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Dieu d'Angers ne doit pas toutefois être entièrement attribué à Henri II ; on lit, en effet, dans un titre du xn' siècle, qu'Etienne, sénéchal d'Anjou, fonda une certaine maison aumônière à l'usage des pauvres et des inlirmes, sur le terrain propre de l'église do delà bienheureuse Marie d'Angers (Le Uonceray) : Quod prœdictus Stephanus fundavit quamdam domum elemosynariam ad usumpauprrum fit infirmorum in proprio fundo beat(C MariœAndcgavensis. (Archives de la ville d'Angers.)
Henri et Etienne assignèrent des revenus pour l'entretien des malades. Le comte d'Anjou fit don notamment de l'île de Désert, située près de Uochefort.
En bâtissant le grand édifice d'Angers, Henri parait avoir pris à tache d'ennoblir la pauvreté. C'est un palais qu'il a élevé à l'usage des pauvres, des malheureux et des infirmes. Peu de salles en France peuvent être comparées à celle de l'hôpital d'Angers. Tous les voyageurs, tous les artistes, admirent la majesté de ces vingt-quatre voûtes ogivales, qui , gracieuses et légères , tombent sur deux rangs de colonnes, dont les fûts minces, et couronnés de chapiteaux 5 feuillages, divisent la grande salle en trois nefs égales.
Henri étendit cette magnificence à la chapelle, qui fut dédiée, en 118V, sous l'invocation de saint Jean l'Evangéliste. Les voûtes hardies de cet oratoire reposent sur deux colonnes plus semblables à des pendentifs qu'à des points d'appui.
La cave et les greniers à blé montrent encore sa sollicitude pour l'indigence. Ils sont vastes à étonner l'œil. Le grenier surtout a la majesté d'une salle de conede; on douterait de sa désignation si l'histoire ne nous donnait certitude à ce sujet. Toutefois, le doute cesse en songeant à Henri, le prince le plus populaire du moyen Age, et possédant une parfaite intelligence de l'architecture. La salle, la chapelle et le grenier de l'hôtel-Dieu d'Angers sont de beaux types des monuments du xue siècle.
HOULETTE. — Bâton de berger recourbé par le sommet. Notre-Scigneur est représenté souvent, dans les peintures des Catacombes de Home , tenant en main la houlette. Toutes les fois qu'il est figuré dans un tableau sous l'emblème du Bon Pasteur, il porte toujours en main le bâton pastoral, le pedum pastorale. Ce bâton pastoral est l'origine de la crosse que portent les évoques.
HYPÈTHKtf. — C'était chez les anciens une espèce de temple découvert et exposé à l'air. Selon Vitruve, c'est un édifice ou un portique à découvert, comme étaient anciennement quelques temples qui n'avaient point de toit.
HYPOGÉE. — Les hypogées ou souterrains étaient destinés, chez lis anciens, à la sépulture des morts. Les plus célèbres sont ceux d'Egvpte. Yoy, Catacombes.
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ICHNOGRAPHIE. — L'ichnographie d'un édifice n'est autre chose que le plan horizontal de cet édifice ; on dit aussi le plan par terre.
ICONOCLASTE. — Les empereurs iconoclastes de Constantinople , en persécutant leurs sujets orthodoxes, nui rendaient aux images l'honneur que l'Eglise approuve qu'on leur rende, ont contribué, sans le savoir, à la diffusion de l'art byzantin dans les contrées occidentales de l'Europe. Les moines et les artistes poursuivis furent bien accueillis en Italie, en France et en Allema- Pne : et il n'y a pas de doute à élever sur influence que leur présence a exercée sur la pratique des arts, dans ces différents pays, dès le ix' siècle. Plus tard, d'autres artistes suivirent, pour d'autres raisons, les migrations occasionnées par la persécution, et ainsi s'expliquent aisément les réminiscences et les imitations byzantines qui se montrent chez nous. Plus tard encore, les croisades nous procurèrent une espèce d'importation byzantine plus marquée encore.
Les princes iconoclastes, en soutenant leur doctrine hérétique et en brisant les images, ont fait une guerre aussi injuste que déraisonnable à l'art chrétien, dans une de ses plus admirables manifestations. Le génie religieux, inspiré par la foi, a produit de tout temps des œuvres magnifiques. L'Eglise s'est toujours empressée de le seconder, et, de siècle en siècle, nous voyons des faits significatifs, qui montrent évidemment lu haut patronage exercé par elle. Depuis les Catacombes jusqu'aux Loges du Vatican, les souverains pontifes ont favorisé constamment le développement des beaux-arts, dans leurs rapports avec le sentiment chrétien. Le beau n'est-il pas la splendeur du vrai? Le beau dans les arts n'est donc qu'une face de la vérité religieuse! N'est-ce pas à cause do son principe erroné que le protestantisme a commencé par proscrire les œuvres d'art ? Le faux n'a pas de splendeur; il ne saurait engendrer que des ténèbres. Et voilà comment toutes les erreurs marchent dans la môme voie, et comment les iconoclastes de la prétendue réformation donnent la main aux iconoclastes de Byzance.
Nous ne sommes pas étonnés, en effet, que l'Eglise ait constamment protégé le culte des images et leur introduction dans les monuments religieux. Toutes ces images contribuaient à donner plus d'intérêt aux instructions des pasteurs, car ces instructions n'étaient que le développement des sujets qui ornaient le temple saint ; la foi pénétrait donc dans les cœurs et par les yeux et parles oreilles. Saint Augustin fixe les regards de ses auditeurs sur les peintures qui représentaient saint Etienne lapidé, tandis que Saul gardait les vêtements des bourreaux, et en même temps le saint docteur leur parle de la charité du martyr et des ad-
mirables effets de la grâce de Dieu: «Comme ce double tableau, s'écrie-t-il, remplit l'âme de douces émotions; l'un était un tendre agneau, l'autre un loup ravissant : maintenant ce sont deux agneaux. » Dulcissima pictura est hœc ubi videtis sanctum Stephanum lapidari. Videtis Sautum lapidantium vestimenta servanlem... llle tune agnus eral, ille autem lupus : modo autem ambo agni sunt. (Sermo 316, de Stephan. mart.)
Nous ne devons plus être étonnés d'entendre le pape saint Grégoire blâmer sévèrement Sérénus, évêque de Marseille, de ce qu'il avait privé son peuple de ce moyen d'instruction. Cet évêque, n'écoutant qu'un zèle peu éclairé, sous prétexte que les peuples rendaient aux images qui couvraient les murailles de son église un culte qui lui parut excessif, fit détruire ces images, « La peinture, lui écrit saint Grégoire, est le livre des ignorants; il ne faut pas leur enlever le moyen le plus efficace, peut-être, pour les amener à la connaissance de nos vérités. » Quod legentibus scriptura , hoc idiotis prœstat pictura cernentibus. (S. Gregor., lib. ix, Epist.y cap. 9.)
Ecoutons saint Paulin, disciple de saint Ambroise ; il nous expliquera le but des images pieuses placées dans nos églises. « Partout, dit-il, on rencontre les différents traits rapportés dans les cinq livres de Moïse, et les actions de celui qui porta le nom du Sauveur (Josué).Si vous me demandez pourquoi nous sommes dans l'habitude de couvrir de peintures nos temples saints, je vous répondrai : Vous savez la foule qu'attirent en ce lieu la gloire et les miracles de saint Félix; le plus grand nombre des personnes qui viennent est composé d'ignorants; ils ne savent point lire; mais, en fixant leurs regards sur ces représentations, ils se sentent portés à imiter les faits qui frappent leurs yeux. Ils considèrent les combats et les triomphes des martyrs de tout âge et de tout sexe ; ils sont témoins des épreuves de Tobie et des tentations de Job; et les faibles femmes elles-mêmes peuvent sentir leur cœur s'enflammer d'ardeur en contemplant le courage de Judith et la gloire de la pieuse Esther. » (Poem. de S. Felicc, 2i.) — « Que les peintres, dit saint Nil, s'appliquent à retracer sur les murailles de nos églises l'histoire des deux alliances, qu'ils nous racontent les belles actions de ceux qui ont été fidèles à Dieu, afin que les ignorants deviennent les imitateurs de ceux dont ils contempleront les vertus. » (Lib. iv, epist. 61.) Voy. Images, Iconographie, Animaux symboliques, Emblèmes, Patrons, etc.
ICONOGRAPHIE. —L'iconographie est la science des images. Elle peut être considérée sous un double rapport , 1° comme science pratique, 2° comme science théorique.
Comme science pratique, l'iconographie
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est Fart exercé par les sculpteurs, les peintres et les imagiers de tous les siècles : tantôt elle représente des ligures ou des faits réels, tantôt elle se sert de symboles, d'emblèmes et d'allégories, pour représenter par des formes sensibles des êtres abstraits et incorporels.
Comme science tbéoriquc, l'iconographie est la connaissance de ce langage naturel ou mystérieux que nos pères ont confié aux monuments, et que ces monuments nous transmettent. Cette science nous donne les notions à l'aide desquelles nous pouvons expliquer les ligures qui ornent nos anciens édi lices.
L'iconographie, dit M. l'abbé Crosnier, est la partie poétique de l'archéologie; de môme que le langage ordinaire est souvent impuissant pour rendre certains sentiments de l'âme, qui est alors obligée de recourir aux harmonieuses expressions de la poésie, de même aussi l'homme a besoin de la sculpture et de la peinture pour exprimer ce qu'aucune humaine langue ne saurait dire, ce que nombre d'individus ne sauraient comprendre sans ce puissant secours. 11 y a longtemps qu'on a dit que l'iconographie et la poésie sont deux sœurs, habituées à suivre la même route, sachant l'une et l'autre écarter toute entrave :
Pictoribus atque poetis Quidlibet audendi semper fuit œqua potestas. Horat. Art. poet.
L'iconographie chrétienne a pris des développements si considérables en ces derniers temps, qu'elle est devenue une branche distincte de l'archéologie sacrée, comme la paléographie, la glyptique, la céramique, etc., étaient autrefois des branches séparées de l'archéologie générale. Nous renvoyons donc aux traités spéciaux ceux qui voudraient avoir des notions étendues sur l'iconographie chrétienne. M. Guénebault a publié récemment un Dictionnaire iconographique fort intéressant, faisant partie de YEncyclopédie théologique éditée par M. l'abbé Migne. Ce Dictionnaire forme un volume grand in-8° de plus de 1200 colonnes, où l'on peut puiser des renseignements nombreux et sûrs, vu l'érudition de son auteur. M. Didron aîné a publié un beau volume in-4°, sorti des presses de l'Imprimerie nationale, sur Y Iconographie chrétienne. Ce volume fait partie des Instructions du Comité historique des arts et monuments. M. l'abbé Crosnier, vicaire général de Mgr l'évêque de Nevers, a également publié, en 18i8, un volume plein de science, intitulé : Iconographie chrétienne, ou Elude des sculptures, peintures, etc., quon rencontre sur les monuments religieux du moyen âge, in-8°, à Paris, chez Derache, et à Caen, chez Hardel. Nous ne donnerons pas ici la Bibliographie de l'iconographie; nous avons tenu seulement à signaler ces ouvrages, qui sont les plus importants existants sur cette matière.
Pour étudier l'iconographie chrétienne sur les monuments eux-mêmes, il faut con-
sulter : 1° les peintures des Catacombes de Home, les sculptures des tombeaux qui en proviennent, et qui sont placées depuis longtemps dans le musée sacré du Vatican et dans divers musées de l'Europe.
2" Les peintures et les sculptures des anciennes basiliques de Rome et des églises de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne, etc.
3° Les mosaïques chrétiennes publiées parCiampini, Nicolas Alemanni et d'autres savants antiquaires.
k" Les peintures murales des anciennes églises, des chapelles, des baptistères, des cryptes, qui offrent des figures et des tableaux du plus grand intérêt.
5° Les diptyques, les triptyques, les anciens calendriers avec miniatures, ou avec gravures en bois, les martyrologes de l'Eglise latine et de l'Eglise grecque, les ménologes, etc.
6" Les Missels, Bréviaires, livres d'Heures, Antiphoniers, Graduels, Psautiers, et autres livres liturgiques ornés de miniatures.
7° Les vitraux des églises, ceux des divers monuments religieux, tels que salles capitulâmes, cloîtres, bibliothèques, réfectoires, trésors des cathédrales; ceux môme des monuments civils, tels que hôtels de ville, hospices, tribunaux, châteaux, etc.
8" Les sceaux des églises cathédrales, des abbayes, des églises collégiales et autres, des communes, des villes, des collèges, des universités, des corporations d'arts et métiers; les monnaies des villes, des royaumes, des provinces, qui offrent un grand nombre d'images de saints patrons, protecteurs et fondateurs.
9° Les œuvres des vieux maîtres, dont les gravures en bois sont toujours si recherchées.
10° Les Bibles, les Vies des saints, les légendes ou fleurs des saints, etc.
11° Les ouvrages d'orfèvrerie chrétienne, les ornements peints ou sculptés, les châsses, les vases sacrés, les reliquaires, les croix, les crosses, les couvertures de livres, ornées de sculptures en ivoire ou en métal, les couvercles des fonts baptismaux, des bénitiers, les lustres, candélabres, ostensoirs, retables d'autels et autres objets d'ameublement des églises.
12' Les émaux sur or, sur argent ou sur cuivre ; il existe une grande quantité de pièces émaillées de toute époque, depuis les pièces de Limoges dites byzantines, les plus anciennes, jusqu'aux pièces du siècle dernier.
13° Les ornements en broderies des chapes, des mitres, des bannières, des étendards, des confréries religieuses, civiles ou militaires, les tapisseries, tentures et autres décorations des autels et des murailles.
IV" Les sculptures des stalles, des orgues, desautels, des confessionnaux, des jubés, des portes, des clôtures, des murailles intérieures et extérieures des églises, des cloîtres, etc.
Yoy. Emblèmes. Nous avons fait précéder
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cet article d'indications sur plusieurs ouvrages d'iconographie.
1CONOLOGIE. — Quelques auteurs ont employé le mot iconologie comme synonyme <r iconographie. On a couiume cependant d'employer la dernière de ces expressions pour désigner lasciencedes images, et la première pour la connaissance des signes et des attributs de convenlion qui servent à caractériser les êtres fictifs ou surnaturels. Los signes iconologiques sont donc des espèces de signes hiéroglyphiques dont le sens ne peut être compris que de ceux qui en ont la clef. Yoy. Allégorie, Emblème.
ICONOSTASE. — Le sanctuaire, dans les anciennes basiliques chrétiennes, élevé audessus du sol de toute la basilique, était fermé du côté de la nef par une balustrade, cancelli. Celle balustrade était surmontée de Viconostase, dans l'Eglise grecque. Cette iconostase ou cloison du sanctuaire, composée de colonnes, d'images peintes, etc., s'élève sur la balustrade proprement dite, et dérobe la vue du sanctuaire, où le regard ne peut pénétrer que par les portes. Elle semble avoir été remplacée autrefois, et communément en Occident, par des tapisseries ou voiles suspendus, qui couvraient môme l'entrée jusqu'à ce que les catéchumènes et les pénitents fussent congédiés.
On peut consulter, sur Viconostase des Crées, les écrits de Goar, de Sarnelli, et quelques articles de M. Roberts, publiés dans l'Université catholique , en 1839. Allatius en parle également, desolea, n09 13, 14-.
Plusieurs écrivains ont confondu mal à propos Viconostase avec le solea. Celui-ci était un large degré qui formait comme un lieu de pause, ou un seuil à l'entrée du sanctuaire. Les fidèles ne pouvaient pas aller au delà; c'était comme le terme des pèlerinages entrepris pour vénérer les reliques déposées sous l'autel. De là l'expression : Ad timina apostolorum ou martyrum proficisci, etc.
Yoy. à ce sujet saint Grégoire de Tours, Miracul. S. Martini, lib. iv, cap. 14 : Ut basilicœ S. Martini timina oscularetur... efflagitat...; ante pedes sancti forts sepulcrum, jilium dévolus exposuit (pater).
IMAGES. — I. Les images forment une partie considérable de la décoration des monuments ecclésiastiques. Dès que la doctrine sublime et mystérieuse de la croix eut triomphé du paganisme, et qu'il n'y eut plus aucun danger pour les nouveaux convertis de retourner aux superstitions de l'idolâtrie et de rendre aux idoles un honneur dû à Dieu seul, alors l'Eglise permit à l'art de la sculpture, jusqu'alors consacré au service de l'erreur, de s'exercer à l'honneur du vrai Dieu et des saints. C'était un excellent moyen pour augmenter la piété et contribuer à l'instruction des fidèles, en mettant sous les yeux la représentation des scènes et des mystères principaux de l'Evangile. Depuis les anciens iconoclastes qui brisèrent une grande quantité des sculptures exécutées dès la naissance de l'Eglise,
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jusqu'aux iconoclastes modernes, inspirés par les doctrines de Calvin, qui ont détruit ou défiguré les plus curieuses productions de l'art, nos églises ont été cependant ornées d'images de tout genre. Les plus grandes églises delà chrétienté montrent encore aujourd'hui de magniliques spécimens de cet art qui a créé de si belles œuvres, sous l'inspiration de la foi, pour reproduire les traits les plus remarquables de la vie et de la passion de Notre-Seigneur. de la vie des saints et des gloires du royaume des cieux. Depuis la fin du xne siècle jusqu'au xve siècle, l'art de la sculpture fut très-florissant ; les immenses cathédrales catholiques, élevées durant cette période, furent couvertes ou remplies de chefs-d'œuvre et de produits de l'art de l'imagier, en tout genre. Ces images étaient exécutées avec le plus grand soin et suivant les traditions de l'art ecclésiastique, pour l'instruction et l'édification des fidèles. A la fin du xve siècle, un changement s'opéra dans la manière d'exécuter les images sacrées. On abandonna trop souvent les antiques traditions ecclésiastiques, pour adopter les profanes nouveautés et môme les réminiscences du paganisme. Quelques années plus tard, les images n'étaient plus uniquement un moyen puissant de propager la vraie doctrine et d'encourager à la pratique des vertus, c'étaient des échantillons du savoir des praticiens et des connaissances anatomiques des artistes. On y regrette l'inspiration chrétienne, et la modestie qui convient aux œuvres chastes de l'art catholique. Nous pouvons convenir sans difficulté qu'un des grands défauts des artistes du moyen Age a été de négliger la connaissance de l'anatomie et des proportions du corps humain ; il y a néanmoins quelques-unes de leurs œuvres où les plus harmonieuses proportions sont établies dans l'ensemble et dans les détails de la composition. Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est que leurs images, avec leurs draperies larges, flottantes, parfois mal ajustées, avec certaines incorrections de dessin, produisent cependant plus d'effet et sont d'une expression plus pieuse, que d'autres images plus correctement dessinées et plus artistement groupées. Le but que se proposaient ces artistes était principalement de travailler au profit de l'avancement spirituel des peuples qui devaient regarder leurs œuvres ; ils s'attachaient spécialement à ce qui leur paraissait plus propre à exciter la dévotion do la multitude. Ce serait toutefois s'abuser étrangement que de penser que les artistes chrétiens du moyen âge ont laissé subsister dans leurs œuvres l'incorrection de dessin que nous y remarquons, dans une intention et dans un but convenu, d'avance. Non, ces artistes n'agissaient pas ainsi. 11 faut attribuer à l'impuissance de l'art et à l'enfance des procédés ces incorrections, auxquelles ils ne pouvaient échapper. N'est-co pas là, d'ailleurs, la marche naturelle et nécessaire de l'art? Il y a une époque hiéra-
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tique dans l'art de chaque grand peuple, et elle est caractérisée par un faire plus ou inoins barbare, qui montre le génie aux. prises avec des dillicultés qu'il est encore impuissant à surmonter. Dire que cette incorrection est plus favorable à l'expression mystique de notre art chrétien , c'est, selon nous, professer un trop grand respect pour ceux qui ont ouvert la voie à cet art et pour leurs œuvres qui sont les prémices de l'inspiration artistique religieuse. La pureté du dessin n'est pas incompatible avec l'expression religieuse, par une raison toute simple, c'est que la beauté n'est que la splendeur du vrai, et que le beau convient nécessairement à toutes les œuvres artistiques de la religion catholique. Les compositions de nos artistes primitifs seront toujours admirées des connaisseurs et des vrais amis des arts chrétiens, mais c'est à un autre point de vue que celui de la perfection. La conclusion à tirer de ces réflexions, c'est que les œuvres des artistes de la renaissance sont moins religieuses que celles des artistes anciens, non parce qu'elles sont mieux dessinées, mais parce que ces artistes travaillaient sous l'influence d'idées qui n'étaient plus les mêmes. Nous sommes intimement convaincus que si les artistes du mît siècle, par exemple, vivaient au xixc siècle, ils dessineraient autrement leurs compositions artistiques qu'ils ne l'ont fait, tout en leur laissant le caractère pieux et mystique qu'ils ont eu le soin de leur imprimer.
Quant à l'usage des images sacrées, nous pouvons l'indiquer de la manière suivante. Les images religieuses sont utiles : 1° pour l'instruction des peuples ; 2U pour aider la mémoire et fixer les souvenirs; 3° comme une confession de la vraie foi ; 4° comme une expression de notre amour envers Dieu et de notre charité envers le prochain ; 5° pour l'imitation des beaux exemples; 6° pour l'invocation des saints ; 7° à l'honneur du vrai Dieu ; 8° pour réfuter et réprimer l'hérésie; 9" pour exciter la dévotion dans les fidèles ; 10° pour nous représenter les gloires du royaume céleste. Tels sont les dix avantages que Sander nous présente dans son ouvrage intitulé : De honoraria imaginum adoratione, cap. 8. {Voy., à la lin de cet article, de l'usage des images sacrées.
Quant à la proportion qu'il est convenable de donner aux images religieuses, il y a une règle générale qui nous apprend que leur dimension ne doit pas dépasser la grandeur des proportions naturelles du corps humain. On peut en excepter seulement quelques statues qui sont placées dans les édifices de manière que la perspective et les circonstances de leur position les réduisent à l'œil aux proportions communes. Les images qui représentent le Père éternel ou Notre-Seigneur ont été quelquefois faites plus grandes que les proportions de la nature numaine, pour marquer symboliquement leur dignité et leur supériorité. Dans les plus anciens tableaux nous voyons quel-
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quefois que la dignité des personnages est indiquée par la grandeur de la taille.
Quant à leur position, les images ou statues peuvent être placées dans des niches ou sous un dais, soit à l'intérieur, en signo d honneur, soit à l'extérieur. En plaçant les images, il faut encore avoir égard à la dignité du lieu; c'est ainsi que le côté droit est plus digne que le côté gauche. Quand on met les images de Notre-Seigneur, de saint Pierre et de saint Paul, à un rétabli d'aulel, Notre-Seigneur doit être placé au centre, saint Pierre du côté de l'évangile, et saint Paul du côté de l'épître. Le même ordre doit être observé pour le placement des statues aux portails principaux des églises. Dans la disposition des anges, il ne faut point oublier les règles de la hiérarchie céleste.
On peut faire les statues en toute espèce de matière, mais surtout en celles dont les noms suivent : 1° en or et en argent : on trouve mentionnés plusieurs de ces métaux précieux dans les anciens inventaires ; elles étaient alors communément ornées de pierres précieuses et d'émaux ; 2° en cuivre doré ; 3U en laiton ou en cuivre jaune ; k" en ivoire ; 5° en bois : ces images en bois étaient quelquefois recouvertes de vêtements fort riches ; 6° en pierre ou en albâtre, ou en marbre. C'est ainsi qu'étaient faites souvent les statues placées à l'intérieur des monuments et qui étaient ornées de dorures et de peintures. Une image, disaient les anciens, est destinée à représenter la réalité : elle doit par conséquent reproduire la couleur aussi bien que la forme. On remarque, en effet, des restes de peinture sur les plus anciennes statues, et quelques spécimens sont fort remarquables sous le report de la conservation des couleurs et do a magnificence des ornements. Les détails de décoration sont communément exécutés avec un goût exquis, avec une grande précision et un soin particulier pour en assurer la durée. Plusieurs des statues les plus anciennes, et spécialement celles de la sainte Vierge, d'après une vieille coutume, étaient revêtues, aux jours de grande solennité, de robes brodées et d'ajustements d'une extrême richesse, où le prix de la matière était souvent dépassé par la délicatesse et le choix des broderies. Ces robes étaient souvent admirables ; mais aussi elles touchaient parfois au ridicule : c'est ce qui a fait tomber complètement l'usage ancien.
Nous avons vu il y a peu d'années, dans la belle église de Saint-Quentin, une statue admirable en pierre représentant la sainte Vierge et couverte de vêtements bizarres.
Nous allons donner ici quelques extraits d'anciens inventaires concernant les statues.
Inventaire de la cathédrale de Lincoln. — D'abord, une image de notre Sauveur, argent et or, appuyée sur six lions, ayant un espace à la poitrine pour y placer l'eucharistie le jeudi saint ; la tête est couronnée