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offrent cependant un champ plus favorable encore au gracieux et léger épanouissement <!u système flamboyant. Voy. Rose.
Les architectes de la période ogivale sa ?ont distingués par la hardiesse et Ta beauté des voûtes qu'ils ont bâties. Au iv' siècle, les arceaux, formés de moulures prismatiques, commencent h se ramifier et à s'entrecroiser en plusieurs sens à l'intrados de la voûte. Au xvie siècle, ces arceaux se partagent en branches nombreuses qui s'étendent de tous côtés, et a chaque point d'intersection sont appliquées des tigurcs de grand relief, telles qu'armoiries, emblèmes, animaux symboliques. Quelquefois la clef de voûte, allongée en cul-de-lampe ou pendentif très-volumineux, présente à l'œil étonné d'innombrables ciselures, et rappelle jusqu'à un certain point, les stalactites que la nature s'est plu à suspendre à la voûte de certaines grottes. Ce n'est pas sans une surprise mêlée de frayeur que l'on se promène sous ces voûtes frangées, découpées, transparentes, où sont suspendus d'énormes blocs d'un poids considérable. (Pour avoir de plus amples détails sur les voûtes en général, et sur celles du style flamboyant en particulier, Voy. Voûtes.)
Les tours du xve siècle sont carrées le plus souvent, comme celle de Saint-Jacques-la- Boucherie, à Paris. Les angles en sont vigoureusement soutenus par quatre éperons 3ui présentent des niches à divers points e leur hauteur. Lorsque la tour se termine par une plate-forme, le sommet en est décoré d'une balustrade finement découpée à jour, et de gargouilles, en forme de monstres, qui font saillie pour l'écoulement des eaux. La forme des arcades, d'ailleurs, et la décoration suffisent pour caractériser les tours du style flamboyant. Il arrive parfois qu'elles offrent plusieurs étages de niches, ou seulement des consoles portant des statues : telles sont les tours de la cathédrale de Nevers, de la cathédrale d'Auxerre, de l'église de Saint-Martin de Clamecy. Nous devons citer encore, comme appartenant au XVe siècle, et comme offrant de riches modèles de style flamboyant, la Tour de Beurre, à Rouen, la Tour de Beurre à Bourges, les louis de la cathédrale de Tours, celle de la cathédrale de Nantes, etc.
Lorsque les tours du xvc siècle sont surmontées de flèches, celles-ci sont bâties avec la plus grande élégance. Les baies en sont évasées, surbaissées et munies d'abatsons. Telles sont les flèches des églises de Thann, de Caudebec, de Honfleur, de Mende, etc. Voy. Aiguille, Clocher.
On doit rapporter au xve siècle la plupart des clochers pyramidaux en charpente, couverts d'ardoise, comme on en trouve un grand nombre dans les églises rurales. Us imitent plus ou moins heureusement les gracieuses flèches en pierre qu'ils remplacent : plusieurs môme doivent être regardés comme des chefs-d'œuvre dans l'art du charpentier.
Quant aux contreforts et aux clochetons
de cetti. même époque, nous n'entrerons dans aucun détail. Nous renvoyons aux articles Clocheton et Contrefort. Nous devons ajouter cependant que les arcs-boutants sont ornés à l'intrados de festons et de découpures.
Les balustrades éprouvent, dans les dessins qui les forment, la môme modification que le réseau des fenêtres.
Les ornements du style flamboyant sont fort nombreux et ils se multiplient encore au commencement du xvie siècle, ce qui explique l'origine de l'expression style fleuri, que 1 on emploie quelquefois pour les désigner. Voy. Feuilles, Festons.
Le pavé des églises est formé de dalles tumulaires, représentant des personnages défunts avec leurs costumes. Ces représentations sont gravées en creux; quelquefois les mains et la tête, moulées sur nature, sont sculptées en bas-relief sur marbre et incrustées dans la pierre. D'autres fois les pierres tumulaires sont décorées d'incrustations en cuivre, comme on en voit de nombreux exemples en Belgique, en Allemagne et en Angleterre. On rencontre aussi quelquefois, surtout dans les chapelles, des carreaux émaillés formant le pavé. 11 en existe encore de curieux restes dans la charmante église de Notre-Dame de l'Épine, près de Châlons-sur-Marne.
Le style flamboyant nous offre des sculptures peintes fort intéressantes. Mais l'art et la coutume de peindre les statues et les bas-reliefs ne sont pas propres à ce style : on en voit des spécimens complets et nombreux aux époques précédentes. Les murs intérieurs des églises ont été généralement aussi rehaussés de peintures, qui représentent tantôt des sujets religieux et tantôt des arabesques et des feuilles d'ornementation. Souvent on voit des ex-voto qui montrent des personnages à genoux devant leur saint patron. Les arabesques se composent ici de peintures en damier, à carrés rouges et bleus; là de rameaux de feuillages, de fleurs, d'oiseaux, etc. D'autres fois, ce sont des combinaisons de dessins propres aux balustrades, aux fenêtres et aux panneaux en pierre des édifices.
Il nous reste maintenant a indiquer quelques-uns des édifices les plus remarquables du style ogival flamboyant.
Cathédrale de Tours ; le grand portail et. les tours. — Cathédrale d'Anvers; commencée au xv' siècle, achevée auxvr. — Cathédrale de Malines, en grande partie. — L'église de la Trinité, à Vendôme; la façade a été bâtie en 1499, ainsi qu'une partie de la grande nef. — Cathédrale de Nantes; Ja nef principale et la façade de l'ouest en grande partie. — Cathédrale d'Autun; plusieurs parties, à l'abside surtout et au clocher. — Cathédrale d'Alby, en partie. — Cathédrale de Rouen; le grand portail, la tour do Beurre et plusieurs autres parties moins importantes. — Notre-Dame de Brou, près de Bourg; monument très-remarquable en lui-même et par les magnifiques tombeaux
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qui s'y trouvent. — Saint-Ouen, a Rouen; la nef principale et quelques autres parties. — Notre-Dame de Saint-Lô, en grande partie.— L'église d'Argentan. — Saint-Pierre, à Coutances, en grande partie. — Saint-Jacques, à Lisieux, presque en entier. — L'église collégiale de Saint-Quentin. — Saint Vultran d'Abbeville. — L'ancienne église abbatiale de Saint-Riquier, diocèse d'Amiens. — L'église de Thann, en Alsace; celle de Saint- Vincent à Rouen; celle de Saint-Jacques, de Dieppe; celle de Saint-Antoine, à Compiègne. — Cathédrale d'Evreux; la tour centrale, ses transsepts et les chapelles. — Saint-Jean, k Caen. — Sainte-Catherine à Honfleur. — La tour de Saint-Martin de l'Aigle, diocèse de Séez. — Sa;nt-Maurice, à Vienne en Dauphiné; la façade occidentale. — Notre-Dame de l'Epine, près de Châlonssur-Marne. — Saint-Jean, à Elbeuf. — Sainte- Catherine de Fierbois, au diocèse de Tours.— L'église de Nouàtre, même diocèse. — L'église de Marcilly, même diocèse. — Les églises de Saint-Père de Nuzy, Challement, Moraches, Germenay, Colméry, Ciez, Saint- Jacques et Notre-Dame de Galles, à Cosne, Donzy , Cessy-les-Rois, Sully-la-Tour, Alligny^ Ritry, Dampierre, etc., au diocèse de Ne vers.
FLÈCHE. — Une flèche d'église, à proprement parler, est la couverture pyramidale d'un clocher ou d'une cage d'escalier. Elle peut être en pierre ou en bois. Lorsqu'elle est en pierres, elle peut être ornée de diverses manières. 11 arrive souvent que les angles en sont chargés de feuilles grimpantes ou de crochets, et que de distance en distance, les lignes sont interrompues par une espèce de grande couronne ou de large bandeau, décoré de moulures, de feuillages ou de formes variées d'ornementation; on en voit un exemple à la flèche élégante qui surmonte l'église de Notre-Dame de l'Epine, près de Châlons-sur-Marne. Voy. Aiguille et Clocher. Les plus belles flèches de l'Angleterre présentent une disposition analogue à celle que nous venons d'indiquer : nous en avons donné une description abrégée.
Aux articles Aiguille et Clocher, nous avons placé tous les détails archéologiques que nous avions à offrir sur ce sujet : nous y renvoyons le lecteur. Nous allons le compléter ici, sous d'autres rapports, autant qu'il nous sera possible. Chacun sait que la forme triangulaire a toujours été regardée, dans l'Eglise, comme un symbole de la Trinité. On retrouve cette forme dans les membres principaux de l'édifice chrétien; elle existe avec les éléments sphériques dans l'ogive, sous la forme rectiligne dans les pignons et les flèches, sous celle du trèfle dans les ornements. Les flèches, qui sont la plus brillante expression de la pensée symbolique de l'art ogival, sont en même temps la solution de l'un des problèmes les plus hardis des constructeurs du moyen âge. Il fallait, en effet , qu'ils fassent doués d'une étrange audace ceux qui, les premiers, osèrent se risquer à élever dans les airs, à trois ou
quatre cents pieds, ces fragiles aiguilles, ces flèches élancées, destinées cependant à braver les intempéries du nord, les violent.*, ouragans si fréquents dans ces contrées, e« qui ont, malgré mille causes de destruction, si bien répondu à leur destination.
Une anecdote apocryphe, dit l'auteur du petit livre intitulé : Eglises gothiques, rapporte que le Rramante construisant le dôme de l'Eglise de Saint-Pierre, à Rome, dit aux Romains : « Ce Panthéon que vous admirez, moi je le placerai dans les deux.» Longtemps avant lui, les architectes gothiques y avaient élevé les obélisuues des Pharaons. (Pag. 90).
Il n'y a pas longtemps encore que l'impéritie des architectes, favorisée par un système de mesquine économie, considérait les flèches de nos églises comme des superfétations dangereuses, ne servant qu'à accélérer la ruine des édifices, soit par les mouvements
3u'ils leur communiquent, soit par la chute e la foudre, à laquelle leur iorme aiguë, ou les métaux qui entrent dans leur construction servent d'excitateurs et de conducteurs. C'était alors un parti pris de les raser, dès qu'une dégradation un peu importante s'y manifestait. Reaucoup ont disparu aujourd'hui, au grand regret des populations qui les ont vues détruire et des archéologues chrétiens. La science véritable reconnaît actuellement que les dangers occasionnés par la présence des flèches sur les églises ont été considérablement exagérés. Une des meilleures preuves d'ailleurs que l'on pourrait citer contre l'opinion des prétendus savants qui condamnaient à la démolition ces monuments si remarquables et si élégants, c'est qu'ils avaient traversé de longs siècles, sans être endommagés, et que les édifices qui les supportaient avaient eux-mêmes bravé mille causes de ruine et étaient arrivés jusqu'à nous dans un état surprenant de solidité.
Le clocher, sous le rapport de sa signification religieuse, est une des parties les plus importantes des édifices chrétiens. C'est le lien commun de tous les membres épars de cette grande famille qu'on appelle paroisse. L'expérience démontre tous les jours que l'influence et le souvenir du clocher est un des anneaux de cette chaîne qui nous attache au pays. Quelque futile que cela puisse paraître à certains hommes occupés spécialement du progrès matériel et qui ne s'élèvent pas au-dessus des considérations du bien-être physique, cet anneau n'est pas le moins solide de ceux qui nous enchaînent au sol qui nous a vu naître. « Tout se trouve, dit Chateaubriand, dans les rêveries enchantées où nous plonge le bruit de la cloche natale : religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l'avenir.»
La France avait jadis un esprit de i.ationalité bien plus vif que de nos jours, où chacun ne rêve que voyages, déplacements, industrie, commerce. Ne faudrait-il pas l'attribuer, au moins en partie, à cet amour du sol natal qui était plus grand chez nos ancê-
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très que chez leurs enfants si épris de nouveautés. On a compté qu'il y avait autrefois en France trente nulle églises, quinze cents abbayes, huit mille cinq cents chapelles, deux mille huit cents prieurés, un million sept cent mille clochers. Assurément, c'était là un sol autrement orné qu'il ne l'est à présent.
FLÉCH1ÈRE. — Nom d'une espèce de feuille d'eau, en forme de fer de flèche, qui entre dans l'ornementation de l'architecture romano-byzantine. On en voit des exemples principalement aux chapiteaux des piliers ou des grosses colonnes, dans les églises du xne siècle.
FLEUR DE LIS. — Dans nos monuments religieux du moyen âge, soit en sculpture, soit en peinture, soit dans les tissus, soit dans les vitraux peints, soit même dans les compartiments flamboyants et à jour des grandes fenêtres, on voit fréquemment la figure de la fleur de lis. Quoique cette fleur y paraisse habituellement dans la forme héraldique, on ne doit pas cependant y attacher toujours une signification de blason ou d'armoiries. Elle devint d'assez bonne heure une forme d'ornementation, et nous pouvons ajouter qu'elle était éminemment française. On la retrouve également très-fréquemment dans les monuments religieux de 1 Angleterre : cela tient à ce que les rois d'Angleterre eurent longtemps des prétentions sur le royaume de France. Chacun sait que jusqu'au traité d'Amiens, au commencement de ce siècle, les rois d'Angleterre se qualifiaient rois de France. L'historien Maimbourg s'en inoque fort agréablement, quand il dit que les monarques anglais sont rois de France au même titre que ces mêmes monarques hérétiques sont les défenseurs de la foi.
Nous avons cru devoir placer ici une notice sur la fleur de lis; c'est une question archéologique qui n'est pas dépourvue d'intérêt.
Louis VII, dit. le Jeune, s'étant croisé en 1146, prit une bannière d'azur semée de fleurs de lis, soit par allusion à son nom de Louis, soit par rapport à l'épithète de Florus ou Fleuri, que son père Louis le Gros lui avait donnée dans sa jeunesse, par amitié et par caresse. Les sentiments sont partagés sur la nature de ces pièces dont le roi sema sa bannière et son écu, et auxquelles est resté le nom de fleurs de lis. Les uns disent que ce sont des fleurs de lis de jardin, les autres, des fleurs de lis de marais, que l'on appelle flambes ou iris. Ceux qui veulent que les armoiries soient très-anciennes, disent que les premiers Francs choisirent cette iris ou ce lis de marais pour marquer leur origine, étant sortis d'un pays marécageux; et d'autres, que ies soldats de Clovis s'en tirent des couronnes après la victoire de Tolbiac en i96. Quelques autres ont été bien plus loin. M. Sonnini a cru reconnaître la fleur de lis héraldique parmi les peintures d'un plafond du temple de Dendera en Egypte. 11 a pensé aussi, avec M. Hérissant, que les
anciens rois babyloniens portaient une fleur
de lis au bout de leur sceptre ; mais cela vient de la fausse interprétation du mot grec x/srvô,-, qui signifie bien la fleur de lis, mais non pas notre fleur de lis héraldique. (lui n'a aucune ressemblance avec lafleur de lis. Le P. (iodefroi Heiischenius, continuateur des Aclcs des saints que le P. Bolumdus, son confrère, avait commencé de publier, a ouvert une conjecture sur nos fleurs de lis. C'est dans une dissertation qu'il a mise à la tète du troisième volume des saints du mois de mars, et qu'il a intitulée : De la généalogie des rois français de la première race, qui doit être conduite par trois Dagobcrls. Parlant d'un sceau de Dagobert I", apposé à une charte donnée par ce prince en faveur de l'abbaye de Saint-Maximin de Trêves, le 5 avril de la douzième année de son règne (qui est l'an 035), il dit que l'on v voyait trois sceptres liés ensemble, pour signifier les royaumes d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne, que ce prince avait réunis en sa personne : d'où ce savant jésuite conclut qu'il est à présumer que c'est ce qui adonné l'origine h ce qu'on a appelé depuis dans le blason fleur de lis. La raison qu'il donne, c'est que ces trois sceptres, liés ensemble par le bas, ressemblent assez à la plante nommée flambe ou iris, et c'est de là, dit cet auteur, que ces trois sceptres ont pu, parda suite, tirer le nom qu'on leur donne aujourd'hui. On les fait d'or, ajoute-l-il, parce que la plante nommée flambe est jaune, et comme elle naît ordinairement dans les eaux dont la couleur est bleue, on les a placés en champ d'azur; peut-être, dit-il, voulut-on encore signifier, par la couleur du champ, que l'origine et les accroissements du royaume de France étaient venus du ciel. D'autres ont pensé que les fleurs de lis du blason devaient leur origine à la manière grossière dont on figurait les abeilles dont on décorait les manteaux des rois de la première race. Ils fondent cette opinion sur le nombre assez considérable d'abeilles d'or trouvé, sa. Tournay, dans le tombeau qu'on croit être celui de Childéric ; mais elle no sautait se soutenir. La fleur de lis ne ressemble aucunement à une abeille, et pas même à celles trouvéesdans ce tombeau et que l'on conserve dans le cabinet d'antiquités de la Bibliothèque Nationale. Une dernière opinion est que ces pièces de l'écusson de nos rois ne sont autre chose que le fer d'uno lance que l'on appelait francisque, dont se servaient les anciens Francs. La pièce du milieu de ce fer était droite, pointue, plus large dans le milieu et tranchante des deux côtés; les deux autres, accostées vers le bas de cette principale pièce, étaient recourbées en demi-croissant adossé ; le tout était lié par une clavette qui formait ce que nous appelons le pied ne la (leur de lis, ce qui a rapport à la représentation des sceaux anciens; aussi cette opinion est-elle suivie par les plus habiles dans la science du blason. On trouve, pag. 419 de la Diplomatique de domJean Mobillon, un sceau du roi Lothaire,
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de l'an 972, dans lequel ce prince esl représenté de front, tenant à sa main droite un long bâton, au haut duquel on voit un fer de lance avec deux crochets ; ce qui ressemble grossièrement à la fleur de lis. L'opinion la plus vraisemblable est que la fleur de lis est une imitation commune de cette belle iris jaune {Iris lutea ), qui est si commune en France dans les marais et sur le b rd des étangs. Lothaire, l'avant-dernier roi de la seconde race, est le premier dans le sceau duquel on trouve cette espèce de sceptre, et à qui l'on voit une couronne rayonnante en forme de bonnet, garnie de pierreries au sommet. Un sceau d'Hugues Capet le représente tenant une main de justice, ce que l'on n'avait pas vu sur ceux de ses prédécesseurs, et un globe à la gauche ; sa couronne semble être faite de ce que l'on a nommé depuis fleurs de lis. Sur un autre sceau du roi Robert, son fds, de l'an 1030, ce prince tient dans la main droiteun petit sceptre terminé par un fer de francisque, et un globe à la main gauche ; sa couronne est donc à peu près comme celle de son père, mais elle est plus ressemblante au fer dont est terminé son sceptre, qu'à la fleur de lis. Son fils, le roi Henri Ier, est représenté dans un sceau de 1058, comme son père, mais sur un trône, et sa couronne parait bien mieux fleurdelisée, ou plutôt les fers, semblables à celui du haut du sceptre, y sont bien mieux marqués. Son fils Philippe 1", en 1068, a sur son sceptre et sur sa couronne des fleurs de lis, mais sans pied. Sur un sceau de Louis VI, dit le Gros, de l'an 1113, la couronne est fleurdelisée et perlée; de. sa droite il lient un petit sceptre, surmonté d'une ancienne couronne à longues pointes, de la gauche, un long bâton au haut duquel parait une fleur de lis soutenue sur une espèce de globe. Philippe II, surnommé Auguste, est le premier roi qui ait eu pour contrescel une seule fleur de lis. Lecontre-scel de Louis VIII est semé de fleurs de lis. Ce fut sous Louis IX que les rois et les princes du sang royal commencèrent à porter les fleurs de lis dans leur écusson, avec diiférentes brisures rilsavaient avant les armoiries de leur apanage. Quoiqu'il y ait des exemples de trois fleurs de lis seulement dans quelques écussons sous les règnes de Philippe III et Philippe IV, ce ne fut pourtant que sous Charles V que cette réduction des fleurs de lis à trois devint un usage constant.
FLEURETTE. — Petite fleur imitée en sculpture ou en peinture dans l'ornementation des édifices religieux, ou dans la décoration des Yases précieux, des meubles, des tissus, etc.
FLEURI (Style ogival). —Quelques antiquaires ont cru devoir distinguer le style ogival du commencement du xvie siècle de ceux qui l'avaient précédé. Ils le caractérisaient par l'ornementation qui était à cette époque plus abondante et plus finement exécutée. Mais chacun voit que des caractères tirés du plus ou du moins de perfection apportée à l'exécution des détails et des mo-
tifs de la décoration n'avaient pas une importance suffisante pour déterminer l'établissement d'une division architectonique.
Il est d'ailleurs assez difficile de saisir le plus ou le moins de délicatesse de la sculpture : c'est le plus souvent une nuance fugitive. Aussi, la plupart des antiquaires ontils abandonné cette division. Voy. Classification, Epoques, Flamboyant (Style ogival), Ogival.
Au xne siècle, l'architecture romano-byzantine de transition reçut une grande quantité d'ornements : on l'appelle aussi quelquefois, à cause de cela, architecture romane* fleurie. Cette dénomination doit être rejetée, comme exprimant une division architectonique, par les mêmes raisons qui ont fait repousser la dénomination de style ogival fleuri.
FLEURON.— Le fleuron est un petit ornement isolé de sculpture ou de peinture, ordinairement emprunté au règne végétal. Lo fleuron proprement dit , dans l'architecture du moyen âge, est une fleur épanouie, à quatre ou cinq pétales et à disque saillant, qui se place, à distances régulières, dans une gorge ou une scotie. Il y a des fleurons, en prenant l'expression dans une signification plus large, qui ne ressemblent pas à une fleur, mais qui sont composés d'entrelacs, de feuilles d sposées symétriquement, de figures géométriques, etc. Les fleurons se placent , non-seulement au fond d'une moulure creuse, comme nous venons de le dire, mais encore sur la côte d'une arête. On a sculpté aussi des fleurons fort souvent sur des clefs de voûte saillantes. Quelquefois même on voit une rangée de fleurons, en manière de frise , au-dessous d'une corniche.
M. de Caumont appelle fleurons-crucifères, les quatrefeuilles dont les lobes sont lancéolés Les fleurons détachés, d'après les Instructions du Comité historique des arts et monuments, représentent des fleurs , des feuilles, des animaux ou des figures de fantaisie, placés entre deux tores d'archivoltes, ou entre deux colonnes de pied droit. Cet ornement est commun en France; il l'est plus encore, peut-être, en Angleterre. Voy. Diapré ou Diaper-work.
Dans l'architecture grecque, les fleurons étaient usités. Le fleuron du chapiteau corinthien est une espèce de petite rose épanouie, à pétales aigus , que l'on place au centre de la face du tailloir. Ceux du chapiteau dorique sont de petites fleurettes à quatre pétales, qui ornent le gorgerin. Quand les fleurons deviennent d'une plus grande dimension, ils se nomment rosaces. On voit dans l'ornementation antique ou imitée de l'antique, des fleurons sur plusieurs moulures et sur divers objets, partout où une place vide permet de placer un ornement de ce genre.
FLEURONNÉ, garni d'un fleuron.
FLEURS. — Les fleurs ont été constamment employées dans l'Eglise, comme emblèmes de joie et de fêle. On les a fréquem-
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nient employées également en l'honneur des saints, pour décorer leurs tombeaux, leurs autels et leurs images. On regardait leur variété et leur parfum comme un symbole des vertus chrétiennes qu'ils ont pratiquées si héroïquement.
Saint Fortunat, évoque de Poitiers, qui vivait ou vi' siècle, a mentionné, dans ses vers, la coutume qui était en vigueur de son temps, de tresser les fleurs en couronnes et en guirlandes pour en parer les autels :
Tcxistis variis altaria festa coronis, P'uujhur ut filis floribus ara novis.
On suspendait aussi des guirlandes de fleurs aux murailles, à l'intérieur des églises. Ce fait est rapporté par saint Grégoire de Tours, qui raconte que le prêtre saint Séverin avait attaché d' s lis aux murs d'une église qu'il avait fait bâtir. Solitus erat flores liliorum tempore auo nascuntur eolligere, ac per parietes hujus œdis appendere. Le pavé de l'église était lui-même jonché de fleurs, en certaines circonstances , dès les temps les plus anciens. C'est ce que nous apprend saint Paulin dans les vers suivants :
Ferle Deo , pueri, laudem, pi a solvile vola ; Spargite flore solum ; prwlexite limina sertis : Purpureum ver spiret hiems : sil floreus annus Anle diem ; saitcto cedat nalura diei.
L'abbé Thiers entre à ce sujet dans d'assez curieux détails : on peut consulter sa dissertation sur les autels, chap. 10.
Saint Augustin, .dans son Traité de la Cité de Dieu, dit qu'un homme de distinction du nom de Martial, dans la ville deCalama, en Afrique, fut converti miraculeusement par l'application d'une fleur prise sur le tombeau de saint Etienne. Cette coutume de décorer les églises de fleurs et de branches <le verdure est non-seulement curieuse par son antiquité, elle est encore très-belle en elle-même, en consacrant à la gloire et à la louange de Dieu les plus brillantes et les plus délicates productions de la création. C'est, pour ainsi dire, la traduction en action de ce passage de nos saints cantiques : Benedicile, imiter sa ejerminantia in terra , Domino. Chaque saison produit des fleurs différentes : c'est comme une invitation continuelle à en parer la maison de celui qui donne aux lis leur éclat et leur fraîcheur, comme il donne la nourriture aux oiseaux du ciel.
Dans certaines églises de la France, de l'Italie et de l'Espagne, au rapport de dom Martène dans son bel ouvrage de antiqui» Ecclesiœ Ritibus, les fleurs rouges étaient regardées comme un emblème des dons du Saint-Esprit; c'est pourquoi, à la Pentecôte, on en jetait de la voûte sur l'assemblée des fidèles réunis dans la nef. Dans cette fête, ainsi que dans beaucoup d'autres, on en recouvrait les murs de l'ég ise et on y suspendait un grand nombre de guirlandes tressées avec goût.
Les fleurs étaient aussi regardées comme un emblème des délices du paradis ; on en voit souvent figurer sur les verres peints
trouvés dans les catacombes, et dont le dessin a été publié par Buonarotti.
L'Eglise a consacré plusieurs fleurs à la sainte Vierge, et chacun connaît la pieuse invocation des litanies Rosa mystica. Au moyen âge, la piété populaire avait consacré un grand nombre de fleurs aux saints. Ces désignations pieuses étaient plus poétiques et [dus agréables mille fois que les noms barbares inventés par la science; mais la botanique, comme les autres branches des connaissances humaines , a été cultivée par des esprits froids et imbus des tristes dochïues du philosophisme moderne, et elle a perdu son plus pur et son plus doux parfum I
La sculpture a tenté de bonne heure de reproduire sur la pierre , le bois et les métaux, les fleurs les plus remarquables. On en trouve des exemples dans tous les édifices, de quelque style qu'ils soient, pourvu qu'on y ait fait quelques frais de décoration. Voy. Flore murale.
FLORE MURALE.-On a désigné sous le nom de flore murale l'ensemble des végétaux dont on trouve les feuilles, les fleurs ou les fruits imités dans l'ornementation des monuments du moyen âge. Les naturalistes ont classé tous les végétaux en classes, ordres, familles, genres et espèces, d'après des caractères naturels bien tranchés, empruntés aux principaux organes des {liantes, tels que les feuilles, les fleurs, les fruits, la tige, etc. Leurs déterminations pouvaient se faire d'autant plus aisément que ces caractères ne sont pas fugitifs ni arbitraires, mais constants et pris de la nature même. Les antiquaires qui étudient les plantes scupltées ou peintes dans nos vieux monuments sont arrêtés par des difficultés de plus d'un genre, dans leurs déterminations botaniques. C'est que les sculpteurs, de môme que tous les artistes, se sont toujours permis la plus grande liberté dans l'imitation des formes qu'ils empruntaient h la nature. Cette liberté, et quelquefois celte lu ence, n'est pas du moyen âge seulement; on en retrouve des marques à toutes les époques et dans tous les styles d'architecture. C'est même au point que l'on peut dire que les premières tentatives de l'art montrent plutôt le caprice de celui qui imite largement, que l'inhabileté de la main et du ciseau. L'imitation exacte des formes végétales indique un grand progrès dans l'art, et celte imitation, dès le commencement, n'est pas naïve, parce que l'artiste se croit déjà sôr de ses ressources. Cette marche a été constante, soit que l'on étudie les sculptures végétales chez les Egyptiens, chez les Grecs ou dans les édifices chrétiens de la période romanobyzantine et de la période ogivale.
Ce qui doit être remarqué, c'est que les plus beaux feuillages de la décoration chez les Grecs sont autant fantastiques que naturels, sans en excepter les feuilles d'acanthe et la palmelte. Dans ces feuilles, comme dans celles qui ont été sculptées au moyen âge, on remarque sans peine l'ensemble de la