‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 63 sur 276 · HOR · texte numérisé non relu

HOR

iior

une horloge mécanique, merveille de" ces temps-là, dit M. Lorain, et telle qu'on en vit une plus tard a la cathédrale de Lyon. « On voyait à la fois, dans cette vaste machine, un calendrier perpétuel qui marquait l'année, le mois, la semaine, le jour et les minutes , et un calendrier ecclésiastique qui désignait les fètos et offices de chaque jour, les positions, oppositions et conjonctions des astres, phases de la lune, mouvements du soleil. On voyait, parla complication du mécanisme, représentés tour à tour dans une niche, aux divers jours de la semaine, le mystère de la résurrection, la Mort, saint Hugues, saint Odilon, la fête duSaint-Sacrement,laPassion, la sainte Vierge. A minuit chaque représentation cédait. la place à une autre. Toutes les heures étaient annoncées par un coq qui battait de l'aile et chantait à deux reprises. En même temps un ange ouvrait une porte et saluait la sainte Vierge ; le Saint-Esprit descendait sur sa tète en forme de colombe, le Père-Eternel la bénissait, et, au milieu d'un carillon harmonique de petites clochettes et des bizarres mouvements d'animaux fantastiques, qui agitaient à la fois leur langue et leurs yeux, l'heure sonnait, et toutes les figures rentraient dans l'intérieur de l'horloge. » Ce mécanisme aurait sans doute quelque analogie avec celui de ï'korohgium ex aurichalco arte mechanica confection, dont parlent les Annales Francorum, anno 807, comme envoyé par Aaron-al-Raschid à Charlemagne, en ajoutant : In quo 12 horarum cursus ad clepsydram vertebatur, cum totidem œreis pilulis, quœ ad completionem horarum decidebant, et casu suo subjectum sibi cijmbalum tinnire faciebant, additis in codem ejusdem numeri equitibus, qui per 12 fenestras completis horis exibant, et impulsa egressionis suœ totidem fenestras, quœ prius erant apertœ, claudebant.

Peut-être, dans les traditions sur l'horloge de Cluny, y a-t-il quelques détails ampliliés par l'imagination. Des horloges du xive siècle, dont parlent les historiens, et notamment Falconuet, dans son mémoire inséré dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions, il n'y aurait que celle de Jacques de Dondis, ne à Padoue, qui aurait accompli quelques-unes des évolutions de celle-ci, en marquant, outre les heures, le cours annuel du soleil, suivant les douze signes du zodiaque, avec le cours des planètes; mais ce chef-d'œuvre, signalé comme ayant excité l'émulation des ouvriers de toute l'Europe, et engendré les horloges à roue, à contrepoids et à sonneries, qui se produisirent bientôt en France, telles que le Jacquemart de Courir ay, que le duc de Bourgogne Philippe le HanJi fit démonter en 1382, emporter et remonter à Dijon, celle de Henri de Vie et de Jean Jouvence, placées en 1370 et en 1380 sur la tour du Palais, à Paris, et au château de Montargis.

Les horloges à sonnerie et à carillon se trouvent ordinairement placées danslesclochers, auxquels elles servent souvent d'oruement. Sous un certain rapport, elles appar-

tiennent à l'architecture. Plusieurs sont d> s monuments curieux du moyen Age. On voyait sur le pont Saint-Pierre, à Caen, une horloge faite par un certain Beaumont, en 131k, comme l'indiquait l'inscription gravée sur le timbre. L'horloge de Courtray a été très-célèbre dans son temps. Nous venons de dire que Philippe le Hardi l'avait amenée de cette dernière ville à Dijon, où elle est encore. Dans le procès de Robert d'Artois, en 1335, il est question d'un Gérard do Juvigny, horlogcur, demeurant au Louvre et gagé par le roi. Il y avait autrefois, dans presque toutes les églises importantes, des horloges semblables à celles dont nous avons indiqué cidessus le mécanisme compliqué. 11 est inutile de donner, à ce sujet, de longs détails : ou en trouve dans toutes les histoires locales. Aujourd'hui on n'estime, dans ces instruments, que la justesse et la précision. Pourquoi ne pas y ajouter cependant quelques-uns de ces mouvements ingénieux dans le genre de ceux qui ont conservé une si grande réputation populaire? Ce genre de beauté pittoresque ne saurait déparer un bel instrument, et l'œil de la multitude aime à suivre les mouvements capricieux de ces figures animées par la mécanique qui viennent en procession se promener autour de l'horloge, pour marquer et sonner les heures.

HOSTIE. — Il n'est personne qui ne sache avec quel respect on s'appliquait autrefois à la préparation de la farine et du pain qui devait servir à l'oblation de la messe. Des religieux et des religieuses choisissaient les grains de froment, en récitant des prières, les broyaient et en séparaient la farine toujours en priant. Sainte Radégonde, à Poitiers, aimait à passer une grande partie de son temps à préparer les pains d'oblation. On conserve encore l'instrument avec lequel elle imprimait dessus le signe de la croix. On s'est servi ordinairement et on se sert encore aujourd'hui d'un fer disposé dans ce but pour imprimer la croix et quelques lettres sur les pains qui doivent être consacrés. Il en existe encore un grand nombre du xv" siècle, et dans nos églises rurales on en rencontre fréquemment. Nous citerons, en particulier, pour le diocèse de Tours, les églises paroissiales de Sainte-Catherine de Ficr- Bois, de Courçay, de Crouzilies et do Savigny-en- Verrou.

HOTEL-DIEU. — Les anciens ignorèrent absolument l'une des plus admirables institutions du christianisme, c'est-à-dire ces asiles où la maladie et l'indigence trouvaient des secours et des soins alfectueux, les hôtels-Dieu, ou hôpitaux. C'est qu'Us ignoraient la charité, cette fleur des vertus chrétiennes. Jésus-Christ voulut que les pauvres représentassent sa personne sacrée, et il nous a enseigné que tout ce que l'on faisait en faveur des pauvres, c'était à lui-même

3u'on le faisait. En construisant les maisons 'asile où la souffrance et la pauvreté devaient trouver quelque rafraîchissement et quelque soulagement, on leur donna le nom

221 IIOT

û'hôlcls-Dieu. C'étaient donc les maisons de Dieu ou des pauvres, ce qui est la môme chose pour les chrétiens. Quellebellc idéeel comme elle est féconde en vertus de dévouement et d'abnégation ! L'institution des hôtels-Dieu, bien comprise, sera toujours le chef-d'œuvre de la charité chrétienne. L'institution des hôpitaux modernes n'en est que la contre-façon : c'est le chef-d'œuvre de la philanthropie. La première est compatissante, pleine d'attention,, de soins, de consolations; la seconde est une œuvre administrative, et c'est tout dire.

Dans le voisinage de la plupart des cathéorales, on construisit un hôtel-Dieu, au moyen Age. Tout le monde connaît l'hôtel- Dieu qui s'élève auprès de l'église de Notre- Dame de Paris. 11 y en avait un semblable à Orléans, h Tours, etc., etc.

Le premier établissement chrétien, dans le genre des hôtels-Dieu, remonte vers l'année 380. Saint Jérôme nous apprend que Fabiola, dame romaine distinguée par sa piété, construisit pour la première fois une maison destinée a recevoir des infirmes et des malades.

11 y a peu d'hôtels-Dieu bâtis au moyen Age qui soient arrivés jusqu'à nous dans un état de conservation propre à nous faire connaître le style d'architecture employé à leur construction. Celui d'Orléans était incontestablement un des plus curieux de ce genre : mais il a été presque entièrement démoli dans ces dernières années ; il portait les caractères de l'architecture romano-byzantine de la transition. Aucun édifice de celle nature n'était comparable au magnifique élab'issemcnt de Saint-Jean d'Angers.

L'hôtel-Dieud'Angersfut bâti parHenrill, roi d'Angleterre et comte d'Anjou. Il créa cet établissement non-seulement pour les pauvres malades, mais aussi en faveur de ceux qui, en santé, étaient dénués de tout secours ou de moyens d'existence. Ego aut pietate. motus super inopia et necessitate tam sanorum et infirmorum. (Arcltiv. des hosp., liasseH. D.) On le construisit sur un terrain appartenant à la bienheureuse Marie-de-la- Charité, autrement du Uonceray, qui n'en céda la propriété que plusieurs années après les premiers fondements jetés, c'est-à-dire en 1188, à la requête d'Etienne, sénéchal d'Anjou, qui s'obligea, entre autres devoirs, à payer à l'abbesse 100 livres, monnaie d'Angers.

Celte fondation commença en 1153 (Ménage, Sablé, pag. 1W>), date qui détruit la croyance que l'hôtel-Dieu fut érigé par Henri II, en vue d'expier le meurtre de J'illustre Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, car celui-ci fut assassiné en 1171, c'est à-dire vingt-un ans plus tard. Il ne serait pas impossible cependant (pue Henri eût, à cette intention, augmenté les bâtiments do quelques constructions importantes. L'hôtel-

Page 1