C.UU'. XX\II
Des couleurs qui doivent cire broyées à l'huile et à lu jomme.
Les couleurs de tout genre peuvent être broyées avec la même espèce d'huile et étendues sur des ouvrages en bois, mais uniquement pour des objets qui peuvent être séchés au soleil, parce que à chaque fois que vous aurez à mettre une couleur, vous ne pouvez pas en superposer une autre, jusquà ce que la première soit sèche, ce qui, pour les images, est trop long et trop ennuyeux. Si vous voulez hâter votre travail, prenez de la gomme de cerisier ou de prunier, broyez-la très-menu et mettez-la dans un vase de terre cuite ; versez de l'eau abondamment par dessus, et exposez au soleil, ou au feu si c'est en hiver, jusqu'à ce que la gomme soit dissoute; mêlez le tout avec un bois rond.
(2) Et aliis piclurb, ex C. P..
TRADUCTION
Passez ensuite h travers un linge, broyez les couleurset lesemployezainsi. Toutes les couleurs etleursnuances peuvent ainsi être broyées à la gomme et employées en cet état, à l'exception du vermillon, de la céruse et du carmin, qui doivent être broyés au blanc d'œuf et employés ainsi. Le vert d'Espagne ne il se pose seul avec la gomme, qui sert de coll vous le voulez.
CHAP. XXVIII
Combien de fois on doit poser les mêmes couleurs.
Toutes les couleurs, broyées soit à l'huile, soit à la gomme, doivent être placées trois fois sur le bois. Lorsque la peinture sera achevée et sèche, vous mettrez le travail au soleil et vous l'enduirez soigneusement de vernis; lorsque la chaleur commencera à le faire couler, vous le frotterez légèrement avec la main; ce que vous ferez à trois reprises différentes: alors vous laisserez entièrement sécher.
TIIEOPIIILl LIBER I.
et carmin, qui claro ovi terendi, et ponendi sunt.Viride Hispanicum non misceatur succo sub glutine, sed per se cum gummi gluliue ponatur. Aliud vero miscere potes, si voiueris.
sera pas mélangé de succus sous la colle , mais e. Mais vous pourrez en mélanger un autre, si
CAPUT XXVIII
Quotiens iidem colores ponendi sint.
Omnes colores, sive oleo sive gummi trilos, in ligno ter debes ponere, et pictura perfecia atque siccata, delato opère ad solem, diligenterlinies glutine vernition, et cum defluere cœperit a calore, leniter manu fricabis, atque tertio sic faciès, et tune sine donec penitus exsiccetur.
CHAP. XXIX
De la peinture transparente.
On fait aussi sur bois une peinture que l'on appelle transparente et que quelquesuns appellent auréole : vous la composerez de la manière suivante. Prenez une feuille d'élain qui ne soit ni enduite de colle, ni colorée de safran, mais pure et bien poiie; vous en couvrirez l'endroit que vous voulez peindre de cette manière. Broyez ensuite soigneusement à l'huile de lin les couleurs que vous voulez employer; étendez-les trèslégèrement avec un pinceau, et laissez-les
CHAP. XXX
Manière de moudre For pour les livres et de faire le moulin.
Lorsque vous aurez esquissé des images ou des lettres sur des livres, prenez de l'or pur, et limez-le très-soigneusement en poudre trèsline dans une coupe bien propre ou dans un bassin. Vous le laverez ensuite avec un pinceau dans une écaille de tortue ou une coquille que l'on trouve dans l'eau. Ayez ensuite un moulin avec son pilon, l'un et l'autre faits d'un alliage de cuivre et d'étain, dans la proportion de trois parties de cuivre pur et d'une quatrième partie d'étain sans mélange de plomb. Le moulin doit être fondu en cet alliage, dans la forme d'un petit mortier; le pilon, en forme de nœud, autour d'une tige de fer, laquelle s'élèvera de la grosseur du doigt et de la longueur d'un peu plus d'un demi-pied. Le tiers de cette tige de fer sera fixé dans un bois soigneusement tourné de la longueur d'environ une aune, et percé bien droit. A sa partie inférieure, à quatre doigts environ du bout, il y aura une petite roue mobile en bois ou en plomb, et au milieu, à la partie supérieure, il y aura une courroie au moyen de laquello il puisse être tiré et retiré en tournant. Après cela le moulin lui-même sera mis dans une cavité, sur une base préparée pour eelaentre deux pe-
CAPUT XXIX
De pictura translucida.
Fit ctiam pictura in ligno, quœ dicitur translucida, et apud quosdam vocatur auréola, quam hoc modo compones. Toile petulam stagni non linitam glutine neccoloratam croco, sed ita simplicem et diligenter politam, et inde cooperies locum, quem ita pingere volueris. Detnde tere colores imponendos diligentissime oleo Uni, ac valde tenues trahe eos cum pincello, sicque permitte siccari.
ainsi sécher.
CAPUT XXX
De molendo auro in libris, et de fundendo molendino.
Cum pertraxeris imagines vel lilteras in libris, toile aurum purum et lima illud minutissime in mundissima pelvi, sive baccina, sicque lavabis illud cum pincello in concha testudinis vel conchilii, quœ de aqua toliitur. Deinde habeas molendinum cum pistillo suo, utraque fusilia ex métallo cupri et stagni ita commixto, ut très partes sint cupri puri et quarta stagni puri a plumbo. His ita compositis fundatur molendinum ad simililudinem mortarioli, etpistillumejus circa ferrum quasi nodus, ita ut ferrum inde procédât grossitudine unius digiti, et longitudine modice amplius pedis dimidii; cujus ferri tertia pars infigatur ligno diligenter tornato ad longitudinem quasi unius ulnae, et rectissime forato, in cujus inferiori parte tamen a fine longitudine quatuor digitorum , sit rotula sive lignea sive plumbea tornatilis, et in média parte super jori figatur corrigia qua trahi et volvendo retrahi possit. Posthœc mittatur ipsum molendinum in foramen su: per scamnum ad hoc aptatum inter duas columnellasligneas in ipso scamno firmiter fixas, super quas sit aliud lignum eis insertum, quod possit ejici et reponi, in cujus medio inferius sit foramen in quo volvatur
THEOPlllLI I.1BEU I.
TKADI-CTION.
pislillum molendini. His ila disposais, miltatur aurum diligenter purgatum in molendinum, addita tnodica aqua et iniposito pistillo atque superiori ligno coaptato trahatur corrigia et revolvi permittatur, rursumque trahatur et iterura revolvatur, sicque tiat per duas vel per très limas. Tune superius lignura ejiciatur, et pistillum in eadem aqua cuiû pinccllo lavetur. Deinde molendinum elevetur, et aurum cum aqua usijuc ad fundum cuui pinoello moveatur et modice teneatur, donee quod grossius est resideat; inoxque aqua in mundissimam baccinam elfundatur, et quicquid auri cum aqua exierit, molitum est. Rursumque iniposita aqua, repositisque pistillo et sursum ligno, iterura molatur eoordine quo prius, donec otnnino exeat cum aqua. Tali modo molendum est argent uni, auricalcum et cuprum. Sed aurum diligentius est et leniter trahenduni, sœpiusque respiciendum, quia mollius est cœteris metallis, ne forte adbœreat molendino vel pistillo et conglomeretur. Quod si per negligentiam contigeril, quod conglomcratum est eradatur et ejiciatur, et quod reliquum est usque ad effectuai molatur. Quo facto superiorem aquam cum sordibus t!e baccino effundens, inde aurum diligenter iu concham raundam lava. Dehincinfundeiis ei aquam' cum pincello move, et cum per unam horam in manu tenueris ipsam aquam in alteram concham funde, et illud minutissimum quod cum aqua exierit serva. Rursumque imposita aqua super carbones calefac et move, ac sicut prius minutum cum aqua cjice, sicque facias donec omnino purgaveris. Posthœc ipsum minutum (1) cum aqua et eodem ordine bis et tertio, quicquid auri susceperis priori admisce. Eodem ordine lavabis argentum, auricalcum et Cuprum. Dehinc toile vesicarn piscis, qui vocatùr huso, et lavans aqua tepida tertio, iricide particulatim, ac in ollam purissimam mittens cum aqua, sine mollificari per noctem, et in crastinum coque super carbones ut non bulliat, donec probes digitis tuis , si adhœreat, et cum fortiter adhœscrit, bonum est gluten.
liles colonnes de bois fixées solidement sur la môme base. Sur ces colonnes est un autre bois engagé entre elles, qui peut se mettre ou s'ôter à volonté, au milieu duquel sera un trou dans lequel tournera le pilon du moulin. Les choses étant ainsi disposées, mettez dans le moulin de l'or soigneusement purifié, ajoutez un peu d'eau, placez le pilon et le bois supérieur, tirez la courroie et laissezla s'enrouler, tirez de nouveau, laissez-la encore s'enrouler, et continuez de la sorte pendant deux ou trois heures. Qu'on ôte alors le bois supérieur, et qu'on lave le pilon avec un pinceau dans la même eau. On lève ensuite le moulin, on agite avec un pinceau l'or ainsi que l'eau jusqu'au fond; on laissera reposer un peu, jusqu'à ce que les parties les plus grossières soient déposées; on verse aussitôt de l'eau dans une coupe bien propre, et tout l'or qui sort avec l'eau est moulu. On replace de nouveau de l'eau, le pilon et le bois supérieur, et on continue de moudre de la même manière que ci-dessus, jusqu'à ce que tout l'or soit sorti avec l'eau. On doit moudre de cette façon l'argent, l'auricalque et le cuivre. Maisl'ordoit être moulu plus soigneusement; il faut le tirer doucement et le regarder souvent, parce qu'il est moins dur que les autres métaux, de peur qu'il adhère au moulin ou au pilon, et ne se ramasse en pelotons. Si cela arrive par négligence, il faut racler et rejeter ce qui s'est aggloméré et broyer le reste jusqu'à l'état convenable. Cela fait, versez du bassin l'eau qui y a été mise, ainsi que le dépôt ; lavez ensuite soigneusement l'or dans une coquille propre. Versez ensuite de l'eau; remuez avec un pinceau, et après avoir continué pendant une heure, versez cette eau dans une autre coquille, et mettez à part la partie la plus fine qui sera sortie avec l'eau. Mettez encore de l'eau, chauffez suides charbons et remuez, et, comme ci-dessus, ôtez la partie fine avec l'eau; vous continuerez cette opérationjusqu'àceque vous ayez tout purifié. Après cela, lavez encore cette partie fine avec de l'eau, deux et trois fois, de la
même manière, et ce que vous recueillerez d'or, vous le mêlerez au premier. Vous laverez de ia même façon l'argent, l'auricalque et le cuivre. Prenez ensuite une vessie du poisson qu'on appelle'Auso, lavez-la à trois reprises dans de l'eau tiède, coupez en morceaux, mettez-la avec de l'eau dans une chaudière bien propre, et laissez ramollir pendant la nuit. Le lendemain, faites cuire sur les charbons, sans ébullition, jusqu'à ce que vous reconnaissiez avec vos doigts qu'elle adhère; lorsque l'adhésion aura lieu, la colle sera bonne.
CAPL'T XXXI.
Quomodo aurum et argentum in libris ponantur.
Postea tulle minium punira, et adde ei lerliam partem cenobrii, ternis super lapidem, cum aqua. Quo diligenter tri to, percute clarum ex albugine ovi, in œstate cum nqua, in hieme sine aqua, et cum purum fuerit, niitte minium in cornu et infunde ciarum, impositoque ligno move modicum, et inde cum pinccllo impie omnia loca in quibus aurum velis ponerc. Dehinc pono
Cll.VP. XXXI.
Comment on pose l'or et l'argent sur les livres.
Après cela, prenez du vermillon pur, et
ajoutez-y un tiers de cinabre; broyez sur la pierre, avec de l'eau. Après a voir soigneusement broyé, batte/ un clair de blanc d'oeuf, en été, avec de l'eau, en hiver, sans eau; lorsqu'il sera pur, mettez le vermillon dans un vase en corne, versez l'eau de blanc d'œuf par-dessus, remuez un peu avec un morceau de bois; ensuite, avec un pinceau,
(1) Relava, Cod. Cuetph.
TRAM'CTION.
couvrez tous les e i droits sur lesquels vous voudrez poser de l'or. Mettez ensuite une petite marmite, avec do la colle, sur des charbons, et lorsque la colle sera fondue versez-la dans la coquille de l'or et lavez-en l'or. Lorsque vous aurez versé l'or dans une autre coquille, dans laquelle on garde le dépôt, versez de nouveau de la colle chaude; tenez-la dans la paume de la main gauche, remuez soigneusement avec le pinceau, et posez l'or, comme vous voudrez, épais ou léger, de manière cependant qu'il y ait peu décolle, parce que, quand il y en a trop, l'or se noir U et ne prend pas de brillant. Lorsqu'il sera sec, vous le polirez avec une dent, ou avec une pierre de sanguine soigneusement taillée et polie sur une tablette de corne unie et brillante. S'il arrive, par négligence, que la colle ne soit pas bien cuite et que l'or se réduise en poussière par le frottement, ou qu'il se boursoufle, à cause d'une trop grande épaisseur, ayez à votre disposition duel ur d'œuf vieux, battu sans eau; vous en étendrez avec un pinceau un peu et doucement sur l'or, que vous frotterez enfin De cette même manière vous poserez et vous
CIIAP. JCO.II.
Comment on décore à l'étain, et au safran lu peinture des livres.
Si cependant vous n'avez ni l'un ni l'autre des métaux ci-dessus indiqués, et que vous vouliez orner votre œuvre de quelque manière, prenez de l'étain pur et coupez-le en très-petits morceaux; vous aurez à le moudre et à le laver comme l'or. Placez-le avec la môme colle sur les lettres ou aux autres endroits que vous auriez voulu orner d'or ou d'argent. Lorsque vous aurez poli avec la dent, prenez du safran qui sert à teindre la soie, mélangez-le avec du clair d'œuf sans eau, et lorsqu'il aura reposé pendant toute la nuit, le lendemain vous en couvrirez les endroits que vous auriez voulu do-
TIIEOPHILI LIBER I. 772
ollulam cum gluline super carbones, et cum liquefactum fuerit, funde in conchara auri, et lava illud inde. Quod cum effuderis in aliam concham, in qua purgamentum servatur, rursus infunde gluten calidum, et tenens in palma manus sinistrœ, move diligenter cum pincello, et pone utrum volueris spissum aut tenue, sic tamen ut glulinis modicura sit, quia si superabundaverit, nigrescit aurum et non recipit fulgorem. Postquam aulem siccatum fuerit, polies illud dente vel lapide sanguinario diligenter limato, et polito super tabulam corneam œqualem ac lucidam. Quod si contigerit per negligentiam glutinis non bene cocti, ut aurum infricandose pulveret, vel prse nimia spissitudine se elevet, habeas pênes te clarum vêtus sine aqua percussum, et mox cum pincello de eodem modicumac leniter super aurum liniens, cum siccum fuerit denuo dente vel lapide fricabis. Hoc modo argentuni, auricalcum et cuprum in suis locis pones et fricabis.
avec la dent ou la pierre lorsqu'il sera sec. polirez l'argent, l'auricalque et le cuivre.
CAPUT XXXII
Quomodo decoretur pictura librorum stagno et croceo.
Si vero n utrum habueris, et tamen opus tuum quoquomodo decorare volueris, toile stagnum purum et rasum minutissime, mole et lava sicut aurum, et pone eodem gluline in litteris vel aliis locis quœ volueris auro vel argento ornare, et cum polieris dente, toile crocum cum quo sericum coloratur , perfundens illum claro sine aqua, et cum per noctem steterit, sequenti die cum pincello cooperies loca qu;e volueris deaurare; cœtera habeto loco argenti. Deinde faciès subtiles tractus circa litteras et folia et noilos ex minio cum penna, et paraturas vestimentorum ac cœtera ornamenta.
rer, laissez le reste en place d'argent. Vous
ferez ensuite des traits légers autour des lettres, des feuilles, des nœuds, des parements
d'habits et des autres ornements avec du vermillon à la plume.
CHAP. XXXIII
De toute espèce de colle dans la peinture d'or.
Si vous n'avez pas de vessie de poisson, prenez de la peau de veau ou vélin fort, coupez-le de la môme manière, lavez et faites cuire. Faites cuire de la môme manière une peau d'anguille soigneusement raclée, coupée et lavée. Faites encore cuire de la môme façon des os de la tête de loup marin, secs et lavés par trois fois à l'eau chaude. A chacune de ces substances que vous aurez fait cuire, ajoutez un tiers de gomme trèsbrillante, faites cuire un peu, et vous pourrez garder cette colle aussi longtemps que vous
CHAPITBE XXXIV.
Comment se font les mélanges de couleurs pour les livres.
Toutes ces choses étant ainsi exécutées, faites un mélange de gomme très-brillante
CAPUT XXXIII
De omni génère glutinis in pictura auri.
Si vesicam non habueris, pergamenum vituli spissum eodem modo incide, lava, et coque. Follem quoque anguillœ diligcntissime rasum, incisum et lotum eodem modo coque. Ossa quoque capilis lupi piscis loti sicci, diligenter iota in calida aqua ter, ita coque. Qualecunque horum coxeris, adde ci tertiam partem gummi lucidissirai, et modice coque, poterisque servare quamdiu volueris.
voudrez.
CAPUT XXXIV
Quomodo colores in libris temperenlur.
His ita peractis, fac temperamentum ex gu.nmi lucidissimo et aqua sicut supra, et
T11E0IM11LI LIBLR I.
TRADUCTION
tempera omnes colores, exeepto viridi, et cerosa, et ininio, et carmin. Viridc salsumnoa valet m libro. Viride Hispanicum temperabis vino puro, et si volueris umbras facere, addemodicum suceum gladioli, vel cauli vel porri. Minium et cerosam et carmin temperabis claro. Omnes mixturas colorum, si indiguens ad pingcndas imagines, compone in libro ut supra. Omnes colores bis ponendi sunt in libro, in primis tenuissime, deindc spissius ; in litteris Yero semel.
et d'eau, comme ci-dessus; mêlez-en toutes les couleurs, excepté le vert, la céruse, le vermillon et le carmin. Le vert salé ne vaut rien pour la peinture des livres. Vous mêlerez le vert d'Espagne avec du vin pur, et si vous voulez faire des ombres, ajoutez un peu de sève d'iris, de chou ou de porcau. Vous mêlerez avec du clair de blanc d'œuf le vermillon, la céruse et le carmin. Quant aux autres mélanges de couleurs dont vous aurez
besoin pour peindre des images, préparez-les pour peindre dans les livres, comme il a été indiqué plus haut. Toutes les couleurs doivent être posées deux fois sur les livres, d'abord très-légêrement , ensuite plus solidement ; sur les lettres , il ne faut en mettre qu'une seule fois.
CAPL'T XXXV.
De generibus et tempérament is folii.
Folii tiia sunt gênera, unum rubeum, alîud purpureum, tertium saphireum, quee sic temperabis. Toile cineres et cribra eos per pannu m, et perfundens eos aqua frigida, fac iode torlulas in similitudinem panis, mitlensque eas in ignem, sine donec omnino candescant. Postquam ante diutissime canduerint, et postea friguerint, miîte inde partem in vas fictile, perfundens urina, et move ligno. Cumque resederit lucide , perfunde inde rubeum folium, et terens iilud modico super lapidem, adde ei quartam parlem viva? calcis, et cura tritum fuerit ac sufiicienler perfusum, cola illud per pannum, et trahe cum pincello ubi volueris tenue, deinde spissius. Et si placet similitudinem pallii in pagina facere purpureo folio, eodem temperamento sine calce perfuso, pinge penna prius in ipsa pagina nodos vel circulos, et interius aves sive bestias aut folia ; et cum siccum fuerit, Unies per omnia rubeum folium tenue, deindc spissius, et tertio si sit opus ; ac postmodum Unies desuper tenue vêtus clarum, sine aqua percussum. Purpureum folium et saphireum non teres, sed perfunde eodem lemperamento in concha sine calce, et move ligno, et cum per noctem steterit, in crastinum pono quomodocunque volueris lineis claro superius. Vestimenta quoque et omnia quœ folio et carmin pinxerîs, claro superlinies. Cineres autem coclos, qui remanserint, servare diu poteris siccos.
CHAP. XXXV
Des espèces et mélanges du folium.
Il y a trois espèces de folium , l'une rouge , l'autre pourpre, la troisième couleur de saphir ; vous les prépaierez comme il suit. Prenez des cendres et passez-les à travers un linge; vous les arroserez d'eau froide, et vous en ferez de petites tourtes, en forme de pains; vous les mettrez ensuite au feu, et vous les laisserez jusqu'à ce qu'elles soient entièrement incandescentes. Après avoir été ainsi chauffées très-longtemps, lorsqu'elles se seront refroidies, mettez-en une partie dans un vase de terre cuite, versez de l'urine pardessus, et remuez avec un morceau de bois. Lorsque cela aura déposé et sera devenu clair, versez-en sur le folium rouge; broyezle un peu sur une pierre, ajoutez-y un quart de chaux vive; lorsqu'il aura été suffisamment broyé et arrosé, passez-le par un linge ; vous en étendrez ensuite où vous voudrez, avec un pinceau, d'abord légèrement, ensuite une teinte plus épaisse. Si vous désirez peindre sur une page un manteau avec du folium pourpre, arrosé du même mélange, mais sans chaux, peignez d'abord à la plume sur cette même page les nœuds et les enroulements, et, en dedans, des oiseaux et des animaux ou des feuillages ; lorsque cela sera sec, vous étendrez partout du folium rouge léger, ensuite plus foncé ; vous en mettrez une troisième teinte, s'il en est besoin; vous étendrez ensuite par-dessus du clair de blanc d'œuf vieux, battu sans
eau. Vous ne broierez pas le folium pourpre et le folium couleur de saphir; arrosez-le du même mélange dans une coqudle, .-ans chaux; remuez avec un bois, et lorsqu'il aura déposé pendant une nuit, le lendemain vous en poserez comme vous voudrez, ayant soin de mettre du clair de blanc d'œuf par dessus. Vous recouvrirez également de clair de blanc d'œuf les vêtements et tout ce que vous aurez peint au folium et au carmin. Quant aux cendres cuites qui resteront, vous pourrez les garder longtemps sèches.
CAPUT XXXVI
De cenobrio.
Si desideras cenobrium componcre, toiles sulphur, cujus sunt tria gênera, album, nigruin et croceum, quod frangens super lapi- (Iciii siccum, adde ei duas parles vivi argonti, œquo pondère stalera ; et cum diligentius miscueris, milte in vitream ampullam, coopérions eam ex omni parte argilla , et os obstrue, ne fumus exeaL et yone eam
chap. xxxvi.
Du cinabre.
Si vous désirez composer du cinabre, prenez du soufre, dont on distingue trois espèces, le blanc, le noir, et le jaune; vous le broierez sur une pierre à sec, en y moulant deux parties de vif-argent , h poids égal de balance. Lorsque vous aurez fait soigneusement le mélange, mettez-le dans une liole de verre, que vous recouvrirez complé-
TRADUCTION
THLOPHII.I LIULK I.
t émeut d'argile, bouchez-en l'ouverture, de peur que la vapeur ne s'en échappe, et approchez-la du feu pour faire sécher. Placez-la ensuite entre des charbons arden's, et dès qu'elle commencera à s'échauffer, vous entendrez du bruit à l'intérieur, ce qui montre que le vif-argent se môle au soufre ardent; lorsque le bruit aura cessé, tuez aussitôt la fiole, ouvrez-la et tirez-en la couleur
ad ignem ut siccetur. Deinde pone eam inler carbones ardentes, et mox cum cœperit ealefieri, audiesfragorem interius, quomodo sa vivumargentumeommiscet ardenti sulphuri; et cum sonus cessaverit, statim ejice ampullam, et aperiens toile colorem.
CHAP. XXXVII
Du vert salé.
Si vous voulez faire de la couleur verte, prenez du bois de chônejong et large comme il vous plaira; creusez-le en forme de coffret. Prenez ensuite du cuivre, faites-le réduire en lames aussi larges que vous voudrez, de façon cependant que la longueur couvre la largeur du bois creusé. Après cela prenez une coupelle pleine de sel, comprimez-le fortement, mettez-le au feu et couvrez-le de charbons pendant la nuit ; le lendemain broyez-le soigneusement sur une pierre à sec. Prenez de petites branches, placez-les dans le susdit bois creusé, de manière à diviser la cavité en trois parties, dont deux en bas et une en haut; alors vous couvrirez de miel pur les lames de cuivre, en dessus et en dessous, vous les garnirez de sel broyé, vous les placerez sur ces branches réunies, vous boucherez avec un morceau de bois préparé à cet effet, de manière qu'aucune vapeur ne puisse en sortir. Après cela faites un trou au coin du morceau de chêne, par où vous pourrez verser du vinaigre chauffé ou de l'urine chaude , de manière à en remplir le tiers, puis bouchez le trou. Vous devez placer ce bois dans un endroit où vous pourrez le recouvrir entièrementde fumier. Quatre semaines après, enlevez le couvercle, et raclez, pour le garder, tout ce que vous trouverez sur le cuivre ; puis remettez et couvrez de nouveau, comme ci-dessus.
CHAP. XXXVIII
Du vert d'Espagne.
Si vous voulez composer du vert d'Espagne, prenez des lames de cuivre minces, raclez-les soigneusement des deux côtés , arrosez-les de vinaigre pur et chaud, sans y mettre du miel et du sel ; vous les placerez dans un petit morceau de bois creux, de la manière indiquée plus haut. Deux semaines après, regardez et raclez ; ce que vous ferez jusqu'à ce que vous ayez assez de
CHAP. XXXIX
De la céruse et du vermillon.
Pour composer de la céruse, faites amincir des lames de plomb ; mettez-les à sec dans un bois creux, comme vous avez fait pour le cuivre, versez-y du vinaigre chaud ou de l'urine, et couvrez. Ensuite, un mois après, ôtez le couvercle, et après avoir enlevé tout ce qui est blanc, replacez comme auparavant. Lorsque vous aurez de la céruse en quantité suffisante, et que vous voudrez
CAPUT XXXVII
De viridi salso.
Si autem viridem colorem velis conficere, sume lignum quercinum, quantœ longitudinis et lalitudinis volueris, et cava illud in modum scrinii. Deinde toile cuprum, et fac illud attenuari in laminas, quantœ lalitudinis velis, ut tamen longitudo ejus cooperiat latiludinem cavi ligni. Posthsec accipe scutellam plenam salis, et comprimens eum forti ter, initie in ignem et cooperi carbonibus per noctem, et in crastinum tere eum cl 1 1 i — gentissime super lapidem siccum. Cumque acceperis surculos graciles, colloca eos in preedictumeavatum lignum, ila ut duœ partes cavi sint inferius, et tertia superius, sicque (1) laminas cupreas ex utraque parte melle puro aspergens desuper sal tiïtum, colloeabis super surculos illos conjunctira, cooperiens diligenter altero ligno ad hoc aptato, ita ut nihil spiraminis exire possit. Post fac foramen terebrari in angulo ipsius ligni per quod possis acetuin calefactum aut urinam calidam infundere, ita ut tertia pars ejus impleatur, et mox obstrue foramen. Hoc lignum in tali loco debes ponere, ubi possis illud in sterquilinio totum cooperire. Post quatuor vero septimanas solve operculuin, et quicquid super cuprum inveneris, erade et serva, et iterum reponens cooperi ordine quo supra.
caput xxxvm.
De viridi Hispanico.
Si vero viride Hispanicum componere velis, toile cupri tabulas attenualas, et radens cas diligenter ex utraque parte, perfunde aceto puro et calido absque melle et sale, componesque in minori ligno cavo, ordine quo supra. Post duas septimanas respice ao rade, sicque faciès donec color tibi sufJiciat.
couleur.
C4PUT XXXIX
De cerosa et minio.
Cerosam autem compositurus fac tibi plumbeas tabulas attenuari, eteomponens eas siccas in cavo ligno sicut cuprum, supra infuso aceto calido sive urina cooperi. Deinde post mensem solve cooperculum, et quicquid album fuerit auferens, rursum repone sienî prius. Cumque tibi sulfecerit, et minium inde facere placuerit, eamde'm cerosam tere super lapidem absque aqùa, et deinde mit-
(II Unies, ex M S. Cûelsh.
777 HIEQBHILI LtB. I,
tons in ollns novas duas vel très, pone super carbones ardentes ; liabeas autein ferrum gracile curvum, ex una parte (1) aptatum et in summitate latum, cum quo raovere ac miscere ipsam cerosam interdum possis; atque hoc tandiu facias donec minium oiunino rubeutu liât.
jusqu'à ce que le vermillon vous paraisse t
CAPLT XL.
De incausto.
Incaustum etiam facturus incide tibi ligna spinarumin Aprili, in Maio, priusquam prouiioniit flores aut folia, et congregans mde fasciculos, sine jacere in umbraduas septirnanas aut très aut quatuor, donec aliquantulum exsiccentur. Deinde habeas malleos ligneos cum quibus super aliud lignuin durum contundas ipsas spinas, donec corticem omnino evellas, quem statim mittes in dolium aqua plénum ; cumque duo dolia vel tria seu quatuor aut quinque cortice et aqua repleveris, sine sic stare per oclodies, donec aqua omnem corticis succum in se emordeat. Post haec mitte ipsam aquam in eacabum mundissimum, vel in lebetem, et supposito igné coque ; interdum etiam inimitié de ipso cortice in cacabum, ut si quid succi in eo remansitexcoquatur. Quam cum modice coxeris, ejice, aliumque rursus immitte. Quo facto residuam coque aquam usque ad terliam partem, sicque ejiciens de ipso cacabo mitte in minorera, et tandiu coque donec nigrescat atque incipiat densescere, hoc omnino cavens ne aliquod addas aquœ, excepta il la quœ succo mista est. Cumque videris eam densescere, ailde vini puri tertiam partem, et mittens in ollas novas duas vel très, tandiu coque donec videas quod in supremo quasi cutem trahat. Dehinc tollens ipsas ollas ab igné pone ad solem donec se nigrum incaustum a rubea fœce purificet. Postea tollelblliculos ex peryanieno diligenter consutos et vesicas, et infundens })urum incaustum suspende ad solem donec omnino siccetur. Cumque siccum fuerit, toile inde quotiens volueris et tempera cum vino suj>er carbones, et addens modicum alramenti scribe. Quod si contigerit per negligentiam ut non salis nigrum sit incaustum, accipe frustum grossiludine unius digiti, et ponens in ignem, sine candescere, mox et in ii.causlum projice.
sur des charbons, et après y avoir môle un s*il arrive, par suite de négligence, que 1 de la grosseur d'un doit$t, mettez-le sur le tôt dans l'encre.
(1) Ligno, sic Cod. Cuelph.
EXri.ICIT LIBER PRIML'S.
TRADUCTION
en faire du vermillon, broyez cette môme céruse sur la pierre, sans eau ; mettant dans deux ou trois vases neufs, placez sur les charbons ardents. Ayez un morceau de fer milice emmanché d'un côté, et large à son extrémité supérieure, avec lequel vous pourrez remuer de temps en temps et mêler la céruse. Vous continuerez cette opération out à fait rouge.
chap. xl.
De l'encre.
Pour faire de l'encre coupez du bois d'épines en avril ou en mai, avant qu'il y ait des fleurs ou des feuilles; faites-en de petits fagots, que vous laisserez couchés à l'ombre pendant deux, trois ou quatre semaines , jusqu'à ce qu'ils soient un peu secs. Ayez ensuite de petits maillets en bois avec lesquels vous broierez sur du bois dur ces mêmes épines, jusqu'à ce que vous ayez enlevé entièrement l'écorce que vous jetterez aussitôt dans un tonneau plein d'eau ; lorsque vous aurez ainsi rempli d'eau et d l'écorce deux, trois, quatre ou cinq tonneaux, laissez le tout reposer pendant huit jours, jusqu'à ce que l'eau se soit emparée de tout le suc do l'écorce. Après cela mettez cette eau dans une marmite très-propre ou dans une chaudière, placez sur le feu et faites cuire. De temps en temps jetez de l'écorce dans la chau« dière, afin d'en exprimer tout le suc, par la cuisson, si par hasard, il en reste encore. Lorsque cette écorce aura trempé quelque temps dans l'eau, jetez-la et mettez-en d'autre ; cela étant achevé, faites chauffer l'eau, jusqu'à ce qu'elle se réduise d'un tiers ; passez-la alors dans une chaudière moins grande, et faites cuirejusqu'à ce que l'eau commence à noircir et à s'épaissir, évitant de ne point ajouter d'eau , excepté de celle qui contientle suc. Lorsque vous la verrez s'épaissir, ajoutez un tiers de vin pur, mettez dans deux ou trois chaudières nouvelles, faites cuirejusqu'à ce que vous aperceviez une espèce de peau se former à la surface. Otez ensuite les chaudières du feu, mettezles au soleil, jusqu' à ce que l'encre noire se purifie d'une espèce de lie rouge. Prenez ensuite de petits sacs de parchemin, soigneusement cousus, ainsi que des vessies ; versez-y l'encre pure, ei suspendez-les au soleil, jusqu'à ce que l'encre soit complètement sèche. Lorsqu'elle sera sèche, prenezen ce que vous voudrez, mêlez avec du vin, peu de noir, servez-vous-en pour écrire. Que encre ne soit pas assez noire, prenez du noir feu, laissez-le s'enflammer, et jetez-le aussi-
us bu rr livre.
Les cinq chapitres qui suivent ne sont pas de Théophile. Ils auront été ajoutés par quelque copiste du manuscrit publié par M. le comte de l'Escalopier. Comme on y trouve quelques renseignements curieux, nous les avons placés à la suite du livre i", on les empruntant, ainsi que la traduction, à l'édition de M. de l'Escalopier.
Dictions. d'Archéologie sacrée. 11.
TRADUCTION
T1IEOPI1ILI L1D. I.