‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 17 sur 276 · ETA CG · texte numérisé non relu

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Chartres, où, après L'incendie, un comble en 1er, recouvert de cuivre, vint remplacer l'ancienne charpente couverte en plomb, et

laisse mouiller les voûtes de la façon la plus dangereuse, où tout le système ancien d'écoulement des eaui lui changé sans utilité, en mutilant 1rs vieilles constructions ; la cathédrale de Bourges, où les fonds de l'Etat soldèrent des travaux suis nom et qui ont dénaturé la forme extérieure de ce monument ; la cathédrale do Luron, où tous les piliers de la nef, repris par le milieu eu blocage et en pierre tendre, s'affaissent et fléchissent aujourd'hui d'une manière effrayante ; et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer.

« Un pareil état de choses devait éveiller et éveilla en effet l'attention de tous ceux qui avaient pris au sérieux, non-seulement ces édifices en eux-mêmes, mais les principes d'art qui avaient dirigé leur construction.

« Les Chambres, les journaux, les commissions, les artistes, les archéologues, les étrangers mêmes, s'élevèrent contre ces dispendieuses dégradations commises à l'égard de certaines cathédrales, et contre l'abandon également désastreux dans lequel on laissait les autres.

« L'administration s'émut ; elle voulut s'arrêter dans cette voie ; à la faveur du retour de l'opinion et du mouvement de l'art vers la scieuce des constructions gothiques, elle voulut connaître la situation réelle de tous les édifices diocésains et s'occuper d'eux pour eux-mêmes.

« Le résultat de son investigation ne s'est pas fait longtemps attendre ; il s'accusait déjà lui-même ouvertement par des accidents et des ravages ostensibles dans la plupart de nos édifices religieux, et on ne peut plus aujourd'hui se dissimuler que ces grands monuments, la gloire et la richesse de la France, sont à bout de résistances à tant de causes de leur destruction, et qu'ils marchent rapidement vers leur chute.

« Il ne serait pas juste de faire retomber, d'une manière absolue, la responsabilité de ce résultat sur les administrations qui ont précédé, pas plus que sur les artistes qui ont dirigé les fâcheuses restaurations dont il a été parlé. Ce fut la laute de tout le monde, ou plutôt la faute du temps dont l'esprit n'était pas tourné vers l'appréciation et la science des constructions gothiques, qui ne diffèrent pas moins des autres constructions sous le rapport de leurs besoins essentiels et de leurs conditions de statique et de préservation, que sous celui du style, de l'ornementation et de l'archéologie.

« La renaissance de l'art de ces constructions est toute récente ; et en cela, comme en bien d'autres choses, c'est l'avaulage de la stérilité monte de notre temps, que si nous ne pouvons rien produire, du moins nous respectons et nous comprenons beaucoup mieux ce qui a été, et nous nous rc-

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plions sur le passé avec une activité d'autant plus fidèle qu'elle ne saurait être jalouse.

« Animée de cet esprit judicieux et modeste, une génération nouvelle d'artistes s'est dévouée à l'étude et au culte de nos vieux monuments, et elle est parvenue à les comprendre et à les restaurer avec une science et une habileté que ces édilices n'avaient pas eu le bonheur de rencontrer depuis leur origine, et qu'on dirait être le retour de l'esprit môme qui présida à leur construction.

« Et, par un concours providentiel, ce retour a précisément lieu au moment où nos monuments religieux n'en peuvent plus, et sont, pour ainsi dire, arrivés à leur dernière heure. — Les ressources seules font défaut.

« Pour faire comprendre leur nécessité, je dois ici, monsieur le ministre, révéler par des chiffres toute l'étendue du mal et toute l'importance du remède qu'il réclame. Je le dois à ma responsabilité et à la vôtre, non moins qu'à l'intérêt du pays, qu'il est temps d'avertir de l'abîme de dépenses qu'il se creuse lui-même, si, par une prompte et intelligente résolution de sacrifices gradués et par là faciles, il ne vient enfin préserver d'une ruine imminente ses plus beaux et ses plus indispensables monuments.

« J'ai l'honneur de vous soumettre, avec le présent rapport, un tableau de la situation actuelle de cinquante-trois de nos cathédrales, avec des indications et des chiffres précis sur chacune d'elles, duquel il résulte que les travaux à y entreprendre sans plus de retard, si on ne veut les laisser tomber, doivent s'élever à une somme de 40 millions. (Ce tableau n'a pas été publié.)

« Les vingt-sept autres cathédrales ne sont pas mentionnées dans ce tableau ; moins importantes ou en meilleur état, elles ne demandent cependant pas moins, en moyenne, pour les empêcher de venir à l'état de ruine où sont la plupart des premières , qu'une somme de 200,000 fr. chacune, ce qui donne un total de 5,400,000 fr.

« En somme, 45,400,000 fr. pour le rétablissement complet des cathédrales, en laissant en dehors la reconstruction totale des trois cathédrales de Marseille, de Moulins et d'Ajaccio.

« Maintenant, monsieur le ministre, tous ees travaux, aussi bien que ceux à faire pour l'assainissement et la conservation des évêchés et des cathédrales, nécessitent l'acquisition des propriétés qui y sont accolées, ou dont l'emplacement doit servir à leur reconstruction. Cette opération d'isolement, surtout à l'égard des cathédrales, est des plus importantes, et doit précéder les autres. Les constructions parasites accolées à ces beaux monuments, outre qu'elles les déshonorent, hâtent leur ruine en empêchant les eaux pluviales de prendre leur cours, en minant leurs fondations et multipliant les causes d'incendie. Il en est même qui ne sont pas seulement accolées, mais creusées en quelque sorte dans l'épaisseur des murs des cathédrales, qui sont criblés de trous, d'armoires,

de scellements de poutres, de fosses et de réduits. Comment connaître l'état des soubassements et des contreforts, comment surtout entreprendre de les réparer sans le déblaiement complet de leurs abords, par l'achat et l'enlèvement de toutes ces constructions qui les obstruent?

« Total général, se rapportant à l'ensemble des travaux de restauration des édifices diocésains, pour les remettre sur le pied d'entretien, 80 millions.

« Voilà la vérité, monsieur le ministre, et pour ainsi dire le bilan de l'administration des cultes.

« Cette situation, toutefois, quelque grave qu'elle soit, n'est pas encore désastreuse pour nos finances, si on veut y pourvoir; mais, ce qui est indubitable, c'est qu'elle va le devenir tous les jours, si on ne s'en inquiète pas et si on élude.

« L'emploi de ces 80 millions, en effet, peut être réparti sur vingt années, en affectant ainsi pour chacune d'elles 4 millions.

« Cette répartition ne saurait être réduite à de moindres proportions sans perdre toute son efficacité. Elle n'est pas arbitraire. Cette somme de 80 millions et cette durée de vingt ans sont en effet corrélatives. Ainsi, si au lieu de vingt ans on mettait trente ans, quarante ans à l'opération du rétablissement des édifices diocésains, ce ne serait pas 80 millions qu'il faudrait, mais 90 ou 100 millions, et plus peut-être. Par contre, si, au lieu de vingt ans, on ne voulait mettre que dix ans, la dépense totale pourrait n'être que de 75 ou 70 millions. Rien n'est plus aisé à comprendre que la loi de cette proportion. Ainsi, outre que le temps est destructeur et qu'on perd ce qu'on lui accorde, dans l'état où sont nos cathédrales, cette action du temps peut se trouver décuplée et centuplée parleur affaiblissement, et la dépense peut s'accroître par sa lenteur ou son défaut d'àpropos dans des proportions indéfinies. Avec le crédit annuel de 4 millions réclamé, il faudra même beaucoup d'économie et surtout une méthode suivie, une attention scrupuleuse de la part des architectes pour conduire les restaurations. 11 ne faudra commencer un travail qu'avec la certitude de l'achever le plus promptement possible ; car, dans ces sortes de travaux, les retards se payent cher, les ajournements triplent une dépense ; souvent, faute d'une corniche neuve, on laisse un mur périr ; faute d'un chéneau placé à temps et comme il convient, ce ne sera pas> la réparation d'une voûte ou d'un arc-boutant, mais leur reconstruction qu'il faudra entreprendre. Nous voyons souvent des parties d'architecture intacte détruites dans un espace de cinq ou dix ans, et dont le remplacement a coûté des sommes considérables faute d'une réparation de quelques centaines de francs faite à propos.

« Sous un autre rapport, une trop grande lenteur apportée dans 1 exécution de certaii.a travaux entraîne des pertes notables par les dépenses accessoires auxquelles cette lenteur donne lieu, et par les détériorations résul-

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