‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 250 sur 276 · CHAP. LU · texte numérisé non relu

CHAP. LU

Smigma.

Ce mot vient du grec c-ptâw ou orpi^eo, a\irt-jx(., id quo ad abstergendum et purgandum ulimur.

CHAP. LIV

De electro.

Velectrum de notre auteur n'est pas l'ambre, ni un alliage d'or et d'argent, dans la proportion d'un cinquième d'argent, omni auro inest argentum vario pondère; ubicunque quinta argenti portio est, electrum vocatur. Les Grecs appellent cet alliage électron. C'est une espèce de pierrerie en verre non taillé que l'on trouve si souvent comme décoration sur les coffres, les pyxides et les crosses, depuis le xe siècle jusqu'au xive. L'origine de celte expression est probablement expliquée par Aldrovande. Théophile indique soigneusement les procédés pour fabriquer ces pierres : c'est le procédé de l'émail. Il existe encore une distinction entre les pierreries véritables, lapis, pierres opaques et rares, et Velectrum, pierres transparentes. Dans la décoration, on posait alternativement les pierres opaques et les pierres transparentes; mais, les premières étaient ordinairement entourées de perles.

CHAP. LXI

Les évangélistcs, représentés sous la figure d'anges ou ifanimaux.

Le concile Quinisexle, tenu à Constantinople en 692, recommande aux artistes chrétiens de préférer

NOTES DU LIVRE TROISIEME

la réalité à l'allégorie, cl de représenter le Christ en croix. Les Grecs avaient jusque-là tiguré Notre- Seigneur sous diverses formes allégoriques : le Ron Pasteur, comme Orphée, adoucissant la cruauté des hommes par la suavité de ses accents; le nouveau Daniel, exposé aux lions, qu'il apaise par sa grâce ; le Phénix, vainqueur des esprits de ténèbres, etc., etc. Les peintures apportées de Rome en Angleterre par Riscop paraissent avoir été de ce genre ; c'était sous le pontificat de Jean V, en 086, au rapport du Vénérable Rède. « Imagines quoque ad ornandum monasterium ecclesiamque beali Pauli nostri , de concordia Veteris et Novi Testamenti summa ratione compositas, exhibait, verbi gralia, Isaac ligna quihus iinmolarelur portantem, proxima super invicein regionem pictura conjunxit. Item serpenli in eremo a Movse exaltalo, filium hominis in cruce exallalum, eomparavit. » (Vcner. Reda, Hist. abb. Wiremuth., lib. i.)

Les quatre fleuves du paradis , sous forme humaine, et les évangélistes sous formes d'animaux symboliques , sont un reste de l'iconographie de celle époque.

Le manuscrit du Mont-Athos nous apprend comment les Grecs, au xne siècle, représentaient les évangélistes. Ces représentations datent probablement du milieu du ixe siècle , lorsque l'art commença à se remettre des persécutions qu'il eut à souffrir lorsque les images furent proscrites par Léon l'Isaurien. Celte persécution dura environ cent cinquante ans.

Les quatre évangélistes. (Extrait du manuscrit du Monl-Athos.)

« Saint Matthieu, l'évangéliste, vieillard avec une grande barbe, écrivant : Livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, etc.

< Saint Marc, l'évangéliste. Cheveux gris, barbe arrondie, écrivant : Commencement de l'Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu, comme il est écrit, elc.

i Saint Luc, l'évangéliste. Jeune, cheveux crépus, peu de barbe, écrivant : Ihdsque plusieurs ont essayé, elc.

i Saint Jean le Théologos, vieillard, chauve , grande barbe peu épaisse, assis dans une grotte, en extase. Il tourne la tète en arrière et vers le ciel ; la main droite sur ses genoux, la gauche étendue vers saint Prochoros. Prochoros est assis devant saint Jean, qui écrit ces mois : An commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu. Au-devant des évangélistes, les animaux télramorphes avec des ailes et portant l'Evangile. Ils tournent leurs regards vers les quatre évangélistes de la manière suivante : du côté (le saint Matthieu, un homme; du côté de saint Marc, un lion; du côté de saint Luc, un bœuf; du côté de saint Jean, un aigle. — Interprétation : Ce qui est semblable à un homme signifie l'incarnation ; ce qui est semblable à un lion caractérise la force et la royauté; ce qui est semblable à un bœuf indique le sacerdoce et le sacrifice; ce qui est semblable à un aigle indique l'inspiration du Saint-Esprit. Il faut savoir aussi que saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, sont représentés dans des maisons, lorsqu'ils écrivent, mais que saint Jean est représenté dans une grotte avec Prochoros. »

chap. LXI.

Théophile d'il, dans ce chapitre, qu'il faut représenter lis apôtres avec un prophète correspondant , le témoignage qu'ils ont rendu à la vérité étant mis en rapport.

M. Didron, cité par M. R. Hendrie, émet au sujet de l'iconographie grecque, comparée à l'iconographie latine, une idée entièrement fausse, aussi bien sous le rapport historique que sous le rapport théologi- (lin*. Il prétend que l'Eglise, eu général, sous l'influence jnduiauc, invoquait comme saints les principaux personnages de la Rible, saint Adam, saiul

Abraham, saint Moïse, saint Samuel, saint Danieî, saint Elie, saint Jérémie, etc., et que celte coutume se conserva dans l'Eglise orientale, tandis que l'Eglise occidentale ou latine, après le schisme des Grecs, dédaignant r Ancien Testament, laissa décroître la vénération et le culte qu'on rendait aux patriarches et aux prophètes. Ce l'ail aurait eu lieu principalement au xi» siècle dans l'Eglise latine, qui aurait tenu à se distinguer de l'Eglise schismalique grecque.

Les faits démentent entièrement cetle théorie. M. R. Hendrie, imbu des idées anglicanes, fait la remarque que les choses ne se sont pas passées en Angleterre comme dans les autres contrées du continent, et qu'on y voit des signes non équivoques de vénération pour les saints de l'Ancien Testament : il attribue cela à des influences byzantines. Nous pouvons assurer à M. Hendrie que l'Angleterre ne fait pas exception, et que l'iconographie, dans les autres régions soumises à l'Eglise romaine, comme l'était alors la Grande-Rretagnc, présente de nombreuses marques de respect pour les saints de l'Ancien Testament, après le schisme des Grecs, et même longtemps après que ce schisme déplorable fut consommé.

CIIAr. LXIII.

Calamine.

La calamine ou cadmia des anciens, que Pline nous dit avoir été usitée dans la fabrication de l'airain, lapis, ex quo fit œs, cadmia vocatur, est le minerai grossier de zinc. Dioscoride nous apprend que le cadmia est produit pendant la calcinalion de l'airain, et qu'il s'attache de lui-même aux parois du fourneau. (Pline, Hist. nat., lib. xxxiv,cap. 10; Dioscor., Mat. med., lib. v, cap. 81.)

La différence entre l'airain, œs, et l'auriealque, aurichalcum, nous est indiquée par Théophile. L'airain, ces, est un alliage de calamine et de cuivre non purifié; tandis que l'auricalque est fait avec du cuivre très-pur, afin de pouvoir être doré.

Le métal de cloche est un alliage d'un cinquième d'élain avec du cuivre fondu (chap. 63).

CH A P. LXXIl.

Interrasile opus.

Les critiques ont varié dans l'interprétation de ce mot. Quod nunc scripturis, nunc planilie varialur ; hoc, et non aliud, opus, interrasile dicas (Alex.), ce qui indique un travail où l'on remarque des partics gravées et des parties unies. On a désigné cela sous le nom tfanaglypha scriptura. Muralori croit que celle expression convient seulement au genre degravure à la manière des sceaux. Quo nomine opinor non omnem caiaturam designari, sed eam tanlum quœ incidendo figuras efformabat, ut est in sigiltis (loin. II, pag. 360). En désignant ce travail comme propre aux Arabes, Théophile a porté M. Eméric David el M. del'Escalopier à rendre le mol interrasilis par damasquinure, c'est-à-dire, les incrustations d'or et d'argent que l'on voit sur les sabres, les pistolets, les cuirasses, etc., de l'Orient. Nous possédons heureusement un chapitre dans le manuscrit qui est publié dans la présente édition, où ce dernier art est soigneusement détaillé. L'aride la damasquinure est décrit dans mi chapitre jusqu'à présent ignoré, le chapitre 90.

chap. lxxx;.

De organis.

On a vu que le manuscrit de Théophile provenant de la bibliothèque llarléienne a enrichi l'archéologie de trois chapitres sur la construction des orgues, qui du temps de notre auteur parait avoir été fort simple.

David, dans le psaume rx, parle- de Vorganum. Hais l'orgue proprement dit ne parait pas avoir été connu dans (Europe occidentale avant l'année 757> lorsque l'empereur Constantin Copronynic en envoya un, comme présent, au roi Pépin le Bref.

ion

NOTES DU LIVRE TROISIEME

Dans un manuscrit saxon (Cotton, Tiberim, B, 6, pag. 18) est un dessin du bumbulum cum fistuta œrea. Ce bumbulum parait avoir été un orgue, dont les uiva-ux étaient en cuivre.

Dans une notice sur l'église de Sainte-Croix, à Binstead, île de Wight, par M. Withers, église de construction romane, on voit un creux dans la muraille au nord du chœur, dont la destination était demeurée inconnue; une disposition semblable se remarque dans plusieurs autres églises normandes primitives. L'explication de celte disposition se trouve probablement dans ce .passage de Théophile au chapitre 83 : Si volueris organa ultra maceriam mûri stabilire, ita ut infra monaslerinm niliil appareat, etc. C'étaient sans doute des arrangements pour y placer l'orgue et le siège de l'organiste.

CHAP. LXXXV

En complétant les renseignements qu'il donne sur la confection du mobilier ecclésiastique, Théophile ne devait pas omettre la fonte des cloches : il nous en a donné une description détaillée. Le métal des cloches est composé de quatre parties de cuivre et d'une partie d'étain. On fait quatre ouvertures près des oreilles, ut melius linniat. Cette précaution est souvent négligée de nos jours.

chap. lxxxv bis et lxxxvi.

De cymbalis musicis.

La traduction de ces deux chapitres offre des difficultés qui résultent du texte même du manuscrit. On a suivi fidèlement le texte lui-même.

Cet instrument des Hébreux et des anciens Grecs, destiné à marquer la joie, fut introduit dans les cérémonies de l'Eglise byzantine. Dans le principe, on s'en servait aux fêtes de Cybèle, qui passait pour l'avoir inventé. David, dans le cl8 psaume, parle des cymbales de louange.

On cessa de se servir de cymbales dans les églises après l'introduction de l'orgue. On trouve néanmoins dans des anciens accompagnements la trace de cet instrument, une partie étant divisée en grande et seconde cymbale.

L'alliage des cymbales de Théophile est d'environ de cinq ou six parties d'étain sur une de cuivre pur.

CHAP. LXXXKX.

De ferro.

Ce chapitre curieux sur le fer nous fait connaître les procédés de la décoration du fer par l'or et l'argent par une opéialion connue pour être originaire de Damas. Ce procédé, ainsi que celui de Vopus interrasile, est le travail gui distingue l'Arabie, et que Théophile promet de faire connaître dans l'introduction au livre i".

chap. xci.

De la sculpture de l'ivoire.

La sculpture de l'ivoire était un des arts cultivés en Italie au temps de Théophile, comme il le dit dans l'introduction au livre i".

Le huso est l'esturgeon. M. de l'Escalopier remarque que celte expression d'étymologie allemande indique la véritable origine de noire auteur.

Les anciens avaient un procédé pour ramollir et mouler l'ivoire par son immersion dans différentes solutions de sels. Eraclius a un chapitre sur ce sujet, intitulé : < Si vous voulez ramollir et orner l'ivoire. » Prenez du sulfate de poîasse (glumen rolundum) , du sel lossile (sel gemme, muriate de soude), et du viiriol (calcliantum, sulfate de cuivre) ; ces substances sont mises avec du vinaigre très-fort dans un mortier de bronze. On place l'ivoire dans ce mélange pendant trois jours et trois nuits. Cela fait, vous pourrez creuser une pièce de bois, comme il vous plaira. L'ivoire étant mis dans ce creux, vous pourrez lo mouler comme vous voudrez.

Dans les manuscrits Sloane, 416, pag. 40, se trouve une recelie semblable, avec cette note ajoutée, que ces substances doivent être distillées en parties égales (per alembicum) : cette opération pouvait produire de l'acide murialique, avec de l'eau. Le manuscrit ajoute que « après avoir été infusé la moitié d'un jour dans cette eau, l'ivoire est rendu si mou, qu'on peut le tailler comme de la cire; lorsque vous avez achevé de le tailler, remettez-le dans du vinaigre blanc, et il devient solide. »

CHAP. XCIll.

Rubrica.

La rubrica, ou rubea radix, est YèpvQpiàcao» des Grecs ou la garance.

Dans ce chapitre, il est question de l'huile de noix, comme usitée dans les arts pour préserver les ornements d'ivoire.

chap. xciv.

Crystallum.

Le cristal était une pierre produite par l'action prolongée du froid sur l'eau, selon l'opinion de Pline, suivie par notre auteur. Contraria huic causa crystallinum facit , gelu vehementiore concrelo. Non aliubi cerle reperitur, quam ubi maxime hybernœ nives rigent , glaciemque esse certum est, unde et nomen Grœci dedere. Platon dit que l'eau condensée se transforme à la fin en pierres et en terre ; Thaïes, avant lui, enseignait que « l'eau est le principe, ou l'origine de toute matière. >

Le mot tentura est aussi d'origine allemande. Il montre que Théophile était originaire d'Allemagne, ou qu'il écrivait pour l'usage des habitants de ce pays.

Isniaris lapis a été traduit par émeri, comme le cpùpiç Xïôo? de Dioscoride et d'Hésychius, anciennement connu pour couper et polir les pierreries.

chap. xcvn.

Le pastel.

Avant l'introduction de l'indigo, on se servait de fleurs, comme le bluet et le pavot blanc, pour se procurer une couleur bleue végétale. Au xv* et au xvie siècles, on appelait quelquefois indigo ou endico, une couleur bleue obtenue du pastel , à C'iiise de sa ressemblance avec le véritable indigo.

cnAP. xcvhi.

De lacca.

La laque des Grecs était faite, d'après Eraclius et notre auteur, en pratiquant une incision au lierre, lorsque la sève était en circulation, et eu faisant bouillir avec de l'urine le suc qui en sortait.

La couleur pfiœnix, ou phœnicia, ou phœnicon, est «ne couleur rouge ou rose , faite probablement avec une coquille, ou plutôt le mollusque qui l'habite; c'est ce qu'on appelle encore le rouge de Tyr. La laque a remplacé cette couleur.

chap. cvi.

Candidum sulphur.

Les trois espèces de soufre, blanc, noir et jaune , ne sont autres que le soufre ordinaire à trois états différents de pureté. (Théoph. lib. i, cap. 36.)

Le pompholix des anciens qui était produit par la calcination du bronze ou de la calamine, paraît avoir été le soufre blanc des Byzantins et des Arabes. Ces deux substances contiennent généralement de l'arsenic, dont la volatilisation, ainsi que celle du zinc , pouvait produire un mélange d'oxydes d'arsenic et de zinc. La matière déposée dans un endroit inférieur, d'une couleur plus épaisse et moins pure, élail une combinaison de zinc avec d'autres substances, suivant la nature du minerai de calamine employé : on l'appelait spodium. ( Pline, lib. xxxiv, cap. 15. »

Geber dit que « l'arsenic est composé d'une matière fine, et qu'il est de la nature du soufre; il est liié

iy 13

LA T1AKE rAl'ALK.

par les métaux, connue, le soufre, et comme celui-ci ou l'obtient par la calcination de ces métaux. > (N'est-ce pas là le soufre Diane des Grecs f) < Par conséquent, ajoute-l-if <m ne peut pas le classer autrement qu'uneespèce de soufre. » (Gcber. Op. e.29.)

Albert le Grand, dont les écrits sont en général un résumé des alchimistes grecs et arabes, dit que le bronze laisse échapper de l'arsenic : /Es exspirabit arsenicum. ( Albertus Magnus, de Rébus melallkis.)

Le 6t8n ïsv/.ov, le soufre blanc, était celui qui était produit par le bronze blanc. Olympiodore dit que l'arsenic donne une couleur blanche au cuivre, et il ajoute que c'est une espèce de soufre, qui est volatilisée par l'action du feu. (Ifs. 2250. Bibliolh. Nation.)

Richard Anglais (Rtchardus Anglieui ), qui parait avoir été contemporain de Kogcr Bacon, dit que le soufre blanc coagule le vif-argent; il ajoute que dans l'argent il n'y a pas de soufre , mais du soufre blanc. (L'édition de Gober imprimée à Nuremberg, en 1545, contient un Traité de Richard Anglais sur Palchimie. Voy. chap. 12 de ce Traité.)

Un mélange impur d'oxyde d'arsenic avec au zinc ou de rétain peut, mêlé avec du verre blanc, produire un fondant opaque, propre à peindre sur la poterie.

De mixtura colorwn.

L'expression maptizabis est de la basse latinité et vient demappa, qui signifie un dessin, ou une peinture.

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