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de Flandre, creusés de niches renfermant une multitude d'anges à la figure riante, à la bouche entr'ouvcrte, aux formes élégantes et nobles. L'enceinte qui se continue dans le pourtour du sanctuaire est décorée, à l'intérieur, comme celle du chœur, de magnifiques statues qui trônent aussi sous des dais enrichis de clochetons aériens. Les douze apôtres y récitent chacun un verset du Credo, comme au tombeau de Ferry de Beauvoir, dans notre cathédrale.
Stalles île la Chaise-Dieu. — Le chœur de la Chaise-Dieu, qui a cent pieds de longeur, a ses deux côtés bordés de cent cinquante-six stalles admirablement sculptées, mais non pas cependant avec autant de goût et de richesse que celles de la cathédrale d'Amiens, comme le disent les Voyages pittoresques et romantiques.
Stalles de Pontigny. — Les stalles qui garnissent le chœur de Pontigny attirent aussi l'admiration. Il serait bien difficile de donner une idée complète de l'ensemble de cet ouvrage. Nous dirons bien qu'il est composé de chaque côté d'un double rang de fauteuils cellulaires surmontés d'un magnifique dossier que termine une corniche ; mais le travail de ces stalles est immense, et devant de telles œuvres, le génie moderne doit être frappé de sa stérilité et de son impuissance. Ici, ce sont des vases de fleurs en relief et presque détachés de la boiserie, des guirlandes de lierre et de chène. A côté les scènes les plus variées de la nature se trouvent réunies ; un papillon semble agiter ses ailes sur le sein des roses, un insecte en respire les parfums ; plus loin, suspendu aux branchages légers, un serpent guette la proie ailée que la brise lui enverra ; un cep de vigne, dans lequel l'artiste a su reproduire jusqu'au velouté des feuilles, semble vouloir s'élever en volute jusqu'à la voûte; des anges soutiennent par le bout de leurs ailes de petits dômes ornés de franges d'une délicatesse exquise ; enfin, que dirons-nous? la vue de ces merveilles fait naître un sentiment pénible: pourquoi ne se trouvent-elles point au milieu d'une ville opulente et amie des arts? (Voir Y Histoire de l'ancienne abbaye de Pontigny, par .M. Henri.)
Stalles de Saint-Claude. Les trente-sept stalles de la cathédrale de Saint-Claude, dues au ciseau de Jean de Vitry, sont un des plus beaux morceaux de la sculpture du moyen Age. Les sujets qu'on y voit appartiennent à des événements historiques ou à la fantaisie. Sur les panneaux inférieurs qui servent de paroisà l'entrée des stalles, on voit saint Martin à cheval partageant son manteau, drs religieux reçus h la porte d'un monastère, plusieurs sujets quisemblent rappeler une légende relative à l'abbaye de Saint- Claude. En accompagnement d'un panneau où est sculpté le Christ étendu mort sur les genoux de la Vierge, on voit les deux statues en [lied de l'Église et de la Synagogue. Les autres figures représentent les prophètes, les apôtres, les éraogélisies, les martyrs, les confesseurs, les vierges. Les accoudoirs
I)lCTIO>\ D'AnCIIKO OGIE SACRÉE II
et les miséricordes sont sculptés de différents sujets fantastiques ou de pure ornementation, dragons, sirènes, chiens, ours, chauves-souris, monstres de toutes espèces, personnages capricieux, dans des postures bizarres, obscènes ou grossières. (Comm.
de M. Comoz, architecte à Cacn , au Com. des arts et mon.; Bullcl., IV vol., n' 9, pag. 685).
Stalles de Champcaux. — L'ancienne collégiale de Champcaux (Seine-et-Marne) possède encore ses cinquante-quatre stalles , sculptées en parties par Falaise de Paris, qui vivait en 1522. Les miséricordes des sièges sont ornées, comme celles des stalles de Bouen, de sujets analogues à ceux que présentent à Amiens les accoudoirs. On y voit la Truie qui file, un homme qui en fouette un autre, trois tètes de Fous dans un bonnet ; une Folie avec ses grelots , des Centaures, un Sagittaire, etc., etc. Les pendentifs offrent des ornements en feuillages d'un travail extrêmement délicat. M. Taillandier, de la Société des Antiquaires de France, a pris ces sculptures du xvie siècle pour une œuvre du temps de saint Bernard. [Notice sur la colle'g. de Cfiampeaux, par M. B. Taillandier. Mém. de la Soc. des Ant. de France, nouvelle série, tom. I, p. 271.)
Stalles de Saint-Anatole de Salins. — Le chœur de l'ancienne collégiale de Saint-Anatole de Salins est aussi garni de stalles et de boiseries historiées, riches d'ornementation, curieuses par le choix des sujets. C'est un travail dont l'exécution peut remonter au xve siècle. L'histoire et le caprice, la légende et la fantaisie, comme pour la plupart des stalles de cette époque, ont fourni des scènes en proportions à peu près égales.
Stalles aOrbais (Marne). — Les stalles d'Orbais, au nombre de quarante-six, sont disposées sur deux rangs de chaque côté du chœur; elles sont en bois, sculptées de sujets et de personnages empruntés à l'histoire religieuse ou bien à la fantaisie. La pose et la physionomie des personnages sont pleines de naturel. Les sculptures des panneaux représentent les personnages en pied ; celles des miséricordes ou patiences n'offrent en général les individus que jusqu'à la ceinture. Chaque cloison de stalle offre en profil une colonnettc dont le fût est orné de feuilles imbriquées, et de la base de laquelle se détache une espèce de personnage à tète humaine. Ces tètes, variées dans leur type, sont chauves ou garnies de cheveux, nues ou couvertes en partie d'un voile ou capuchon. Les figures sont calmes, méditatives, ou grimaçantes et montrant les dents. Quelques-unes sont bonifies, et d'autres ouvrent la bouche comme pour chanter. L'une d'elles représente une tète de mort. Parmi les sujets sculptés sur les stalles, on reconnaît l'arbre de la généalogie du Christ qui prend racine dans le corps de Jessé , père de David. Saint Pierre tient une clef et un livre ; saint Paul est armé d'un glaive. Un moine à tète de singe se regarde dans un miroir où le sculpteur a reproduit la figura
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en reflet et en relief. Un personnage, coiffé d'un chapeau à bords relevés , tient un équerre et un compas : c'est un architecte probablement. Un individu dont la tête est recouverte d'un capuchon à oreilles de cochon, regarde avec complaisance un gigot de mouton qu'il tient des deux mains. Les stalles des deux rangées supérieures avaient autrefois des dossiers élevés sur plusieurs desquels se trouvaient les armes du cardinal de Vendôme. Ces dossiers ont été détruits, ainsi qu'un jubé en bois qui se trouvait à l'entrée du chœur. Les boiseries d'Orbais datent de 1520, alors que le cardinal de Vendôme en était abbé. (Communie, de M. le comte de Mellet, au Comité histoiïq. des arts et mon.)
Stalles de Solesme. Les slalles de l'ancien prieuré de Solesme remontent au milieu du xvi' siècle (1553). Elles sont d'une forme très-élégante, disposées sur deux rangs au nombre de vingt-quatre de chaque côté, et offrant chacune sur le dossier une tête en bas-relief très-saillant avec un nom au-dessous. Du côté droit, au premier rang, on voit la suite descendante des ancêtres de Jésus- Christ. David, Nathan, Mathatha, Menna, Melca , Eliacim , Jonas, Joseph, Juda, Siméon, Joas, Amasia, Lévi, Osias, Mathal ; au second rang, la série des rois de Juda, d'après les Paralipomènes : Salomon , Roboam, Abia, Asa, Josaphat, Jora, Ochozias, Athalie. Les noms de Juda et Jonas ne répondent pas à ces bustes, et sont seulement écrits sur de petits cartouches. Ochozias et Athalie ont de plus la couronne. Les autres portent une chaîne au cou, un bonnet de fleurons descendant sur les oreilles, des cols brodés et rabattus, et des pourpoints ornés de crevés ; c'est le costume du milieu du xvie siècle. Du côté gauche du chœur, on trouve une suite semblable de bustes représentant la généalogie descendante de Jésus- Christ, depuis Abiud jusqu'à Mathan, aïeul de saint Joseph, et de Mathan, en revenant jusqu'à Zorobabel. Voici les noms au premier rang : Mathat, Lévi, Melchi , Jannès , Joseph, Mathatias, Amos, Nahum , Hesli, Maath, Séméi, Joseph, Juda, Johanna, Resa, Zorobabel. Au deuxième rang: Abiud, Eliaciin, Azor, Sadoc, Achim, Eliud, Eléazar, Mathan. Un grand nombre de ces personnages ont, comme ceux du côté droit du chœur, le pourpoint taillardé et la chaîne au cou ; plusieurs portent la barbe longue, des cheveux bouclés et même des manchettes ; Séméi a seul une espèce d'auréole autour de ta tête; Zorobabel porte un sceptre orné d'une couronne de tours et de créneaux qui rappelle la reconstruction du temple après la captivité. Dans toutes ces slalles, qui sont d'une conservation parfaite, le dessous des sièges est encore orné de jolis bas-reliefs où l'on voit des têtes d'anges, d'hommes et d'animaux, et la mort montrant du doigt un livre ouvert. (Extrait d'une intéressante iYotice sur les monuments de Solesme, par M. Allou, insérée.dans le torn. 11 des Mém. de la Société des Antiq. de France, nouvelle série.}
Stalles de Bayeux. —A Bayeux, les stalles, au nombre de cent deux, ont été sculptées en 1588 et 1589, par Jacques Lefèvre de Caen. Elles ne sont plus gothiques ni historiées de sculptures à personnages. Les hautsdossiers, dais et pendentifs conservés de l'ancien style, tempèrent néanmoins la froideur du travail, et donnent à l'ensemble un caractère imposant.
Stalles de Notre-Dame de Roticn. — Notre- Dame de Rouen a conservé ses- quatre-vingtdix stalles, moins les hauts-dossiers et les dais, qui ont totalement disparu, et les accoudoirs ou croches, qui ont subi de graves mutilations. Les miséricordes des sièges, parfaitement intactes, mais empâtées de badigeon, sont historiées de sujets analogues à ceux des accoudoirs d'Amiens. On y voit des musiciens, des cardeurs, des épinceurs et des tondeurs de draps, des cordonniers, des fabricants et des marchands de galoches ou patins à hauts talons de bois, un barbier, des chirurgiens, des maîtres d'écoles; comme à Amiens, les sculpteurs ne sont pas oubliés, il y en a un qui façonne une stalle, un autre cisèle une porte* gothique, un troisième ébauche une statue. Viennent ensuite un maçon, un manœuvre, un forgeron, des émouleurs, un charpentier et un fendeur de bois, un berger, un porcher, une jeune poissonnière, une marchande de charbon, une moissonneuse, des vendangeurs, une sagefemme, des servantes occupées de leurs humbles travaux, une jeune tille chevauchant, un vieillard qu'elle mène par la main, des hommes buvant et mangeant, d'autres comptant de l'argent, d'autres domptant des animaux. Samson y terrasse le lion, il enlève les portes de Gaza; il dort sur les genoux de Dalila; les envoyés de la terre promise s'y montrent chargés de la grappe de raisin; les figures grotesques, lions à face humaine, harpies, inelusines, abondent. Bien que mutilés, les accoudoirs peuvent être encore reconnus (M. H. Langlois n'en a rien dit dans son curieux opuscule des slalles de Rouen). Nous y avons parfaitement distingué six personnages lisant, huit tenant un lambel, quatre présentant un livre, un donnant la paix à " baiser, quatre, parmi lesquels trois femmes, récitant le chapelet, un marchand de gâteaux, un pileur, une marchande de fruits, un buveur, deux hommes portant la besace, un porte-écu, un musicien organiste, un écrivain, un homme tenant un petit oiseau, un autre avec un panier, un autre caressant un chien, etc.
Tout ce beau et intéressant travail a été exécuté entre les années 14-57 et 1469, sous la direction de Philippot Viart de Rouen, principal entrepreneur. Cet habile huchier lit le plan et les dessins des stalles, auxquelles il travailla lui-même, suivant l'usage d'alors. L'œuvre de la chaire archiépiscopale fut confiée à Laurent Adam, qu'on fit venir de la ville d'Auxerre. Philippot Viart recevait
5 sous 10 deniers par jour, et son valet 2 sous
6 deniers. Les autres huchiers, par.mi lesquels se trouvaient des flamands, avaient de-
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puis k sous 6 deniers par jour jusqu'à 5 sous. Les sculpteurs étaient rétribués à tant la pièce. Une statuette leur était payée de 20 à 25 sous.; un couple de branches garnies d'épis en façon de feuilles de choux ou de chardons, 35 sous.
Le 19 novembre 1465, le chapitre, trouvant que le travail avançait lentement, prit le parti d'envoyer en Flandre et autres lieux, pour recruter des ouvriers, lehuchier Guillaume Basset.
Pendant que la plate-forme des stalles était mise en place, le lundi 6 avril 1467, des messes furent célébrées au maitrc-autel et dans les chapelles du Saint-Esprit et des Innocents. La dépense des chaires du chœur monta à G9G1 1. 12 s. 5 d. ; celle de la chaire archiépiscopale à 712 I. 5 s. 10 d. : total 707.'} 1. 18 s. 3 d. (Voir les Stalles de la cathédrale de Rouen, par M. H.Langlois, et l'intéressant appendice qu'y ajointM.A.JDeville, 1 vol in-8°avec 19 planches, Rouen, 1838.)
Stalles de l'église de M or tain. — M. de la Sicotière a donné, dans le Bulletin publié par M. de Caumont (tom. V, p. 369) une notice sur les stalles de l'église de Mortain (Manche). Ces stalles sont surtout remarquables par les sculptures des sellettes. On y a représenté cinq ou six musiciens, hommes ou anges, huit ou dix monstres de formes aussi bizarres que variées ; plusieurs porteécussons, un fou, un moine lisant, des cordonniers, deux têtes dans un bonnet ; un individu, les cheveux rasés et collés sur les joues, s'y montre assis sur le dos d'un animal monstrueux, le visage tourné vers la queue de sa monture, et tenant sur l'épaule un sac garni. De sa langue démesurément longue et .recourbée, le monstre, à grosse tète horriblement fendue, lèche le dessous d'un moulin à vent. Ne serait-ce pas le diable emportant le meunier voleur? Le travail de ces stalles est en général fort délicat ; il y a de la naïveté, de la finesse même, dans les figures et les attitudes de quelques-uns des personnages. Elles paraissent dater de la même époque que celles de Rouen.
Stalles de Saint-Martin-au-Bois. — La belle église de Saint-Martin-au-Bois (Oise) possède aussi des stalles d'un grand prix. Les hautsdossiers et les dais nous paraissent d'un style plus sévère, mais aussi plus lourd, que les parties analogues des stalles d'Amiens. Aux sièges , les accoudoirs et les miséricordes sont ornés de figures singulières, historiques, morales, grotesques. Nous regrettons bien que le Bulletin du Comité historique des arts et monuments n'ait pas publié l'explication de tous ces curieux sujets, qu'il annonce avoir reçue de If. l'abbé Barraud, de Beau- ; vais. Quelques beaux détails des stalles de Sa;.nt-Martin-aii-Hois ont été soigneusement édités dans les Voyages pittoresques et romantiques. (Picardie} 55' livr.)
Stalles de Pequigny (Somme). — Pequigny avait autrefois des stalles intéressantes, à en juger du moins par les deux qui ont été conservées presque intactes dans le chœur. Les débris des autres se retrouvent
en assez grand nombre parmi les mauvais nouveaux bancs de la nef qu'ils ont servi à rapiécer. Nous y avons remarqué un ange tenant un livre sur ses genoux, un style et un écritoire en main ; une tête barbue, chauve et voilée, un autre portant un voile et une calotte, une troisième coiffée d'une calipette nouée sous le menton, les cheveux bouclés à la nuque ; une face de femme portant un voile qui enveloppe aussi le cou; uno autre tête avec des cornes tournant autour des oreilles, et plusieurs autres encore de forme bizarre, ainsi que des choux et des feuilles grasses enroulées. Ces morceaux de sculptures, taillés avec soin et succès, peuvent bien être du xv' siècle. Inutile de dire que la perte de ces stalles remonte à une époque déjà ancienne et que le curé et la fabrique actuels sont complètement étrangers à cette œuvre de destruction.
Stalles de Rue. — Bien que l'espace d'une note ne nous permette pas de décerner des mentions honorables à toutes les stalles de France qui en méritent, nous ne devons pas cependant finir sans nommer celles de Rue, chef- lieu du canton de notre département (Somme). Leur style et leur époquo sont de la Renaissance. On y voit, entre autres sujets sérieux, Adam et Eve au pied de l'arbre, Moïse et Aaron en costume et avec les attributs du législateur et du pontife, et, ce qui est intéressant à un autre point de vue, un entailleur à l'œuvre, auprès duquel est sculpté le nom de Jehan, si commun en Picardie, et qui était sans doute celui de l'ouvrier; enlin un fantôme à deux faces tenant d'uno main sa marotte, et de l'autre un objet que nous ne pouvons pas bien distinguer sur le dessin. De grosses têtes ornées diversement, des oiseaux, des dauphins et autres animaux, forment avec les guirlandes de feuilles et do fleurs le motif de l'ornementation des différentes parties des sièges.
M. Didron, secrétaire du Comité historique des arts et monuments, publie dans le feuilleton du journal l'Univers une série de lettres sur l'Allemagne, parmi lesquelles celle qui décrit les stalles de la cathédralo d'Ulm est trop intéresante et va trop bien à notre sujet, pour que nous ne lui demandions pas la permission de la résumer en peu de mots.
Stalles d'Ulm. — La cathédrale d'Ulm, on Allemagne, est célèbre par ses quatre-vingtdouze stalles en bois de chêne, d'une chaudo couleur, et sculptées comme l'antiquité n'aurait pas mieux fait, si elle avait fait aussi bien. La pensée qui a présidé au choix et à la disposition des sujets n'est pas moins remarquable que la manière dont ils sont traités. Le sculpteur a convoqué, pour la gloire de Jésus-Christ et de l'Evangile, une assemblée vraiment œcuménique, l'antiquité et les temps modernes, le paganisme, Je judaïsme et le christianisme. Comme par une échelle qui conduit de l'erreur à la vérité, on monte des païens aux juifs, et de ceux-ci aux chrétiens. D'un côté sont les hommes, philosophes, patriarches et prophètes; de
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l'autre, les femmes, sibylles, femmes de l'ancienne loi, saintes de la nouvelle. Chaque individu est désigné par un emblème, une inscription, ou la sentence qu'il récite sur un lambel. Du côté des hommes, on voit sept philosophes de grandeur naturelle et s'élançant à mi-corps des parois qui flanquent les escaliers d'où l'on monte à la rangée supérieure des stalles. Le premier pourrait être Socrate ; le second est Quintilien; le troisième Senèque avec son stylet; le quatrième, Ptoléméeavec sa sphère ; le cinquième, Térence couronné d'olivier; le sixième, Cicéron muni d'un livre fermé ; le septième, Pythagore qui résume dans une sentence tout le génie moral de l'antiquité. Au second rang, au-dessus des premiers, viennent les patriarches et les prophètes ; ils sont vingt : Isaïe, Ezéchiel, Osée, Amos, Jonas, Nahum, Sophonias, Zacharias, Aggée, Samson, David, Josué, Malachie, Michée, Habacuc, Abdias, Joël, TGbie, Daniel, Jérémie. Au troisième rang, dans l'amortissement des ogives, en haut des panneaux formant les hauts-dossiers, sont les douze apôtres, suivis de saint Marc, saint Laurent, saint Etienne, saint Damien et saint Georges. A gauche, sept sibylles, disant chacune leur prophétie, répondent aux sept philosophes. Les femmes juives, au nombre de dix- huit, regardent les patriarches et les prophètes. Marie, sœur de Moïse, chante en battant du tambourin ; la belle et triste Sara, femme du jeune Tobie, tient modestement sa quenouille ; la belle Ruth porte une gerbe de blé toute dorée ; Abigaïl tient un pain et un raisin; Thermut, la fille de Pharaon, montre avec orgueil la petite corbeille d'osier où elle a recueilli Moïse sur les eaux du Nil. La vieille Sara, la femme d'Abraham, tient les trois pains qu'elle a fait cuire sous la cendre pour les trois hôtes mystérieux d'Abraham. La reine de Saba montre le texte des Rois : Le roi a donné à la. reine tout ce quelle a voulu. Noémi dit à Ruth : Vous avez quelqu'un pour consoler votre âme. On dirait volontiers à la belle Rachel : Tu décora facie et venusto aspectu, et à Rébecca, plus belle encore : Puella décora nimis. Ce sont les sentences de leurs banderoles. Au rang supérieur, les saintes font face aux saints : ce sont Anastasie, Marthe, Madeleine, Agnès, Odile, Dorothée, Catherine, Barbe, Marguerite , Ursule , Cécile , Elisabeth de Hongrie, \alburge. Le sculpteur, on peut le dire, s'est surpassé lui-môme dans ces statues; les hommes sont beaux, mais les femmes sont admirables. Les trois trônes où siègent les officiants, travaillés dans le môme style, possèdent cinq prophètes : Zacharie, Isaïe, Daniel, Habacuc, et David qui lès préside ; et deux sibylles, celles de Samos et d'Erythrée. C'est à ces trois stalles surtout que fleurit l'ornementation. De beaui ceps de vigne et des tiges de houblon, cette autre vigne du Nord, se marient avec des héliotropes et des chardons en fleur. Dans cette végétation luxuriante on voit ramper des escargots, courir des chiens, bondir des lions, grimper des écureuils et des singes,
percher di-s coqs et des hiboux, voler des griffons et des dragons, [flâner des aigles. Quelques indécences et de rares grossièretés font des grimaces ou des inconvenances au milieu de ce monde naturel ou fantastique ; c'est le revers impur de cette jolie médaille. Sur le panneau par lequel s'ouvre à droite la ligne des hommes, le sculpteur a donné son nom avec la date du commencement de ce beau travail : Gcorgius Surblin, li69, incepit hoc opus. A gauche, sur le panneau (mi ferme la ligne des femmes, il a écrit : Georc Syrlin, 145V, complevil hoc opus.
STATUAIRE, STATUES. Voy. Sculpture.
STYLE. — La réunion des caractères qui distinguent une œuvre d'art en forme Je style. Il y a donc un style simple, un stylo orné, un style grandiose, etc. On dit encore le style antique, le style gothique , etc.
Cette expression est prise en divers sens qui ne sont pas toujours suffisamment déterminés. Ce n'est que par le contexte qu'on peut en découvrir la vraie signification.
STYLOBATE. Voy. Soubassement.
SUBSTRUCTION. — Ce mot désigne uno construction qui est le résultat d'une reprise en sous-œuvre.
SURBAISSÉ (Arc): celui qui est formé d'une demi-ellipse : coupée suivant son grand axe. Voy. Arc.
SURHAUSSE (Arc), celui qui est formé d'une demi-ellipse coupée suivant son petit axe. Voy. Arc.
SYMBOLISME. — La question du symbolisme dans les monuments religieux du moyen âge est une des plus compliquées et des plus étendues que puisse avoir à traiter aujourd'hui la science archéologique.
Il faudrait écrire un long volume sur cette matière, pour en embrasser l'ensemble et les détails. Nous devons donner ici seu lement quelques généralités, en renvoyant pour les détails aux traités spéciaux. Nous reproduirons l'introduction que nous avons placée à la tôle d'un volume intitulé : Du symbolisme dans les églises du moyen âge, publié chez Marne, à Tours, in-8° , 18 V7.
S'il est une science autrefois généralement répandue , aujourd'hui presque entièrement ignorée, c'est surtout celle de la signification des formes consacrées dans la construction et la décoration des édifices religieux. En vain ferait-on appel aux hommes érudits qui cultivent avec un si noble courage le champ de nos antiquités chrétiennes et nationales ; la plupart ne répondraient pas, quelques-uns même riraient. Au moyen âge, le symbolisme représentait une longue et magnifique série d'idées que tout le monde comprenait et savait par cœur. De nos jours , dans notre siècle positif, en usant ici d'un mot emprunté à la langue des affaires, nonseulement on n'a pas l'intelligence du langage mystérieux de l'allégorie, mais on est porté à se moquer de ceux qui ont la simplicité d'y croire.
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Et pourtant il est impossible à l'antiquaire et a l'historien de prendre une idée exacte de l'œuvre Ju moyen Age, s'ils ignorent le sens des formes hiératiques et mystiques pendant si longtemps en usage. Les pierres si bien travaillées de nos cathédrales sont muettes pour eux, s'ils se sont initiés a la connaissance des antiques traditions. Les artistes chrétiens auront eu beau confier à mille détails dans les églises le témoignage écrit de leur toi, de leur espérance, de leur amour, l'œil distrait ne saura découvrir à travers les riches ornements que des formes inertes, plus ou moins gracieuses, plus ou moins délicates, mais privées do vie et de sentiment.
Onant au chrétien, instruit de l'importance que l'Eglise attache à une foule de cérémonies mystiques et d'usages ou de rites éminemment symboliques, soit dans le culte extérieur et solennel, soit dans l'administration des sacrements, il n'a point oublié le principe qui a engendré le .symbolisme toujours en vigueur dans nos temples. S'il a gardé la connaissance de la valeur moralo d'un certain nombre de faits symboliques, par le malheur des temps, sa mémoire a perdu la signification d'une quantité plus grande encore. Il faut donc, pour lui, renouer le fil rompu des traditions ecclésiastiques.
Se livrer à l'étude des arts chrétiens, uniquement pour saisir clans quelques-unes de ses plus belles manifestations le génie accordé à l'homme, ou pour suivre les développements successifs de la pensée humaine dans ses applications à l'architecture, à la sculpture, à la peinture, à la musique, c'est, sans contredit, se proposer un but louable et élevé; mais nous aurions un semblable travail pour stérile et vain, si nous ne cherchions pas, avant tout, à le diriger vers une tin plus sublime. Suivant une belle pensée de saint Augustin, les beaux-arts sont destinés à conduire à Dieu, harmonie éternelle, source de tout bien et de toute beauté. C'est en Dieu que nous trouvons le premier principe de l'idéal, sans lequel la forme n'est rien, aussi bien dans la littérature que dans les arts plastiques. Dans son Traité de la véritable religion, le môme saint Augustin emploie trois chapitres à démontrer de grandes idées sur les arts, sur Dieu considéré comme vérité immuable, règle souveraine de tous les arts. Nous ne découvrons avec les yeux du corps que les plus grossières images de cette règle éternelle : "œil de l'esprit peut seul l'entrevoir. Les plus belles choses humaines offrent des traits et des marques de l'unité première, type éternel du beau.
Cette manière élevée do considérer les beaux-arts n'est que l'application la plus générale du principe du symbolisme. Les œuvres de la création sont pour nous le plus saisissant emblème de la puissance, de la sagesse et de la bonté de Dieu ; chaque être
créé, depuis la gigantesque baleine jusqu'au moindre moucheron, depuis le cèdre majestueux jusqu'aux mousses microscopiques, peut être considéré comme le vivant symbole des infinies perfections de Dieu. A l'aspect des merveilles de la nature, nous pouvons nous écrier avec le roi-prophète : Les deux racontent la gloire de Dieu, et le firma~ ment annonce l'œuvre de ses mains.
Pourquoi les chefs-d'œuvre artistiques ne pourraient-ils pas être regardés comme le reflet d'une pensée supérieure à la forme extérieure? Tous les auteurs qui ont écrit sur l'esthétique ont émis à ce sujet des idées plus ou moins justes, plus ou moins lumineuses. Nous n'aurons garde de nous lancer à leur suite dans les nuages de l'esthétique germanique; nous constatons seulement un fait universellement admis. Or, ce reflet qui reluit si magnifiquement dans ces œuvres éminenies, n'est-ce pas encore comme uu symbole? Il suffit qu'une idée ou un sentiment soit caché sous une enveloppe extérieure, pour que la forme, en elle-même froide et sans vie, s'anime au contact du symbole.
Nous avons considéré jusqu'à présent le symbole au point de vue le plus général et dans sa signification la plus étendue ; nous devons maintenant ajouter quelques observations sur son importance et son emploi spécial. Chez tous les peuples et à tous les âges, on s'est plu à attacher à certaines formes de convention un sens particulier inspiré, soit par les croyances religieuses, soit par les affections de la famille, soit par les souvenirs de l'amitié, soit par l'amour de la patrie. Tous les sentiments généreux qui font constamment palpiter le cœur de l'homme et qui ont le privilège de passionner les âmes bien nées, ont toujours été rendus d'une manière grande et noble par de magnifiques emblèmes.
Nous nous écarterions trop de notre sujet si nous voulions indiquer, même en passant, quelques-uns des nombreux signes symboliques usités de toute antiquité. Nous devons nous borner à énoncer cette proposition, que la société chrétienne a exprimé ses dogmes principaux dans des formes mystiques et symboliques que nous retrouvons sur nos plus vieilles basiliques. Comprendre la valeur des formes figuratives répandues à profusion dans nos monuments religieux, c'est lire des pages éloquentes de théologie positive.
Cette langue des symboles, dans la plupart des expressions qui la composent, est formée artificiellement. C'est assez dire que l'observation seule ne saurait la reconstituer, et qu'il faut avoir recours aux hommes qui l'ont parlée et qui peuvent seuls convenablement l'interpréter. Il existe des antiquaires animés des meilleures intentions, doués d'une perspicacité peu commune, qui se sont laissé malheureusement emporter par les caprices de leur imagination, et qui, séduits par d'ingénieuses explications , ont voulu entraîner la science dans un arbi-
traire sans règle et sans lui. INous louons leur courage, mais nous déplorons les résultats fâcheux auxquels ils sont arrivés : ils ont discrédité aux yeux des personnes graves ce qu'ils appelaient le symbolisme, et ce qui n'en était que la parodie. C'est évidemment aux auteurs du moyen âge qu'il faut aller demander la clef des signes symboliques, que l'on pourrait presque appeler les signes hiéroglyphiques du moyen âge.
En envisageant le symbolisme sous un autre point de vue, on trouve que l'usage en est fondé sur la nature de l'esprit humain, qui aime souvent a cacher sa pensée sous un voile à demi transparent. Celui qui sait dégager la vérité de son enveloppe symbolique a le double plaisir d'enlever l'écorce et de savourer le fruit qu'elle recouvre. Les âmes sensibles et délicates se plaisent à exprimer leurs pensées et leurs sentiments sous Ja forme mystérieuse de l'emblème et de l'allégorie : il semble que l'expression en charme davantage. Cette langue, si variée dans ses ressources, si riche dans ses constructions, ne vieillit jamais : elle est parlée de tous les peuples et de tous les ho nomes; c'est vraiment la languo universelle.
L'usage du symbolisme a toujours été en vigueur dans l'Orient. L'imagination brillante et colorée des populations de l'Asie, la vivacité de leur esprit devaient leur rendre plus agréable encore cette manière ingénieuse de communiquer la pensée, en l'entourant d'une ombre mélangée de lumière.
La Cible nous offre fréquemment des traits de ce genre. Les prophètes, en s'adressant à la multitude , rendaient leurs enseignements plus persuasifs en les présentant sous la forme d'une allégorie frappante. La plupart des images employées dans nos livres saints sont empruntées au spectacle de la nature; les autres sont prises des usages de la vie commune et des coutumes de la nation : nous expliquons facilement les premières, tandis que nous sommes arrêtés par les secondes, sans espoir de les jamais bien comprendre. Cette espèce de symbolisme, si simple et si attrayante, a été consacrée par l'emploi fréquent que le Sauveur en fit luimême dans ses prédications au peuple. Il parlait souvent en paraboles, dit l'historien sacré, et nous lisons dans l'Evangile beaucoup de ces paraboles, que les juifs charnels et grossiers ne comprenaient pas , et dont les disciples mêmes avaient peine à saisir le sens.
La philosophie ancienne avait entrepris, sans réussir, de résoudre un difficile problème : c'était de concilier et de réunir les deux principes de la connaissance et de l'existence, l'idéal et le réel. Nous pouvons bien ajouter que, sur les traces des anciens, les philosophes modernes s'agitent violemment pour arriver à la solution du même problème. Les platoniciens reconnaissaient les idées, mais ils se consumaient en d'inu-
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liles etforts pour leur donner une vie indépendante : ils furent conduits à diviniser les abstractions qu'ils avaient rêvées : de là, le paganisme de Plotin et deProclus. Les péri» patéticiens s'arrêtaient à l'élude des réalités; mais ils s'épuisaient en vains labeurs poulies ramener à des catégories qui n'avaient qu'une valeur logique et souvent arbitraire. Us laissaient la science ouverle au matérialisme. (Dante et la philosophie catholique au xme siècle, par M. Ozanam.)
La théologie des Pères décida la question au point de vue religieux, en laissant subsister quelques dillicultés philosophiques, dont, plus tard, les écoles devaient s'empa.er. Elle montra l'idéal et le réel confondus d'abord dans l'unité première, et se retrouvant ensuite unis à tous les degrés de la création et à toutes les phases de l'histoire.
En effet, le Verbe éternel est la parole que Dieu se parle à lui-même, l'image qu'il engendre, l'idée infinie qu'il conçoit ; il est en même temps une réalité distincte, une personne divine. Ce que le Verbe est en soi, il le réfléchit dans ses œuvres. Ainsi tous les êtres créés ont une substance qui leur est propre, une essence incommunicable: on ne saurait les reproduire, comme fait le panthéisme oriental, sans les exposer à n'être 3ue des fantômes et des ombres ; et cepenant on lit dans leurs formes visibles les pensées invisibles de leur auteur : la nature est un langage vivant. De même, les Ecritures inspirées contiennent des enseignements figurés par des actes, des vérités personnifiées sous des noms d'hommes ; la révélation tout entière se développe dans une série d'événements qui sont des signes. De là, ce système d'interprétation qui de la Synagogue descendit dans l'Eglise, de saint Paul à saint Augustin, et de saint Augustin à saint Thomas, et qui reconnut toujours aux livres saints deux sens, l'un littéral et l'autre mystique (1). Le sens mystique se subdivisait encore suivant qu'il se rapportait à l'avénement de Jésus-Christ, à la vie future, aux divers états de l'âme dans sa condition présente. Les écrivains du moyen âge firent un large emploi du système symbolique dans leurs ouvrages théologiques et philosophiques; remplis des pensées, des images, des faits exprimés dans la Bible, ils leur empruntèrent des formes pour revêtir leurs propres conceptions. Leur imagination sut trouver dans les personnages de l'Ancien Testament des types pour représenter leurs théories les plus abstraites, pour peindre leur pensée dans ses nuances les plus délicates, pour donner une existence et un corps à leurs distinctions les plus subtiles. Nous faisons aujour-
(1) Saint Paul, / Car. x; Galat. iv; Hebr. v, 10. Saint Pierre, 1 Epist. v. Origène, de Principiis, iv. Saint Jérôme, in Oseam, u. Cassien, Collât., xiv, 4. Saint Augustin, de Ulililulc credendi, m. SaintEucher, Lib. formulanim. Saint Thomas, Summ. Tlieol., part, i, quaest. 1, art. 10. — Guillaume Durand consacre un chapitre tout entier à l'exposition des divers sens de l'Ecriture dont il indique l'emploi.
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d'hui trop bon marché d'une méthode qui a rendu des services et qui n'est pas dépourvue de charmes. Nous en trouvons un des plus curieux exemples dans le traité de Richard de Saint-Victor, De la préparation à la contemplation, où la famille de Jacob sert d'emblème à la famille des facultés humaines. Rachel et Lia y jouent le rôle de l'intelligence et de la volonté; tes deux fds de Rachel, Joseph et Renjamin, sont pris à leur tour pour les deux opérations principales de l'intelligence, savoir, la science et la contemplation ; et l'on a peine à croire avec quelle justesse, quelle subtilité et quelle grAce naïve le rapprochement se poursuit jusqu'à ses derniers termes. Nous n'avons pas le dessein d'en exposer la marche, mais nous ne pouvons résister au désir d'en citer un dernier trait. Dans l'extase contemplative, l'intelligence humaine s'évanouit : c'est Rachel qui meurt en donnant naissance à Renjamin (1).
L'ancienne loi, selon les croyances catholiques, ligure la loi nouvelle, et tous les événements importants de la Rible remplissent une double fonction, historique et allégorique. Dans les écrits des saints Pères, nous lisons à chaque page que la religion mosaïque renfermait en tigure ce que la religion chrétienne possède en réalité. Rien de plus frappant pour le philosophe chrétien que le spectacle des faits y a, tout ensemble, une existence réelle et une signification figurative : chacun des plus illustres personnages y remplit un rôle historique et une fonction prophétique en même temps.
Symbole veut dire rapprochement. Quelle source intarissable de symboles dans ces faciles rapprochements des figures de l'Ancien Testament et des vérités de la religion présente! Le sacrifice d'Abraham, la vie si extraordinaire de Joseph, l'immolation de l'agneau pascal, le sang de cet agneau qui protège les maisons des Israélites contre les coups de l'ange exterminateur, la sortie d'Egypte, la nuée miraculeuse, la manne, l'eau du rocher, leserpentd'airain etc., quelles magnifiques figures des principaux traits de la vie du Sauveur et des merveilles qu'il a opérées pour la rédemption des hommes 1 Aussi les artistes du moyen Age ont su introduire dans leurs compositions d'innombrables rapprochements, dont la signification symbolique est expliquée parle fait accompli, mis en présence 1
Un des traits les plus curieux de ce dernier parallèle se voit fréquemment reproduit dans les vitraux à légendes du xnr siècle ; c'est la représentation de Jacob bénissant, avant de mourir, les deux fils de Joseph, en croisant les bras au-dessus de leurs tètes. Cette action inusitée montrait une préférence mystérieuse en faveur du plus jeune sur l'aîné : elle fut choisie comme symbole de la substitution des gentils aux juifs par le mystère de la croix. Cette scène, très-bien
(1) Richardus a Sancto Victorc, De prarparatione ad contemplahonem, cap. ii.
interprétée dans le grand ouvrage des Pères Martin et Cahier sur les vitraux de Rourges, est reproduite à Rourges, à Tours, au Mans et ailleurs : elle surmonte le Christ en croix, comme pour démontrer que par les mérites du sang divin, s'est opéré le plus grand prodige de la justice et de la bonté de Dieu.
Celte double fonction historique et allégorique attribuée aux personnages de l'Ancien Testament, ne leur appartient pas exclusivement; elle convient à juste titre aux saints de la loi nouvelle. Les bienheureux qui triomphent dans le ciel ne sont pas seulement des types immobiles livrés à l'admiration de la terre; ils interviennent dans ses destinées au moyen d'une puissance mystérieuse, qui se nomme le patronage. Cette protection acquise à chacun de nouspar le droit sacré du patronage, ne se borne point à une simple relation individuelle, déterminée par le nom de baptême, souvent choisi au gré du caprice, par un vain amour de l'euphonie, ou par des raisons moins graves encore; elle s'exerce dans des proportions plus vastes selon les lois les plus certaines. Les familles, les cités, les royaumes ont de glorieux médiateurs qui leur appartiennent par le sang, ou qu'adopta la reconnaissance ; longtemps les ordres de l'Etat, les doctes compagnies, les corporations d'artisans célébrèrent aVec amour ceux qui avaient sanctifié leurs travaux. Toutes lès conditions et tous les Ages conservent encore leurs intercesseurs privilégiés ; il est des lieux que protège une mémoire vénérée, tous les jours do l'année sont placés sous une invocation qui les consacre.
Cette institution, éminemment catholique et qui remonte aux premiers Ages du christianisme, a donné naissance aux plus belles formes du symbolisme. Un glorieux nom de saint se trouve attaché, comme une personnification, à toutes les œuvres du génie de l'homme, à toutes ses études, à toutes ses entreprises. L'image et le nom de ce saint sont unis inséparablement dans l'esprit du peuple chrétien. La musique, c'est sainte Cécile, cette muse chrétienne qui consacre à Dieu sa virginité, sa vie et ses facultés tout entières. La peinture est glorifiée sous le nom de saint Luc. Sainte Catherine personnifie la philosophie. C'était sans doute une gracieuse pensée qui avait fait préférer, pour ce ministère, la vierge martyre, entre tant d'illustres docteurs. On avait cru adoucir la rudesse des scolastiques, dompter leur orgueil, affermir leur fui en leur donnant pour patronne unejeune fille d'Alexandrie, qui avait confondu la science des sophistes païens , et qui, après avoir défendu l'Evangile dans le Musée, l'avait confessé sur l'échafaud. Quelle plus belle image de la royauté chrétienne que notre saint Louis, roi de France, le modèle du courage, de la justice, de la piété ! Quelle magnifique idée de placer sous !a protection de saint Joseph la pauvreté laborieuse et le dévouement humble! C'est
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ainsi'que saint Jean-Baptiste devint le symbole et le patron de l'innocence conservée, et sainte Marie Madeleine, de la pénitence ou de l'innocence recouvrée.
Les élus de Dieu ne représentaient pas seulement toutes les faces de la nature humaine d'une «manière arbitraire et à la faveur d'une simple association d'idées, c'était en vertu d'un pouvoir spécial qui fait partie de leur gloire et de leur bonheur. Il serait long d'énumérer les belles harmonies qui suggérèrent le choix des saints patrons les plus chers à la piété catholique ; niais nous ne saurions nous empêcher de faire remarquer comment le génie chrétien sut consacrer ses plus belles inspirations sous les symboles les plus vénérables. Qu'il y a de suave poésie et surtout de douce piété dans ce commerce perpétuel entre les habitants de ce monde et ceux du paradis ! Quels plus beaux emblèmes pouvait-on imaginer pour représenter les grandeurs de la foi, de la piété, de la science, du travail, du génie, du dévouement, que ces saints glorieux, dont la tête resplenditd'une auréole radieuse, et dont la mémoire demeurera toujours en bénédiction sur la ferre!
^Selonlathéologieet aupointde vuedelatrauition catholique, chaque chose possède sa valeur objective et sa valeur représentative; tout est positif et tout est figuratif ; les réalités etles idées se rencontrent sur tous les points, et ce rapprochement consiitue le symbolisme. A ce simple énoncé, il est aisé de concevoir quel secours les beaux-arts trouveront dans cet admirable système. Quand ils sont abandonnés à eux-mêmes, les arts tendent à tomber dans un double excès, funeste et déplorable : ou bien ils se perdent à la poursuite d'un vain idéal qui leur échappe sans cesse; ou bien ils s'abaissent à la copie de la nature matérielle, et ils ne tardent pas à servir à la réhabilitation du laid et du difforme. L'histoire nous apprend à quelles erreurs les hommes sont sujets quand ils se laissent emporter au courant des théories purement philosophiques sur le but et les tendances des arts libéraux. N'avons-nous pas été nousmêmes récemment témoins des plus singulières prétentions en littérature et en peinture, quand 0:1 prônait les hideuses théories du naturalisme ou de l'imitation de la nature, dans toutes les compositions artistiques? On descend ainsi bien vite jusqu'à exalter la laideur, le grotesque et le ridicule. Pour arrivera la hauteur de sa mission, l'art doit chercher par toutes les voies possibles à reconnaître les types éternels du beau au milieu de la multitude vivante des créatures, et à recomposer, d'après ses empreintes imparfaites, les caractères du sceau divin; suivant une expression heureuse, il faut qu'il fasse luire l'esprit sous les voiles delà matière. Le symbolisme chrétien facilite puissamment les efforts de l'art, il en seconde l'élan, il en stimule et en même temps il en aide l'exercice.
L'Eglise a constamment favorisé l'emploi du symbolisme dans le lieu des réunions pu-
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bliques. Sur les premiers monuments élevés et embellis sous sa direction et sous ses influences, on en trouve des traces irrécusables. Dès les siècles de persécution, la peinture fut chargée de tempérer la tristesse des catacombes en reproduisant sur les murailles et au-dessus des tombeaux des images de résignation et de patience. Ce fut vraiment avec une pieuse prodigalité que le pinceau des artistes figura sur toutes les parois les scènes les plus touchantes tirées de l'Ancien Testament ou de l'Evangile. Les yeux des fidèles aimaient à se reposer sur la reproduction des faits les plus propres à consoler au milieu des épreuves les plus dures. Noé dans l'arche, sur les eaux déchaînées, signifie la foi sûre de son avenir au milieu du déluge sanglant des persécutions ; Job sur le fumier prêche la patience ; Daniel parmi les lions est l'homme de désirs domptantpar la prière les puissances du mal; Elie enlevé sur le char de feu annonce le triomphe des martyrs. La multiplication des pains, la Samaritaine au puits, la guérison des paralytiques et des aveugles, prophétisent la propagation de la parole sainte, la guérison des gentils, la renaissance morale et intellectuelle de l'univers.
Ce serait assurément une étude éminemment intéressante que de chercher à reconnaître quels signes symboliques et quels faits figuratifs chaque siècle a reproduits avec préférence. Cette prédilection pour certaines formes etpourcertaines scènes donnerait devives lumières sur l'état delà conscience générale à une époque déterminée. Ce travail n'a point été fait encore : il est ardu, sans doute, mais il promet les plus ueaux résultats. C'est ainsi que, dans les âges les plus fervents et le plus fortement exercés par de cruelles persécutions, les chrétiens préfèrent représenter les détails de la vie chrétienne heureuse et paisible. Ainsi, dans les obscurs souterrains des catacombes, dans la décoration des cryptes sépulcrales, on ne voit jamais rien qui fasse allusion aux terribles dangers qui menaçaient toutes les têtes, et aux supplices effroyables qui éprouvaient la fidélité des martyrs. Aux temps où la foi triomphe et où la lutte se soutient contre les erreurs du cœur plutôt que contre les erreurs de l'esprit, on a reproduit dans les églises les scènes les plus effrayantes de la vie future. C'est le jugement dernier, avec son appareil et ses terreurs : c'est la séparation des justes et des pécheurs, le supplice des damnés, les tortures de l'enfer. A l'époque des croisades, on voit se multplier dans les églises la représentation du Christ en croix : on dirait que la bouillante énergie des populations de ce temps avait besoin de se retrempera la vue de l'image de Dieu mourant sur le gibet. Au xme, au xive siècle, le culte de la sainte Vierge est parvenu à sa plus haute expression, et nos églises brillent du plus radieux symbolisme en l'honneur do la Mère de Dieu. Enfin les progrès de la Renaissance, ou plutôt du retour vers les arts et la littérature des païens, se mon-