‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 34 sur 276 · FOU · texte numérisé non relu

FOU

statues sont déjà mieux indiquées, et les principales sont assez bien fouillées. Il y a même, sous ce rapport, dos chefs-d'œuvre, comme à la cathédrale de Chartres, où les draperies sont fort élégamment fouillées. Au xve et au xvi' siècle, les rameaux elles feuillages ou ornements qui décorent les gorges ou scoties des arcades sont fouillés par derrière, c'est-à-dire que ces rameaux sont entièrement détachés du champ sur lequel ils s'enlèvent. Enetl'et, la main petit passer entre l'ornement et la cavilé de la moulure dans toute la hauteur.

FOUR. — Voûte en cul-de-four. Voy. Abside.

FOUS. — On a représenté souvent, dans les anciennes églises, et notamment sous les consoles des stalles et dans les angles des murs1, à l'intérieur et à l'extérieur, des figures de personnages dans des positions grotesques, souvent avec la marotte et les insignes de la folie. L'introduction de ces figures bizarres, ridicules, souvent indécentes, jusque dans le temple où l'on célèbre le culte divin, a été l'objet de recherches de la part des savants; elle est toujours un objet de scandale pour la plupart des personnes.

L'origine de quelques-unes de ces représentations se trouve dans les orgies païennes : au v' siècle de l'ère chrétienne, on célébrait encore les Saturnales et les Lupercales, avec toutes les débauches et les extravagances qui les caractérisaient chez les païens. Le pape Gélase avait fait les plus grands efforts pour les abolir. L'Eglise cependant réussit à les faire tomber, et elles disparurent sous la dénomination ancienne qui avait servi longtemps à les désigner ; mais elles ne tardèrent pas à se remontrer sous d'autres noms et sous d'autres formes. Ces indécentes bouifonneries et ces immorales extravagances fuient connues, dans quelques localités, sous le nom de fêtes de Fous, de fêtes des Anes et de fêtes des Kalcndes. Dans ces occasions des hommes, parfois même des ecclésiastiques, se déguisaient et prenaient des masques d'animaux hideux. Ils entraient ainsi dans les églises, pénétraient jusque dans le chœur, poussant des vociférations affreuses, prenant des postures inconvenantes et faisant des gestes déshonnêtes. Ces abominations eurent lieu dans quelques-uns des temples les plus illustres de la chrétienté; on y parodia les cérémonies sacrées, on y profana les plus saints usages et les pratiques les plus augustes de la religion. Ces désordres furent stigmatisés non-seulement par les ecclésiastiques les plus instruits, mais, pendant plusieurs siècles, ils furent proscrits et anathématisés par les décrets et les censures des évêques, des synodes et des conciles. Ils ne furent complètement détruits qu'au commencement du xvr siècle.

Au nombre des déguisements que l'on affectait de prendre, à cette époque , il n'y en avait pas de plus commun que celui des fous : on adaptait à la tête de longues oreilles semblables à des cornes, ce qui fit qu'on les désignait vulgairement sous le nom de

cornards. Dans chaque ville on élisait un abbé des cornards, qui prenait l'habit d'un abbé régulier : il sortait accompagné d'une grande multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, portant des masques, dansant, sautant , gambadant , avec des musiciens jouant des airs sur des instruments de musique. Ces usages étranges ont été l'origine de plusieurs représentations, tant en peinture qu'en sculpture, exécutées durant le moyen Age. On peut spécialement mentionner en ce genre les bas-reliefs du portail septentrional de la cathédrale de Rouen, où il y a une longue série de figures grotesques mêlées avec des sujets pris de l'histoire sacrée , qui correspondent exactement à la description des déguisements que nous venons d'indiquer. On peut voir par ce qui précède que. la plupart de ces figures grotesques et inconvenantes sont un dernier vestige de coutumes extravagantes condam nés par l'Eglise.

11 est nécessaire, cependant, de faire une distinction entre ces figures burlesques et les représentations symboliques des vertus et des vices. Celles-ci ont été placées dans nos églises sous la forme d'animaux, dont la nature et les habitudes correspondent à. la vertu ou à la passion qu'ils représentent. Ainsi, des êtres humains peuvent être représentés avec des têtes d'animaux, comme de renards, de lions, pour marquer le courage ou la rapacité. En outre, des animaux sont également employés dans la même intention ; et on en peut tirer d'admirables leçons sous les mêmes types qui ont été consacrés par les fabulistes, comme Esope et ses imitateurs. Des représentations de monstres ont pu être introduites dans nos monuments chrétiens comme emblèmes du péché. Il faut encore remarquer que les folies et les vices du genre humain ont été souvent représentés sousJa figure d'hommes avec des habits propres aux fous, comme cela a été fait par Sébastien Rrandt, dans son célèbre ouvrage intitulé Navis stultifera.

Avant de quitter ce sujet , il est convenable de dire quelques mots d'une pratique qui prévalut durant le moyen âge, de personnifier les caractères sacrés dans les fonctions religieuses ; elle fut supprimée en beaucoup d'endroits par l'autorité religieuse. Quoique, sous certains rapports, de telles représentations aient pu convenir à la simplicité du peuple, elles ont été souvent altérées par l'addition de circonstances d'une nature burlesque ou indécente, de manière à jeter une espèce de ridicule et à causer l'irrévérence avec les choses saintes et les personnes. On peut dire qu'elles avaient ainsi dégénéré de la majesté de quelquesuns des anciens rites. Peu de personnes savent aujourd'hui avec quelque exactitude ou étenuue quelles sont ces cérémonies locales extraordinaires qui ont été à juste titre formellement condamnées par le concile de Trente. Il est vraiment consolant, en songeant à ces usages proscrits, de voir que les

FKA

îiu-:

IH

cérémonies du Pontifical romain sont tou- (ours demeurées pures et pleines de majesté, de piété, d'onction et respirant un beau symbolisme. Dans les réformes liturgiques qui ont été faites au \vi* siècle, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître l'exercice du pouvoir divin qui a été conlié à l'Eglise.

FRANCS-MAÇONS. — Nous traduisons ici I,' court article du Glossaire d'architecture publié par H. Parker sur les francs-maçons, (le m.it parait avoir .signilié primitivement la même chose que le mot actuel de maçon, et rien de plus. C'était un tailleur de pierres qui travaillai! avec un ciseau, pour le distinguer de celui qui unissait les pierres avec le mortier ou posait les appareils. Durant le moyen âge, les ouvriers de tout genre formèrent entre eux des sociétés ou corporations, et se donnèrent des règlements pour se gouverner, qui furent reconnus des plus hauts pouvoirs ; ils possédaient généralement des privilèges accordés à ces sociétés. Les maçons, dans plusieurs parties de l'Europe, s'unirent en associations de cette espèce. Ils formaient une société libre dès le xe siècle en Lombardie; mais qu'ils descendissent des Dionysiastes de l'antiquité, ou que cette association ait pris naissance au moyen âge, c'est ce qu'il n'est guère possible de retrouver. En Normandie, ils paraissent avoir commencé à s'associer en llio. Alors, comme dans tout le moyen âge, les architectes, comme praticiens distincts, furent à peine connus. Les formes et les arrangements principaux étaient dirigés par ceux qui présidaient à l'érection des monuments ; mais les beautés de détail de la construction paraissent avoir dépendu des ouvriers auxquels ils étaient confiés. Les maçons avaient donc le pouvoir d'exercer une grande influence sur l'extérieur et la décoration des édifices auxquels ils étaient employés. On explique facilement ainsi comment les dignitaires ecclésiastiques conduisaient euxmêmes la construction d'immenses édifices, en dirigeant l'œuvre, dont ils étaient l'âme, et en laissant aux ouvriers le soin des détails accessoires. Cela nous explique encore pourquoi ces mômes dignitaires accordaient leur haut patronage aux associations des ouvriers maçons et leur accordaient des privilèges de plus d'un genre. C'est ainsi que plu>ieurs papes leur donnèrent des bulles pour les prendre sous leur protection et leur concédèrent d'insignes distinctions et des faveurs nombreuses. On peut voir d'amples renseignements sur les francs -maçons de Strasbourg dans VEssai historique sur la cathédrale de Strasbourg par M. Schweighauser. Voy. Architecte.

FRANGE. — La frange est un ornement plus ou moins riche, plus ou moins varié, destiné à être placé à l'extrémité ou sur les bords des vêtements ecclésiastiques et des vêtements d'apparat, à la fois pour les embellir et en empêcher la détérioration.

Les franges les plus curieuses sont celles

qui se trouvaient autrefois sur la plupart des ornements d'église, aux extrémités du pailium, de l'étole, du manipule et des fanons des mitres ; autour tics voiles et des chaperons des chapes, autour des manches et sur les parties ouvertes des dalmaliques. Les franges consistaient spécialement en filets colorés, avec toutes les variétés de couleurs que comportaient les étoiles elles-mêmes qui servaient a confectionner les vêtements.

Jusqu'à présent, toutes les anciennes franges que l'on connaisse sont en partie de couleur, et composées de beaux Mis d'une certaine grosseur tressés ensemble élégamment, et mêlés quelquefois de fils d'or. Ces franges, qui encadraient au moins les bouts des nappes d'autel, n'étaient pas démesurément et ridiculement longues, comme celles que l'on fait aujourd'hui, où on met des étoiles pendantes, fines et brodées, aussi grandes que la nappe elle-même, de manière que l'accessoire l'emporte sur le principal.

FREMAIL. — Vieux mot qui veut dire la même chose que fermail, fermoir, agrafe. Dans l'inventaire de Jean II, duc de Bretagne, on lit : « Trois fremails d'or. » Hist. de Brel., loin. II, pag. 455.

FREMAILLET. — C'est un petit fermoir.

La description du collier de l'ordre de l'Hermine, rapportée au tom. II de YHist. de Bretagne, pag. 627, commence ainsi : « Un collier d'or de M. le duc qui est de son ordre, garni de deux bons fremaillets, l'un devant et l'autre derrière, a une couronne sur chacun, etc. » Cette description est du commencement du xvc siècle.

FRÈRES PONTIFES, ou Pontistes , au moyen âge. — Saint Benezet, ou petit Benoit (parce qu'il était d'une taille peu élevée, foniiateur de la congrégation des Frîres Pontifes), né dans le xir siècle, près de Saint-Jean de Maurienne , n'était qu'un pauvre berger » lorsque, touché des dangers que présentait le passage du Rhône à Avignon, il forma le projet de faire construire un pont sur ce fleuve. Il en obtint la permission de l'évêque, et l'on rapporte qu'il dirigea lui-même ce monument. Les écrivains qui affirment ce fait ne disent pas comment le saint acquit les connaissances nécessaires pour exécuter une telle entreprise; mais, selon eux r des miracles attestèrent que Dieu lui avait inspiré ce projet. Le pont, commencé en 1 177, ne fut achevé que quinze ans après, et sur la troisième arche de ce pont il fut élevé une chapelle où l'on déposa le corps du saint architecte.

Les avantages que procura la xonstruetion de ce pont, la sainteté du fondateur, le zèle et les vertus des Pontifes , leur attirèrent le respect général et beaucoup de legs pieux. Cet ordre était dans tout son éclat au commencement du xiiic siècle ; les papes, les évoques de la Provence et du Languedoc stimulaient la charité par des indulgences envers les bienfaiteurs du pont ; les abbés et les ordres religieux les affiliaient à leurs prières ; des princes accordèrent aux Frères

FRfe

FRE

Pontifes des privilèges. Clément 111 mit leur personnel et leurs propriétés sous sa protection spéciale et celle du saint-siège , en reconnaissance des biens multipliés qu'ils opéraient, tant par la construction du pont de Boussac, sur la Durance , que par leur héroïque dévouement pour Jes malheureux.

Alphonse, comte de Toulouse, frère de saint Louis , leur accorda également de grands privilèges.

Parmi les établissements dont fait mention la bulle de Clément 111, est celui de Lourmarin, sur le chemin d'Aix à Apt, à rentrée de la Courbe, passage des plus dangereux de la basse Provence. Les Pontifes entretenaient aussi un détachement de leurs frères à Malemort , entre la Durance et la route de Paris , connu sous le nom de Coteau ensanglanté, étymologie dérivée des assassinats qu'on y commettait sur les voyageurs avant rétablissement des Pontifes.

Le pape Nicolas V , en confirmant les statuts de ces religieux , leurs privilèges et la jouissance de leurs biens, leur prescrivit de porter l'habit blanc avec un morceau d'étoffe rouge appliqué sur la poitrine , et qui représente deux arches de pont surmontées d'une croix. Sur la fin du xvie siècle, ces frères voulurent se séculariser sans quitter la vie commune et l'habit blanc , qu'ils portaient encore en 1622. En 1633, ils cessèrent cette vie commune; le parlement de Toulouse, en 16G9, leur enjoignit de reprendre leurs vêtements; ils les quittèrent de nouveau en 1676, après avoir changé leur habit blanc en noir, et ils formèrent, sous la juridiction de l'évêque d'Uzès , une collégiale qui s'est éteinte, eomme toutes les corporations religieuses, en 1789.

Dans le xme siècle, saint Gonzalve d'Amarante, dominicain portugais, affligé de savoir que plusieurs personnes avaient péri au passage du fleuve Tamarga, y fit bâtir un pont, auquel il travailla lui-même. — Saint Dominique l'Ermite, connu sous le nom de saint Dominique de Calzada, établit pour les pèlerins un hôpital , et bâtit un pont sur la rivière d'O.-îa. — Alvaro , évêque de Losia , dont on lit un éloge si touchant dans Lavanillez , fit bâtir tous les ponts de son diocèse. Un évêque d'Aberdeen en lit construire un sur la rivière de Dec, et un autre sur l'Even.

Les travaux du Pont National de Paris, dont la première pierre fut posée par ordre de Louis XIV , furent dirigés par le P. Fr. Romain, de l'or.lre de Saint-Dominique.

FRESQUE. — I. L'art de peindre à fresque consiste à arppliquer des couleurs sur une muraille fraictiement enduite de mortier, de chaux et de sable, d'où vient le mot fresque, de l'italien fresco, frais. Nos anciens auteurs disaient peindre à la fraisque, c'est-à-diresur un mortier frais. Cette manière de peindre sur les murailles des édifices est préférable à toute autre. Elle donne au tableau la plus grand 3 solidité , parce que la matière colorante qui pénètre dans le mortier se durcit avec lui, et ne forme avec l'enduit du mur

nu'un seul corps. Les anciens donnaient aux diverses couches de mortier tant de solidité, ils polissaient même quelquefois leurs fresques avec tant de soin, que des fragments de ces peintures , enlevés de dessus les murs, servaient h former des tables, et étaient conservés comme des objets de curiosité. (Vitruve, de Archit. lib. vu, cap. 3.) L'usage d'exécuter les fres pues sur un mortier fait avec de la poudre de marbre rendait ce polissement facile. Plilandre dit, dans son Commentaire sur Vitruve, que, de son temps, on l'exécutait à Venise avec du tripoli.

Pendant longtemps la plupart des artistes et des antiquaires ont paru persuadés que les anciens ne peignaient sur les murs qu'a fresque, ou du moins que cette manière do peindre était, chez eux, la plus générale. Les mois do peinture sur les murs , et celui de fresque étaient devenus en quelque sorte synonymes. L'empire de l'habitude était si puissant, que les traducteurs appelaient du nom de peintures à fresque les peintures exécutées sur des murs, dont les auteurs anciens n'indiquaient pas le procédé, et que lorsqu'ils rencontraient dans les originaux les mots de peinture à la cire , de cire fondue , ou d'autres semblables, fort souvent ils n'en faisaient pas mention. Caylus, à qui les arts ont l'obligation d'avoir rappelé l'attention do l'Europe sur la peinture à l'encaustique , fit des recherches insuffisantes ; il atlwqua cette erreur, et ne la détruisit point. (Ment, de l'Acad. des Belles-Lettres, tom. XXVII, pag. 179 et suiv.) Depuis que cet illustre amateur a écrit, on a pris encore pour des fresques des peintures où l'on a reconnu la présence du minium, et où l'on a vu que les couleurs étaient incorporées à du bitume. (Correvon, Lelt. sur Herculan., lettre vin", pag. 240.) D'un autre côté , l'abbé Réquéno , (iui a retrouvé par ses expériences les principaux éléments de l'art de peindre à l'encaustique , et qui en a rendu la pratique familière à plusieurs artistes , s'était pénétré d'un tel enthousiasme pour sa découverte, qu'il allait jusqu'à croire que les anciens ne peignaient point à fresque, ou du moins que leur manière de peindre a fresque différait beaucoup de la nôtre ; et il a seulement prouvé qu'ils y apportaient beaucoup plus de précaution et de soin que les modernes. (Réquéno, Saggi sul ristibiimento deW antica arte de Grec, et dé1 Rom. pitt., saggio h, cap. 3.)

il paraît que la peinture à fresque est la plus ancienne des différentes manières de peindre ; mais on ne saurait fixer l'époque de son origine. Les couleurs dont on se sert pour peindre à fresque sont détrempées avec de l'eau; il n'y a que les terres et les couleurs qui ont passé par le feu qui puissent y être employées. Les couleurs qui changent le moins en séchant sont les plus propres à cette peinture :

Voici la manière de procéder.

Lorsque les peintures sont préparées, on fait couvrir par le maçon de l'enduit convenable la partie du mur que l'on se croit en

FRE

nin

état de peindre dans la journée , parce que la peinture ne peut pas s'appliquer avec avantage») lorsque le mortier n'est pas humide. Gomme les couleurs sont de suite absorbées par l'enduit frais, ou ne peut ni corriger, ni effacer les traits de pinceau d'une peinture à fresque ; l'artiste doit donc la travailler avec promptitude, et l'exécuter d'une main hardie et légère. Pour être en état de travailler avec cette hardiesse et cette légèreté, l'artiste a des dessins trèsarrêtés pour les contours et pour les places des lumières et des ombres.

La peinture à fresque convient aux grands édifices. Ses œuvres ont besoin d'espace pour se développer convenablement, et elles doivent ètreplaréesà distance, pour que l'œil puisse les juger et les apprécier. Yoy. Peinture MURALE.

Les plus anciennes églises de notre pays avaient reçu dans la peinture murale et la mosaïque une décoration d'un caractère religieux et grandiose, d'une richesse éblouissante, d'un etfet artistique et pittoresque , dont aujourd'hui ceux qui n'ont pas visité Ja Grèce et l'Italie ont peine à se rendre compte. Malgré les progrès de la civilisation, dont nous nous montrons parfois si tiers , avec quelque apparence de raison peut-être, il faut convenir que nous sommes étrangement étonnés quand nous parcourons certains passages de nos vieilles chroniques, où sont indiqués les produits artistiques d'un âge que nous regardons comme barbare. Nous ne sommes pas émus au spectacle des œuvres les plus merveilleuses des beaux-arts, ou, du moins , nous y sommes à peine sensibles ; faut-il en conclure que nous sommes plus parfaits que nos devanciers ? Hélas! non. Et si nous acceptions la manière de juger des anciens sur l'état intellectuel d'un peuple, d'après le goût universellement répandu qui sait apprécier les chefs-d'œuvre de la littérature et des arts, ♦lui les distingue des œuvres médiocres, qui ne prend pas le brillant pour le beau, ne confond pas la richesse avec l'élégance, l'éclat de Ja couleur avec la grAce de la forme, et la profusion des tons étincelants et disparates avec la correction et la pureté du dessin, la comparaison serait-elle toute à notre avantage? Serions-nous estimés supérieurs à ceux que nous méprisons si souvent et si injustement ? Les hommes les plus instruits de no.'re temps ne voudraient pas répondre, ks ignorants seuls n'hésiteraient pas.

Dès son origine, le christianisme favorisa puissamment le développement des beauxarts, et surtout de la peinture, cet art qui a dans ses procédés quelque chose de plus délié, de plus aérien, de plus immatériel, de plus spirituel, s'il est permis de parler ainsi, que la statuaire. Pendant plusieurs siècles, Ja peinture fut l'objet d'une prédilection marquée sur la sculpture : la première avait fait déjà d'immenses progrès, tandis que le ciseau, conduit par une main novice, taillait avec peine d'informes ébauches.

DiCTtoNN. d'Archéologie sacrée. IL

Les églises de l'époque mérovingienne étaient entièrement couvertes, à l'intérieur. de peintures à fresque, de dorures et de mosaïques. Lue foule d'autorités l'atteste : nous pourrions ici produire aisément mille citations curieuses. Qu'il nous suffise d'appeler en témoignage saint Grégoire de Tours, qui, dans ses écrits, parle fréquemment de travaux de ce genre. Il nous apprend, en particulier , qu'il ût rebâtir les églises de Tours, détruites par un violent incendie, sous le pontificat de saint Perpet , son prédécesseur , et qu'il les fit [teindre avec tout l'éclat qu'elles possédaient avant le désastre, h l'aide des artistes du p'tys, artificum noslrorum.

Pour tracer l'histoire complète de l'art en France, il manque quelques monuments.

quelques débris, du moins, de ces antiques [teintures. A l'aide des travaux d'érudition . les antiquaires , en interprétant les textes , peuvent expliquer bien des faits relatifs à ce mode de décoration ; ils sont même arrivés, en certaines circonstances, à îles résultats inespérés ; ils ont réussi à ravir au silence des siècles quelques-uns des secrets les plus curieux sur la pratique de l'art de la mosaïque; mais le moindre fragment échappé à la destruction du temps, le moindre tableau nous instruirait mieux sur cet intéressant objet que les plus savantes dissertations. C'est à peine aujourd'hui , malgré les recherches les plus actives et les plus persévérantes, si l'on peut signaler quelques restes douteux de la décoration peinte d'une époque antérieure au xi" siècle. Nous avons découvert nous- même , et déposé au musée de la Société archéologique de Touraine, un fragment de mosaïque de pavé [uovenant de l'église de Saint-Martin de Tours, et remontant assurément à une antiquité fort reculée. L s cubes de la mosaïque sont formés de marbre blanc, de brique rouge et de lave noire de l'Auvergne; ils sont fixes dans un mortier très-dur et assez fin. A Germigny-sur-Loire, non loin d'Orléans, il existe encore un petit tableau en mosaïque, attri bué à l'évoque Théodulphe. Dans le temple de Saint-Jean, à Poitiers , monument d une importance capitale dans l'histoire de notre architecture nationale, puisqu'il remonte au vie ou au vir siècle, on aperçoit des vestiges de peintures à fresque, qui peuvent être attribuées, sans trop de témérité, à la décoration primitive : on y distingue la figure du paon, symbole d'immortalité; la figure d'oiseaux palmipèdes, emblème du baptême; des méandres et d'autres ornements ayant une évidente analogie avec les motifs de décoration employés par les chrétiens dans leurs édifices, dès les premiers Ages.

La peinture murale avait également prodigué ses richesses dans les monuments du xi' et du xii' siècle; au xmc siècle, elle épuisa tous ses trésors de verve, d'imagination et de délicatesse , et s'éleva à une hauteur que ne soupçonnent [tas ceux qui oi.t étudie la marche et les progrès de l'art en Italie seulement , en négligeant nos monuments indigènes. La Sainte-Chnpelle de Pu-

Page 1