‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 46 sur 276 · COI · texte numérisé non relu

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en avait altéré ou détruit les motifs, qu'ils aient établi certains rapports entre 1rs idées dominantes et les nombres ; c'est ce que doit reconnaître tout homme qui s'est adonné à l'étude de l'histoire. On dirait que le inonde entier avait entendu cette parole de nos saintes Ecritures : « Dieu a tout disposé avec mesure, nombre et poids. » Oinniu in tncn.sura cl numéro et pondère disposuisti (Sap. xi, 21).

On a donc cherché à se rendre compte des nombres le pins souvent répétés, et avec leurs caractères on a établi une espèce d'alphabet hiéroglyphique.

Les Egyptiens trouvaient dans le nom du Nil, écrit en caractères grecs, la période solaire de 363.

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Les Mithriaques retrouvaient le même nombre dans le nom de Mithras.

Pythagore faisait du carré le svmboîe de la terre, dont il voyait les quatre points cardinaux dans les quatre angles ; et le cercle, dont tous les points correspondent au centre par Jes rayons, était à ses yeux l'image du ciel qui environne notre globe.

Les Juifs surtout ne pouvaient méconnaître, dans certaines mesures et dans certains nombres, un dessein marqué de la Providence; c'étaient pour eux des monuments commémoratifsou des prophéties mathématiques. Ils professaient pour ces nombres un respect d'autant plus 51 and que le sens leur en était plus caché; il ne devait, en effet, être dévoilé que par l'accomplissement des promesses. C'était seulement en rapprochant la ligure de la réalité qu'on pouvait en découvrir les rapports.

Les mesures que Dieu lui-même avait indiquées pour la confection du tabernacle et du temple, les ornements qui devaient être employés à leur décoration, le nombre de ces ornements variés, tout était pour les Juifs autant de mystères. Les chrétiens seuls purent en donner l'explication; c'est ce que l'ait Eusèbc, en nous ex; osant le plan d'une église bâtie par Constantin, et dans laquelle ce prince avait cherché à reproduire les différentes dispositions du t mple de Jérusalem. (Euseb. llist. eccles., lib. x, cap. k.)

La science des nombres dut donc faire de nouveaux progrès à mesure que les chrétiens méditèrent les saintes Ecriture» et en

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découvrirent le sens caché. Ils trouvaient dans ÏTEvangile un motif qui les portait à cette étude; Jésus-Christ, en rapprochant les

nombres de la loi nouvelle de ceux de la loi ancienne, semblait indiquer aux fidèles que tout était figure chez les Juifs. De même que Jonas fui trois jours et trois nuits dans le rentre de la baleine, de même aussi le Fils de l'homme restera (rois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Mutth. xu, iO). Nous ne devons pas être étonnés de l'importance que les Pères attachèrent à l'élude et au développement de cette science. Tertullien, saint Cyprien , Origène , emploient souvent la raison des nombres. Saint Augustin surtout et saint Ambroise font voir, à chaque page de leurs oeuvres, les rapports qui existent entre les nombres consacrés par la loi nouvelle et ceux de la loi ancienne; et saint Bernard établit en partie sur les nombres la division de ses sermons et de ses explications ascétiques.

« Nous ne saurions douter, dit saint Augustin, et notre conviction est basée sur des fondements solides, que l'Ecriture contient des nombres sacrés et pleins de mystères; nous pouvons nous en convaincre par ceux dont nous avons déjà, découvert le sens. » In Scripturis esse sacratissimos et mysteriorum plcnissimos ut quibusdam quos inde nossepoluimus dignissime credimus. (S. Aug. in Gènes. , lib. i, queest. 152.)

Avant saint Augustin, Tertullien avait reconnu la même vérité : selon lui, les douze sources et les soixante-dix palmiers que les Israélites rencontrèrent à Elim, dans le désert, étaient la figure des douze apôtres et des soixante-dix disciples ; il trouve la même figure reproduite par les douze pierres précieuses que portait le grand prêtre sur sa poitrine, et par les douze pierres que Josué retiraduJourdain, pour dresser sonautel commémoratif. (Adv. Marcionem* lib. iv.) Saint Ambroise, expliquant, comme Tertullien, les sources d'LTim, ajoute que le double symbole de l'eau et des palmiers convient bien à la vie des apôtres.

Saint Augustin et saint Ambroise, en donnant des explications sur les nombres dans la plupart de leurs ouvrages, semblent parler une langue familière à leur siècle ; et en attribuant à un nombre une idée, ils paraissent n'être que les échos de ceux qui les ont précédés ; cependant le saint évêque d'Hippoie se plaint de ce que la scienci des nombres n'est pas plus connue.

« Nous rencontrons, dit-il, des hommes qui méprisent les nombres, tout en estimant la sagesse ; c'est qu'il est plus facile de compter que de suivre les leçons que nous donne la sagesse... Ne les voit-on pas préférer l'or à la lumière ? Le mendiant, en effet, peut se procurer la lumière, tandis que l'or ne se trouve qu'entre les mains du plus petit nombre. Qu'on ne pense pas que je veuille placer ici la sagesse au-dessus du nombre, car ces deux choses se confondent et n'en font qu'une. » (De lib. Arbit., lb. \i. cap. 2, n° 2.)

« La vérité des nombres est éternelle; je ne sais pas jusqu'à quand le ciel et la terre subsisteront, mais je sais que toujours 3 et 7 ont produit 10, et que jamais nulle part ce résultat ne changera. » (S. Aug. ibid. , cap. 8, n° 2.)

« Regardez le ciel, la terre, la n.er et tout ce qu'ils renferment; leur beauté vient des nombres qui les composent; retranchez ces nombres et ils retombent dans le néant, leur existence dépend de celui qui est le principe des nombres. Tous les arts que les hommes exercent consistent dans la disposition des nombres ; l'artiste imprime à son œuvre les nombres qu'il a combinés dans sa pensée, et ce sont encore les nombres qui mettent en mouvement ses membres pour exécuter ce qu'il a conçu dans son esprit. C'est le nombre qui plaît dans la danse ; la beauté des formes n'est qu'une heureuse combinaison des nombres; la beauté des mouvements est produite par la cadence régulière des nombres. »( S. Aug., ibid. , cap. 16, n° 2.)

Ecoutons maintenant ce grand docteur nous développer la théorie et la raison des nombres.

1. « L'unité principe ne peut se rencontrer dans les corps, car ceux-ci étant composés de parties et par conséquent divisibles, ne sauraient nous donner l'idée de cette unité; nous pouvons cependant, à l'aide même des corps, parvenir à la connaissance de cette unité, parce que nous savons pourquoi les corps ne la possèdent pas.

« L'unilé est donc le principe, le nombre générateur; en partant de cette unité, nous arrivons à dix, pour revenir à l'unité et compter jusqu'à cent par diza nés, en suivant les mêmes nombres, et à mille par centaines, et jusqu'à l'infini, toujours guidés par les mêmes règles

2. « Tout nombre, pour être parfait, doit être composé de trois termes : le principe, le moyen et la fin. Deux ne sauraient posséder ces trois termes ; c'est l'unité répétée, il faut donc qu'il soit principe comme l'unité qui le complète.

3. « Trois est un nombre parfait ; car les trois termes de la perfection s'y rencontrent, et si on veut l'analyser, on voit qu'on ne peut le diviser en deux parties égales, on est réduit à constater son principe qui est l'unité, son moyen qui est l'unité , et sa tin qui est l'unité, et on trouve toujours unité parfaite.

« Le second principe est engendré par l'unité génératrice. Le premier engendre tous les autres par le moyen du second, et le troisième est l'union de deux unités; c'est un uni à deux.

« Ces trois nombres n'ont pas besoin des autres; ils sont indépendants, tandis que les autres sont produits par eux : on ne peut concevoir quatre sans ajouter un à trois, cinq sans ajouter deux à trois.

« Trois est donc le nombre divin, mais il est aussi le nombre de l'âme créée à l'image de Dieu. Aussi l'homme 'doit-il être uni à

son créateur d'une triple manière, eu l'a i—

raant de toute, son Ame, de lout son esprit, de toutes ses forces. »

h. «Quatre est le nombre terrestre. Toutce qui regarde la créature matérielle reproduit ce nombre; les quatre points cardinaux, le Nord, le Midi, l'Orient et l'Occident; les quatre vents; les quatre saisons; les quatre qualités principales des corps, le sec, l'humide, le froid, le chaud ; les quatre éléments, le feu, l'air, la terre et l'eau. » (Saint Augustin, saint Cyprien, saint Ambroise, saisi Basile, etc.)

« Adam, dit saint Cyprien, fut formé de la terre prise aux quatre extrémités du globe.» Le saint docteur s'appuie sur ces paroles de l,i Genèse : J'ai formé l'homme de lout le limon de la terre (la Vulgate ne dit pas omni iimo, comme on le trouve dans saint Cyprien). » Aussi, ajout e-t-il, dans le nom d'Adam, Dieu semble perpétuer le souvenir de cette origine; il plaça une étoile à chacun des quatre points cardinaux; à l'Orient, celle qui est appelée Anatole, Dusis à l'Occident, Arctos au Nord, et Mesembris au Midi. En réunissant les premières lettres de ces quatre étoiles, on trouve le nom d'Adam, et m on leur donne leur valeur numérique, on aura le nombre 46.

« Or dans 46, on trouve le nombre de la pénitence et de l'expiation, 40, auquel est joint 6, nombre de la perfection. » (Sanct. Cyprian., de Mont. Sion et Sina.)Ce nombre devait être prophétique, car Jésus-Christ seul pouvait unir la perfection à Vexpiution.

« Quatre n'est pas seulement le nombre terrestre, il devient par le nouvel Adam le nombre évangélique. C'est le nombre des tleuves du paradis terrestre, figures mystérieuses de ces quatre sources divines qui devaient répandre dans le monde les eaux salutaires de la grâce. La grande nappe liée par les quatre coins que saint Pierre aperçut en vision, annonçait que l'Evangile devait être prêché dans toutes les parties ou monde, et que tous les hommes étaient appelés à être régénérés par le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est pour cela, ajoute saint Cyprien, que cette nappe s'abaissa à trois fois différentes. Les quatre colonnes, placées à l'entrée du tabernacle, désignaient aussi la loi évangélique. »

5. a Cinq, d'après la tradition, serait le nombre judaïque, le caractère de la Synagogue. Il rappelle les cinq livres de Moïse, les cinq portiques qui contenaient les malades, les cinq pains distribués aux cinq mille hommes dans le désert. Le Sauveur n'a pas choisi sans raison dix, nombre de ia loi, dans la parabole des vierges, pour diviser ensuite ce nombre; les cinq vierges

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sages ont pratiqué la continence en exerrani la vigilance sur les cinq sens, et ont mérité par là d'être admises en présence de l'Epoux; les cinq vierges folles, au contraire, comme la synagogue , ont été repoussées par suite de leur imprévoyance. » (Saint Augustin.)

6. «Six est le nombre de la perfection et de la création; c'est Dieu se manifestant par les œuvres , trois reproduit. Ce fut à la sixième heure du jour que Jésus-Christ commença le sacritice d'expiation qui devait réparer le mal que le péché avait fait au monde en détruisant la perfection.

7. «Sept est le nombre du repos, du pardon, de la charité et de la grâce. Que ce nombre soit simple, dit saint Cyprien, ou qu'il soit multiple, il fait naître dans l'esprit des idées sans lesquelles il est difficile d'expliquer les saintes Ecritures. C'est Dieu lui-même qui l'a consacré. 11 est composé de quatre, nombre de la créature, et de trois, nombre du Créateur; c'est le nombre du Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils, et. qui vient sanctifier la créature en l'unissant au Créateur par les liens de l'amour. » (S. Cyprian. Opéra Christ, de Spiritu sanct o.)

8. « Huit est le nombre de la résurrection : c'est la reproduction de quatre. C'est le jour du repos des chrétiens, qui leur rappelle le jour du véritable repos, comme la Circoncision figurait les moyens nécessaires pour y parvenir. Les huit personnes sauvées du déluge, et échappant à la mort qui frappait le reste des hommes, étaient une figure de la résurrection : l'arche fut comme leur tombeau, et elles en sortirent pleines de vie. » (S. August. , Ad Jnquisit. Januarii , lib. n, epist. 55.)

9. « Neuf, nombre angélique, carré de trois, nombre générateur. Les anges sont continuellement en union avec Dieu, et par la prière l'homme se rapproche de l'ange et se met aussi en union avec Dieu. Le centurion Corneille était en prière à la neuvième heure, dit saint Cyprien, lorsque l'ange se tint à ses côtés. Pierre et Jean montèrent au temple à l'heure delà prière, c'est-à-dire à neuf heures. Ce fut à celte heure que Jésus-Christ sur la croix nous unit à Dieu par son sang, c'est pourquoi les Pères appellent aussi ce nombre, le nombre de la prière. » (S. Cyprian., de Oratione Dominiea.)

10. «Dix, nombre de la loi de crainte, source de la perfection et de la justice. C'est un second générateur qui doit entrer dans la combinaison de tous les autres nombres qui le suivent. » (S. Aug., in Psalm. cl.)

C'est avec ces dix termes de la science des nombres que les Pères de l'Eglise composèrent des phrases, toujours en prenant les saintes Ecritures pour guide. La combinaison de ces nombres leur dévoilait à chaque instant de nouveaux secrets; bientôt, s'aidant de la valeur numérique des lettres de l'alphabet, nos artistes du moyen âge, dit M. Crosnier, dans les dimensions qu'ils donnèrent à nos basiliques , inscrivirent, avec leur règle géométrique, des noms sa-

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