‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 181 sur 276 · Chapitre IV · texte numérisé non relu

Chapitre IV

De l'architecture ogivale.

Dès la lin du xiv siècle et le commencement du xiii', une immense et admirable révolution s'opéra dans l'architecture sacrée. Les caractères principaux subirent une modification profonde et donnèrent aux édifices un aspect particulier qui Les distingue des constructions antérieures. Ce qui mérite surtout notre attention et doit être signalé, c'est que l'architecture ogivale est une œuvre éminemment chrétienne , nous oserons ajouter, et française. On peut, jusqu'à un certain point du inoins, soutenir que l'architecture romano-byzanline n'est pas entièrement originale, et qu'elle a beaucoup emprunté à l'art de bâtir tel qu'il fut pratiqué chez les Grecs et les Romains. Mais on ne saurait prétendre que l'architecture ogivale n'appartient pas exclusivement aux nations chrétiennes.

Nous n'ignorons point que certains auteurs à idées étroites ont avancé que notre architecture ogivale était d'origine arabe ou sarrasine. Ce sont de ces hommes qui ont la triste manie de n'admirer que ce qui vient de loin et de l'étranger. Un objet d'art sera magnitique s'il est dû aux Maures, aux Arabes, aux Persans, voire même aux Indous ; mais il ne méritera pas môme la faveur d'un regard, s'il provient des chrétiens, de nos ancêtres, de nos compatriotes. Nous ne saurions trop énergiquement flétrir de semblables aberrations. Nous avons le droit de nous montrer fiers des œuvres de nos pères, et nous ne pouvons pas répudier le magnifique héritage qu'ils nous ont légué dans toutes les branches des beaux-arts.

L'architecture ogivale a régné depuis le commencement duxme siècle jusqu'au commencement du xvr. C'est alors que l'architecture dite de la Renaissance lui succéda. Celte longue période de trois siècles a été l'emplie par un nombre prodigieux d'édifices de tout; s les dimensions. Mais, comme toutes les œuvres humaines, l'architecture ogivale, si improprement appelée gothique, a subi diverses phases de progrès et de décadence. Mais rien n'est plus glorieux que la marche par elle constamment suivie. C'est de cette architecture que l'on peut dire que ses derniers efforts furent encore des ell'orts de géant, et que ses dernières inspirations furent des chefs-d'œuvre.

On a partagé la période ogivale en trois époques principales, bien caractérisées et faciles à reconnaître aux yeux de l'archéologue. La première, nommée Style ogival â lancettes, s'étend depuis le commencement du xnr siècle jusqu'au commencement du siècle suivant; la seconde, appelée Style ogival rayonnant, comprend toute la durée du \ivr siècle ; enfin la troisième, nommée Style ogival flamboyant, renferme tout lexv* siècle, et se prolonge jusque dans la première moitié du xvr. Il ne faut point oublier, dans celte classification, afin d'être exact, que la durée de chaque époque n'est

Diction n. d'Archéologie sacrée 11.

pas brusquement bornée à la fin île chaque siècle, sans aucune hésitation. I) est évident, pour quiconque réfléchit un instant à la marche que suivent les beaux-arts dans leurs développements, qu'il y a toujours, entre un style qui finit et un autre style qui commence, une espèce de transition où sont fondues dans un mélange tout à fait caractéristique les formes du premier et celles du second.

Les dénominations adoptées pour désigner les trois époques de l'architecture ogivale sont empruntées à la forme des fenêtres. Les courts détails dans lesquels nous allons entrer en feront connaître la justesse.

Le style ogival à lancettes, au xitT siècle, a été regardé avec raison par les antiquaires comme le plus haut degré de perfection du genre. Ce n'est point aux détails plus ou moins riches, plus ou moins heureux, gracieux, abondants ou délicats, qu'il faut demander un point de départ pour porter in jugement sur un mode quelconque d'architecture. Il faut s'attacher de préférence aux lignes d'ensemble, aux dispositions générales, à l'harmonie, à l'ordonnance, à ce cachet de grandeur et de distinction qui sont complètement en dehors du fini de certaines parties purement accessoires. Rien n'est comparable, comme effet d'ensemble, à nosgrandes cathédrales du xnie siècle. 11 n'est personne insensible à cette grandeur majestueuse qui règne dans leur vaste enceinte, et qui est si bien en rapport avec la croyance catholique, qui reconnaît et adoro Dieu présent dans nos temples. Qu'il nous suffise de nommer ici les cathédrales dont la réputation est européenne, comme Notre- Dame d'Amiens, Notre-Dame de Reims, de Chartres, de Rouen, de Paris, Saint-Etienne de Bourges, Saint -Pierre de Beauvais , Saint-Catien de Tours, Saint-Pierre de ïroyes, etc., etc.

Les fenêtres, au xin' siècle, sont allongées en forme de fer de lance, et c'est pour cela qu'on les appelle fenêtres à lancettes. Ces fenêtres sont quelquefois simples et isolées, quelquefois géminées. On a peine à rien concevoir de plus gracieux que les lancettes géminées surmontées d'une petite rosace ou (l'un quatrefeuîfles.

Les chapiteaux des colonnes sont caractéristiques : ils sont composés d'une corbeille de feuillages indigènes. Le trait qui sert à les faire reconnaître au premier aspect, c'esi que les feuillages supérieurs sont à leur extrémité recourbés en volutes, et forment ce qu'on appelle vulgairement des feuilles à crochets. Cette forme, facile à saisir, constitua un caractère d'une valeur d'autant plus grande qu'elle n'a guère été usitée en dehors du xui* siècle.

Nous aurions de belles observations h consigner ici sur la perfection des voûtes, la disposition curieuse de> voussures des poêles, et sur toutes les parties extérieures . connue les tours, les flèches, les contre-forts, les arcs- boutants et les clochetons. Qu'il

APPENDICES

nous suffise d'appeler l'attention sur ces membres d'architecture que l'art ogival a su conduire à la plus exquise perfection. Il n'est personne qui n'ait été quelquefois en sa vie frappé «le l'aspect de gravité solennelle que produit l'extérieur des gigantesques cathédrales. L'homme se sent pour ainsi dire anéanti quand il considère l'ampleur des proportions de ces constructions colossales. 11 en résulte pour l'âme un double sentiment, en rapport avec la destination des monuments religieux, d'abord de respect pour Dieu, et ensuite de bassesse et d'humilité pour soi-même.

Au xiv' siècle, l'édifice sacré reçoit quelques modifications importantes : ainsi le plan n'admettait de chapelles accessoires qu'autour du chevet seulement, tandis qu'à partir de cette époque elles s'épanouissent tout autour des nefs secondaires. Le style du xive siècle a été nommé rayonnant, parce que les fenêtres sont terminées par des formes de quintefeuilles, de rosaces, de quatrefeuilles et autres dessins composés de rayons. C'est, mieux encore qu'au xme siècle, le règne des splendides roses qui brillent avec tant d'éclat aux frontispices des cathédrales.

Les changements opérés dans les détails et le mode de travail ne sont bien sensibles que pour des yeux exercés. Les chapiteaux des colonnes sont toujours ornés de feuillages indigènes; mais le faire artistique n'est plus le même qu'à l'âge précédent. Il en est de même pour les moulures, qui reçoivent certaines modifications.

Au xve siècle, l'art subit une altération profonde, précisément dans les contours des moulures. Jusque-là toutes les moulures, au moins envisagées comme ensemble, sont arrondies et groupées de manière à mettre le tore en saillie; mais, à partir de ce siècle, les mêmes moulures sont prismatiques , maigres, anguleuses, réunies en faisceau, de manière à laisser difficilement la lumière se jouer dans les interstices.

Les fenêtres sont flamboyantes, c'est-àdire traversées de nombreux meneaux dirigés en haut comme des flammèches: quelquefois elles présentent des figures fantastiques, des cœurs allongés, des fleurs de lis, des lobes capricieux, etc.

C'est à partir du xve siècle que les détails sont ciselés avec une affectation qui va toujours croissant, jusqu'à la naissance d'un autre genre d'architecture. Les artistes semblent mettre plus d'importance à soigner les mille végétations qui composent le système d'ornementation des portails, qu'à réunir tous les membres du monument dans une belle harmonie régie par les lois rigoureuses de l'unité. Le xve siècle a produit des chefsd'œuvre , mais ils sont moins nombreux qu'aux deux précédentes époques. La dernière portion du xv' siècle et le commencement du xvie ont élevé des édifices tellement surchargés d'ornements, que les antiquaires, pour les distinguer, ont quelquefois employé le nom de style ogival fleuri,

7to diffé-

pour en mieux faire ress rlir la rence.

La Renaissance a présidé à l'érection d'un assez grand nombre de mon u menti,.

Mais les édifices de cette sorte appartiennent généralement plutôt à l'architecture civile qu'à l'architecture religieuse. Nous citerons comme dignes d'être connus les monuments suivants : l'église de Montrésor, le château de Chambord, le château de Blois, le château d'Ussé, d'Ozay-le-Rideau, etc., etc.

Page 1