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trcnl dans nos édifices religieux par la triste invasion de formes et d'ornements mythologiques.
C'est ainsi que chaque grande époque imprime à ses œuvres un caractère particulier. Au lieu d'en saisir l'aspect général, il serait nécessaire de descendre à l'observation des moindres détails pour en connaître entièrement le sens et la portée. La science archéologique, malgré d'immenses progrès faits depuis dix années, n'est pas encore en état d'entreprendre et d'exécuter un travail de cette nature. Om parle actuellement beaucoup et partout de symbolisme et d'iconographie : nous considérons ce fait comme un indice de bon augure, qui présage l'apparition de quelque ouvrage éminenl sur ces matières.
Revenons à. notre sujet, en faisant mention d'un des premiers livres où se trouvent renfermés de précieux détails de symbolisme, le livre du Pasteur, par Hermas. Cet ouvrage est divisé en trois livres ou parties, et le premier contient le récit de quatre révélations ou songes. Laissons parler l'auteur luimôme :
« Dans une troisième vision, cette môme femme lui fit une peinture et une description exacte de la structure de l'Eglise triomphante et des différents ordres de saints qui la composent. Pour la représenter plus sensiblement, elle la lui fit voir sous la forme d'une grande tour que l'on bâtissait sur les eaux avec des pierres carrées et luisantes. Chacun de ces ordres était représenté sous la figure de différentes pierres que l'on employait à cet édifice; et pour ne rien lui laisser à désirer sur ce qui devait arriver, elle lui fit connaître encore les différents ordres des réprouvés, dont les uns étaient figurés par les pierres que les anges destinés à la construction de cette église cassaient et jetaient au loin ; les autres, par des pierres raboteuses, fendues ou trop petites pour servir à ce bâtiment. » (Hermas, lib. i, Visio 3l.)
Ce passage est extrêmement curieux, et il n'y a guère à douter qu'il ait souvent servi de guide dans certaines compositions architecturales dont on ignore le sens, si l'on ne connaît pas le livre du Pasteur. Ce symbole si bien exposé par Hermas se retrouve en beaucoup d'endroits sur les monuments du moyen Age : on n'y a pas toujours fait assez d'attention.
Nous n'ouvrirons pas les écrits des saints Pères pour leur demander ce qu'ils pensaient du symbolisme, et de quelle manière élevée iis ont su le considérer. Citer seulement .es principaux passages de saint Augustin relatifs à ce sujet, ce serait remplir un volume entier. Nous préférons nous arrêter quelques instants aux écrits des auteurs du moyen âge. C'est, en résumé, toujours à ces derniers qu'il faut particulièrement en appeler pour interpréter les monuments contemporains. Les pieux et savants contemplatifs du moyen âge aimaient à revêtir leurs idées, souvent austères, des grâces du langage. Sans y songer et sans le moindre effort, ils em-
bellissaient leurs pages les plus abstraitesdes plus élégantes comparaisons, comme par un attrait naturel qui attire loujoursceux qui sont bons vers ce qui est beau. Ils se plaisaient à prendre à la création des images et des figures; ils indiquaient des rapprochements imprévus entre des choses en apparence étrangères. Peut-on rendre d'une manière plus poétique que le fait Hugues de Saint-Victor, dans son Commentaire sur VEcclésiaste, l'idée de la création visible qui, sous des beautés apparentes, nous cache l'éternelle beauté du monde invisible? « L'apparence des choses visibles, dit-il, est comme les feuilles fraîches et vertes qui brillent de leur éclat durant quelques instants, et tombent au souffle de la tempête : tant qu'elles durent, elles nous prêtent leur ombrage et un agréable abri ! »
Le symbolisme chrétien, tel qu'on le concevait alors et selon sa véritable nature, embrassant à la fois la nature et l'histoire, était le lien du monde visible et du monde invisible. Car, comme dit saint Paul, ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible, depuis la création du monde, par la connaissance que ses créatures nous en donnent (Rom. i, 20).
Nous avons peine souvent à concevoir la hardiesse des expressions que la langue énergque du symbolisme emploie quelquefois. On serait tenté de taxer de témérité ce qui souvent n'était qu'une figure vulgaire et commune. Ainsi Dieu fut représenté tantôt comme circonférence et tantôt comme centre, par une mer immense qui enveloppe l'empyrée, ou par un pont indivisible autour duquel se meut l'univers. Ainsi encore les créatures sont comparées, par saint Bernard, à des séries de miroirs où tombent et se réfléchissent les rayons du soleil incréé! Saint Bonaventure, dans son Commentaire sur saint Luc, nous dit que les trois vertus théologales sont personnifiées en saint Pierre, en saint Jacques et en saint Jean : saint Pierre désigne la foi; saint Jacques, l'espérance; et saint Jean, la charité. La vie active et la vie contemplative sont symbolisées par Marthe et Marie, Lia et RaChel. Les deux natures en Jésus-Christ sont désignées sous l'emblème de l'aigle et du lion; l'Eden figure l'Eglise militante; la statue de Nabuchodonosor est le type de la décadence de l'humanité, etc., etc. Ces images sont fréquemment reproduites dans les œuvres de saint Bernard, de saint Bonaventure et de Richard de Saint- Victor.
Chacun sait que, dans ces derniers temps, une école, dont nous ne saurions trop énergiquement flétrir les tendances et les travaux, s'est élevée et constituée en Allemagne. Les partisans de ces doctrines détestables se sont lancés dans les spéculations les plus téméraires et les plus impies sur le contexte des livres saints, et surtout sur Je Pentateuque et l'Evangile. Ils découvrent partout ce qu'ils nomment des mythes, c'est-àdire une forme extérieure que l'on donne à
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un fait imaginaire ou à une série d'idées qui n'ont d'existence que dans l'intelligence. Cette forme poétique n'est qu'une écorce qui enveloppe la vraie doctrine, et il suffit de l'enlever pour découvrir la pensée de l'auteur. Les faits de l'histoire du monde primitif racontés par Moïse, la création de la lumière, celle de l'homme et de la femme, l'arbre de la science, l'arbre de vie, le paradis terrestre, etc., etc., seraient, selon eux, autant de mythes ou de récits symboliques propres à nous faire connaître les progrès de l'esprit humain, l'union qui doit régner entre l'homme et la femme, etc. Nous ne combattrons pas une méthode d'argumentation exégétique aussi singulière qu'illégitime ; il suffit de consulter la tradition de l'univers chrétien pour la repousser avec horreur.
Nous ne sommes entré dans ces délails qu'afin de protester contre l'emploi que les mythologues allemands ont fait des mots symbole et allégorie. L'Eglise, héritière de l'ancienne loi, a toujours accepté et aimé ces deux dernières expressions, mais elle les prend dans une acception bien différente de celle des auteurs protestants d'au delà du Rhin.
Le symbole est attaché à un fait qui a une existence réelle ; ce fait possède une signification première qui est historique, à laquelle on ajoute une signification secondaire, qui est allégorique. Ainsi l'allégorie qui subsiste en dehors du fait primitif ne le détruit point; au contraire, elle le confirme. Si nous procédions suivant toute la rigueur des termes, nous adopterions l'expression d'allégorie ou d'allêgorisme, de préférence à celle de symbolisme. La première est consacrée dans la langue théologique, où elle a un sens déterminé; la seconde est nouvelle et vague. Mais l'allégorie, telle que la comprennent les théologiens et les interprètes de l'Ecriture sainte dans son emploi exégétique, n'est pas familièreaux personnes du monde; et comme ce mot, allégorie, dans les compositions poétiques, oii're un sens littéraire absolument différent, il était grandement à craindre qu'il n'en résultât une déplorable confusion. Beaucoup d'hommes, accoutumés à ne voir la réalité que d'un côté seulement dans l'allégorie poétique, n'auraient pas aisément compris sous la même dénomination cette prophétie en action, où la figure et la réalité sont également vraies et réelles l'une et l'autre. L'allégorie, appliquée à l'interprétation des livres saints, aurait aisément passé pour un système de fiction édifiante, pour une pieuse rêverie des écrivains ecclésiastiques.
Cet écueil n'a pas été vu des auteurs anglais, probablement parce qu'ils n'ont pas fait attention à la pratique généralement suivie par l'Eglise depuis les siècles apostoliques. Qu'est-ce que l'allégorie? se demandent-ils dans une note de leur introduction? Et ils répondent : «. L'allégorie emploie des personnages fictifs et des choses imaginaires pour mettre la vérité en relief. » C'est bien là, il est vrai, le but que se propose l'allégorie poétique; mais ce n'est point l'allégo-
rie comme l'ont comprise les saints Pères, les conciles, les docteurs catholiques, et comme nous l'entendons encore aujourd'hui. Si MM. Neale et Webb avaient eu présentes à la mémoire les définitions et les distinctions admises par Guillaume Durand danf les premiers chapitres du livre rr, et traduites par eux, ils ne seraient pas tombés dans une aussi grave inexactitude.
Nous acceptons le terme de symbolisme parce qu'il n'est guère aisé d'y attacher un autre sens que celui dans lequel nous l'entendons. Ce mot exprime bien les diverses voies par lesquelles l'homme réussit ou aspire à ennoblir le monde extérieur en se faisant dire des choses spirituelles par les objets sensibles, ou à transfigurer un fait simple et ordinaire en y puisant à la fois l'aliment du cœur et celui de l'esprit. Le symbole chrétien réunit donc deux choses parfaitement distinctes en elles-mêmes, l'idéal et le réel, un sens primitif et naturel, et un sens secondaire et dérivé ; ces deux éléments ne sont nullement incompatibles, et parleur réunion ils constituent l'essence du symbolisme véritable.
En fait d'art et d'application aux objets représentés par l'architecture, la sculpture et la peinture, nous appelons sentiment mystique celui qui, renonçant à trouver dans la nature ou dans l'art une forme équivalente à l'objet qui doit être figuré, s'arrête à une forme quelconque, qui reçoit toute sa signification de l'intention de celui qui l'a choisie. Ainsi, par exemple, pour représenter Dieu, l'homme, sentant son impuissance, adopte la forme d'un cercle, d'un œil, d'un globe, etc., en donnantàcetteformeextérieure et matérielle une signification supérieure. Les représentations mystiques sont souvent grossières et informes; c'est le but que l'on se propose en les faisant tirer toute leur valeur de l'idée et non point de la perfection artistique. Le sentiment mystique a exercé une certaine influence dans l'antiquité, surtout chez les peuples les plus anciens ; mais il a principalement régné chez les nations chrétiennes, et dans leurs monuments religieux nous en rencontrons de fréquents témoignages.
Les formes fixées par la loi ou par l'usage, sans pouvoir être changées suivant le bon plaisir des artistes, ont reçu le nom de types. C'est de la sorte que nous disons qu'au moyen Age la statuaire, dans ses représentations les plus importantes , ne s'écartait jamais d'un type généralement consacré.
Les figures ainsi exécutées peuvent encore être appelées canoniques, parce qu'elles étaient dessinées d'après un canon ou règle dont il n'était pas permis de s'écarter. Le mot type, cependant, prend quelquefois une acception différente : il signifie un fait, un personnage qui, dans le symbolisme, ont une intention allégorique préméditée dans le commencement et comme d'avance. Ainsi le prophète Elie était le type de saint Jean- Baptiste le Précurseur. Type signifie encore modèle : ainsi nous disons que Jésus-ChriM