‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 37 sur 276 · CAB · texte numérisé non relu

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ceinture funèbre était autrefois un droil bonorifique qui n'appartenait qu'au patron

londaleur de l'église.*

FUNÉRA1HK (Dhap).— Les draps funéraires ou mortuaires, ou couvertures funèbres, furent employés très-anciennement dans l'Eglise, pour les funérailles des personnages de distinction. Ils étaient parfois d'une grande somptuosité, avec du riches ornements, souvent de velours, quelquefois de drap d'or-, avec des images brodées et des devises héraldiques. Jadis chaque confrérie ou société de métiers, avait un drap funéraire qui lui appartenait en propre, et qui était distingué' par des ornements et des signes particuliers. On s'en servait chaque fois qu'un des membres de la confrérie ou de la société venait à mourir. Les draps mortuaires ne se plaçaient pas seulement sur le ccreueil, ils se mettaient encore sur la pierre tombale des défunts, dans certaines occasions solennelles, aux services annuels, par exemple, qui devaient être célébrés à perpétuité, par suite de fondations dans l'es établissements religieux. Dans l'ouvrage de Sylvain Morgan, intitulé Sphère of gentry, publié en 1GG1, on voit un drap funéraire sur une Herse (Voy. ce mot), en honneur du roi Charles l", avec une croix blanche. Les draps mortuaires sont ordinairement carrés; quelquefois, cependant, ds sont taillés de manière à retomber régulièrement de chaque coté, en avant et en arrière du cercueil. Ils sont marqués, à leur partie supérieure, d'une grande croix qui s'étend dans toute la longueur et toute la largeur du drap funéraire, comme une large bande. Cette croix est communément formée avec une étoile de nature différente de celle qui constitue le drap lui-même ; quelquefois elle est faite avec un riche orfroi. Cette croix est ordinairement enrichie d'ornements variés et accompagnée d'inscriptions ou légendes, dans le genre de celles qui suivent : Credo quod Redemptor meus vivit, et in novissimo die de (erra surrecturus sum : et in carne mea videbo Deum Salvatorem meum. — In te, Domine, speravi, non coufundar in œternum. — De profundis clamavi ad te, Domine ; Domine, exaudi vocem meum. — Credo videre bona Domini in terra vivent ium. — Ne recorder is peccala mea, Domine, dum veneris judicure sœ~ culum per ignem. — Libéra me, Domine, de morte œterna in die illa tremenda. La croix fut mise sur les draps mortuaires pour montrer la foi du décédé et son espérance du salut par les mérites de la rédemption opérée par Jésus-Christ sur l'arbre de la croix. Quelquefois les cinq plaies sont représentées au centre et aux quatre angles du drap funéraire, dans l'intention de montrer d'une manière plus sensible encore que celui dont la froide dépouille gît dans la bière, est mort plein de confiance dans les mérites infinis

de Celui qui a voulu souffrir pour nous et qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. On broda souvent les armoiries du défunt sur le drap funéraire qui recouvrait son cercueil. C'était une marque de distinction tlalteuse pour les vivants qui appartenaient à sa famille. N'était-ce pas, en même temps, un signe frappant de la vanité humaine? Dans les monuments de la monarchie française, par Monlfaucon, on voit une gravure qui représente les funérailles de la reine Anne de Bretagne : le drap mortuaire est orné d'une croix et d'écussons. Dans l'inventaire de l'ancienne cathédrale de Saint-Paul, à Londres, on trouve mentionnés plusieurs draps funéraires, altem, baudekynus rubeus cura magnis rotellis et griffonibus et elephantis infra rotcllas, de funere H. de Sandwico. » Les couleurs de ces draps étaient fort variées. La couleur noire fut usitée au xvi siècle et plus tard ; mais ils étaient souvent de couleur rouge, pourpre, verte et bleue, de soie ou d'or, suivant les couleurs héraldiques des défunts.

FUSEAUX. — On appelle quelquefois fuseaux \vs fûts grêles des colonnettes gothiques. Cette expression est impropre, puisqu'elle fait naître l'idée de quelque renflement, par la comparaison avec un fuseau. Les fûts sont désignés plus justement sous la dénomination de roseaux.

FUSELÉ, en forme de fuseau. Voy. Fut.

FUT. — Le fût est la partie de la colonne comprise entre la base et le chapiteau. Voy. Colonne.

« Sous le rapport de la forme, disent les Instructions du Comité historique des arts et monuments, un fût peut être fuselé, c'est-à-dire ayant le diamètre du milieu plus grand que le diamètre inférieur et supérieur, qui sont égaux entre eux; renfle', avant le diamètre inférieur, supérieur et du milieu inégaux ; en balustre , offrant un renflement vers la partie inférieure; cylindrique, dont les diamètres sont égaux ; coniques , qui va en diminuant depuis le bas jusqu'en haut.

« Sous le rapport de la disposition, le fût peut être simple, croise [Voy. les figures à la lin du volume), brisé, noue, annelé.

« Sous le rapport de la surface, le fût peut être lisse, cannelé avec rudentures ou sans rudcnlures, losange, strié, gaufré, chevronné* contre-chevronné, tordu, rubanné, imbrique, contre- imbriqué , natté , godronné , fret té , chargé d'enroulements, d'entrelacs, d'animaux ou de personnages grimpant tout autour, ou d'une figure humaine engagée. Le fût peut même être remplacé par une ligure, humaine. » Voy. Cariatide.

Enfin les fûts peuvent être de coupe circulaire, carrée, polygonale, ovale, ou présenter une arête plus ou moins sentie. (Voy. les ligures à la fin du volume.)

GABLE. — Le gable désigne la partie su- triangulaire. Cette expression appartient à périeure d'une façade, quand cette partie est la fois à la langue française et à la langue

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anglaise, mais elle est plus usitée actucllcment dans celle-ci que dans l'autre. Dans là dernière, en effet, elle désigne non-seulement le pignon triangulaire, mais encore l'ensemble d'une grande muraille qui forme un frontispice ou une façade. C'est ainsi que les antiquaire» anglais appellent souvent fenêtre gable la large fenêtre ouverte dans les murailles d'un frontispice. Les archéologues français ne s'en servent jamais que pour désigner un pignon plus ou moins aigu. Le Comité des arts et monuments, dans ses instructions sur l'architecture du moyen âge, a condamné celle expression.

Elle mérite cependant d'être gardée, d'abord parce qu'ello est propre, ensuite parce qu'elle est plus convenable et moins vague que celle de pignon.

Dans l'architecture du moyen âge, les gables sont des parties importantes qui contribuent puissamment à l'effet d'une construction. Les proportions en sont déterminées par les dimensions du frontispice, en général , et principalement par l'élévation des combles de la charpente. Ces proportions sont communément très-variées, et cela se conçoit aisément quand on se reporte aux différences presque sans nombre que tes architectes ont mises dans celles de leurs édifices les plus célèbres. Dans les monuments du style romano-byzantin, le gable est peu élevé et forme un'angle qui diffère peu de l'angle droit. Dans ceux du style ogival l'angle est bien plus aigu, et, enfin, il arrive une époque où il est extrêmement aigu et élevé. Dans les églises romano-byzanlincs, le gable fut souvent surmonté d'une croix à son sommet ; dans celles de la période ogivale, il est couronné d'un bouquet de feuilles, d'une statue, ou même par un groupe. Dans les édifices de cette dernière période, les angles du gable sont garnis de feuilles grimpantes, et les côtés sont ornés de moulures plus ou moins saillantes. Voy. Fronton, Pignon, Feuillages.

• Le gable ne doit pas être confondu avec le fronton proprement dit. Ce n'est guère que dans les monuments d'architecture classique, ou dans ceux de la période romano-byzantine primordiale, qui dérivent du style latin et de l'imitation plus ou moins imparfaite des monuments antiques, que l'on remarque le fronton, avec sa forme particulière.

GABLETS. — Les gablcts sont de petits gables d'ornementation placés dans les niches, les dais, au-dessus des statues. 11 paraît môme que primitivement les dais étaient désignés sous le nom de gablets. C'est ce qui ressort évidemment du contrat qui fut dressé pour l'exécution du tombeau de Richard II, roi d'Angleterre, et de sa femme la reine Anne, en 1395. 11 y est dit expressément qu'au-dessus de la tête des statues on mettra des gablelz.

GALBE. — Le galbe, à proprement parler, est un renflement, un élargissement, ou un évasement fait avec grâce. Ainsi on dit le galbe d'une colonne, d'un vase, etc. La colonne antique est habituellement galbée,

c'est-à-dire que son profil, au lieu d'ètrerectiligne, décrit un léger renflement assujetti a des proportions géométriques, et qui n'est point en usage pour les colonnes de' la période romano-byzantine ou de la période ogivale.

GALERIES. —Les galeries dans les églises sont des espèces de nefs au-dessus des voûtes des bas-côtés, donnant sur la nef majeure par plusieurs ouvertures, ordinairement au nombre de trois. Quelquefois les galeries ne sont que d'étroits passages pratiqués dans l'épaisseur des murailles. Quelquefois, encore, elles sont seulement simulées par l'ornementation.

Dans certaines églises du xne siècle, comme à Notre-Dame de ChAlons-sur-Marne, ou du commencement du style ogival, comme à Notre-Dame de Laon, et ailleurs, les galeries sont aussi larges que les nefs collatérales, au-dessus desquelles elles ont été construites. Cette disposition est fort remarquable et il serait assez difficile d'en indiquer la véritable origine. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que dès les premiers temps du xie siècle, on construisit des galeries aveugles et simulées, uniquement pour enrichir la perspective et embellir les murailles , qui eussent paru trop nues sans cela. Ces galeries simulées indiquent néanmoins, dès leur origine, un étage au-dessus des grandes arcades et des voûtes des basses nefs. L'indication de ce second étage a été, sans doute, le premier pas fait dans la construction hardie des grandes galeries intérieures.

Les églises cathédrales et les principaux monuments des xin% xivc et xve siècles, ne présentent crue des galeries ou passages pratiqués dans l'épaisseur des murs. On peut citer des exceptions, mais elles sont peu nombreuses, et ce ne sont que des exceptions dans toute la rigueur du mot.

Il n'y a peut-être nulle part des galeries aussi remarquables que celles qui entourent le chœur et le sanctuaire de la cathédrale de Bayeux. Voy. Cathédrales.

Quant aux galeries extérieures de la façade des grands édifices, il y en a de justement célèbres. Nous citerons spécialement celles d'Amiens, de Reims et de Paris. Au-dessus des voussures du portail occidental de la cathédrale d'Amiens, le frontispice est coupé par deux lignes d'un grand et bel effet. Co sont deux galeries à jour, dont la première est composée d'une série de petites arcades ogivales , resserrées encore par une colonnette qui les partage en d'eux et dont le chapiteau de feuillages supporte deux arcs trilobés, au-dessus desquels s'ouvrent d'élégantes ouvertures trifoliées. La seconde , plus riche que la première, renferme vingtdeux statues colossales. On croit qu'elles représentent les rois de France, depuis Childéric II jusqu'à Philippe-Auguste.

La galerie des rois, au frontispice de la cathédrale de Reims, consiste en une charmante colonnade qui règne sur les quatre faces du portail, en suivant les parties sail-

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lantes des contreforts. Elle est formée d'une suite de petites arcades aiguës, ornées de découpures en trèfle, surmontées de petits frontons triangulaires, soutenus sur de légers faisceaux de colonnetles d'une extrême délicatesse ; on y compte quarante-deux statues de rois de France, depuis Clovis jusqu'à Charles VI. Les rois sont dans l'attitude du repos, tenant leur robe d'une main et posant l'autre sur la poitrine; quatre ou cinq tiennent le sceptre en main ; tous ont la couronne sur la tète. Nous devons placer ici une observation relativementaux statues des galeries d'Amiens et de Reims. La désignation deces statues, telle que nous l'avons donnée, appartient à M. Gilbert etèM. de Jolimont. Nous pensons qu'il faut user de la plus grande réserve dans l'interprétation des monuments tigurésdu moyen Age. De fréquentes erreurs ont été commises à ce sujet. Les archéologues inclinent aujourd'hui à croire que généralement, au frontispice des cathédrales, on a cherché à représenter les ancêtres de Jésus-Christ, ou bien les patriarches et les conducteurs du peuple d'Israël. C'est comme l'ancienne loi qui précède la nouvelle alliance.

Au-dessus des trois voussures de la façade de la cathédrale de Paris, la galerie des rois se montre vide des statues qui en faisaient autrefois l'ornement. Dans un des mouvements populaires, si fréquents et si terribles, durant la première révolution, toutes les statues couronnées furent brutalement jetées en bas et brisées. La populace aveuglée et fascinée ne distinguait pas entre les rois ancêtres de Jésus-Christ et les rois de France ; au nom de la liberté et de l'honneur national, elle profanait les plus nobles gloires de la France. Au-dessus de cette première galerie, on en voit une seconde, dont la décoration consistait en une seule statue de la sainte Vierge et qu'on appelait, a. (anse de cela, la galerie de la Vierge. En 1793, la statue de Notre-Dame ne fut pas respectée , elle fut renversée et réduite en poussière.

Outre les galeries dont nous venons do parler, il y a encore d'autres galeries extérieures, placées au sommet des murailles, souvent construites en encorbellement , et destinées à donner passage à la base des combles et des charpentes. Elles ont ordinairement, comme les galeries intérieures, des balustrades composées de petites arcades trilobées, de trèlles, de quatrefeuilles, de petits meneaux flamboyants , et autres formes caractéristiques.

CiALGAL. — On appelle lumulus ou tomhrllcs, des monticules factices, élevés sur la dépouille des morts. Ces tertres, composés de cailloux ou de terre, suivantles localités, et le plus souvent recouverts de gazon, affectent presque toujours la forme pyramidale ou conique Quand ils sont faits avec des pierres, on les appelle galgals. Voy. Tu- MUtttt.

M. Mérimée a fait connaître, dans un Rap-

port an ministre de l'intérieur, un galgal situé dans l'île de Gavr'Linis, près de l'entrée du Morbihan. Il trouva, enfoui sous ce monticule, un dolmen fort irrégulier,, ayant plus de 12 mètres de longueur el près de ï mètres de hauteur. Les pierres qui forment le comble sont de dimensions colossales; celle qui couvre la chambre occidentale n'a pas moins de 20 pieds de long sur 13 ou 1G de large. .Mais ce qui distingue ce dolmen (]qs autres monuments celtiques, ce' n'est pas seulement sa position souterraine, c'est encore que les pierres qui en composent les parois sont sculptées et couvertes de dessins bizarres que l'auteur compare au tatouage des insulaires de la Nouvelle-Zélande. Quelques-uns des dessins sont en creux, d'autres sont en relief. Du reste il est impossible d'interpréter ces figures étranges ; c'est un énigme indéchiffrable. Voij. Tlmllls, Celtique, Dolmen.

GALIMATIAS. — Frézier, célèbre par son Traite' d'architecture, appelle galimatias dorés des ornements de sculpture, de peinture, de dorure, qui sont mal rangés et mis à contre-sens. Quoique cette expression puisse paraître singulière à quelques personnes, nous avons cédé à la tentation de la mettre ici, parce qu'elle peint d'une manière très-pittoresque la confusion qui règne quelquefois dans les ornements de mauvais goût qui ont été infligés souvent à nos églises.

GALLO-ROMAIN. — On désigne, sous le nom de gallo-romain, le style d'architecture qui a présidé, dans nos contrées, h la construction de plusieurs édifices importants, dont nous contemplons les ruines avec étonncment, h l'époque de l'invasion et de la domination romaine. 11 n'entre pas dans le plan d'un dictionnaire d'archéologie sacrée de décrire minutieusement les restes des monuments gallo-romains que nous rencontrons, de toutes parts, dans notre pays. Nous renvoyons le lecteur, désireux de connaître ce qui a été fait sur cette importante matière, au résumé donné par M. de Caumonl dans son Cours d'Antiquités nationales. Nous donnerons cependant ici une courte notice sur la manière dont ces édifices furent bâtis, en tant qu'elle se rapporte à la construction de nos premiers monuments chrétiens. Voy. Goths, Age des édifices. Commençons par une note sur un temple gallo-romain.

Temple païen de l'époque gallo-romaine mentionné par saint Grégoire, éiéquc de Tours. (Greg. Tur. lib. ï, cap. 30.) « Le trône impérial fut occupé en 27e lieu par Valérien et Gallien, qui excitèrent contre les chrétiens une grande persécution. Alors le bienheureux sang de Corneille et de Cyprien illustra les villes de Rome et de Carthage. Dans le même temps Chrocus, roi des Alemans, ayant levé une armée, envahit les Gaules. Ce Chrocus était d'une arrogance extrême. S'étant rendu coupable de quelques actes iniques, par le conseil, dit-

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