‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 53 sur 276 · GUI · texte numérisé non relu

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sont tordus en spirales. Ce système est fixé dans un cadre en fer qui s'ajuste dans un second encadrement servant de linteau et de chambranles à la porte (Alf. Darcel).

(Voy. deux beaux modèles de grilles, aux figures placées à la fin de ce volume.)

GRISAILLES. — Le mot de grisaille désigne une espèce de peinture faite avec une seule couleur noirAtre ou grise. Mais on l'emploie plus communément pour désigner certains vitraux d'églises formés de verres blancs sur lesquels le pinceau a tracé des dessins d'arabesques, ou des ornements variés. La couleur noire qui a servi h cette opération devient adhérente à la surface du verre en passant au fourneau de recuisson.

Depuis le xiii' siècle jusqu'au xvi% o'i a placé aux fenêtres des églises une grande quantité de verrières en grisaille : quelquefois les grisailles occupent la superficie entière de la verrière, quelquefois elles en remplissent une partie seulement, et le reste est orné de verres de couleur. L'imagination des artistes a créé des motifs de décoration en grisaille, où le goût le plus épuré n'a rien à reprendre. Ce sont des fleurons, des rosaces d'ornementation, des feuillages, des fleurs, etc., agencés et disposés avec beaucoup d*' élégance. On y remarque parfois des branches légères et flexibles, comme celles du chèvrefeuille, qai courent sur la surface de la fenêtre de la manière la plus gracieuse; le plus souvent la grisaille est égayée parla couleur. Les bordures qui en forment l'encadrement sont formées de verres de couleur et sont semblables en tout à celles qui entourent les verrières à légendes et à personnages.

Dans le grand ouvrage du P. A. Martin, sur les vitraux de la cathédrale de Bourges, on trouve de charmants modèles de grisailles empruntés à diverses églises, comme Auxerre, Strasbourg, Fribourg en Brisgaw, et quelques églises d'Angleterre.

GROTESQUE. — Voy. Figures grimaçantes, Fols, Gargouilles, AJodillons.

GROTTE AUX FÉES.— C'est un monument druidique que l'on connaît encore sous le nom lT allée couverte ou de coffre de pierres. Il est composé de deux lignes parallèles de pierres brutes, dressées verticalement et contiguës. Ces pierres supportent d'autres pierres horizontales qui forment un comble, ou bien qui simulent un toit en terrasse. Des quartiers de roche, placés à l'intérieur, servent de cloisons et divisent Je monument en plusieurs compartiments.

Voy. Allée couverte.

^ GROTTES. — Les premiers habitants de l'Egypte ont habité dans des grottes. Voy.

IlCYPTIEX.

GROTTES VATICANES. Voy. Catacombes. — On a quelquefois nommé grottes

les principaux souterrains sacrés de Rome. Voy. Eovpte.

GUEULE, synonyme de cymaise. — On dit gueule droite et gueule renversée. Voy. Cymaise et Gola.

GUILLOCHIS. — Les guillochis doubles sont la môme chose que les grecques ou les frettes (Voy. ce dernier mot). C'est une espèce d'entrelacement de lignes se coupant à angle droit. Les guillochis peuvent être simples, mais alors ils n'offrent plus qu'une sorte de zigzag.

GUIRLANDES. — Il y avait autrefois des guirlandes de quatre espèces usitées dans les églises. 1° Les guirlandes de fleurs suspendues au-dessus des autels et dans les églises, aux jours de solennité; 2* les guirlandes de roses ou d'autres fleurs placées entre les mainsouautourde latêtedesmembres du clergé et d'autres personnes dans certaines processions; 3° les guirlandes d'argent et de pierres fines, placées sur des statues; 4° les guirlandes de fleurs artificielles employées aux funérailles des vierges.

Dans les anciens inventaires il est souvent question de guirlandes de feuilles d'argent ou de vermeil, entremêlées de pierres précieuses et de perles. On peut consulter à ce sujet le Monasticonda Dugdale. Cet ouvrage est une mine inépuisable en renseignements de ce genre.

La coutume de se servir de guirlandes d'ornement aux funérailles des vierges est très-ancienne en Angleterre et fort remarquable. On lit à ce sujet, dans le Répertoire d'antiquités (tom. IV, pag. 664) le passage suivant : « Outre ces couronnes, les anciens avaient encore les guirlandes funéraires, dont l'usage s'est conservé, en Angleterre, jusqu'à ces derniers temps, et persévère même encore dans quelques endr its. Ces guirlandes, aux funérailles des jeunes tilles décédées, étaient portées devant le cercueil par deux jeunes filles, et déposées ensuite en quelque lieu apparent de l'église. Ces guirlandes étaient faites de la manière suivante : le bord inférieur, ou le cercle, était un large cerceau de bois, auquel de chaque côté, étaient fixés des fragments de deux autres cerceaux, se croisant l'un l'autre au sommet, à angles droits. Ces cerceaux étaient entièrement couverts de fleurs artificielles en papier, en corne raclée ou en feuilles d'argent, et plus ou moins belles suivant le rang de la personne dont on faisait la sépulture. On y voyait aussi des morceaux de papier blanc assez grands, où l'on inscrivait le nom, l'âge, etc., de la personne défunte. Quelquefois encore on y entremêlait des rubans de diverses couleurs. »

GUI VRÉ. — On appelle tore guivré, d'après 3es Instructions du Comité historique des arts et monuments, plusieurs tores ou boudins juxtaposés et décrivant des zigzags.

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IIACHK.— I.On trouve fréquemment dans les auteurs profanes la formule suivante : Sub ascia dedicavit. Elle s'applique h un gran 1

nombre de monuments, et nous pouvons ajouter de pins qu'elle se rapporte à une

grande quantité de fails.Un sens mystérieux et sacré y était certainement attaché ; mais les antiquaires jusqu'à présent ont-ils réussi complètement à le découvrir ?

Parmi les sarcophages gui sont encore dans les catacombes chrétiennes de Rome ou qui en proviennent, on en trouve quelques-uns qui portent gravé en creux ou en relief une espèce d'instrument qui ressemble quelquefois h une pioche, dont la forme est plus ou moins accusée. ( Voy. l'ouvrage d'Aringhi, Roma subterranea, planches des pag. 250, 326, 335.) Cette forme varie sur les divers monuments où elle se trouve représentée. C'est ce qu'on nomme Vascia, sorte de signe, qualifié même de formule funéraire, qui occupe depuis longtemps les antiquaires et les archéologues.

Que penser de cette formule lorsqu'elle se trouve sur des tombes chrétiennes ?

Le savant qui a essayé de répondre directement à cette question, et cela tout récemment, est un membre de l'académie des sciences et belles-lettres de Dijon, M. Rossignol. La présence de Vascia sur les sépultures chrétiennes est fort rare; mais on connaît des faits incontestables. Une tombe trouvée à Lyon en 1740, dans les ruines de l'ancienne église de Saint-Just, portait l'image de la croix avec deux colombes et la double représentation de Vascia. Quelques sarcophages des catacombes o tirent aussi le signe de cette formule funéraire. Le célèbre abbé Lebœuf, d'Auxerre, a publié un monument funèbre portant Vascia. Ce monument est celui de saint Andoche, à Saulieu; mais il a été détruit malheureusement pendant la révolution de 1789.

Si les chrétiens se sont servis de Vascia, c'était sans doute, dit M. Rossignol, une manière de protester contre l'usage de brûler les corps, usité à une certaine époque de décadence. Ils semblaient en appeler aux Romains de la vieille république contre les Romains dégénérés de 1 empire, en s'attachant à la formule. Les chrétiens mettaient leurs dépouilles sous la protection des lois, mais pour prouver qu'ils repoussaient le but tout païen que se proposaient les Romains imbus d'idolâtrie, ils joignaient à Vascia profane une figure de la croix. C'était pour eux une espèce de prescription qu'ils invoquaient contre la violation de leurs tombes. Quelquefois Vascia est accompagné de deux colombes, autre symbole éminemment chrétien, comme chacun le sait. Jamais, comme le fait remarquer M. Rossignol, les chrétiens, en se servant de Vascia comme signe (Je protection de leurs tombeaux, n'y ont joint la formule consécratoire Diis manibus, qui

faisait un dieu du mort et un temple de son tombeau. Pour les chrétiens Vascia est un simple signe de l'inhumation qui proteste

contre l'usage païen de brûler le corps. Vascia est plutôt une pelle à manche qu'une pioche, et il a passé avec une forme tout à fait moderne dans la cérémonie des funérailles chrétiennes, telles qu'elles se font journellement. Voy. le Dictionnaire iconographique de Rf . Guénebault, dans les Appendices, ouvrage qui fait partie de V Encyclopédie de M. 1 abbé Migne.

Haches celtiques. — Ces haches forment un des objets les plus curieux des antiquités des peuples qui ont habité avant nous le pays que nous occupons actuellement. Elles avaient des formes variées et des usages de plus d'un genre. Nous avons écrit sur ces haches une notice, insérée au tome II des Annales de la société archéologique de Touraine. Nous reproduisons ici cette notice, où l'on trouvera énumérés des faits nombreux et qui nous ont paru dignes d'intérêt.

Uaches celtiques. 11 existe peu de questions scientifiques plus débattues et plus obscures que celle des instruments en silex et en bronze, désignés généralement sous le nom de haches celtiques. Malheureusement, dans les dissertations archéologiques publiées déjà en. assez grand nombre sur cette intéressante matière, les auteurs n'ont pas toujours tenu un compte suffisamment rigoureux des faits; ils se sont lancés avec, trop de complaisance et de facilité dans le champ vague et nuageux des conjectures. Celle fausse voie devait conduire nécessairement à une déplorable confusion d'idées; il eu est résulté plusieurs opinions contradictoires, où la critique est fort embarrassée. On ne saurait trop répéter ce principe, à cause de son extrême importance, que, dans les sciences d'observation, il faut avoir à son service une immense série de faits, avant de chercher à systématiser les conséquences qui ressortent de leur examen et de leur comparaison. Les aperçus précipités, les théories uniquement basées sur des idées préconçues ou sur des observations incomplètes, ne sont propres qu'à entraver la marche de la science. Ces réflexions nous viennent naturellement à l'esprit, au moment où nous quittons la lecture des nombreux travaux entrepris sur les antiquités gauloises. Elles peuvent recevoir leur application dans l'étude de la plupart des branches de l'archéologie ; elles naissent du sujet spécial sur lequel nous nous proposons d'attirer votre attention. Ces considérations, que nous présentons aujourd'hui, étaient esquissées depuis longtemps ; nous avons cherché à les compléter par des observations nouvelles.

Avant d'entrer dans l'exposé même des

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études que nous avons ébauchées sur cette partie des antiquités celtiques, nous devons avertir que nous avons été sobres d'explications théoriques. Nous les avons évitées à dessein jusqu'à ce que la comparaison d'un certain nombre d'objets analogues nous ait donné le droit d'aborder ces questions toujours délicates. Nous allons donc d'abord faire passer sous les yeux les monuments eux-mêmes, comme les différentes pièces d'un procès, qui sont produites et discutées avant de prononcer un jugement sérieux et motivé. En plaçant à côté les unes des autres une grande quantité de pièces semblables, nous en verrons sortir des rapprochements naturels et peut-être inattendus : l'analogie et la déduction nous conduiront seules dans nos recherches, et nous osons espérer que cet'e méthode rationnelle produira d'heureux résultats.

Los haches en pierre ont été nommées ccltœ par les antiquaires. La connaissance des endroits où on les trouve en plus grande abondance éclaircira la question d'origine, et aidera à déterminer à quelle race de peuples ces instruments servaient plus spécialement. La plupart des hachettes de silex ont été découvertes dans des fouilles au pied des monuments druidiques, tels que les tumulus, les dolmens et les menhirs. Souvent elles étaient enfouies à la base même du monument, sans qu'aucun indice pût montrer des précautions ou des intentions directes. Souvent aussi elles ont été rencontrées au milieu des débris, restes souillés des sacrifices sanglants. Elles se trouvaient mêlées avec des ossements à demi brûlés d'hommes ou d'animaux, avec des matières végétales carbonisées et des fragments de diverse nature. Parfois ces haches ont été ramassées sur le sol même, autour des grands autels celtiques. Lorsqu'on a ouvert des tombelles et que les fouilles ont été boueuses, on a fréquemment observé des celtœ près des squelettes rangés dans leurs ehainbres sépulcrales ; elles étaient quelquefois sous la tête même des guerriers, comme une arme qu'un soldat pose sur sa tête afin de s'endormir avec plus de sécurité; quelquefois encore elles étaient placées à leurs pieds ou à leurs côtés comme des offrandes dernières. Enfin dans certaines localités on en a trouvé une quantité considérable, dont les unes étaient entièrement achevées et les autres à peine dégrossies. On a considéré ces lieux comme ayant été autrefois des centres de fabrication. Les haches parfaites, comme les haches à peine ébauchées, ont fourni danscette occasion matière à desobservations curieuses. On a surpris, pour ainsi dire, les procédés mécaniques de formation.

M. Jouannet, dans un travail remarquable sur le sujet qui nous occupe, donne des détails piquants. Un Gaulois voulait-il se fabriquer une hache, il choisissait d'abord quelque silex Je plus approchant de la forme désirée, puis s'armant d'un marteau, il frappait son silex, tantôt sur un côté, tantôt sur l'autre, enlevant par écailles, d'abord assez

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grandes, toute la pierre inutile.. A mesure que l'ouvrage avançait, les difficultés augmentaient pour amener la pierre au point de pouvoir être soumise au poli : on se fait à peine une idée du nombre et de la petitesse des écailles qu'il fallait détacher sans otfenser les bords latéraux ni le tranchant. Quelquefois, au moment de terminer, la main s'égarait, un coup malheureux causait un dommage irréparable, et la pierre était jetée au rebut. J'en ai trouvé plusieurs dans cet état, j'en ai vu d'autres dont le tranchant, usé ou brisé après le poli, avait été refait. Dans quelles contrées a-t-on observé ces haches curieuses de silex ? Un fait bien remarquable et qui mérite toute attention, c'est que la plupart de ces instruments singuliers ont été trouvés dans l'Europe centrale et septentrionale. A partir du Danemark jusqu à la Garonne, on en trouve fréquemment, et il n'y a guère de collections d'antiques qui n'en présentent une série plus ou moins nombreuse. Nous devons ajouter que c'est principalement dans le pays compris entre la Seine et la Garonne qu'on a trouvé les dépôts les plus considérables et les formes les plus variées. Sur les bords du Rhin, on a mis à découvert, dans des fouilles pratiquées sur les points du sol les plus anciennement occupés, des instruments de cette espèce d'une conservation admirable, avec toutes les modifications possibles de forme et de dimension. En Angleterre, dans les lieux où les dolmens sont plus fréquents, dans le voisinage des kromlechs et des tombelles, les haches se sont montrées aussi grandes et aussi belles que sur le continent. En France, certaines provinces, telles que la Picardie, laNormandie, la Bretagne, l'Anjou, le Périgord, etc., en ont offert aux recherches de l'antiquaire des échantillons magnifiques, où toutes les nuances dans la matière, la forme, la taille, la coupe générale s'offrent à l'examen : en Touraine nous en avons vu quelques-unes fort curieuses. Si nous voulions citer les localités où les celtœ ont été recueillies jusqu'à présent, nous nous engagerions dans un interminable catalogue de noms propres, dont l'aridité ne serait compensée par aucun autreavantage.il n'est pas de publication scientifique , dans laquelle l'archéologie ne trouve Sa place, où l'on n'ait mentionné une grande quantité de découvertes de cette nature. Ces observations partielles ne sont pas sans importance dans l'histoire locale, mais elles ont été si fréquemment répétées, et c'est une chose tellement connue de toutes les personnes qui s'occupent d'études archéologiques, qu'il nous suffitde les mentionneren passant, sans nous y arrêter davantage. La présence des haches de silex a été constatée dans les provinces méridionales de la France; mais le nombre de ces objets est si restreint, qu'on est naturellement porté à penser que c'est du dehors qu'ils sont venus, et que c'est uniquement par importation que les habitants les ont possédés. Les peuplades nomades des anciens Gaulois ont dû nécessaire-

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nient semer partout sur leur passage les ustensiles qui étaient à leur usage. Soit que ees hachettes servissent aux besoins domestiques, soit que leur destination fût militaire, comme nous l'examinerons plus bas, on conçoit qu'elles aient pu être laissées dans les contrées méridionales de l'Europe, où les populations celtiques firent de fréquentes incursions. C'est ainsi que dans l'Italie septentrionale, dans l'Etrurie et dans les campagnes romaines, on a de temps en temps fait la rencontre des haches attribuées aux nations galliques. Ces objets singuliers, peu communs dans la péninsule italique, sciaient donc comme d>'S médailles antiques, témoins irrécusables des migrations et des luttes sanglantes des peuples gaulois dans les champs de l'Italie.

Quelques antiquaires Italiens , adonnés surtout aux études d'archéologie étrusque, ont prétendu que ces objets pouvaient aussi bien appartenir aux populations primitives de l'Etrurie qu'aux habitants des Gaules. Les arts ont de si frappantes analogies dans les œuvres qui sont sorties de leurs essais en tout genre, qu'il ne serait pas surprenant, suivant eux, que les Etrusques et les Gaulois eussent pratiqué en même temps des travaux semblables. Ils apportent encore, pour soutenir leur opinion, des considérations d'une valeur tout à fait secondaire. Il est évident, pour quiconque voudra se donner la peine d'apprécier l'autorité de leurs raisonnements, que leur système s'appuie sur des principes contredits par toute la puissance de la critique monumentale. Nous n'invoquerons pas ici les arguments de l'analogie et de la déduction qui militent très-fort en notre faveur. En montrant plus tard comment certains peuples de l'Asie centrale, et même de l'Amérique, ont possédé des haches semblables aux celtœ, nous ferons voir comment on peut se livrer à des considérations philosophiques, et comment certains auteurs on t cherché par cette voie à résoudrede hauts problèmes ethnographiques.

Avant de passer à d'autres observations, disons encore que quelques haches de silex et de bronze ont été vues dans les campagnes de la Grèce. Nous voulons ici simplement constater un fait, sans en vouloir laire pressentir les conséquences. Ces objets sont très-rares dans cette contrée, et ont été retrouvés à d'assez grandes profondeurs. Ne seraient-ce pas des reliques de ces vieux Gaulois qui, sous la conduite de leur brenn, traversèrent le pays tout entier, et s'avancèrent jusqu'au temple de Delphes ? De toutes ces observations nous pouvons légitimement conclure que les haches de silex ont été façonnées et employées par des races d'origine commune. Puisqu'on les retrouve principalement dans les régions habitées par les tribus celto-germaines, nous trouvons dans ce fait la solution la plus plausible de la question d'origine. Les déductions sont ici parfaitement logiques, et nous sommes appuyés, dans notre manière de raisonner, par les données philologiques autant que

par les sources historiques les plus reculées. Les monuments, même les plus minimes, font entendre un langage significatif, qu'il est aisé de contredire avec l'esprit de système, mais qu'il n'est pas aussi facile de faire taire. Il suffit souvent de remettre les choses dans leur état naturel pour leur conserver toute leur force historique et scientifique. Quelles sont les formes principales affectées aux celtœ ? Après avoir comparé ensemble un grand nombre d'instruments de ce genre, nous croyons pouvoir rapporter ces formes à cinq types généraux. Le premier type reproduit la forme la plus généralement usitée et en même temps la plus élégante. Le bord tranchant est taillé régulièrement. La ligne arrondie qui le circonscrit s'incline doucement vers les ilancs, également arrondis, pour se terminer en une pointe plus ou moins aiguë. Le plus souvent les côtes en sont taillées à une vive arête. En comparant cette hachette à une belle feuille lancéolée, on en donnera une idée très-juste. Si l'on veut employer dans cette description des termes d'une plus rigoureuse exactitude, on dira que les haches de silex de ce type ressemblent à des coins de forme pyramidale, terminés d'un côté par une pointe mousse, et de l'autre par un tranchant acéré, dont le fil décrirait une portion d'ellipse. L'abaissement de la ligne moyenne vers le tranchant commence ordinairement vers le tiers de la longueur totale, ce qui contribue particulièrement à donner à l'instrument des proportions agréables. On a trouvé dans ce type des objets de dimension assez considérable, depuis vingt-cinq centimètres jusqu'aux dimensions les plus réduites, de cinq à six centimètres. Ce type est le plus commun, et dans les collections on le rencontre le plus fréquemment.

Le second type diffère du précédent par laterminaison.de ses deux extrémités. L:t partie supérieure offre un tranchant bien aiguisé, mais peu étendu. La ligne circulaire qui le borne est très-fortement abaissée. La partie inférieure, au lieu de se terminer en pointe, présente une simple diminution do celle qui lui correspond- Ce serait presque un second tranchant, si la ligne était un peu plus aiguë. Les ilancs sont arrondis ou taillés à arête. Cette forme est beaucoup moins gracieuse que la première etbeaueoup moins usitée. Elle montre un allongement qui n'est pas en rapport avec les autres dimensions. Le troisième type ne semble au premier abord qu'une dégénérescence des deux premiers. Dans une série bien établie, il serait possible de passer par tous les intermédiaires entre les deux formes extrêmes. Cependant comme la modification est trop profondo pour qu'on puisse les rapporter à un type identique sans violer les analogies naturelles, nous avons cru devoir admettre ce nouveau type, qui peut être caractérisé de la manière suivante: Le sommet supérieur offre un tranchant semi-circulaire, mais d'un diamètre très-court. Les Ilancs sont travaillés de la même façon que ch'.z les types

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déjà indiqués, et la partie inférieure se prolonge en pointe mousse. L'aspect de ce type est bien différent des deux autres, la foi nie en est maigre et peu harmonieuse. Les hachettes ainsi façonnées sont rares.

Le quatrième type nous donne en extension ce que le troisième possède en diminution sur le type premier. Le tranchant est large, acéré, fortement courbé. La pointe en est plus obtuse encore que dans les autres : du reste, le dos et les flancs sont taillés de la même manière. Cette forme est presque aussi commune que celle du type premier. Quoique moins régulière et moins agréable à l'œil, elle est d'une exécution remarquable et d'un effet aussi savant.

Enfin le type cinquième ne parait être qu'une exagération de celui qui précède immédiatement. La partie tranchante est beaucoup plus développée et le corps moins considérable. La pointe est arrondie et presque coupante. Cette forme n'est pas trop rare; elle se montre dans des dimensions très-variables. 11 est à noter que ces types, quoique bien caractérisés, ne sont pas propres à certaines régions limitées; on les trouve indistinctement dans les endroits où l'on a rencontré ces sortes d'antiquités.

Après avoir fait connaître les cinq principaux modèles des hachettes celtiques de silex, nous pourrions indiquer à présent les transitions curieuses que l'on a remarquées d'une forme à une autre forme. Ces changements, pour ainsi dire imperceptibles, nécessités souvent par des conditions matérielles autant que par des intentions directes , nous contraignent d'avouer qu'il ne faut pas attacher une trop grande importance aux idées systématiques que l'on voudrait faire découler de l'établissement de ces cinq types. Nous n'y attachons qu'une importance d'ordre et de méthode, c'est-à-dire tout à fait extrinsèque.

Les celtœ ne sont pas toutes de la môme matière. Il y en a qui sont d'une matière

f)lus recherchée, plus brillante et plus soide; d'autres, au contraire, où l'on ne voit J>as de grandes précautions dans le choix de a matière et dans la perfection de l'exécution. Généralement elles sont formées d'une roche siliceuse jaune, noire, rougeâtre ou blanchâtre. Ce sont des silex que l'on rencontre fréquemment dans les productions minéralogiques de notre sol. Quelques haches sont faites d'une roche amphibolique verdâtre, de granit, de marbre, de grès, de jiierre ollaire, de serpentine, de calcédoine, de jaspe, etc. Ces dernières sont des instruments de luxe : elles sont travaillées plus finement et appartenaient sans doute aux personnages éminents de la nation.

Si nous abordons actuellement la question de destination de ces singuliers instruments, nous sommes arrêtés dès les premiers pas. 11 y a une si grande distance de notre civilisation à ces mœurs demi-barbares des tr.bus gilliques, que nous ne pouvons comprendre l'usage de plusieurs objets qui leur ont appartenu. Ces hacheltes de silex sont si com-

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munes, qu'il est évident qu'elles étaient d'un service important et journalier. Plusieurs antiquaires ont vu dans ces instruments de véritables haches. J'ai vu au musée d'antiquités d'Amiens une hache de silex emmanchée dans une corne de cerf. — C'est un fait à peu près unique, qui jette une certaine lumière sur cette question. Ainsi fixée , cette hache devient facile à mettre en œuvre. Quand on a regardé cette disposition curieuse , on conçoit aisément 'qu'on puisse adapter ces instruments à des manches de bois et s'en servir commodément. D'autres ont dit que les celtœ se portaient à la main et que, dans le combat corps à corps elles servaient à porter de rudes coups à l'ennemi, lorsqu'on savait les lancer d'une main sûre et vigoureuse à la tête ou dans la poitrine de son adversaire. De là l'origine du nom de casse-têtes, qu'on a donné quelquefois à ces instruments.

On est porté à croire que ces hachettes ont servi dans les sacrifices , *et que l'arme terrible des batailles s'est ensanglantée dans la main des druides, lorsqu'ils offraient sur les dolmens des victimes humaines. C'est ce qui nous explique la présence de ces objets au milieu des restes des sacrifices enterrés au pied de l'autel druidique. Il est plus raisonnable de penser que ces haches avaient un usage multiple. Elle pouvaient rester armes de guerre, instruments de sacrifice , et cependant servir à tous les besoins de la vie domestique. D'ailleurs ces petites hachettes n'eussent offert qu'un moyen de défense très-insignifiant en temps de guerre, tandis qu'elles ont une destination naturelle dans les détails quotidiens de la vie intérieure; elles pouvaient alors servir à dépecer une proie, à couper des viandes, enfin à aider les mains dans mille nécessités du ménage.

Un texte cité par M. de Caumont, et extrait de Guillaume de Poitiers, fournit encore sur ce sujet des indications qu'il ne faut pas négliger. Il résulterait de ce passage que l'emploi des armes de pierre n'a pas été abandonné aussitôt qu'on le présumerait généralement. Au xic siècle les populations du Nord se seraient encore servies des instruments de silex. Guillaume de Poitiers rapporte donc qu'à la bataille d'Hastings « les Anglais lançaient sur les Normands des épieux et des traits de diverse sorte , des haches terribles et des pierres appliquées à des morceauxdebois: »Jactant (Angli) cuspides ac diversorum generum tela , sœvissimus quasque secures et lignis imposita saxa. (GuiJlelm., Pictav., Hist. Guillelm. Vict.) Ce fait véritablement étonnant pourrait peut-être s'expliquer, en songeant que l'armée d'Harold se composait non-seulement d'Anglais, mais encore d'un grand nombre de Danois, peuple chez lequel les arts sont demeurés trèslongtemps dans l'enfance, et qui paraît n'avoir abandonné que fort tard l'usage des instruments de pierre.

Avant de terminer ce que nous avions à dire sur les haches de silex, nous allons jeter un coup d'œil sur les monuments analogues

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qu'on a observés dans plusieurs contrées , surtout en Asie et en Amérique. Lorsqu'on pousse ses études sur les antiquités celtiques jusqu'à une certaine limite, on est surpris à chaque instant des rapports étonnants qui relient ensemble les populations galliques et les populations les plus anciennes de l'Asie centrale. Des monuments plus considérables attestent une communauté de mœurs et de coutumes, des usages généraux et privés, et montrent des relations évidentes dans la vie publique comme dans l'organisation de la Famille. Nous avons émis déjà quelques idées sur ce sujet, dans un travail où nous comparions les monuments celtiques aux monuments des principaux peuples de l'Asie. Si nous avons été frappés de la ressemblance du tumulus chez les tribus nomades de la Se \ Une et de la Mongolie, et chez les races celtiques , nuus le serons plus vivement encore en retrouvant dans ces régions lointaines des instruments d'une importance secondaire. Plusieurs voyageurs célèbres, entre autres Pallas, donnent des détails tellement précis et tellement circonstanciés sur le résultat de leurs observations, qu'il est permis d';îsseoir sur leur témoignage des arguments difficiles à contester. En parlant des hachettes de bronze, nous constaterons encore leur présence chez des peuplades d'origine commune : nous les rencontrerons semées à profusion dans des pays où les Celtes ne semblent pas avoir porté leurs courses.

Dans les parties les plus sauvages et les plus pittoresques de l'Amérique méridionale, au Mexique et surlesbordsdes grands fleuves, on a découvert des monticules semblables à nos tombelles druidiques, à côté de ces restes d'une civilisation plus avancée. Les ruines de Palenque sont encore bien énigmatiques, les tumulus seront-ils environnés des mêmes obscurités? Au pied de ces tertres funéraires, comme au sein de nos tertres druidiques , comme aux mains des sauvages de l'Amérique, la hachette de pierre se rencontre fréquemment. Les formes, malgré l'éloigné meut des lieux, ne sont pas seulement analogues, elles sont véritablement identiques. Je possède une hachette de serpentine verte admirablement travaillée, polie avec le plus grand soin , qui vient d'une peuplade sauvage de la Caroline du sud. En la plaçant à côté de nos hachettes gauloises les plus finement exécutées, elle offre une similitude complète; elle ressemble aux hachettes du type premier. D'autres hachettes en cassetètes présentent des modiiications profondes et ne se rapportent qu'imparfaitement aux types que nous avons décrits. Mais le principe est toujours subsistant, quoique divers dans ses applications. C'est toujours la môme idée exprimée en termes différents.

Nous ne répéterons point ici les idées que nous avons exposées ailleurs au sujet des déductions que ces faits intéressants amènent à l'homme studieux qui cherche à féconder ses travaux par la philosophie. Nous avons marché sur lus traces des hommes

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las plus graves et les plus érudits, en indiquant ces recherches sur des objets antiques comme pouvant converger vers les hautes questions de l'ethnologie. Quelque minimes que puissent paraître les données fournies par des monuments secondaires, il ne faut cependant jamais oublier que les faits ont une importance immense, parce qu'ils apportent toujours des témoignages authentiques et irrécusables. Nous passons maintenant à l'étude d'instruments de bronze, dont l'histoire n'est pas moins problématique que celle des instruments de silex que nous avons examinés. On leur a donné le plus souvent le nom de haches, à cause de leur configuration générale et de leur ressemblance avec les celtœ; quelquefois on les a désignés sous le nom de coins, à cause do leur forme allongée et tranchante.

Depuis les premières recherches sur les antiquités celtiques, jusqu'à nos jours, on a publié, dans une foule de journaux scientifiques et même dans un grand nombre d'ouvrages assez volumineux , des travaux fort remarquables sur les haches de bronze. Depuis les articles de Caylus, de Montfaucon, jusqu'au mémoire de M. Jouannet et la monographie historico-archéologique de M. Heinrich-Schreiber, professeur à l'université de Fribourg en Brisgaw, on a imprimé une grande quantité de notes détachées, d'aperçus isolés, d'opinions plus ou moins solidement établies sur les questions ardues qui se rattachent à ce chapitre intéressant. Malgré la défaveur qu'on a cherché à jeter, dans ces derniers temps, sur l'archéologie celtique et sur les systèmes de plusieurs honorables ssvants, nous avons lu avec le plus grand plaisir un article fort curieux de M. Mangon de la Lande, inséré dans les Bulletins de la Société des antiquaires de V Ouest, et surtout un compte rendu de M. Ulrichs, professeur-adjoint à l'Université de Bonn, au sujet du livre de M. Schreibrr, où la question est envisagée sous un point de vue plus large que dans les publications précédentes. Dans cet essai sur les hachesceltiques de bronze , nous avons eu pour but principal de résumer les connaissances acquises aujourd'hui sur ce point, et, par des considérations plus méthodiques , de compléter des idées éparses dans une multitude de traités peu connus et mal appréciés.

En disant que les haches de bronze se retrouvent dans les mêmes contrées que les haches de silex, nous aurons peu à ajouter pour faire connaître le gisement de ces singuliers débris. On les découvre donc en grand nombre dans les régions du Nord , dans la Grande-Bretagne, dans les provinces occidentales de la France, dans la Germanie Rhénane : on a rencontré quelques échantillons de ces instruments jusque dans les parties occidentales de la Russie. Cette seule considération des localités suffit déjà pour éclairer la question d'origine. Ces haches n'ont pas appartenu, comme on a voulu le soutenir, aux territoires proprement grecs ou romains. Quant à ce qui regarde l\is

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