la chapelle du petit séminaire dans le style le plus pur du xme siècle. On doit au même architecte les églises paroissiales de Savigny-en Verron et de Saint-Patrice-sur-Loire, au diocèse de Tours. Au Mans, M. l'abbé Tournesac, prêtre et architecte, construit la grande église de Sainte-Croix, près du Mans; il construit également une église à Longue, près de Saumur, ainsi que plusieurs autres édifices dans les diocèses du Mans, d'Angers, de Poitiers et de Luçon. Dans le diocèse de Nevers, sous l'impulsion de Mgr Dufètre et celle de
M. l'abbé Crosnier, plusieurs édifices d'un bon style ont été récemment construits, etc., etc. Comment n'aurions-nous pas bon espoir
pour l'avenir? Pourquoi ne dirions-nous pas : L'avenir est à nous?
OLIVE. — Ou appelle olive un petit ornement d'architecture, taillé en forme de grains oblongs et enlilés sur les baguettes et astragales, ou dans les cannelures.
OLIVIER (Fkoilu »'). —Les anciens ont s; m vent orné de feuilles d'olivier les chapiteaux corinthiens. On en connaît des modèles antiques de la plus grande élégance. Ces feuilles ont été fréquemment imitées , au xii' siècle, pour l'ornementation des chapiteaux. Il arrive parfois que les profils des feuilles soient un peu altérés, mais on les reconnaît cependant assez aisément, et l'intention d'imitation est évidente.
ONDE, ONDE, ONDULÉ. — On désigne sous le nom d'onde, en sculpture, les sinuosités, ou lignes qui serpentent. Le tore ondule ou nébule se voit assez souvent dans les archivoltes romano-byzantines.
OPUS. — L'opus alexandrinum est une espèce de mosaïque formée de marbres de ditlérentes couleurs , de porphyre, etc. — L'opus grœcum est un pavé en marqueterie, et aussi une espèce de mosaïque. Voy. Mosaïque. — Opus insertwn, opus reticulatum, etc., etc. Voy. Appareil.
ORATOIRE. — Un oratoire est une petite chapelle, ou lieu particulier d'une maison, où il y a un autel, un tableau, une image, et où ou peut prier en son particulier et sans cérémonie extérieure. D'après le droit ecclésiastique, chacun peut se faire un oratoire dans sa maison; mais personne ne peut avoir une chapelle où l'on dise la messe, sans la permission de l'ordinaire.
On a commencé à appeler Oratoires les petites chapelles qui étaient jointes aux monastères, où les moines faisaient leurs prières avant qu'ils eussent des églises, et depuis ce mot a été employé pour désigner les autels ou chapelles qui étaient dans les maisons particulières, et môme les chapelles bâties à la Campagne qui n'avaient point droit de paroisse. Fleury, dans son Histoire, ecclésiastique, liv. lix, mentionne uneConstitution u'Alexis, patriarche de Constantinople, faite en 1027, qui condamne l'abus des oratoires domestiques, où les personnes puissantes affectaient de faire sonner, d'assembler le peuple, de célébrer l'office et même les baptêmes, sous prétexte qu'on y avait planté une croix de l'autorité du patriarche ou de Tévôque.
Au vi* siècle et au vu', on appelait souvent oratoire une église placée dans les cimetières, et qui n'avait ni baptistère. comme les titres ou églises titulaires, ni office public; c'étaient comme des chapelles. L'évÔque y envoyait un prêtre, quand il jugeait à propos d'y faire célébrer la messe, il y avait même dès ce temps-là, comme à présent, des oratoires dans les maisons particulières. Saint Grégoire, lib. x, epist. 12,
reprend Jean, évèque de Syracuse, d'avoir défendu de dire la messe chez le patrice Aenance , à cause d'un différend qu'ils avaient ensemble. Enfin, quelques oratoires avaient un prêtre cardinal pour y célébrer la messe, quand le fondateur le desirait, ou quand le concours des fidèles le demandait. C'étaient comme de moindres titres , dit Eleury.
Les chantrenes attachées aux grandes églises ont quelquefois été désignées sous le nom d'oratoires. Voy. Ciiantreries.
ORDONNANCE.— L'ordonnance d'un édifice, c'est la disposition des principales parties. Il y a, dans une église, à observer l'ordonnance architecturale et l'ordonnance liturgique. Voy. Harmonie et Disposition