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conservés h tous les animaux Fantastiques ou non, faisant fonction de gouttières , même aux figures humaines.
Le nom de gargouille n'était pas spécial au dragon de Rouen, et s'appliquait gênériquement et par corruption au (iranouilli de Metz, à. la Kraula de Reims, a la Grandyueule de Poitiers, etc. On Ta môme trouvé employé dans les vieux rituels de Provins, pour désigner la carcasse du dragon a gueule enflammée, qui, dans les processions des Rogations, figurait l'hérésie dont l'Eglise triomphe.
Le savant jésuite, Ch. Cahier, dans le I" vol. des Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature, donne de curieux détails sur les figures grimaçantes qui terminent les gargouilles et qui se trouvent en si grande quantité aux combles de nos grandes églises. Il cherche à montrer que le mot magot, appliqué à ces figures monstrueuses, a une étymologie biblique et vient de magog. Joinville, l'historien du roi saint Louis, parle des peuples de Got et Magot, gui dévoient venir en la fin du monde aveegues V Antéchrist, quand il viendra pour tout destruire. Cette seule phrase nous apprend plusieurs choses sur le mot en question : elle établit, ou're son ancien usage dans notre langue, son origine biblique très-reconnaissable. Il est évident que c'est là le Gog et le Magog de l'Ecriture sainte. La seule chose qui puisse se conclure bien certainement de l'ensemble des textes où ces mots mystérieux sont répétés, c'est qu'ils désignent les auxiliaires de Satan contre Jésus-Christ. Ces auxiliaires sont-ils des peuples, et quels peuples? ou bien ne sont-ils que les ministres subalternes de Lucifer? Là les opinions se partagent ; et peu nous importe, quant à notre sujet actuel, puisqu'après tout ce sont les serviteurs quelconques du prince des ténèbres. Ce qui nous importe un peu plus, c'est l'observation souvent faite au moyen âge par les commentateurs de l'Ecriture, savoir que, décomposé dans sa signification hébraïque, magog, signifie du toit. On peut citer à ce sujet les paroles d'un interprète qui appartient aux premières années du xnc siècle. Fer Gog et Magog quidam Gothos, quidam vero Getas et Managetas intelligere volucrunt... Nos autem, secundum nominum interpretationcm, salva fide, ista exponamus : Gog en Un interpretatur tectum; Magog vero de tecto. Sed quid tecto M nisi peccatores , in quibus vitia et maligni spiritus teguntur et habitant? Quid vero de tecto, nisi eadem vitia spiritusque immundi? (Brun. Astens. in Apocal, xx.) Quelle que soit la valeur de cette décomposition grammaticale, elle se prêtait assez bien à l'idée qui occupait l'esprit des architectes chrétiens, la représentation de l'Eglise chrétienne dans les formes du temple qui servait à réunir ses enfants; ou autrement : l'exacte traduction en langage architectural du double sens (moral et matériel) que renferme le mot église poulies peuples chrétiens. Rapprochée d'un texte
où saint Paul parle du démon sous le nom de prince de l'air [V.ph. u, 2) , cette acception hébraïque de Magog conduisit à peupler de monstres fantastiques les cheneaux et les galeries aériennes des églises. Lh ces magots grimaçants du haut nés toits ou des clochetons figurèrent les légions de l'ennemi du salut qui planent sur la tète du fidèle pour ] l'écarter du droit chemin, et contre lesquelles il n'est de vrai refuge ou de remède que dans l'Eglise. Ainsi s'explique en môme temps pourquoi la statue de saint Michel, ou d'un ange quelconque, se voyait fréquemment soit sur le chevet, soit sur quelque pignon principal des églises. Il était làcomme pour contenir les légions infernales, et rassurer le fidèle contre l'appareil de cetle armée ennemie qui ne peut nuire au chrétien s'il ne donne lui-même les mains à sa ruine.
M. César Daly, l'habile directeur de la Revue d'architecture, avait déjà indiqué brièvement, mais très-justement, la signification symbolique des gargouilles. « Dans les édifices du moyen âge, dit-il, {Revue, tom. VII, pag. 56 ) les gargouilles deviennent d'horribles monstres. Est-il à supposer que les artistes prédicateurs du moyen Age aient créé ces formes repoussantes sans y attacher aucune signification? »
Que la laideur ait été prise par les temps chrétiens comme symbole de la dégradation morale, et qu'à ce titre les démons aient constamment été figurés avec des formes repoussantes, c'est ce que tout le monde sait, c'est ce que l'étude de l'âme humaine nous montre comme un sentiment profond de notre nature : aussi les langues classiques confondaient-elles sous un seul mot, comme nous, l'expression de la difformité et celle du vice. C'est de la sorte que Magog ayant été pris comme indication des suppôts de l'enfer, magot a bientôt signifié un être difforme et plus ou moins repoussant.
Dans l'architecture ogivale, la gargouille ramenée à sa forme élémentaire n'est pas autre chose qu'une gouttière de pierre ou de métal, droite, ou décrivant une courbe horizontale, formant une saillie assez considérable, sous la figure d'un animal fantastique, d'un démon, d'un homme faisant des contorsions, etc. Le but de cette saillie est de déverser les eaux à une grande distance du pied des murailles. Afin de conduire aisément les eaux du grand comble par-dessus les toitures des nefs collatérales, on a établi des caniveaux sur l'extrados des arcsboutants. Ces caniveaux sont garnis en plomb, pour que l'humidité ne dégrade pas les joints des pierres.
Il arrive quelquefois, cependant, que les gargouilles ont été ajoutées aux corniches seulement dans un but d'ornement.
GAUDRON. — Voy. Godron.
GÉANTS (Pavé et Palais des).— On appelle pavé des géants les pierres posées. Voy. Alignements. Les palais des géants ne