‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 16 sur 276 · EST · texte numérisé non relu

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rum enim qkod bonum, dit saint Ambroise. Qu'est-ce que le beau? se demande saint Grégoire de Nysse, et il répond à cette question : Ce qui est en tout point désirable (Greg. Nyss., in Cant. cent*., boni. iW). « Le beau accompli consiste dans l'unité, dit saint Augustin ; homme, qui es-tu, pour te flatter de le connaître? Dieu seul voit l'unité absolue ; seul il est l'unité : faible créature, qu'il te suffise d'apprécier le convenable. Là est le beau pour toi, le seul beau dont puisse jouir ta nature mortelle. » (Aug.,</e vera Rclig.) Dans l'architecture, dit A. G. Schlegel , dans ses Leçons sur l'histoire et la théorie des beaux-arts, pag. 52, on doit considérer: 1° les bases générales de la géométrie et de la mécanique ; 2° la symétrie ; 3° la proportion ; k° l'ornement.

« L'obéissance aux lois de la géométrie et de la mécanique est d'une nécessité absolue. Les rapports géométriques doivent résulter de la combinaison des lignes droites et des lignes courbes ; et c'est par cette combinaison que l'on arrivera à satisfaire une des facultés naturelles de notre esprit, qui fait qu'il ne trouve de plaisir que là où il existe de la justesse dans les rapports. Par la régularité nous trouvons tout d'abord le rapport entre l'image et la pensée, tandis que l'irrégularité les confond à nos yeux. »

Ces premiers éléments géométriques se trouvent aussi bien dans le plan que dans l'élévation d'un édiûce.

La symétrie n'est autre chose que l'accord qui existe entre les diverses parties d'un édifice et que l'œil peut saisir sans effort et à la première vue.

Le troisième élément de l'architecture est la proportion ; et nous entendons par là le rapport des dimensions, soit dans l'ensemble, soit dans les parties. Quelques théoriciens ont voulu établir de certaines proportions absolues ; mais si des peuples ont adopté quelque chose de semblable, on voit, par les modèles que les anciens nous ont laissés, qu'ils n'ont jamais reconnu ces lois qui deviendraient, pour ainsi dire, constitutives des rapports. L'imagination veut, pour ses créations, un libre champ; et les Grecs, plus que tous les autres, avaient besoin d'une grande liberté dans les arts, pour développer les trésors de leur génie capricieux. Les proportions ne peuventôtreque relatives.

Il n'y a que de fausses idées de proportions, et une admiration aveugle de l'antiquité, qui aient pu amener à l'idée exclusive qu'il n'y a de beau que l'architecture grecque, et que tout ce qui s'en éloigne est barbare. Les écrivains des derniers siècles n'ont pas même fait exception en faveur des plus beaux monuments gothiques. Mais , dans tout pa\s, l'architecture, comme les autres arts, a reçu un cachet particulier d'une croyance dominante, dont tous les ouvrages d'art ne sont que la traduction dans un monde visible.

Après avoir satisfait à toutes les conditions essentielles, pour terminer l'ouvrage,

viennent les ornements qui seront le plus convenablement placés aux endroits où les parties de l'édifice se rattachent entre elles, où ses membres viennent s'articuler ; et dissimulant ainsi les points de jonction, ils en formeront un tout régulier

Résumons. Les lignes géométriques servent de bases fondamentales à l'architecture; la symétrie en fait un ouvrage digne de l'esprit humain ; la proportion en règle les dimensions et le style ; l'ornement y met la dernière main et l'embellit.

ETAT DES ÉDIFICES DIOCESAINS EN FtlANCK,

en 1851. — M. de Contencin, directeur de l'administration des cultes, a publié, au commencement de l'année 1851, un Rapport présenté à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes sur la situation des édifices religieux, et surtout des édifices diocésains. Ce rapport a jeté l'alarme parmi les amis de nos antiquités religieuses et nationales ; nos vieilles basiliques, dépouillées par la révolution, à peine entretenues matériellement dans quelques-unes de leurs parties, se trouvent dans le plus triste état de délabrement : plusieurs même menacent ruine. 11 leur faut donc porter secours sans attendre.

Nous donnons ici plusieurs passages du remarquable rapport de M. de Contencin.

Ce sera comme un Etat des lieux , dressé en 1851, et qui pourra servir de point de départ à ceux qui auront plus tarda étudier la même question, soit pour constater de plus grands ravages, soit pour constater les réparations.

« L'administration des cultes a 2'+0 édifices à conserver, à restaurer ou à refaire à neuf, en totalité ou en partie, dont 80 cathédrales, autant d'évôchés et autant de séminaires.

« Pour ne parler d'abord que des premiers de ces édifices, ce sont les [dus anciens, les plus hardis, les plus vastes et les plus délicats par leur construction ; ceux qui ont été le plus en butte aux mutilations et aux dévastations des anciennes guerres civiles et des modernes fureurs révolutionnaires ; les plus abandonnés longtemps par la négligence; puis les plus compromis par les fielleuses restaurations dont ils ont été l'objet ; et enfin, après tout, les plus admirables encore et les plus nécessaires des monuments qui couvrent le sol de notre pays.

« La cathédrale de Paris, seule, d'après un devis remis l'année dernière à l'administrât ion parM.ViolletleDucson habile restaurateur, coûterait aujourd'hui à bâtir plus de 80 millions ; d'où on peut induire que l'ensemble des cathédrales représente une valeur de 2 milliards peut-être ; mais de 2 milliards dont le magnifique emploi dépasse toute valeur, parce qu'un tel emploi, œuvre de l'inspiration d'un autre âge, serait irréalisable aujourd'hui.

« C'est de ce précieux dépôt du passé, do sa conservation et de sa transmission à l'avenir, que l'administration des cultes se trouve chargée ; et lorsqu'à celte charge ou

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ajoute colle de l'entretien et de l'appropria-

I ion de quatre-vingts évêchés et d'autant de séminaires, dont plusieurs sont a refaire entièrement, on se demande si, sous la dénomination d'administration des cultes, il ne convient pas de voir une administration de grands travaux publics religieux.

« On a droit des'étonner surtout, monsieur le ministre, de la modicité du chaire affecté à ce grand service, chiffre inférieur a celui donné aux palais nationaux et bâtiments civils, qui, moins nombreux, moins anciens, et placés dans de bien meilleures conditions (je n'ai pas besoin de dire moins précieux et moins utiles), ne sauraient soutenir avec nos cathédrales aucune sérieuse comparaison.

« Un étrange préjugé a cours, sans qu'on s'en rende compte, à l'égard de ces antiques basiliques, et vient leur enlever l'attention et l'intérêt dont elles sont si dignes. Leur ancienneté même fait croire à leur perpétuité. Parce qu'elles ont précédé les générations modernes, on dirait qu'elles doivent nécessairement leur survivre sans qu'on ait besoin de les entretenir ; qu'elles subsistent et se défendent d'elles-mêmes contre l'action du temps, comme si elles avaient fait avec lui un pacte de durée, ou comme si la foi des siècles qui les ont élevées était restée dans leur vaste corps pour les animer et les faire vivre de leur propre vie. Cette singulière illusion s'alimente de ses résultats : elle a fait négliger l'entretien des cathédrales, et cette négligence a habitué à croire que l'existence des cathédrales pouvait s'en accommoder ; qu'elles étaient à l'épreuve de l'abandon ; que si elles avaient dû tomber, elles seraient tombées déjà ; qu'il suffit, en un mot, de ne pas les démolir pour assurer leur durée. <■ « La ruine, la chute imminente d'un grand nombre de ces monuments vient aujourd'hui rappeler qu'ils sont caducs comme tous les autres , et que si on ne se hâte de venir réparer les ravages accumulés de cette longue négligence, et de lui substituer un système régulier de conservation en rapport avec le vrai besoin, on s'expose à des pertes et à des charges incalculables.

« Il n'est personne qui ne puisse se convaincre par lui-môme de la gravité de celte situation. Si l'on visite nos cathédrales, non pas en se promenant autour , mais en montant sur les voûtes, sur les terrasses, en examinant les détails de leur construction, on est épouvanté de voir partout des combles pourris, maintenus par des poteaux qui portent sur les voûtes; des chèneaux dépouillés de plomb ou recouverts de lames cent fois resoudées et cent fois déchirées ; des flaques d'eau qui séjournent dans les rigoles, et qui, peu à peu, pénètrent les maçonneries ; le salpêtre qui, de jour en jour, étend son action corrosive ; les corniches, destinées à garantir les murs, écornées, laissant couler les eaux le long des parements; des meneaux de fenêtres maintenus au moyen de boulons et de colliers en fer ; des joints ouverts, des placages cachant le développement du mal ; des constructions par-

ticulières accolées au liane des contreforts, des caves et des fosses d'aisances dans les fondations; des cours humides qui absorbent la pluie et entretiennent une humidité constante dans les soubassements; sur les terrasses des dalles brisées, déplacées et replacées avec parcimonie; partout des étais, du fer, des lézardes, des restaurations inachevées et d'autant plus nuisibles, des arcsboutants qui fléchissent , des écoulements des eaux mal combinés, des conduits engorgés, partout enfin un entretien insuffisant. Voilà l'étal général des cathédrales, sans parler des accidents majeurs survenus par suite de cet état dans un grand nombre de ces vieux monuments.

« Un coup d'œil rapide jeté sur leurs vicissitudes fera comprendre, monsieur le ministre, comment il doit nécessairement en être ainsi.

« Bâties la plupartpendantles x% xii%xme xive et xve siècles, nos cathédrales se trouvent avoir aujourd'hui sept cents, six cents, cinq cents, quatre cents ou trois cents ans de durée. Les plus considérables, les plus vastes et les plus belles étaient à peine achevées, que les désastres, qui ont atïligé notre pays pendant les xv'et xvr siècles, ont commencé leur ruine, soit par l'abandon, soit par la dévastation.

« Pendant les xvne et xvnic siècles, l'engouement pour un style d'architecture récemment adopté était tel, que les systèmes de restauration appliqué à ces éditices fut pour eux un malheur ; non-seulement au point de vue de l'art, mais encore sous le rapport de leur solidité. Us furent traités en dépit du principe de leur construction ; on leur reprochait de n'être point en harmonie avec ce que l'on regardait alors comme le beau en architecture, et on les torturait pour les soumettre au goût du jour.

« En même temps, et à la faveur de ce discrédit, les chapitres laissèrent peu à peu s'établir autour de ces monuments une foule de constructions parasites, maisons, boutiques, appentis , qui, vendus depuis comme biens nationaux, sont devenus des propriétés particulières, extrêmement nuisibles à la conservation des cathédrales, en les privant de l'action de l'air et de l'écoulement des eaux.

« La Révolution vint enfin les dévaster officiellement; leurs couvertures, leurs vitraux, leurs plombs enlevés, laissèrent, pendant des années, la pluie, le vent, la neige, pénétrer ces vieilles bâtisses alfaiblies et précipiter l'action du temps.

« Jusqu'à cette fatale époque, les cathédrales avaient, pour s'entretenir et se conserver, les ressources considérables des> riches dotations dont elles étaient pourvues. La même main qui lit leur désastre les dépouilla de ces moyens de les réparer.

« Elles passèrent dès lors à la charge de l'Etat, qui se fit leur tuteur , et qui en contracta toutes les obligations.

« Lorsque le culte fut rétabli, tous ces grands éditices abandonnés et dévastés pen-

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daut douze ans, demandaient dos réparations immédiates. Non-seulement alors il fallait les préserver ûv* intempéries, mais presque tout le mobilier nécessaire à l'exeri [ce au culte était à réparer et à refaire. 11 était difficile, en quelques années, de suffire à toutes ces dépenses, à une époque, d'ailleurs, où, l'eût-on pu, personne n était bien en état de donner une idée exacte de la situation de ces édifices et des travaux à y exécuter. On alla donc au plus pressé ; on lit provisoirement les réparations les [dus indispensables, plutôt pour mettre les cathédrales en état de servir immédiatement que pour les restaurer en elles-mêmes. On légua à l'avenir la charge de cette restauration, mais on la légua en la masquant sous des demi-mesures qui favorisèrent son aggravation.

« Une des causes qui y ont le plus contribué est le système d'abonnement auquel l'entretien des cathédrales a été soumis pendant de longues années. Ce système, qui consistait à allouer à chaque édifice diocésain une somme annuelle et fixe de 2, 3 ou 5,000 fr., dont l'emploi était abandonné aux autorités locales, eût été tout au plus admissible pour des édifices neufs, d'une construction simple et en parfait état ; mais , pour des cathédrales si anciennes, si vastes et si compromises par les causes de ruine qui avaient précédé, il faut le dire, ce système d'allocations tellement minimes qu'elles ressemblaient plutôt à une aumône qu'à une subvention, et d'abonnement tellement aveugle qu'on n'y rendait compte ni de l'objet ni de l'emploi, a été lui-même une dernière cause de ruine qui acheva de mettre les cathédrales dans l'état alarmant qu'elles présentent aujourd'hui.

« 11 est vrai que sur le crédit général des édifices diocésains, qui ne s'élevait pas moins alors qu'à deux millions, des sommes assez considérables furent atfectées à des travaux extraordinaires pour certaines cathédrales ; mais ces travaux , faits toujours en vue de satisfaire à un besoin ou à une influence du moment, sans connaître, la plupart du temps, l'état des édilices dans lesquels on les exécutait, furent le plus souvent désastreux; témoins la cathédrale de Rouen, où une flèche en fonte fut montée sur une tour ébranlée, pendant que de tous côtés le monument menace ruine et tombe en poussière ; la cathédrale de Reims, où les travaux du sacre du roi Charles X furent une cause de dévastation pour cet édifice; la cathédrale de Paris, où des sommes assez considérables furent employées à des restaurations en mastic, en dalles et en placages de pierre tendre lixée avec du plâtre et des clous ; la cathédrale de Séoz, où les allocations accordées, au lieu de servir au besoin réel de cet édifice, dépourvu de fondations et qu'il faut reprendre en sous-œuvre , ne furent employées qu'à dénaturer toutes ses formes anciennes, sous prétexte do symétrie, et où la fonte, substituée à la pierre, y devient un agent de destruction ; la cathédrale de

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