IV
Eglise de Clermont, bâtie par saint Namace, en 472. — Saint Namace employa douze années de son épiscopat à bâtir son église cathédrale. Elle avait, dit saint Grégoire de Tours, 150 pieds de longueur, 60 de largeur et 50 de hauteur. Il y avait une abside ou jubé de figure ronde et deux ailes des deux eôiés d'un beau travail. Tout l'édifice était en forme de croix et bien éclairé. Il y avait quarante-deux fenêtres, soixante-dix colonnes et huit portes. Les murailles du chœur étaient revêtues du marbre de diverses couleurs à la mosaïque. La femme de Namatius fit bâtir de son côté, dans les faubourgs de la ville, l'église de Saint-Etienne, dont les murailles furent ornées de diverses peintures. (Greg. Turon., lib. n, cap. 16.)
Eglise de Saint - Vincent , ou de Saint- Germain-des-Prés (558). — L'église de Saint- Vincent, bâtie en forme de croix, était alors (en 558) un des plus superbes édifices des Gaules. Les colonnes étaient de marbre, et le pavé de pièces de rapport de différentes couleurs, qui formaient diverses figures. La voûte était ornée de lambris dorés, et les murailles de peintures à fond d'or : ce qui donna occasion dans la suite de nommer cette église Saint- Germain- le-Doré. Saint Fortunat de Poitiers en loue particulièrement le vitrage. (Hist. gallicane, livre vi,^ar le P. Longueval.)
Eglise bâtie à Lyon par saint Patient. — La piété libérale et magnifique de saint Patient éclata particulièrement dans la construction d'une des plus belles églises des Gaules qu'il fit bâtir à Lyon. Elle était située entre la Saône et le grand chemin, ce qui fait croire que c'est l'église de Saint-Etienne, aujourd'hui Saint-Jean, métropole. On voit dans les écrits de Sidoine (lib. n, epist. 10) que cette église était tournée a l'orient do 1 équinoxe, selon la coutume observée dans presque toutes les églises des chrétiens ; que les lambris étaient ornés de lames d'or; Ja voûte, le pavé, les fenêtres revêtus de marbres de diverses couleurs; qu'elle avait
trois portiques ornés d'un grand nombre de colonnes d'Aquitaine, c'est-à-dire des Pyrénées.
Nous ne devons pas passer sous silence la description de l'église de Lyon bâtie par l'évoque Patient. Sidoine Apollinaire nous donne cette description dans une épUre à Hcspérius (la 10e du liv. h) :
Mdes celsa nitel, nec in sinistrum, Aut dexlrum trahitur, sedarce front»
Ortum prospicit a'quinoctialem.
Intus lux micat, atque bracteatum Sol sic sollicitatur ad tacunar, Fulvo ul concolor erret in métallo.
Distinction vario nilore marmot Percurrit cameram, solum, feneslras :
Ac sub versicoloribus figuris Vernans herbida crusla sapphiratos Fleclit per prasinum vitrum lapillos.
Unie est porticus applicata triplex, Fultnentis aquitanicis superba :
Ad cujus spécimen remotiora Claudunt atria porticus secundœ :
F.t campum médium procul localas Vestit saxea sitva per columnas.
llinc agger sonat, hinc Arar résultat ; llinc sese pedes, atque equesreflectil, Slridentum et moderator essedorum :
Curvorum hinc chorus helciariorum, Responsanlibus Alléluia ripis, Ad Christum levât amnicum celeuma.
Sic sic psallite, nauta vel vialor :
Namque iste est locus omnibus petendus, Omnes quo via ducit ad salulem.
Ecclesia ergo illa, orienti obversa, laqueari deaurato ornata erat. Ex marmore fornix, pavimentum, et fenestrœ vitris versicoloribus distinctœ. Triplex in aditu porticus ad totidem portas, quorum una capacior pœnitentes excipiebat. Media naviscolumnis ex marmore aquitanico, id est emontibus Pyrœneis exciso, hinc inde vallata, quasi silvam saxeam exhibebat.
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Caractères du style romano-byzantin primordial. — Le plan des églises diffère peu de celui que nous a fait connaître saint Grégoire de Tours. Le chœur, toutefois, s'allongea progressivement , et la croisée ou le transsept prit des accroissements remarquables. Nous devons ajouter que les églises à trois nefs étaient peu nombreuses, et que, dans les campagnes , elles se présentaient communément sous la forme d'un simple rectangle terminé par une abside semi-circulaire. Voy. Plan.
Quant au système de maçonnerie , il offre les plus grands rapports de ressemblance avec les constructions gallo-romaines de petit appareil. On peut dire que ce caractère tiré de la maçonnerie est important, parce que l'emploi du petit appareil, avec les briques , ne se continua guère au delà du xe siècle, au moins comme système général de construction. Dans le centre et le midi de la France, on faisait déjà usage du moyen et du grand appareil. Les briques apparaissent dans les murs de petit appareil et dans les cintres , pour simuler des assises régulières et des espèces d'archivoltes grossières. Voy. Briques et Apimueil.
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Les colonnes semblent disparaître à cette époque, pour faire place à de lourds supports, et les chapiteaux, quand ils existent, montrent que l'art de la sculpture était tombé dans un déplorable état de barbarie. L'entablement antique est brisé. On n'y distingue plus les trois parties qui le constituent essentiellement, l'architrave, la frise et la corniche. Les constructeurs de l'époque romane primordiale n'en conservent que la corniche, et encore ce membre d'architecture est-il fort imparfaitement exécuté. Cette grossière corniche s'appuie, à l'extérieur, sur des corbeaux ou modillons de formes très-variées et souvent bizarres. Voi/. Modillons.
Les arcades sont à plein cintre. On trouve parfois des briques entremêlées aux claveaux. La grande arcade qui se trouvait au milieu des transsepts, entre le chœur et la nef, recevait ordinairement quelques décorations symboliques. Dans les anciennes basiliques latines , cet arc avait reçu le nom d'arc triomphal , et il fut conservé, par une respectueuse tradition , dans presque tous les édifices sacrés de la première moitié du moyen âge. Il était couvert d'incrustations, d'inscriptions , de mosaïques ou de peintures, qui représentaient la mort et la résurrection de Jésus-Christ. C'était donc vraiment l'arc de triomphe du christianisme, sur lequel on avait placé le signe de la rédemption et de la régénération universelle. Dans beaucoup d'églises on a conservé quelques vestiges de cette belle et chrétienne inspiration, en plaçant un crucifix à cette arcade qui domine tout l'édifice.
Les portes et les fenêtres sont toujours à plein cintre. Il arrive cependant que l'on rencontre des fenêtres , en forme de meurtrière , dont la partie supérieure est fermée par une espèce de linteau.
Pour les caractères tirés des voûtes et des clochrrs, voy. Clochers, Tours, Flèches, Voûtes,
Les églises de l'époque romano-hyzantine primordiale sont rares en France. Les principales sont : l'église Saint-Jean, à Poitiers; la Basse-OEuvre, à Beauvais; l'église de Savenières , en Anjou; celle de Cravant , au diocèse de Tours; celle de Vieux-Pont-en- Auge, au diocèse deBayeux; la chapelle de Langon , au diocèse de Rennes ; l'église de Saint-Généroux, au diocèse de Poitiers.
Voy. Age des monuments religieux; nous y avons indiqué quelques restes jusqu'alors inconnus de l'architecture romano-byzantine primordiale. Voy. encore Byzantin et surtout Carlovingien; nous avons également indiqué , sous ce dernier titre , plusieurs restes fort remarquables d'édifices antérieurs au x" siècle.
En approchant du xi* siècle, on voit , par le récit des auteurs ecclésiastiques, que les esprits étaient tombés dans un découragement profond , dans l'appréhension de l'an 1000, que l'on croyait être celui de la fin du monde. La crainte était si grande et si uni-
verselle , que c'est à peine si l'on réparait les vieux édifices. Comment auraitr-on pu en entreprendre de nouveaux ?En preuve de la croyance générale de la fin du monde, on peut consulter les écrivains du temps. « Le monde, dit Guillaume de Tyr, paraissait baisser vers son crépuscule , et le second avènement du Fils de l'homme paraissait proche. » Vidcbatur sane mundus déclinasse ad vesperam; et Filii hominis adventus secundus forevicinior. (Willelm.Tyr., Hist. lib. i, cap. 8, apud Bongars, GestaDei per Francos, tom. I, pag. 634.) — Plusieurs chartes rapportées par dom Vaissette , parmi les preuves de V Histoire du Languedoc, tom. II, pag. 86 , 90 , 157, et citées par M. Michaud, Histoire des Croisades, tom. I, pag. 47, commencent par ces mots : Mundi terminumappropinquante. — Appropinquante enim mundi terminio.
L'opinion qui fixe au xe siècle le comble de l'ignorance et de la barbarie , ne paraît s'être établie généralement que d'après les auteurs italiens, et surtout d'après les écrivains ecclésiastiques; ce sont ces derniers surtout qui ont plus profondément gémi sur cette décadence absolue des arts, particulièrement à l'égard de Rome.
Les auteurs disent, en parlant de Rome : Fœtidissima urbis faciès.... Novum inchoatur sœculum ferreum , dit Baronius , en parlant de l'an 900. Guillaume Cave, dans le Tublcau des auteurs ecclésiastiques de chaque siècle, peint le xe siècle sous les mêmes traits ; Muratori l'appelle aussi secolo di ferro , pieno d'iniquita in Italia, scostumatezza e barbarie. Enfin Tiraboschi, l'historien de la littérature italienne, assigne la même date à l'ignoranco la plus profonde et la plus universelle.
Mais les historiens de la littérature française ne donnent pas a cette ignorance une extension aussi grande et aussi générale ; ils réclament surtout une exception en faveur de la France, et fondent leur opinion sur le nombre des écoles qui s'y trouvaient encore ouvertes , sur celui des personnages instruits qu'elle renfermait, et des ouvrages utiles qu'ils produisirent : résultats heureux, conséquences naturelles des bienfaits versés par Charlemagne plus abondamment sur cette partie de son vaste empire, comme plus rapprochée de ses regards et plus chère à ses soins paternels.
Lorsque l'an 1000 , qui devait être si fatal, d'après les fausses supputations qui s'étaient accréditées dans beaucoup de lieux, se fut écoulé sans que la catastrophe redoutée se fût accomplie , une immense ardeur et une vive activité se réveillèrent dans tous, les esprits. On peut s'en convaincre en lisant ce passage de l'Histoire de Baoul Glaber : Igitur infra supradictum millesimum tertio jam fere imminente anno , contigit in universo pêne terrarum orbe, prœcipue tamen in Italia et in Galliis, innovari ccclcsiarum basilicas , licet plcrœque decenter localœ mi-
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nime indiguissent. /Emuhdxttur tamen quœque gens Chrtiticoieerum advenus altérant deeenliorefrui; crut enim instante si mundus ipse excutiendo semet , rejecta vetustate , passim candidam ecelesiarum vestem indueret. (Glabri Redulphi Hist. lib. m, cap. k. — Ernéric David , Discours sur la peinture moderne; Magasin encyclop. 1812, tom-.IV, pag. 2fc2. — Mazure, Philosophie des arts du destin, p. 338.)
M est impossible do faire une histoire complète des arts, quand on néglige l'histoire; des institutions et des grands laits qui ont exercé une influence profonde sur la société.
Au milieu du xie siècle , deux mouvements extrêmement importants eurent lieu, le mouvement des croisades et le mouvement communal. Au premier abord , il ne semble pas qu'il y ait entre eux de point de contact; mais, quand on étudie plus attentivement ces deux ordres de faits, on aperçoit bientôt les liens qui les unissent. La croisade, en mettant les armes à la main des serfs qui allaient combattre à la suite de leurs seigneurs, leur donna le sentiment de la dignité humaine , en même temps qu'elle ramenait les féodaux au sentiment de la fraternité chrétienne , malheureusement affaibli par l'établissement du servage. Les barons partant pour la terre sainte se laissaient aller aux influences heureuses de cette religion dont les maximes évangéliques leur enseignaient l'égalité des hommes devant Dieu.
Mouvement communal. — Louis VII , dit Orderic Vital , pour comprimer la tyrannie des séditieux et des brigands , demanda par tout le royaume le secours des évoques; ce fut ainsi que la commune populaire fut instituée en France par les évoques, de manière que les curés accompagnassent le roi aux batailles et aux sièges , suivis de leurs paroissiens marchant sous leurs bannières.
(Orderic Vital, adann. 1108, lib. xi.) La municipalité d'origine romaine avait disparu. La commune se [établit sous l'intluencede la religion; la commune, c'est la paroisse. Ces bannières pacifiques, qui maintenant conduisent les peuples aux processions, les guidaient autrefois à la guerre. (Consulter les beaux travaux historiques de M. Guizot, Essais sur l'histoire de France , Histoire de lu civilisation.)
Caractères de V époque romano-hyzanline secondaire , xic siècle. — Le xV siècle fut remarquable par une véritable renaissance en architecture. Comme on a pu le voir par le passage que nous avons cité ci-dessus de Kaoul Glaner, où reconstruisifla plupart des églises. Une des causes principales de la rénovation doit être attribuée à l'influence byzantine. C'est surtout à partir du xr siècle , et dans le cours du xir siècle , que les deux éléments grec et latin se combinèrent et s'unirent ensemble, de manière à donner naissance au Style romano-byzantin proprement dit. Jusqu'alors les communications de
i Occident avec l'Orient avaient été rares et difficiles; mais les croisades, qui s'ouvrirent à la fin du xr siècle, poussèrent des milliers de soldats pèlerins de l'Occident vers Constantinople et l'Asie. Comment les influences de l'architecture orientale ou byzantine n'auraient-elles pas été sensibles, à un moment où les esprits étaient dans un mouvement si remarquable sous tous les rapports ?
Il ne faut pas omettre les souvenirs do l'art antique, qui exercèrent une action directe sur certaines constructions religieuses, comme en Bourgogne et dans le midi de la Fiance.
Enfin, la nature des matériaux nous explique pourquoi l'art romano-byzantin lit des progrès plus notables dans certaines provinces que dans d'autres. Les monuments du centre de la France, au xr siècle, sont en effet bien plus remarquables, sous le rapport de la sculpture et de l'ornementation, que ceux du Nord et de l'Ouest.
Le plan des églises subit une modification considérable. Les bas-côtés de la nef s'allongent de manière à tourner autour du sanctuaire et de l'abside. On établit alors des chapelles accessoires dans la région absidale. Voy. Plan, Déahbulàtoire , Chapelles.
L'orientation des églises 3emble une règle absolue. C'est à peine si l'on peut mentionner quelques faits qui en soient une violation. Voy. Orientation7. On remarque à cette époque une déviation sensible dans l'axe du plan. Voy. Déviatiox.
L'aire du chœur fut quelquefois élevée au-dessus du niveau du pavé de la nef. On en voit un très-remarquable exemple à l'église de Notre-Dame de la Couture , au Mans.
Les colonnes se groupent d'une manière assez élégante dès le commencement du xie siècle. On sent déjà que l'art est lancé dans une voie meilleure que celle qu'il a suivie jusqu'à la fin du xe siècle. Les chapiteaux des colonnes se couvrent de sculptures et fournissent un caractère saillant pourla détermination de l'Age des édifices. Les chapiteaux sont historiés, c'est-à-dire qu'ils furent ornés de bas-reliefs représentant des scènes très-variées , tirées soit de l'Ancien Testament, soit de l'Evangile, soit de la Vie des saints , soit de la légende. On y voit quelquefois des monstres , des griffons, des serpents enlacés et des chimères. Voy. Colonnes, Flt, Chapiteau, Base, Abaque.
La Corniche qui couronne les murailles extérieures ne présente pas un profil do moulures bien remarquable , mais elle s'appuie sur des modillons fort curieux. Voy.
MODILLON.
Les arcades, et généralement tous les cintres gardent la forme caractéristique de la période romano-byzanliire , c'est-à-dire le plein cintre. On distingue aussi parfois l'arc surbaissé ou eu anse de panier, ïurc outrepassé ou l'arc en fer à cheval. Voy. Ane.
Les fenêtres sont rares dans les édifices du xi' siècle, et ordinairement elles sont de petite dimension. Ce n'est que l'emploi des vitraux de couleur qui a p - nuis de fane des
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fenêtres largement ouvertes et de les multiplier. La baie extérieure de ees fenêtres est formée de claveaux ou de pierres cunéiformes très-régulièrement taillées et très-artistement appareillées; parfois elle est accompagnée de deux colonnettes et surmontée d'une archivolte. A cette époque on voit apparaître les fenêtres géminées, à savoir deux fenêtres accolées et quelquefois couronnées d'une ouverture ronde, en œil-debœuf. Voy. Fenêtres.
Les portes sont la partie privilégiée des sculpteurs. Depuis le xï siècle jusqu'au xvi% nous les voyons se charger d'ornements variés et nombreux. Voy. Porte et Portail.
Les voûtes étaient à plein cintre, et par conséquent difficiles à bâtir et surtout a maintenir dans un état de solidité. Aussi la plupart des voûtes du xie siècle , élevées sur les nefs principales , sont-elles en fort mauvais état de conservation quand elles ont pu arriver jusqu'à nos jours. Les voûtes de l'église de Preuilly sont bâties d'après ce système du plein cintre, et elles offrent un exemple des inconvénients et de la poussée énorme de ces lourdes voûtes. Voy. Abbatiale (Eglise) : nous avons placé sous ce litre la description de l'église de Preuilly.
Les voûtes en coupole s'élèvent , dans plusieurs églises du xr* siècle, au-dessus de l'inteitranssept. Citons comme exemple Saint-Etienne de Nevers, Champvoux et Pougues, au diocèse de Nevers. L'introduction de cette espèce de voûtes , dont nous rencontrons de nombreuses applications dans les églises du xie siècle et du xn% est un fait de grande importance dans l'histoire de l'architecture du moyen âge. Il suffirait seul pour justifier la dénomination de romanobyzantine que nous avons donnée à l'architecture qui a présidé à l'érection de ces monuments. Voy. Byzantin.
Les tours construites primitivement dans un but d'utilité, pour recevoir les cloches, se multiplièrent ensuite uniquement pour le coup d'œil, la magnificence et la régularité du plan. Où une seule tour eût suffi, on en plaça jusqu'à trois; deux, ordinairement très-grandes , de chaque côté du portail principal; la troisième, plus légère, sur le centre des transsepts. Elles étaient rarement surmontées de flèches ou de pyramides. Voy. Aiguille, Flèche, Clocher.
Les ornements les plus usités sur les édifices du xi' siècle sont : les chevrons brisés; les étoiles; les chevrons opposés; les méandres ou frètes; les losanges enchaînés; les tores coupés; les pointes de diamant; les câbles; les torsades; le damier; les têtes plates; les tètes saillantes. [Voy. ces différents mots.)
Quantauxmoyens de construction, on peut consulter l'article Ecoles d'architecture. Caractères de l'époque romano-byzantinc tertiaire, xne siècle. — L'architecture romano-byzantine , lancée dans une voie de progrès dès le commencement du xie siècle, allait toujours se perfectionnant et se déve-
loppant. Au xne siècle, les progrès semblent plus rapides encore. Bientôt , dans les monuments religieux, apparaît une forme nouvelle d'arcade, Y ogive ou l'arc en tiers point. Elle ne remplace pas immédiatement et partout le plein cintre; elle se montre d'abord timidement, s'avance lentement, jusqu'à ce qu'elle soit employée régulièrement et pour ainsi dire systématiquement. L'ogive et le plein cintre furent employés en même temps dans les édifices du xne siècle, ce qui constitue une véritable transition vers le style ogival du xme siècle. Il n'est pas rare "do rencontrer alors une ogive encadrée dans un plein cintre , ou bien des arcades alternativement semi-circulaires et ogivales. Il faut ajouter que l'ogive n'a pas encore cette forme parfaite qu'elle ne possédera qu'à la fin du xir siècle; ou bien elle s'éloigne peu du ple:n cintre, ou bien elle est très-aiguë, et elle est encore parée des ornements et des moulures propres à la période romano-byzantine.
Le plan des églises ne reçut aucun changement notable au xne siècle. On conserve les mêmes dispositions, qui s'accroissent quelquefois. Les bas-côtés de la nef se prolongent en déambulatoires, et ceux qui accompagnent la nef principale sont surmontés de larges galeries. Voy. Plan.
Les colonnes, déjà groupées d'une manière élégante au xr siècle, se perfectionnent encore. Le fût en est mieux profilé, plus élancé, et se détache presque entièrement des murailles sur lesquelles il est attaché. Les chapiteaux historiés disparaissent pour faire place aux chapiteaux à feuillages. Auxn' siècle, ces feuillages sont capricieux; on n'y reconnaît pas l'imitation de la nature, et souvent on y voit entremêlées des bandelettes perlées, entrelacées d'une manière gracieuse. La sculpture a fait des progrès sensibles, surtout dans l'art de représenter les végétaux. On voit, en effet, dans les édifices do transition des feuilles traitées avec un goût remarquable, et des rinceaux ou des enroulements qui indiquent un ciseau exercé et une main savante. Voy. Colonnes, Chapiteaux.
La corniche d'entablement est plus élégante dans les édifices de la troisième époque romano-byzantine que dans ceux de l'époque précédente. Les moulures sont nombreuses et variées : elles s'appuient ordinairement sur des modifions en dents de scie, ou sur des modifions réunis les uns aux autres par des arcalures. Voy. Modillons.
Les portes, déjà fort ornées, reçoivent de nouveaux embellissements. Les piédroits reçoivent des statues, et la voussure elle-même est garnie de statuettes. Les premières statuettes qui aient été placées en cet endroit sont sculptées en très-bas-relief. Communément l'archivolte des portails du xne siècie reste composée defeuillages, d'enroulements, de bandelettes, de têtes humaines, de figures d'animaux, etc. L'ouverture de la porte est presque toujours en plein cintre pendant lu durée dev la troisième époque romano-byzantine. La baie n'est ogivale qu'à des portes
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de petite dimension, et elle ne reçoit la forjne de l'ogive d'une manière constante qu'a Papprocbe du xm° siècle. De môme que ta porte, les fenêtres subissent quelques modiltcations. Elles restent également en plein cintre le plus ordinairement, mais elles furent plus richement encadrées. On voit alors paraître plus fréquemment les ouvertures circulaires et les roses, prélude des grandes roses de la période ogivale. Yoy. Fenêtre.
Mais la grande innovation du xu' siècle, le grand progrès que lit l'art de bâtir, ce fut l'application de l'ogive à la construction des voûtes. Les premières voûtes de cette époque furent en berceau ogival, comme à la Charité-sur-Loire, mais bientôt elles prirent la forme à croisées d'ogives qu'elles ne perdirent qu'à la Renaissance. Les architectes du xu' siècle ont élevé des voûtes qui feront à jamais l'étonnement des connaisseurs. On n'y aperçoit aucune trace de tâtonnement : les plus graves difficultés sont résolues avec précision et bonheur. Voy. Voûtes.
Pour les clochers, voy. Flèche, Clocher, Aiguille.
L'ornementation monumentale du xu* siècle porte un cachet d'originalité bien marqué, au moins quant à l'exécution On -aperçoit pour la première fois les trèfles et les quatrefeuilles qui se reproduiront si souvent dans les édifices de la période ogivale. Pour la statuaire, voy. Sculpture.
Nous devons énumérer quelques-uns des sujets qui appartiennent plus spécialement à la sculpture du xne siècle, et que l'on rencontre habituellement sur les édifices de transition:
La naissance de Jésus-Christ ; la visite des bergers; l'adoration des mages; la fuite en Egypte ; la Visitation ; les principaux miracles de Jésus-Christ; le jugement dernier; les peines de l'enfer; le pèsement des âmes, etc.
Le pèsement des âmes est un des sujets allégoriques les plus singuliers et les plus souvent reproduits au moyen âge. On l'observe , non-seulement dans les bas-reliefs sculptés du portail , mais encore dans Jes verrières peintes. Saint Michel, l'ange du jugement, tient à la main droite le glaive de ia justice, et à la gauche la balance de l'équité. Bans un des bassins de la balance sont les âmes sous formes de petits êtres humains , nus et sans sexe, ou de tètes humaines, avec leurs bonnes œuvres et leurs mérites ; dans l'autre bassin, qui paraît vide, sont les péchés et les mauvaises actions. A côté de l'âme qui se trouve dans le plateau de la balance, est un ange qui parait très-bienveillaut et qui est très-attentif à l'opération : c'est sans doute son ange gardien. De l'autre côté se trouve un démon qui cherche sournoisement à faire incliner la balance de son côté, en posant sa lourde patte sur le bord du plateau. Mais le bon ange est vainqueur : la balance penche toujours de son côté.
Parmi les belles églises des deux dernières époques romano-byzanlincs, on doit citer :
Saint-Germain des Prés. à Paris; Saint-Père, a Chartres; Notre-Dame deNanlilly, à Saumur; la Sainte-Trinité, à Angers ; Saïnt-Hilaire, à Poitiers; Sainte-Croix , à Bordeaux ; Saint- Eutrope, h Saintes; Saint-Etienne, a Caen ; Sainte-Trinit.', à Caen; Saint-Paul d'Issoirc, Auvergne ; Tournus , au diocèse d'Autun ; Preuilly, au diocèse de Tours; Corméry, it.; Loches, it.; Reaulieu, it.; Sainte-Maure, il.; Sepmes , il.; Parçay-sur-Vienne , it. ; Crouzilles, it.; Avon, it.; Azay-le-Rideau, {t.; Notre-Dame de la Couture , au Mans ; l'église de Notre-Dame du Pré, au Mans, etc., etc.
RONDE-ROSSE. — Une figure de rondebosse est celle qui est isolée et également travaillée sur tous les côtés, comme les statues.
ROND-POINT. — Le rond-point est la partie semi-circulaire qui termine un édifice , comme les églises qui finissent en abside. Voy. Abside.
ROSACE. — La rosace est un fleuron ordinairement arrondi , quelquefois à plusieurs lobes, dont le centre est ordinairement saillant , garni de pétales non épanouis ou de graines. L'ornementation du moyen âge a fait grand usage des rosaces. On en voit sous les clefs des voûtes, sur les voussures des portails , dans la profondeur des gorges ou des scoties.
La rosace est encore quelquefois un ornement à jour, en forme de trèfle, de quatrefeuilles ou de quinte feuilles, qui surmonte les fenêtres de la première et de la seconde époque ogivale. On la voit parfois au pignon des portails, et là elle n'est pas toujours ouverte à jour, elle est simulée et recreusée seulement dans la muraille.
11 ne faut pas confondre la rosace avec la rose proprement dite : celle-ci forme une baie complète, indépendante, qu'elle remplit de ses nombreux compartiments en pierre. Yoy. l'article suivant.
ROSE. — Les roses sont des baies circulaires, divisées en compartiments nombreux par des meneaux en pierre habilement combinés qui affectent toujours la forme rayonnante. Les roses ont un centre d'où les meneaux semblent s'échapper en s'épanouissant vers les extrémités. Les architectes du moyen âge ont déployé les plus grandes ressources de leur génie d'invention dans les combinaisons des roses. Le chef-d'œuvre du genre est la rose du transsept méridional de l'église de Saint-Ouen , de Rouen ; la rose qui s'en rapproche peut-être le plus, sous le rapport de la perfection, est celle du transsept septentrional de la cathédrale de Tours.
L'origine des belles roses gothiques se trouve dans Yoculus ou l'œil-de-bœuf qui se trouve au pignon de quelques églises de la période romano-byzanline. Au xu' siècle, la véritable rose apparaît avec ses meneaux disposés en forme de roue. Chacun de ces meneaux est une espèce de colonnettc qui reçoit la retombée d'un petit arc trilobé. Ces roses s'appellent quelquefois roues de sainle Catherine, ce qui exprime clairement le trait distinctif de leur forme. Mais au xu' siècle , elles sont rares; ce n'est qu'au xiu' qu'elles