‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 51 sur 276 · IX · texte numérisé non relu

IX

vcnr qui a pesé si longtemps sur les édifices chrétiens du moyen Age. Tous les esprits , durant un temps beaucoup trop considérable, ont été imbus des plus aveugles préjugés à ce sujet. Nous devons avouer que même les plus tiers génies, les plus belles intelligences, n'ont pas pu se soustraire aux fausses opinions et a l'influence de ces préjugés. Fénelon, dans son Dialogue sur Véloquence, compare) les faux ornements du style à ces ornements capricieux dont les monuments gothiques sont parés , et qui annoncent un mauvais goût. Grâce à Dieu , un heureux changement s'est opéré dans les idées, et les monuments du style ogival ont été mieux appréciés et n'ont pas tardé à ôtre entièrement réhabilités.

Nous conviendrons sans difficulté que le style ogival avait été fort mal défendu contre les attaques des architectes de la Renaissance par les premiers admirateurs. Ceux-ci, en etfet , pour le mieux faire apprécier de leurs adversaires , avaient prétendu en faire un sixième ordre d'architecture. Mais comme ils n'en connaissaient pas assez les principes , les ressources et les règles, ils se trouvèrent dans l'impossibilité d'en formuler les caractères avec précision. Grand succès pour leurs adversaires, qui s'imaginaient que l'art ogival n'existait pas, parce qu'il n'avait pas son Yitruve et son Vignole 1

N'insistons pas trop longuement sur un passé qui est aujourd'hui enseveli dans l'oubli. L'injustice a été réparée. Nos monuments chrétiens sont admirés comme ils méritent de l'être! Voy. Ogive, Ogival, ROMA- Pi O-HYZANTIN, RyZAÏSTIN, ARCHEOLOGIE, ARCHI- TECTURE.

GOTHS (Architecture des). — Nos pères, gaulois ou francs, avaient deux manières de bâtir, l'une qu'ils appelaient ancienne, l'autre qu'ils appelaient nouvelle. L'ancienne consistait à placer l'une auprès de l'autre, debout ou presque debout, des pièces de bois liées par le bas, formant avec le sol un triangle et enchâssées par le haut dans une pièce transversale. Les intervalles étaient remplis avec des pierres. L&nouvelle était totalement en pierres. On les arrangeait en forme de murailles en dedans et en dehors.

L'une des deux manières venait des Gaulois, l'autre avait été apportée de Rome. Pour découvrir l'origine de la première, il faudrait remonter aux druides, dont le culte se pratiquait dans les forêts. Il faudrait même aller jusqu'aux Germnns qui , n'ayant point de temples, exécutaient leurs cérémonies dans les bois. (Tacite , Descript. German. cap. 16 et 30.)

La même manière de bâtir avait plusieurs dénominations. On appelait la première notre coutume, la coutume des Gaulois (mos noster gallicanus) ; celte dernière était la plus ordinaire; elle était vulgaire, générale. De là la promptitude avec laquelle une église était élevée, la rapidité à la démolir, la multiplicité des incendies et les ravages qu'ils opéraient. On appelait la seconde manière novum œdificandi ijenus ; la coutume nouvelle,

recens rilus. On disait qu'une église était bâtie avec des pierres taillées, avec des pierres grandes et carrées (dedolatis lapidibus, magnis (juailrisf/ur saxis).

Saint Grégoire de Tours, Sulpice-Sévère , saint Fortunat citent un grand nombre de temples bâlis suivant l'ancienne manière. Adrien Levalois joint son témoignage à celui de ces auteurs.

Tandis que l'on construisait un grand nombre d'édifices en bois, comme nous l'apprennent les auteurs que nous venons de nommer, d'autres édifices se bâtissaient en pierre avec toute la solidité et toute la magnificence que Rome mettait dans ses ouvrages.

Namatius, huitième évoque de Clermont, construisit a la manière des Romains l'église de Saint-Julien. Il lui donna 150 pieds de long, 60 pieds de large et 50 pieds de haut sous le plafond, une abside arrondie, 70 colonnes, 8 portes et 42 fenêtres ornées de vitraux, qui produisaient, dit l'auteur, une grande clarté et une crainte de Dieu suffisante: Terror namque ibidem Dei, et claritas magna conspicilur (Greg. Toron., Hist. lit», n, cap. 16). Namatius en fut lui-même architecte, suo studio fabricavit (Ib<d.).

Saint Didier, évêque de Cahors, construisit, en 630, une église « non sans doute suivant notre style gaulois, » non quidem noslro gallicano more.

Cette manière de bâtir s'étendait de contrée en contrée.

Vers l'an 674-, Wilfrid, évêque d'York, voulant s'y conformer dans la construction de la cathédrale et de deux autres églises, appela des artistes de la France et de l'Italie, pour exécuter ces grands ouvrages d'un genre nouveau dans sa patrie : De Roma quoquect Italia et Francia, et de aliis terris ubicunque invenire poterat cœmentarios et quoslibet alios industrios artifices secum ret innovât, et ad opéra sua facienda secum in Angliam adduxerat. (Apud Script. Hist. angl., script, x, tom. I, col. 295.)

En 675 , Riscops , abbé de Weremouth , vint pareillement d'Angleterre en France, chercher des constructeurs propres à lui bâtir une église en pierres, à la manière des Romains, manière, dit son biographe, qu'il aimait beaucoup. Il en trouva en effet : Gallias petens cœmentarios qui lapideam sibi ecclesiam, juxta llomanorum, quem semprr amabat morem, facerent , postulavit , accepit, attulit (Ven. Reda, Yita abbat. Wcrcmutensium, éd. 166i, pag. 27). C'est pour la même église que Biscops fit ensuite demander en Fiance des vitriers, sorte d'ouvriers encore inconnus à cette époque en Angleterre, et qui enseignèrent leur art aux Anglais : Fàct unique est ut venrrunt (vitri factures), nec solum postulatum opus compléter unt , sed et Anglorum ex co gentem hujusmodi artificium nosse ac discerc feccrunt (Ibid., pag. 28).

Ce qu'il faut surtout remarquer dans l'intervalle écoulé depuis l'entrée des Goths en France jusqu'à leur sortie, c'est que ces peuples, regardés comme *\cs ignorants et des barbares, et uniquement propres à piller

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