‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 158 sur 276 · TAB · texte numérisé non relu

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TABERNACLE. — I. Le tabernacle proprement dit est un petit édifice ou édicule, en forme de temple ou d'église, placé au centre du gradin de l'autel, fait de pierre, de marbre, de bois, de bronze ou de métaux précieux, tapissé de soie à l'intérieur, ordinairement enrichi d'ornements variés et d'incrustations, et destiné à renfermer le ciboire contenant les hosties consacrées.

Nous en avons fait l'histoire et indiqué l'origine et les transformations à l'article Autel. Voy. Accessoires des autels, Ciborium , Ciboire, Armarium.

On appelle encore tabernacle le dais ouvragé, ordinairement surmonté d'une aiguille ou d'un clocheton, qui est placé au-dessus des statues et des statuettes, durant la période ogivale. C'est ce que les antiquaires anglais appellent tabcrnaclc-woi'ck.

TABLE. — La table d'un autel est la partie de l'autel sur laquelle on pose les vases sacrés Durant la période romano-byzanline et quelquefois la période ogivale, les autels consistaient assez souvent en une simple table de pierre, plus ou moins épaisse, appuyée sur des colonnes.

On emploie parfois le mot de table dans le sens de panneau. Alors une table saillante est une surface carrée, de peu d'épaisseur, placée sur le nu d'un mur, pour en interrompre la monotonie.

TABLE DE COMMUNION. Voy. Autel (Accessoires).

Les tidèles, autrefois, recevaient la communion en se présentant au charnel ou cancel, qui séparait le chjeur de la nef. Les hommes recevaient la sainte hostie dans leur main nue, et les femmes dans leur main recouverte d'un linge appelé dominical. Le précieux sang leur était présenté parles diacres dans Je calice ministériel , et les fidèles le prenaient à l'aide d'un chalumeau d'or ou d'argent doré. Lorsque les fidèles reçurent la sainte communion sous une seule espèce, ce qui eut lieu vers le xne siècle, d'une manière générale, la coutume s'introduisit pour le prêtre de déposer l'hostie, sous l'espèce du pain, dans la bouche des communiants. Plus tard les chancels devinrent ce que nous appelons aujourd'hui des tables de communion, c'est-à-dire, furent diminués en hauteur, de manière à permettre aux fidèles de recevoir la communion à genoux. Nous ne connaissons pas de tables de communion qui remontent authentiquement au moyen Age. Actuellement que les coutumes de l'Eglise ont amené une pratique respectable devenue générale, c'est aux artistes pénétrés du génie des arts chrétiens du moyen Age de disposer les tables de communion en harmonie avec le style des édifices sacrés.

TABLEAU. — I. Tableau, en architecture, c'est la partie de l'épaisseur d'un mur qui

forme le côté d'une baie, et s'étend depuis l'arête extérieure jusqu'à la feuillure.

Les tableaux des baies de fenêtre de la période romano-byzantine sont presque toujours ébrasés en dedans. A l'époque de transition, au xnc siècle, ils sont souvent garnis d'un redent avec colonne engagée dans l'angle rentrant. Durant la période ogivale , ils sont encore généralement ébrasés , mais ornés de colonnettes, et très -fréquemment l'ébrasement est en même temps intérieur et extérieur. Quant aux tableaux de baie de porte, ils sont d'équerre et quelquefois munis d'une colonne engagée, jusqu'au xne siècle , qu'ils se découpent en redents. Dans l'architecture ogivale, ils sont aussi toujours ébrasés et ornés de colonnes entre lesquelles se trouvent parfois des statues. Les colonnettes se changent en moulures prismatiques au xv" siècle, mais le plan général en est toujours biais.

Tableau d'histoire. Voy. Peinture.

TAILLOIR. Voy. Abaque.

TALON. — Moulure moitié convexe et moitié concave , composée d'un quart de rond et d'un cavet. Voy. Moulures.

On appelle talon renversé la moulure dans laquelle les parties sont placées en sens contraire de celui que nous venons d'indiquer.

TAMBOUR. — On emploie ce mot en plusieurs sens. 1° C'est la même chose que Tympan. Voy. ce mot. 2° On appelle tambour chacun des cylindres dont la réunion forme le fût d'une colonne. 3° Le tambour d'une coupole est l'étage sur lequel porte la coupole ; on dit aussi tour de dôme. k° On désigne communément sous le nom de tambour une espèce de porche intérieur, ordinairement construit en bois, appliqué aux portes principales pour protéger les fidèles contre le froid et le vent. La plupart de ces tambours sont disgracieux et produisent le plus mauvais effet. Ils sont toujours modernes.

On les a condamnés, en général, et même très-sévèrement. C'est avec raison. Nous devons dire, cependant', que la construction de tambours est quelquefois indispensable dans certaines églises, soit que le vent y arrive avec trop de violence, par suite de démolitions de maisons voisines, soit que le froid y soit tellement incommode que la partie de l'église qui avoisine la porte reste déserte à cause de cela. L'archéologie, quand on sait la comprendre, ne s'oppose jamais à ce que l'on procure aux églises des dispositions convenables ou commodes. Elle blâme seulement les constructions trop souvent ridicules et inutiles qui existent devant les portes d'une foule d'églises.

TAPIS , TAPISSERIE. — I. On donne le nom de tapis et de tapisserie à des étoffes ou ouvrages faits au métier ou à l'aiguille , dont on couvre les murs pour les orner.

Du moment que les hommes surent fubri-

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rpier des Molles pour leurs vêtements , ils

cherchèrent h les embellir a l'aide des matières elles-mêmes qui avaient servi à les tisser. Aussi la peinture en broderie fut-elle un des moyens le plus anciennement usités pour rendre des ornements et des figures. Dans l'antiquité ou brodait ainsi l'histoire des dieux et des héros ; les historiens et les poètes nous représentent les femmes des personnages les plus distingués occupées à faire des tapisseries.

Ce genre d'industrie paraît remonter, en Orient, à la plus haute antiquité. Ou brodait d'abord les compositions les plus bizarres d'hommes, d'animaux et de plantes. 11 parait que c'est à ces dessins qu'ils voyaient sur les tapis que les Grecs durent l'idée de plusieurs animaux imaginaires, tels que les grillons et les centaures. Ces tapisseries médianes, persanes ou babyloniennes étaient connues sous le nom de tapisseries barbares, pour les distinguer des pepli, que les Grecs exposaient dans les grandes cérémonies, et où l'on voyait figurée l'histoire des héros. Ces tapisseries, d'abord grossières, furent ensuite faites avec plus d'art et d'élégance. Lorsque le goût fut plus épuré, les ligures d'animaux bizarres ne se montrèrent plus que sur les bordures. On suspendait de riches tapisseries orientales dans l'intérieur des temples, pour les orner, et devant les ouvertures des portes.

Les chrétiens des premiers siècles d u moyen <1ge ne manquèrent pas de retracer les images du Christ, de la Vierge et des saints sur les ornements pontiticaux, sur les étoffes dont l'autel était décoré et sur les voiles des portes des églises. Au ve siècle, l'art de tisser les étoffes et de les enrichir de sujets en broderie était porté à un haut degré de perfection. Anastase le Bibliothécaire, dans la Vie des papes, nous a laissé la description d'un grand nombre d'objets de celte espèce. Voy. d'Agincourt, Hist. de Vart par les monum., tom. 1er, pag. 98.) Les broderies, exécutées en (ils d'or et d'argent sur les étoffes de soie des plus belles couleurs, devaient produire un effet merveilleux.

Outre les peintures, on employait encore pour décorer les églises des tapisseries qui étaient suspendues aux murailles, et des voiles aux ouvertures des portes. Voici un passage de saint Grégoire de Tours, mentionné par Mabillou dans sa Liturgia gallicana : Gregorius Turoti. in lib. i de Miraculis B. Martini, cap. 13, ait liane apud Ilalos specinlem vigere medelam, ut si quis puslulœ perculiatur vulnere , ad propinquum quod fuerit beati Martini oratorium kabeatur perfugium : et mit ex vélo januœ, mit palliolis quœ pendent de parirtibas, quidquid primuni raptum fuerit, fit talubre.

Le sanctuaire, où se trouve l'autel, é'ait soustrait aux regards du public par de grands voiles suspendus à l'entrée du pres-

bytère. Les ministres inférieurs avaient pour charge : Utsenioribus vêla ad ostia subtevarent. (Ex concilii Narbonensis canone 13.)

Népotien, au rapport de saint Jérôme, veillait avec beaucoup de soin, Si niteret aitare, si parietes absque fuligine, si pavimentum tersum, si janitor creber in porta, si vêla semper in osliis, si saerarium tmindum, si vasa luculenta.

En outre, il y avait encore quatre voiles au ciborium, de peur que les mystères fussent visibles aux yeux profanes. Cet usage n'était pas seulement en vigueur chez les Grecs, mais encore chez les Romains; c'est ce qui ressort clairement du passage suivant d'Anastase le Bibliothécaire, en parlant du pape Léon III : Fecit et in circuitu aitarù aliavcla alba, holoserica rosata, quœ pendent in arcu de ciborio, numéro quatuor.

Mabillon dit qu'il ne connaît point dans nos auteurs de passage où soient mentionnés des voiles semblables à ceux dont nous venons de parler. C'est probablement à cause de l'absence de ces voiles que l'on exigeait toujours des pâlies ou corporaux d'une étoffe épaisse, afin que les mystères fussent cachés. Grégoire de Tours parle d'une palle qui fut refusée, quoiqu'elle fût somptueusement ornée, parce qu'elle était d'un tissu léger et transparent. {Voy. Autel, Accessoires des autels.)

Nous trouvons en France, au xc siècle, un genre d'industrie longtemps particulier aux Orientaux : c'est la fabrication des tentures et des tapis employés à la décoration des églises, et dont l'usage devenait de jour en jour plus commun. Vers l'an 985, il existait dans l'abbaye de Saint-Florent de Saumur une manufacture où les religieux tissaient des tapisseries ornées de fleurs et de ligures d'animaux. Binos ctiam ex lana dossales lexi prœccpit. Margo erat candidus, bestiœ vel ares rubrœ. (Hist. mon. S. Flor. Salm. Ainpliss. Coll., tom. V, col. 1106 et 1107.)

Au xie siècle, les historiens monastiques célèbrent en mille endroits la multiplicité et la magnificence des tentures dont la plupart des riches abbés paraient leurs églises. Suivant les règlements de l'abbaye de Cluny, les murs, les bancs et tous les autres sièges du palais destiné aux étrangers, devaient dans les grandes fêtes être entièrement couverts de tapisseries. (Mabillon , Annal, ord. S. Jiencd., tom. IV, lib. lu, pag. 208.) Il n'était ni extraordinaire, ni même rare, devoir une église ornée de tapisseries dans tout son pourtour. En 1093, te jour de Pâques, l'église du monastère de Fleury-sur-Loire fut ornée de tentures en soie : JFonestissimc holosericis venustata ornatibus. <Act. SS. ord. S. liened., tom. VI, pag. 408.)

Les manufactures françaises employées a ce genre d'ouvrages devenaient plus nombreuses, et sans doute perfectionnaient leurs procédés. Vers l'an 10G0 , Gervin, abbé de Saint-Riquier, lit remarquer sa libéralité par

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les tentures qu'il acheta « et par les tapis qu'il fit faire : » In palliis adquirendis , m tapctibus faciendis. (Act. SS. ord. S. Bened., toin. IX, pag. 322.) Il existait à Poitiers, en 1025, une manufacture de tapisseries et de tapis, où les prélats d'Italie adressaient euxmêmes des demandes. Remémora ergo, precor, quam longum et latum (tapetum) esse relis, et mittetur tibi, si invenire potuero. Sin autem, jubebo tibi fieri quale volueris, si consuetudo fuerit illud texendi apud nostrates. (Lettre de Guillaume V, comte de Poitou, à Léon , évèque de Vcrceil ; dans D. Bouquet, tom. X, pag. k8k.) Le tissu de ces tentures offrait des portraits de rois et d'empereurs, des sujets puisés dans les histoires saintes et des figures d'animaux. (Cfr. Bût. epûc. Autissiod., cap. 53, dans Labbe, Nov. Bibl. manu&cr., tom. I, pag. i57. --Le Bœuf, Mcm. concernant l'hist. dWuxerre, toin. I, part, i, pag. 258. — Chron. Gaufredi, cap. 9, dans Labbe, ibid., tom. II , pag. 283. — Episc. Carnut. Elogia, dans Mabillon, Analecta vet, monum. tom. II, pag. 598.)

On conserve encore à Bayeux la tapisserie de la reine Mathilde. C'est une broderie en laines de diverses couleurs sur une grande pièce de lin. Comme spécimen de la broderie du mi' siècle, on possède les ornements de saint Thomas de Cantorbéry, a la cathédrale de Sens. Il est facile de juger par les miniatures des manuscrits des xii0, xm' et xivc siècles, que les ornements sacrés, les courtines qui entouraient les autels pendant le sacrifice de la messe, les touailles que l'on étendait dessus, étaient fabriqués en étoiles enrichies de figures et de sujets brodés ; que les lits, les tables, les sièges, dans les riches habitations, étaient couverts d'étoiles semblables.

A côté de ces représentations figurées, les vi ux inventaires nous en donnent la description. Ainsi, par exemple, nous lisons dans l'inventaire du mobilier de la chapelle de Charles V : « Une mictre brodée sur champ blanc et est orfrasée d'or trait à ymages, et fut au pape Urbain. — La grant chapelle qui est de camocas d'oultremer brodée à ymages de plusieurs ystoires. — Une touaille parée, brodée à ymages de la Passion sur or. — Bréviaire couvert de brodures aux armes du roy Jehan quand il estoit duc de Normandie. » (Mss. Biblioth. Nat., n" 8356.)

On ne se contentait pas alors de broder les étoffes destinées soit au service de l'église, soit à la décoratiun des habitations : on faisait encore en broderie des tableaux portatifs, qui rivalisaient avec les autels domestiques sculptés et peints. Nous lisons , en effet, dans le même inventaire , au folio 232 : « Ungs tableaux de broderie où sont Notre-Dame, sainte Catherine et saint Jean l'Evangéliste, en ung estuy couvert de Yeluiau vermeil. »

Au xvc siècle, la peinture en broderie avait suivi les grands progrès qui se firent sentir

alors dans tous les arts du dessin. On peut citer comme de fort belles pièces de celte époque, les ornements à l'usage de la chapelle de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne , conservés dans la cathédrale de Berne.

On a établi, dans les temps modernes, des manufactures de tapisseries, dont les produits n'ont peut-être pas l'éclat des couleurs des tapisseries orientales, mais qui leur sont de beaucoup supérieures par la beauté de la composition et la perfection du dessin. Au xve et au xvr siècle, on fabriquait de magnifiques tapisseries dans la Flandre. Nous devons citer surtout celles qui ont été exécutées d'après les cartons de Baphaël.Il n'y a aujourd'hui rien de comparable en Europe aux admirables tapisseries qui se fabriquent aux Gobelins, à Paris.

Ceux qui voudront avoir des connaissances étendues sur les tapisseries les plus anciennes et les plus remarquables que nous possédions actuellement, consulteront avec fruit les ouvrages suivants : Anciennes tapisseries historiées, par Jubinal, 2 vol. in-folio.

— Broderie du moyen âge en Angleterre, 1 vol. in-18, texte anglais. — Notice sur les tapisseries de la cathédrale de Bcauvais, par M. l'abbé Santerre. — Tapisseries d'Aix, par Jubinal, in-folio. — Tapisseries de Bayeux, par le même, in-folio. — Tapisseries de Bcauvais et du Louvre, par le même, in-folio. — Tapisseries de Berne, par le même, in-folio.

— Tapisseries de la Chaise-Dieu, par le même, in-folio. — Tapisseries de Dijon et de Bayard, par le même , in-folio. — Tapisseries de Nancy, par le même, in-folio. — Tapisseries de Reims, parle môme, in-folio. — Tapisstries de Valcnciennes, par le même, in-folio. — Tente de Charles le Téméraire, par V. de Sansonnetti , in-folio. — Toiles peintes et tapisseries de Reims, par Paris et Leberlhais, 2 vol. in-4°.

TEMPLE: — Un temple, en général, est un édifice consacré à l'exercice d'un culte religieux. Les temples peuvent être regardés comme les premiers monuments d'architecture: il en est de même des tombeaux. En sorte que le culte de la Divinité et le respect pour les morts furent l'origine des premières constructions régulières élevées par les hommes.

Chez les anciens peuples, les temples furent très-nombreux. On en trouve aujourd'hui encore les débris disséminés sur l'emplacement des villes et au milieu des campagnes.

On se tromperait beaucoup si l'on croyait que les temples des Grecs et des Romains étaient des édifices d'une grande étendue. Leurs premiers temples étaient petits. La cella n'avait alors d'étendue que ce qu'il fallait pour contenir la statue du dieu auquel le temple était consacré, et, tout au plus, un autel. Dans les temps de la prospérité et des succès de ces mêmes peuples, leurs temples s'agrandirent, mais jamais ils n'eurent de di-

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