‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 154 sur 276 · SP1I · texte numérisé non relu

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Dies irœ, dics il la Solvet sœclum in favilla, Teste David cum sibyllu.

Il y a une sibylle qui est plus célèbre et supérieure h ses compagnes : c'est la sibylle Tiburtine. Elle fit voir h l'empereur Auguste l'enfant Jésus tenu par sa mère, et au sein d'une gloire qui éclatait en face du soleil.

Le costume des sibylles est d'une richesse extrême, costume de convention, où ruissellent les pierres précieuses et où s'étalent mille broderies d'argent, d'or et de perles. Les vêtements se superposent, robe, tunique fendue sur les côtés, manteau. La stature est haute, la taille est vigoureuse, l'âgo est dans la force.

On peut consulter, sur les sibylles, et les monuments iconographiques du moyen âge qui .les représentent, le Guide de la peinture, annoté par M. Didron, pag. 153, et deux curieux chapitres de V Iconographie chrétienne de M. l'abbé Crosnier.

SIÈGES DU CHOEUB. Voy. Chaire épiscopale, stalles. — H y a dans certaines églises des sièges en pierre, en marbre ou eu bois, placés auprès de l'autel, et qui étaient autrefois connus sous le nom de sièges de paix. A l'époque où les églises avaient le droit d'asile, ce siège était réputé sacré : Hœc sedcs lapidea dicitur pacis cathedba, ad quam reus fugiendo perveniens omnimodam habet securilalem.

SOCLE. — Plinthe qui sert de base à une colonne, un pilastre, des fonts baptismaux, un bénitier, etc.

SOFFITES. — Sculptures de diverses formes, figurant habituellement des compartiments, et qui ornent les plafonds des entablements, des dômes, ou môme ceux d'une salle ordinaire.

Les monuments de la Benaissance ont des softites généralement fort ornés. Ceux de la période romano-byzantino et de la période ogivale n'ont pas de softites proprement dits.

SOLARIUM. — Le solarium est une espèce de terrasse qui surmonte les églises grecques.

Il y en avait quelquefois dans les monastères. Voy. la description de l'abbaye de Saint-Wandrille, à l'article Abbaye.

SOLE A. — On donnait généralement le nom de solea, dans les églises grecques, à l'espace compris entre l'ambon et le sanctuaire , et dans les églises latines , à l'espace compris entre le sanctuaire^et le chœur. Voy. Iconostase. On peut consulter à ce sujet les Ann. de Philos, chrét., tom. XIX, pag. 432.

SOUBASSEMENT. — Le soubassement est un piédestal continu, destiné à porter un rang de colonnes. C'est la même chose que le stylobate.

SPHYHÉLATON. — A côté des ouvrages fondus dans un moule, ou sculptés dans la masse du métal, il en existe d'autres qui sont obtenus par un procédé consistant à repousser au marteau des feuilles de métal, de ma-

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nièrc à leur donner la forme que l'artiste veut produire, et h exprimer à leur surface des ligures ou des ornements en relief.

Ce procédé qui a reçu le nom de sphyrélaton et qui est plus connu sous le nom do travail au repoussé, remonte à une haute antiquité. Les objets métalliques dont parle Homère sont toujours travaillés au marteau, et il n'est pas douteux que les statues colossales des anciens n'aient été ainsi faites. Quelque légèreté que l'on puisse donner au métal fondu, par la perfection du moule, elle ne pourra jamais être mise en comparaison avec celle d'une feuille de métal dont le marteau viendra réduire l'épaisseur, autant que sa malléabilité peut le permettre.

Aussi le procédé du repoussé fut-il employé principalement dans la confection des armures de luxe et dans l'orfèvrerie, qui, jusqu'au xvir siècle, comprenait l'exécution des bas-reliefs et des statues d'or et d'argent : il s'agissait de réunir dans ces armures de parade la richesse à la légèreté, et dans les travaux d'orfèvrerie, de produire des pièces d'une grande dimension en leur donnant le moins de poids possible; rien ne pouvait mieux satisfaire à cette double condition que le travail au repoussé.

Durant tout le moyen Age, les bas-reliefs, les statues, les vases d'or et d'argent ont presque tous été travaillés au repoussé et ciselés ensuite.

Le moine Théophile, dans sa Diversarum arlium schedula, nous fait connaître ce fait, et Benvenuto Cellini, dans son Traité sur r orfèvrerie, nous apprend que ce procédé était le seul en usage parmi les orfèvres de son temps, en France et en Italie.

Tous les ouvrages de sphyrélaton étaient terminés au ciselet. Les bas-reliefs et la plupart des statuettes d'argent ont été exécutés par ce procédé.

On a fait également des bas-reliefs en cuivre par le moyen du repoussé, principalement pour orner les devants d'autels et les reliquaires.

Le sphyrélaton a encore été employé au xvr siècle pour obtenir des figures et ornements en relief, sur des plaques de fer qui étaient ensuite enrichies do Unes damasquinures d'or et d'argent.

SPICATUM (Opas). — Espèce d'appareil en épi, ou en feuilles de fougère , ou en arêtes de poisson. Voy. Appareil.

STALLES. — Les stalles ont été étudiées par MM. Jourdain et Duval, au point de vue historique et archéologique, dans l'introduction à leur travail sur les stalles de la cathédrale d" Amiens .Nulle part on n'a réuni d'aussi nombreux documenta et des renseignements aussi précis sur les sièges et les stalles des églises. Nous ne saurions mieux faire que de donner l'analyse de ce travail. Nous le ferons suivre d'une indication des stalles les plus remarquables qui existent encore en France, dans les principales églises.

Lorsque les offices ecclésiastiques se pro-

longèrent pendant de longues heures, on permit aux fidèles et aux clercs de s'asseoir à l'église. Ils no pouvaient pas néanmoins s'en servir aussi longtemps qu'on le fait aujourdhui. L'ancienne coutume de se tenir debout pendant la partie la plus considérable des saints offices, continua d'être observée, et il ne faut pas chercher d'autre raison de cette discipline, assez sévère d'ailleurs, que la pen- -séo du respect dû à la majesté de Dieu , l'humilité dans la prière, si fortement recommandée par le Sauveur, et la ferveur des prêtres et des fidèles dans les beaux temps de l'Eglise. Cette règle était observée rigoureusement, surtout pondant la lecture de l'Evangile et le chant des psaumes. Saint Athanase et saint Jean Chrysostome nous font connaître à ce sujet la coutume de l'Eglise d'Orient, dans des textes où ils mentionnent le fait comme une chose communément pratiquée. Bientôt les Constitutions de saint Benoît achevèrent de consacrer cet usage en Occident, au moins pour les monastères.

Lorsque saint Chrodegang, évoque de Metz, donna des statuts aux chanoines de sa cathédrale, statuts confirmés pour les autres églises des Gaules par le concile d'Aix-la- Chapelle de l'année 816, l'évoque et le concile rappellent aux chanoines le devoir de se tenir debout pendant la psalmodie.

Cette loi était dure. Dans quelques églises il y eut des concessions aux ecclésiastiques malades ou trop faibles. Au xie siècle, la loi subsistait toujours, puisque saint Pierre Damien crut devoir écrire directement « contre ceux qui s'asseyaient au chœur, » contra sedentés in choro. {Uiblioth. max. vet. Patrum.) C'est une lettre adressée à l'archevêque de Besançon, dans l'église duquel il avait vu lui-môme des clercs prendre la liberté de s'asseoir. La coutume de prier debout persévéra dans certains monastères et certaines églises cathédrales ou collégiales , même après que les stalles furent généralement introduites au chœur. On retrouve, même dans les Cérémoniaux modernes, des vestiges de l'ancienne discipline. Ainsi, à l'église métropolitaine de Tours, les chanoines récitent debout lescomplies du jeudi saint et les petites heures des deux jours suivants. Le sire de Moléon (Lebrun Desmarettes) a signalé cette pratique dans ses Voyages liturgiques ; elle se continue de nos jours.

« En Grèce, dit M. Didron, il n'y a pas de stalles anciennes; on se tenait debout. Aujourd'hui encore, dans les couvents qui ont conservé les anciens usages, les vieillards, comme les autres, se tiennent debout aux offices; ils ont seulement des espèces de béquilles, une sorte de bâton en T avec la traverso fort allongée, et sur laquelle ils s'appuient. »

La première modification que la longueur des offices, autant que la diminution de la ferveur, introduisit dans la manière ancienne de prier, ne fut pas de suito l'indulgente miséricorde des stalles. On se contenta d'abord de porter des bâtons à l'église. Cette habi<tude fut tolérée en certains lieux, proscrite

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en d'autres lieux. Dans la Règle des chanoines, saint Chrodegang défend d'entrer au chœur avec des bâtons, de quelque forme qu'ils soient. Plus tard, l'ardent saint Bernard poursuit avec dérision la lâcheté de certains religieux, dont le bâton qu'ils portent accuse seul une faiblesse de santé que dément leur bonne mine. D'un autre côté, A malaire, qui prit une grande part à l'organisation régulière des chapitres des cathédrales, ne parait pas réprouver cette coutume ; il observe seulement que pendant le chant de l'Evangile on dépose les bâtons pour se tenir humblement debout sans appui. Le deuxième Ordo romain, cité par Mabillon, dit aussi qu'on le quitte à l'Evangile, et n'en blâme pas l'usage.

La règle qui ordonnait de prier debout fut encore adoucie par de plus larges concessions que celles dont nous venons de parler. Dans beaucoup de monastères on permit aux religieux de s'asseoir, mais non encore tous à la fois. D. Martène cite les maisons de Citeaux, de Cluny, de Saint-Bénigne de Dijon et plusieurs autres, où ce relâchement s'était dès longtemps introduit.

Enfin apparut la stalle accompagnée de sa miséricorde. Elle confirma la règle, et la rendit plus facile à observer. Stalle semble venir de stare, être debout ; miséricorde indique une douceur et une concession.

Saint Grégoire de Tours est un des premiers auteurs qui ail employé le mot de forme, formula, dans un sens peu éloigné de celui de stalle ou siège. (De Glor. confessor. cap; 92.) A partir de la fin duix' siècle jusqu'au xi% l'emploi de ce terme est devenu très-fréquent pour désigner les sièges du clergé. Le mot forme , formula, avait-il la signification qu'il eut plus tard pour désigner une stalle? Non, assurément. C'étaient tout au plus des banquettes accompagnées d'un appui en avant et en arrière, et divisées en places distinctes par des panneaux de boiserie.

Pour connaître l'époque véritable de l'introduction des stalles proprement dites, on peut s'en rapporter à la date où l'on commença à faire usage du nom lui-même de stalle, puisqu'il parait dans les auteurs vers le temps où nous trouvons celui de miséricorde, qui ne peut plus laisser de doute. Ce n'est que vers la fin du xie siècle que se révèle ce nouveau mot , indice certain de nouveaux sièges. Les statuts de l'église de Maëstricht de l'an 1088, sont l'un des titres les plus anciens où il soit question de stalles ; il y est dit « que les abbés de la cité ne se tiendront (point parmi les chanoines ni dans leur stalle. » Du Cange cite, comme faisant également mention des stalles, une charte tirée de l'histoire des évêques d'Anvers, de 1201, une autre de l'église deMeaux, de 1240, un passage de YHistoria major, de Matthieu Paris, de l'an 1250, des statuts de la cathédrale de Paris, de 1388.

Si l'on consulte les coutumes des monas-

tères écrites dans les xir et xiii' siècles, on y rencontrera la mention fréquente de l'usage des stalles et des miséricordes. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny en 112], nt semble parler des miséricordes que comme d'une chose nouvelle, et avec laquelle les religieux n'étaient pas encore entièrement familiarisés. « Pendant le chant de l'offertoire, dit-il, les religieux demeureront debout ; mais lorsque le chant aura cessé, ceux qui voudront s'asseoir le pourront. Cependant, quand le prêtre tourné vers lechœurdita YOrate, fratres, ils relèveront avec précaution leurs sièges et s'appuieront sur les sellettes qui y sont attachées, en s'inclinant selon la coutume. » Sedmox ut cantus cessaverit, qui sedere voluerint, sedeant ; tamen ut cum sacerdos conversus ad chorum dixerit :Orate, fratres, modeste scabcllis elevatis in iis subselliis quœ iisdem sedilibus inhœrent acclives ex more resideant. On voit que Pierre le Vénérable n'a point encore de terme pour exprimer ce que nous appelons la miséricorde.

Ce terme était néanmoins connu h cette époque en Allemagne, comme nous l'apprenons d'un passage des Constitutions d'Hirsangh, données à ce monastère par saint Guillaume, qui en était abbé. On y lit, en effet, « que ceux qui sont dans les stalles, se retournant un peu en arrière, ont coutume de les lever doucement et de les baisser de même, pour éviter le bruit.... que toutes les fois que le religieux est sur la miséricorde du siège, il doit s'y so.utenir comme on le fait au Gloria Patri. » Qui super sedilia sedent, exerta manu pr opter hoc parum rétro versi soient Imiter ea erigere, eodemque modo, pro sonitu devitando, deponere.... Quandocunque quis super sedilium miserkordias se habuerit, se sustentât ibi sicut est ad Gloria Patri.

Ce texte, qui assigne à l'existence des miséricordes la date la plus ancienne que nous sachions, nous donne l'occasion de remarquer que la miséricorde des stalles ne fut pas d'abord accordée à tous. Les plus anciens ou les plus dignes seuls étaient placés sur ces nobles chaires; les autres étaient sur des bancs.

Si quelque témoignage pouvait manquer h l'opinion que nous venons d'émettre sur l'origine des stalles, et que les documents historiques semblent si bien appuyer, ce serait, sans doute, la preuve tirée de l'existence même de monuments de cette nature, remontant à l'époque où fut modifiée et adoucie la manière de prier; mais on n'en retrouve aucun, du moins en France. Les stalles de la cathédrale de Poitiers, signalées comme les plus anciennes, ne remontent qu'à l'année 1239. 11 faut peu s'étonner, du reste, de la perte totale de nos anciennes boiseries. Quand un si grand nombre d'églises, bâties de pierres, profondément enracinées dans le sol, a cependant disparu par l'influence de mille causes violentes,

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comment un meuble délicat et fragile eût-il pu résister , ayant de plus contre lui le danger du feu, la dent des vers et ce germe natif de vétusté que le bois le plus dur porte dans ses lianes?

Les diverses périodes du moyen Age imprimèrent à toutes leurs œuvres un caractère tellement exclusif et original, .que, sans crainte de se tromper, l'on peut dire que les stalles furent sévères, lourdes et chargées d'ornements bizarres, avec les édifices romans et hv/.antins; nobles, graves, élégantes avec les églises ogivales; coquettes, fleuries, et même un peu précieuses avec le goût flamboyant des \vc et xvr siècles. Elles demeurèrent, d'ailleurs, dans tous les temps, assujetties à un même mode de construction dont leur destination ne pouvait leur permettre de s'écarter. Ainsi l'on y rencontra toujours la miséricorde, l'appui, le museau, la parclose, l'accoudoir, et dans les grandes églises, le haut-dossier, le dais et le double rang de hautes et de basses formes.

La miséricorde ou patience est le petit siège attaché au siège principal sur lequel on se tient en même temps assis et debout, quand celui-ci est levé. Ou le nommait encure subsellia, sedicula en latin, et sellette en français.

L'appui, que la basse latinité appelle podium, s'entend quelquefois de la pièce de bois sur laquelle on appuie les coudes lorsqu'on est sur la miséricorde, et plus ordinairement de la partie antérieure de la stalle disposée en prie-Dieu.

La parclose (sponda) sépare une stalle d'une autre stalle. C'est de l'échancrure et de la courbe élégante de la parclose que les formes empruntent principalement lalégèreté et la grâce qui les distinguent.

L'extrémité de la pièce de bois dans laquelle s'engage la partie supérieure de la parclose est le museau de la stalle. 11 est souvent orné de sculptures.

V accoudoir ou accotoir, que nos aïeux appelaient croche, est placé sur le rampant de la parclose et sert d'appui aux coudes quand la stalle est baissée. L'artiste du moyen âge ne manque pas d'y faire briller la richesse de son ciseau.

Le haut dossier est le lambris contre lequel s'adossent les stalles et dont la riche structure s'élève quelquefois de plusieurs mètres au-dessus de ces stalles. 11 ne forme pas une partie intégrante du siège, mais il en est souvent le plus brillant accessoire et lui donne un caractère de noblesse et de grandeur que sa nature ne semblait pas comporter.

Un dais ou baldaquin, élégamment décoré d'ogives, d'aiguilles, de clochetons, de pendentifs et culs-de-lampe, ou, comme disaient nos pères, de souspentes cl- lampettes, surmonte ordinairement le dossier et l'orme à la stalle une magnifique couronne.

Quand les stalles sont disposées à droite ei à gauche sur deux rangs étages, le rang

supérieur prend le nom (Installes hautes ou hautes formes , l'inférieur, celui de stalles basses ou basses formes. On trouve celte dénomination dans des chartes fort anciennes.

De distance en distance la ligne des basses formes est interrompue pour ouvrir despeusaijes qui mènent dans les hautes formes.

Stalles d'Amiens. — Les stalles de la cathédrale d'Amiens, décrites si minutieusement et si spirituellement par MM. Jourdain et Du val, dans un gros volume in-8°, sont au nombre de cent dix. Les sculptures qui les décorent représentent quatre cents sujets. La première série comprend une suite de scènes empruntées à l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament. La seconde se compose de sujets pris en dehors de l'Ecriture sainte et des légendes ; ils sont historiques, allégoriques, moraux, quelquefois tout à fait profanes. Nous ne pouvons que renvoyer au livre des deux archéologues cidessus nommés, les personnes qui voudront connaître l'immense travail qui entre dans la composition des magnifiques stalles d'Amiens. « Ces stalles, suivant l'indication que nous en avons faite dans notre livre des Cathédrales de France, surmontées de dais, sont sculptées avec le mérite propre aux artistes du xvr siècle. Ce sontde tous côtés des statues, des bas-reliefs, des trèfles, des aiguilles,des pinacles, des dentelures, toutes les formes capricieuses et pleines de grâce de la dernière période ogivale. Le temps a donné au bois une teinte d'ébène qui relève encore le fini précieux de l'ouvrage, et lui donne le même degré d'intérêt que la patine aux médailles et aux bronzes antiques. Les boiseries d'Amiens n'ont jamais été souillées ni par la peinture, ni par le badigeon. Elles sont restées intactes, telles qu'elles sortirent des mains des sculpteurs, et l'on peut y retrouver l'esprit et la finesse du ciseau de l'artiste. Ce superbe ouvrage fut commencé en 1508 et fini en 15:22. 11 fut fait aux frais du chapitre et d'Adrien de Hénencourt, doyen du chapitre. Les noms des sculpteurs qui ont exécuté ce chef-d'œuvre sont dignes de passer à la postérité : ce sont Arnoul Boulin, Alexandre Huet, Jean Turpinou Trupin et Antoine Avernier. »

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Stalles de Poitiers. — On lit dans l'Histoire de Mclun, par Sébastien Rouillard : « Jean de Melun, évèque de Poitiers, mort en 1239, inhumé à l'abbaye du Jard, fit faire les stalles de sa cathédrale. » Ces stalles, qui appartiennent ainsi à la première moitié du xine siècle, sont en bois de chêne; elles paraissent avoir subi plusieurs déplacements et se trouver aujourd'hui en nombre beaucoup moins grand qu'elles n'étaient autrefois. On en compte soixante-dix, quarante hautes, et trente basses, disposées en rangs, dans une seule travée du chœur. Le rang supérieur s'adosse à une arcature dont les ogives

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trilobées reposent sur de triples faisceaux de colonnettes; au-dessus règne une frise de larges feuilles entablées; une légère voussure abrile les sièges. Les miséricordes sont presque toutes feuillagées; cependant on y rencontre quelques mascarons a longues oreilles. Dans les tympans ou pendentifs, entre les courbes dès ogives de l'arcature, se trouve une série de quarante bas-reliefs. Un ange tenant une couronne de chaque main y alterne continuellement avec un autre sujet. U y a beaucoup d'animaux fantastiques, des griffons, des dragons, composés de membres appartenant à des êtres différents, des chauves-souris, un chat devant une belette, un coq, etc., etc. Les bas-reliefs les plus remarquables représentent: 1° Un menuisier assis, traçant, à l'aide d'un compas, des figures sur une table, ayant près de ] ui une éq uerre et un aplomb ; 2° l'Orgueil précipité d'un cheval fougueux; 3° l'Avarice enfermant de l'or dans un coffre; k° une Sirène qui se regarde dans un miroir; 5° le Sagittaire; G° le Phénix; 7" un boucher assommant un porc. On croit voir la Gourmandise dans un petit homme encapuchonné et qui coupe un pain qu'il vient de prendre dans un panier encore rempli. Peut-être anciennement les stalies de Poitiers offraientelles une série complète de vices et de vertus, des signes du zodiaque, des travaux des mois. Toute cette boiserie a été affreusement badigeonnée, en jaune clair pour les parties lisses, en vert bronze pour les sculptures. C'est M. Lassus qui a, pour ainsi dire, découvert ces stalles si intéressantes, sous l'épaisse couleur qui les empâte et les dérobe en quelque sorte à la vue. {Note communiquée par M. Ferdinand de Guilhermy.)

M. Didron pense que les hauts dossiers de ces stalles datent seulement du xiv° siècle.

Stalles de Sainte-Marie d'Auch. — Les stalles de Sainte-Marie d'Auch, achevées en 1529, passent avec raison pour un des plus beaux monuments de ce genre. Sur chaque haut-dossier on voit sculpté en demi-relief une figure de l'Ancien ou du Nouveau Testament, de quelque saint, ou de quelque personnage allégorique de la religion. Chacune d'elles est posée sur un cul-de-lampe décoré de petits bas-reliefs ou d'arabesques du pins joli travail : les deux premiers, à gauche en entrant, sont surtout remarquables par la légèreté, le goût et la finesse des détails. Les hauts-dossiers sont séparés les uns des autres par des pilastres chargés de petites figures placées dans des niches surmontées de campanilles et d'autres ornements, tous d'un fini précieux. Le pupitre placé au milieu du chœur est du même temps que les stalles, mais il a éprouvé quelques dégradations. (Voy. Notice hist. .et descrip. de Sainte-Marie u'Auch, par P. Sentetz, k' édition, 1S25.)

Boiseries du chœur de Notre-Dame de Rodez. — Les boiseries du chœur de Notre- Dame de Rodez, exécutées à la fin du xv*

siècle et au commencement du xvi", sont très remarquables. Qu'on se représente une suite non interrompue de dais sculptés avec toute la profusion ordinaire au xvr siècle, ornés do -festons découpés avec tant de finesse qu'ils semblent une légère guirlande de feuillage. Tous ces dais sont reliés aux stallesparun panneau également sculpté, rempli d'arcades simulées, d'ogives, d'arcs trilobés, de quatrefeuilles. De chaque côté des stalles s'élèvent en gerbe des colonnettes qui, partant d'une base commune, vont se réunir au petit tore du dôme supérieur. Ces tores aboutissent eux-mêmes à une clef de voûte dont l'élégance est tout à fait en harmonie avec l'ensemble de ce petit chef-d'œuvre. Le trône épiscopal, qui se trouve à l'une des extrémités du côté du sanctuaire, est plus remarquable encore. La stalle proprement dite est formée de trois panneaux dont les deux latéraux sont découpés à jour, le dôme supérieur a de curieux un magnifique pendentif; il s'élève ensuite en forme de pyramide flanquée à chaque angle de quatre clochetons toujours sculptés avec la même élégance et la même variété. Bachelier exécuta ou dirigea une partie de ces travaux. ( Consultez la Notice de M. l'abbé Magne, sur la cathédrale de Rodez.)

Boiserie du chœur de Saint-Bertrand de Comminges. — La boiserie du chœur do Saint-Bertrand de Comminges est en chêne, d'une grande richesse et d'un beau travail. Les figures de la Vierge, des grands et des petits prophètes, des apôtres, des docteurs et de plusieurs saints, des vertus théologales et cardinales, des sibylles, décorent les hauts-dossiers. Les accoudoirs sont historiés de scènes du même genre que celles des accoudoirs d'Amiens. Nous y trouvons, entre autres, la correction d'un élève par son maître, qui rappelle le pédagogue normand dont nous avons parlé ailleurs. Les deux sièges de l'évêque sont d'une ravissante élégance. Ce beau monument, dû aux libéralités de l'évêque Jean de Moléon, en 1535, est tout entier de la Renaissance, et sous ce rapport comme sous bien d'autres, de beaucoup inférieur à celui du chœur d'Amiens.

Stalles de Notre-Dame de Brou. — Les stalles de Notre-Dame de Brou méritent aussi une attention particulière , quoique moins célèbres que ses tombeaux. Elles sont à hauts dossiers comme les nôtres, mais d'un style qui n'est plus gothique. Enrichies d'une foule prodigieuse de statues, et couvertes d'ornements aussi remarquables par la beauté de l'exécution que par les symboles qu'elles expriment, elles doivent être mises au rang de nos boiseries les plus vantées.

Chœur et jubé d'Alby. La réputation de la clôture extérieure du chœur d'Alby et de son jubé est justement méritée, l'intérieur du chœur n'est pas moins remarquable par ses boiseries, ses nombreux faisceaux de colonnettes soutenant des milliers de clochetons vrillés à jour, découpés aussi finement et aussi artistement que les vieilles dentelles

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