CHAI». XL
De la coloration de l'or.
Le procédé décrit ici est calculé pour produire la même action à la surface d'un or non purifié, que celui qui consiste à soumettre ce métal à l'action de l'aride murialique affaibli. Vatrumentum ou le sulfate de cuivre (ou de fer), ayant été privé en partie de l'acide sulfurique qu'il contient, est encore soumis à la chaleur en présence de muriate de soude et de sels iniques a la surface de l'or qui doit être purifié. Le résultat forme une certaine quantité d'acide murialique qui, en détruisant l'alliage qui s'y peut trouver, rend l'or pur, et par conséquent colore, ou mieux décolore le mêlai.
ch.vp. xlv.
De fislula (du chalumeau).
Le chalumeau, appelé encore syphon, canna, calamus, etc., était un instrument anciennement usité dans l'Eglise latine pour la communion sous l'espèce du vin, afin de faciliter l'usage du calice aux fidèles.
L'usage en fut conservé longtemps dans quelques monastères (card. Bona, Rer. ïiturg., lib. i, cap. 25, n° 4 j : à Cluny, par exemple, à Saint-Denis (De Moleon [Lebrun Desmaretles], Voyag. lit. de Fr., pag. 149), pour la cérémonie de la consécration des rois de France (Cancellieri, de Secretariïs , lom. IV, pag. 1789; Sylloge vet. monum.). Aujourd'hui, le pape seul en fait usage dans la célébration des cérémonies romaines.
Les Bénédictins, auteurs du Voyage littéraire, décrivent un chalumeau qu'ils virent dans le trésor de l'abbaye de Corbie.
Le chalumeau est inconnu aux Grecs. Us mettent daus le calice des parcelles du pain consacré. Ils ont une petite cuiller à l'aide de laquelle les prêtres prennent une de ces parcelles trempées dans le vin eucharistique, qu'ils donnent aux fidèles. C'est seulement aux prèlres et aux clercs qui assistent à l'autel que le calice est remis. Les Grecs assurent que saint Jean Chrysostome établit l'usage de cette cuiller, mais les écrivains ecclésiastiques n'en parlent pas. Suivant une légende, l'origine en devrait être attribuée à un solitaire de l'Egypte, qui reçut ainsi l'Eucharistie de la main des anges. La cuiller est consacrée, aussi bien que le calice et la patène. Cet instrument, inconnu des Latins comme le chalumeau est inconnu des Grecs, n'est pas décrit par Théophile, qui a seulement en vue les cérémonies et les coutumes de l'Eglise d'Occident.
CHAP. XLVUI.
De auro hispanico.
Lorsqu'on aura cessé de se moquer de la science sacrée ou de l'alchimie et de ses expressions particulières, on s'appliquera peut-être davantage à étudier les procédés indiqués par notre auteur.
Les Egyptiens , suivant tous les auteurs, pratiquaient la science à une époque reculée , et c'est dans leurs écoles que les Grecs et les Arabes furent initiés à la science sacrée : la révélation de ces mystères élait, dans un temps, punie de mort.
Théophile nous apprend que l'habileté des gentils ou des infidèles est remarquable; faisant allusion ainsi sans doute aux alchimistes arabes d'Espagne, qui, à une certaine époque, étaient versés dans les connaissances de l'Egypte et de la Grèce.
Le procédé que Théophile décrit en termes voilés ou symboliques ne paraît pas être autre chose que celui des acides minéraux pour purifier l'or. Laissez faire une solution d'or dans l'acide nilro-muriatimic.
et mettez-y du cuivre. Ce dernier sera dissous, et l'cr paraîtra dans son état de pureté. Les alchimistes exprimeront cela en ces termes : le cuivre aura été transmuté en pur or : t Donec ipsa confectio cuprum transmordeat, et inde pondus et colorera auri suscipial. i
Nous avons déjà vu que les anciens connaissaient l'action sur les métaux de substances combinées de manière à produire des acides minéraux dans l'art du raffinage : les alchimistes arabes ont décrit ces acides en termes non équivoques. Des nombres, des lettres, les signes du zodiaque, des animaux, des plantes et des substances inorganiques, composent le vocabulaire symbolique des alchimistes de cette époque. Le basilic, le dragon, les lions rouge et vert, sont les sulfates de cuivre et de fer ; le lion jaune indique les sulfures jaunes; l'aigle noir, les sulfures noirs; le lion rouge désignait quelquefois le cinabre; la salamandre, le feu ; le lait de la vache noire, le mercure; l'œuf, l'or; le dragon rouge, le cinabre, etc., etc. Malheureusement chaque alchimiste paraît avoir varié les signes symboliques en usage. (Voy. Ath. Kircheri, jEdipus Egypt., Roma, 1655 , vol. 2; Jamblicus, de Vita Pylhagorica, Leid. 1570. Id. de Mysteriis JEgyptiorum, Leips. 1815; 01. Borrichius, de Cabala charactërali dissert., Leyd. , 1649. Id., Hermatis Aïgypliorum et chemic. sapienlia, Mss. Sloane, 5640,3751,3772, 2459, 3506, etc.; Bibl. Nat. à Paris, Mss. 2329, 2250, etc. ; Arcanum Hermelicœ. Hoefer, Hist. de la chimie.)
Le crapaud, animal horrible et venimeux, porte une pierre précieuse sur la tète; les crapauds, dont parle Théophile, qui couvent des œufs, sont probablement des fragments d'un sel minéral, le nitrate de potasse, un des éléments pour dissoudre l'or. Le sang d'un homme rouge, quia été brûlé et broyé, est probablement un muriale d'ammoniaque; la belle terre, un muriate de soude, ou sel commun ; les coqs, les sulfates de cuivre et de fer; les œufs, l'or pur; les poussins qui éclosent, et qui exigent un pavé en pierre, désignent l'acide sulfurique.
Geber nous dit que le sel provenant des cendres d'une taupe peut convertir le cuivre en or: Sal tolius talpœ combuslœ congelât Mercurium, et Yenerem convertit in Solem, et Martem in Lunam.