ROI
NOTES OU LIVRE PREMIER
Çî{ S'unifie la couleur violellc; de ce mot dérive probablement le mot turc menewiche, qui désigne la couleur pourpre. Il est évident que la couleur violette correspond avec remploi du mr/rnsc indique par Théophile : il doit être mélangé soit avec du fiitium ou un peu de noir et «le rouge, connue fond pour une draperie ; le manisc et l'azur, et en dernier lien l'azur pur, sont employés pour faire les clairs. Il est également employé avec l'orpiment, comme Ion I, sur lequel l'orpiment, en plus grande quantité, esi employé comme teinte moyenne, et c 1 1 11 1 1 l'orpiment pur pour faire les clairs vifs; la couleur violette pourrait très-bien neutraliser le jaune pur de l'orpiment. De plus, pour représenter l'arc-en-ciel,
(Tl pli., lib. i, cap. 10), le manisc, comme couleur
violette est unie avec le cinabre et avec le jaune; dans le même chapitre, on explique la manière de faire les ombres du manisc avec le folium, un peu de noir étant ajouté à la lin. Il est évident (pie c'est une couleur tendre, et le mot paraît plutôt indiquer les couleurs ayant une teinte violette, (pie quelque substance en particulier. Il y a des recettes pour faire une couleur bleuâtre ou violette avec les pétales de la violette; mais celte couleur n'est pas solide, et elle a cessé d'être employée, de même que la couleur du pastel, depuis l'introduction de l'indigo.
Note N.
Minium, cap. 11.
Il est remarquable que Théophrasie, après avoir exactement décrit le milios et le cinabre des Grecs, n'ait fait aucune mention du vermillon ou oxyde rouge de plomb.
Une grande confusion de termes règne, malheureusement, dans les écrits des anciens relativement au vermillon, et de la reproduction de ces inexactitudes il est résulté de nombreuses erreurs. Le mot minium, chez les Romains, désigne quelquefois notre vermillon ou sulfure de mercure, quelquefois notre minium ou proloxyde de plomb, quelquefois l'ocre ronge, comme le minium sinopium de Pline.
DioscoriJe signale celte erreur (lib. v, cap. 03) : «Quelques-uns, dit-il, croient par erreur que le mini uni est la même chose que le cinabre. » Le minium de Dioscoride était produit avec la galène. Le minium, en effet, «lit. le même auteur, est fait avec une pierre argentifère mêlée de sable. > Ltait-ce là le cinabre artificiel de Théophrasle, inventé par Cailias d'Athènes, sous le règne de Praxibule, quatre-vingt-dix ans seulement avant le temps auquel il vivait? (Théophile, llist. la;i., cap. 104.) On pourrait le supposer, a cause de la confusion des termes.
Le minium lait avec la céruse est appelé sandyx par Dioscoride (lib. v, cap. 57). Celle expression pour désigner le minium fui ensuite usitée en Italie, au témoignage de Jérôme Cardanus, qui dit que ie minium fui encore appelé sandyx, et que le sandyx était de l'ocre brûlée. Il parait que celte couleur est indiquée dans ce vers de Virgile :
Sponte sua sandyx pascentes vestiet aynos,
et non le rouge d'arsenic ou le rouge de plomb. Consultez encore Caesalpinus, de Metallis (lib. m, cap. 14). « llo. lie sait lycem, id est, ccrussain uslam quousque ut rubentem acquiescent, vulgo minium vu aul. i
Le minium de Vitruvc est un cinabre. Car dans le chapitre OÙ il traite du minium, il dit : « Foditur gleba, qnae anthrax dicitur, emillit lacrymas argenti vivi. » Chez les Grecs, ou appelait anthrax toutes l.s gemmes ou pierres rares de couleur rouge. Viirnve applique ce mot évidemment au cinabre natif, d'où découlent des gouttes de vif-argent. 11 appelle sandaraque, sandarachn, le minium des modernes ou proloxyde rouge de plomb. < Gerussa vero cura i.i fornace eoquitur, mntato colore ad ignis incendium efficilur sandaracba. »
.Mais Pline, mieux renseigné sur cette matière, nous apprend que le vermillon était fabriqué avec une pierre veinée, dont on extrait l'argent, non pas ce que nous appelons le vif-argent et qui est liquide. C'est la galène de Dioscoride. Il nous oit encore que le minium est appelé cinabre par les Grecs, et que le minium, appelé aussi cinabre, est produit dans les mines d'Espagne; c'est ce qui a lieu encore à présent.
Un vermillon de qualité inférieure, le minium secundarium de Pline, était fait en broyant le minerai de plomb rouge, brûlé et épuisé.
Dans une chambre des Thermes de Titus, on trouva un rouge brillant dans un vase de terre. Il fut analysé par Davy, qui le trouva fondu avec de la litharge, el qui y reconnut, par conséquent, le vrai minium, vermillon, ou proloxyde rouge de plomb. (Œuvres de Davy, tom. VI, pag. \~>l.)
Lorsque le massicot est calciné dans un fourneau à réverbère, il prend graduellement une couleur de pourpre foncée. Lorsque cela a lieu, il faut clore les ouvertures, afin que l'air arrive très-lentement. La couleur est d'autant plus vive qu'il y a eu une plus grau le quantité d'oxygène absorbée. La quantité d'oxygène absorbée par le plomb est énorme.
Voici un extrait fidèle du manuscrit de Pierre de Sainl-Omer, recueilli par Jean Le Règne. 11 servira à démontrer que les Byzantins de la dernière époque appelaient encore le vermillon sundaracha.
« Nisi fallor, minium, id est landaracham, el album plumbum,id est cerusa, unius naturx sunt. Si in ignem milles cerusam, nomen et colorem fortiindinem accipit, quia quanto plus usium fuerit, [dus rubel, et quanto minus ustuin, plus prislinum colorem retinet, id est, alborem aut pallorcm; et ponendo ipsum in maceris, leritur cum aqua gummata, nunquam vero cum ovo. In pergamenis vero poni potest, cum ovo distemperatum. Sed in lignis cum oleo. >
Note 0.
Muro recenti, cap. 2.
Eméric David commet uue erreur, en affirmant que Théophile donne des préceptes pour peindre à fresque. L'erreur commise en supposant que toutes les peintures exécutées sur mur furent faites sans qu'on y employât jamais d'huile, a été mise en évidence.
Théophile mentionne la peinture sur mur, in muro, et la peinture sur plafond, in laqueari. Dans la première de ces espèces de peinture, on doil se servir de peintures particulières, mêlées avec de la chaux, pour les rendre plus solides, propter firmitaiem (cap. 10). Le mur sec est d'abord saturé d'eau, el les couleurs y sont appliquées pendant qu'il est humide. Le tout, ensuite, sèche ensemble (cap. 15). Celait là la manière byzantine de peindre sur mur, in humido, et elle est assez différente de la peinture à fresque, qui est d'invention italienne. Lorsqu'elles sont sèches et fixées, ces couleurs reçoivent une espèce de vernis, avec des couleurs plus précieuses, qu'on étend par-dessus, après les avoir mélangées avec du blanc d'oeuf, ou autre substance analogue.
Noie P.
Quomodo pinijitur in muro, cap. 15.
Eméric David a commis une erreur, ainsi que nous lavons remarqué à la noie précédente, lorsqu'il avance que Théophile donne des règles pour peindre à fresque. Théophile ne nous a rien dit de l'ail de la peinture à fresque proprement dite, tel que l'entendirent les Italiens dans les temps modernes, et que nous appelons aujourd'hui vraie fresaue, bonne fresaue, bnon fresco. Quoique la peinture sur
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NOTES DU LIVRE PREMIER
Kîur.iii été beaucoup en usage d'ans la dernière période de l'empire romain, ci quelle ail été peut-être employée par les premiers chrétiens, en quelques endroits, pour la décoration de leurs temples, que la chaux ait élé mélangée avec lesprcmières couleurs étendues sur les murs bien imprégnés (fhumidilé, afin de leur donner de la Solidité, propter firmitatem, •it que les couleurs dussent sécher en même temps que la muraille, a lin d'être adhérentes, ut hœrcant, ce procède, néanmoins, comme on pourra s'en convaincre en consultant le quinzième chapitre de notre auteur, était essentiellement différent de l'invention italienne, pur laquelle fes couleurs sont unies SVCC un mortier liais de chaux et de sable, étendues sur la surface et faisant corps avec le mortier lui-même. Théophile parle de chaux seulement par rapport à là décoration murale.
Requeno, dans ses Essais sur te rétablissement de Fart antique, etc., liv. t, pag. ÎS7 et suiv., établit que les anciens ignoraient la pratique île la fresque proprement dite; et les prescriptions de Yitruve, De tectoriis operibus, lib. vu, cap. H, sont uniquement relatives à la manière de colorer la surface du plâtre, avant que celui-ci soit sec. 11 ajoute que YViuekelmann observa, à Herciilainim, lorsque quelques tableaux furent lavés, que les couleurs des ligures disparurent, etc., et que le mortier poli et coloré resta seul par- dessous; d'autres ligures étaient peintes à la cire et à l'huile. Yitruve, certainement, ne parle jamais de peinture sur ciment; il parle seulement de ciments colorés.
Le passage suivant de Pline : Èx omnibus coloribus cretulam amant udoqne illini récusant, purpurissimum, indicum, cœruleum, meUnum, auripigmentum, appiannm, cerussa, ne s'applique qu'au procédé décrit par Vitrine.
II faut remarquer, cependant, la phrase de Théophile, in recenli muro ; celte peinture doit donc être faite sur une muraille neuve. Il n'est plus question du mur sec, murus siccus, du chapitre 15. Si Théophile parle vraiment de la peinture à fresque, comment alors expliquer la négligence de noire auteur et son obscurité en nous en donnant les procédés pratiques? Théophile, qui promet de nous faire connaître tout ce que savent les Grecs dans l'art de la peinture, n'aurait pas négligé, assurément, une branche si importante de l'art. Le manuscrit byzantin publié par Muralori se tait sur ce sujet; Eràclius de même, ainsi que les écrivains dont les œuvres ont été réunies par Le Bègue.
Nous plaçons ici la traduction de quelques chapitres du manuscrit byzantin du Mont-Alhos, traduit par M. P. Durand, relatif à la peinture sur mur. Nous faisons suivre cet extrait d'une note de M. Didron, placée à la fin du i« livre du Guide de la peinture. On y voit que les Grecs suivent encore les mêmes procédés qu'au xip siècle. Ces procédés ne sont pas la vraie peinture à fresque, comme on la pratique aujourd'hui, mais une sorte de procédé intermédiaire avec la pratique indiquée par Théophile; il y a, sans doute, la même différence qu'entre la fresque vraie, buon [resco , et la peinture sur mur neuf, recens murus, de Théophile.
Extrait du manuscrit byzantin : Le Guide de la peinture, traduction de M. P. Durand.
Guide pour la peinture sur mur, c'est-à-dire manière de peindre sur le mur, et de préparer les pinceaux destinés à cet usage.
Sachez que les pinceaux dont on se sert pour esquisser se préparent avec la crinière de l'âne, le fanon du bœuf, les poils roides de la chèvre, on la barbe du mulet. Vous les ferez en liant ces poils et en les assujettissant dans une plume d'aigle. Ils vous serviront à esquisser, à faire les chairs et les parties edlairées, ou d'autres choses. Pour les pinceaux à enduits, il faut employer les poils de cochon. Vous
les fixerez d'abord avec la cire ; puis vous les allécherez sur un manche de bois, sans employer des plumes.
Comment on mêle la chaux avec la paille. Prenez de la chaux purifiée et mettez-la dans une grande auge. Choisissez de la paille fine et sans poussière ; mélangez-la avec la chaux, en remuant avec, une pioche. Si la chaux est trop épaisse, ajoute/, ite l'eau pour arriver au point de l'employer facileme:il pour travailler. Laissez les choses fermenter deux ou trois jours, et vous pourrez ensuite faire des enduits.
Comment on mêle la chaux avec l'etoupe.
Choisissez la meilleure chaux (pie vous aurez préparée; mettez-la dans une petite auge. Prenez de léloupe bien nettoyée de toute écorce cl bien écrasée; tordez-la comme pour faire une corde, et, à l'aide d'une hachette, coupez-la le plus menu que vous pourrez; agitez-la bien, pour l'aire tomber les ordures, et jetez-la dans l'auge, où vous la mélangerez soigneusement à l'aide d'une pelle ou d'une pio^ che. Vous aurez soin d'essayer et de recommencer jusqu'à ce que la chaux ne se fende pas sur le mur. Laissez-la également fermenter comme l'autre, et vous aurez ainsi la chaux préparée à l'éloupe pour former les enduits superficiels.
Comment on enduit les murs.
Lorsque vous voulez peindre une église, il faul commencer par les parties les plus hautes et finir par les plus basses. Pour cela, vous commencez par placer une échelle , ensuite prenez de l'eau dans un large vase, et jetez-en avec une cuiller contre le mur, afin de l'humecter. Si ce mur est bâti en terre, grattez la terre avec une truelle autant que vous pourrez, parce que, surtout à la voûte, la chaux se détacherait plus tard. Mouillez de nouveau et polissez la surface. Si le mur est en briques, vous le mouillerez à cinq ou six reprises, et vous ferez un enduit de chaux de l'épaisseur de deux doigts et plus, pour retenir de l'humidité, et pour que vous puissiez vous en servir. Si le mur est en pierre, mouillez-le seulement une ou deux fois , et mettez une bien plus petite quantité de chaux, car la pierre prend facilement l'humidité cl ne se sèche pas. Pendant l'hiver, mêliez un enduit le soir, et un autre plus superficiel le lendemain malin. Dans la belle saison, failcs ce qui vous sera le plus commode, et, après avoir mis le dernier enduit, égalisez-le bien, laissez -lui prendre delà consistance, cl. travaillez.
Comment il faul dessiner lorsqu'on travaille sur les murs.
Lorsque vous voudrez dessiner sur un mur, égalisez bien d'abord sa surface. Puis prenez un compas, et attachez à l'une et à l'autre de ses branches des bâtons de bois, pour l'agrandir autant que vous voudrez. Attachez un pinceau à l'extrémité d'un de ces bâtons. Vous décrirez les nimbes de vos personnages, et vous indiquerez toutes les mesures qui vous sont nécessaires. Faites ensuite une très-légère esquisse avec de l'ocre ; achevez vos contours. Si vous voulez effacer quelque chose , employez de l'oxy. Repassez les nimbes, repolissez bien "la surface, et employez le noir ; polissez les vêtements et mettez-y un proplasme. Tâchez de terminer trèsvile ce que vous aurez poli ; car, si vous tardiez trop, il se formerait à la surface une croûte qui n'absorberait pas la couleur. Travaillez de même le vi-age; vous en désignerez les contours avec un os taillé en pointe, et mettez la couleur de chair le plus promp tcmenl possible, avant la formation d'une croùie. ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Comment on prépare le fard pour peindre sur mûr
Prenez de la chaux très-ancienne ; essayez-la sur votre langue : si elle n'est ni amère, ni siyp-tique, mais insipide comme de la terre, alors elle est benne.
NOTES DU LIVRE PREMIER