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Chapitre III

Architecture romano-byzantine.

Dès que la religion chrétienne fut à même d'appliquer son génie propre à la construction des monuments sacrés , nous voyons apparaître une architecture accompagnée de caractères particuliers. De même que l'Eglise, suivant le cours ordinaire des choses, fut obligée d'exprimer ses dogmes dans la langue vulgaire , malgré la difficulté qu'elle rencontrait dans divers mots dont la signification avait besoin d'être modifiée, de même elle fut contrainte d'employer les procédés généraux de l'art de bAlir pour élever ses édifices. Ces premiers édifices, précisément à cause de la prédominance des éléments de l'architecture romaine , furent appelés romans par les archéologues: et comme de nouveaux principes venus de Byzance ou Constantinople, ne tardèrent pas à introduire de profondes modifications dans l'art de l'Occident, les constructions bâties sous celte double in*

tluence lurent appelées romano-byzantines.

Le règne de l'architecture romano-byzantine fut très-long, et les antiquaires en ont partagé la durée en trois époques. La première s'étend depuis le ve ou vi' siècle jusqu'à la fin du x-'; elle renferme plusieurs siècles, mais malheureusement les édifices érigés sous ses inspirations sont excessivement rares. La seconde comprend le xic siècle tout entier, et la troisième le xiie siècle.

Nous ne nous arrêterons pas à indiquer les caractères architectoniques qui distinguent les églises de l'époque primordiale, antérieure au xie siècle. Les monuments échappés au ravage du temps et à la destruction des hommes sont du plus haut intérêt, il est vrai ; mais c'est à peine si l'on en compte cinq ou six dans toute la France. Ces vieux débris échappés aux atteintes de la vétusté , se recommandent à un double point de vue : ce sont d'antiques témoins de la foi de nos pères, en môme temps que de précieux spécimens de leur science dans l'art de bâtir. L'église de la Basse-OEuvre , à Beauvais , Saint-Jean, à Poitiers , l'église de Savenières, en Anjou, celle de Bavant, en Touraine, sont les monuments les plus authentiques que l'on puisse attribuer à cette époque reculée.

Au commencement du xie siècie, il se manifesta dans toutes les provinces de France , et dans presque toutes les contrées de l'Europe centrale, un vaste mouvement de renaissance dans les beaux-arts. Cette rénovation fut surtout sensible dans les monuments d'architecture. On a remarqué que nulle œuvre mieux que celles qui sont élevées par l'art de bâtir n'était propre à refléter l'état des connaissances humaines , dans un siècle donné , parce que l'architecture rend tributaires toutes les connaissances dont s'honore l'esprit humain.

Il est impossible de parcourir nos antiques cités de la France sans rencontrer fréquemment de grandes et belles églises bâties selon les principes de l'architecture romano-byzantine secondaire. A partir du xic siècle, les églises sont élevées sur un plan assez vaste : on remarque déjà les nefs latérales accompagnant la grande nef et tournant autour du sanctuaire. Cette importante modification au plan primitif des basiliques rend nécessaire l'établissement des chapelles accessoires. C'est donc à partir de cette époque que nous observons dans nos églises l'existence de plusieurs chapelles bâties auprès du sanctuaire et du chœur. La chapelle centrale, construite en prolongement de l'axe môme de l'église , fut dédiée à la Vierge, et elle était accompagnée de deux , de quatre, ou de six autres chapelles, suivant la grandeur et l'importance du monument.

Les arcades sont toutes à plein cintre. Les portes, les fenêtres, les arcs de communication dé la voûte majeure aux nefs mineures, les arcs-doubleaux de la voûte , en un

APPENDICES. 7! -2

mot , toutes les ouvertures et tous les arceaux, sans exception , sont en plein cintre, formé de pierres taillées en claveaux : c'est un caractère à peu près infaillible. La forme de l'arc pointu ou ogive n'apparaît qu'à une époque moins reculée , surtout employée comme système d'architecture.

Nous appellerons encore l'attention sur un autre caractère également d'une grande valeur. Les colonnes sont surmontées de chapiteaux que l'on appelle historiés. Ces chapiteaux sont ornés de figures grossièrement sculptées, quelquefois isolées, le plus souvent en groupes, représentant des scènes historiques empruntées aux livres de l'Ancien Testament ou à l'Evangile. On y remarque aussi des figures grotesques et des représentations de monstres fantastiques , comme des griffons, des chimères, etc.

Au xue siècle, un nouvel élément s'introduit dans l'architecture, c'est l'arcade aiguë ou ogive. Ce qui caractérise éminemment les édifices construits à cette époque, c'est que le plein cintre et l'ogive se montrent simultanément dans un même monument. Les voûtes sont toujours ogivales, tandis que les arcades peuvent être encore circulaires. C'est ce mélange de formes nouvelles avec les formes du xie siècle qui aide à reconnaître les églises du xne siècle des églises antérieures ou postérieures. Le style qui domine à cette époque s'appelle style de transition , parce qu'il est composé de formes diverses empruntées à une période architectonique qui expire et à une autre qui prend naissance.

Nous ne regardons pas les monuments religieux de la période romano- byzantine comme la plus belle expression du génie chrétien dans l'art de bâtir, et cependant les œuvres des xie et xir siècles produisent un eifet solennel et vraiment imposant. La perspective en est riche et savante, les colonnes sont groupées avec élégance , les arcades se dessinent dans des proportions heureuses , les fenêtres versent à l'intérieur une lumière abondante, les voûtes s'étendent avec hardiesse sur toute l'étendue des nefs, en un mot, tous les principes de la grande architecture sont noblement compris et formulés. S'il y a quelque chose de lourd et d'écrasé dans la plupart des constructions de cette période , il n'en demeure pas moins avéré que les artistes éminents qui les conçurent et les élevèrent surent aborder et résoudre les problèmes les plus ardus de la science. L'œil de l'homme instruit découvre dans chaque partie de leurs travaux gigantesques l'empreinte d'un génie inventif et rempli de ressources. La solidité n'est jamais sacrifiée au désir de l'embellissement, et c'est peutêtre cette préoccupation excessive de durée et de solidité qui a communiqué aux églises romano-byzantines un aspect général de sévérité et de gravité qui les rendent moins agréables aux yeux prévenus de la multitude.

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