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terre vernissée sur lesquels sont peints, en émai , des ornements très-anciens et qu'on peut attribuer à l'époque de Suger.
Les spoliations de 1793 firent disparaître de cette église de grandes plaques de métal qui couvraient une partie du sol auprès des sépultures de Philippo -Auguste et de plusieurs autres princes.
Voy. Carreaux.
Il serait difficile de prendre une idée plus complète et plus exacte des beaux carrelages d'ornementation du moyen âge qu'en lisant le passage suivant, tiré de V Histoire' de la ville , cité et université de Reims, par dom Marlot, tom. II, pag. 5i2 et suiv.
« L'ingénieuse fabrique du pavé de la mesme église Saint-Remi, mérite que nous rapportions icy la description que le sieur Bergier en a faite, dans son livre des « Grands Chemins de l'Empire, » et que je trouve avoir esté faite commencée par le trésorier Wido, l'an 1090, trente ans après la réparation du bastiment. Cet excellent pavé, de marqueterie et à la mosaïque , remplit le chœur d'un bout à l'autre, et est assemblé de petites pierres de marbre, les unes en leurs couleurs naturelles, et les autres teintes et esmaillées,si bien rangées et mastiquées ensemble , qu'elles représentent une infinité de figures comme faites au pinceau. Dès l'entrée du chœur paroist la figure de David, jouant de la harpe, avec ces mots près de son chef: Rex David. Entre la dite figure et l'aigle, se voit un grand quadre, au milieu duquel estl'image et le nom de saint Hiérosme, et autour de lui les figures et les noms de tous les prophètes, apostres et évangélistes, qui sont autheursde l'Ancien et du Nouveau Testament, chacun ayant son livre figuré près de soy et dénommé par son nom : les uns représentés en forme de livre clos, les autres en volume roulé à l'antique, et tellement parsemés par ledit quadre, que les autlieurs du Nouveau Testament, avec leurs livres, en tiennent le milieu, et ceux de l'Ancien les extrémités.
« Au côté droit dpi dit chœur sont quatre quarrés séparés l'un de l'autre par petits intervalles : au premier sont les figures des quatre fleuves du paradis terrestre, représentés par des hommes versant de l'eau de certaines cruches qu'ils tiennent sur leurs bras, et désignés de ces quatre noms : Tigris, Jùiphrate, Géhon et Fison. Ces quatre figures occupent les quatre coins dudit quarré, au milieu duquel paroist une femme nue, qui tient une rame, et est assise sur un dauphin, avec ces mots : Terra Mare. Le second quarré est rempli d'un simple rameau avec ses feuillages; le troisième représente eu ses encoignures les quatre saisons de l'année, avec leurs noms: Ver, Aistas, Autumntw, Ilyems ; et, au milieu, un homme assis sur un fleuve, avec ce nom : Orbti terra'. Dans le quatrième sont représentés les sept arts libéraux, dont les figures sont, pour la plus part, cachées et couvertes de chaires
(stalles) dea religieux ; on y voit néanttnoins encore a descouvert ces deux mots : Septetn Artes.
« Au costé senestre est un grand quadrangle, dont la longueur est double à la largeur, et contient deux bandes larges arrondies en cercle, égales l'une à l'autre, et se touchant l'une à l'autre par leur convexité ; dans la première bande sont figurés les douze mois de l'année, et dans la seconde les douze figures du zodiaque, au milieu, et comme au centre de la première bande, on voit la figure de Moyse, assis en une chaire, et soutenant un ange sur l'un de ses genoux, avec ces mots à l'entour :
Lex Mosique figuras
Monstranl lii proceres.
Le reste ne peut se lire, estant caché sous les chaires des religieux, comme aussi sont les figures de la Justice, de la Force, de la Tempérance, et celles de l'Orient, de l'Occident et Septentrion ; ce que l'on juge par la figure encore apparente de la Prudence, faite en femme, tenant un serpent et désignée par ce mot: Prudentia, et par celle d'un homme représentant le Midi , avec ce mot : Mcridies.
« Au milieu de la bande des douze figures sont représentées les deux Ourses, marquées de leurs estoiles, l'une ayant la queue du costé que l'autre a la teste, en la mesme façon qu'on les voit dépeintes sur les globes célestes. Toutes ces figures sont faites de pièces peintes à la mosaïque, dans un champ jaune de mesme ouvrage, dont les plus gros pavés n'excèdent pas la largeur de l'ongle, excepté une seule tombe blanche et noire, et quelques pièces rondes de jaspe, les unes purpurines, et les autres ondées de diverses couleurs, qui y sont appliquées dans certains compartiments faits de pièces de marbre, comme pierres précieuses enchâssées en un anneau. De là, montant deux pas, et tirant au grand autel, se voit uneautrp sorte de pavé de petites pièces de marbre, divisées en beaux compartiments de marqueterie ; et, sur les degrés de l'autel, le Sacrifice d'Abraham, l'Echelle de Jacob, et autres histoires de l'Ancien Testament , faites de mesme genre d'ouvrage, et figuratives du saint sacrement de l'autel. Le quadre qui est à l'entrée de la première chaire, à la veue de l'abbé, derrière l'horloge, est la Sapience, assise en un thrône, tenant de la droite un baston pointu par bas, touchait des personnages couchés à ses pieds, comme les excitant à leur devoir, qui semblent estre l'Ignorance et la Paresse, avec la devise audessus en deux vers:
. . . Septem per partes diridet arles, Estque sut juri$ hoc designare figuri»,
pour ce qu'elle tient de la gauche une sphère. « Au reste, l'église de Saint-Remi n'est pas seule enrichie de cette sorte de pavé, mais encore celle de Saint-Pierre-au\-Nones, et de Saint-Siraphorian de Reims ( deux églises totalement détruites), doit la gen-
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îi liesse pourrait mériter cet éloge , si on s'estait estudié à les conserver
. . . Varias ubi picta per arlesl
Gaudet humus, super unique novasasarota figuras.
« Pline, en son Histoire naturelle, dit que ces sortes de pavés estaient appelés asarotes en grec, comme qui dirait en latin non verrcnda. en français non balayobles, d'autant
3ue c'estaient ces pavés faits à la mosaïque e petites pièces rapportées et peintes de diverses figures, qu'un ancien poëte appelle chez Cicéron : Emblemata vermiculata , et d'autres : Opus musivarum. On tient qu'un Sosius de Pergame en fut le premier inventeur , et qu'il façonnait de ces petites tesselles un nombre d'oiseaux et d'animaux peints de maintes couleurs, et qu'on eut en admiration une colombe, si naïvement représentée, qu'on l'eût crue en vie et beuvant en un bassin ; une autre offusquait l'eau de sa teste, et une troisième semblait se gratter et se mettre à l'abry sur le bord du vaisseau. Ces pavés entrelassés de tant d'artifice commencèrent à Rome lorsque le luxe s'accreut par les dépouilles des provinces ; et dit-on que, pour leur servir de fondement, on mettait dessous force paille, ainsi que remarque Pline en son Histoire. Mais comm-e les chrestiens , pour témoigner le mépris qu'ils faisaient des vanités du monde, employèrent l'or, l'argent et le marbre à la décoration des autels, aussi ont-ils fait servir aucune fois ces sortes de pavés pour relever la somptuosité des églises, particulièrement à Reims, où celui que je viens de décrire est le mieux historié et le plus excellent qui soit en France. »
L'usage des carreaux émaillés fut trèsrépandu au moyen âge. En Angleterre on en trouve encore de nombreux spécimens. Nous reproduirons ici une note fort curieuse sur ce sujet, publiée dans le Journal de l'association archéologique de la Grande-Bretagne, et insérée dans les Annales archéologiques, tom. XI, pag. 20.
« Les dessins imprimés sur la surface des carreaux consistent en feuillages gracieux, croix, quatrefeuilles, etc., entremêlés défigures ou autres types d'une grande beauté. On envoitainsiàSalisbury,Great-Malvern,Landhurst , Stone-Church,dansle comtéde Kent ; àRudford,dansleGloucestershire;àChinnor, dansl'Oxfordshire , etc. Outre les feuillages, on rencontre très-fréquemment les pièces héraldiques, lesarmes, les mentions des fondateurs et bienfaiteurs des édifices, des rois et des seigneurs ; la rose et la fleur de lis, le lion et l'aigle y sonttrès-communs.Lesmonogrammes religieux et les emblèmes, les J H J. , la croix, l'agneau, le M, le poisson, les triangles entrelacés, le pélican, le lis, etc., s'y voient souvent, comme à Gloucester, Evesham, Haccombe et en plusieurs autres lieux. Les lettres sont très-rares surles carreaux; quelquefois elles y sont seules, comme à Beaulieu ; ou bien, presque tout l'alphabet est trace
surdescarreaux de petites dimensions, peutêtre dans l'intention de former des légendes lorsque les morceaux sont distribués avec intelligence, les uns à côté des autres. Quelquefois on rencontre des mois complets, des inscriptions, des rébus ; on en voit des exemples 5 Gloucester, Malvern, etc. On retrouve quelques rares, maisremarquablesspécimens de costumes. Des représentations de chevaliers se voient à Tintern, Romsey et Nargam ; mais les plusbeauxsontceuxqui proviennent de l'abbaye d'Haughmond, et surtout de Pipewel. Quelquefois l'ornement consiste dans des arcs gothiques, agencés de manière que quatre carreaux forment un élégant quatrefeuilles. On en voit de bons exemples dans l'église de Holy-Cross (Schrewsbury), etc. On rencontre aussi des figures grotesques, des bêtes, des oiseaux ; les plus remarquables de ce genre sont à Saint-Alban, Reaulieu, Evesham, Romsey, Salisbury, Schrewsbury, Kirsktal, etc. Fréquemment le dessin s'étend sur quatre, neuf, seize carreaux, et même sur un plus grand nombre; il représente alors des cercles, des carrés, des quatrefeuilles, ou des losanges entrelacés, ou bien de grands cercles avec des oiseaux, des chiens, des cerfs, des dragons, ou des figures grotesques avec des espaces remplis de feuillages, comme on en voit à Shrewsbury, à Haugmont, et même à Westminster , Evesham, Chinnor, Holy-Cross, Saint-Alban, Haccomb.1 , etc.
Le pavé de certaines églises , au moins dans les parties les plus distinguées du monument, fut composé d'un dallage bien plus remarquableencorequeles carreaux, émaillés. Les dalles deliaisétaientgravéesautrait et représentaient des sujets plus ou moins compliqués. L'ancien pavé du sanctuaire de saint Nicaise, à Reims, a été publié parM.P.Tarbé, Les traits de la gravure étaient remplis de plomb , et les sujets gravés figuraient les principaux faits de l'Ancien Testament. Les échantillons qui ont échappé à la destruclion ont été préservés par hasard et retrouvés dans une cour ou passage conduisant à une écurie.
A quelle époque ces curieuses dalles ontelles été exécutées?
Nous avons fait de vaines recherches,dit M. P. Tarbé, pour retrouver le nom de l'artiste auteur de nos dalles, le nom de l'abbé ou de l'archevêque qui en fit les frais. Nous ignorons aussi à quelle date elles furent posées. Elles ont dû être assises de 1263 à 1311, et plus près de 1311 que de 1263. En 1263, quand Hugues Li Bergier mourut , le chœur n'était pas fait. En 1311, année de la mort de Robert de Coucy, l'église n'était pas achevée, mais le chœur était construit. Or, le pavé d'un édifice ne se pose qu'après l'enlèvement des décombres, la sortie des ouvriers, quand il n'y a plus rien à craindra. Cette précaution est de rigueur quand il s'agit d'un dallage de luxe, de pierres amenées de loin, travaillées avec art et établies à grands liais.
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Les caractères qui les décorent, dit toujours le même auteur, sont ceux uuléffsoos saint louis et ses successeurs immédiats, bur nuelaues-unes nous trouvons des casques Sou à quatre faces des bouchers aillés en écu, des chevaux de bataille babUlés ae fer et couverts de longues draperies, nui nous rappellent le sceau de Thibaut, S&toS ChïSipagne et les modes ; de son temps C'est donc à la fin du xnr" siècle, ou au Sencemeut du «V, que "ous fixerons l'entrée de nos dalles dans Saint-Nicaise.
Suivant le récit de Marlot et de Lacour , l'ensemble du payé représentée sud*
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de sujets tirés de l'Ancien Testament, commençant au déluge et finissant avec lhistoirede Daniel. 11 se trouve que Sa int-Remi possède aujourd'hui la première et la dernière de ces dalles : elles représentent, 1 une Dieu commandant àNoé la cons ruction de l'arche; l'autre, Daniel jeté dans la fosse aux
'Texiste encore actuellement quarante-huit dalles du chœur del'ancienne église de Saint-
Les dalles de Soint-Omer ne sont pas moins curieuses que celles de Reims. Celles qui restent sont de trois espèces : les premières ont lm 45 de côté ; les secondes, qui ont été regardées comme pierres d accompagnement, ont en moyenne 0m 88 ; entin la troisième espèce comprend les petites dalles d'entourage ou de remplissage, qui ont environ 0, 28. En dehors de ces trois catégories, se trouvent de grandes pierres à sujets religieux, ou autres, servant peut-être de centre à une composition d'une partie du pavage. Parmi ces dernières, on remarque la Nativité de Jésus-Christ. On voit encore le Christ mis au tombeau, où se distinguent plusieurs personnages, et qui, complète, devait avoir environ 3m 25 de longueur, sur lm 60 de hauteur Cette pierre paraît avoir été donnée par ceux des bourgeois de Saint-Oraer qui s'intitulaient : Frères de la Ghilde (l retires de Gilda), c'est-à-dire membres de l'union commerciale, connue au moyen âge sous le nom de Ghilde ouGilde. Enfin le troisième grand sujet, qui, s'il était entier, devait avoir plus de 3m 25 de côté, représente, autour d un sujet central, plusieurs petites niches à plein cintre, encadrant des personnages qui sont probablement les donateurs dont les noms, dans ce cas, auraient été inscrits sur les bandeaux desdites niches. Plusieurs portent les insignes du pèlerinage : le bourdon, 1 escarcelle, les coquilles répand uesdans le champ et autour d'eux. Le sujet central manquant complètement, il est impossible desavoir si cette dalle avait été offerte à l'église sous l'invocation d'un saint particulier.
Les dalles de la première catégorie portent presque toutes l'indication qu'elles ont été offertes à saint Orner: Istcm lapidem dédit swcto àudomaro, ou bien : Istum lapidem
DEDIT AD BONOHBM BEATI AUDOMABl EPISCOPI .
Elles offrent en général l'effigie du donateur avec son nom inscrit dans la légende. Plusieurs ont leurs inscription ell'acées ; mais
il est probable qu'elles portaient une dédicace analogue. Elles sont destinées, saut deux exceptions, à être placées en losanges, et devaient probablement figurer dans un môme assemblage ou dans plusieurs compositions établies dans le môme système. Parmi ces grandes'dallesjecompteaussi celles de mômes dimensions ne portant que des arabesques, mais qui devaient primitivement otlrir des légendes, ainsi qu'on en remarque encore des traces ; de môme que la dalle dont il reste un fragment, sur lequel on voit écrit : SCV 1 \ M WILELMI CASTELLA^I, donnée par un châtelainde Saint-Omer. Cette dernière devait porter trois autres écussons, formant ainsi un tout complet. .
Deux dalles de la première catégorie, pat leurs dimensions, n'avaient jamais été destinées à être posées diagonalement, mais carrément. Elles représentent également des chevaliers, le bouclier au bras gauche, et au noing la lance munie d'un pennon. L'un deux est remarquable par 1 armoirie qu'il porte sur le bouclier. Cette armoirie est un rais d'escarboucle, armes de Guillaume Cliton, comte de Flandre, lesquelles armoiries devinrent plus tard celles de 1 abbave de Saint-Bertin. Ces deux dalles devaient faire partie d'un autre système de composition ; on pourrait en composer le centre d'une des chapelles latérales. L inscription manque à toutes deux.
La seconde catégorie des dalles, regardées comme pierres d'accompagnement, est actuellement très-restreinte, tandis qu autrefois elle devait être fort nombreuse. Elles
représentaient les signes du zodiaque et es travaux des mois de l'année. Trois dalles représentent des arts libéraux : la musique, l'astronomie et l'arithmétique. 11 en manque par conséquent quatre pour compléter le nombre de sept arts libéraux connus au moyen âge. Les autres pierres d accompagnement portaient des arabesques, des animaux fantastiques, des éléphants armés en guerre, etc. Enfin, deux dalles triangulaires représentent la fable de la Cigogne et du Ke-
La troisième espèce de dalles contient toutes les petites pierres carrées sur lesquelles sont sculptés les objets les plus divers ; des arabesques, des rosaces variées à linfini, des animaux fantastiques ou chimériques dans les positions les plus contraintes et les plus forcées, des chimères, des sy rênes, des oiseaux fabuleux, quelquefois des sujets allégoriques. On voit des satyres, des centaures, des griffons, des singes mang< ant des pommes, des ânes jouant de la harpe, d autres animaux jouant de la vielle, des lions, des ours, des éléphants, des chevaux, des oiseaux monstrueux à tète humaine, etc., etc.
On peut consulter sur les dalles de Saint- Omerun ouvrage intéressanlde MM. Hermand et Wallet, intitulé: Notice historique sur les dalles sculptées de l'ancienne cathédrale de Saint- Orner. Ce travail a éié inséré dans les Mémoires de la société des antiquaires de ta Morinie. Voyez encore plusieurs articles pu-
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