‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 161 sur 276 · TIR · texte numérisé non relu

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de la signification mystique du nomDre trois. Ou Cauge est d'un sentiment qui ne semble

pas devoir être admis, lorsqu'il dit que la tiare ou couronne papale eut pour origine l'envoi d'une couronne royale, regnum, fait par Clovis, roi de France, en 514, comme offrande au bienheureux apôtre saint Pierre. Le mot regnum, d'après certains écrivains, ne désignerait une couronne propre à être mise sur la tète qu'après le vnc siècle. Bruno, vers la fin du xr siècle, dit que « le pontife romain, pour marquer son autorité suprême, porte une couronne, regnum, et est vêtu de pourpre. » Suger décrivant la tiare d'Innocent II, en 1131, l'appelle phrygium, « ornement impérial, dit-il, semblable a un casque, orné d'un cercle d'or: » Phrygium, ornamentum impériale, instar galeœ, circulo aurco concinnatum. Dans des actes du xr siècle, on trouve le nom de tiare; celui de mitre se trouve dans d'autres titres du xiie siècle. Quant au temps où l'on portait la tiare. Innocent 111, parlant de la consécration du pape, dit : « Comme signe de pouvoir spirituel on donne la mitre ; comme signe de puissance temporelle on donne une couronne; la mitre est pour le sacerdoce, la couronne pour le royaume de celui dont le pape est le vicaire et qui a écrit sur son vêtement : Je suis le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (Apoc. xix, 16.) ; Je suis prêtre selon l'ordre de Melchisédech (Psal. cix, k). Le même Innocent, à l'occasion de saint Sylvestre, dit encore : « Le pontife romain porte la tiare, regnum, comme un signe d'empire, et la mitre comme un signe de puissance spirituelle ; mais il porte la mitre toujours et en tout lieu, tandis que la couronne ne se porte pas en tout lieu ni en tout temps. » Guillaume Durand dit sur le même sujet que le pontife romain ne se sert de la tiare qu'à certains jours, et dans certains endroits déterminés, jamais dans l église et seulement au dehors. Le Cérémonial de la sainte Eglise romaine porte que le pape porte la tiare, dans les grandes solennités, en allant à Véglise et en retournant à son palais ; mais jamais duuml le temps de l'office (1).

TTERCEFEU1LLF, synonyme de Trèfle.

ÏTERCERON.— Nervure d'une voûted'arête, qui. partant des angles, s'élève entre les croisées d'ogives et les arcs-doubleaux ou formert ts, et va se réunir à une lierne. V. Nervure et la figure correspondante à la tin du volume. TIERS-POINT. — Un arc en tiers-point est une ogive. Voy. Ogive.

TIGEDEJESSÉ. F. AiiBREDEJESsÉ.etJESsÉ.

TIGETTË. — On donne le nom de tigettes, dans l'architecture classique, à des espèces de petites tiges cannelées d'où paraissent sortir la volute et les caulicoles du chapiteau corinthien.

TIRANT. — Les tirants sont des pièces de bois de charpente disposées de manière à empêcher les autres pièces de s'écarter et de se disjoindre. Voy. Charpente. Ce sont quel- (I) Nous devons à l'obligeance de M. l'abbé Pascal tle curieux détails sur la Tiare papale; nous ies donnerons à la lin du volume. (Note de l'éditeur.)

Dictioun. d'Archéologie sacrée. IL

quefois des barres de fer qui servent au môme usage.

Dans les églises du moyen age qui n'ont pas été voûtées en pierre, les tirants sont apparents. Il y en a qui sont ornés à leur extrémité et au centre, à l'endroit où vient s'adapter l'aiguille. Quelques-uns ont été ornés de dorures et de peintures, ainsi que les bardeaux qui forment la voûte en bois. Ces tirants ne produisent pas un effet agréable ; il est, néanmoins, fort dangereux et parfois impossible de les supprimer. Quand ils existent, il vaut mieux les conserver que de les faire enlever par des charpentiers qui promettent de donner aux charpentes une soiidité à toute épreuve, au moyen de boulons et de pièces de fer. Le système de la charpente est dérangé par cette imprudente suppression ; et si les combles présentent une apparente solidité pendant quelques années, le moindre accident, une tempête, suffisent pour les ébranler, ainsi que l'édifice lui-même tout entier. Il n'y a guère moyen de faire disparaître les tirants qu'en faisant démonter la charpente pour la faire reconstruire sur un autre plan.

TITRE ou Titulus. — Ce mot, dans les écrivains ecclésiastiques, a la même signification que Confessio et Martyrium. Voy.

ces mots. Voy. encore Crypte, Catacombes, Memoria.

TOIT, TOITURE. — Le toit est la couverture d'un édifice. La toiture indique la nature des matériaux qui forment cette couverture.

Le toit des églises est plus ou moins incliné, suivant les climats sous lesquels elles ont été bâties. En Italie et dans le midi de la France, le toit est presque plat et les deux versants ont une très-faible pente. Dans le centre et le nord de la France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, et en général dans les contrées septentrionales, les toits des monuments religieux sont trèsélevés et à deux versants rapides. Cette disposition était imposée par la nature du climat de ces dernières régions où les pluies sont abondantes et fréquentes, de même que les neiges pendant l'hiver. Le parti des toits aigus et très-hauts a été adopté pleinement par l'architecture ogivale, et toutes les églises bâties dans le style à ogives ont des toits trôs-élevés et fortement inclinés.

La toiture est ordinairement faite de tuiles, d'ardoises, de feuilles de plomb ou de cuivre.

Il y eut autrefois des édifices religieux couverts d'étain et même de lames d'argent. Mais comme les chroniqueurs qui rapportent le fait ne l'expliquent pas, il est probable que le sanctuaire seul fut recouvert de cette manière et à si grands frais.

On a quelquefois employé des tuiles vernissées et peintes de différentes couleurs. Ou traçait ainsi des dessins des compartiments assez compliqués et d'un effet agréable à la vue.

TOMBALE (Pierre). — Api es que la cou-

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tume d'inhumer dans les églises le corps des personnages distingués ou auxquels on voulait faire honneur eut été bien établie, on recouvrit la fosse d'une simple dalle ou pierre funéraire de même grandeur. On n'y mit aucun signe d'abord, ni aucune inscription ; mais bientôt, pour marquer la place de la sépulture de ceux que l'on voulait plus spécialement honorer et dont on tenait à garder le souvenir, on grava sur la pierre soit un signe, soit le nom du personnage défunt. Telle est l'origine des belles pierres tombales qui devinrent par la suite un des principaux ornements du pavé des grandes églises. L'usage des pierres tombales garnies d'inscriptions et de sculptures gravées en creux ne parait pas remonter au delà du xiie siècle. Mais à partir du xnr siècle elles devinrent nombreuses et reçurent une décoration vraiment magnifique. Les traits de la gravure furent remplis de mastics colorés et même quelquefois de métal fondu.

La gravure ne tarda pas à recevoir une extrême complication, surtout sur quelques pierres tombales. Elle représentait ordinairement un personnage, les mains jointes sur la poitrine, ou tenant un calice en main, si c'était un prêtre, vêtu d'habits amples et somptueux, les pieds appuyés sur un animal symbolique. La tête du personnage était abritée sous un dais d'ornementation d'une richesse extraordinaire; c'était quelquefois un monument complet, ressemblant à la Sainte-Chapelle de Paris, et offrant parfois des modèles intéressants. De chaque côté s'élevaient des colonnettes ou de larges contreforts simulés, interrompus de distance en distance par des niches où se trouvaient des figures d'anges ou de saints. Les anges tenaient quelquefois des encensoirs en main. Dans le couronnement, on voyait souvent Abraham, vieillard vénérable, portant l'Ame du défunt dans son sein, à moitié cachée dans une espèce de voile dont les angles étaient tenus par les mains du patriarche.

Tout autour des pierres tombales règne une inscription où sont relatés les noms, titres, qualités du personnage défunt, le jour de sa mor;, son âge, avec une prière, dans le genre de celle-ci : Diex (Dieu) li fasse merci. Amen.

Au xv' siècle, la figure et les mains des grands personnages étaient souvent en marbre et incrustées dans la pierre funéraire, qui est le plus ordinairement une pierre de liais, ou une pierre d'une nature analogue, d'un grain tin et séné.

0:i voit sur les pierres tombales, des figures d'évêques, d'abbés, de chanoines, de seigneurs, de dames, d'enfants. Les seigneurs sont souvent accompagnés de leurs armoiries, et quelquefois sur une même pierre dorment côte à côte le maii et sa femme, dont la dépouille mortelle repose sous la même pierre.

On trouve de magnifiques pierres tombales dnns les églises de llouen, de Noyon, de Laon, mais surtout à la cathédrale de Cha-

lons-sur-Saône, à Notre-Dame de la même ville, à la cathédrale et à Saint-Urbain de Troyes.

Quelques-unes à peine de ces belles nier res historiées ont été publiées jusqu'à présent. Les dessins qui se trouvent dans le Voyage archéologique dans le département de l'Aube, par M. Arnault, sont les plus remarquables qui aient été publiés. Les Annales archéologiques, dirigées par M. Didron, en ont également publié de be.nux spécimens. Il est à désirer qu'on en donne un recueil bien choisi , renfermant les plus beaux modèles de chaque époque, depuis le xne siècle jusqu'au xvii'. Il y aurait dans une collection de ce genre matière à des observations nombreuses et curieuses, sur diverses questions archéologiques jusqu'à présent restées obscures ou imparfaitement éclaircies.

TOMBEAU. — I. Tombeaux des Romains.

Les Romains avaient trois sortes de tombeaux, sepulcrum, monument uni et cenotaphiwn.

Le monument offrait aux yeux quelque chose de plus magnifique que le simple sépulcre; c'était l'édifice construit pour conserver la mémoire d'une personne célèbre. On pouvait ériger plusieurs monuments en l'honneur d'une personne; mais on ne pouvait avoir qu'un seul tombeau. Gruter a rap porté l'inscription d'un monument élevé à l'honneur de Drusus, qui nous instruit en même temps des fêtes que l'on faisait chaque année, sur ces sortes de monuments.

Lorsque, après avoir construit un tombeau, on y célébrait les funérailles avec tout l'appareil ordinaire, sans mettre néanmoins le corps du mort dans ce tombeau, on l'appelait cenotaphium , cénotaphe , c'est-à-dire , tombeau vide, xe*ôs râfog. L'idée des cénotaphes vint de l'opinion des Romains , qui croyaient que les âmes de ceux dont les corps n'avaient point reçu les honneurs de la sépulture, erraient pendant un siècle le long des fleuves de l'enfer, sans pouvoir passer dans les champs Elysées. On élevait donc un tombeau de gazon, ce qui s'appelait injectio glebœ. Après cela on pratiquait les mêmes cérémonies que si le corps eût été présent. Suétone, dans la Vie de l'empereur Claude, appelle les cénotaphes des tombeaux honoraires, parce qu'on mettait dessus ces mots ob honorem ou memoria, au lieu que dans les tombeaux où reposaient les cendres, on y gravait ces lettres D. M. S. pour montrer qu'ils étaient dédiés aux dieux Mânes.

On ne peut pas douter que la consécration n'ait été nécessaire pour rendre le cénotaphe religieux, puisque l'on apprend par plusieurs inscriptions que ceux qui faisaient construire leur tombeau pendant leur vie , le consacraient dans la pensée qu'il ne pourrait passer pour religieux si, par quelque aventure, leur corps n'y était pas mis après leur mort.

Les gens de naissance avaient aussi dans leur palais des voûtes sépulcrales, où ils mettaient dans différentes urnes les cendres

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de leurs ancêtres. On a trouvé autrefois à Nîmes une de ees voûtes pavée de marqueterie, et garnie de niches clans le mur, lesquelles niches contenaient chacune des urnes de verre remplies de cendres.

La pyramide de Cestius, qui contenait intérieurement une chambre admirablement peinte, n'était que le tombeau d'un particulier; mais il faut considérer ici principalement les tombeaux ordinaires de la nation.

11 y en avait de famille, d'autres héréditaires et d'autres qui n'avaient aucune destination. On trouve cette différence dans les lois du Digeste et du Code sous le litre de Relifjiosis, ainsi que dans le Recueil d'inscriptions publiées par les savants.

Les tombeaux de famille étaient ceux qu'une personne faisait faire pour lui et pour sa famille, c'est-à-dire, pour ses enfants, ses proches parents et ses affranchis. Les tombeaux héréditaires étaient ceux que le testateur ordonnait pour lui, pour ses héritiers, ou pour ceux oui l'acauéraient par droit d'héritage.

Tout le monde pouvait se réserver un tombeau particulier où personne n'eût été mis. On pouvait aussi défendre par testament, d'enterrer dans le tombeau de famille aucun des héritiers de la famille. Pour lors on gravait sur le tombeau les lettres sui- V an tes : H. M. H. N. S. Hoc monumentum hœredes non sequitur; ou ces autres : H. M. AD. H. N. TKANS. Hoc monumentum ad hœredes non transit.

On peut voir, dans les anciennes inscriptions sépulcrales, les précautions que l'on prenait pour que les tombeaux subsistassent dais les différents changements de propriétaires. Outre qu'on le gravait sur la tombe; outre les imprécations qu'on faisait encore contre ceux qui oseraient violer la volonté du testateur, les lois attachaient aux contraventions de très-grosses amendes.

Non-seulement la place occupée par le tombeau était religieuse, il y avait encore un espace aux environs qui était de même religieux, ainsi que le chemin par lequel on allait au tombeau. C'est ce que nous apprenons d'une infinité d'inscriptions anciennes que Gruter, Boissard, Fabreti, Keinesius et plusieurs autres ont recueillies. On y voit qu'outre l'espace où le tombeau était élevé, il y avait encore iter, aditus et ambitus qui, étant une dépendance du tombeau, jouissait du même privilège. S'il arrivait que quelqu'un eût osé emporter quelques-uns des matériaux d'un tombeau, comme des colonnes ou des tablesde marbre, pour l'employer àdes édifices profanes, la loi le condamnait à dix livres pesant d'or, applicables au trésor public; et de plus son édifice était confisqué de droit au profit du fisc. La loi n'exceptait que les sépulcres et tombeaux des ennemis, parce que les Romains ne les regardaient pas pour saints ni religieux.

Ils ornaient quelquefois leurs tombeaux de bandelettes de laines et de festons de fleurs; mais ils avaient surtout soin d'y faire

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graver des ornements qui pussent les faire distinguer, comme des figures d'animaux, des trophées militaires, des emblèmes caractéristiques, des instruments, en un mot, différentes choses qui marquassent le mérite, le rang ou la profession du mort.

Dans les temps de corruption, les particuliers du plus bas étage, mais favorisés des biens de la fortune, se bâtirent des tombeaux somptueux. Le tombeau de Licinus, barbier d'Auguste, égalait en magnificence ceux des plus nobles citoyens. On connaît le distique que Varron indigné fit dans cette occasion :

Marmoreo Licinus tumulo jacet, at Cato parvo, Pompeius nullo ; quis pntet esse deos ?

Nous avons dit, en commençant cet article, qu'il y avait une grande différence entre sépulcre et monument. Le sépulcre ou tombeau proprement dit ne prena t ce nom que lorsque le corps du défunt était renfermé dedans. De là vient que plusieurs hommes illustres de l'antiquité sont dits avoir plusieurs monuments, tandis qu'ils ne peuvent avoir qu'un seul tombeau. Les pauvres gens du peuple n'avaient qu'un sépulcre bien simple, tandis que les hommes de distinction avaient toujours un monument. Les sépulcres les plus simples avaient reçu diverses dénominations suivant leur forme ou leur usage, columellœ, mensœ, labra ou labella, arcœ, columbaria.

Les columellœ étaient de petites colonnes semblables à des bouquets ou troncs de pierre que les Latins appelaient cippi, ? rec cette différence que les colonnes étaient arrondies, et leurs troncs carrés ou de quelque figure irrégulière.

Les tables, mensœ, étaient des pierres quadrangulaires plus longues que larges, assises sur une petite tombe, soit à fleur de terre, soit sur quatre bouquets de pierres élevés d'environ 3 ou 4 pieds, et comme le verbe ponere était de commun usage pour signifier mettre, poser, les Latins disaient ponere mensam, pour désigner la structure, la position ou l'assiette des tombes des morts. L'inscription suivante , qui se trouve à Milan, et que Gruter a recueillie, pourra servir d'exemple.

MIMC1.E RUFINJE INNOCENTISSIM.E FEMIN.E QL'jE VIX1T. ANMS XXII.

MENSE. UNO. DIEB. XXXIIII MlMClA DOMITIA SOUORI POSUIT. MENSAM CONTRA VOTLM.

Labellum ou labrum était une pierre creusée en forme de bassin de fontaine; ces bassins étaient les uns ronds, les autres ovales et les autres carrés ; mais ces derniers s'appelaient proprement arcœ ou arculœ, parce qu'ils ressemblaient aux coffres , excepté que leurs quatre cotés ne tombaient pas à plomb, et qu'ils étaient ordinairement portés sur quatre pieds de lion, ou de quelque autre bête.

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Les ùttûts fwp.T, dolta, mossff, o//cp, urnœ, ampulœ , phialœ, thecœ, laminœ, ne signifient point des sépulcres entiers, mais des vaisseaux de différente forme ou matière, dais lesquels on mettait les os ouïes cendres des corps brûlés.

Columbaria étaient des niches où l'on pouvait placer deux ou trois urnes pleines de cendres , sur lesquelles urnes on gravait une petite épitaphe.

Quand on lisait sur l'inscription d'un sépulcre tacito nomine , ces mots voulaient dire que les personnes à qui ce sépulcre avait été destiné avaient été déclarées infâmes, et enterrées à l'écart, par la permission du magistrat.

Tombeaux des Juifs. — Les Hébreux creusaient ordinairement leurs tombeaux dans les rocs, comme il paraît par Isaïe (xxii, 16). C'est pour cette raison qu'Abraiiam acheta une double caverne pour en faire son sépulcre (Gen. xlix, 30). Lorsque leurs tombeaux étaient en plein champ, ils mettaient une pierre par-dessus, pour avertir qu'il y avait dessous un sépulcre, afin que les passants ne se souillassent point en y touchant. Le Sauveur fait allusion à celte coutume, quand il compare les pharisiens à des sépulcres cachés sur lesquels, en passant sans le savoir, on contracte une souillure involontaire (Luc. xi, Uh). Les Juifs enduisaient aussi de chaux leurs sépulcres, pourqu'on les aperçûtmieux; et tous les ans, le 15 du mois d'Adar, on les reblanchissait. C'est pourquoi Jésus- Christ compare encore les pharisiens hypocrites, qui couvraient leurs vices d'un bel extérieur, à des sépulcres blanchis.

Habiter dans les sépulcres , c'est dormir auprès des tombeaux, pour consulter les devins, à la manière de ceux d'entre les gentils qui couchaient près des sépulcres sur des peaux de bêtes, afin d'apprendre, en songe , ce qui devait leur arriver. Isaïe (xxxv, 5) reproche aux Juifs cette pratique superstitieuse.

La vallée de Josapbat est aussi appelée dans l'Ecrilure, la vallée de Lara, la vallée Royale, la vallée de Melchisédech- Ce fut là que le roi de Sodome vint complimenter Abraham, après la victoire que ce patriarche avait remportée sur les cinq rois. Elle se trouve entre le mont des Olives et le mont Moria. L'aspect en est extrêmement triste : les murailles gothiques de Jérusalem, qui la couronnent du côté du couchant, y répandent une ombre, une espèce d'obscurité, bien propre à retenir l'âme dans les rétlexions sérieuses que doit naturellement y faire naître le nom même de Josaphat. Elle paraît de tout temps avoir été un lieu de sépulture : l'œil ne peut s'y arrêter que sur des trophées de la mort. -On y trouve des tombeaux de la plus haute antiquité ; on en trouve d'un jour. G^est vers cette vallée que les Juifs dispersés dans l'univers, tournent leurs regards; des milliers d'entre eux, même à la Heur de l'âge, quittent leur patrie,

avec l'espoi'r d'y être un jour ensevelis. Leurs pierres sépulcrales y sont innombrables ; elles couvrent tout à fait le « mont des Scandales » (mons OfTensionis), s'étendent le long du torrent du Cédron, et remontent derrière le tombeau d'Absalon, de Zacharie et de Josaphat, jusqu'au chemin de Béthanie. Le village de Siloé en est tellement entouré, qu'il paraît faire partie de ce vaste cercueil des Israélites.

« En quittant la plaine de Siloé, dit le P. de Géramb (Pèlerin, à Jérus., tom. I, lettre 25), je repassai par la vallée de Josaphat, laissant derrière moi le mont Moria et l'emplacement du temple de Salomon, et je me trouvai bientôt au pied du mont des Scandales, devant le tombeau d'Absalon. C'est un monument carré formé d'un seul bloc de rocher, qui peut avoir 8 ou 10 pieds dans chacune de ses dimensions. 11 est orné de 24 colonnes d'ordre dorique, distribuées également sur chaque face. Au-dessus s'élève une espèce de pyramide qui m'a paru n'être point du même bloc, et dont la hauteur n'est pas en proportion avec le tombeau.

« Le tombeau de Zacharie, qu'on aperçoit tout près, est d'une seule pierre, comme celui d'Absalon.

* Un peu plus loin est une espèce de salle carrée, taillée dans le roc, et dont la porte est d'un goût remarquable. C'est le tombeau de Josaphat. Déjà presque entièrement caché sous les ébouiements qui se succèdent chaque jour, il finira bientôt par disparaître.

« Après les excursions dont je vous rendais compte tout à l'heure, j'ai voulu visiter les tombeaux des rois et ceux des jug.s, j'y consacrai la journée.

« Les tombeaux des rois sont à un quart de lieue environ de la ville sainte. En sortant par la porte de Damas, après avoir marché quelque temps sur un chemin pierreux d'où i'œil^n'aperçoit çà et là que quelques oliviers plantés dans une terre rocailleuse et stérile, on descend par une pente rapide dans une espèce de cour à peu près carrée , dont les côtés, formés par des rochers à pic, présentent l'aspect de quatre murailles perpendiculaires, de 14 à 15 pieds de hauteur. Sur l'un des côtés est une grande porte, audessus de laquelle des ornements en relief présentent des palmiers avec leurs feuillages, des raisins et d'autres fruits.

« A gauche et dans l'enfoncement est un corridor, aujourd'hui tellement encombré qu'on ne peut y pénétrer qu'en rampant. Au bout de ce passage est un sentier trèsincliné, par lequel on arrive à une chambre pratiquée au sein même du rocher. Dans l'épaisseur des murs sont des niches longues de 6 pieds sur 3 de large, destinées à recevoir des cercueils. Cette pièce communique par trois portes à sept autres également creusées dans le roc pour la même fin. Les cercueils qu'elles renfermaient étaient de pierre et ornés d'arabesques. Il en existe encore quelques-uns d'entiers, avec les dé-

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bris de qucl(|ucs autres. Les portes de ces asiles de la mort sont en pierre du môme rocher, ainsi que les gonds. Je n'en ai remarqué tju'une qui ne fût pas brisée ; il ne reste des autres que des fragments épars.

« 11 n'est pas aisé d'assigner d'une manière précise L'époque a laquelle appartiennent ces tombeaux; toutefois, malgré le nom que leur donne une tradition populaire, il est évident qu'il n'ont pu servir de sépulture aux rois de Juda, puisque, d'après les livres suints, ces princes furent inhumés a Jérusalem ou sur le mont Sion. D'ailleurs il sullit de jeter les yeux sur l'architecture de ees monuments pour reconnaître qu'ils sont d'une date moins ancienne. Plusieurs voyageurs, s'appuyant d'un passage de Josèphe, ont eu qu'ils avaient été construits par ordre d'Hélène, reine d'Adiabène , et que cette princesse y avait été enterrée. Quelques-uns, se fondant sur un passage du même Josèphe, ont pensé qu'ils étaient l'ouvrage d'Hérode le Tétrarque, qui les avait fait creuser pour lui et sa famille. Simple pèlerin, je laisse aux savants à éclaircir et à résoudre les doutes que fait naître la diversité des opinions à cet égard.

« A un quart de lieue des tombeaux des rois se trouvent ceux des juges d'Israël ; ils sont du même genre que les précédents, mais moins magnifiques. La porte d'entrée, surmontée d'un triglyphe, travail considérable, mais sans goût, introduit dans une vaste salle carrée qui sert de communication à une infinité de petites chambres, dans les murailles desquelles sont creusées diverses niches les unes au-dessus des autres, et toutes destinées, comme celles dont j'ai parlé, à recevoir des cercueils.

« Rien ne justifie la dénomination sous laquelle ces tombeaux sont connus, et. ce qu on débite à ce sujet me parait tout à fait dénué de preuve.

« Une chose à remarquer, c'est que le grand nombre de ces sépulcres réunis en un même lieu, indique évidemment qu'ils n'étaient pas la propriété d'une seule famille. En les parcourant, on ne se lasse pas d'admirer la grandeur du travail, et l'on s'étonne que le ciseau et le marteau aient suffi pour pratiquer, dans des rochers trèsdurs, de pareilles excavations. »

Sur la partie orientale de la vallée de Josaphat, et vis-à-vis le temple, on voit le tombeau du prince de Juda, qui a donné son nom à cette vallée ; il est tadlé dans le roc, comme une petite salle carrée; auprès se trouve celui d'Absalon, taillé aussi dans une grosse et puissante roche détachée de tous côtés; il se termine d'une manière pyramidale, avant autour douze demi-colonnes. Il \ a aussi celui du prophète Zacharie,qui est semblable à celui d'Absalon

C'est vers l'occident, mais à quelques milles, de Jérusalem, que se trouvent les sépulcres des juges d Israël ; ceux des rois de Juda sont à un quart de lieue, entre le nord et l'occident. Ces derniers offrent un vaste souterrain où l'on descend par trente mar-

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