‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 80 sur 276 · SC · texte numérisé non relu

SC

ce sujet de justes plaintes, en considérant les jubés en eux-mêmes ei la richesse de leur décoration. Nous regrettons aussi que ces élégantes clôtures aient disparu; niais nous pensons que leur établissement nuisait considérablement à l'ordonnance des édilices. L'œil était arrêté par cette haute barrière, et la richesse de sa structure n'empêchait pas moins le regard de saisir les lignes essentielles de la construction et la perspective architecturale.

« L'Angleterre, dit M. Smith, tout hérétique qu'elle est devenue, a montré, sous ce rapport, un esprit plus conservateur que la France. Presque tousses anciens jubés sont encore debout, et, dans beaucoup d'églises, elle s'en est servie pour placer l'orgue. Il en est de môme dans quelques églises d'Allemagne. C'est une heureuse idée, dit encore le même auteur, qui dispense d'encombrer l'entrée du temple, de masquer, comme nous le faisons presque partout, l'intérieur du pignon occidental par une construction postiche sans aucun rapport avec l'architecture. »

Nous ne sommes pas de l'avis de l'auteur dont nous venons de rapporter l'opinion. Nous avons vu en Belgique, en Allemagne, etc., les orgues ainsi placées sur les jubés, et nous en avons trouvé l'effet trèsdisgracieux. Les orgues ne sont pas destinées à être mises dans les jubés, et il vaut mieux les laisser où on les a placées dans nos grandes cathédrales, c'est-à-dire, à l'extrémité de la nef principale ou de l'une des branches du transsept.

Les jubés les plus célèbres en France sont ceux de la cathédrale d'Albi, de l'église de Sainte-Madeleine à Troyes, de Saint-Etienne du Mont, etc. 11 y en a un également à la cathédrale de Rodez qui n'est pas sans mérite, malgré l'état de mutilation dans lequel il se trouve présentement. Deux autres ne sont pas moins curieux, quoiqu'ils aient été déplacés, celui de la cathédrale de Limoges et celui de l'église de la Chaise-Dieu, en Auvergne. On voit un jubé moderne à la cathédrale de Bayeux, et un autre semblable à celle de Rouen.

Le jubé de la cathédrale d'Albi est construit en pierre ; sa largeur, sans y comprendre la partie où se trouve le double escalier qui y conduit, est de 4 mètres 23 centimètres ; elle est , en y comprenant cet espace, de 7 mètres 15 centimètres. (Voir au loin. IV de ÏHist. gén. du Languedoc, le plan de l'église, planche v. ) Un riche péristyle précède la porte qui donne entrée dans le chœur. Kien n'est beau comme les clefs pendantes des voûtes et les culs-de-lampe dont il est orné. La façade du jubé présente, dans son ensemble, une magnifique décoration, plus admirable encore dans ses détails : l'œil ne peut se lasser de considérer ces pierres réduites en dentelles, d'admirer la légèreté et la tinesse de leurs rinceaux, la variété de leurs guillochis, de leurs ciselures, de leurs coupures, fruits merveilleux d'une imagination libre et inépuisable. Les piliers sont Dic.TioNN. d'Archéologie sacrée. IL

ornés de grillages et de clochetons d'une élégance parfaite.

Ces admirables sculptures ont excité l'enthousiasme des étrangers, des artistes et des savants. Dans un rapport adressé au ministre des cultes, en février 1832, Romagnési s'exprime, au sujet du jubé, de la manière suivante :

« Tout ce que l'imagination peut se figurer de richesse n'approche pas de la vérité". J'ai vu tout ce qui existe en ce genre, tant en France qu'en Belgique et en Hollande, je n'ai rien vu d'aussi riche et d'un travail plus délicat. C'est le dernier gothique dans toute sa richesse. »

« Au milieu du chœur , dit M. Mérimée (Notes d'un voyage dans le midi de la France, 1 vol. in-8°) , un jubé magnifique reproduit les formes gracieuses de la plate-forme. La sculpture du xv' siècle y a épuisé tous ses délicieux caprices, toute sa patience, toute sa variété On passerait des heures entières à considérer ces détails gracieux et toujours nouveaux, à se demander, avec un étonneinent sans cesse renaissant, comment on a pu trouver tant de formes élégantes sans les répéter, comment on a pu faire, avec une pierre dure et cassante , ce que de nos jours on oserait à peine tenter avec du fer et du bronze. — Je n'aime pas les iubés, dit le même auteur, ils rapetissent les églises, ils me font l'effet d'un grand meuble dans une petite chambre; pourtant, celui de Sainte- Cécile est si élégant, si parfait de travail, que, tout entier à l'admiration, on repousse la critique. » Le jubé et le chœur de Sainte-Cécile furent construits sous Louis d'Amboise (Gall. Christian., tom. Ier, pag. 34. — Hist. gén. du Languedoc, tom. V, pag. 99.)

Un des accessoires les plus remarquables de la cathédrale de Limoges est le jubé que l'on doit à la munificence de l'évêque Jean de Langeac ou Langheac, le même qui avait entrepris la continuation des travaux de la nef majeure de sa cathédrale. — Il fut exécuté en 1533, comme on peut le voir par une inscription placée a la base d'un des pilastres, à droite de la porte principale, au devant de laquelle ce monument est actuellement placé. Il offre tous les caractères réunis des constructions du xvic siècle. La science de cette époque ne savait pas être simple. Elle voulait se révéler par des formes tourmentées, fantastiques et très-variées. Si la profusion des ornements doit être considérée comme une fausse ostentation de richesse, la délicatesse des sculptures, le fini précieux des moindres détails sollicitent à bon droit l'admiration des connaisseurs. L'imagination féconde des artistes de là dernière époque ogivale, qui précéda immédiatement la Renaissance, a déployé sur ce monument curieux toutes les formes poétiques et gracieuses qu'il était possible de créer. Ce bijou de sculpture gothique, avec sa végétation luxuriante, sa décoration aérienne, ses dentelles légères , pourrait èlre comparé à un autre chef-d'œuvre de môme nature dont s'enorgueillit l'église de Sainte; - Madeleine de

thl

Page 1