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plante, mais an y reconnaît aussi ce que tes ai listes appellent le mouvement et le sentiment, qui ne s'inquiètent guère des détails.
M. Ch. Desmoulins, aussi habile naturaliste qu'antiquaire érudit, a publié un e^sai de flore murale sous le tit-e de Considérations sur la flore murale. 11 commence par établir que la détermination des espèces végétales offre mille difficultés, par des raisons analogues à celles que nous venons de développer ci-dessus. « Quoi de plus obscur, dit-il, en l'absence du sarment garni de x ses feuilles, que la grappe de raisins romane? Il arrive, dans ce cas, qu'on hésite entre elle et la pomme de pin , comme cela m'est arrivé à Moissac et ailleurs. Quoi de plus arbitrairement agencé que cette jolie cerise à demi cachée sous la feuille, dans les hauts chapiteaux de la nef à Chauvi gny, à Saint- Hilaire de Poitiers, à la chapelle de l'Iinmaculée-Coneeptiop à Lyon ? Quoi de plus fantastique que les crochets du xmc siècle ? Quoi de plus infidèle, enfin, si gracieux qu'ils soient, que ies choux frisés et les chardons de la décadence ogivale? »
Au milieu de toutes ces infidélités, il y a xine exception d'autant plus remarquable qu'elle est générale pour tous les temps et pour tous les lieux; c'est celle qu'offre le chêne, le seul végétal qui ait été parfaiînent imité, parfaitement rendu.
Dans son curieux travail, M. Desmoulins veut , avec raison , qu'on tienne compte de toutes les intentions dans la manière dont on a rendu les diverses plantes qu'on a cherché à imiter, et, en plusieurs cas, ces intentions suffisent pour déterminer quelle est l'espèce de plante que l'on s'est efforcé de reproduire.
Nous ne saurions donner à nos lecteurs de meilleurs renseignements sur la flore végétale qu'en analysant le mémoire intéressant du satant et consciencieux antiquaire que nous avons nommé plusieurs fois.
Voici la manière dont il procède et les pas- 5dges les plus importants de son travail :
1° Si le galbe d'une feuille est une indication qui dirige la pensée vers le choix d'une détermination spécifique, il faut bien reconnaître que ce galbe est plus ou moins exactement reproduit dans beaucoup d'autres espèces, car nous ne connaissons guère, pour 70,000 végétaux phanérogames décrits jusqu'ici, qu'environ soixante-dix formes types pour les feuilles simples et une trentaine pour les feuilles composées. Or, quand le •;;albe est à peu près identique, quel est le caractère principal qui sert à reconnaître la famille, puis à déterminer l'espèce? Evidemment c'est la nervation : c'est dans ce caractère essentiel, qui est aux feuilles ce qu'est le squelette aux animaux vertébrés, qu'on a pu chercher des bases méthodiques pour la botanique fossile dont l'étude a été si brillamment const.tuée par M. Adolphe Brongniart. Hé bien l ce caractère boussole, si j'ose ainsi dire, manque presque toujours entièrement, ou n'est exprimé que très-incomplétement dans la phytograpnie murale.
Voilù pour ce qui concerne la feuille en ellemême, car je ne parle pas ici de la fleur dont la petitesse relative, la délicatesse et la complication fréquente de formes interdit presque toujours la reproduction ; on ne trouve, ce me semble, que deux formes de fleurs imitées sur les monuments, savoir : la forme rosacée à plus ou moins de pétales, et la forme liliacéc. Quant aux fruits, ils sont assez caractérisés, mais, sauf le gland, la pomme de pin, l'épi de blé, on n'en reproduit que peu de formes, la grappe, la baie, la drupe (fruits à pépins ou à noyaux).
2" Le galbe de la feuille étant une fois reconnu, et la nervation étant réduite à néant, il ne reste qu'un seul caractère pour arriver h la détermination, et ce caractère c'est Yagencement; mais quoi de plus habituellement livré au caprice de l'imagier?je dirai plus : quoi d(? plus forcément dénaturé parles exigences de l'espace et de la position? Je n'ai pas besoin d'insister là-dessus, cela saute aux yeux de tout le monde. Mais il y a d'autres difficultés en dehors de celles qui dérivent de l'usage et de la nécessité. Comment distinguezvous une feuille mince d'une feuille épaisse, une feuille velue d'une feuille glabre ? Comment distinguez-vous une plante herbacée d'une plante ligneuse , une guirlande do fantaisie, dont les feuilles auront été alternativement écartées pour occuper moins de place dans une étroite plate-bande, d'une tige à feuilles opposées ? Un arbre, direzvous , se fera reconnaître à son port ; je Je veux, quand il sera entier, mais s'il s'agit d'une branche?. . Une lige mince est a. peu près impossible, et les accidents caractéristiques du bois ne sont presque jamais reproduits : je n'en connais du moins qu'un exemple, et je l'ai rencontré dans l'architecture civile du x\T siècle en Périgord ; ce. sont des portes à accolades dans les cours intérieures de deux châteaux voisins de Clérans et de Banneuil, portes dont l'encadrement est formé par un gros bâtonnoueux, comme serait un bâton d'aubépine, et qui suit les contours de la baie. J'ai encore vu quelque chose d'analogue, mais moins bien caractérisé, dans une sculpture (comparativement récente) qu'on a encastrée dans le narthex du portail du Massacre des Innocents à Saint-Sernin de Toulouse.
Après les difficultés viennent les impossibilités ; mais heureusement celles-ci, loin de compliquer la besogne, ne font que la simplifier. Les impossibilités résultent des documents fournis par la géographie botanique et par la botanique historique. Quelque parfaite que paraisse la ressemblance d'une sculpture antique ou du moyen âge avec un végétal déterminé, si ce végétal est américain, il est évident que l'assimilation est fausse : telle est l'erreur qui attribue au Triacanthos les épines de la couronne de Notre- Seigneur, et cette erreur est très-répandue, et je l'ai partagée jusqu'au jour où je me suis avisé d'ouvrir des livres souvent feuilletés, mais cette fois dans le but de savoir précisément d'où ce joli arbre est originaire. Eu.
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»ecouO lieu, si la gourman lise triompha ite UeLuoiillusa apporté, il y a doux mille ans, les cerises en Italie, si les croisés nous ont enrichis (ce qui est assez dillicile a comprendre) de quelques variétés nouvelles des plantes potagères ou des fruits plus anciennement introduits de l'Orient en Europe, je ne pense pas que des causes analogues puissent être assignées à la naturalisation des végétaux qui n'auraient pas été d'une utilité immédiate comme plantes comestibles ou textiles, surtout a des époques où l'intérêt scientifique n'existait pas plus que l'application des sciences aux agréments de la vie. Voyez, en efïet , ce qui est arrivé à cette belle inutilité que nous nommons le platane. Pline, qui écrivait cependant vers la fin de la longue et gigantesque orgie du luxe romain, s'étonne qu'on ait t'ait venir un arbre d'un pays étranger, seulement pour se procurer de l'ombre : Quis non jure miretur arbofem umbrœ gratia tantum ex alieno petitam orbe? Platunus hœc est, etc. (lib. xn, cap. o'. Transporté d'abord à travers la mer Ionienne pour venir orner le tombeau de Diomède, il lut introduit en Sicile par Denys, puis en Espagne et en Italie où on en vint à l'arroser avec du vin, tantumque postea honoris increvit, ut mero infuso enutriantur (ibid.). Tous ces soins, toutes ces remarques du naturaliste prouvent, la rareté et la singularité du fait ; et malgré cette incroyable célébrité, le plaîane n'arriva en Angleterre qu'en 15i8 ou 1561 , en Autriche avec le marronnier d'Inde en 1576, à Paris enfin en 175i ! La Provence, à ce que rapporte une tradition recueillie sur les lieux, en jouit depuis plus longtemps que la capitale.
J'ai cité cet exemple avec quelque détail pour en venir à ces conclusions, (.pie je ne crois pas à la sculpture de souvenir, que par conséquent la feuille de platane la plus ressemblante en apparence me paraîtrait absolument inadmissible sur des monuments français avant le commencement du xv' siècle, enfin que, sauf l'imitation de l'antique et hors de la flore indigène de l'époque, il n'y a aucune détermination sérieuse à chercher sur un monument.
Le chapiteau n° 1 [Voy. les figures •> la fin du vol., art. Flobemgkale] porte une seule sorte de feuilles, orbiculaires , échancrées à la base, parfois un peu pointues, opposées dans le groupe du milieu, à peu près alternes ailleurs, d'un aspect gras et charnu (je ne tiens pas compte de l'épaisseur matérielle de la sculpture). Ceux de ces caractères qui se rapportent au limbe de la feuille considéré isolément, vont bien à ce qu'on appelle vulgairement des feuilles d'eau , mais ce nom ne signifie rien du tout, parce qu'il y a des végétaux aquatiques de toutes les formes. Aurait-on voulu représenter ici le Nénuphar? Le limbe de la feuille permet cette supposition, mais son agencement s'y oppose, car on a eu l'intention de marquer de véritables tiges, et il n'y en a ni dans le Nénuphar ni dans les autres plantes analogues, indigènes ou exotiques Nympluea jaune, Nymphéa
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bleu, Nympluea lotus , Nélumbo , Victoria, Colocase, Hydrocharide). Celte observation est vraie môme si l'on veut considérer le tubercule qui supporte la tige comme représentant la racine ou tige horizontale du Nénuphar, parce qu'alors encore la partie supérieure de la tige ne devrait pas exister. Le cochléaria, dont les feuilles radicales conviendraient bien, les a différentes de forme sur la tige.
11 y a en France deux [liantes herbacées, pourvues de tiges, et qui par cette raison conviennent beaucoup mieux.
L'une d'elles est le Yillarsia Nymphoïdrs des auteurs modernes (Menyanlhes nymphoides, Linné), plante aquatique à feuilles nageantes comme celles des nymphéacées, très-commune dans les rivières et les eaux dormantes du nord et de l'est, mais qui manquent entièrement ou presque entièrement dans le sud-ouest et le midi. Ses feuilles sont opposées comme au groupe du milieu du chapiteau n° 1, mais elles sont peu nombreuses, très-écartées, et ne deviennent remarquables sur l'eau que quand elles sont accompagnées de leurs Heurs disposées en verticille et sur de longs pédoncules. Ces fleurs tiennent tant de place daus l'ensemble de la plante que je ne puis penser qu'on ait songé à reproduire les leuilles seulement de celle-ci.
L'autre est le Convohulus soldanella, Linné, charmant l.seron à grandes fleurs roses, à feuilles luisantes et charnues, qui abonde dans le sable pur des dunes maritimes depuis Nice et Bayonne jusqu'en Belgique. Son port a beaucoup de ressemblance avec la plante du chapiteau, bien qu'en réalité les feuilles du liseron soient alternes, et c'est sur cette espèce que ma préférence se Uxo.
On pourrait penser aussi, malgré l'infidé-» lité du galbe de la feuille, à VAsarum europœum (vulgairement Cabaret), mais la disposition de ses feuilles opposées sur une tige couchée, jamais dressée, indiquerait plutôt son emploi pour une guirlande; — a VAristolocliia clcinatitis, mais ses leuilles sont trop décidément alternes et trop espacées ; d'ailleurs il parait que, comme partout ailleurs, elle manque dans le nord de la France ; — h Y Arbre de Judée enfin, dont le tubercule figurerait le tronc; mais ses feuilles décidément alternes sont à peine échancrées à la base, et ce joli arbre, qu'on peut, il est vrai, cultiver dans le nord, n'est spontané que depuis le midi de la France jusqu'en Palestine. On l'a trouvé sur les ruines d'un chAteau près d'Amiens, mais cela ressemble bien à une naturalisation, i t je ne veux pas croire à la culture des [liantes d'agrément au xni' siècle.
Je conclus que, selon moi, les probabilités sont en faveur du Convohulus soldanella, et s'il arrivait que des feuillages semblables ne se trouvassent que sur des monuments peu éloignés du littoral, ces probabilités me sembleraient approcher beaucoup de la certitude. On les trouve à Reims, à
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Strasbourg et dans plusieurs autres églises assez éloignées du littoral.
Passons au chapiteau n° 2 (Voy. à la fin du vol., art. cit.) Ici nous avons affaire à une [tlante grimpante, pourvue de vrilles, à fleurs isolées et de forme rosacée ; cela circonscrit bien étroitement le champ des recherches. Arrière la vigne, arrière les chèvrefeuilles, le lierre, le tamme, les liserons, toutes les légumineuses, presque toutes les plantes grimpantes enfin, à l'exception des Cucurbitacées. Celles-ci, bien qu'originaires, en général, de l'Inde et de l'Afrique, sont cultivées depuis une si haute antiquité pour la nourriture de l'homme, que je ne trouve nulle part l'indication de l'époque à laquelle elles ont été introduites en Europe. Parmi ces plantes il en est une à laquelle je suis tenté de rapporter le végétal de ce chapiteau : c'est ce singulier giraumon, cultivé depuis plusieurs siècles, suivant Poiret, comme objet de curiosité [Cucurbita melopepo, Linné), sous les noms de Bonnet d'Electeur, Bonnet de Prêtre, Pastisson. La longueur du pédoncule des fleurs mâles, la forme des feuilles, la forme des fruits, la brièveté des vrilles (parce que la plante s'étend peu), l'imperfection de certaines feuilles, tout serait rendu avec une assez grande fidélité si j'en crois les descriptions, car je ne connais que le fruit, et je n'ai pas la plante en herbier. Notez cependant que si mon assimilation est juste, les fleurs sont mal faites, trop rosacées, trop ouvertes. Notez aussi qu'en poursuivant cette idée, je me suis cramponné au caractère des vrilles, mais elles me semblent bien évidentes.
Comme je trouve des fleurs bien incontestables, il faut bien que je cherche les fruits dans les cinq gros paquets plissés qui rappellent assez bien la grotesque tournure du Pastisson.
Puisque me voici en pleine phytographie murale, j'examinerai, en partant toujours des mômes principes, quelques-unes des figures nommées qui ont été publiées dans je Cours d'Antiquités de M. de Caumont. Et d';ibord, je m'arrête à l'une des plus importantes. C'est celle du tombeau de sainte Telcfaide (t. VI, p. 245, pi. 95,fig. 1),dont la face latérale représente seize objets désignés sous le nom de coquilles. Ici, je ne doute pas, je n'hésite pas; je nie que ce soient des coquilles, j'affirme que ce sont des feuilles de Nénuphar, privées de leur pétiole et traitées avec la fidélité la plus remarquable. Voici mes preuves : aucune coquille n'existe qui soit comparable à la sculpture dont il s'agit. Le peigne ou coquille de pèlerin, qui, dans l'hypothèse, serait ici représenté, a pour base une ligne droite, et, sur cette portion du périmètre de la valve, il y a un point médian vers lequel convergent tous les rayons. Or, dans la figure, le point de convergence des rayons, bien que placé à la base organique de la feuille, est rendu presque central par rapport au disque qu'elle forme, à cause de l'épanouissement tlabelliforme des neryures (rayons), et du
groupement de la plupart d'entre elles autour du sommet du pétiole, d'où résulte une échancrure profonde et très-étroite dans ce disque. Il n'y a qu'une seule inexactitude dans le dessin; elle consiste dans le groupement de toutes les nervures autour de la base organique, tandis qu'on aurait dû figurer une nervure médiane donnant naissance à diverses hauteurs, à la moitié tout au plus des nervures plus fines qui atteignent la périphérie. Sauf cela, tout est exact, le galbe, le peu d'écartement des lèvres de l'échancrure, la crénelure du bord qui se retrouve souvent sur la nature vivante, enfin le léger redressement en soucoupe du bord lui-môme, qui s'y retrouve aussi très-fréquemment, ainsi que dans la plupart des autres nymphéacees.
Pourquoi des feuilles de Nénuphar? — Ce tombeau est du vne siècle, dans un sanctuaire dont plusieurs colonnes sont antiques, il est tout parfumé de poésie antique comme de poésie chrétienne : en un mot, il est couvert de sculptures symboliques dans toute la rigueur de l'acception du terme. Dans l'antiquité comme aujourd'hui, le Nénuphar a toujours été, à tort ou à raison, en possession d'une grande célébrité comme réfrigérant, sédatif, soporifique. « Yenerem in totum adimit Nymphœa, » dit Pline (lib. xxvi, cap. 10). Dans la vieille pharmacopée, les graines de Nénuphar figurent au nombre des quatre semences froides ; le sirop de nymphéa est actuellement employé dans les potions calmantes; c'est encore de nos jours qu'on prétend que des bains pris fréquemment dans les eaux où cette plante abonde, produisent les effets les plus singuliers, et dans nos campagnes on ne la connaît que sous le nom d' A g nus castus. — Que lisonsnous sur le tombeau ? Theodieheldis intemeratœ virginis : voilà la détermination du symbole, et je dis symbole, parce qu'il ne faut certes pas rapporter à des causes artificielles la vertu de la sainte abbesse. La sculpture indique un effet en appelant la pensée sur la cause matérielle qui peut produire un effet analogue; la religion explique cet effet par une cause plus haute. Le tombeau, construit sous l'inspiration de cette religion, sera-t-il muet sur cette cause plus relevée? Se taira-t-il (pour dire comme les musiciens) sur la dominante de cette vertu sublime qui est célébrée sur ses faces latérales? Ohl non vraiment : passez au couvercle. Le rinceau qui le décore est formé de deux branches entrelacées, mais bien distinctes ; suivez-les attentivement et séparément : toutes les grappes tiennent à la même , et toutes les feuilles simples les mieux caractérisées tiennent à l'autre; elles y sont placées à dessein pour faire distinguer le lierre de la vigne, avec laquelle ses autres feuilles trilobées et quinquélobées le feraient confondre. Vous voyez donc dans ce rinceau la vigne, d'où vient le vin qui fait germer les vierges, et le lierre, symbole de la faiblesse qui devient forte en s'attachant à la croix, à l'Eglise, à la règle monastique :
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