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vise : Nutrisco et exstinguo. On la trouve sur les édifices de la Renaissance construits
par ce roi, ou élevés à l'aide de ses largesses On en voit une très-grande quantité au château de Ciiambord , et quelques-unes à l'un des croisillons du transsept de la cathédrale de Beauvais.
• SANCTUAIRE. — Le sanctuaire est la partie de l'église où se trouve l'autel. Voy. Abside, Chbybt, Basilique, Autel, Disposition liturgique des églises.
SARCOPHAGE. —On appelle sarcophages les tombeaux usités aux premiers siècles du christianisme. Us sont ordinairement en marbre , et on en a trouvé beaucoup dans les souterrains des Catacombes. Il en existe dans plusieurs villes do France, à Marseille, à Arles, dans l'église de Saint-Denis, près de Paris, à Déols, près de ChAteauroux, à Aixla-Chapelle, etc. Voy. Catacombes.
SAXON (Style), — Lesauteursontbeaucoup parlé du style d'architecture saxon ou anglosaxon. Mais les caractères n'en ont jamais été décrits avec précision. Est-il même bien certain qu'il reste quelques fragments d'architecture des Saxons et des Anglo-Saxons ? Pendant longtemps leurs constructions furent entièrement de bois , et il parait que le bois fournit la matière ordinaire et choisie pour les constructions, jusqu'au temps delà conquête, quoique antérieurement à cette époque on ait fait usage quelquefois de pierre dans les grands éditices. La manière de bAtir des Saxons était certainement grossière , et tous les historiens ont décrit leurs édifices comme ayant un caractère varié et très-inférieur à ceux des Normands. Aucune construction en bois de l'époque saxonne n'a pu traverser les siècles et se conserver jusqu'à nos jours ; mais plusieurs antiquaires de la Grande-Bretagne prétendent que nous possédons encore quelques spécimens des constructions en pierre de ces siècles reculés. D'autres antiquaires, aussi de la Grande-Bretagne , disent que la vérité de cette théorie n'est pas clairement établie, et que cette question n'a pas encore été assez étudiée pour être débarrassée de l'obscurité qui l'enveloppe. Les constructions que l'on considère comme appartenant au style saxon sont curieuses, comme présentant des particularités extraordinaires. Si on n'y rencontre pas de traces certaines du style saxon, on y remarque certainement des traits qui les rendent dignes de l'attention des archéologues.
L'exécution en est rude et grossière. Les murs sont bAlis en moellons ou petites pierres irrégulières, quelquefois, en certaines parties et accidentellement, en appareil d'arête de poisson , sans contre-forts. Les arêtiersou angles des murailles sont ordinairement en pierres de taille, posées alternativement dans le sens de la hauteur et dans celui de la largeur de l'appareil. La surface extérieure des murs est parfois ornée d'espèces de petites colonncttes très-allongées, construites en pierres de taille disposées comme nous venons de le dire. Les tours sont divisées en plusieurs étages par des bandes Dictiomn. d'Abghéologie sacrée. IL
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horizontales : on y voit comme ornements de petits arcs aveugles et des triangles. Les piédroits des portes et des autres baies sont communément en appareil long et court, selon l'expression anglaise, comme nous l'avons indiqué ci-dessus. Lorsqu'il y a des impostes, ils sont grossiers , massifs , et ils consistent quelquefois en blocs de pierre brute ; parfois il y a quelques moulures. Les moulures , lorsqu'elles existent , ont de la ressemblance avec les moulures romanes.
L'imposte est quelquefois disposé de manière à former une espèce de chapiteau sur les piédroits. Les arcades sont généralement unies , mais accidentellement elles sont ornées de moulures lourdes et massives , comme à l'arc du chœur de l'église de Wittering (Northamptonshire). Quelques arcades sont faites avec des briques , comme à Brixworth: c'est probablement une imitation de la manière romane primitive ; peut-être ces briques ont-elles été enlevées à quelque vieille construction romaine. Les arcs sont ordinairement semi-circulaires , il y en a qui sont triangulaires et formés de deux pierres appuyées l'une à l'autre et se touchant par leur sommet. Les fenêtres sont rares et étroites.
L'ensemble de ces observations appartient à un certain nombre d'édifices, où l'on voit des constructions normandes superposées à des constructions évidemment plus anciennes, comme la tour de l'église de Clapham , dans le comté de Bedfort , et celle de Woodstone, près de Peterborough. Ces derniers faits militent fortement en faveur de ceux qui admettent l'existence des monuments anglosaxons. Il ne serait pas impossible cependant que les diverses parties de ces éditices appartinssent à une époque presque identique ou à des temps peu éloignés l'un de l'autre. Des Normands auraient pu commencer à la hAte des constructions terminées ensuite avec soin par d'autres Normands. Quoi qu'il en soit, les plus anciens monuments de l'Angleterre sont intéressants dans l'histoire de l'architecture chrétienne du moyen Age.
L'existence de quelques débris angio-saxons est probable; elle sera peut-être un jour démontrée, et l'on pourrait se servir pour cela des vignettes qui se trouvent dans les manuscrits de l'époque angîo-saxonne. La comparaison des éditices qui y sont figurés, avec les fragments d'architecture attribués aux Anglo-Saxons serait un guide excellent.
SCEAUX. — Les anneaux ont précédé les sceaux, et ceux-ci ont précédé les cachets. A force d'augmenter le volume des anneaux, on en a fait des sceaux; et à force de diminuer ceux-ci, on en a fait des cachets. Les anneaux pour sceller furent en usage jusque sous la troisième race des rois de France : les sceaux n'ont paru que vers le x' siècle, et les contre-scels et sceaux secrets qu'au xn% à quelques exceptions près.
Les sceaux, en tant qu'instruments, furent gravés sur toute sorte de métaux, sur les pierres précieuses, sur le verre, sur l'ivoire, sur la craie, etc.
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On ne connaît point de sceaux d'or^ ou d'argent avant Gharlemagne, excepté l'anneau de Childéric. Mais Gharlemagne et ses successeurs à l'empire firent grand usage de ces sceaux ou bulles, qu'ils suspendirent aux diplômes importants. Les autres princes de l'Europe se [tiquèrent de les prendre en cela pour modèles ; mais les papes s'en servirent fort sobrement. Les princes en usaient surtout lorsqu'ils contractaient entre eux quelque traité d'alliance. C'est donc à Cliarlemagnc, dit dom de Vaines {Dictionn. de Diplomat., toin. II, pag. 24-7), qu'il faut attribuer l'institution des sceaux d'or. Il ne les imita pas des empereurs grecs, comme l'ont avancé quelques-uns, puisque Théophile est le premier de ceux-ci qui les ait employés. Mais les empereurs de Constantinople l'ont souvent emporté sur tous les autres princes d'Occident par la magnificence. On en peut juger par la bulle d'or pendante à un diplôme envoyé de Constantinople à l'empereur Henri III, qui fournit assez de matière pour faire un calice d'or. Les sceaux d'or des princes d'Occident ont varié pour le poids et la grandeur.
Les sceaux d'argent sont plus rares que ceux d'or. On n'en connaît pas même de tels des rois de France. On en cite quelaues-uns des empereurs (Cange, tom. I, pag. 13U); des papes [De Re diplom., pag. 133] ; des princes particuliers (Muratori, Antiq. ital. tom. III, fol. 105).
Les sceaux de bronze et d'airain sont un peu moins rares. L'étain fut quelquefois aussi la matière des sceaux. Wilo, abbé de Stavelo et de Gorvey, nous apprend qu'en 1152, l'empereur Frédéric 1er usait de trois sortes de sceaux, d'or, d'argent et d'étain. (Marten.., Ampliss. Callect. tom. II, pag. 5i0.)
De tous les sceaux de métal, ceux de plomb ont été d'un plus grand usage : les preuves de leur antiquité remontent aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Les empereurs païens, Trajan, Marc-Aurèle, LuciusVerus, Antonin le Pieux, etc., ont fait usage de ces sortes de bulles, comme on peut le voir dans le Recueil de Firoconi, qui en offre beaucoup qui viennent des empereurs grecs et latins, et des papes qui étaient déjà dans cet usage du temps de saint Grégoire le Grand. (Firoconi, Ipiombi antichi, pag. 10.) Les patriarches d'Orient, les évoques d'Occident et les abbés s'en servirent aussi.
Les princes souverains d'Occident employèrent également des bulles de plomb : mais nous ne connaissons aucun des rois de France de la troisième race qui s'en soit servi. (Mabillon, de Re diplom. p. 507.)
Les républiques, les villes, les ducs, les comtes et seigneurs souverains, et même les simples particuliers, dans des contrats d'achat, en tirent également usage.
La craie est peut-être la plus ancienne matière qui ait reçu l'empreinte des anneaux chez les peuples d'Asie. Les Romains s'approprièrent cet usage. (Firoconi, / piombi antichi, pag. 10.) Au temps du huitième concile général, certaine terre molle ou dé-
trempée était encore la matière des sceaux, comme on le peut voir par les défenses de Léonce, évèquo de Naples, pour le culte des saintes images.
Le mal te, qui est un mélange de poix, de cire, de plâtre et de graisse, fut quelquefois la matière du sceau. On prétend que les rois mêmes ont scellé leurs lettres avec de la pure pâte de farine, et que c'était la coutume de la Chancellerie de France, jusqu'à l'usage de la cire.
Les premiers rois de France empruntèrent des Romains l'usage des sceaux en cire. Les empereurs d'Orient, les patriarches de Conslantinople, les evêquesjes abbés et les abbayes usèrent des sceaux en cire, qui fut toujours la matière la plus ordinaire des sceaux, tant des princes que des particuliers. Aux sceaux de cire blanche ont succédé d'autres pâtes colorées, dans la composition desquelles il entrait de la térébenthine. Les premiers sceaux de cette espèce ne remontent guère au delà des premières années du xiv" siècle.
La cire rouge, dite vulgairement cire d'Espagne, n'est en usage que depuis Louis XIII.
Rien ne prouve mieux l'inconstance des hommes que les variétés sans nombre de la forme des sceaux. Us sont carrés, ronds, ovales, oblongs, triangulaires, cornus, octogones, hexagones, pentagones, en cœur, en trèfle, en croissant, etc.
La figure ronde ou orbiculaire est la plus simple; aussi est-elle la plus ancienne qu'on ait donnée aux médailles et aux sceaux destinés à authentiquer les actes. Elle a toujours été affectée plus particulièrement aux sceaux de métal. On a découvert un nombre de bulles de plomb des empereurs païens sous cette forme. Firoconi en a fait représenter plusieurs.
Tous les rois de France de la première race, à l'exception de Childéric Ier et de Childéric III, se sont servis d'anneaux orbiculaires. Les rois carlovingiens n'imitèrent pas en cela leurs prédécesseurs : leurs anneaux sont ovales. Les Capétiens, si l'on excepte le roi Robert, donnèrent la préférence à la forme ronde. On la retrouve dans tous les sceaux des rois d'Espagne, de Sicile, d'Ecosse, et de la plupart des rois d'Angleterre. C'est aussi le plus ordinaire des sceaux des anciens ducs, comtes, chevaliers, seigneurs et gentilshommes. Les plus anciens sceaux ecclésiastiques sont également orbiculaires. Us devinrent ensuite assez rares.
Les sceaux ovales furent arrondis en ogive par les deux extrémités. Le xir siècle en vit naître la mode. Elle fut assez particulière aux évoques, abbés, abbesses, monastères, chapitres, officiaux, et aux dames de grande qualité. (Calmet, Hist. de la Lorraine, tom. II, pi. 1, 1*2, 13. — Mém. pour servir à rhistoire de Rret., tom. II, pi. 4, 5, 8, 9, 14.)
Ceux qui voudront avoir des connaissances étendues sur les sceaux, au point de vue de Ja diplomatique, consulteront les
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grands ouvrages des Bénédictins. On publie, en France, depuis le commencement de cette année 1851, des ligures et des descriptions de sceaux dans un recueil particulier sur la sphragietigue.
. SCEPTRE. — Dans l'origine, le sceptre royal n'était autre chose qu'un bâton quo les princes et les généraux portaient à la main, comme un emblème du commandement. La lame tut considérée, dés la plus haute antiquité, comme le sceptre des béros et des conquérants. Mais de bonne heure le sceptre royal fut revêtu d'ornements de cuivre, d'ivoire, d'argent ou d'or, et de ligures symboliques. Le sceptre que les empereurs tiennent sur les médailles ou sur les diptyques, lorsqu'ils sont en habit consulaire, est surmonté d'un globe chargé d'un aigle : on en trouve la preuve dès le temps d'Auguste. Phocas imagina le premier d'ajouter une croix à son sceptre; ses successeurs quittèrent même le sceptre pour ne plus porter à la main que des croix de différentes formes et de différentes grandeurs. Dans le Bas- Empire, quand les princes sont en habit civil, leur sceptre , nommé narthex, consiste en une tige assez longue, dont le sommet est carré et plat. Le sceptre ne paraît point sur les sceaux des rois de France avant Lotliaire, fils de Louis d'Outre-mer. Celui de l'empereur Othon II est terminé par une boule, et ceux de Frédéric Ier et de Henri VII le sont par des croix. Othon IV porte une véritable croix au lieu de sceptre. La forme des sceptres a varié beaucoup ; on peut en voir de nombreux modèles dans les recueils de Montfaucon et de Muratori.
Les artistes du moyen âge ont figuré ordinairement la sainte Vierge portant l'enfant Jésus et tenant le sceptre en main, avec la couronne en tète. La sainte Vierge, comme nous le répétons dans nos Litanies, est la Reine des vierges, la Reine des anges, la Reine de tons les saints. — Astitit Regina a dextris tut s in vestitu deaurato.
SCIE (Dents de). — Ornement usité à la dernière époque de la période romano-byzantine.
SCOTIE. — Moulure concave, dont le profil est formé de deux arcs de cercle raccordés et d'un rayon différent. Voy. Moulures.
SCREEN. Voy. Écran et Clôture de choeur.
SCULPTURE. — I. Il est impossible de concevoir une idée juste du développement des beaux-arts, sans étudier attentivement l'origine, les progrès, le caractère et surtout les œuvres principales de la sculpture. Cette branche des arts plastiques a produit des œuvres éminemment propres à exercer sur l'œil et sur l'esprit une vive et durable impression. Dans tous les temps, à toutes les époques, dans toutes les sociétés, pourvu que les hommes fussent sensibles aux nobles jouissances que procurent les beauxarts, la sculpture a occupé une place distinguée.
La religion chrétienne s'est emparée de bonne heure de ce puissant moyen d'iu-
fluence. Depuis les premiers siècles de l'Eglise jusqu'à nos jours, elle a constamment lavonsô l'emploi de la statuaire, des sculptures allégoriques et des sculptures d'ornementation. On peut placer le point de départ de la sculpture chrétienne dans les Catacombes de Rome, où elle a décoré de nombreux sarcophages, et ensuite en suivre les évolutions diverses dans les monuments reli-ieux construits au moyen âge.
Des hommes, dont assurément nous respectons les intentions, mais dont nous ne saurions admettre les convictions, ont avancé que la sculpture était païenne et non chrér tienne. Ils appuient leur sentiment sur une raison de droit et sur une raison de fait. D'abord ils prétendent que la statuaire demeure éternellement dans l'enfance tant qu'elle n'aborde pas la représentation de la forme humaine dans un complet état de nudité. Les vêtements leur paraissent un obstacle qu'il faut écarter nécessairement de toute composition vraiment artistique ; les chairs et les contours du corps humain, dans la perfection que la nature y a déployée, doivent seuls palpiter et se développer sous le ciseau de l'artiste. Quant au fait, ils avancent que les statues antiques sont incomparablement plus belles et plus nombreuses que les statues inspirées par le génie chrétien.
La réponse à donner à de semblables allégations est facile à trouver. La statuaire, considérée en elle-même, n'a de signification que celle qu'on voudra lui communiquer ; elle est chrétienne entre des mains pieuses qui savent lui faire exprimer des choses élevées ; elle est païenne entre des mains moins pures qui cherchent seulement à animer la matière, sans se préoccuper de la pensée morale qui doit sans cesse reluire dans les travaux de l'homme. Un chef-d'œuvre artistique, suivant une expression énergique, est l'incarnation sur la toile, le bronze ou le marbre, d'une idée forte, généreuse, sublime, dans les conditions qui répondent le mieux à sa nature. Comment alors soutiendra-t-on que les idées chrétiennes, si fortes dans la conscience humaine, si généreuses dans leurs tendances, si sublimes dans leur essence, ne sauraient être rendues de manière à satisfaire les plus impérieuses conditions de l'art? Oh! certainement, l'artiste chrétien trouvera dans la plus inépuisable abondance, au fond de son cœur et dans son Ame, ces trésors de poésie et de ravissante beauté qui font vivre des statues de bois, de pierre ou d'airain 1 11 s'éleveraux plus hautes conceptions de l'idéal, et il les réalisera dans ses œuvres.
Il est évident pour tous ceux qui ont tant, soit peu cultivé l'étude des beaux-arts, que dans la peinture et la sculpture l'expression est ce qu'il y a de seul admirable, de vraiment divin. La contemplation des plus belles formes laisse froid le spectateur, qui sent au contraire quelque chose d'inexplicable se remuer dans ses entrailles en voyant le sentiment briller dans un tableau ou dans une statue. Les premiers sculpteurs ont at-
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teint la perfection matérielle de la forme humaine, et l'on regarde leurs œuvres comme une curiosité ; mais quand l'expression est jointe à l'harmonie du dessin et à la fidélité des formes, alors l'esprit s'exalte, s'émeut et reçoit une impression puissante. Sous le rapport de l'expression, la statuaire chrétienne est de beaucoup supérieure à la statuaire païenne. Le marbre et la pierre ont été cjiargés de reproduire des pensées et des sentiments que les artistes anciens ne pouvaient même pas soupçonner. Nous aurions mille exemples à citer, si c'était nécessaire, pour justifier pleinement notre assertion. Mais il suffit d'avoir visité quelques-uns de nos immortels monuments du moyen âge pour demeurer convaincu de la vérité de ce que nous avançons. Nous aimons trop passionnément nos gloires religieuses artistiques, pour laisser peser sur la statuaire chrétienne d'injustes et aveugles préjugés.
Quant à la question de fait, nous sommes sur un champ de victoire, en comparant seulement les chefs-d'œuvre chrétiens aux œuvres antiques, sous le rapport du nombre et de l'expression. Ceux qui soutiennent que la mythologie a produit plus de compositions sculpturales que le christianisme, ferment les yeux devant les grands et immortels monuments du moyen âge. Certaines grandes églises, comme Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Reims, d'Amiens, de Paris, sont ornées de deux, trois et quatre mille statues. Nous passons sous silence les églises collégiales et abbatiales, comme Saint-Martin de Tours, Saint-Denis en France, Saint-Remi de Reims, Saint-Riquier en Picardie, Saint-Quentin en Vermandois, où les arts avaient déployé un luxe inouï. Dans la France seule, avant les ravages des religionnaires, au x\T siècle, et même avant la révolution de 1793. on comptait trente, quarante, cinquante figures peintes ou sculptées dans chacune des églises paroissiales. En prenant un terme moyen inférieur aux chiffres que nous venons d'indiquer, on obtiendrait par le calcul un nombre prodigieusement considérable d'œuvres de peinture et de sculpture religieuses. Celle évaluation approximative de nos richesses artistiques nationales serait éminemment propre à nous faire connaître l'importance que le catholicisme a toujours donnée à l'art figuré. Nous en ferons, pour le moment, ressortir uniquement cette conséquence, que la statuaire chrétienne a reçu de l'inspiration religieuse une fécondité incomparable. Les quelques centaines de statues que nous a léguées l'antiquité païenne ne peuvent pas se comparer aux centaines de mille statues créées par le ciseau des artistes pieux du moyen âge, ou des âges plus récents. Nous ne voudrions pas que l'on exagérât notre pensée, et qu'on lui prêtât une extension que nous n'avons pas l'intention de lui donner. Ainsi, nous sommes loin de prétendre que toutes les statues placées dans nos églises des xu% xm', xiv% xv' et xvr siècles soient autant d'œuvres
éminentes; nous savons trop bien que les créations du génie sont rares en tous genres. Nous voulons seulement montrer à des hommes aveuglés par les préjugés que, par le fait, le catholicisme a communiqué une impulsion puissante à la statuaire et à l'ornementation sculpturale.
Jusqu'à ce moment, nous n'avons parlé que de la statuaire ; quelles raisons n'aurions-nous pas à faire valoir si nous abordions l'examen de la sculpture monumentale et de la sculpture décorative? 11 est impossible de rien concevoir de plus riche et de plus gracieux que les rinceaux, les enroulements, les arabesques, les guirlandes, les fleurs et les feuillages qui ornent nos vieux édifices. Nous ne résisterons pas au plaisir de développer à ce sujet quelques rétlexions qui naissent d'elles-mêmes à la vue des monuments de l'ère ogivale, monuments désignés si improprement sous le nom de gothiques. Nous consacrerons un peu plus bas un article tout entier à ce sujet intéressant. On se convaincra par là de plus en plus que la sculpture chrétienne a su conquérir une place éminente où elle trône en reine, dominant de toute la hauteur de la perfection et de l'idéal sur toutes les productions de même nature.
Afin de mettre plus d'ordre dans nos idées et mieux faire comprendre ce que nous avons à dire sur la sculpture, nous divisons cet article en plusieurs sections. La première section comprendra l'exposition des principes et des développements les plus remarquables de la statuaire antique. La seconde renfermera quelques notions sur la statuaire chrétienne, depuis Constantin jusqu'au xme siècle exclusivement. La troisième exposera quelques aperçus sur les œuvres admirables de l'époque ogivale jusques et y compris la Renaissance. La quatrième s'occupera de la sculpture ornementale. Nous placerons enfin quelques détails historiques et archéologiques qui n'auront pu entrer dans les divisions précédentes.
Quand on veut remonter à l'origine des sciences et des arts, on est toujours arrêté par les ténèbres qui entourent leur berceau. Les commencements de chaque chose sont toujours enveloppés de mystères, et ce n'est qu'avec des peines inouïes et quelquefois avec un médiocre succès qu'on arrive à soulever une partie du voile. 11 y a sans doute, dans cette condition de toutes les sociétés et de toutes les connaissances humaines, quelque chose de providentiel. Quand on quitte le livre qui renferme des détails positifs et infaillibles sur la création du monde, sur la formation de l'homme, sur l'origine des nations et sur une foule de hautes questions de religion et de philosophie, on tombe dans d'épaisses ténèbres, d'où l'on ne peut sortir qu'à tâtons et presque toujours sans honneur.
Dès le temps des grands patriarches hébreux , nous trouvons l'usage de statues sculptées. C'est ainsi que dans l'histoire si
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intéressante et si poétique de Laban, de Lia, de Rachel et de Jacob, nous trouvons mentionnée l'existence de petites statues nommées Thernpim. On a l'ait beaucoup de lourdes dissertations pour savoir, d'une manière précise, ce qu'il faut entendre par ce met Therapim. On pense communément que c'étaient des statuettes auxquelles s'attacr.ait une idée superstitieuse et même idolâtrique, et que c'étaient, pour ainsi dire, les dieux pénates des peuples païens. Ces Therapim ne doivent pas toujours être regardés comme des idoles, car dans plusieurs endroits de la sainte Ecriture, il serait absolument impossible d'admettre ce sens.
Chez les plus anciens peuples de l'Inde, de l'Egypte, de la Perse et de l'Assyrie, nous rencontrons, dès les temps les plus reculés, des vestiges de l'art de la sculpture. Dans les souterrains de l'Inde, à Ellora et à Eléphantine, près de Bombay, on trouve d'immenses souterrains dans lesquels on observe les plus anciens monuments de l'art hindou. En plusieurs endroits, on remarque des sculptures d'ornementation où brille autant de goût que de patience ; en d'autres lieux les formes sont plus bizarres que gracieuses, et enfin, en quelques endroits, on a sacrifié la raison et le bon goût à des idées grotesques, ridicules et même d'une obscénité révoltante. Quant à la statuaire, elle se distingue par des types lourds et des formes hideuses. Ajoutons à cela l'emploi des figures symboliques qui s'opposait à tout progrès véritable dans la culture des beaux-arts ; c'est ainsi que sur des corps d'homme ou de femme on plaçait des têtes d'animaux de toute espèce, et quelquefois des membres de bêtes étaient soudés d'une façon dégoûtante à un tronc humain.
En Egypte, pendant de longs siècles, on adopta les mêmes principes qui dominèrent à peu près constamment dans l'Inde. De là ces statues bizarres, que l'art répudie autant que le bon sens, de l'Anubis à tête de chien, de l'Isis à tête de vache, des sphinx à tête et à poitrine de femme el à corps de lion, etc. Outre les statues purement allégoriques, les Egyptiens avaient consacré l'emploi de figures en demi-relief pour composer des hiéroglyphes. Non-seulement on y voyait des statuettes entières, mais encore des membres humains séparés entièrement.
L'écriture hiéroglyphique, que l'on est si heureusement arrivé à déchitï'rer aujourd'hui, grAce surtout aux savantes investigations de Champollion le Jeune, est extrêmement curieuse au point de vue de l'enfance do l'art de la représentation humaine. Tous les personnages qui y figurent sont posés de profilet avec in relief très-peu saillant. Les formes générales sont à peine accusées, les muscles ne sont jamais apparents, l'expression de la face n'est jamais sentie ; tout est roide et comme enveloppé de langes; on dirait presque que les Egyptiens ont voulu reproduire dans ces dessins leurs momies immobiles, enlacées de bandelettes et froides comme la mort. Nous devons cependant
dire que la statuaire égyptienne sut créer des œuvres fort remarquables. Tous les connaisseurs admirent avec surprise la perfection matérielle que les artistes égyptiens ont donnée à leurs travaux. Dans les grandi misées de l'Europe, on possède des statues, et surtout des sphinx travaillés sous le rapport de ia forme matérielle, avec une habileté véritablement extraordinaire.
Le royaume d'Assyrie s'éleva, comme' chacun sait, à une hauteur prodigieuse sous le rapport de la puissance, du commerce, du luxe et des arts. Les ruines de Babylone et de Ninive sont encore là pour attester les progrès immenses que cette puissance avait faits sur tous les peuples de l'Asie. Jusqu'à présent on avait été réduit à former des conjecturessurl'étatdelastatuairedans l'empire d'Assyrie ; on avait recueilli, traduit, annoté différents textes tirés des auteurs anciens, et on avait observé quelques rares fragments provenant des débris de l'antique Babylone. Aujourd'hui, par le moyen de M. Botta, consul de France à Mossoul, et de M. Flandin, auquel une mission spéciale a été donnée à ce sujet, les ruines les plus curieuses de Ninive ont été profondément remuées [Voy. Ni\ive), et l'on a découvert des inscriptions, des bas-reliefs, des statues et autres objets d'art du plus puissant intérêt. C'est une page tout entière de l'ancienne civilisation assyrienne qui vient d'être exhumée et rendue à l'histoire et à la science. Paris vient de s'enrichir des dépouilles artistiques de Ninive, et les collections du Louvre pourront montrer aux curieux et aux savants des objets d'un mérite incontestable pour reconstituer une des plus étonnantes phases de l'histoire de l'humanité.
Dans les ruines de PersépoJis, on a retrouvé de fort beaux vestiges de l'art des Perses. Les monuments les plus remarquables sont les édifices élevés d'après des principes particuliers et dans de nobles proportions. On y a découvert en outre des objets d'art de toute espèce et des inscriptions en caractères persépolitains que l'on commence à déchiffrer. Quand l'érudition française aura reconstitué l'alphabet de Persépolis et celui des inscriptions cunéiformes, on sera sur la voie pour arracher aux monuments des secrets sur lesquels pèse un oubli séculaire.
En étudiant les premiers monuments de l'art grec, on se convainc promptement que l'art égyptien a exercé une influence trèsforte sur ses premiers développements. Il suffit de nommer ici les images d'Hermès, qui ressemblaient à des momies, et qui étaient comme enveloppées de bandelettes des pieds à la tête. Bientôt on rendit la liberté aux pieds et aux bras captifs, et les mains soutinrent des boucliers el des lances. L'art se divise chez les Crées et se partage entre trois peuples difiérents, ceux d'Athènes, d'Egine et les Etrusques. Nous n'avons pas l'intention de suivre dans leurs moindres détails les évolutions par lesquelles sont passées les diverses écoles de sculpture de la Crèce. Il faudrait de longs volu-
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mes pour donner une idée complète de celte importante branche de l'art. Nous nous bornerons à dire qu'à partir de Dédale commence l'ère des perfectionnements. C'est du lui que les Grecs disaient d'une manière symbolique que son génie avait donné à la matière le mouvement, la vie et la parole. L'expf ession vint animer le visage, la science dessina les formes humaines avec une intelligence parfaite de l'anatomie et du mouvement des muscles. Ce ne fut pas immédiatement que la statuaire parvint au sommet de la perfection ; elle passa par des vicissitudes variées de progrès et de dégénérescence, jusqu'à ce qu'elle fût cultivée par les Phidias, les Polyclètes et les Myron de Leuctres.
Les statues de la belle période de la sta* tuaire grecque sont d'une ravissante beauté. Les artistes poursuivaient avec ardeur l'idéal de la forme humaine , et ils l'atteignirent souvent avec un rare bonheur. Ils sentirent et exprimèrent avec une précision admirable cet ensemble de qualités nobles et gracieuses qui exercent sur nos sens un irré sistible empire. Si nous osions employer cette expression, nous dirions qu'ils ont déliassé la nature. En effet, il est excessivement rare, pour ne pas dire impossible, de trouver un être humain dont toutes les formes soient irréprochables. Toujours quelques défauts, quelque minimes qu'on les suppose, viennent malheureusement déparer l'ensemble. Dans les chefs-d'œuvre des sculpteurs grecs, tous les défauts ont disparu ; il ne reste que les formes les plus pures et les plus harmonieuses, reliées ensemble suivant les lois de la plus merveilleuse unité.
Les statuaires de la Grèce exercèrent surtout leur ciseau sur le marbre pour représenter les dieux et les héros. Nous devons rendre justice à leurs compositions sous tous les rapports. Nous considérons leurs œuvres comme le point le plus élevé auquel puisse monter l'art de la sculpture. Mais uussi, au point de vue moral, les statues qui nous restent des meilleurs maîtres nous montrent l'empire absolu du sensualisme et le règne de la volupté. On a beau dire que Vénus trouve un vêtement dans sa beauté même , il n'en reste pas moins évident à tous les yeux que ce vêtement est fort léger et que la pudeur ne s'en contente pas. 11 y a bien longtemps que l'on a dit que chaque œuvre, pour mériter les louanges des hommes vertueux, c'est-à-dire des seuls véritables juges sur la terre, devait porter profondément empreint un caractère moral propre à rendre les hommes plus éclairés, plus justes et meilleurs. C'est une vérité éminemment philosophique. Nous demandons qu'on en fasse constamment l'application aux œuvres de la statuaire antique : nous ne sommes alors nullement inquiets du jugement qui sera rendu.
Quand on étudie attentivement la naissance et les phases diverses de l'art inspiré par le christianisme , on découvre que cet
art n'a pas pris immédiatement ce caractère spécial qui le distingua par la suite. Cet effet est dit à une cause naturelle et nécessaire. Les idées ne s'infiltrent pas tout d'un coup dans une société entière de manière à modifier et à changer les jugements arrêtés d'avance, les influences de l'éducation, et cet ensemble de pensées et d'impressions que nous recevons comme malgré nous et sans nous en douter, des hommes au milieu desquels nous sommes nés et nous vivons.
Dès les premiers siècles de l'Eglise, la religion chrétienne exerça son empire sur un grand nombre d'âmes" d'élite. Comme l'Evangile, a été annoncé aux pauvres, c'est dans la classe du peuple, et surtout du peuple travaillant et souffrant, que les apôtres trouvèrent de fervents adeptes. Les arts généralement ne sont pas compris par le peuple : on a besoin d'une éducation première, longue et difficile, pour savoir justement apprécier le mérite d'une œuvre artistique. Nous pouvons donc avancer, sans crainte d'erreur, que durant les persécutions, les chrétiens ne cultivèrent ni la sculpture, ni les beaux-arts. Néanmoins, comme le sentiment de l'art est inné dans le cœur de chaque homme , quoique la science ne l'ait pas dégagé de fausses impressions , dès le commencement des réunions chrétiennes , même dans les obscurs souterrains des Catacombes, nous trouvons des essais de peinture et de sculpture. Nous devons ici mentionner avec honneur les sarcophages en marbre qui servaient à recueillir la dépouille des martyrs les plus courageux. Ces monuments sont remarquables sous bien des rapports ; mais pour ne point sortir du sujet qui nous occupe en ce moment, nous dirons que la face antérieure et les deux petites faces latérales des sarcophages chrétiens sont ornées de sculptures variées : les sujets le plus fréquemment reproduits sont Jésus- Christ sous la forme du bon Pasteur, ou bien enseignant ses disciples. Non-seulement à Rome, mais encore dans quelques-unes des vieilles cités de la France méridionale, ou admire de curieux monuments de ce genre.
Lorsque Constantin , par sa conversion , eut ouvert une nouvelle ère pour le christianisme, les arts chrétiens jetèrent de vigoureuses racines et fleurirent de tous côtés. A Constantinople, l'architecture, la peinture et la sculpture fournirent une carrière brillante. Cette ville, par la culture des arts, exerça une si puissante influence non-seulement sur l'Orient, mais encore sur l'Occident, que les archéologues ont pu déterminer les caractères du style byzantin.
En Occident la statuaire demeura longtemps au berceau. Dans les monuments du xie siècle, on aperçoit déjà quelques formes rudimentaires et comme les premiers linéaments d'un art mieux inspiré. Nos vieilles églises romanes offrent à l'observateur de curieux exemples de ces statues grossières, où l'art est encore barbare et où l'on voit déjà apparaître les premiers signes de l'expression et du sentiment. Les chapiteaux
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des colonnes sont fréquemment ornés de scènes historiques fort intéressantes à étudier non-seulement au point de vue des antiquités chrétiennes , mais encore des ébauches de l'art de la sculpture. Au portail, occidental des églises, on représentait déjà quelques sujets en ronde-bosse ou en basreliei. Ces œuvres, d'une grande rudesse d'eiécution, sont vraiment précieuses pour l'archéologie qui aime à suivre pas à pas les arts chrétiens dans toutes leurs évolutions.
Au xuc siècle l'architecture prit de remarquables développements. Les principes eux-mêmes sont déjà profondément modifiés ; à l'arc plein cintre, l'ogive élancée est substituée en plusieurs endroits du temple chrétien. Le statuaire suit le mouvement ascensionnel de l'architecture. Le portail principal des églises est décoré non pas seulement de statuettes, mais encore de statues de grande dimension. Les formes ne sont plus aussi roides qu'antérieurement ; les draperies s'étendent moins lourdement sur les membres, et retombent en plis moins pesants. La vie circule déjà dans le corps, dont les mouvements sont naturels; la figure surtout prend un éclat remarquable; il y a de l'expression et principalement un calme, une placidité, une simplicité admirables. Les bustes'sont généralement très-allOngés ; les draperies presque collantes sur la poitrine, et flottantes et larges pour la partie inférieure du corps. Très-souvent les statues, à cette époque, étaient peintes et dorées : nous avons eu l'occasion d'en observer des vestiges encore notables sur plusieurs édifices du xir siècle. Nous citerons ici comme spécialement dignes d'attirer l'attention des amateurs, les statues qui décorent le frontispice de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Les grandes statues des latéraux du portail sont très-bien dessinées, et les statuettes de la voussure sont pleines de grâce et de naïveté. Nous citerons encore les statues qui décorent le portail principal de Notre-Dame de la Couture, au Mans.
Depuis le xm* siècle jusqu'au xvi% les arts chrétiens parvinrent à leur apogée. Jamais époque de l'histoire de l'humanité ne montra une plus grande ardeur pour la culture des beaux-arts et un si noble enthousiasme pour l'ornementation des édifices chrétiens. La plupart de nos magnifiques cathédrales ont été fondées au xme siècle et presque tous nos immortels édifices religieux ont été bûtis durant la période ogivale.
Nous pouvons comparer l'art chrétien à un grand arbre couvert de feuilles, de ileurs et de fruits. La saison où cet arbre a poussé avec plus de vigueur, a étalé les plus beaux feuillages, épanoui les Heurs les [dus parfumées, produit les fruits les plus savoureux, c'est sans contredit le xur siècle. A cette époque l'art est vraiment inspiré; les moindres détails sont finis avec ce scrupule de la perfection que l'on ne rencontre presque jamais dans des œuvres de proportions gigantesques.
Pour ne point nous écarter de la statuaire
qui nous occupe, qu'on se transporte devant quelques-unes de nos plus somptueuses cathédrales et qu'on se donne uniquement la peine d'ouvrir les yeux. C'est réellement un spectacle éblouissant qui fascine le regard et qui étourdit l'imagination. Nous citons ici Notre-Dame de Reims, d'Amiens, de Chartres, de Bourges et de Paris. Parmi ces glorieux édifices nous choisissons Reims , et nous nous transportons devant son portail occidental ; c'est là une des plus extraordinaires créations du génie artistique du moyen âge. Pour donner une idée plus complète de ce chef-d'œuvre de la sculpture chrétienne, nous allons extraire quelques lignes d'un ouvrage intitulé : Les Cathédrales de France, que nous avons publié il y a quelques années.
« Le portail occidental de la cathédrale de Reims est une des merveilles du genre. Dans le langage du peuple , ce serait un des quatre membres qui devraient constituer un corps parfait, en l'unissant à la nef d'Amiens, au chœur de Beauvais, à la flèche de Chartres ou à celle de Strasbourg.
« La partie inférieure de ce portail, divisée par trois ouvertures, olfre plusieurs traits de ressemblance avec la partie correspondante de la cathédrale d'Amiens. On y remarque peut-être moins de grandiose et de majesté dans l'ensemble, mais aussi beaucoup plus de richesse dans les sculptures et dans les détails. C'est vraiment un admirable coup d'oeil que ce vestibule tout chargé de statues, de niches, de dais, de pinacles, de dentelles, de feuillages, d'aiguilles et de clochetons; l'art chrétien y a épuisé sa verve féconde. C'est une création entière pleine de vie et d'animation.
« Les parois latérales de ces trois entrées sont décorées d'une série de statues colossales au nombre de trente-cinq , appuyées sur un stylobate original. Elles représentent des patriarches, des prophètes, des rois, des évoques, des vierges et des martyrs.
« Sur le pilier symbolique qui partage en deux l'entrée principale, on a placé limage de la sainte Vierge, sous l'invocation de laquelle le temple est consacré. Les faces de ce pilier sont couvertes de bas-reliefs reproduisant la chute de nos premiers parents. Quelle inspiration pleine de religieuse poésie! l'auguste Mère de Dieu rappelle la Rédemption après la fatale sentence : c'est la vie au-dessus de la mort !
« Les pieds-droits et les linteaux des trois portes sont chargés de sculptures historiques et allégoriques. On y découvre môme des emblèmes de travaux agricoles dans les diverses saisons de l'année , des attributs d'arts et de métiers.
« Mais c'est principalement dans les voussures de ces portes et les frontons qui les surmontent que l'artiste a donné carrière à son génie, en traçant avec son ciseau un poème religieux tout entier. On y reconnaît les personnages et les figures de l'ancienne loi, précurseurs du Messie, le règne de Jésus-Christ , le grand mystère de la Réderap-
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lion, le Triomphe de la loi nouvelle, la Conversion des gentils. Ce grand tableau est terminé par la Résurrection générale, le Jugement dernier, la Punition des méchants, la Récompense des justes qui triomphent dans les demeures célestes ; enlin l' Apothéose et le Couronnement de la sainte Vierge, entourée des anges et dos chérubins, dominent toute cette composition. Elle règne sur l'entrée du temple dont elle est la patronne. » Jusqu'à présent nous avons spécialement parlé de la sculpture aux xmc et xive siècles. <)ue de choses n'au rions-nous pas à dire, si nous voulions indiquer les caractères de la sculpture et de la statuaire à chaque période architectonique ? Nous sommes arrêtés par l'abondance des matières, et nous ne pouvons qu'esquisser un tableau qui gagnerait infiniment à être complètement terminé. Au xv' siècle , la sculpture lit des progrès remarquables. Les statues ont reçu cette grâce et cette délicatesse qui ravissent et émeuvent. La statuaire chrétienne est méditative, pieuse, mélancolique, candide et toujours chaste. Jamais aucune nudité indécente ne vient attrister le regard ; jamais de draperies trop légères ne dessinent trop exactement les formes humaines. On peut regarder les innombrables œuvres qu'elle nous a laissées sans jamais être contraint de baisser les yeux. Au contraire, le sentiment chrétien rayonne de tous les fronts. La vertu et la piété respirent dans tous les visages. Il est impossible de contempler longt-mps les compositions de cet âge éminemment religieux sans emporter au fond de son âme quelques inspirations pieuses et quelques mouvements vers Dieu. Cette statuaire remplit cette haute condition de l'art que nous avons précédemment indiquée : elle a un but moral qu'elle atteint et qu'elle réalise.
Au xvi' siècle, et à l'époque de la Renaissauce, la statuaire a encore créé plusieurs chefs-d'œuvre ; ils sont moins nombreux que durant les trois derniers siècles ; ils sont cependant dignes de toute notre admiration. Nous nommerons les magnifiques statues de l'église de Rrou, près de Rourg (en Bresse); les tombeaux des cardinaux d'Amboise,a Rouen; celui de François II, àNantes, et plusieurs à Saint-Denis , près de Paris. La statuaire ne forme pas le domaine entier de la sculpture ; elle en constitue assurément la partie la plus importante et vraiment essentielle ; il faut y joindre la sculpture ornementale. Cette dernière branche s'occupe exclusivement de ces compositions agréables qu'elle emprunte à la nature ou à l'imagination, et qui servent à décorer les divers membres de l'architecture, ou à composer des objets isolés, qui n'ont point de rapport direct avec un monument ou un ensemble établi dans d'imposantes proportions. A cette sculpture d'ornementation appartiennent ces mille charmants objets que réclament les besoins ordinaires de la vie, quand le luxe et l'éducation ont rendu ces besoins plus exigeants. L'art a créé sous ce
rapport une multitude de brillantes bagatelles ; nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps, et nous dirons quelques mots seulement de la sculpture monumentale.
Chez les anciens , la sculpture ornementale appliquée aux grands édifices n'atteignit jamais l'importance qu'elle a obtenue chez les modernes. Cela tenait à la manière même dont ils envisagèrent l'art de bâtir et à l'application sévère des ornements accessoires à laquelle ils s'astreignirent dès le principe. Cependant nous aurions tort de ne pas faire savoir qu'en cette partie, comme en toutes celles auxquelles ils s'appliquèrent, ils déployèrent un goût d'une pureté et d'une finesse inimitables. Les feuillages furent reproduits avec une vérité frappante ; les artistes surent en développer les lobes avec grâce, en fouiller les découpures avec habileté, en distribuer les divisions avec symétrie. Les enroulements ou rinceaux sont dessinés avec élégance , les rosaces et fleurons sont riches et bien composés , les formes de fantaisie sont également dessinées avec une rare délicatesse.
Nous passons plusieurs siècles du moven âge, pendant lesquels la sculpture monumentale n'a fait aucun progrès. Au xne siècle rornementation est déjà gracieuse et savante. On admire dans beaucoup d'édifices religieux une multitude incalculable de formes variées. L'imagination des artistes était extrêmement féconJe ; nous sommes forcés de convenir aussi que leur main sut donner à ses caprices uncorps léger et parfaitement en rapport avec ce qu'il était chargé d'exprimer. Les productions de la nature lui fournirent ercore mille ingénieux motifs de décoration. Les principes acceptés au xir siècle se développèrent encore aux siècles suivants. Alors le ciseau fut accoutumé à vaincre toutes les dillicullés. Les feuillages les plus riches de nos prairies et de nos forêts s'entremêlèrent aux fleurs les plus odorantes de nos climats pour former des bouquets et des guirlandes pleines de parfum et de poésie. On n'aimait pas alors à reproduire des plantes étrangères ; on s'attachait de préférence à sculpter des végétaux qui avaient pris naissance dans nos contrées et qui s'étaient colorés aux rayons de notre soleil. Les végétations naturelles de chaque pays formeront toujours la décoration la plus convenable des monuments qui s'élèvent sur le même sol ; les yeux aiment à rencontrer dans les édifices ces innombrables petites plantes que chacun voit depuis son enfance, qu'il connaît et qu'il aime comme on connaît et on aime tout ce qui appartient à la patrie. Il s'établit un lien indéfinissable d'attachement et d'amour de l'homme envers les objets qui peuvent lui rappeler ces précieux souvenirs qui ne s'éteignent qu'avec la vie.
Pendant la période ogivale, on ne se contenta pas d'imiter les feuilles et les fleurs qu'on cueillait dans nos campagnes, on composa des ornements fantastiques. 11 est difficile de rien imaginer déplus frais, de plus
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riant, de plus charmant que ces ingénieuses créations. Il faut un prendre une idée juste en contemplant ces milliers de feuilles, de dentelles, de festons, de guirlandes, de pinacles , d'aiguilles, de clochetons, de dais, de consoles qui couvrent le frontispice de nos cathédrales. Pendant longtemps on méprisait ce système d'ornementation ; on le calomniait en lui attribuant des dénominations injurieuses ; aujourd'hui on est revenu à des idées plus saines, et on admire ce qui est vraiment admirable. L'ignorance ne saurait fausser les lois éternelles du bon goût. Les artistes de la Renaissance ne comprenaient pas les ornements de la période gothique ; ils les firent passer pour barbares, ce qui était plus commode que de les étudier. Enfin, justice a été faite des préjugés ; nous regardons avec un juste orgueil les chefsd'œuvre de nos pères, et nous pouvons nous en glorifier sans que nul puisse nous reprocher nos sympathies et notre admiration.
Les ornements de la Renaissance portent encore un caractère qui les distingue. Avant d'arriver à reproduire exactement les formes inventées par les anciens, les artistes inventèrent, au xvr siècle, plusieurs motifs d'ornementation pleins d'élégance et de verve. Les arabesques de cette époque sont dessinées et sculptées avec une fantaisie qu'il sera toujours plus aisé d'admirer que d'imiter.
Parmi les arts du dessin, c'est sans contredit la sculpture dont l'emploi a été le plus fréquemment adopté pour l'ornementation des monuments de la vie privée. A toutes les époques les instruments du culte, les armes , les meubles à l'usage de l'habitation, les ustensiles domestiques, en quelque matière qu'ils aient été façonnés, ont été enrichis plus ou moins de figures, d'emblèmes, d'ornements sculptés ou ciselés, dont le mérite artistique était naturellement en rapport avec le goût du temps qui les a vus naître.
Sculpture mobilière des premiers siècles du moyen âge. — L'établissement successif des Goths et des Lombards en Italie, l'invasion des Francs dans les Gaules et les malheurs de toute sorte qui accablèrent l'Occident durant les premiers siècles du moyen âge, n'anéantirent pas les arts industriels ; ils furent même encouragés par les barbares, qui en recherchèrent les productions. Mais en songeant à toutes les causes qui ont dû amener depuis tant de siècles la destruction des objets d'art mobiliers de cette époque reculée, on ne s'étonnera pas du petit nombre qui en est parvenu jusqu'à nous : quelques pièces du trésor de Monza, qu'on fait remonter à la reine Théodelinde , la cathedra en ivoire de saint Maximien, archevêque de Ravenne (vr siècle), et le trône do Dagobert, conservé dans l'église de Saint-Denis, dont l'authenticité n'est pas incontestable, sont presque les seuls monuments mobiliers attribues à l'industrie artistique des trois premiers siècles du moyen Age. Il faut donc s'en tenir aux conjectures sur le style de l'ornementation des objets meubles de ce temps.
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On sait qu'au moment où le christianisme, triomphant sous Constantin, fut libre de produire au dehors les marques de son existence, l'art chrétien, qui ne pouvait se créer immédiatement une technique nouvelle , adopta le style de l'antiquité dans l'état de décadence où il se trouvait alors. Les premiers siècles du moyen âge ne paraissent pas avoir suivi d'autres inspirations. En Italie, le roi des Goths, Théodoric, passionné pour les arts et les monuments de l'ancienne Rome, faisait restaurer dans leur état primitif les édifices élevés par les Romains, et en faisait construire de nouveaux d'après les principes de l'art antique. Si les Lombards, successeurs des Goths, s'efforcent, principalement sous Agitulfe et Théodelinde, de suivre l'exemple des peuples qu'ils avaient vaincus, il n'est pas à supposer que ces barbares aient introduit quelque changement dans la pratique des arts qui leur était inconnue. Les nombreux monuments de la grandeur des Romains qui existaient encore et ceux qu'avait tout récemment édifiés Théodoric durent leur servir de guide, et bien qu'ils soient restés fort au-dessous des modèles qu'ils avaient suivis, si l'on en juge par les fragments de sculpture qui subsistent à Pavie et à Monza, on ne peut néanmoins trouver dans ces sculptures aucune espèce d'originalité. Quant à la Gaule, qui avait été civilisée par les Romains, et conquise par un peuple guerrier , auquel la culture des arts était étrangère , tout porte à croire qu'elle conserva dans ses travaux artistiques , durant l'époque mérovingienne , le caractère des magnifiques monuments que les Romains y avaient élevés. Les objets mobiliers de cette première période du moyen âge furent donc nécessairement empreints du style de l'antiquité.
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La statuaire est-elle essentiellement païenne ? — On soutient que la sculpture est un art né du paganisme, qui, de quelque manière qu'on le travestisse, restera païen ou cessera d'être, et que cet art si royal et si divin a été de tout temps fort peu goûté en France. Les hommes qui soutiennent de pareils paradoxes ne savent que prêcher l'avilissement des arts et prédire leur décadence. La sculpture du moyen âge tout entier est donc considérée comme non avenue? En vain les artistes catholiques ont-ils taillé des rois sur les tombeaux des cryptes , des saints sous les voussoirs des portails, Dieu, la Vierge sur le tympan des ogives ; en vain ont-ils sculpté et ciselé la création du monde, l'histoire du monde, ie jugement du monde ; en vain ont-ils formulé par la sculpture la morale, personnifié la science et l'art ; en vain ont-ils divisé les années ; en vain la terre ne suffisant plus à leur merveilleuse fécondité, ont-ils traduit les mystères célestes révélés par le vieillard de Pathmos, et cela par tout le sol de la France ; en vain ont-ils multiplié les statues dans une proportion inconnue à l'antiquité ?
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