‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 52 sur 276 · GOT · texte numérisé non relu

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et à détruire, étaient au contraire des bâtis* seurs d'édifices d'une grande richesse.

Fastueux dans leur vie publique, amis des arts autant que pouvaient l'être des peuples dont l'éducation commençait, réputés les plus éclairés des barbares et presque semblables aux &recs, suivant l'expression de Jornandès, leur historien, notamment ariens zélés, à peine furent-ils établis dans le Languedoc et la Provence , qu'on les vit élever des églises et lutter sur ce point avec les catholiques. Les Goths étaient à peu près ce que sont encore les Lombards : maçons, architectes, gagnant leur vie à bâtir, quand il s'agissait de gagner leur vie.

Les écrivains languedociens ne sont pas d'accord entre eux sur la question de savoir qui est l'auteur de la Daurade, église de la Vierge, désignée sous ce nom à cause de la mosaïque qui en couvrait l'abside. La Faille nie que ce soit un monument romain (La Faille, Annales de Toulouse, part, i, chap. 4, tom. I, pag. 9). Ils croient cependant les uns et les autres qu'elle a été bâtie ou par Théodoric II, prince goth, qui commença à régner en 452, ou par Enric, son frère, qui lui succéda en 466 (J. Chabanel, Antiquité de la Daurade, pag. 38, 39. — D. Vaissette, Hist. du Languedoc, tom. I, pag. 661. — Séries reg. goth., ap. D. Bouquet, tom. II, pag. 701, 704). Ce qui est certain, c'est qu'elle existait en 584, puisqu'à cette époque la princesse Rigonthe, fdle de Chilpéric et de Frédégonde, menacée par une émeute, s'y réfugia (Greg. Turon., Hist. Franc, lib. vu, cap. 10).

Cette mosaïque, qui subsistait encore en 1793 (.Martenne et Durand, Voyage littéraire, part, ii , pag. 47) , représentait les douze apôtres; et la dévotion particulière que les ariens avaient pour ces saints pourrait prouver qu'ils étaient auteurs de cet embellissement.

j Enric, un de leurs rois, de qui les Etats s'étendaient depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées, depuis l'Océan jusqu"à Arles, qui régna momentanément à Marseille, s'étant emparé de l'Auvergne, bâtit, ou -du moins commença, deux églises à Clermont, pendant un séjour de neuf années, l'une dédiée à saint Laurent et saint Germain, l'autre à saint Julien. Toutes deux furent construites à la manière des Romains, ornées de colonnes, et avec une grande magnificence (Greg. Turon. lib. n, cap. 20, mirifice construxit. — Chron. Moissiac, ap. D. Bouquet, tom. II, pag. 649).

A la même époque, Lunebodes, seigneur goth, gouverneur de Toulouse, fit élever dans cette capitale l'église de Saint-Saturnin ou^Saint-Sernin , et Fortunat dit à ce sujet : « Ce ne sont point des artistes venus d'Itaiie qui ont exécuté ce grand ouvrage; il est du à un homme de la race des barbares. » (Fortunat, lib. n, carm. 9.)

Quod nidhis veniens romana génie fabrivil, . . . barbarica proie peregït opus.

Enfin, vers l'an 657, Audoin, nommé aussi Dado ou saint Ouen, ancien référendaire de Dugobert, devenu archevêque de Rouen en

640, vint fonder en pierres l'église de Saint- Pi erre-le-Vif. Clotaire III, encore enfant, ou plutôt la reine Bathilde, sa mère, concourt à cette grande entreprise. Cette église doit être « noblement construite : » A Lothario, rege Francorum, nobiliter constructa. On appelle des Goths; ils la bâtissent en pierres carrées, et cet admirable ouvrage est encore dû à des mains barbares : Miro opère, quadris lapidibus, manu gothica (Vita S. Audoeni, ap. Bol-

I and., 24 aug., pag. 818, 819. — Gallia christ., tom. XI, col. 13, 44, 15).

Ce fait a été cité plusieurs fois; mais les déductions qu'on en peut tirer n'ont pas été développées comme elles méritaient cte l'être.

II prouve, en effet, que les Goths avaient adopté cette belle manière de bâtir, qu'on appelait alors manière romaine ou nouvelle, en grosses pierres carrées et taillées au marteau, quadris lapidibus... dedolatis lapidibus. L'armée des Goths était allée établir le centre de son gouvernement à Tolède, en l'an 542; mais tous les Goths, à beaucoup près, n'étaient pas partis. Il en restait encore un si grand nombre en France, et ils étaient tellement attachés à leurs lois, qu'en 759, les Sarrasins tenant la ville de Narbonne, et Pépin en faisant le siège, ceux qui étaient dans la ville firent dire à ce prince que, s'il voulait leur rendre leurs lois gothes, ils se chargeaient de tuer tous les Sarrasins et de lui ouvrir les portes. Ce prince promit tout, et ils tinrent leur parole (Chronic. Moissiacens., ap. D. Bouquet, tom. V, p. 69).

Nous voyons encore, dans l'exemple de Saint-Pierre-le-Vif, que cette manière de. bâtir, quoiqu'elle eût fait déjà des progrès dans l'opinion des prélats, n'était point généralement adoptée; souvent on préférait la construction en bois. Une révolution s'opérait, et les Goths y avaient une grande part. Nous y voyons enfin que les Goths louaient leurs œuvres en qualité d'architectes et de maçons, manu gothica. Cette manière était réellement trop belle et trop préférable a la construction eu bois pour ne pas se répandre de jour en jour davantage.

On peut consulter avec avantage un savant mémoire sur ce sujet par M. Em. David (Bulletin monum., tom. V, pag. 382). L'auteur y développe cette pensée, à savoir, que les Goths ont donné leur nom à la première manière de bâtir les églises en pierres appareillées. Ce serait le gothique ancien de certains auteurs. L'élan étant donné, on continua à construire les édifices religieux en pierres de grand appareil, et ainsi naquit, par une conséquence naturelle et presque nécessaire, le gothique moderne, qui fut plus tard appelé style ogival. Nous n'admettons pas entièrement cette opinion de M. Em. David. Elle est néanmoins établie dans son Mémoire de façon à intéresser par les faits qu'il cite à l'appui.

GOUSSE. — Ornement employé dans Je chapiteau ionique; on en trouve aussi quelques exemples dans les monuments de la période romano-byzantine. 11 ressemble à des gousses végétales.

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GOUTTEREAU (Mm). — Quelques architectes appellent le mur gouttereau d'une église celui dans lequel est percée la clairevoie.

GOUTTES. — Petits cônes qui se détachent du soflïte du rnutule de la corniche dorique, ou qui pendent en petites pyramides au bas des teigiyphes de la frise, sur l'architrave.

GOUTTIERE. — Canal creusé dans la pierre, et qui sert à conduire les eaux pluviales provenant des toits, et à les jeter loin îles fondations au moyen des gargouilles. Voy. Gargouilles.

GRADIN. — Les gradins sont des degrés placés sur l'autel et vers le fond, pour recevoir les chandeliers. On en voit quelquefois deux et trois. Mais l'introduction des gradins d'autel est tout à fait moderne; on n'en rencontre jamais sur les anciens autels, ni dans la représentation des autels- qui existe dans les vitraux peints, dans les manuscrits à miniatures et dans les autres monuments de l'iconographie. Ce n'est guère qu'à partir du xv' siècle que l'usage des gradins s'introduisit dans nos églises.

GRAPPE DE RAISIN. — Voy. Fruits.

GRASSES (Feuilles). — Un grand nombre de chapiteaux de colonnes ont été formés ou ornés de feuilles grasses, durant la période romano-byzantine. Voy. Chapiteau, Feuilles.

GRECQUE. — Ce mot signifie la même chose que Frette. Voy. ce dernier mot.

GRENADE.— Voy. Fruits.

GRIFFES. — La base attique est souvent imitée pour les colonnes de la période romano-byzantine, au xir siècle. Cette base n'est pas toujours simple : elle est quelqueibis décorée de figures, de feuillages et de moulures diverses. Les feuillages se replient souvent sur eux-mêmes aux quatre angles de la plinthe, et forment des espèces de pattes ou de griffes. Voy. Empattement, Appendicule, Base.

GRIFFON. — Le griffon est un animal fabuleux, dont le corps est composé de membres pris \ divers animaux. Il a joué de tout temps un grand rôle dans l'ornementation. Dans l'antiquité, comme au moyen Age et dans les temps modernes, on a reproduit en mille manières la tigure du grillon.

GRILLE. — Une grille, au point de vue le plus général, est un assemblage de pièces de bois ou de métal, croisées ou entrelacées, de manière à former une enceinte autour d'un objet quelconque que l'on désire protéger contre les approches de la multitude. Il est inutile de dire que ces espèces de barrières sont nées de la nécessité, et, par conséquent, qu'on peut en trouver des exemples et des modèles dans tous les temps et chez tous les peuples. Les souterrains sacrés des Catacombes romaines nous ont fourni, sous ce rapport, un modèle assez curieux, puisque l'on a observé des tombeaux entourés de pièces de marbre formant barrière. Voy. Catacombes.

Le transsept des basiliques était séparé

des nefs par une barrière ou griNe de même genre. Il en était de même des autels ïes plus anciens. Nous en avons parlé longuement à l'article Autel (Voy, ce mot).

Les tombeaux des saints étaient également entourés de grilles. Voy. Chancel ou Cancel. Le tombeau de saint Martin, à Tours, était entouré d'une grille précieuse.

Quant aux grilles qui entouraient le chœur, ou qui se trouvaient à l'entrée des chapelles latérales des églises, elles remontent à une grande ancienneté. On en connaît différents modèles remarquables, depuis les grilles romanes de l'ancienne abbaye de Conques (départ, de l'Aveyron ), jusqu'aux grilles élégantes de la Renaissance. Au xvne et au xvme siècle, on a fabriqué des grilles en fer avec enroulements, feuillages et ornements variés, qui ne manquent ni de richesse ni d'élégance. On a publié, dans les Annales archéologiques, deux curieux modèles de grilles. Voy. tomes X et XL

La portion de grille romano-byzantine de l'église de Conques, publiée dans le tome XI des Annales archéologiques, se compose d'i deux dormants latéraux, d'une frise supérieure et d'une porte. Les deux parties dormantes latérales sont formées de bandes horizontales, dont chacune est produite par une réunion d'éléments semblables par la forme , mais différents par les dimensions ; ils s'amoindrissent à mesure que la longueur des bandes diminue par la saillie des bases des colonnes qui les limitent. L'élément de ces panneaux se compose de quatre volutes affrontées deux à deux, partant d'un nœud saillant d'où sortent également des tiges de fer plus minces, se contournant en sens inverse à leur extrémité. La bande supérieure du panneau de droite, plus étroite que les autres, fait seule exception; elle est composée de trois éléments, produits par deux volutes s'enroulant en sens contraire, de manière à former l'S.

La frise, fixée sur une traverse en bois, se compose de douze éléments disposés horizontalement en deux modèles différents , placés sans égard à la symétrie, et séparés par des tiges verticales, que termine une pointe aiguë. De chacun de ces montants part, en se recourbant en avant, une tige terminée alternativement par une fleur de lis et une tète de dragon. De plus , avec chaque volute terminée par une tète de dragon, s'épanouissent, dans le plan du grillage, deux palmettes en fer forgé; ces pal mettes viennent se relier, en se recourbant, avec deux dards qui se détachent de la tige d'où part la fleur de lis. Ce couronnement, malheureusement un peu mutilé, est d'une grande richesse, à cause surtout des palmettes.

La porte est formée de cinq bandes verticales, composées de huit éléments chacune; ces bandes sont fixées sur six montants, dont les extrémités se recourbent en volutes et viennent se marier à celles des éléments qui composent le fond ou le réseau de la porte. De plus, les deux montants extrêmes

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