PREFACE SUR THEOPHILE
composait ses ouvrages, l'art do fabriquer
et ae peindre le verre et la porcelaine a fait de grands progrès ; les chapitres d'Eraclius sur cet objet sont intéressants, Théophile en cite quelques-uns. On trouve dans le traité d'Eraclius la preuve que l'on savait déjà préparer à l'huile divers subjectiles sur lesquels on peignait ensuite avec des couleurs également broyées à l'huile.
Une nouvelle impulsion fut donnée aux arts au commencement duxi' siècle. On dirigea tous les efforts de l'esprit vers les sciences et la littérature, que lès besoins de l'Eglise et les disputes des théologiens rendaient nécessaires, telles que la théologie, la jurisprudence, la géométrie, la logique , la rhétorique, la musique ou psalmodie, l'architecture et la peinture. Dunstan, AIdred et Lanfranc, en Angleterre, le roi Robert, en France, le souverain pontife Grégoire Vil, à Rome, encouragèrent les arts, en faisant construire et orner des églises. Le respect pour les reliques inspira l'exécution et la décoration de somptueux reliquaires : on ferma les églises avec des portes de bronze et môme d'argent, suivant Giampini ( Vet. monim., tom. 1, cap. k). Les ornements pour les autels, les lutrins en bronze doré et d'autres objets destinés à ^ornementation du chœur, favorisèrent prodigieusement l'art de la fonte des métaux, de la ciselure , de l'émaillerie, de la nielle, de la damasquinure, et produisirent souvent des œuvres d'une perfection étonnante. (Vita B. Richardi a S. Viton. Virdun., cap. G; ActaSS. Ord. S. Bcncdict., tom. VIII, pag. 5il ; Em. David, JJist. de la peinture, pag. 215.)
C'est à cette époque, la première moitié du XIe siècle, qu'il faut rapporter le Traite' sur divers arts, de Théophile-
Lorsque les Grecs peignaient les monuments de l'Europe, que les Toscans se distinguaient dans l'art d'émaiiler, les Arabes dans celui de travailler les métaux , les Italiens dans les ouvrages d'orfèvrerie., les Français dans les travaux en verre , les Espagnols" dans les découvertes de la chimie , les Allemands industrieux dans la pratique ou la connaissance de tous les arts ; au moment où tous ces artistes, après la construction de l'église de Saint-Marc, à Venise, étaient occupés à la décorer, et qu'ils étaient partout occupés dans l'Europe occidentale à peindre les histoires sacrées sur les murailles des églises, à exécuter ces tableaux qui étaient le livre des ignorants , suivant l'expression d'un concile tenu à Arras en 1025, alors apparut Je Traité sur divers arts.
C'est néanmoins, continue M. R. Hendrie, par l'analyse des procédés que l'on peut arriver à connaître avec quelque précision le temps où vécut Théophile. Lessing, Leiste, ttaspe et Eméric David ont placé Théophile au xe siècle, période trop reculée, comme nous le pouvons reconnaître avec certitude par l'emploi de la nomenclature
arabe. Le chapitre de Théophile sur la fabrication de l'or d'Espagne (liv. ni) le montre avec évidence : il y est question du borax, sous le nom confus de barabas on parahas. Plusieurs passages font voir qu'il possédait alors une connaissance incomplète des ouvrages arabes, connaissance qu'il avait reçue, sans doute, de Constantinople ou de l'Italie (1).
11 est remarquable ( et celte preuve s'accorde pleinement avec ce qui a été observé ci-dessus) que, dans le Traité sur divers arts, il n'est jamais fait mention de la distillation, et qu'on n'y voit indiquée aucune substance qui en serait le produit. D'où nous pouvons conclure que Théophile ignorait cet art.
M.R. Hendrie, enfin, trouvedans la description de l'encensoir et de plusieurs autres objets, de style romano-byzantin , une induction tout opposée à celle de M.Guichard. Il y reconnaît l'œuvre du xic siècle, et il conclut que l'opinion des archéologues français, que nou*s avons nommés plusieurs fois, fixe à une date comparativement trop récente l'époque à laquelle vivait et écrivait notre auteur.
Après ces savants distingués, nous aurons la hardiesse d'émettre notre sentiment. Nous sommes intimement convaincu, d'après les détails iconographiques donnés par Théophile pour la décoration des vitraux, des anses des calices, des patènes, pour les nimbes des personnes divines et des saints, pour la composition de l'encensoir, que cet artisteécrivain vivait et travaillait au siècle que les archéologues modernes regardent comme celui de la transition de l'art romano-byzantin à l'art ogival, c'est-à-dire au xne siècle. Nous irons plus loin : nous pensons que Théophile vivait au milieu de ce môme siècle. Ses descriptions, en elfet, indiquent un art plus avancé que celui du xie siècle, à en juger parles modèles qui sont arrivés jusqu'à nous, et ne s'accorderaient pas avec la décoration en vigueur, même dès le commencement, durant l'ère ogivale. Il ne fau-. drait pas considérer l'usage du grand calice à anses, dont Théophile donne les procédés de fabrication, comme indiquant une époque plus ancienne que le xnc siècle, c'est-àdire le temps où l'on distribuait encore aux fidèles la communion sous les deux espèces. Théophile consigne dans son livre des procédés usités aussi bien chez les Grecs que chez les Latins, et tout le monde sait que les Grecs ont toujours conservé et conservent encore actuellement l'usage du calice pour les fidèles. D'ailleurs, on a gardé les calices ministériels dans les églises lati- é nés, longtemps encore après que la coutume, sanctionnée par l'Eglise, se fut introduite de donner aux fidèles la communion sous l'espèce du pain seulement. Notons toutefois que la communion sous les deux espèces et l'usage du chalumeau pour prendre le précieux sang, ont continué, presque
(i) < Les œuvres des Arabes dirent connues en Italie avanl d'êlre connues en France et dans les autres contrées d? l'Europe.» (Uoefer, llist. de In Chimie, pag. 546.)